Bulles de Japon se déconfine

Depuis la création de ce site c’est la première fois que la période estivale a été si peu productive. Habituellement, je me love avec délice dans les photos et les vidéos de séjours au Japon afin de restituer certaines expériences, quand je ne suis pas tout simplement au Japon, dans la bicoque belle-familiale de Miyazaki, passant mon temps à faire du vélo, à assister à des matsuris ou à me murger au shochu.

Mais là, je dois dire que le Japon, en dehors bien sûr du regard velouté de Madame Olrik, je m’en suis tenu à la portion congrue durant ces deux mois. Pas le courage de voir le moindre film japonais et encore moins le moindre drama, le moindre anime. Au mois de juin j’étais parti sur une longe de shojos mangas et puis finalement j’ai abandonné. Aussi bien vous comprendrez qu’alimenter ce blog en articles aussi frais que du maguro à Toyosu était du domaine de l’impossible. J’ai suivi avec un certain intérêt le basho d’été qui a vu la victoire du revenant Terunofuji, mais de là à écrire dessus…

Bref, qu’ai-je foutu durant ces deux derniers mois ? Ma foi, j’ai écrit. Plongé dans l’écriture d’un roman qui me permettait de m’évader d’une situation peu avenante, j’ai pissé de la ligne jusqu’à plus soif. C’est qu’il faut vous dire, mes maîtres, que le mois de mars, date du début du confinement, m’a été plus particulièrement traître, avec un important sinistre survenu dans ma maison. Je vous épargne les détails, avec la ribambelle de coups de téléphone et de devis auprès des assurances et des artisans qui ont failli me rendre dingue. J’en suis sorti, Dieu merci ! ou plutôt presque puisque subsistent encore une ou deux opérations pour que tout redevienne comme avant.

Mais c’est là que d’une certaine manière je serai presque reconnaissant à ce coup du sort puisque sans lui je ne me serai jamais plongé avec la même fièvre dans le plaisir de dérouler une histoire et de voir des personnages prendre vie. J’avais bien tenté quelques expériences de ce genre autrefois mais cela n’était jamais allé plus loin que quelques nouvelles, les tentatives de romans ayant toutes lamentablement avorté.

Commencée au mois de mai, la bête s’est achevée hier, avec 750 pages au compteur. L’histoire ? Le genre ? Disons que l’on est dans la chevalerie de fantaisie sérieusement mâtinée de Dumas.  Et le Japon dans tout ça ? Ben, y’en a quand même, que voulez-vous on ne se refait pas, avec deux trois personnages de bijins qui forcément à un moment se trouvent partiellement ou totalement dénudées. Bref le machin est fini dans sa structure, ne reste plus qu’un colossal de travail de relecture. On verra à la fin si cela vaut le coup d’être photocopié pour être envoyé à des éditeurs.

En tout cas petite pause avant de me retrousser les manches de nouveau, et retour au Japon en attendant de savoir si je garde ce site tel quel ou si je le rebascule dans sa forme initiale en wordpress.com.

Pour commencer, je reviens sur une info que j’avais balancée sur FB il y a quelques semaines, celle concernant l’existence d’un bar qu’on aimerait tous avoir à deux pas de chez soi : le Kulture Pop Café, à Saintes. J’ai eu justement habité cette ville il y a maintenant un certain temps mais il m’arrive d’y passe encore de temps à autre. Grâce à la rencontre d’un couple franco-japonais dans ma ville, j’avais appris son existence et il est vite apparu que nous n’avions pas le choix, qu’il fallait absolument prendre la voiture pour découvrir ce lieu. Son principe, à part celui de proposer des boissons ? Être vaste, proposer contre 5€  l’accès durant une heure à des bornes d’arcades, de vieilles consoles et à un étage où se trouvent des milliers de livres (comics ou mangas). Le tout agrémenté d’une multitude de posters, de figurines, d’objets issus de la collection personnelle du patron, collection patiemment constituée au fil de ses nombreux voyages au Japon.

Le gars a ramené pas mal de magazines de mangas, exemplaires qu’il a généreusement mutilés pour faire la déco de comptoir la plus cool de l’ouest !

Bref, vous l’aurez deviné, tout cela fleure bon la passion, comme l’atteste aussi cette vitrine dans laquelle se trouvent l’intégralité des gashapons consacrés à Akira, chose que je n’ai jamais vue, même au Mandarake de Nakano !

Qu’y avait-il encore ? De mémoire une collection invraisemblable de figurines Ultraman, une belle figurine Gavan, le laserdisc original de Ninja Scroll, de chouettes posters en tissu Ashita no Joe, une borne d’arcade avec presque tous les jeux neo geo (gros plaisir tactile à rejouer à KOF 94 !), un distributeur de gashapons (que le maître des lieux m’a avoué avoir acheté sur yahoo auctions), etc. etc. Croyez bien que j’ai passé dix bonnes minutes à tout inspecter avec grand intérêt. Je suis même tombé sur un vieux jouet, une navette spatiale que j’avais quand j’étais encore en maternelle ! De quoi se sentir bien avant de s’installer à une borne pour fritter Olrik the 3rd à Windjammers.

Pendant ce temps Madame Olrik était sortie pour faire quelques magasins et nous a rejoints au bout d’une heure, à la fin du forfait, pour prendre ensemble un verre tout en discutant avec le patron qui, encore une fois, n’a pas construit le projet de ce bar au hasard mais parce qu’il exsudait la passion du Japon par tous les pores. À noter qu’il agrémente la vie de son bar d’activités ponctuelles, comme des tournois de Mario Kart ou la tenue d’ateliers de calligraphie animés justement par la japonaise du couple rencontré par chez nous. Bref, si jamais vous passez du côté de Saintes, vous l’avez compris, le Kulture Pop Café, y’a bon !

Plus apaisé (encore que le café soit calme, le volume des bornes et des téléviseurs accueillant les consoles ayant été réduit chacun au minimum, ce qui est une bonne idée), le Parc Oriental de Maulévrier, près de Cholet, parc ayant la réputation d’être le plus grand jardin d’Europe (29 hectares) d’inspiration japonaise. Ayant souvent l’occasion de me rendre à Saumur où habitent mes parents, j’avais toujours hésité à m’y rendre. D’un côté le site était prometteur. De l’autre, est-ce que cela valait le coup quand on avait goûté à des originaux ? Eh bien après m’y être répondre, je puis répondre, oui, ça vaut le coup.

Du vert, de bleu et le beau rouge d’un tori, allez ! Ça commence pas si mal !

Créé entre 1899 et 1913 puis restauré en 1987, le parc n’a rien de vain dans sa tentative de donner à voir un bout de Japon. Je craignais quelques effets grossiers dans leur exotisme et finalement, je dois bien avouer que tout cela est beau et convaincant. Et agréable car pour avoir arpenté des parcs au Japon l’été, on a ici le plaisir de se ballader et d’admirer sans suer à grosses gouttes au bout de cinq minutes (il est vrai que nous y sommes allées en déhors des journées caniculaires). La parcours fait une grosse boucle autour d’un étang, avant de remonter sur des hauteurs où se trouvent un « pavillon des plantes » où se trouvent une vaste collection de beaux et onéreux bansaïs attendant un acquéreur, mais aussi une « maison de thé » où l’on n’a certes pas le plaisir de se voir offrir un thé vert mousseux concocté par une vieille en yukata mais où l’on peut commander une bière japonaise et la siroter à côté d’un point d’eau dans lequel se trouvent des Koï.

Le petit coin à côté duquel vous pouvez siroter votre boisson.

Enfin l’inévitable boutique avec des souvenirs, de l’encens japonais et des objets de décoration. En poursuivant notre chemin pour gagner la sortie, il y avait aussi une étonnante sculpture représentant deux joueurs de taiko :

Nous n’avons pas fait les nocturnes, pour cela il fallait raquer et surtout rester encore plusieurs heures pour en profiter, chose qui aurait gavé tout le monde à des degré divers. Mais une autre fois, sûrement, le Parc ayant évidemment pour vocation à être exploré de nouveau, surtout à différentes saisons (automne et printemps plus particulièrement). En attendant de vivre un jour un hanami au Japon, j’en tenterai sans doute un à Maulévrier, un jour…

Après l’évocation de ce parc, j’hésite à partager une découverte manga. En fait deux. Bon, je voulais commencer par la plus trash mais finalement, après Maulévrier, je vais d’abord conseiller la lecture de Natsuko no sake :

Créé par Akira Oze et publié entre 1988 et 1991, le manga suit la trajectoire d’une jeune femme, Natsuko, désireuse de reprendre la brasserie de sake familiale afin de produire un des tout meilleurs saké du Japon. Alors que je me baladais dans les rues de Tours et que je furetais dans différentes librairies, je suis tombé sur le tome 2 et j’ai tout de suite été séduit par le dessin, la composition des planches et le propos qui semblait tenir autant du documentaire que de la fresque familiale. Et après m’être procuré le tome 1 et en avoir commencé la lecture, cette première bonne impression a été confirmée. Tout cela sent bon le saké d’exception mais surtout la plongée dans un Japon rural peuplé de personnages hauts en couleurs. L’édition japonaise comprenant douze tankobon, on peut penser que l’édition française comrprendra cinq ou six volumes (le premier tome fait 450 pages). À dix euros le volume, la collec’ de ce titre intéressant se fera sans douleur.

Le deuxième manga, plus trash donc, bien plus trash, est Starving Anonymous. Le propos : au Japon des groupes de personnes entiers se mettent subitement à disparaître. Le personnage principal est l’un de ces infortunés dans un début rappelant celui de Battle Royale. Alors qu’il se trouvait dans un bus pour rentrer chez lui, il s’aperçoit que tout le monde s’évanouit à cause d’un gaz soporifique diffusé à l’intérieur du bus. Il finit lui aussi par tomber dans les bras de Morphée et à son réveil, il s’aperçoit que tout ce petit monde a été transféré dans un gigantesque endroit dans lequel ont lieu… des expériences bizarres et dans lequel vivent des êtres… ben bizarres, quoi !

Je n’entre pas dans les détails pour vous laisser le (dé)plaisir de la surprise. Disons que si vous aimez les délires de Hiroya Oku dans Gantz, il y a des chances pour que vous aimiez. Sexe, violence et imagination macabre à côté de laquelle celle de Go Nagai dans Devilman ferait presque sourire, voilà ce qui vous attend. Série courte en sept tomes, de quoi éviter tout effet de monotonie.

Voilà voilà pour les mangas. Pour les anime, je conseillerai bien Uzaki-chan wa Asobitai pour son fan service :

… même si je sens qu’à la longue cette série va me gonfler.

J’informe sinon au cas où qu’Aggretsuko va revenir pour une troisième saison à la fin du mois sur Netflix :

Si vous ne connaissez pas, vous pouvez y aller, grosses barres de rires en perspective.

Enfin, pas de meilleure conclusion que de rappeler qu’Akira ressort en 4K sur nos écrans. Olrik jr, 15 ans, m’a fait remarquer il y a quelques jours que notre nouveau cinéma le proposait et en VO s’il vous plaît ! J’ai beau le connaître par cœur, je sens que je vais de nouveau succomber à l’ivresse des jegogs indonésiens lorsque la bande de Kaneda va s’occuper des Clowns. Rasera ! Rasera ! Rasera !

 

 

L’impitoyable monde des mangakas en dentelles

Vous avez aimé mes critiques de manga shojo sur des lycéennes qui se font persécuter ? Vous en voulez encore ? Non ? Eh bien c’est pas grave, vous en aurez quand même avec Hope, manga publié entre 2013 et 2015 chez Kodansha. Rien à voir avec Life en terme de longueur : Hope fait six tomes bien tassés, avec pour certains moins de 140 pages. Et rien à voir non plus avec Vitamine puisque le manga a été créé 12 ans après la première œuvre de Suenobu (et quatre ans après le dernier volume de Life), autant dire que le trait est devenu plus pro (même si on pouvait justement apprécier la rudesse du trait des débuts).

Après, pour l’histoire, on ne dira donc pas qu’il n’y a rien à voir. On suit le quotidien de Hikari, une jeune lycéenne dont le rêve est de devenir mangaka. Elle commence par dessiner avec acharnement dès qu’elle a du temps de libre, puis enchaîne avec un boulant d’assistante auprès d’une mangaka de renom et va enfin s’essayer à voler de ses propres ailes, aidé par un tanto sévère mais attentionné. Problème : elle irrite certaines concurrentes, une en particulier qui n’hésitera pas à lui tendre des pièges ou à salir son nom sur les réseaux sociaux.

On le voit, ce n’est pas parce qu’il y est question de manga et de persécution que l’on est forcément face à une déclinaison monotone de Vitamine et de Life car on quitte cette fois-ci le milieu scolaire (réservé surtout au premier tome) pour un milieu professionnel. De même, le caractère d’Hikari n’est pas foncièrement identique à celui des autres héroïnes. On retrouve tout de même une certaine rage mais Suenobu a su lui doter une identité propre qui, associée à un graphisme plus rond, fait oublier la lecture des œuvres précédentes.

Lire les six tomes s’est fait sans trop de problème, on peut même regretter que Suenobu n’ait pas pu donner plus d’amplitude à son traitement du métier de mangaka. Car si vous aimez les mangas comme Bakuman, il y a des chances pour que vous appréciiez Hope qui lève le voile sur le métier de mangaka de shojo. On y retrouve tous les ingrédients du genre : l’atelier, les assistants, la mangaka qui chapeaute le travail, les dates buttoir demandant à tous un travail de fou, le tanto qui met la pression sur son artiste pour en tirer le meilleur, les choix éditoriaux soucieux du goût des lecteurs, les limites artistiques que ces derniers imposent, enfin les petites guéguerres entre créateurs d’envergure, guéguerre qui dans le cas d’Hikari va déboucher sur de sérieuses déconvenues. Cerise sur le gâteau, Suenobu compose des planches sur Hikari en pleine action du plus beau style nekketsu, aspect déjà remarqué dans Life, avec la méchante de l’histoire enrobée d’une aura d’énergie très super saiyen.

Enfin, concernant la noirceur, ça se démarque là aussi des œuvres précédentes. Dans les premiers volumes, on se dit que l’adversité que va rencontrer Hikari sera bien gentillette en comparaison. Néanmoins, dans le tome 5, on tombe sur cette scène :

Comme dans Life, l’héroïne tombe dans une scène de viol collectif. Dans Life, l’héroïne s’en sortait sur le fil. Dans Hope, c’est durant quelques planches ambigües. On voit son tanto arriver, Hikari et ses persécuteurs sont tous habillés, attablés sagement autour de quelques boissons, on se dit que finalement Hikari a échappé au pire, que tout cela était juste pour lui faire peur. Seulement, quelques planches plus tard, Hikari décide de créer une nouvelle histoire intitulée Tubomi et Hana. Il y est question d’une fillette qui adore sa petite chienne prénommée Hana. Mais persécutée par des filles de sa classe, elle voit un jour son animal battu à mort par ces dernières :

Tsubomi se vengera en butant au couteau celles qui l’ont tué et finira sa vengeance en se pendant, seul moyen pour elle de retrouver au paradis sa chère Hana.

Oui, c’est une histoire un peu hallucinante pour être publiée dans un magazine de mangas pour fille, et la rédaction du journal n’hésite pas à recevoir une pléthore de lettres courroucées émanant de parents soucieux des lectures de leur progéniture. Mais intelligemment, Suenobu en profite pour souligner combien les parents ne panent la plupart du temps rien à ce qui peut toucher leurs gosses. S’ils sont mécontents, le lectorat principal d’Hikari, d’abord déboussolé par l’histoire d’Hikari, finira par acclamer son travail. Ensuite, il y a la symbolique évidente la trame puisque cette chienne ensanglantée appelée Hana représente évidemment le pucelage perdu d’Hikari (Hana signifiant fleur mais pouvant aussi désigner par métaphore le sexe féminin). Tout est alors dit. Hikari extériorise par une rage créatrice touchant à l’autobiographie parce que le viol a été censuré (et heureusement, mon cœur délicat ne l’aurait pas supporé) mais a bien eu lieu et Hope devient alors à l’image du manga créé par Hikari : une œuvre au graphisme aimable mais dont le fond est singulièrement sombre et touchant.

Tout cela fait que si Hope n’a pas le même souffle que Life ou la même spontanéité que Vitamine, il n’en est pas moins un shojo intéressant et tout à fait recommandable au sein de la bibliographie de Suenobu. A noter que ce titre n’a malheureusemnt pas été traduit en français, pour le lire, il faudra soit contenter de la version en japonais ou des scanlations (de qualité) en anglais.

Paye ta life dans un lycée de pestes !

Après l’œuvre matricielle, l’amplification. Life est un peu le grand œuvre de Keiko Suenobu, l’œuvre qui a fait suite à Vitamine et qui lui a permis d’obtenir le prix du manga Kodansha en 2006 dans la catégorie Shojo. Bon, ça, c’est anecdotique, sachez juste que Life est une pure bombe. Ne vous laissez pas berner par les couvertures :

Moi aussi, lorsqu’un jour je suis tombé dessus, je me suis dit : Houlà, mais jamais je ne lirai ceci ! Et puis, après Vitamine j’ai enchaîné avec Life et je crois m’être goinfré les 20 tomes en trois jours. Doux moment de binge reading qui m’a captivé et m’a donné envie de poursuivre mon exploration de l’univers shojo.

Comparativement à Vitamine, Life est moins autobiographique et plus fictionnel. L’héroïne, Ayumu Shiiba est une collégienne en passe de passer au lycée. Mal dans sa peau, elle a pour mauvaise habitude de se scarifier. Surtout, elle se met malencontreusement à dos sa meilleure amie (qui n’est d’ailleurs en fait qu’une sale conne, il faut bien le dire). Dans son nouveau lycée, ça s’arrange un peu, elle arrive à s’intégrer à un groupe de filles jusqu’au jour où cela dérape avec la rencontre du petit ami pour le moins déviant d’une de ces nouvelles amies, la Barbie Manami Anzai. Ayumu va alors connaître l’enfer mais aussi la joie de faire la rencontre d’une autre fille isolée de sa classe, la sublime Miki Hatori, fille de forte personnalité :

Ah Miki ! Moi aussi je te trouve forte et formidable ! Je t’aime !

