Araki a coutume de dire que ses photographies tournent toujours autour de trois thèmes majeurs : l’amour, la mort, et Tokyo. Pour les deux premiers, on pense bien sûr immédiatement à ses photos de type « bondage ». Car c’est malheureusement, à mon avis, ce à quoi on l’associe aussitôt. Certes, dans ce domaine Araki fait preuve d’originalité et d’un certain esthétisme. Mais d’un autre côté, si voir des femmes plus ou moins dénudées, ficelées comme des saucisson, n’est pas votre truc, il n’y aura rien à faire, vous risquez de vibrer à ses peu à ses photos.
Heureusement, Araki est un Tokyoïte, qui aime sa ville, et qui a l’habitude de la photographier dans ses moindres recoins, au gré de ses promenades. Son dernier recueil paru l’été dernier, simplement intitulé Tokyo (écrit en katakana) est un exemple de sa pratique du « street shooting ». Intégralement en noir et blanc, s’il n’est pas révolutionnaire, ce recueil propose une grande variété de situations et de thèmes à l’amateur de photographie de rue. A l’évidence, Araki est incapable de regarder sa ville avec cynisme. Un peu comme la capitale était sa grande amie de toujours. Il la prend telle quelle, sans chercher à l’embellir, c’est-à-dire en n’ignorant pas ce fatras de ruelles insignifiantes et désertées par les touristes, mais il en ressort toujours un étrange sentiment de complicité, d’affection pour ces parcelles de bitume que l’on devine arpentées encore et toujours par le photographe.
Mais cette complicité, on la retrouve aussi à travers l’attitude des sujets captés par l’objectif. Regards amusés, sourires, le jeu qui s’instaure avec les personnes qu’il rencontre est-il volontaire ou fortuit ? Difficile à dire. Il en ressort en tout cas un sentiment chaleureux bien éloigné de l’image du Japonais impassible et quasi robotisé, obsédé par son travail. Il y a dans ce livre une belle collection de sourires, bien loin des habituelles collections de femmes ficelées au visage impassible, qui compense assez bien l’impression de banalité que l’on peu ressentir devant certaines photographies.
Le recueil est paru chez Shinchosha. L’objet comprend 159 pages et coûte 1575 Yens.
Lors de mon précédent article consacré à ce manga, j’avais suggéré que cette chronique de la vie d’un couple pouvait se savourer par petites tranches, puisque finalement, on assistait à de petits épisodes de leur vie quotidienne, sans réelle ligne directrice. En fait, j’avais tout faux. Dans le deuxième tome qui vient de paraître, finis en effet ces petits moments, finies les scènes intimistes. Tout va mal : le lecteur assiste, impuissant, au fulgurant délitement de leur relation. Autant le premier tome est lumineux, avec parfois des moments de doute, autant ce tome est franchement sombre. Avortement, tentative de suicide, folie, asile psychiatrique, voilà, pour donner une idée, quelques épisodes qui permettent de composer les 700 pages du volume. C’est sinistre, mais en même temps fascinant. On aimerait que cela se passe mieux pour eux, mais cette descente aux Enfers, portée par le style toujours admirable de Kamimura, a quelque chose d’hypnotique. Autant le premier tome peut effectivement se lire par petits bouts, autant celui-ci peut se lire d’une traite, inquiet du sort de Kyoko, et curieux de l’évolution de Jirô, indéniablement le personnage principal de ce volume.
Pour ce qui est des audaces graphiques, Kamimura remet le couvert, rien ne change, rassurez-vous. Chaque planche est un éblouissement… ou, parfois, un traumatisme. A ce titre, la scène d’avortement, avec son découpage minimaliste, possède une dureté sèche que j’ai rarement vue en bande dessinée. Et l’on comprend volontiers pourquoi Kyoko est durablement perturbée après cette épreuve.
La mécanique du couple est donc considérablement grippée durant ce tome. On termine la lecture un peu déçu, après tant d’épreuve, on aurait aimé que cela se termine un peu mieux pour ce qui est à mes yeux le couple le plus charmant, le plus réussi, le plus « vrai » de l’histoire de la bande dessinée. Petite consolation : ce n’est pas fini, un ultime tome (sans doute aussi un gros pavé de sept cents pages) nous attend, avec son lot de passages virtuoses graphiquement, d’érotisme, de moments durs et, espérons-le pour Kyoko et Jiro, de moments de tendresse retrouvée.
