J-1 avant la projection de Soudain le Vide (titre international : Enter the Void) à Cannes. Il est rare que j’attende la sortie d’un film avec autant d’impatience. Le dernier était peut-être Eyes Wide Shut. Ici, certain vont peut-être sourire à l’idée que je mets au même plan Noé et Kubrick. Ceci serait absurde et pourtant, avec ses trois films (Carne, Seul contre tous et Irréversible), Noé m’a toujours donné l’impression d’avoir l’étoffe d’un grand. Et le visionnage tout récemment d’Irréversible en écoutant la piste audio des commentaires du réalisateur (chose que je ne fais jamais habituuellement lorsque je regarde un DVD) m’a confirmé que Noé était loin d’être un imbécile. Ce gars-là a une parfait connaissance de sa grammaire cinématographique et une non moins parfaite conscience de ses effets sur la pellicule. Et je ne parle pas de sa culture cinémtagraphique. En l’écoutant, je me suis aperçu combien il fallait relativiser l’image de provocateur stérile qu’on lui a souvent donné. Et j’espère que cette image tombera demain avec son quatrième opus, Soudain le Vide.
Pourquoi en parler sur ce blog ? Tout simplement parce que Noé est un amoureux de Tokyo et qu’il a décidé de tourner son film là-bas. Et là, évidemment, on peut s’attendre à quelque chose de moins clichetonneux que Lost in Translation de Sofia Coppola. Les quelques photogrammes du film que l’on peut trouver sur le net qu’on sera très loin de National Geographic. Cela risque plutôt d’être 2H30 en caméra subjective non stop dans le Tokyo underground. Quant à l’histoire, elle est originale mais aussi risquée :
Oscar et sa soeur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boîte de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle. Tandis qu’il agonise, son esprit, fidèle à la promesse faite à sa soeur de ne jamais l’abandonner, refuse de quitter le monde des vivants. Son esprit erre alors dans la ville et ses visions deviennent de plus en plus chaotiques et cauchemardesques. Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire. (résumé venant du site officiel).
Indéniablement, c’est un film ambitieux. Reste à savoir si Noé a eu les épaules assez larges pour le supporter. On aura la réponse demain, enfin une partie de la réponse car comme à peu près tout le monde, je vais le découvrir par procuration, à travers les critiques de journalistes plus ou moins compétents. Si vous suivez de près comme moi l’actualité cannoise, vous avez dû vous rendre compte combien il est difficile de trouver un critique de cinéma qui parle uniquement des films sans chercher à se mettre en valeur par une ironie imbécile. Antoine Guillot, sur France Culture, n’est pas de ceux-là. Sa chronique quotidienne, juste trop brève, est souvent assez instructive. J’espère aussi que l’équipe de Mauvais Genres (toujours sur France Cul, je me souviens qu’ils avaient consacré il y a quelques années une excellent émission sur Noé lors de la sortie d’Irréversible en DVD) évoquera Soudain le Vide samedi soir.
Pour finir, voici d’autres photogrammes du film et un teaser, en espérant qu’ils vous donneront l’eau à la bouche. Désolé, il n’y a pas grand chose car Noé a un autre point commun avec Kubrick, la volonté de garder le plus grand secret sur ses films. Ce qui n’est peut-être pas plus mal.
Vous trouverez plus d’infos sur ce film sur l’excellent site non officiel (une vraie bible) consacré à Gaspar Noé : http://www.letempsdetruittout.net/
Dossier de presse : Soudain le Vide





Enfin un véritable article intelligent et documenté sur le film.
Merci pour le lien.
Je te remercie. En fait, ton “enfin” souligne surtout le fait que les journalistes à Cannes semblent découvir gentiment, docilement, au jour le jour, les films en compétition. A part évidemment sur le site “letempsdétruittout” et quelques commentaires d’aficionados sur le net (voir sur IMDB), je n’ai effectivement pas vu d’articles de critiques indiquant que le film de Noé semblait prometteur. Peut-être aussi que je me fais une montagne de ce film et pourtant, je ne sais pas, j’ai vraiment l’impression que ce film va être quelque chose de complétement nouveau. Je donnerais beaucoup pour me trouver dans la salle, demain, de l’unique projection de la journée.
Je ne veux pas me prononcer, j’en ai forcément trop parlé. J’attends les premiers échos, demain.
Mais, oui, on dirait que le monde entier – la presse – a hiberné jusqu’à la sélection à Cannes… Alors que Noé – et son cinéma – a mûri, depuis Irréversible.
Quoi qu’il arrive, c’est un évènement et je pense qu’on va en parler pendant longtemps…
Pour avoir eu la chance de découvrir le film à Cannes, je confirme que ‘Enter the Void’ est une expérience puissante à vivre. Pas excempt de défauts. Mais à découvrir absolument sur grand écran lors de sa sortie en salles.
Tu as bien de la chance. En tout cas, les “défauts” pour un tel film me semble inévitables. Espérons que Noé retravaille bien le film durant les deux mois avant la sortie international (et pas que le son comme il le dit dans une récente interview). Cela me fait penser à la première projection de 2001 (je l’évoque pas pour dire que Noé=Kubrick, mais c’est juste parce que c’est le film préféré de Noé), en présence des producteurs du film, qui avit été un désastre pour Kubrick. Il s’est alors empressé de le remanier, et c’est devenu le chef d’oeuvre que l’on sait.
Merci de la visite.