Tout le long du manga, Ayumu et Miki vont n’avoir de cesse d’ignorer Manami et ses sbires, voire de es combattre quand ces dernières mettront au point des plans criminels pour les détruire. Car l’ijime ne consiste pas ici qu’à leur jeter des rouleaux de PQ par-dessus la cloison des WC. Lors d’une scène, on demandera à ayumu de manger une poignée d’aiguilles. Dans une autre ce sera carrément un kidnapping pour les faire violer par un groupe de furyos. Autant dire que Suenobu pousse sûrement un peu plus loin le curseur par rapport à son expérience personnel de l’ijime (du moins on l’espère pour elle).

Le hobby particulier du petit copain de Manami.

Du coup il y a une inventivité constante qui faire que les vingt tomes se dévorent. Evidemment, à partir du quinzième tome Life n’échappe pas à une impression de redite néanmoins Suenobu sait rendre sa conclusion intéressante, notamment avec l’inversion progressive des rapports de force au sein de la classe. Les persécuteurs vont peu à peu devenir les persécutés dans leur classe, engendrant un discours ambigu sur l’effet moutons de Panurge dont on sent qu’il peut se reproduire à tout instant, malgré des événement s antérieurs qui auraient amené à se corriger.

Ajoutons à cela un graphisme et une composition particulièrement efficaces. Avec une touche de shonen concernant Ayumu dont la rage la couvre parfois d’un écran d’énergie qui n’est pas sans rappeler certains personnages de Dragon Ball. C’est peut-être parfois un peu too much mais pour un manga qui s’appelle Life et qui brasse à pleine mains des sentiments dans tous leurs états, ce n’est pas non plus incohérent. Bref, je ne vais pas dire que s’il y avait un seul shojo sur l’ijime à lire ce serait celui-là, je n’en suis qu’ua début de mon exploration du continent shojo, mais je gage qu’il s’agit d’un des titres les plus emblématiques. Bref un bon complément à Vitamine, d’autant que là, le personnage n’a pas de bouée de sauvetage intérieure pour se tirer d’affaire. Dans Vitamine, l’héroïne avait en effet la création de mangas pour redonner un sens à sa vie. Là, Ayumu n’a rien, c’est une ado ordinaire sans idée précise sur la voie à donner à sa vie. On peut supposer que cet aspect ordinaire que seul vient sauver une incroyable énergie insuffler par Miki a dû ajouter en identification chez les jeunes lectrices.

Signalons au passage une bonne version concoctée par Kurokawa.

Sur ce je vous laisse, j’ai un autre shojo sur le feu.

 

Des vitamines contre l’ijime

C’est avec un titre tel que Vitamine, de Keiko Suenobu, que l’on s’aperçoit combien sont friables les limites entre les différents genres de mangas. En tout cas pour un néophyte comme moi. Car lorsque l’on me dit « shōjo », immédiatement me vient en tête ce genre d’image :

Des fleurs, des boucles blondes, des yeux immenses avec des millions d’étoiles à l’intérieur, voilà, on est dans du shōjo à destination de jeunes filles.

Par contre, ce style d’image :

Là, pour moi, on est plus dans du seinen, ou du josei, le seinen pour jeunes femmes.

Tout cela pour dire qu’il va me falloir combler les quelques wagons de retard que j’ai par rapport aux shōjo qui ont fait leur révolution depuis belle lurette, avec des auteures comme Moto Hagio ou Hideko Mizuno. Comme en ce moment je suis plutôt porté sur des mangas faisant dans le récit de relations compliqués entre des hommes et des femmes (je viens de finir le très « ecchi » et « mature » Usotsuki Paradox), et que le manga du jour, Vitamine, m’a fait forte impression, les prochains articles risquent de sentir le parfum et le verni à ongles, je préfère vous en avertir.

Bref, Vitamine, excellent one shot malheureusement plus édité, qu’est-ce que c’est ? C’est très probablement un des tout meilleurs mangas sur le thème de l’ijime. Manga  touchant par ailleurs à l’autobiographique puisque l’héroïne, Sawako, est un peu comme le double narratif de Suenobu qui a vraiment connu l’ijime lorsqu’elle était jeune.

Pour la jeune Sawako, tout part d’un petit ami qui a du mal à contrôler ses pulsions. L’image un peu plus haut, c’est lui et Sawako, en train de le faire dans leur bahut. Ça passe une fois parce qu’il n’y a pas de témoins mais alors qu’il l’oblige à le laisser jouer à l’apprenti gynéco alors qu’ils sont censés nettoyer leur salle de classe en fin de journée, ils se font surprendre par un camarade qui a tôt fait de tout raconter aux autres. Commence alors pour Sawako une épouvantable réputation de « chaudasse ». Cela va commencer par des moqueries, se poursuivre par du harcèlement sur son keitai (avec des messages du type : « tu veux bien me sucer ? »), enfin par une violence de tous les instants, notamment un déshabillage forcé dans les vestiaires lors du cours du sport pour être photographiée après avoir été transformée au marker en panda :

Au bout d’un moment, c’est la goutte de trop et Sawako décide de ne plus aller au collège, d’autant que les adultes responsables qui seraient supposés l’aider se contentent de lui donner des conseils du genre : « mets-y du tien, ce qui t’arrive n’est pas si dur après tout, ils vont bien finir par se lasser ». A cette incompétence professorale succède l’incompétence parentale, du moins celle de la mère, le père de Sawako faisant preuve de compréhension devant la volonté de ne plus retourner au collège. Mais pour la mère, c’est une autre chanson, puisqu’il s’git de préparer les sacro-saints examens de préparation à l’entrée du lycée. Cela part d’un bon sentiment, comme toute les mères elle souhaite la réussite de son enfant mais on sent derrière cette envie l’image du clou qui ne doit pas dépasser dans la socité japonaise. Or, Sawako, par son attitude de refus, devien le clou que l’on voit beaucoup trop. Dès lors la mère tombe-t–elle souvent dans des crises de larmes sans que l’on sache vraiment quelle en est leur cause : une peine sincère pour sa fille ou un orgueil qui panique car sa réputation est en proie au quand diras-tu des mégères du quartier qui n’ont, elles, aucun souci avec l’éducation de leur enfant ?

Dans tous les cas, Vitamine se double alors d’un autre nœud dramatique pour Sawako. D’un côté il lui faut redonner un sens à sa vie après son refus inébranlable de retourner dans un système qui n’a pas su la protéger. Cela lui se permet par le manga, domaine dans lequel Sawako montre des aptitudes et qui va lui redonner confiance en elle. De l’autre, il lui faudra gérer la pression maternelle et essayer de transformer les attentes hyper-conventionnelles de sa mère.

Avec en filigrane cette question constante : qu’est-ce que le courage lorsqu’on a le malheur d’être en proie à l’ijime ? Est-ce retourner coûte que coûte au collège et continuer d’en prendre plein la gueule jusqu’au suicide ? Ou est-ce faire comme Sawako, c’est-à-dire blackbouler le système éducatif pour rester chez soi pour se consacrer dans un domaine où l’on pense que l’on peut réussir, ici le manga ?

La réponse de Suenobu est très clair, rester le clou qui dépasse plutôt qu’être celui qui va morfler est la forme de courage qu’il convient d’adopter. Du reste, cela débouchera pour Sawako dans une forme de rage du vainqueur qui se conclura dans le manga avec de savoureuses pages.

A la fois sombre et profondément optimiste, Vitamine est un shōjo qui porte bien son nom et qui donne envie de se pencher sur la série phare de son auteure, série elle aussi consacrée à l’ijime : Life.

The Last Dance en fauteuil roulant

Actuellement, j’attends comme le messie la journée du lundi et ses deux offrandes qu’elle me remet depuis quelques semaines, à savoir deux épisodes de The Last Dance, sur la glorieuse épopée des Chicago Bulls sous l’ère Jordan, dans les années 90. Le documentaire est riche en images d’archives étonnantes, et pour qui aime le basket, l’a pratiqué en club, et a grandi en punaisant sur les murs de sa chambre des posters de James Worthy et de Danny Ainge (oui, Ainge le mal aimé, le détesté, mais que voulez-vous, je récupérais les posters que je trouvais dans les magazines de l’époque), c’est une fabuleuse madeleine.

Madeleine qui m’a donné envie de me remettre aux mangas. Cela faisait longtemps que je n’avais rien lu, profitant du confinement pour me goinfrer de littérature comme à ma grande époque. Mais que lire ? Quand on dit « manga de basket », on songe tout de suite à deux titres : Kuroko no Basket et (surtout) Slam Dunk. J’ai vu pour chacun l’adaptation animée qui en avait été tirée. Au charme so 80’s de celle de Slam Dunk a répondu quelques années plus tard le délire jouissif des coups spéciaux façon Saint Seiya dans celle de Kuroko. A chaque fois, immense plaisir. Après, pour ce qui est de tout reprendre à travers leur manga respectif, avantage à Slam Dunk, souvent cité comme étant LE manga de basket, voire LE shonen sportif.

Ne restait plus qu’à se procurer les tomes de Slam Dunk mais là, j’étais pris un peu de court. La nouvelle édition (la « Star Edition ») me semble un poil onéreuse pour ce qu’elle est. Quant à d’éventuels scans de qualité à trouver sur le net, je pouvais repasser.

Du coup, en attendant des circonstances plus favorables, je me suis rabattu sur une autre œuvre d’Inoue traitant du basket :

Real

 

Particularité : le manga traite du basket en général mais en particulier du handibasket. Le thème de la blessure étant un motif bien connu de la mécanique narrative du shonen de sport, j’allais sans doute me confronter là à de nombreuses affres de personnages accidentés, fauchés par la vie et se demandant quoi faire pour lui redonner sens. Cela n’a pas raté et c’est tant mieux car c’est la grande richesse de Real qui pourra paraître moins lumineux que Slam Dunk mais en même temps plus complet, touchant aussi bien à la légèreté qu’à une gravité toute réaliste.

Ici, il est bien difficile de déterminer un personnage principal. Si le bolosse Nomiya, grand fan de basket, évoque tout de suite le Sakuragi de Slam Dunk, il est loin d’être systématiquement présent, cédant parfois sa place à d’autres personnages durant de nombreux chapitres. On a ainsi le portrait de Togawa, lycéen prometteur dans la pratique du 100M mais qui, atteint d’un cancer des os, doit se rabattre sur le handi-basket. Takahashi était lui autrefois un lycéen du genre bâton-merdeux plutôt fort au basket. Touché par un rude accident de la route, il a dû faire une croix sur ses jambes et commencer un parcours du combattant dans son hôpital pour se redéfinir, mieux comprendre sa famille et redonner un sens à sa vie. Dans cette quête il fera d’étonnantes rencontres, comme celle d’un vieux otaku handicapé comme lui, mais aussi celle d’une star du catch bien décidée à retrouver ses jambes : Scorpion Shiratori.

Ces trois fils narratifs s’entrecroisent, se répondent, souvent pulsés par l’évolution de Nomiya, gorille relou mais sympathique à l’enthousiasme communicatif. Chacun des personnages connaissent des moments de mou puis des heures plus enthousiastes. A ce jeu d’entrecroisements, Inoue excelle, y injectant une pléthore d’autres personnages intéressants, comme la jeune Azumi, secrètement amoureuse de Togawa (lien amoureux juste suggéré), et qui elle aussi doit songer à donner du sens à sa vie après le lycée, mais aussi les parents de Takahashi.

Comme avec Slam Dunk, on est dans une aventure humaine mais là où dans Slam Dunk elle parachavait glorieusement les années lycée, elle sort de ce cadre dans Real pour toucher toutes les générations, avec en plus, cerise sur le gâteau, le trait d’Inoue qui depuis Slam Dunk a évolué et gère parfaitement aussi bien les scènes d’introspection que les scènes de basket. Rien à dire évidemment sur les scènes de basket traditionnel, avec des joueurs sur leurs deux jambes comme Nomiya. Se fixant pour but de passer pro, Nomiya accède à un camp de sélection et les planches que dure cet arc procure son lot de planches savoureuses et explosives. Et c’est aussi le cas pour celles de handibasket dont on peut penser qu’elles ont dû constituer un challenge pour Inoue. Donner l’impression du mouvement, de la rudesse des contacts, de la virtuosité individuelle en se privant des poses splendidement athlétiques d’un Rukawa (un des personnages phares de Slam Dunk), ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant, force est de constater que ces scènes sont très prenantes aussi. A la place des jambes, on a ceci, un fauteuil…

Véritables bolides aux roues de biais, ces fauteuils deviennent sous la plume d’Inoue l’équivalent circulaire des jambes de basketteurs. L’alchimie entre ces troncs aux bras levés et cette assise de métal se fait parfaitement et à aucun moment on se dit qu’il y a dans ces scènes une absence de lisibilité, au contraire.

En quatorze tomes, Inoue livre une œuvre maîtresse, injustement dans l’ombre du phénomène Slam Dunk. On pourrait juste lui reprocher une fin laissant un goût d’inachevé mais ce n’est pas anormal non plus car pour tous ces personnages, féminins comme masculins, vingtenaires, quadra ou quinquagénaires, l’heure de The Last Dance sera sans cesse repoussée avant le buzzer final.

Un manga vraiment splendide.

Opération sageo !

Après trois articles « bijins de la semaine » on va peut-être se calmer, je ne voudrais pas que l’on s’imagine que le confinement se passe pour moi à trier et contempler des tombereaux de photos de fascinantes bijins plus ou moins habillées. Car le confinement, c’est aussi l’occasion de faire des trucs et des machins qui avaient jusqu’alors toujours été repoussés aux calendes grecques. Ainsi, les nœuds. Non, je sais ce à quoi tout de suite vous pensez, il n’y aura pas de critique aujourd’hui d’un nouveau pinku eiga ! Quand je parle de nœud, je pense en fait au noble art du nouage de sageo de la saya.



Gni ?

Allez, j’arrête de jouer à l’homme mystère, j’explique ce que c’est : une saya est un fourreau dans lequel on insère un katana et la sageo est la lanière qui y est attachée, lanière souvent nouée de manière complexe lorsqu’il s’agit d’un katana de décoration. A la maison, j’ai deux joujoux de ce type. Le dernier en date est celui-ci :

Le Musashi Koshirae (trouvable sur Tozando). Il faut vous dire que jadis j’ai eu pratiqué le iaido en club, en fait cinq années avant que le sensei ne décide d’arrêter l’enseignement. C’était une chance improbable car les clubs de iaido ne courant pas les rues, en voir un dans une ville de moins de vingt mille habitants doit être assez rare en France. Maintenant que le club n’existe plus, j’avoue que je n’ai guère l’occasion d’utiliser mon katana (plus précisément mon iaito, un katana non tranchant destiné à la pratique du iaido) pour pratiquer l’un des douze katas du seitei-ai. Mais bon, il m’arrive encore de l’utiliser dans le jardin pour m’exercer à faire des coupes dans le vide, uniquement pour le plaisir d’entendre le sifflement de l’air fendu par la lame.

Avant ce iaito, j’avais (et j’ai toujours) un katana de décoration, réplique de celui ayant appartenu ou samouraï Minamoto no Yoshitsune. Il s’agissait d’un cadeau de mon beau-père lors de mon mariage au Japon avec Madame Olrik. Non tranchant lui aussi, je m’étais dit au moment de commencer les cours de iaido, alors que je n’avais pas de matériel pour le pratiquer, qu’il aurait pu parfaitement faire l’affaire. Et puis, commencer la pratique avec le katana de Yoshitsune, grisant quoi !

J’avais donc radiné au premier cours avec sous le bras mon katana de décoration pour demander son avis à mon sensei. Un peu dubitatif il le prit tout de même respectueusement et le sortit de sa saya afin de le prendre en main et de le soupeser. Selon lui l’engin, avant tout destiné à la décoration, n’était pas assez bien équilibré pour la pratique du iaido mais je pouvais malgré tout l’utiliser en attendant de me procurer un vrai iaito, à ses yeux indispensable si je voulais progresser. Après avoir acheté rapidement un iaito pour la pratique puis surtout le iaito Musashi, ses sages paroles étaient tout ce qu’il y a de plus vrai. Faire des coupes et des katas avec un iaito lourd et mal équilibré peut très vite fatiguer.

Bref, je décidai d’utiliser le katana Yoshitsune en attendant. Par contre subsistait un dernier obstacle : le nœud du sageo. Et mon sensei de se saisir du fourreau et de le dénouer illico, m’expliquant que la gestion du sageo était partie intégrante du iaido. Sur le coup je m’étais dit « pas grave, je le referai » mais une fois rentré à la maison, voyant le sageo pendouiller le long de la saya et surtout après avoir vu sur le net la gueule du nœud une fois constitué je me dis que ça allait être tout de même bien chaud de le refaire. Bon, on verrait cela plus tard !

Un peu plus balèze que de faire un nœud à ses grolles.

Et puis les semaines, les mois et les années passèrent. Le katana a pris la poussière dans un coin de mon bureau, avec son sageo lamentablement emberlificoté autour. Avec le confinement, l’envie d’un nettoyage de printemps drastique m’est venue, histoire de faire du tri dans mes collections de collections (jamais simple, j’ai toujours envie de tout garder). En triant mon mon bureau où traînait le katana dans un coin, mon regard est tombé dessus et je me suis dit qu’il serait quand même grand temps de faire sa fête à ce maudit nœud que je désespérais de retrouver dans sa forme initiale. Le soir même je m’attelai à la tâche.