« Seven ! Seven ! Seveeen ! » Ah ! Ceux qui connaissent la vieille série Ultraseven se souviennent sûrement de l’air du générique de début. Sans doute ne sont-ils pas nombreux en France. Mais au Japon, il y a fort à parier que ces quelques paroles ont le même impact culturel que, chez nous, quelque chose comme , disons, « un cavalieeeeer, qui surgit hors de la nuiiit… ».
Aussi cultissime que Zorro, Ultraseven est une des déclinaisons d’Ultraman. On y retrouve une équipe d’agents spéciaux chargés de contrer les agissements d’ignobles kaijus (monstres géants). Parmi ces agents, évoquons la touche féminine incarnée par le personnage d’Anne, joué par la belle Yuriko Hishimi. Je ne dirais pas que c’est le personnage le plus populaire de toutes les séries qui ont été faites avec Ultraman, mais c’est sans doute l’un de ceux que les téléspectateurs ont le plus appréciés. Il faut dire que son petit minois et sa coupe de cheveux toujours impeccable avaient de quoi taper dans l’œil. Surtout, si le téléspectateur mâle était l’un de ceux qui cultivent ce fétichisme de l’uniforme féminin, fétichisme qui a la vie dure au Japon, il y avait de quoi être aux anges devant cette amazone moderne.
Mais parallèlement à cela, il y avait un autre atout chez cette actrice qui permet d’expliquer l’engouement du public à son endroit. Cet atout, on le devine dans la photo de droite qui ouvre cet article. Il y a chez Yuriko un côté « justicière le jour, pin up la nuit » qui est loin d’être désagréable. Assez longiligne lorsqu’elle revêt son uniforme dans Ultraseven, franchement pulpeuse dès qu’elle l’ôte.
Cela est certes bien soft mais montons tout de même d’un cran puisque la belle a aussi joué dans un film de Teruo Ishii. Là, à ce nom, les initiés dressent sûrement l’oreille. Ishii est une sorte de grand prêtre du cinéma déviant japonais. Horreur, sexe, violence sont la routine de l’essentiel de sa filmographie. Le film dans lequel joue Hishimi, Bohachi Bushido : Porno Jidaigeki (1973), n’échappe pas à la règle. Dans ce film de samouraïs, elle enchaîne les scènes de nu avec une belle constance. Harcelée, dénudée de force, pelotée, torturée… avant de devenir la tortionnaire dans une surprenante scène de lesbianisme avec une femme étrangère. A propos de cette scène, elle avouera, dans un bonus que l’on trouve dans le DVD édité chez Discotek Media, n’y avoir rien compris. Mais y a-t-il forcément grand-chose à comprendre aux directives d’un Ishii ? Là, ça devait être un peu « sois sexy, sois sadique, c’est totalement gratuit mais ce sera de la bonne sur la pellicule ». Autre aveu amusant dans ce même bonus, elle avoue avoir longtemps eu un peu honte de ce film, elle ne voulait pas, par exemple, que ses parents le voient. Elle a depuis changé d’avis, Ishii ayant acquis un statut de réalisateur culte. D’abord entourée de son aura d’amazone angélique dans Ultraseven, elle finit par rejoindre un peu des Reiko Ike ou des Miki Sugimoto, pour notre plus grand plaisir, bien sûr.
Seven ! Seven ! Seveeeen !
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En promenade dans la caisse d'Ultraseven, la classe!
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Être une justicière ne doit pas empêcher de prendre soin de ses cheveux.
Le genre de collector que j'aimerais bien avoir.
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Avec quelque chose sur le dos.
Sans.
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De face.
"De derrière".
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Quelques screens extraits de Bohachi Bushido :
J'aime pas les étrangères.
Enfin, un peu quand même.
Voire beaucoup !
Eh oui ! Pas de chance ma fille, tu es tombée dans les griffes du club des seins nus !