Première étape : retrouver sur le net un tutorial permettant de faire un nœud identique. Pas simple car ce type de nœud tient compte de deux petite attaches en cuir à l’intérieur desquelles le sageo doit passer. Or, la plupart de tutoriaux concernent ce genre de nœud :

Nulles attaches en cuir ici. Je suis bien retombé sur des photos montrant l’apparence finale du nœud, mais sans les étapes progressives, impossible bien sûr de le reproduire. Après une demi-heure de recherches dans le vide je commençais à désespérer lorsque je tombai dans le moteur de recherche de google images, après avoir tapé « 下緒の結び方 », sur ces photos :

Ah là ! Ça commençait à sentir bon et après avoir cliqué, Ô joie ! plusieurs dizaines d’images explicatives m’apparurent ! C’était in ze pocket enfin, en théorie du moins. Je craignais que la succession d’images n’aille trop vite et me laisse à un moment donné perplexe, voire totalement perdu. Mais en fait cela n’arriva pas, le mec qui a pris les photos a pensé à tout. Dans l’ensemble l’opération s’est donc faite sans trop de difficulté.

De toute façon, avec ma figurine Fujiko Mine qui m’encourageait, impossible de foirer !

Image après image, en scrutant bien les détails, j’ai eu le plaisir de le nœud reprendre forme.

Courage Olrik, tu y es presque !

Avec en prime le petit sentiment grisant d’utiliser ses mains pour la pratique d’un art ancestral. J’imagine que les samouraïs étaient rompus à cet exercice et que le nœud devait être exécuté en deux temps trois mouvements. Du reste, avec l’hojōjutsu (l’art martial pour ligoter les prisonniers), ils devaient avoir dans ce domaine autant de dextérité que Popeye ou Archibald de Haddock lorsqu’il s’agissait d’exécuter des nœuds en pleine mer.

Entre parenthèses, juste pour informer hein ! (et non pas parce que l’article manque de photos de bijins)  l’hojōjutsu a pu évoluer au fil des siècles dans une pratique que l’on appelle le shibari (amateurs de pinku, inutile de faire semblant de ne pas connaître) et dans laquelle il s’agit de faire non pas des prisonniers mais un certain type de prisonnières :

Encore une fois, c’est juste informatif !

On voit un nœud au-dessus du sein droit, nœud qui sera le prélude à une quantité d’autres autour de l’épiderme de Naomi Tani. Ce qui m’amène au passage à me demander s’il n’y aurait pas dans le nouage de sageo une portée érotique. Je regrette tout à coup de ne pas avoir fait le nœud de mon katana Yoshitsune tout en pensant à Naomi Tani, Junko Mabuki, Izumi Shima, Nami Matsukawa, Miki Takakura, Ran Masaki bref, à toutes ces glorieuses « SM Queens » de la Nikkatsu. Finalement, des samouraïs aux bidasses de Full Metal Jacket donnant un nom à leur fusil, l’entretenant sous toutes les coutures et dormant avec, il n’y a peut-être qu’un pas.

En tout cas, si les beaux-parents maintiennent leur venue cet été en France (mais malheureusement rien n’est moins sûr avec les événements actuels), je serai fier de leur montrer leur beau cadeau trônant sur les tatamis du salon. Le nœud n’est sans doute pas aussi parfait qu’à l’origine, il faut que je trouve la combine pour parfaitement le serrer, tout cela est encore un peu lâche, d’autant que le sageo est plus épais que celui sur le turorial, mais bien dépoussiéré et bien lustré, c’est bon, l’objet capte de nouveau le regard comme la plus belles des SM Queens.

 

Bijin de la semaine (67) : mieux vivre le confinement avec le yoga de Yuuri Morishita

Et le confinement dura…

Avec ses avantages et ses inconvénients. Perso, je m’adapte assez bien à la situation. Culturellement, c’est la joya, gros quota de pages lues par jour, Breaking Bad avec Olrik jr, des de Funès avec Olrik the 3rd, Mad Men terminé, je ne vois pas le temps passer. C’est peut-être au niveau de l’activité physique que ça pêche un peu. J’avoue ne pas trop avoir la motivation pour faire un footing se limitant à un parcours avec un kilomètre de diamètre. Et puis le footing, c’est souvent par période, là je suis peut-être entré dans un moment où je n’ai tout simplement pas l’envie.

Par contre, en écoutant récemment un disque de Ravi Shankar, je me suis rappelé d’un doux moment lors de mes études. J’étais alors en licence, à moins que ce ne soit en maîtrise, en fait peu importe, j’avais entrepris de suivre les cours d’une des nombreuses activités physiques proposées par la fac. Mon dévolu s’était posé sur le yoga dont les cours étaient situées juste à un kilomètre de chez moi. A cette époque je crois que j’écoutais justement un peu de musique indienne et j’ai eu envie de découvrir la fameuse discipline millénaire du pays.

J’ai écrit « doux moment », c’est à relativiser. Ici pas de cours de yoga à la sauce new age où il s’agissait de rester mollement dans la position du lotus entouré de bâtons d’encens. Le professeur, le trentaine, était adepte d’un yoga pur et dur. Il allait régulièrement en Inde pour parfaire sa pratique auprès de vrais maîtres yogis. Avec lui le programme était simple : des asanas (postures), des asanas et encore des asanas. Durant une heure j’avais l’impression de faire de mon corps une serpillière que j’allais essorer au maximum par ces postures qui me brûlaient, qui parfois me faisait un peu mal mais qui, lorsque je quittais le gymnase après une heure très physique, me donnaient l’impression de marcher en lévitation, parfaitement détendu, tant physiquement que psychologiquement. J’étais alors parfaitement apte à rejoindre les amis à tel pub pour déguster une bonne grosse pinte de bière !

Bref, le yoga, c’est le bien et c’est en écoutant Ravi que je me suis dit qu’il serait bon de reprendre cela à la maison le temps du confinement, à raison d’une demi heure par jour. J’étudie cela sur différents sites afin de retrouver les postures que je pratiquais lors de ces cours. J’essaye aussi de retrouver leur ordre car je me souviens qu’elle ne s’enchaînaient pas n’importe comment. Et histoire de donner un coup de pouce supplémentaire à la motivation, j’ai décidé de retranscrire ces recherches à travers un article. Vous êtes tentés mais vous hésitez à pratiquer le yoga ? Toutes ces semaines de confinement passées à regarder Netflix en bâfrant de la junk food commencent à vous faire sentir un peu minable ? Il n’y a pas à hésiter, surtout que pour l’occasion j’ai fait venir deux instructrices de choc ! La première se nomme Yuko Shoji :

Elle a autrefois fait partie fugitivement d’Ebisu Muscats. Mais plutôt que ce sombre passé on préférera évoquer ses activités de maîtresse yogi. DVD, livres, cours en ligne, la bijin de 36 ans, toujours dans l’éclat d’une beauté sans cesse entretenue par la parfaite maîtrise d’asanas, se donne bien et sait parfaitement attirer le client mâle avec un DVD parfaitement adapté à ses goûts :

Les consignes qu’elle donne sont toujours très claires, Yuko ayant un sens de la pédagogie qui sait parfaitement mettre en valeur ses ananas euh… je veux dire ses asanas :

Je ne saurais donc que trop vous conseiller de voir les multiples liens sur youtube pour vous faire une idée :

Sinon, afin de bien profiter de la lecture de ce qui va suivre, mettez-vous à l’aise. Un short, un t-shirt, plus besoin de chaussettes, vous allez maintenant avoir votre premier cours de yoga. Pour cela j’ai fait venir une bijin dont je me doutais bien qu’elle aurait droit un jour à un épisode de ma série des « bijins de la semaine », j’ai nommé la sublime…

Yuuri Morishita !

On a souvent des pratiquants de yoga l’image d’êtres secs comme des coups de trique et on pouvait se demander si notre bijin allait être désavantagée par son mirifique 90/55/90 dans la pratique des asanas mais en fait pas du tout, vous allez voir que composer des postures avec des gros seins n’empêche absolument pas la pratique du yoga. 

Sur ce, vous êtes prêts ? Brûlez quelque part un bâton de patchouli, mettez la bande son du jour…

… et écoutez attentivement mes consignes tout ne matant (ce ne sera pas trop difficile je pense) leur illustration physique par dame Yuuri qui vous propose pour commencer en douceur la posture du nénuphar avec les mains sur le ventre pour bien sentir la respiration ventrale :

Comme Don Draper lors de l’ultime épisode de Mad Men, vous pouvez dire doucement « aum » pour marquer l’entrée dans notre séance yogistique. Vous allez voir, ça va être de la balle !

Après cinq minutes, relevez-vous pour me faire le vrishasana (posture de l’arbre) :

Le talon doit véritablement être au ras des couilles. Trouvez votre centre d’équilibre et essayez de tenir la pose une minute. Ah ! J’en vois déjà qui rament comme c’est pas permis, ça promet pour la suite de la séance ! Bon, pas de panique les gars, regardez bien sous un autre angle et appliquez-vous que diable ! ce n’est quand même pas bien compliqué :

Regardez comme les mains sont bien tendues vers le plafond, regardez les mains j’ai dit !

Une fois que vous tenu la posture sur une jambe, refaites-la sur une autre. Passons maintenant au garudasana (posture de l’aigle) :

Ne me demandez pas le rapport avec l’aigle, j’avoue que c’est chaud, là. Vous enchevêtrez vos membres comme Yuuri et essayez là aussi de tenir la pause une minute. Le premier qui se rétame la gueule n’aura pas le droit à sa kirin en fin de séance.

Pour terminer avec les postures debout, faisons maintenant le parsvottanasana (posture de la pyramide) :

Tout en maintenant l’angle des jambes, vous posez doucement votre front sur votre genou. Tenez la pose deux minutes en fredonnant Kaze wo atsumete de Happy End.

Comme je pense que vous devez commencer à transpirer un peu, vous pouvez faire comme Yuuri, à savoir porter des vêtements plus légers. Mettez-vous à quatre pattes, c’est parti pour le bidalasana (posture du chat) :

?!

Vous commencez à comprendre le pouvoir du yoga ? N’hésitez pas à le pratiquer avec Madame, l’essayer c’est l’adopter. Une fois que vous en avez marre d’imiter la plus salace des gourgandines de kabukicho, redressez-vous, renversez-vous et choppez vos chevilles de cette manière :

Ushtrasana (posture du chameau)

 

Evidemment, si vous avez abusé des apéros durant le confinement, je ne vous cache pas que c’est un peu dur. Allez, je vais être gentil, tenez la pause juste 45 secondes. Evitez de vomir, merci.

Relaxons-nous un peu maintenant avec le Shashankasana (posture du lièvre) :

J’avais bien un autre gif présentant la posture sous un autre angle mais je crois que je vais m’abstenir pour préserver la concentration. Remarquez comme la posture n’est pas désagréable (je parle ici de votre propre posture et de ce que vous ressentez).

Allez ! c’est fini pour les postures assises, terminons trois minutes avec le lotus. Inspirez et expirez doucement :

Si vous suintez désagréablement sous les aisselles, vous avez le droit de vous mettre en slip. Yuuri a décidé de se mettre en bikini, vous n’êtes pas obligé de l’imiter. Allongez-vous deux minutes et respirez calmement :

Nous allons maintenant passer aux postures allongées. Ne croyez pas que ça va être facile, c’est tout le contraire ! Commençons par une variante de la posture de la charrue :

Les quatre membres (et même cinq dans votre cas) tendus vers la droite, et vous me ferez le plaisir de garder les jambes bien raides (juste elles). Après deux minutes de ce régime, on passe à l’ardhashivasana :

Alors évidemment, ceux qui ont une toilette intime douteuse vont ici le sentir passer. C’est un peu de votre faute aussi, le confinement ne signifie pas que vos bijoux de famille doivent être confinés jour après jour dans le même calbute. Tout le long des 10 minutes 40 que doit tenir la posture, bougez de temps à autre votre main droite pour que je sache que vous ne vous êtes pas brisé la nuque.

Quand vous sentez que vous allez finir par être aussi handicapé que Hank Schraeder dans la saison 3 de Breaking bad, faites passer par dessus vos jambes et remettez-vous à plat lentement, vertèbre après vertèbre, en contrôlant avec vos bras au sol ramenés au niveau de la taille :

Voilààà, c’est ça, comme ça !

Nous n’en avons pas encore terminé avec les postures qui donnent un mal de chien, courage ! Voici le kandharasana (posture du demi-pont) :

Normalement, au bout de trente secondes vous devez avoir l’impression d’n chier sévère. Pour vous récompenser, un peu de repos avec le matsyasana (posture du poisson) :

ne prenez pas cette posture à la légère, le but est d’imagine que votre buste touche aux cieux pour aller saluer Hindra, le dieu du ciel :

Voilà, exactement comme ça.

Après quoi vous pourrez (enfin !) vous reposer avec le supta balasana (posture de l’enfant) :

Là aussi, j’ai l’asana sous un autre angle mais on va rester concentrés jusqu’au bout. Après cela mettez-vous en chien de fusil pour le matsya kridasana (posture du poisson qui bat des ailes) :

Le rapport avec un poisson qui bat des ailes ? Franchement, OSEF non ? On se détend et on admire, c’est tout. Ou plutôt on fait le vide. Attention ! Je n’ai pas dit piquer une ronflette, fixez votre esprit tout en faisant le vide, c’est tout le paradoxe et la difficulté. Essayer de vous déconnecter de l’image de l’épiderme de Yuuri, imaginez que vous êtes allongé au bord d’un bassin d’un onsen situé à quelques lieues du mont Fuji. Une légère brise vous caresse l’échine et provoque un doux murmure parme les feuilles d’un érable qui décore la proximité du bassin. Vous êtes bien. Vous aimeriez que cela dure toujours. Mais vous savez aussi que Yuuri vous attend dans votre chambre de ryokan. Elles vous a promis d’approfondir ensemble certains asanas, notamment la posture de la visite au cyclope, celle du petit ramoneur et surtout celle du grand-duc à moustaches et celle de…

Et voilà, c’est fini. Les petites cymbales indiquent que le cours est fini. Vous pouvez retourner à votre confinement le cœur léger. Et si jamais Madame est plus à prendre avec des pincettes à cause d’une promiscuité de tous les instants, vous saurez que vous n’aurez qu’une seule chose à lui proposer pour l’apaiser : « Chérie, fais donc le bidasalana, ça t’apaisera et je veux bien t’aider à le faire ».

En ce moment la formule à la mode est « prenez soin de vous ». Pour moi, ce sera que Krishna et les chakras soient avec vous !

 

Les bijins de la semaine (66) : Les bijins masquées

Bon, où en étais-je ? Pas simple de reprendre après quinze jours de break forcé. C’est que, voyez-vous, la Olrik Family a connu de sérieuse turbulences, une sorte d’expérience dans l’expérience du confinement. Sans entrer dans les détails, votre serviteur a méchamment dû se sortir les doigts, comprimer 48 heures dans des journées qui n’en ont malheureusement que 24 (à ce que l’on dit), être plus d’une fois au bord du burn out ou pire, du karoshi en sentant poindre des palpitations dans son cœur délicat mais généreux.

Olrik, tiens bon, tu vas surmonter l’épreuve !

Du coup, c’est vrai que l’on n’a pas eu le temps de psychoter avec le covid-19. Cela ne fait que quelques jours que la vie a repris son fleuve tranquille et que je suis avec un peu plus d’attention les infos. On a la chance d’avoir un jardin, et comme il fait beau, c’est reparti pour relire dans le transat, au soleil, le Côté de Guermantes avec un verre de cidre à portée de pogne, juste après avoir aidé Olrik the 3rd à faire ses devoirs du jour. Olrir jr, élève modèle, les fait tout seul et attend avec impatience le soir pour se mater avec moi deux épisodes de Breaking Bad. Quant à Madame, le pragmatisme incarné, elle se rend l’après-midi à son travail afin de continuer à faire tourner sa petite entreprise.

Et donc moi, j’ai un peu de temps pour reprendre BdJ en main. Et là, évidemment, impossible de n’en pas parler. A l’hystérie (un peu légitime, il est vrai) des masques portés disparus en France, je vais répondre en vous en offrant une pléthore, et fort bien portés encore !

Glp!

Délicieusement mystérieux même, car avouez-le, les bijins que l’on croise au Japon arborant cet appendice (d’ailleurs pas forcément pour ne pas répandre des microbes, d’après Madame c’est aussi parce que des femmes ne veulent pas montrer qu’elles ne sont pas maquillées), capte bien souvent le regard. On a la délicatesse des yeux en amandes, mais quels trésors se cachent sous ces masques ? Les bijins masquées, ce sont un peu les Shéhérazade des milieux urbains. Quand on tombe sur l’une d’elles, tel le roi Shahriar, le temps s’arrête et l’on a illico envie de déclamer un poème :

La lune est son visage ; le flexible rameau qui ondule, sa taille 

Son front est blanc comme la première lueur de la nouvelle lune

Ses yeux comme les yeux des gazelles

Ses sourcils comme le croissant du mois du Ramadan

Ses deux seins comme deux grenades jumelles

Son masque comme un voile de rosée recouvrant un lieu enchanteur

Mais où est la langue qui saurait décrire ce miracle : cette croupe ferme et vallonnée qui met mon zebb au supplice… ?

Ya Allah ! Ya Allah !  Qu’il est dur de se promener au Japon !

Sur ce je vous laisse. Tout cela m’échauffe l’esprit et je m’en vais retourner à mon Proust pour me calmer. A bientôt et n’oubliez pas :

Bijins de la semaine (65) : Les Nichigeki bijins

En cette période de confinement, il faut bien continuer à vivre, à se distraire, à rêver. Pour cela, quoi de mieux que la série des « bijins de la semaine » ? Et quoi de mieux que le music hall ? Charly l’a très bien chanté, souvenez-vous :

Ah ! Trénet ! Ça met tout de suite du baume à l’âme, n’est-ce pas ?