Et pour finir, quelques vidéos :
On commence avec la bande annonce de Bohachi Bushido :
Puis les génériques de Play Girls, drama dans lequel Yuriko a joué :
Puis, euh… comment dire ?
Et on termine avec quelque chose de plus soft mais Ô combien culte :
Voilà une nouvelle qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle date du mois de septembre. Mais à part auprès de ceux qui suivent l’actualité manga de très près (ou l’actualité japonaise), elle avait de fortes chances de passer inaperçue dans nos contrées. En tout cas, sa découverte aujourd’hui m’a attristé puisqu’elle signifie l’arrêt d’une série sympathique et anti-conformiste : Crayon Shin-Chan.
Avant d’évoquer cette série, deux mots sur la disparition du mangaka. Son corps a été retrouvé sans vie le 19 septembre dans une montagne du centre du Japon. Une semaine auparavant, il avait annoncé à sa famille qu’il allait faire une excursion en montagne (chose habituelle pour lui) et qu’il serait de retour dans la soirée. Ne le voyant pas revenir, ses proches ont évidemment rapidement alerté la police mais il aura fallu attendre une semaine pour qu’un alpiniste découvre son corps. L’endroit où il a été découvert et les nombreuses fractures ont indiqué qu’il a vraisemblablement été victime d’une chute mortelle. Il avait 51 ans.
Commencée en 1987 dans l’hebdomadaire Weekly Manga Action, Crayon Shin Chan est de très loin son manga le plus connu. De très loin car il est vendu dans le monde entier et on ne compte pas, un peu à l’instar d’un Doraemon, ses nombreuses adaptations pour le petit ou le grand écran. Pourtant, c’est bien là le seul point commun avec le petit chat robot. Car pour ce qui est du contenu et, surtout, de l’esprit du manga, on est à des années lumières. “Shin Chan” est en fait le diminutif (chan étant une particule affective que l’on peut placer après un prénom) du personnage principal, Shinnosuke Nohara, un garçonnet de cinq ans. C’est le prototype du sale gosse, le cauchemar sur pattes que tout parent redoute d’avoir : impertinent, provocateur et… obsédé. C’est un tel mauvais exemple que beaucoup de mères japonaises interdisent leur progéniture de lire le manga ou de regarder l’anime. Il faut dire que la mimique la plus célèbre du Shin Chan est tout simplement de baisser son froc pour montrer son derrière.
A côté de cet aspect qui est somme toute assez réjouissant, le manga trouve aussi son intérêt, comme avec Mes Voisins les Yamada, dans son ancrage dans la vie quotidienne japonaise. Le père est un salary man, la mère est au foyer, il y a une petite soeur, un chien et une gallerie de personnages (l’institutrice, le docteur…) qui gravitent autour. Cela donne lieu à une multitude de variations dans les situations et évite unen lassitude qui aurait inévitablement pu s’installer avec ce type de personnage.
Ce manga a commencé sa carrière avec une édition assez calamiteuse chez J’ai Lu. Elle a été depuis reprise de manière plus heureuse par Casterman.
Bijin de la semaine… hum ! j’aurais plutôt dû intituler cette rubrique “Bijin du mois” ! Tant pis ! Pour me faire pardonner, osons “cette semaine” quelques clichés un peu plus dénudés. Comme toujours, me focaliser sur une “gravure idolu” du moment ne m’intéresse pas, je préfère me concentrer sur des starlettes oubliées des années 60 ou 70. Et comme pour faire écho à mon précédent article sur Dosei Jidai, j’ai choisi la belle Kaoru Yumi, interprète de Kyoko dans l’adaptation au cinéma du manga. Les deux premières photos sont directement tirées d’une scène du film. Les autresne le sont pas mais témoignent des penchants naturels de la jeune nymphe. Fôlatrer nue près des rivières, apparemment, c’était son truc.