Et si en plus cela s’accompagne de délicates créatures aux yeux en amandes en train de se trémousser dans un appareil donnant à voir de fines gambettes ou d’autres délicates parties de leur anatomie, alors là, excusez-moi mais vous pouvez d’ores et déjà laisser tomber votre vulgaire Marc Dorcel et son libre accès pour cause de Coronavirus. Pour aujourd’hui, nous allons donc faire un bon dans le temps : directions les années 50 et 60 au Nichigeki Music Hall de Tokyo :

Situé à Yurakucho non loin de Ginza, la bâtiment a pu recevoir des artistes de jazz tels que Gene Krupa ou Ella Fitzgerald mais dans le cœur des séniors japonais, c’est pour un tout autre type de spectacle qu’il est connu. Un spectacle avec des paillettes et des plumes…

Beaucoup de plumes.

 

Faisant les délices des touristes mais aussi des bidasses américains alors en garnison, le Nichigeki proposait du burlesque de music hall de qualité et exclusivement topless. Car évidemment, vous vous en doutez, il ne s’agissait pas de proposer une nudité intégrale. A cause de la censure, impossible de montrer le moindre buisson ardent. Du coup on a compensé par des tenues extravagantes et mettant en valeur d’autres atouts de la plastique irréprochable des danseuses. Evidemment, à la fin des années 70, les goûts, davantage portés sur l’explicite avec le début de l’ère des JAV, ont eu tendance à délaisser le Nichigeki et c’est en, 1981 que le bâtiment a fermé ses portes (et détruit, bien dommage compte tenu de son architecture sortant de l’ordinaire) :

Mais tout n’a pas été perdu puisque subsistent de délicieuses brochures qui ont été publiées tout le long de l’existence du Nichigeki. A l’intérieur de jolies pin up dessinées par Noboru Ochiai mais surtout de somptueuses photos des différentes créatures qui ont animé le lieu et qui se sont fait plus d’une fois siffler par les bidasses ricains façon loup de Tex Avery.

Regardez attentivement puis fermez les yeux et imaginez : vous êtes subitement dans un lieu public, pas de vilain virus à craindre, lorsqu’apparaît subitement Mako Misaki, la fameuse « Reine du Nichigeki » et dont la plastique de déesse sera peu à peu découverte au gré de savants mouvements avec des plumes d’autruche. Oui, en imaginant cela, pas de doute, on peut nous aussi dire, comme Charly, que l’on aime le music hall.

L’otokorashii de la semaine (8) : Akira Takayasu

Le mois de mars, normalement, c’est Haru Basho à l’Edion Arena d’Osaka, comprenez le deuxième tournoi de sumo de l’année. A chaque fois, j’attends fébrilement le dimanche qui marque le début des rudes hostilités. Je m’installe confortablement sur le canapé, je mets la NHK, sauf que là, comment dire ?

Gni ?

Guégzéksa ?

Eh oui ! coronavirus oblige, le sumo n’a évidemment pas été épargné par les mesures protectrices et c’est donc à huis clos, une première depuis l’existence de ce sport, que se déroule le tournoi d’Osaka. Et comme pour beaucoup de sports finalement, c’est là que l’on se rend compte de l’importance du public pour ce qui est de l’intérêt. « Omoshirokunai ! » (pas intéressant !) trancha d’ailleurs le beau-dabe sur Skype, avis que je partage un peu tant j’ai l’impression d’avoir sous les yeux des rikishis fantômatiques. Je crois que c’est Kotoshigoku qui a comparé l’expérience à un rite religieux, avec une atmosphère sanctifiée comme si les lutteurs se trouvaient dans un temple. La comparaison est jolie mais Kotoshogiku a eu beau ajouter que cela le motivait encore plus  pour ressentir l’aspect sacré de son sport et donner encore plus sur le dohyo, j’ai malgré tout le sentiment que les rikishis sont un peu déphasés par cette ambiance.

C’est que la lente montée en puissance du shikiri (le rituel avant le combat) devient singulièrement moins spectaculaire sans les encouragements du public. Avec certains rikishis, on sentait que ce public était un vecteur d’adrénaline, il s’agissait pour eux d’attirer leur attention, voire leur bienveillance, leurs encouragements, pour la suite du combat. D’ailleurs, Kotoshogiku parle d’un lieu sanctifié mais rappelons que le sumo n’est en rien comparable au tennis. Durant la joute qui parfois peut aller jusqu’à durer une minute (rare mais cela arrive), le public ne reste pas muet. Loin de la réserve légendaire des Japonais, il encourage, s’exclame, trépigne, et cela ajoute au spectaculaire de l’instant. Enfin, quand arrive le mouvement qui permet de gagner, les exclamations gagnent encore un degré en intensité et il est souvent bien plaisant de voir les visages des spectateurs aux premiers rangs manifester leur joie en applaudissant ou en riant, hilares, parce que l’un des adversaires est tombé du dohyo et s’est affalé juste à proximité d’eux.

Encore plus rigolo quand c’est un arbitre qui se le mange.

Bref, sans tous ces éléments rappelant que le sumo était à l’origine une discipline populaire, le sumo n’est plus exactement le sumo. C’est en tout cas une autre expérience. Le plus saisissant est d’entendre le bruit des coups (par exemple les tsuppari, ces gifles vigoureuses qu’un rikkishi a parfaitement le droitde donner) donnant tout à coup au lieu une atmosphère de salle d’entraînement. Mais plus impressionnant encore est d’entendre les cris de douleurs des combattants.

Ici, rappelons qu’un rikishi n’est en rien une pleureuse de footballeur. S’écrouler, se tenir un genou en gémissant pour jouer l’intox, très peu pour eux. On parlait d’atmosphère sacrée et s’il y a bien une chose qui est sacrée dans cet endroit, c’est la virilité, l’otokorashitude ! A tel point que certains athlètes ont des allures de momies tant leur corps est recouvert de bandages. Ils peuvent bien sûr faire l’impasse sur un tournoi pour penser leurs plaies mais en ce cas c’est l’assurance de perdre des places au classement (et un meilleur salaire). Du coup, c’est plus d’une fois un esprit commando qui est de mise, ça passe ou ça craque.

Pour Takayasu, mercredi dernier, ça a craqué. Takayasu, c’est cet homme :

En cette période de féminisme parfois hystérique, est-il bon d’exalter les valeurs d’une virilité massive et puissante ? A vrai dire je m’en fous. Admirez juste les chiffres : Takayasu c’est 176 kilos pour 1m87. La maman est originaire des Philippines.

Quand je me suis remis à m’intéresser au sumo il y a quelques années, j’ai très vite choisi Takayasu comme l’un des rikishis que j’allais supporter.

Takayasu bébé. On raconte qu’il lui fallait ses 5 litres de lait quotidiens.

A cause de cet air placide plein d’assurance, à sa manière d’essuyer sa grosse pogne sur son bide (après avoir jeté le sel sur le dohyo) en la faisant claquer vigoureusement. Mais il y a aussi cette mimique qui ne manque pas de susciter à chaque fois les applaudissements lorsqu’il s’apprête à lancer une ultime fois le sel sur le dohyo avant d’entamer le combat, il envoie puissamment ses épaules vers le bas en accompagnant le geste d’un Humpf ! sonore :

Last but not least, Takayasu est avec Tochinoshin d’être des rikishis particulièrement velus. Dans un sport où les lutteurs ont le torse aussi vierge de poils que le cul d’un bébé, Takayasu a parfois carrément des allures de Teddy bear renfrogné :

C’est tout con mais moi, le pouvoir viril du poil, ça me parle. Et ça doit exciter certaines puisque sachez que notre otorashii de la semaine est fiancé depuis un an avec Mori Konomi, pas la plus vilaine des chanteuses d’Enka :

Quel enfoiré ce Takayasu !

Les deux tourtereaux se sont rencontrés en 2016 lors d’une soirée à un karaoké :

« Quand j’ai vu Akira prendre virilement le micro avec ses poils débordant de sa manche, je me suis sentie toute chose, a alors affirmé la belle à nos micros (si, si !). Je me suis alors intéressée au sumo et quand j’ai découvert qu’il était tout rond et recouvert de poils, il m’a fait penser à Pikichan, l’ours en peluche que j’avais quand j’étais petite fille. J’ai eu alors une envie très forte de le palper et de le serrer tout contre moi. Maintenant que je peux le faire tous les jours, je suis heureuse.»

Privilèges des sumos destinés à rabouler les plus jolis petits lots du Japon ! Mais ne soyons pas jaloux car dans le cas de Takayasu le mariage n’a pas encore eu lieu et avec sa perte récente du grade d’ozeki, il est peut-être encore moins d’actualité, allez savoir. Et avec ce qui s’est passé mercredi, peut-être même n’aura-t-il jamais lieu. Mais que diantre s’est-il donc passé ? Ceci : lors de l’ultime combat de la journée, Takayasu a dû affronter Kakuryu, un des deux yokozunas mongols. Match très équilibré, parti pour durer un peu tant Takayasu semblait maîtriser son sujet (il a d’ailleurs été à deux doigts de l’emporter au bout de cinq secondes avant que le yokozuna ne redresse la barre). Et puis, arriva cet instant fatidique :

On le voit la jambe gauche ne s’est sans doute pas très bien accommodée de la chute du corps. Le genre de chose qui arrive au sumo mais là, il a été surprenant d’entendre ceci :

Dans le vide et le silence de l’Edion Arena retentit alors l’impensable, les cris de douleur d’un rikishi ! Habituellement le brouhaha du public et les commentaires des présentateurs recouvrent ce genre de chose mais là, stupeur d’entendre qu’un rude colosse poilu peut s’avérer incapable de retenir des plaintes à cause d’une douleur qu’on imagine particulièrement vive. Et voir Kukuryu lui-même se tenir médusé à côté du pauvre Yasu faisait assez comprendre que la situation était grave. Car normalement, sachez-le, quand un rikishi se blesse, on lui demande de surmonter sa douleur, de remonter sur le dohyo pour le salut final puis de repartir tout seul, clopin-clopant, dans les vestiaires pour se soigner. Du coup, voir un Takayasu immobile et incapable de se relever en dit assez long sur la gravité de sa blessure. Vous vous demandez d’ailleurs comment ça se passe lorsqu’un rikishi est incapable de se relever. Sans doute un brancard de grande taille arrive, brancard piloté par d’imposants colosses ? Eh bien non, gros amateurisme médical ici. Des types arrivent, aident le blessé à se relever (et tant pis si ça aggrave les choses), à le faire descendre du dohyo pour le foutre sur un fauteuil roulant. Pour Takayasu, ça a donné ce triste spectacle :

Dans tout sport, on n’aime pas à voir les athlètes se blesser. C’est encore plus prégnant au sumo avec cette détestable manière de gérer les blessures. Engoncés dans le hiératisme de leur discipline, les officiels du sumo semblent incapable de comprendre qu’au XXIème siècle il serait peut-être un peu temps d’apporter certaines améliorations dans le domaine.

Bref, pour l’heure, Takayasu a bien évidemment abandonné le tournoi et va poursuivre sa descente dans le classement. Et à 30 ans, c’est une blessure qui risque peut-être de précipiter l’intai (retraite du sumo). Après Goeido, son ex-compagnon Ozeki qui a décidé d’arrêter les frais en prenant sa retraite, pas impossible que nous ayons à nous passer des épaules puissamment rentrées vers le bas, des claques vigoureuses sur le bide pour en ôter le sel et de la pilosité virile façon ours des plaines d’Ibaraki. Il n’empêche Akira, si tu décides malgré tout de remonter sur le dohyo, sache que je serai derrière toi. Je n’ai pas la douce voix de Konomi chan mais je compte bien l’utilise encore pour hurler de vigoureux encouragements dans le salon, ou grand agacement de Madame Olrik. Soigne-toi bien l’ami, et profite du repos du guerrier pour accélérer la guérison, je gage que les susurrements de ta bijin de fiancée, au pageot ou au karaoké du coin, saurons te rendre de cette énergie nécessaire à tout otokorashii dont le métier est de foutre des baffes sur un dohyo. J’espère juste que ce tournoi ne sera pas le dernier. Prendre sa retraite à cause d’une blessure survenue dans un tournoi vide de spectateurs, on a connu des fins de carrières plus glorieuses.

Aya Matsuura sous lumière bleue

The Blue Light
Ao no Honoo – 青の炎
Yukio Ninagawa – 2003

Shûichi, lycéen de 17 ans, mène une vie sans histoire, que ce soit à son lycée ou chez lui en compagnie de sa mère et de sa belle-soeur. Mais voilà, un jour son beau-père, qu’ils croyaient parti pour toujours, revient et le quotidien est subitement rythmé par une spirale d’alcoolisme et de violence. Shûichi prend sur lui mais lorsque le beau-père en vient à faire des avances sexuelles sur sa sœur, le jeune homme songe à régler de lui-même la problème, par la manière forte. Et définitive.

 

Pas inintéressant ce Ao no Hanoo. En observant le pedigree du réalisateur, on s’aperçoit qu’il était (il est décédé en 2016) avant tout acteur et que sa filmographie se résume à quatre films.  A priori pas de quoi sauter au plafond néanmoins on peut recommander Ano no Hanoo comme une entrée en matière satisfaisante dans sa filmographie.

D’abord parce que les amateurs de Jpop auront la bonne surprise de découvrir Aya Matsuura, alors au début de sa carrière, dans son premier rôle au cinéma. Elle y joue une camarade de classe de Shûichi, Noriko, personnage discret et en même temps réceptacle des affres que Shuichi finit par lui confier. Il faut dire que ce beau visage inexpressif est infiniment plus apaisant que la trogne sous shochu du beau-père.

Le genre de voisine de classe qui par sa seule présence t’empêche de bien te concentrer.

Ce dernier a tout du nuisible. Il impose à son ex-femme de lui filer de l’argent, de le fournir en alcool, mais aussi son cul, évidemment par la brutalité. Une scène n’entrera pas dans les détails mais nous donnera à entendre retentir dans la maison des cris féminins sans ambiguité et qui mettront Shûichi au bord de la nausée.

Le beau-père, juste après avoir tenté d’agresser sexuellement sa fille. Je te lui aurai foutu Virginie Despentes au cul, moi !

Du coup, comme la situation est bloquée pour trouver un moyen légal de se débarrasser du type (Shûichi ira jusqu’à faire la démarche de voir un avocat pour se renseigner), type qui en arrive à être dangereux envers sa fille adolescente, Shûichi va employer les grands moyens en cherchant le moyen d’assassiner son beau-père.

Les amateurs de la série Colombo apprécieront sans doute l’effort de Shûichi qui va aller assez loin pour se forger un alibi et trouver un moyen de zigouiller son beau-père. Flanqué de son vélo de course, on le voit le planquer dans un coin sur la plage, aller en cours d’arts plastiques (au passage grosse rigolade que le prof de ce cours), puis repartir pour rechoper son vélo et regagner la maison où se trouve le beau-dabe en train de cuver son saké sans savoir que son beau-fils s’apprête à lui faire subir une Claude François dans son sommeil. La scène est assez terrible et constitue évidemment le tournant du film. Elle n’est d’ailleurs pas sans lui donner un côté « Crime et Châtiment ». Pour Shûichi, pas de remords à avoir, il lui faut protéger sa famille et de tout façon son beau-père n’était qu’un nuisible inutile à sa famille et à la société. Nuisible inutile et dangereux de surcroît.

Mais évidemment tout n’est pas si simple et la deuxième partie du film nous fera découvrir un Shûuichi aux abois devant la ruse de l’inspecteur (autre détail faisant penser à Crime et Châtiment) chargé de l’enquête, et forcément un peu tracassé intérieurement par ce qu’il a fait. L’approche du psronnage, notamment dans ce qui constitue son quotidien, est d’ailleurs plutôt réussie. La « lumière bleue » du titre renvoie au bleu d’une sorte de caisse en plexiglas dans laquelle il aime à se trouver, laissant que supposer que l’extérieur lui est peut-être éprouvant malgré les apparences :

De fait, les séquences où on le voit pédaler à toute vitesse sur son vélo de course pour aller au lycée peuvent aussi bien donner l’impression d’une adolescence insouciante et dynamique que d’une sorte de plonger en apnée dans le monde extérieur qu’il convient d’écourter au maximum. En tout cas, les relations de Shuichi avec l’extérieur n’ont rien d’exceptionnelles, le jeune homme apparaît véritablement naturel et dans son élément lorsqu’il parle avec sa mère ou sa sœur.

Les séquences de pédalage sont d’ailleurs plutôt réussies dans leur dynamisme.

Après, il est surprenant de constater que sa chambre est un bric à brac situé dans le garage dans la maison :

Rabouler Aya Matsuura dans sa piaule, le rêve de plus d’un ado de l’époque.

Comme si, là aussi, il y avait une sorte d’inadaptation, de malaise dans la sphère privée. On imagine alors que la vie a dû être un rien traumatisante avec le beau-père alcoolique et que Shûichi en garde inconsciemment les stigmates. Dans sa boite transparente qui le protège de tout, de la sphère familiale comme de la sphère extérieure, elle répond à un idéal de pureté, idéal qui le jeune homme transposera à travers Noriko qui symboliquement appliquera son visage lors d’une scène derrière la paroi.

Comme elle, son visage est lisse, sans aspérités et, alors que la vie de Shûichi sera alors bourrées de périlleuses aspérités, ce sera exactement ce qu’il faudra au jeune homme pour retrouver un peu de sens à sa vie. Là aussi, il y a un peu de Sonia dostoveskienne, même si le film réservera une fin bien différente de Crime et Châtiment.

Bref, sans être non plus un chef-d’œuvre, The Blue Light est un drame familial bien interprété, bien réalisé, avec en prime une cristalline Aya Matsuura qui sent bon le début des années 2000. Une réserve toutefois : pourquoi diable avoir ouvert et conclu le film avec… Post War Dream de Pink Floyd ? Car je vous l’avouerai, faire un lien entre une chanson anti-Margaret Thatcher et une histoire d’un gosse qui bute son beau-père, c’est un peu chaud. Ça passe si on se contente de la mélodie, mais si on fait attention (ou si on les connait) aux paroles, ça parasite un brin l’ambiance.

7/10

Mika Madoka’s baby

Mika Madoka : Wet Fingers
Mika Madoka: Yubi o nurasu onna – 美加マドカ 指を濡らす女
Tatsumi Kumashiro – 1984

Encore un film de Kumashiro sur la dure vie d’une strip-teaseuse. Et finalement encore un roman porno accrocheur, même si ce titre peut paraître un cran au-dessous de films ultérieurs. On y suit le dilemme de Kimiyo, strip-teaseuse qui, comme l’indique le titre original, fait sur scène des choses magiques avec ses doigts. Elle a du succès auprès des meutes mâles et salivantes qui viennent l’admirer, mais aimerait bien passer à autre chose, par exemple devenir idol pour susurrer des chansons sucrées. Moins fatigant et plus habillée, elle risquerait moins une fluxion de poitrine à tout moment.

Même si elle fait bien tout pour en avoir puisqu’elle est dans son appartement 90% du temps en tenue d’Ève. Pas sérieux, ça.

Surtout, elle aimerait y voir plus clair concernant sa vie privée qui est partagée entre deux hommes : l’un, Shun, est un acteur prometteur, tellement prometteur qu’il va recevoir à Cannes la Palme du meilleur acteur. Le problème est que le type est du genre chaud lapin et qu’il ne voit dans Kimiyo qu’une femme übersexy avec laquelle il est sympa d’avoir des passades de temps à autre.

Shun, en voyage d’affesses après son prix à Cannes. Phallocrate 100% Adèle Heanel disapproved mais c’est pas grave, chambre tatamisée, yukata, gestion de la posture et du coup de téléphone, j’apprécie le style.

L’autre amant, Yûji, est assez joli garçon et aime profondément Kimiyo. En un mot, elle est sa déesse et il est prêt à tout sacrifier pour lui rendre service, à commencer par s’occuper de l’adorable bébé qu’elle trimbale comme une malédiction pour le bon déroulement de sa vie et de sa carrière.

Kumashiro ose le bébé trognon dans un de ses films !

Bien plus choupinou que le bébé de Rosemary, ce bébé joufflu n’est d’ailleurs pas loin d’être le principal personnage du film. C’est que ça a toujours une forte présence, un bébé à l’écran, et celui-ci tout particulièrement. Devenu véritablement homme au foyer pour rendre service à Kimiyo et surtout pour avoir l’occasion d’être au maximum près d’elle (quand ce n’est pas à l’intérieur d’elle, doux moment qu’il a maintes fois l’occasion de reproduire), Yuji va s’occuper du poupon lorsqu’il ne s’occupera pas du plaisir de sa déesse.  Cela donne lieu à des transitions un rien surprenantes, par exemple un nettoyage de couche entre deux scènes à poil ou encore un changement de couche sur un lit encore tout chaud de certains ébats conjugaux.

D’un point de vue sonore, ce sont des pleurs de tous les instants. Alors que Yuji et Kimiyo prennent un bain ensemble, un cri du bébé dans la maison rappelle illico Yuji à son instinct maternel pour aller voir tout de suite si bébé va bien. On devine assez bien ce que symbolise ce bébé qui aurait besoin d’un peu plus de cohésion parentale. Dans l’inconscient de Yuji, il est en tout cas l’incarnation de son désir de fonder une vie stable, un foyer avec Kimiyo. Mais pour cela, il faudrait que cette dernière parvienne à oublier Shun et là ce n’est pas gagné, surtout avec son foutu caractère. Si vous n’appréciez pas forcément les roman porno BDSM dans lesquels des personnages féminins se font quelque peu malmenés, sachez que là, c’est tout l’inverse qui se produit. Yuji se fait littéralement marcher sur la gueule par sa déesse et se fait même à un moment foutre dehors à coups de pied au cul. Ce n’est pas non plus la Vénus à la fourrure mais on n’en est pas loin.

Entre deux tartes dans la gueule, Kimiyo sait tout de même se faire câline.

A noter que la « Mika Madoka » du titre est le nom de l’actrice jouant Kimiyo, dans la vie réelle une véritable strip-teaseuse. Pas une actrice de métier donc mais ce n’est pas grave, il y a dans ses nombreuses éruptions de colère quelque chose d’aussi agaçant que réjouissant. Et concernant la plastique, il n’y a rien à y redire, voir Mika Madoka se trémousser sur scène dans les années 80 devait valoir le détour. A apprécier en tout cas sans modération puisque la bijin n’a joué que dans ce film, merci Kumashiro d’avoir fréquenté plein de lieux sulfureux pour dénicher cette perle !

KUMASHIRO – Attends, tu sais que tu as du potentiel cocotte ? Je vois bien un film qui s’intitulerait euh, attends, je cherche… voilà : Mika Madoka les doigts humides !

MIKA – Euh, je ne sais pas si…

KUMASHIRO – Tu déconnes ? Ça va faire un tabac ! Amène-toi demain au bureau de la Nikkatsu, je te prépares recta un contrat !

C’est d’ailleurs le moment d’imaginer ce que pourrait donner un making of du film…

KUMASHIRO – Bon, dans cette scène tu promènes bébé dans la poussette. C’est une des rares scènes habillées du film, profite bien de ton imper car après tu vas cailler, c’est 90% de  scènes dénudées.

 

KUMASHIRO – Alors voilà, tu pelotes Mika avant que celle-ci se mette en pétard et te défonce la gueule à coups de tatane. Tu es prêt, on le fait en une seule prise !

TAKASHI NAITO – Euh attends, on ne peut pas changer un peu le script ?

KUMASHIRO – Impossible, cette scène est la pierre angulaire de l’histoire !

MIKA – Oh ! Qu’il est chou !

KUMASHIRO – Prends-le le plus souvent dans tes bras pour le cajoler. Il faut que tu aies très vite une montée de lait pour une scène finale à laquelle j’ai pensé.

MIKA – Hi hi ! t’es con !

KUMASHIRO – Non non, je ne déconne pas.

KUMASHIRO – Quand tu fous une mornifle à Yuji, n’hésite pas à y aller franchement, comme ça, paf ! avec le plat de la main, les doigts bien raides, bien fort !

Pour compléter cette section bonus de l’article, évoquons enfin cette curiosité :

Oui, quand on voit Mika Madoka chanter lors d’une scène, il est très probable qu’il s’agisse d’une chanson provenant de ce LP. Chanteuse, actrice, strip-teaseuse (et gravure idol ! j’ai vu qu’il existait un photobook tout à sa gloire), décidément une bijin pleine de ressources que cette Mika Madoka qui aura bien mérité son gâteau d’anniversaire à la fin du tournage :

KUMASHIRO – Joyeux anniversaire Mika chan ! J’en profite d’ailleurs pour te parler de mon prochain projet : « les doigts humides dans la froidure d’Hokkaido ». Ça te dit ?

MIKA – Ça va aller, je vais me limiter à la chanson maintenant.

Mika Madoka : Wet Fingers a été édité au Japon dans une chouette copie blu-ray. Dommage que l’éditeur Elephant ne l’ait pas intégré dans son récent coffret de dix films consacré aux roman porno. Peut-être un jour pour un deuxième volume ?

7,5/10

 

Un gourou coaché par Kitano

Many Happy returns
(Kyōso tanjō – 教祖誕生)
Toshihiro Tenma – 1993

Difficile d’imaginer ce qui a pu passer dans la tête du concepteur de l’affiche de Many Happy returns. Avec le visage d’un Kitano éclatant de rire on va se dire que l’on va avoir droit à une bonne comédie, mais en fait pas tant que ça, jugez plutôt :

Un jeune homme, Kazuo, croise un jour la petite troupe d’une secte allant de ville en ville pour vanter les mérites de leur leader, un vieillard capable de faire des guérisons miraculeuses. Il s’agit évidemment d’une arnaque, la secte, menée par deux affairistes (joués par Kitano et Ittoku Kishibe), n’ayant pour but que de se faire de l’argent. Kazuo décide de les suivre et  se voit un jour proposer de prendre la place du vieux leader, coupable de ne pas suivre à la lettre les directives qu’on lui donne. Kazuo accepte et se prend à jouer son rôle sérieusement. Très sérieusement même…

Adapté d’un roman de Kitano (Kyôso tanjô soit « naissance d’un gourou », titre que l’on préférera au titre anglais), le film est donc une comédie satirique sur les secte et du besoin de certains Japonais de gober ce type de couleuvre. Le mot « comédie » est un bien grand mot, n’attendez pas des pantalonnades beatotakeshiesques. Mais il y a certains passages malicieux, notamment cette scène dans laquelle le vieux leader outrepasse ses droits auprès d’un malade atteint d’un cancer et va prendre une décision pour le moins fâcheuse. Et si l’on aime les rodomontades de Kitano en mode yakuza qui roule les –r et accompagnant ses phrases de moult « baka yaro ! », on sera servi. Mais à part cela, le film baigne dans un relatif sérieux.

Un des passages comiques du film. Oui, il y a de magnifiques effets spéciaux.

L’intérêt sera de voir comment à la tête de la secte s’installent des tensions entre les membres obsédés par l’idée de faire du fric et ceux qui, bizarrement sincères dans leur foi alors qu’ils savent que les pouvoirs magiques du leader sont bidonnés, estiment que leur foi est primordiale n’a pas à venir après le pouvoir de l’argent. Komamura est de ces derniers et sa rivalité avec Shiba atteindra un sommet tragique.

Entre les deux, Kazuo balance. Sans trop révéler certaines surprises de l’histoire, il prendra son rôle très au sérieux, à tel point que son statut de leader ira bien au-delà des espérances de Shiba. Mais la fin du film n’offrira pas de réponses claires sur ce qui motive Kazuo et chacun sera libre de voir en lui un gourou sincère (cela paraît oxymorique dit comme cela mais bon, imaginez quand même) ou un simple escroc.

Kazuo qui travaille (ici en train de se faire passer pour un handicapé)…

… Kazuo qui se repose.

Dans tous les cas, il aura été étonnant de voir comment ces sectes pouvaient avoir pignon sur rue et faire venir une foule comme à une réunion du Comiket. Après la tragédie de Aum,  j’imagine que cela a dû changer, du moins on l’espère. Sans être exceptionnel, le film est donc intéressant pour tous ces points, même si on pourra regretter que l’aspect satirique n’ait pas été porté plus loin. Voir Kazuo en bonne compagnie dans un soapland est une chose. Mais traiter le thème du dérapage sexuel à l’intérieur de la secte en est une autre. Il faut dire ici que parmi les membres de la secte il y a la jolie Tomoko (jouée par Aya Kokumai que Kitano engagea la même année pour Sonatine). Elle s’occupe de trimbaler  sa grand-mère en fauteuil roulant lors de leur mise en scène pour étonner les jobards. Lors d’une scène, une des femmes de la secte s’en prend à Shiba, l’accusant d’avoir fait quelque chose à Tomoko. Ce sera le seul moment où la manipulation sexuelle à l’intérieur de la secte sera évoquée, ou plutôt effleurée puisque l’histoire n’y reviendra pas, en tout cas pas vraiment. Quelques minutes plus tard on a bien une scène nous montrant un Komamura surpris pas Shiba en train de fricoter avec Tomoko a priori le plus naturellement du monde, sans que cela soit le signe d’une manipulation de la part de l’homme. La colère de Shiba qui lui fait la morale est alors autant le signe d’une volonté de discréditer un rival aux yeux des autres membres que d’une jalousie larvée à l’égard d’un type qui a su avoir les faveurs sexuelles de la plus jolie femme du groupe. Sans aller jusqu’à souhaiter un traitement de cette thématique façon roman porno, on se dit que le personnage de Tomoko, plus développé (son rôle se limite à un ou deux répliques) aurait permis d’accentuer la noirceur des têtes pensantes de la secte. Mais peut-être le but était-il aussi d’offrir un film relativement familial et en cela Kyōso tanjō, avec son cynisme sage, a plutôt atteint son but.

6,5/10

 

Angoulême 2020 : 20/20

Achevée le week-end dernier, la 47ème édition du FIBD m’a laissé retrouver mes pénates dimanche soir totalement éreinté. Ereinté mais satisfait aussi avec le net sentiment d’en avoir bien profité puisque j’y ai cette fois-ci traîné mes basques non pas une journée comme c’était l’habitude mais trois (jeudi, samedi et dimanche). Et ça change tout. Oubliées les expos visitées en coups de vent parce que j’avais à me rendre à telle heure à un stand pour une dédicace. Là, j’ai pu pleinement explorer les différents lieux du festival, faire un max d’achats, glaner un nombre appréciable de dédicaces et surtout m’en mettre plein les mirettes aux différentes expos. Si je devais parodier l’énumération de Goscinny sur la couverture d’Astérix et Cléopâtre, voici ce que ça donnerait :

3 jours de festival. 23 heures cumulées. 34614 pas. 7 livres dédicacés. 6 expositions. 250€ d’achats.

Oui, avec ces 250€ je crois pouvoir affirmer que j’ai dû en cours de route griller un fusible mais d’un autre côté aucun remords, l’envoi aux urgences de ma carte bleue pour soins intensifs ne pèse pas lourd dans ma conscience, tout à ma joie de trouver une place dans ma bibliothèque à la quinzaine de bouquins rapportés. Comme disait Goethe, les collectionneurs sont des gens heureux, il avait raison.

Rangeons tout de même ce volume dans un coin caché de la bibliothèque, faudrait pas que les kids tombe dessus. Très « âmes sensible s’abstenir ! »

En fait c’est plus ce chiffre de 7 livres dédicacés qui me surprend. Si faire le pied de grue pour récupérer un dessin a pu autrefois m’intéresser, j’ai par la suite dédaigné cette activité sur le mode « I’m too old for this shit ». Rester une heure dans une file d’attente alors que l’on pouvait utiliser cette heure pour prendre son temps dans une belle exposition, je ne comprenais pas. Le changement a commencé à se faire l’année dernière, avec le cirque pour récupérer une dédicace de Taiyou Matsumoto. Avec cette opération chronophage, j’avais vu le temps à consacrer aux autres activités se réduire drastiquement et c’est alors que je me suis dit que deux journées à consacrer au festival ne serait pas du luxe. Ce que j’entrepris de faire cette année et même avec un bonus, avec cette journée préliminaire le jeudi.

Avec ces trois journées, autant dire que l’immersion a été totale et sans qu’il y ait forcément eu une impression de redite. Avec en fil rouge la petite excitation de mettre la main sur l’exemplaire d’un titre dédicacé. Les dédicaces n’ont pas été non plus une obsession, mais un fil rouge lors des deux premières journées assez plaisant.

Si je me souviens bien, je crois avoir eu ma première dédicace en 1983, à Angoulême. Ecolier, j’avais accompagné mon père au festival et j’avais rapporté un Ric Hochet dédicacé par Tibet et Duchâteau (exemplaire qui a d’ailleurs depuis longtemps mystérieusement disparu de ma bibliothèque, je soupçonne mon frangin de me l’avoir emprunté et de ne me l’avoir jamais rendu). Le dessin était quelconque, Ric Hochet rapidement dessiné de profil mais qu’importe, ç’avait été un instant magique. Il y a eu d’autres trophées depuis, dont Moebius (deux trophées rien que pour lui) ou donc Matsumoto l’année dernière. Le mot « trophée » convient d’ailleurs assez bien. Avec les dédicaces, on peut en effet être amené à faire une partie de chasse. D’abord vous prévoyez les horaires afin de savoir quel sera le meilleur moment pour cueillir ces bêtes discrètes que sont les dessinateurs. Puis vous vous rendez sur le terrain, en tenue adaptée car vous savez que vous allez marcher beaucoup et devoir parfois vous tenir longtemps immobile. Avec si possible un peu de victuailles dans le bissac, pour reprendre un peu de force et se remonter le moral. Ne pas hésiter non plus à être matinal et arriver en avance par rapport aux heures choisies. Sur le terrain, on tombe inévitablement sur d’autres collègues chasseurs, on se raconte de vieux souvenirs de chasse. Et puis, à un moment, vous vous trouvez face à votre proie. Il faut avoir alors le réflexe sûr. Vous dégainez votre album et le tendez d’un geste sûr vers votre proie qui n’aura d’autre choix que d’appliquer sur la page de garde un magnifique dessin. PAN ! PAN ! Voilà, c’est fait, vous ne rentrerez pas bredouille et serez fier de montrer le soir venu à vos proches le trophée du jour.

Il faudrait que je comptabilise mes trophées. Par rapport à d’autres, le chiffre doit paraître ridicule mais quand même, depuis le temps ça doit quand même ressembler à quelque chose. Et avec donc le désir maintenant d’en augmenter le nombre, un des symptômes de la collectionnite. Nous verrons cela pour Angoulême 2021 car je n’ai guère d’autres opportunités là où je suis de chopper d’autres dédicaces. En attendant cela, retraçons donc le fil des festivités du festival le W-E dernier, avec un article récapitulatif qui est devenue une habitude depuis quelques années et qui promet de l’être encore durant bien d’autres.

Si vous avez un peu suivi l’actualité du festival vous le savez, concernant les mangas le festival s’organisait autour d’une sainte trinité : TSUGE – KISHIRO – ASANO.

Dès la première journée j’avais pour programme chargé de voir les expositions consacrées aux deux premiers et de chopper une dédicace du troisième. Histoire de gagner du temps en évitant la galère de trouver une place pour la voiture, j’eus l’idée de me rendre au festival en car. Une heure de route, 2 euros le voyage, ça me semblait intéressant pour gagner du temps. En fait mal m’en a pris : en plus de NRJ et de sa musique de merde que j’ai dû me farcir tout le long, à l’arrivée on a dû se cogner un embouteillage monstre du fait de l’arrivée de Macron qui avait décidé de montrer qu’il kiffait la BD. Ça commençait mal et c’est à 10H20 que j’ai pu descendre de l’Espace Franquin. Ça allait vite s’arranger avec une rapide visite à mon cousin. Fantasio a son cousin Zantafio, moi j’ai mon cousin Rikol. A la différence qu’il n’est pas tourné vers le mal mais vers le bien, en particulier celui du festivalier puisqu’il est à la tête d’une des activités proposées lors du festival. J’en avais déjà parlé, l’homme est généreux et sait rendre service à la familia :

Ma Olrik ! Tou es dé la famille ! Tu peux mé démander ce que tou veux, tu sais bien que jé té lé donnerai !