A part ça, elle est né en 1950 à Kyoto. Son rôle dans Dosei Jidai fut pour elle l’occasion de tourner sa première scène de nu et son rôle la même année dans Shinanogawa lui valut quelques critiques concernant une scène dans laquelle elle perd sa virginité. Elle fut aussi connue dans les années 80 pour sa participation dans une émission télé, Jidaigeki Mito Komon, émission dans laquelle elle avait coutume de se montrer dans une scène récurrente, en train de prendre son bain. Miracle de Youtube ! J’ai pu retrouver quelques exemples de ces scènes…
J’ajoute la scène (de mauvaise qualité, mais comme c’est une rareté…) de nu tirée de Dosei Jidai (pour la visionner, il faut avoir un compte sur Daily Motion, il est vrai que c’est une scène effroyablement érotique)
Et une autre assez hallucinante dans laquelle Kaoru montre combien elle aime le rapport à la nature et… montrer ses tétons dressés.
Attention chef d’oeuvre ! A l’heure où les éditeurs français semblent s’être donnés le mot pour inonder le marché de shôjo mangas pour jeunes pucelles en mal d’émotion, Kana tire magnifiquement son épingle du jeu en proposant une sublime histoire d’amour. Et lorsque l’on sait que le créateur de cette histoire n’est autre que Kazuo Kamimura (l’auteur de Lady Snowblood, entre autres), on peut se douter que ce ne sera pas une bluette fade mais une histoire d’amour teintée d’érotisme à destination d’un public plutôt adulte.
De fait, Dousei Jidai s’attarde sur l’histoire de deux jeunes gens, Jirô et Kyokô. Ils ne sont pas mariés mais, choix courageux au regard des mentalités de l’époque, ont décidé de vivre ensemble dans un petit appartement. Il n’y a pas à proprement parler de fil conducteur dans leur histoire. Nous suivons en fait différents épisodes de leur vie, sans réels connections entre eux. Certains se suivent chronologiquement, mais d’autre forment un tout indépendant. Nous sommes en fait dans une chronique amoureuse, face à une liaison qui se tend et se distend. A tout moiment elle semble pouvoir se rompre. Jalousie, doute succèdent régulièrement au plaisir et au bonheur de vivre ensemble.
On pourrait penser que le manga tombe alors un peu dans la monotonie. C’est sans compter sans les talents de conteur de Kamimura. Pour donner de l’intérêt à l’histoire des deux protagonistes, l’auteur s’échine toujours à inventer une trame, à travers un troisième personnage (un jeune homme handicapé rencontré à la plage, la soeur de Kyokô, un collègue de travail, un prêtre…) qui permet de déboucher sur une leçon de vie.
Autre atout majeur, et qui éclate à chaque planche, le style graphique de Kamimura. On a pu parler de style cinématographique. C’est vrai si l’on en juge de par la variété des plans dans le découpage. Mais sa virtuosité apparaît aussi par ses audaces graphiques, ses métaphores visuelles. Ainsi cet épisode dans lequel Kyôko, alors qu’elle se trouve dans un train bondé, se fait peloter par un inconnu. Tout le malaise, le côté sale, poisseux de la situation, est alors symbolisé sur les planches par la trace laissée par un escargot. C’est un exemple parmi d’autres. Pour faire court, disons simplement que Kamimura est passé maître dans le non-dit. Dousei Jikai n’est pas ce que l’on pourrait appeler un manga bavard. On parle peu car il n’y a pas forcément besoin de beaucoup parler pour se comprendre. Un enchaînement bien senti de cases est tout aussi clair qu’un dialogue explicite mais lourd. C’est aussi somme toute illustratif de cet amour à la japonaise (j’ai oublié le terme exact), cette façon de se communiquer son amour sans utiliser la parole.
Enfin, terminons avec ce qui donne à mes yeux à ce manga un charme décisif : le fait que l’histoire se passe dans les années 70. Si vous êtes un peu cinéphile, peut-être avez-vous vu des films japonais se passant à cette époque. Il y a je trouve toujours un charme particulier qui se dégage de cette époque. On retrouve celui-ci à chaque planche, que ce soit dans des détails graphiques (par exemple ceux liés aux vêtements) ou dans les détails liés aux mentaltés de l’époque. Un autre aspect qui renvoie vraiment à cette époque est l’érotisme, omniprésent, qui n’est pas sans faire rappeler les “pinku eiga” (les films érotiques), alors très en vogue. C’est un érotisme souvent léger, mais parfois étonnamment cru (ainsi cet épisode dans lequel une femme mourante décide de s’offrir aux plaisir SM de son mari).