Et un peu magicien avec ça, le cousin Rikol. Il n’a juste qu’à plonger sa main dans sa poche pour qu’imméditement, HOP ! surgisse non pas un lapin mais…

Un pass VIP !

Mesdames les lectrices, admirez au passage la pilosité virile, très Sean Connery dans Goldfinger, de votre serviteur.

Mon cousin, c’est un peu un de ces bons mages que l’on rencontre dans des RPG vidéoludiques. Je sais à chaque fois que je ne repartirai pas les mains vides puisqu’en plus du précieux pass l’ami me donne un sac avec quelques albums ayant concouru pour un des prix du festival. Moi, maintenant je prévois le coup, je mets une bonne bouteille dans mon sac pour la lui filer en échange de ses bons procédés.

Le quart d’heure de causette passé, je le laissai à son programme chargé (dans les différents sens du terme d’ailleurs, quand je le revis samedi après-midi, il était effectivement bien chargé des nombreux verres de champagnes engloutis lors de moult buffets mondains) pour me rendre recta à la bulle du Nouveau Monde. Un objectif, confirmer au stand du Lézard Noir que les horaires de dédicaces de Hisao Eguchi.

J’aime bien le Lézard Noir, leurs publications sont certes un peu chères mais comme ce sont des titres atypiques avec en plus la volonté de proposer un format plus grand, je suppose que les tirages et les coûts de fabrications ne permettent pas de descendre sous la barre des 10€. En tout cas ajouter Eguchi à leur catalogue est un joli coup. Pour ma part j’ai regretté de ne pas avoir acheté lors de mon précédent séjour au Japon son dernier artbook, STEP. J’avais failli l’acheter et puis, comme j’avis déjà énormément dépensé en bouquins, j’avais laissé tomber. C’est dommage car plutôt qu’un exemplaire de Stop ! Hibari Kun, je le lui aurais volontiers fait dédicacer. Bref, au stand je demandai eu gérant barbu les conditions de la dédicace : pas de tickets, on achète un exemplaire au stand et normalement c’est bon, les mangakas étant rapides pour dédicacer, tout le monde devrait trouver son bonheur. J’achetai en prévision de la dédicace (qui aurait lieu samedi matin à 10 heures) le tome 1 de Hibari kun puis filai vers l’espace « le monde des bulles » (communément appelé la bulle du champ de Mars ».

Il y avait déjà un peu la queue à l’entrée, à cause des multiples fouilles pour le plan vigipirate. C’était sans compter sans le pouvoir de mon pass VIP, coupe-file magique qui me fit instantanément gagner 10 minutes d’attente. A l’intérieur les habituels éditeurs franco-belges mais aussi Urban Comics et autre Panini Comics. Un coup d’œil au programme des dédicaces chez Dargaud : Clérisse-Smolderen à 15H. Bon, pourquoi pas ? On verrait cela. Passage sinon obligé chez Casterman qui depuis quelques années fait régulièrement venir un mangaka. Cette année c’était Sansuke Yamada, prix Osamu Tezuka 2018 avec Sengo. Dédicaces à 17H, comme le dernier car était à 18H15, ça pouvait le faire.

Par la suite direction l’Espace Franquin pour une des grosses expos, celle consacrée à Gunnm.

Je la fis un peu rapidement, me disant que de toute façon j’aurais d’autres occasions durant le week-end pour l’apprécier davantage. Mais pour l’évoquer maintenant dans l’article sans y revenir, c’était une très belle exposition. Le commissaire de l’exposition, a en effet bien fait les choses : scénographie élégante et surtout rien moins que 150 planches originales. Le fan de Gunnm n’ayant pu venir au festival n’a que ses yeux pour pleurer car Kishiro lui-même a été vivement impressionné par le résultat. Pour l’amateur de manga de S-F c’était assurément ZE expo à ne pas rater. Elle rendait pleinement justice au travail de l’auteur, les planches choisies montrant la beauté du trait, des ancrages, un travail sidérant de précision, avec parfois des passerelles allant aussi bien du côté d’Otomo que de Moebius. Le tout avec parfois cette rage, cette violence que Kishiro sait rendre dans son trait et ses compsoitions. Seule réserve : l’espace alloué était quand même un peu étroit, y aller le samedi était juste impossible mais d’un autre côté, comme il s’agit d’une œuvre populaire, pas sûr que lui consacrer un espace plus grand aurait changé grand-chose. À noter que la boutique Gunnm au sous-sol offrait un shikishi pour l’achat d’un livre, ce que je fis : 

 

Ensuite direction le musée d’Angoulême avec le gros morceau de l’édition 2020 : l’exposition Yoshiharu Tsuge. Là aussi, je l’ai faite rapidement, me disant que je retournerai la voir plus tranquillement le dimanche. J’en vis cependant assez pour me faire une idée assez juste de la collection de planches rassemblées à grand frais (on parle de plusieurs millions d’euros pour l’assurance de l’exposition) : cette expo était juste une tuerie absolue. Je ne vais pas mentir en affirmant que je connaissais déjà très bien l’art de Tsuge. Je savais que c’était un nom important du manga, qu’il avait été un des piliers du magazine Garo, que son histoire intitulée La Vis était considérée comme une date dans l’histoire du manga, mais c’était à peu près tout. J’avais récupéré sur internet des versions pirates traduites en anglais mais je n’avais jamais pris le temps de les lire. Là, j’ai très vite compris à quel maître j’avais à faire. Je garde surtout en mémoire un stupéfiant travail concernant le rendu des textures. Qu’elles soient minérales, végétales ou liquides, elles dénotent à chaque fois une parfaite possession des moyens techniques. Le genre d’exposition qui fait tomber les barrières du côté de ceux qui ne jurent que par la BD franco-belge ( ou américaine) et qui auraient tendance à prendre de haut le manga. En voyant l’expo, impossible de ne pas se dire que l’on est juste face à un génie du dessin, qu’importe sa nationalité. À ce sujet, dimanche matin une délégation triée sur le volet a pu tranquillement admirer l’expo. Parmi les privilégiés, Tsuge lui-même, Stéphane Beaujean, le directeur artistique du festival, mais aussi Charles Burns et Inio Asano venus vérifier par eux-mêmes que le génie Tsuge n’était pas une légende, qu’il existait encore bel et bien. Imaginer le prodige Asano dans ses petits souliers face au maître en dit assez sur la portée artistique de ce dernier. Petite vidéo sur cette visite ultra VIP (là, mon bracelet n’aurait été d’aucune utilité je pense) :

Une bonne nouvelle pour ceux qui n’auraient pu venir au festival : comme pour les expos Tezuka et Matsumoto, l’exposition sera au musée d’Angoulême jusqu’au 15 mars. Vu que les possibilités de mettre en place ce genre d’exposition étant aussi rares que la venue de la comète de Halley, pas impossible que j’y retourne avec Olrik senior qui ne jure que par la BD franco-belge old school. Je l’avais déjà amené à l’expo Tezuka et il avait rendu les armes rapidement devant la maîtrise technique.

Ensuite, direction Manga City. Là, j’ai un peu merdé. Pensant que le chapiteau avait été dressé à côté du musée de la BD, comme l’année dernière, je suis descendu à pinces le long des remparts pour me rendre compte qu’en fait, non, il avait été délocalisé à côté de la médiathèque. Erreur de débutant, cela m’apprendra à ne pas mieux planifier mes journées. Bref, après une bonne demi-heure de marche j’arrivai au Manga City. On ne va pas faire la fine bouche, l’endroit était plutôt sympa. Je craignais un de ces cirques avec les inévitables cosplays d’ados qui me gonflent bien à chaque fois. En fait de performance, c’était plus sobre et en même temps bien plus classe : Baron Yoshimoto exécutait une gigantesque fresque juste à côté du stand ATOM qui l’avait fait venir.

Le magazine se démerde bien, déjà plusieurs années d’existence au compteur, un nombre considérables de légendes interviewées, il est devenu une valeur sûre pour les amateurs avides d’informations prises à la source. La petite nouveauté cette année venait de la collaboration avec Baron Yoshimoto qui dessinait donc cette fresque tout le long du festival mais qui dédicaçait aussi sur le stand son artbook.

45€ pour un auteur relativement confidentiel, ça me semblait un peu chaud. Mais comme je savais que son nom était à associer à de glorieux magazines (Manga Action, Big Comic, Shônen Sunday, Shônen Jump…) et que samedi, en fin de festival, alors que mon cerveau était un brin grillé, je l’avoue :

J’ai complètement craqué !

Et je ne le regrette pas. Moi, je voulais à la fin juste prendre une photo souvenir du baron mais c’est alors que ce dernier a insisté : « Allez Olrik kun, fais pas ta timide, viens prendre la pose à côté de moi ! » Bon, ben d’accord alors (au passage remarquez mon précieux t-shirt Gegege no kitarô qui augmente automatiquement de 80% le capital sympathie des auteurs pour ma modeste personne. Im-pa-rable).

Bref un moment sympa et qui n’a pas été bien énergivore. Moins le cas en revanche pour l’obtention d’une dédicace d’Asano. Comme pour l’obtention de Matsumoto l’année dernière, il fallait d’abord acheter une nouveauté de l’auteur au stand Kana afin de participer ensuite à un tirage au sort. C’était quelque chose comme 40 tickets gagnants parmi 80 tickets. Bref, une chance sur deux. L’année dernière j’avais à mes côtés le sergent Olrik jr et le caporal Olrik the 3rd qui avaient maximisé mes chances. Là, je ne pouvais compter que sur ma bonne étoile Bref, après 45 minutes à poireauter dans la file, le moment décisif arriva, moment qui me vit avoir en ma possession un ticket…

Ami lecteur fan d’Asano qui tuerait père et mère pour avoir une dédicace de ton magaka préféré, je sais ici ce que tu penses : que je suis un sacré enfoiré de veinard. J’avoue moi-même que je n’en reviens toujours pas. Peut-être que le pass de mon cousin Rikol avait des pouvoirs magiques que je ne soupçonnais pas ? En tout cas c’est la bave aux lèvres et limite avec une érection que je pris ma euh la queue pour cette fois-ci m’approcher de l’auteur de Solanin. Une heure d’attente, le temps que la star arrive et que vienne mon tour. Après un peu de retard par rapport à l’heure indiquée, nous vîmes arriver une silhouette longiligne avec une tignasse blonde et une chemise à fleurs très stylée : c’était lui. Pour l’occasion, j’avoue avoir beaucoup hésité concernant le titre sur lequel il allait apposer sa griffe. Il fallait acheter une nouveauté mais rien n’interdisait d’acheter un autre manga pour le faire dédicacer. Finalement je me contentai de l’intégrale d’ Un Monder formidable, sa première série alors qu’il n’était âgé que de 22 ans. Le format était plus grand que celui des volumes de Bonne nuit Punpun, la dédicace n’en serait que plus belle. Quand vint mon tour, je n’eus guère le temps de causer, l’homme exécutant son dessin en deux temps trois mouvements. J’évoquai tout de même l’excellent épisode de Manben, la série de la NHK présentée par Naoki Urasawa, qui lui avait été consacré. Pour ceux qui ne connaitraient pas, c’est à voir : on y découvre la technique d’Asano associant photographie et informatique dans un processus créatif qui permet de transformer la photographie d’un bête ustensile de cuisine en une partie de vaisseau spatial. Tenez, voici l’épisode :

Le dessin achevé, je remerciai chaleureusement et m’empressai de me rendre dans un coin pour admirer le résultat :

Voilà qui ne ferait assurément pas tâche dans ma collection. Après un tel coup d’éclat, il ne me remontait plus que remonter vers le centre pour flâner et aussi me rendre à la bulle du champ de mars pour Sansuke Yamada. Là-bas, j’allai quand même jeter un coup d’œil du côté de chez Dargaud : quasi personne pour Clérisse et Smolderen ! J’avais beaucoup aimé leur Été diabolik et son ambiance vénéneuse et colorée, du coup je m’empressai d’acheter Une Année sans Chthulhu pour le dédicacer. Amateur de Lovecraft et ayant fait autrefois mes délices de parties de l’Appel de Chthulhu cette histoire de lycéens durant les 80’s s’adonnant aux joies de ce jeu de rôles avait tout pour me plaire.

Après opération Sansuke Yamada donc. Il était 16H30, le temps d’acheter le tome 1 de Sengo, j’arrivai à la file d’attente (raisonnable, sept personnes avant moi) dix minutes plus tard. Cela devrait être les doigts dans le nez pour le car de 18H15. On arrive rapidement à 17H… 17H05 (toujours pas de Yamada ?)… 17H10 (bon…)… 17H10 (mais qu’est-ce qu’il branle bordel !). À 17H10 une personne du stand Casterman nous explique son retard : comme c’est la première fois que le dessinateur participe à une séance de dédicaces, il avait oublié au Japon tous ses outils ! Du coup il était à la librairie de la galerie commerciale située sous la bulle pour en acheter d’autres ! C’était plutôt drôle et il n’y avait rien à redire à cela. Au pire, il devait y avoir d’autres séances lors des journées suivantes donc je pouvais rater celle de vendredi. J’attendis néanmoins et c’est vers 17H25 qu’il radina. Cinq minutes par dédicaces, c’est à 17H50 que vint mon tour, ce serait bon pour le dernier car. L’homme était souriant et affable, durant l’exécution de la dédicace, j’ai pu échanger un peu par le biais du traducteur sur le magazine dans lequel il était publié (Comic Beam) et sur les autres noms qui s’y illustrent. Quelques minutes plus tard j’obtins ceci :

Trois dédicaces dans le sac, voilà qui allait dégager du temps pour les expos lors des journées suivantes. Au passage, je viens de finir le premier tome Sengo, je pense que c’est une série que je vais suivre jusqu’au bout (on parle de huit ou neuf tomes). Joli trait rond, ambiance d’après-guerre avec soldats et prostituées qui m’a fait penser à certains films, le titre est sans doute la nouveauté la plus intéressante du mois. Le dernier numéro d’ATOM consacre d’ailleurs quelques pages à Sansuke Yamada.

Après un retour à la base dans un car lui aussi diffusant non pas un adagio sur France musique mais une émission débilitante sur NRJ (pléonasme – au passage je conchie ces compagnies de transports  en commun – ici la CITRAM – qui permettent à leurs conducteurs d’imposer aux voyageurs leurs goûts de merde, et de les empêcher de faire une sieste durant le voyage). Cela m’acheva un peu mais moins tout de même que de me lever le lendemain à 6H20 pour une journée de boulot entre deux journées de festival. Je passe sur ce pénible moment pour les dernières festivités du samedi et du dimanche. Dimanche je m’y rendis cette fois-ci en voiture et avec de la bonne musique. Finalement, arriver tôt pour se rendre au parking du champ de mars est une solution pratique. Olrik jr, 14 ans, élève de troisième, m’accompagnait pour une partie de la journée avant d’accompagner des amis. Arrivés bien en avance avant l’ouverture des bulles, nous allâmes prendre un café et un chocolat chaud à un bar situé devant le bulle du Nouveau Monde et le pass du cousin aidant, nous arrivâmes au stand du Lézard Noir avec déjà un peu de monde pour les dédicaces d’Eguchi mais c’était loin d’être la mort.

Hisashi Eguchi est moins un mangaka qu’un illustrateur. Il a certes commencé au Weekly shonen Jump avec Stop ! Hibari Kun ! mais c’est surtout pour son chara design pour Roujin Z et ses nombreuses illustrations publicitaires montrant de jeunes femmes très stylées qu’il est connu. Lors d’un séjour au Japon, j’avais eu la chance de tomber sur une expo qui lui avait été consacré au musée du manga à Kyoto. Un chouette souvenir même si je me maudis de ne pas avoir pris un des beaux ouvrages qui étaient disponibles à la boutique du musée. Une dédicace pleine page sur un artbook, c’est tout de même sacrément classe. Néanmoins, en plus du premier tome de Hibari Kun, je projetai de lui demander une petite signature sur deux cartes postales que j’avais achetées lors de l’expo à Kyoto :

Pour celle de gauche, je lui demandai s’il n’avait pas eu de problèmes avec Moulinsart. Le traducteur avait à peine fini la traduction de ma question qu’Eguchi se marra : oh que si ! Il n’entra pas dans les détails mais apparemment, les sbires de Nick Rodwell lui étaient rapidement tombés dessus. A part ça je posai la question même si la réponse me semblait évidente, à savoir s’il aimait le travail d’Hergé. Son « oui » avait tout d’un oui définitif. Eguchi et Hergé ont en commun une expérience dans l’illustration et la ligne claire d’Hergé ayant la capacité à faire œuvre indépendamment du contexte de la planche, on peut aisément comprendre l’intérêt d’Eguchi pour le Belge.

Après mon tour arriva celui d’Olrik jr qui avait acheté le tome 2 pour le dédicacer puis nous sortîmes de la bulle du Nouveau Monde pour d’autres aventures. Ici je ne vais rentrer dans les détails. J’allai découvrir la sublime expo consacré à Wallace Wood que je ne connaissais pas mais sinon, il y a donc eu l’excellent Baron Yoshimoto en fin de journée et une quantité d’achats déraisonnables. Passons plutôt à l’ultime journée, passée en la compagnie d’un vieil ami et de son fils que descendent chaque année de Tours pour passer le samedi soir à la maison avant de faire le festival le dimanche.

Magnifique expo Wallace Wood !