Pour finir (cette fois-ci pour de bon) ajoutons que ce manga fut en son temps un véritable phénomène de société : 3 millions d’exemplaires vendus, une adaptaion en long métrage, puis en une série télévisée. Les jeunes, éprouvant une certaine inquiétude au sujet de l’évenir, ne prenaient pas moins la vie avec une certaine légèreté et ont su se reconnaître dans ce magnifique couple formé par Jiro et Kyoko.
Kazuo Kamimura
Lorsque nous vivons ensemble est donc édité chez Kana. La collection fera trois tomes. A noter que si le volume peut paraître cher pour un manga (18 euros), cela est largement compenser par le nombre de pages (700 !) et par la qualité de l’édition qui offre un format supérieur aux éditions habituelles de mangas.
Quarante jours de Japon… c’est la raison qui explique pourquoi il n’y a pas eu de mises à jour depuis un certain temps. J’aurais pu poster de temps en temps des photos et puis, l’absence de logiciel de retouche adaptés a fait que j’ai finalement laissé tomber.
Ce quatrième voyage a mis plus de temps à démarrer, c’est-à-dire à me faire ressentir pleinement le charme de ce pays. Durant les dix premières journées, j’ai ressenti comme une lassitude, je me disais “bon, c’est le Japon, il n’a pas changé en trois ans, que va-t-il pouvoir m’apporter d’autre ?”. Un peu comme l’on retrouve un vieil ami que l’on a perdu de vue depuis un certain temps. On s’attend à un feu roulant de paroles et finalement, chacun est coincé de son côté, ne savant que dire, pensant que la complicité qui faisait le charme des conversations d’autrefois est à jamais perdue. Et puis, cette complicité est peu à peu revenue, grâce à de nouvelles expériences qui ont su piquer mon intérêt. La suite du séjour s’est passé comme un charme, excepté pour les cinq dernières journées, sans doute les pires que j’ai vécues là-bas. Je n’exposerai pas la raison toute personnelle. Je peux juste dire que ce fut une expérience qui me laisse un souvenir amer de ce séjour et qui fait qu’il apparaît certainement comme le moins réussi de mes quatre voyages. Autre chose : il m’a aussi fait prendre conscience que vivre au Japon est sans doute au-dessus de mes forces. L’émerveillement candide qui fut le mien lors de mon premier voyage, devant la vie frénétique des grandes villes a laissé la place presque à une sorte de dégoût. Peut-être est-ce dû au fait que je n’ai plus 26 ans ou que je n’étais pas disposé, physiquement ou psychologiquement, à apprécier ce type d’expérience. N’importe ! Si j’ai besoin pour l’instant de digérer ce séjour doux-amer, je sais que le besoin de retourner au Japon reviendra tôt ou tard et que le cinquième voyage sera forcément meilleur.
En attendant, je reprends mes habitudes, continue de guetter et de savourer tous les artefacts culturels venant de là-bas. Ce blog va donc peu à peu reprendre vie notamment, pour commencer en douceur, avec quelques clichés de “street shooting”, ce que j’aime le plus en photographie.
A cette demoiselle dont la démarche légère et l’ombrelle rose avaient attiré mon attention d’ouvrir cette “deuxième saison” de Bulles de Japon. Photo prise au carrefour principal du centre ville de Miyazaki.
Dernier film de la réalisatrice japonaise, Nanayo est un peu son Lost in translation. Irrésistiblement, on ne peut s’empêcher de penser au film de Sofia Coppola. La différence essentielle entre les deux films est qu’ici, le personnage principal ne portent pas de regard amusé et un tantinet sarcastique sur son nouvel environnement. Il est dépassé par le choc culturel, mais très vite est disposé à le comprendre, détail qui fait que décidément j’ai un peu de mal avec Lost in Translation. Outre le côté Tokyo sur papier glacé, j’ai toujours trouvé insupportable la représentation de la vie tokyoïte qui est faite à travers la perception des deux personnages principaux. Tout est bizarre, stupide, outré, rien ne semble bon à récupérer, et ce n’est pas la piteuse séquence à Kyoto, semblant avoir été placé dans le film pour disculper Sofia Coppola de tout sentiment de supériorité, cette petite supériorité du touriste qui juge, qui change la donne. Passons.