Cette journée est infiniment plus propice à la visite des expositions. Il y a toujours du monde, mais moins que pour le jeudi (journée des scolaires) et le samedi (il me reste à tester le vendredi). Du coup j’ai vraiment profité des expos Gunnm et Tsuge. Olrik the 3rd, qui accompagnait cette fois-ci son grand frère, désirait se procurer une dédicace de l’auteur de Yakari. Mais comme Derib n’était pas là, il a fallu trouver une solution de remplacement. Je songeai aussitôt au magnifique Wasterlain et son Docteur Poche qui avait fait mes délices à l’époque où je lisais le journal de Spirou. Wasterlain n’est plus vraiment un perdreau de l’année mais il a toujours une main sûre. Olrik the 3rd n’a en tout cas pas perdu une miette (et moi non plus) du beau dessin qui s’est réalisé sous ses yeux.

La journée s’est terminée au Manga City puis à la médiathèque afin de voir l’expo consacrée à Robert Kirkman, l’auteur de Walking Dead. Pas fan du tout de la série mais je reconnais que la scénographie de l’expo était attrayante. Pour ce qui était de la violence, j’avoue que celle de Kishiro me semble plus percutante.

Par la suite, direction le vaisseau Moebius pour une chouette expo consacrée à Jean Frasetto, puis le musée de la BD où Olrik jr put admirer un joli coin dédié à Yakari. Je passe sinon sur l’expo Trondheim que j’ai laissé tomber deux minutes (certains traits ne se prêtent absolument pas à une expo, celui de Trondheim est de ceux-là) pour l’expo Calvo. Un peu rude de terminer un festival avec de ces œuvres appartenant à la préhistoire de la BD. Néanmoins, les deux gros livres sous verre rassemblant les planches originales de La Bête est morte permettait de conclure dignement ce 47ème FIBD.

Le 47ème FIBD est mort, vive le 48ème ! Pour l’heure pas d’informations sur les futures expositions ou sur la venue éventuelle de mangakas. Mais comme c’est parti depuis pas mal d’années maintenant, je gage que l’on devrait être encore rassasié.

 

Petits fours, lettres mystérieuses et arsenic

The Three undelivered Letters
(Haitatsu sarenai santsu no tegami – 配達されない三通の手紙)
Yoshitarô Nomura – 1979

Noriko, la fille d’un banquier, a autrefois connu un grand malheur personnel. Alors qu’elle devait se marier avec Fujimura, un employé de la banque de son père, le jeune homme est parti la veille du mariage sans donner d’informations. Dévastée, Noriko est restée cloîtrée dans sa chambre durant trois ans. Mais tout change maintenant avec un appel contrit de Fujimura désirant tenter de bon l’aventure du mariage. Contre l’avis de son père, Noriko accepte la proposition et le couple semble filer le premier amour durant les premières semaines. Mais un jour, Keiko, sa sœur cadette et Bob, un lointain parent japano-américain venu au pays pour parfaire ses études, découvrent par hasard trois étranges lettres. Dans la première, datée du 11 août, l’auteur indique que sa femme est subitement tombée malade. Dans la deuxième, datée du 20 août, il écrit que sa femme est dans un état critique. La dernière, datée du 15 septembre, annonce sa mort. Problème : tout annonce que la femme en question est Noriko et que ces lettres ont été écrites par anticipation. Dès lors Ai et Bob vont surveiller la santé de Noriko ainsi que les agissements de son mari…

Petit à petit, on découvre un peu plus de la vaste filmographie de Nomura. Avec quasiment à chaque fois une constante, la recherche d’un lourd passé familial qui sera découvert à la toute fin du film. Si vous avez aimé L’Incident ou Le Château de sable, il n’y a aucune raison pour que vous boudiez votre plaisir même si The Three undelivered Letters n’atteint pas les hauteurs du Château de sable (et encore moins celles de l’Eté du démon -auquel il succède dans la filmographie de Nomura- en terme de valse des émotions). Adapté de Calamity Town d’Ellery Queen, il n’en reste pas moins intéressant à suivre à partir de la découverte des lettres.

Bonheur retrouvé de Noriko et Fujimura

L’enquête est menée exclusivement par le duo Keiko/Bob, jeunes gens qui alternent l’entretien du corps (pas ce que vous croyez, il y a juste pas mal de scènes où on les voit faire un footing ensemble) et celui de l’esprit (ça cogite sévère pour trouver la clé de l’énigme). Bob, qui a un regard étranger et plus neutre, photographe à ses heures perdues, est celui qui semble disposer du plus d’atouts pour accéder à la vérité. Keiko est quant à elle utile de par sa parfaite connaissance des diverses personnalités de sa famille. Dans leurs conversations, ils mettent à plat devant le spectateur tous les ressorts du problème qui tend d’ailleurs à devenir un peu plus compliqué avec l’arrivée de la sœur de Fujimura :

Le physique est avenant, la personnalité l’est moins. Sans-façon et assez peu sympathique, Tomoko semble entretenir une relation trouble avec son frère. Alors que ce dernier passe devant la salle de bain dans laquelle elle prend sa douche, la direction du regard de Fujimura paraît pour le moins surprenante pour un frangin…

(mais permet cependant au spectateur d’apprécier l’anatomie de Keiko Matsuzaka)

Quelle est leur relation ? Sont-ils vraiment frère et sœur ? Sont-ils complices ? Ou y en a-t-il seulement un des deux intéressé par la mort de Noriko, l’autre étant là pour l’empêcher dans son forfait ? Telles sont les questions qui occupent l’esprit du spectateur et celui de Bob/Keiko. Et la réponse urge car Noriko ne tarde pas à faire un premier malaise à cause d’une dose d’arsenic versé dans son verre…

Autant dire que le whodunit  a un aspect Cluedo. Ici ce n’est pas le fameux « qui a tué le colonel Moutarde dans le salon avec le chandelier ? » mais « qui verse à petites doses de l’arsenic de Noriko ? ». Le spectateur se prend gentiment au jeu, un peu comme il le ferait à la lecture d’un Agatha Christie, et j’avoue que je n’avais pas pressenti la résolution de l’énigme. Et comme le film est servi par un casting appréciable, avec Shin Saburi en « Otosama » sévère et magnanime, acceptant de redonner sa chance à Fujiwara, Komaki Kurihara en épousé humiliée mais toujours très amoureuse, et Keiko Matsuzaka en soeur dévergondée et malpolie, autant dire que les deux heures dix passent sans trop de problème, permettant de conclure une solide décennie pour Nomura.

7,5/10

 

Quand Kitano pleure à s’en tenir les côtes

Hiroshi Igarashi (Beat Takeshi) est un « talento » comique à succès sévissant à la TV japonaise. Sa femme l’a quitté pour l’Australie parce qu’elle trouvait qu’elle n’avait pas sa place dans cette vie entièrement tournée vers une vie médiatique frénétique. Hiroshi vit donc seul en compagnie de son fils, Ken, une dizaine d’années, enfant solitaire et mature, avec un goût prononcé pour la musique. Hiroshi ne se pose pas trop de question sur le fait que son fils est un peu livré à lui-même mais tout bascule le jour où on diagnostique à Ken une tumeur au cerveau inopérable…

哀しい気分でジョーク –Kanashii kibun de joke
Joke with a sorrowful heart
Takeshi Yoshida – 1982

On l’aura tout de suite compris, l’article du dimanche, quoique évoquant un film avec Beat Takeshi, ne sera guère drôle. Rien que le titre laisse supposer qu’il n’y aura pas de miracle, la fin sera forcément tragique. Joke with a Sorrowful Heart est de ces films qui traitent le sujet de l’enfant malade et qui forcément vous crispent un peu. Après, le film n’a rien d’épouvantable non plus, ce n’est pas, par exemple, Le petit prince a dit de Christine Pascal, film parfait pour plomber l’ambiance dans le cadre d’une diffusion en famille.

En fait, ce curieux film période « Beat Takeshi » avant que Kitano ne se décide à passer derrière la caméra, a bien plus de liens avec l’Été de Kikujiro qu’avec Le petit prince a dit. J’ai d’ailleurs inspecté un peu mes archives pour voir si Kitano citait ce film comme influence lorsqu’il a décidé de faire Kikujiro. Rien de probant je dois dire et pourtant il n’y aurait d’inconcevable d’imaginer que Kitano se soit rappelé ce film lorsqu’il a conçu l’histoire de Kikujiro.

D’abord parce qu’on y trouve la figure du père (réel dans Joke, de substitution dans Kikujiro) tendre et gaffeur, père qui dans chaque cas dispose d’une facette autobiographique. C’est évident pour Joke. A cette époque, Beat Takashi est une star du petit écran et le voir multiplier les facéties sur des plateaux donne tout de suite l’impression qu’il joue ici son propre rôle. Le film s’accompagne du reste d’un certain discours critique envers la moralité et les petites magouilles du métier, aspects très raccords avec Kitano quand on connaît l’esprit sarcastique du bonhomme. Dans Kikujiro, on le sait, son personnage était un hommage au propre père de Kitano, père maladroit qui passait son temps à gaspiller l’argent de la maison sur les champs de courses.

Père qui vrille sur les plateaux (séance de tarte à la crème qui dégénère), père qui vrille à la maison (il a mis sans s’en rendre compte un pyjama de son fils).

Autre point commun, l’opération de réenchantement du réel que va entreprendre le père pour faire oublier à l’enfant ses soucis. Dans Kikujiro, le vieux yakuza invente mille et un délires pour redonner le sourire à ce petit garçon replet et triste du fait de l’absence de sa mère. Dans Joke il s’agit de détourner l’attention de Ken du mal qui le ronge (précisons que le père cache soigneusement la réalité de sa maladie) mas aussi de rattraper le temps perdu. Conscient qu’il a sans doute été un père lamentable durant toutes ces années car souvent absent, il y a comme une frénésie de se rattraper, de montrer à Ken (et de se prouver à lui-même) qu’il est capable  d’être un bon père. On le devine, cela va se passer par une culture du mensonge qui n’a pas été sans me faire penser à La Vie est belle de Roberto Bénigni, à la différence que dans Joke la bouffonnerie mensongère y est sur un mode mineur (sans doute parce que Ken est un garçon intelligent auquel il sera plus difficile de faire avaler des couleuvres).

Partie de baseball dans un parc pour essayer d’intégrer Ken à un groupe d’enfants.

Enfin, il y a le voyage afin de retrouver la mère pour peut-être reconstituer le tissu familial (et là, on pense aussi bien à Kikujiro qu’au Petit prince a dit). Pour Ken et son père, il s’agira de se rendre carrément à Sidney, officiellement pour découvrir la vie autralienne, officieusement permettre à Ken de voir sa mère une dernière fois avant de mourir. La conclusion de ce voyage sera exactement la même que pour Kikujiro, c’est-à-dire cruelle, mais elle sera aussi finalement bénéfique car elle aura permis à Hiroshi et Ken de consolider leurs liens père-fils.

Une différence notable avec Kikujiro : en parallèle à la volonté de tout sacrifier pour son fils, Hiroshi doit aussi composer avec son métier qui bat de l’aile. Hiroshi a de moins en moins d’argent et va devoir accepter des compromis en acceptant des spectacles moins valorisants et pouvant porter atteinte à sa fierté en tant qu’artiste. Ce sera une difficulté de plus dans le moment difficile qui traverse : doit-il vraiment tout sacrifier, tout accepter pour gagner de l’argent ? Le grand écart est en tout cas vertigineux quand on le voit animer en costume de panda un concours de chœurs d’enfants alors que son fils vient de faire en coulisses un malaise et doit être amené d’urgence à l’hôpital.

Bref, si vous êtes curieux de la carrière de Kitano avant Violent Cop (pour rappel, son premier film en tant que réalisateur) et que vous avez adoré l’Été de Kikujiro, vous pouvez sans hésiter donner sa chance à Des plaisanteries voilées de larmes (titre français pour la sortie au Luxembourg). Quelques mois avant la sortie de Yasha dans lequel il campait un yakuza névrosé, Kitano montrait qu’il était capable de camper un personnage de père bouleversé et attachant, dans un film qui joue la carte de la lacrymalité somme toute avec mesure. On pourra tout au plus faire la fine bouche sur les cinq dernières minutes (je les ai personnellement trouvées un peu ratées, un peu gauches, presque de mauvais goût dans le traitement de la mort de Ken) mais le film reste tout de même une petite réussite dans son traitement d’un sujet Ô combien délicat.

7/10

 

Une belle-fille aux dents aiguisées

Afin de bien commencer la lecture du premier article pinku de l’année, je vous propose de le lire tout en écoutant cette chanson :

Pas de choix plus approprié en effet puisque Yôko Hatanaka est une de ces idoles qui ont succombé à un moment de leur carrière aux sirènes du roman porno pour varier les plaisirs (et gagner un peu plus de sous). Elle participa au film qui nous intéresse aujourd’hui en ne décrochant pas moins le rôle principal dans un des tout meilleurs roman porno de l’année 1980. Bon, genre je fais celui qui s’est maté les 68 roman porno de cette année pour dire cela, j’avoue humblement que je m’avance peut-être un peu. En tout cas, ce titre fait partie de ceux auxquels un minimum de soin a été apporté dans le script, le choix des actrices et leur interprétation, ce qui fait que le titre se regarde avec plaisir, voire intérêt, en particulier si on aime la cruauté car c’est un des plus tordus, des plus cruels – notamment dans sa conclusion – qui m’ait été donné de voir.

愛の白昼夢 (Ai no Hakuchûmu soit Rêves d’amour)

Kôyû Ohara – 1980

La cruauté apparaît de plusieurs manières dans le monde merveilleux du roman porno. On songe évidemment aux scènes de viol, aux meurtres (parfois) ou au bondage et son folklore. Si vous goûtez peu à ce dernier cas, je vous rassure tout de suite : Ai no hakuchumu ne mange pas de ce pain-là, et c’est tant mieux. Sa cruauté est plus subtile car incarnée par le joli minois rond de Hatanaka, alors âgée de 21 ans :

Une jolie petite gueule d’amour mais ne vous y fiez pas, cette fille-là, comme dirait l’autre, elle est terrible.

Voici en quelques mots l’histoire :

Yôko, apprentie peintre se destinant peut-être à faire les Beaux Arts, est inquiète : son papa, veuf célibataire plein de fric et qui aime à tringler de la gueuse intéressée sur son yacht, a décidé de reprendre sa vie en main et de s’assagir. Il projette de se marier avec Akiko (Yuki Kazamatsuri), bijin directrice d’une galerie d’art. Or, cela déplaît fortement à Yuko qui aimerait bien garder son papounet rien que pour elle et qui ne va pas forcément chercher à bien  accueillir sa nouvelle belle-mère…

Hatanaka est parfaite dans le rôle de Yuko. Son visage, son sourire, sa voix, tout concourt à donner à la minette le bon dieu sans confession. Face à la belle-doche, en apparence elle joue l’accalmie, avec des intonations et une manière de parler qui ne laisse jamais passer dans la voix un moment de défaillance, une irruption de colère. Ce qui n’est évidemment pas des plus rassurants, surtout lorsque l’on connaît la gueule de ses tableaux :

Dans une scène où elle montre la toile à son père, elle lui dit qu’il comprend sûrement l’interprétation que l’on peut faire de l’image. Alors que le film s’ouvre sur une fiesta à bord de son yacht (une d’une première partie de jambes en l’air pour monsieur, dans une cabine, avec une fraîche donzelle qui pourrait être sa fille), on pourrait penser que ce vieux requin (vieux car un peu édenté) n’est autre que le père qui passe son temps à croquer des bijins sur mer. Néanmoins, quand on voit la tournure que prend la relation entre Akiko et sa belle fille, on peut se demander si le requin ne serait pas plutôt cette dernière, ange gardien du père qui ne va pas hésiter à s’occuper des importunes voulant un peu trop se l’accaparer.

Le cheptel de poufs qui profitent bien du pognon du papa de Yoko.

D’autant que Yoko a l’air d’avoir un complexe d’Electre carabiné. Témoin cette scène au début dans laquelle Yoko aperçoit au dos du père un peu de sang (sortant de la fameuse cabine des plaisirs, il s’agit de griffures laissées par la pouf’ du jour). Aussitôt elle entreprend…

de lécher la plaie !

Plus tard elle explique à son père qu’il n’y pas besoin d’un remariage puisqu’elle pourrait parfaitement remplacer sa défunte maman. Gros yeux du père qui se dit qu’il y a au moins une chose pour laquelle ce serait tout de même un peu coton de la remplacer.

Mais cela ne convainc pas Yoko qui ne semble pas décidée à partager le père avec sa deuxième mère. Surtout que cette dernière est encore jeune (Yuki Kazamatsuri a alors 27 ans), belle, dinstinguée et cultivée bref, une concurrente plus sérieuse que les jeunes grognasses que s’envoie le père habituellement.

Vous avez été traumatisé par une horrible belle-mère ? Imaginez si vous aviez eu à la place Yuki Kazamatsuri !

Si Yoko Hatanaka est parfaite dans le rôle de la midinette bourgeoise perverse, Kazamatsuri l’est tout autant dans celui de cette belle-mère désireuse à la fois de se faire bien voir par la belle fille et de reprendre en main son éducation. Ce double aspect est visible dès la scène de leur rencontre. Sachant que Yoko est intéressé par l’art, elle lui offre un livre sur William Blake qui lui sera peut-être utile pour ses examens. Et comme le livre est en anglais, cela lui permettra en plus de travailler la langue. Moue ennuyée de Yoko qui ne sait pas si elle aura le temps de le lire. Mais Akiko insiste et lui tend fermement le livre, avec un regard qui ne souffre aucune contestation.

Ce sera le point de départ d’une relation orageuse dans laquelle Akiko alternera les moments de compréhension à ceux d’agacement, voire de colère.

Il faut dire que Yoko fait tout pour provoquer sa belle-mère. Acoquinée avec une bande de jeunes qui passent leur temps à baisotter et à se droguer sur la plage, elle se fait un jour épinglée par la maréchaussée venue faire un débarquement dans leur repaire :

Autant dire que dans ce repaire, c’est un peu la fête au slip (et au soutien-lolos)

Alors qu’Akiko vient la chercher au poste et qu’elles repartent à la maison, Yoko oblige sa belle-mère à prendre un jeune surfeur qui faisait de l’auto-stop. Elle va plus loin en l’invitant à crécher chez elle et, se sachant épiée par Akiko, elle rentrera sans façon dans la salle de bain pour donner une serviette au jeune homme qui a alors popol à l’air.

– Tiens ! c’est pour bien t’essuyer.

– Euh… Thank you !

Un peu plus tard, elle n’hésite pas à se rueur sur lui pour feindre une embrassade enfiévrée sur le plumard juste au moment où Akiko s’apprêt à entrer dans la chambre.

Doux Jésus !

Et ce n’est que le prélude à une multitude de tentatives pour tenter d’écoeurer et de faire fuir la concurrente.

Entre les deux, il y a le père qui ne voit rien, qui ne comprend rien et qui pue la vrille en fait. Manifestement papa gâteau du genre incapable d’éduquer fermement sa merdeuse (le genre mornifles dans le beignet accompagné d’un « tu fais ce que je dis et pas autre chose, OK ? », c’est clairement pas trop son truc), il remet les clés de l’éducation ferme à sa nouvelle épouse. Or, on comprend tout de suite qu’en dépit de sa bonne volonté, ce ne sera pas gagné avec ce petit scorpion de Yoko. Surtout, malgré ses belles paroles prônant dans sa vie l’accalmie, la raison, alors qu’il commence à prendre de l’âge, il ne peut s’empêcher de succomber non pas à l’appel de la mer mais à celui…

Des gros seins !

Les gros seins en question sont ceux de Kyoko Aoyama jouant le rôle de Keiko, grande amie de Yoko. Alors qu’elle a besoin d’argent (elle fréquente un garçon bien incapable de bosser sérieusement), Yoko lui propose tout simplement d’en demander à son père. Et pas besoin de le rembourser plus tard, il lui suffira tout simplement de lui offrir son jeune corps le temps d’une étreinte passionnée. Le père est d’abord offusqué par la proposition et menace de quitter la chambre d’hôtel dans laquelle Yoko a organisé le rendez-vous mais finalement, les flatteries de Yoko et la plastique de Keiko aidant, le papounet accomplit la besogne sans trop barguigner. Evidemment, Yoko en profite pour donner rendez-vous à sa belle-mère dans un resto dans les parages pour qu’elle tombe nez-à-nez avec son mari accompagné, bras dessus, bras dessous, avec une belette – ce qui arrivera.

Enfin, Yoko n’hésite pas à balancer au visage de sa belle-doche l’argument de la jeunesse. N’est-elle pathétique, la vieille, à faire la morale à une jeunette comme elle ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’elle peut bien comprendre aux jeunes ? Et pourquoi s’est-elle mariée avec un homme bien plus vieux qu’elle ? Ne serait-ce pas pour une sombre histoire d’argent ?

A tout cela Akiko répond par le mépris, arguant qu’il y a des choses qui se passent entre des adultes et que les enfants comme Yoko ne peuvent comprendre.

Là, Akiko touchera la morveuse qui a beau fréquenter des jeunes passant leur temps à baisoter entre deux portes…

(ou dans la moiteur d’une voiture sur un parking, comme Keiko et son copain)

… il s’avère en fait qu’elle est toujours vierge. Pour les fans de l’idole Yoko Hatanaka, ce sera évidemment l’espérance de voir leur chanteuse préférée dans le plus simple appareil, le temps d’une scène torride. Cela arrivera en compagnie du jeune surfeur qui permettra à Yoko de devenir femme c’est-à-dire de devenir un peu plus « mère » et donc de revenir à un pied d’égalité avec sa belle-mère.

Avant la fameuse scène, les amateurs de « bikini idols » auront la satisfaction de voir Hatanaka s’essayant aux joies du surf dans un joli bikini bleu.

S’ensuivra alors l’estocade finale pour régler définitivement le cas de la concurrente. Et là, je m’abstiens de donner le moindre indice sur les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Je rappellerai juste le mot évoqué au début de l’article : cruauté.

Si vous êtes friands des roman porno présentant des situations triangulaires dramatiques et cruelles, dites-vous qu’avec Ai no Hakuchumu vous serez servis. La dernière confrontation entre Akiko et Yoko, dans la chambre de cette dernière, jouera la carte de la surprise traumatique. Une petite abjection qui donne tout de suite après d’écouter la bonne humeur des Beach Boys pour se laver l’esprit de ce cauchemar balnéaire.

7,5/10

Les joies du joya no kane comme si vous y étiez

J’ai évoqué la dernière fois la fabuleuse prestation de Kitano lors de la grande messe cathodique de l’Ōmisoka (le réveillon de fin d’année) qu’est le Kouhaku. Eh bien il faut savoir qu’il ne s’agit pas de l’ultime grande messe puisqu’il en est juste après une autre, et qui se payer en plus le luxe d’être la toute première de l’année suivante.  ゆく年くる年 (Yukutoshi kurutoshi) se paye en effet le luxe de faire la bascule entre les deux années, et cela remonte à encore plus loin que le Kouhaku puisque l’émission a d’abord été radiodiffusée à partir de 1927, soit deux années après le début de la radiodiffusion au Japon. Pour la télévision, l’émission a commencé dès 1955, suivant de peu la première édition du Kouhaku (en 1953).

A la maison, depuis que l’on a pris l’habitude de passer le réveillon en famille sur les tatamis à mater le Kouhaku tout en dégustant les mets concoctés par Madame, c’est une émission que l’on ne rate jamais. Madame, qui n’est pas plus que cela en manque de la TV japonaise (qui s’en fout complètement à vrai dire), est alors particulièrement attentive aux trente minutes de Yukutoshi kurutoshi, et je dois dire aussi que je n’en perds pas une miette.

Et pas uniquement parce que l’on y voit des bijins présentatrices de la NHK

Pour vous donner une idée du contenu, c’est un peu comme si en France on avait une émission qui plongerait le spectateur, en live, dans cinq églises emblématiques au moment de la messe de minuit, le soir de Noël. Présenté comme cela, l’intérêt paraît improbable surtout pour qui se moque pas mal des bondieuseries. Mais au Japon, c’est évidemment autre chose. Dans le YK, il s’agit de visiter de découvrir l’activité d’une petite dizaine de temples se situant dans n’importe quelles des grandes îles japonaises, au moment des 108 coups de gongs qui sonnent le glas de l’année écoulée et qui célèbrent en même temps l’arrivée de la nouvelle année (cérémonie appelée Joya no kane).

Quelques uns des temples de l’édition 2019-2020. 

L’ambiance est solennelle, les bonzes s’activent chacun à leur manière, d’après le rituel qui est propre à chaque temple. Ainsi le Chion-in de Tokyo et sa gigantesque cloche que va retentir sous l’action de plusieurs bonzes aux mouvements parfaitement réglés.

J’ai évoqué dans un article le plaisir que j’avais à entendre les bonshos, et je ne peux qu’imaginer celui qu’il doit y avoir a les entendre retentir dans la nuit et le froid, au moment du nouvel an.  Certainement le genre d’instant que je vivrais chaque année si j’avais la possibilité de vivre au Japon. Le ゆく年くる年 permet de ressentir un peu de la magie de ce moment, tout en donnant à voir aussi les festivités qui accompagnent la célébration de la nouvel année. Car on reste pas dans son coin à méditer façon zen les 108 coups de bansho. On s’agite un peu aussi, comme dans ce temple qui ouvre ses portes dès minuit sonné Dans tel temple à Hokkaido on aura droit à des taikos sur la neige, avec feu d’artifice à l’arrière plan :

Un autre dispose d’un atelier de calligraphie qui permet aux gens d’écrire des cartes de vœux :

Et certains ont l’air de bien toucher leur bille dans cet exercice.

… tandis que dans un autre, éclairé de manière sophistiqué, une salle a été aménagé pour permettre à des convives de manger et de trinquer encore davantage, histoire d’être bien sûr d’être nazes le lendemain :

Bref, l’ambiance est solennelle mais pas trop non plus. Le sérieux de la chose était davantage soulignée dans des émissions plus anciennes (voir vidéo plus bas). Mais maintenant, on vient aussi bien pour faire sa première prière de l’année que pour profiter de l’atmosphère du lieu, de s’amuser un peu comme dans un matsuri. L’été, c’est chaud partout. Là, c’est froid à l’extérieur, chaud à l’intérieur, de quoi bien négocier le cap de l’Ōmisoka

Beat Takeshi, dans la salle du Kouhaku, sous vos applaudissements !

Hier, comme depuis quelques années, ç’a été réveillon en famille, à quatre, sur les tatamis du salon, autour de la table à s’empiffrer de bonnes choses, le tout en suivant la grande messe cathodique du nouvel an qu’est le Kouhaku Uta Gassen. Un peu cliché mais ce le genre de cliché que j’affectionne.

Un peu comme d’habitude j’ai envie de dire, l’équipe des blancs (celle des hommes) a gagné. Peut-être faudrait-il un jour que celle des femmes (l’équipe rouge, qui était représentée par une Haruka Ayase bien belle dans son kimono) vire de leur line up tous les machins du genre AKB48 pour apporter une vraie variété. Quant à Perfume, leur artificialité n’a eu d’égale lors de cette soirée que celle de la reconstitution digitale de Misora Hibari, c’est dire s’il faudrait qu’elles se réinventent. Au passage, l’apparition de Hibari était un poil flippante. Le rendu de la gestuelle était intéressante, mais pour celui de l’expression, c’était autre chose.

Expressivité aussi naturelle que la voix de HAL 9000 dans 2001.

Inévitablement, on a eu aussi droit à une chanson de Ringo Shiina. Comme toujours l’aspect musical de son titre était intéressant. Reste cette voix avec laquelle j’ai un peu de mal, voix qui peut passer avec certaines chansons comme elle peut devenir agaçante dans d’autres. J’ai plus eu l’impression de ce dernier cas hier. Cela dit, robe et gambettes sympathiques :

Dommage pour l’équipe des femmes donc, c’était pas mal quand même, il y a eu de bonnes prestations mais on pouvait faire mieux. De toute façon, pas de regrets à avoir car l’équipe blanche était injouable. La raison ? J’ai ma théorie là-dessus, je pense que tout a basculé pour les hommes lorsqu’est apparu sur scène cet homme :

Oui, cette silhouette, cette posture voûtée qui ne ressemble à rien et que l’on reconnaîtrait entre mille, pas de doute, c’est bien lui, Beat Takeshi qui va nous interpréter sur scène Asakusa Kid, forcément la chanson de sa vie. A-t-il bien chanté ? Disons que si on aime le style vieil alcoolique qui se met minable dans un obscur karaoké en chantant devant tout le monde avec ses tripes et qui va jusqu’à écraser une larme à la fin, on ne peut qu’adorer. Au début j’avoue avoir été dubitatif en prenant son passage au sérieux. Et puis, au bout d’un moment, j’ai craqué et me suis mis à suivre sa prestation un brin hilare, moi-même imbibé et reconnaissant de ce moment de poilade. « Allez ! Vas-y Takeshi ! Eclate-les tous ! Montre à tous ces freluquets ce que c’est que chanter une chanson ! » criai-je devant mon poste, une énième coupe de saké à la pogne, tandis qu’Olrik jr contaminé par la bouffonnerie de la situation, commençait à vraiment apprécier cette chanson – mais sans doute pas de la manière souhaitée par Kitano.

Il faut dire qu’après tous les numéros aux décors et aux costumes sophistiqués, c’était couillu de sa part d’apparaître au milieu d’une scénographie minimaliste et vêtu d’un pantalon large et d’un pull à col roulé miteux.

Vous avez aimé Kiss et Yoshiki (devenus Yohikiss le temps d’une soirée) quelques minutes auparavant ?

Vous avez kiffé les jambes de Ringo Shiina et la chanson de Pikachu ?

Bon, évidemment, avec Beat juste après, c’est un autre style, il faut bien l’avouer :

 

Et je ne parle même pas de la voix, que tu connais sûrement ami lecteur, voix pas forcément taillée pour pousser la chansonnette et qui tend à s’affaisser avec l’âge. Face à lui, le public était sage comme une image, politesse japonaise oblige. Mais intérieurement, que pensait-il vraiment ? Jubilait-il comme nous ? On peut penser qu’il n’avait pas l’esprit aussi mal placé que moi mais si je vous dis que l’a comparaison perfide avec l’acoolique qui chante dans un karaoké est venue de Madame Olrik elle-même lors de la chanson, on peut en douter.

La larme du talent pur. Après Hibari Misora, la Piaf japonaise, Beat Takeshi, le Brel nippon ?

Bref, l’équipe des blancs a gagné et je pense que le père Kitano, loin d’avoir effrayé les votes, les a au contraire attiré plus que jamais. Je pense que tous ceux qui se sont mis minables un jour dans un karaoké ont dû prendre son numéro comme une sorte d’hommage à eux-mêmes et ont dû se sentir reconnaissants en se précipitant sur leur portable afin d’apporter leur vote pour soutenir les blancs.

Vidéo d’une prestation de 2003, à une époque où Beat bougeait dix fois plus sur scène que maintenant.

Voilà pour le Kouhaku, 70ème édition (hallucinant quand on y songe) et première de l’ère Reiwa. Demain je me fendrai d’un autre article court pour évoquer une autre émission que la NHK a l’habitude de passer lors de la nuit de la saint Sylvestre. D’ici là, pour reprendre la formule consacrée :

Akemashite omedetou !

Les joies du bini-bon avec Junko Mabuki

Toujours dans l’optique de poursuivre les sentiers explorés par The Naked Director, après Dynamite Graffiti, on enchaîne avec Zoom Up : the Beaver book girl, roman porno de 1981 :

Zûmu appu: Binîru-bon no onna ズームアップ ビニールほんの女  (soit Zoom sur la fille de revues olé olé !)

Le « bini bon », ceux qui ont vu The Naked Director se le rappellent sans doute, sont ces magazine érotiques qui dans les années 70 ont pullulé encore plus que des morpions dans les toisons pubiennes des pires gueuses de Kabukicho. Le film suit le travail très professionnel de Kimura, photographe mérité flanqué de son assistant Kôichi. Les deux vont photographier la capricieuse Mako mais aussi l’étudiante Yoshie dans des situations alternant le scabreux et l’acrobatique.

Période de Noël oblige, je tenais à ce que la Passion du Christ soit évoquée dans cet article.

Le problème est que l’on apprend qu’autrefois, alors qu’il était simple étudiant, Kimura était surnommé Gauguin. Non qu’il préférait alors le pinceau au reflex. En fait, le sobriquet célébrait son côté artiste du viol qui avait pour pouvoir de subjuguer ses victimes et de les rendre par la suite accro à sa personne. Une sorte de Hanzo the Razor bis si vous voulez. Et oui, pour filer la métaphore, on peut penser qu’il devait donner de vigoureux coups de pinceau sur la toile de chair qu’il avait à disposition.

Kimura est à droite. Pourquoi toutes ces bouteilles de bière sur la table ? La réponse se trouve dans un gif caché dans cette page.

Bref, lorsque déboule une femme mystérieuse prénommée Nami (prénom qui fleure bon l’œuvre de Takashi Ishii et c’est bien normal puisque l’histoire est tirée d’un de ses mangas), qui accepte de se faire prendre en photo dans les pires situations, et gratis encore ! on se dit que cette femme magnifique (ai-je dit qu’elle était jouée par Junko Mabuki ?) a peut-être à voir avec le sulfureux passé de Kimura.

Nami habillée (en cliquant sur la photo vous aurez la version définitivement moins poupée Barbie).

Comme pour Lesbians in uniform chroniqué la semaine dernière, Zoom up : binîru-bon no onna est un roman porno que l’on peut recommander. D’abord parce qu’il y a Junko Mabuki, alors dans la splendeur de ses 26 ans et dans les ultimes feux de sa carrière courte mais intense chez la Niquatsu. Intronisée « SM Queen » après le retrait de Naomi Tani, la bijin s’est pas mal employée sous l’égide de Dan Oniroku (qui a d’ailleurs une vie sexuelle avec elle très intense si l’on en croit son autobiographie Season of Infidelity: BDSM Tales from the Classic Master. Hé ! Les éditions Akatombo ! ce serait sympa d’avoir ce titre !).1981 est donc une année prolixe avec pas moins de sept films au compteur.

Dans Zoom Up, c’est peut de dire qu’elle sait capter les regards. Avec ou sans manteau de fourrure, avec ou sans ficelles de shibari, elle est une sorte de grande prêtresse du bini-bon qui renvoient illico à leur vie insignifiante Mako et Yoshie. Avec en prime ce plan fameux dans lequel elle en met (littéralement) plein la vue à Kimura en train de la photographier de face.

Bref, il y a Mabuki donc, mais il ne faut pas oublier les cinq autres personnages qui constituent une galerie croquignolette et permettant de passer sans ennui (toujours un risque avec les roman porno) les 65 minutes du film. Kumiko Hayano dans le rôle de Mako est d’une espièglerie aussi insupportable qu’amusante, Hikida, l’assistant de Kimura et amant de Mako, est un maladroit qui a bien du mal à garder la tête froide durant les shootings…

D’un autre côté, un shooting avec Junko Mabuki, je voudrais bien vous y voir aussi.

…tandis que Kawamoto, le propriétaire du magazine pour lequel travaille Kimura, est dans le rôle du gay en costard et aux mains très entreprenantes avec ses collègues mâles. Tout ce petit monde fonctionne, et associé aux apparitions aussi mystérieuses que bandatoires de Nami ainsi qu’une certaine imagination visuelle (mention spéciale au final dans un entrepôt désaffecté et poussiéreux !), il devient donc difficile de ne pas recommander ce titre qui – j’ai omis de le préciser – peut aussi être vu comme un hymne grandiose à l’ondinisme (actif ou passif, tout le monde a droit à sa rasade). Très rafraîchissant.

6,5/10