Dans Nanayo, nous n’avons pas ce problème donc. L’histoire se concentre sur Saiko, jeune Japonaise trentenaire débarquant en Thaïlande pour manifestement tourner la page d’un épisode malencontreux de sa vie. Au début du film, on suit ses traces dans la capitale pour essayer, avec son anglais très limité, de rejoindre son hôtel. Il y a un étrange sentiment qui se dégage de ce premier quart d’heure, celui d’un décallage. Dans Lost in Translation, cela venait de cet acteur américain BCBG jeté dans le maëlstrom de Tokyo. Ici, c’est cette jeune Japonaise, belle, sexy, jetée dans la lumière crue, dans l’ambiance populaire dses rues de Bangkok. Les plans séquences dans lesquels on suit les pas de Saiko s’enchaînent, et les lumières surexposées ne donnent pas l’impression d’entrer dans un univers particulièrement accueillant. Ceci est confirmé avec l’épisode du taxi. Entrant dans un taxi, elle demande à son chauffeur de l’emmener à son hôtel. Cela ne se fait pas sans mal, la communication étant des deux côtés très hasardeuse et ce ne sont pas les “wakaru?” (“vous avez compris ?”) de Saiko qui y changent quoi que ce soit. Une fois le taxi en route, Saiko se détend un peu. En digne Japonaise qui n’a pas oublié ses petites recettes pour prendre soin de son corps, elle s’applique une crême sur le visage, le cou et au-dessus des seins… avant de s’arrêter immédiatement lorsqu’elle s’aperçoit que le chauffeur la regarde dans le rétroviseur. Elle met alors des lunettes noires, et s’endort. Lorsqu’elle se réveille, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas devant son hôtel mais en pleine jungle. Le message n’a clairement pas été bien compris par le chauffeur. Celui-ci commet l’erreur de vouloir la faire sortir physiquement du taxi. On devine qu’il veut maladroitement lui faire comprendre quelque chose mais à cet instant, il n’y a dans l’esprit de Saiko qu’une pensée : “il veut me violer”. Bouleversée, elle court dans la première direction venue et finit par tomber sur une demeure dans laquelle vit une masseuse, son petit-fils (l’enfant du chauffeur de taxi en fait) et un jeune expatrié français, Greg.
Le film commence réellement à partir de cette rencontre. C’est une bouée de sauvetage, mais pas basée sur une détestable connivence culturelle, comme dans Lost in Translation. Tout sépare ici les différents personnages. Tout d’abord les langues en présence : thaïlandais, japonais et français. Aucun n’est réellement polyglotte et l’anglais n’est pas vraiment le sésame qui va faciliter la compréhension. Et pourtant, les personnages ont tôt fait de communiquer, et de se comprendre. Chacun parle dans sa langue dont il sait pertinemment qu’elle n’est pas comprise de son interlocuteur. Peu importe, on fait comme ci, et cela semble marcher. Par forcément besoin de communiquer pour se sentir bien d’ailleurs. Il est un autre langage tout aussi efficace et qui agit comme une renaissance, celui du massage thaïlandais. En contact avec cet art ancestral Saïko oublie illico son petit traumatisme et va jusqu’à en rêver la nuit ! Les deux scènes de rêve nous la montre en effet se faisant masser par un inconnu, peut-être une incarnation de son désir refoulé, elle qui traîne derrière elle une histoire d’amour malheureuse.
A côté du massage, d’autres scènes permettent de se rapprocher de l’autre et de se sentir bien. Le spectateur peut être rebuté par cet écoulement du temps durant lequel finalement rien ne se passe. Mais s’il est un habitué des films de Kawase, il y a fort à parier qu’il peut en tomber sous le charme et s’identifier à l’héroïne, partager sa découverte progressive de cette Thaïlande profonde. Cela suffit en fait à l’intérêt, nul besoin de créer une histoire d’amour pour l’aider à surmonter le choc culturel. Là encore, Lost in Translation (décidément je dois évacuer la bile que j’ai à cause de ce film) m’agaçait particulièrement sur ce point. Pas d’histoire d’amour, pour la simple raison que le jeune français est homosexuel. Saïko n’aura donc d’autre relation amoureuse qu’avec son masseur fantasmé.
Alors, la Thaïlande, pays idéal ? Pas sûr. Lorsque j’ai vu ce film, je n’ai pu m’empêcher de penser à la Ligne Rouge de Terrence Mallick. Dans ce film, un des héros découvre une tribu primitive vivant dans une petite île du pacifique. On découvre alors une sorte d’état de nature rousseauiste dans lequel les habitants vivent dans la plus totale félicité. Et puis, au milieu du film, on s’aperçoit que ce n’est qu’apparence : on voit le manque d’hygiène, on devine les maladies, les disputes entre les enfants nous sont montrés, images symboliques puisqu’il s’agit d’un film de guerre. La pureté ne se trouve nulle part et le mal peut germer dans n’importe quel endroit. Il y a un peu de cela dans Nanayo. L’étincelle vient de la décision de la masseuse qui veut que son petit-fils devienne prêtre. C’elui-ci, on peut le comprendre, ne l’entend pas de cette oreille et décide de fuguer. S’ensuit une violente altercation à quatre. Le fils chauffeur de taxi reproche à sa mère cette décision. Les insultes fusent aussitôt entre les deux, insultes qui fait sortir Greg hors de ses gonds et qui décide de bousculer physiquement la grand-mère, outré de ses propos envers son fils. Saïko s’interpose mais est elle aussi malmenée verbalement et physiquement (Greg la gifle), geste qui la mettre hors d’elle. La scène est outrée, un peu artificielle. Cette artificialité nous fait nous demander quel était le but de Kawase. Si c’était de nous montrer, comme la Ligne Rouge, que le mal est partout, même chez des gens vivant pacifiquement dans un milieu édenique, alors on ne peut que lui reprocher de l’avoir fait avec une certaine lourdeur. Mais on peut y voir aussi un autre message : que les hommes, derrière toute leur communication entre eux, ne se comprennent jamais vraiment. Qu’en tout cas, il y a un domaine dans lequel ils sont particulièrement prompts à s’entendre : la violence, même si le motif est stérile. Enfin, on peut aussi y voir une sorte de vengeance de cette nature qui accueille l’homme en sein. Nature tropicale, chaude, lourde, qui travaille les individus jusque dans leurs nerfs et qui leur fait, à un moment, “péter un plomb”. Cette importance de la nature (primordiale dans son précédent film, la Forêt de Mogari), on la retrouve dans les ultimes images du film, que nous ne dévoileront pas, mais qui là aussi rappellent les dernières images de la Ligne Rouge.
La fin sera plus apaisée. Sans la dévoiler complètement, disons juste que Kawase, comme dans Shara (il faut avouer d’ailleurs qu’à chaque fois elle ne rate pas ce genre de scène), utilise la parade musicale pour signifier le passage à quelque chose d’autre. Le petit-fils commence une nouvelle naissance, tout comme son père, et Saïko, admirable de beauté et de légèreté, saura, grâce à la Thaïlande et à sa comparaison avec son pays d’origine, mieux comprendre son mal et les désirs qui l’animent.
Cette question, pour celui qui est allé au Japon peut sembler incongrue tant les Japonais, dans le métro ou ailleurs paraissent être des gens particulièrement courtois. Cependant, il faut croire que si cela est vrai aux yeux du gaijin de passage, cela l’est moins aux yeux de l’autochtone très sensible aux moindres dérives, aussi imperceptibles soient-elles, de la bonne éducation.
Ce qui pour un français peut sembler banal, est jugé comme étant scandaleux pour un Japonais. Il fallait réagir, le métro était sur le point de devenir la scène d’un chaos indescriptible. C’est ce qu’a fait la compagnie du métro de Tokyo en commandant à l’artiste Bunpei Yorifuji une série d’affiches rppelant aux usagers quelques dérives à éviter. Cette campagne de sensiblisation a commencé en avril 2008. Chaque mois, une affiche jaune s’ajoutait à la collection pour remattre un peu d’ordre dans ce lieu de débauche. La démarche est toujours la même : titre accrocheur, compréhensible en une seconde, associé à une illustration immédiatement reconnaissable. Diffusés à chaque fois au nombre de 4000 exemplaires (700 dans les stations, 3300 dans les rames), ces posters mettent en scène un homme portant des lunettes – quelquefois une femme – dérangé par la comportement d’une personne, mis en valeur par le blanc, montrant par là qu’il est incapable de se fondre dans le décor. Pour les lunettes, l’artiste explique qu’elle permettent de cacher les sentiments, et par là de faire sentir qu’il y a un réel malaise chez le passager.
Concernant le message, Yorifuji a voulu éviter les messages du type “faites ceci”, “ne faites pas cela”. Il préfère dire “vous pouvez faire ceci (par exemple boire jusqu’à en devenir une loque) mais pas ici) ce qui est, estime-t-il, plus positif.
Reste une question : pourquoi une telle campagne ? ou plutôt, n’est-ce pas un peu excessif compte tenu de cette politesse qui saute toujours aux yeux de l’étranger ? Il faut croire que non, si l’on en juge le fossé qui se creuse toujours davantage entre les générations. Les anciens ont tendance à penser que tout se perd, tout s’affadit, se détériore, notamment tout ce qui touche à la politesse. Dixit un sondage organisé par le Asahi Shimbun. On pourrait penser que c’est un peu une découverte “tarte à la crême”, on sait que pour les anciens, c’était toujours mieux “avant”, mais, finalement, comment ne pas approuver un pays qui décide de faire quelque chose, de manière à la fois élégante et divertissante, en faveur du savoir vivre ? Et même, allons plus loin ? La RATP ne pourrait-elle pas passer commande auprès de Bunpei Yurifuji ? D’ailleurs pourquoi s’arrêter au métro parisien ? Pourquoi ne pas en mettre partout dans les rues ? La France a tellement l’air parfois d’être un gigantesque métro tokyoïte.
J’ai beau cherché dans ma mémoire et je ne trouve pas. Rien à faire. Longtemps, à l’époque où j’était gamin et un poil en pré-adolescence, j’achetais chaque semaine, le mercrdi, Spirou. Des numéros de ce magazine, j’en ai feuilletés des dizaines, des cinquantaines, de centaines. Eh bien, non, je ne crois pas avoir jamais vu de jolies filles en couverture. Et ça ne risquait pas d’arriver, lorsque l’on sait que dans cet hebdomadaire, une charmante série telle que Bidouille et Violette, de Bernard Hislaire, avait attiré les foudre de M. Charles Dupuis, juste à cause de quelques cases dans lesquelles la peu de l’héroïne s’affichait un peu trop dénudée. Des dfilles nues, c’est mal dans un illustré pour la jeunesse.
Au Japon, on n’a pas autant de scrupules. Diable ! On sait ce que c’est quand on est un garçon, hein ! arrivé à une cartaines période de la vie… les filles… c’est… c’est intéressant quoi ! Aussi il n’est pas rare (pour ne pas dire systématique) de voir sur la couverture de ces magazines de jolies donzelles en bikini. Certes, certain n’ont pas cette particularité mais, dès que le magazine vise une tranche d’âge bien particulière (disons à partir de onze ans), on lâche les maillots de bain ! Sur la couverture, et à l’intérieur puisque que ces magazines épais, au papier de mauvaise qualité, possède toujours quelques feuilles en papier glacé et en couleurs, dans lesquelles on retrouve le sympathique frimousse de couverture en train de frétiller dans diverses poses (mais jamais dénudée, hein !) pour le plus grand plaisir du lecteur collégien qui s”est aperçu confusément que les filles de sa classe commencent à ressembler à autre chose qu’à Chie la petite peste (film d’animation d’Idéo Takahata). Les temps changent, autrefois, on s’intéressait à cela :
Maintenant on se rue chaque semaine chez son libraire pour acheter ça :
Heureux les ados japonais qui ont la chance d’avoir une presse qui sait se pencher sur leurs tracas !