Des Japonais chez les franco-Belges #11 : Siné

Le Magical Pornographical Mystery Tour de Siné à Tokyo

Paru en 2017 chez Fluide Glacial, Siné comme chez Lui compile une multitude de dessins et de récits concoctés par Siné pour le magazine Lui, de 1963 à 1989. A l’intérieur de ce beau livre, une surprise : le récit d’une escapade sexuelle de Siné au Japon ! Bon, on est évidemment très loin de Nicolas Bouvier mais ces cinq pages ne sont pas sans une certaine truculence drôlatique, même si les expériences hentaïesques décrites par Siné n’ont rien de bandatoires. Cela commençait pourtant bien :

Ah ! le mythe de la geisha habile de ses doigts et de sa langue que tout touriste ignare occidentale a forcément bien ancré dans un coin de son cerveau ! Las, les déconvenues ne tardent pas d’arriver. D’abord dans son hôtel, en appuyant sur le bouton « massage » sur le combiné du téléphone de sa piaule. Aussi sec radine une employée en kimono et avec un masque d’hygiène qui lui « froisse deux côtes » avant de repartir en lui extorquant « 50 dollars ».

A la librairie juste à côté, Siné dégote un vieil exemplaire de Lui sous cellophane ainsi que « quelques BD cochonnes » pleines de promesses. Mais c’était méconnaître l’impitoyable censure japonaise. Les parties intimes des pin-up de Lui sont masquées d’une horrible pastille blanche tandis que les dessinateurs de mangas (le mot n’apparaît évidemment pas, nous somme vraisemblablement dans les années 70) s’échinent à mettre « un grand blanc à la place de l’entrejambe » ! Fort opportunément, Siné a pensé à prendre avec lui son matériel de travail. Aussi s’empresse-t-il à compléter à la plume les parties manquantes pour décorer sa chambre car « [il] ne se sen[t] bien que dans une atmosphère personnalisée ». A noter qu’il est allée jusqu’à insérer des exemples de planches  pour étayer son propos :

Est-ce là la première occurrence de planches hentaï dans une publication française ? Peut-être.

Ça se gâte franchement quand il se rend dans une boite de strip-tease où il assiste à « un spectacle pour sadiques ».

Le suspense était réduit à sa plus simple expression car les filles arrivaient déjà nues sur la scène en forme de T. Les spectateurs étaient debouts silencieux et crispés : on n’était pas là pour rigoler ! Le clou de ce spectacle horrible fut l’arrivée de 4 nanas qui se bloquèrent entre les grandes lèvres, écartées au maximum, d’énormes loupes rondes d’environ 10cm de diamètre et distribuèrent aux clients ravis des lampes électriques afin qu’ils puissent « plonger » leurs regards libidineux le plus profondément possible à l’intérieur !

Pouah !

Pas géniale non plus sa virée dans un « touch-touch-club ».

A ne pas rater m’avait-on dit ! Là, 3 vipères soi-disant lubriques m’ont sauté dessus agressivement. Tandis que l’une me glissait une langue visqueuse dans l’oreille, une autre me dégrafait le pantalon et me tripotait sauvagement les parties honteuses. La 3ème grimpée sur la table se retroussait comme une folle lubrique et m’exhibait un horrible zizi… c’était un abominable piège d’une brutalité inouïe… Je partis en courant cette fois, soulagé de 300 dollars.

 

Heureusement, arrive le « turko-bath ». Ce qui signifie que le beau voyage se situe avant 1984, c’est-à-dire avant que l’appellation turuko-buro ne change pour celle de soapland après qu’un dignitaire turc a été franchement choqué de voir que son pays était associé à un immonde lieu de prostitution (je n’explique pas ce qu’est un soapland, hein ! je connais mon lectorat).

C’était nettement plus civilisé. La chatte de la masseuse remplaçait agréablement l’éponge mais je refusais malgré tout qu’elle remplace aussi la brosse à dents ! La fille était gentille. Elle m’avait dit en arrivant : « toi, tu ressembles à Alain Delon ! » Bien que je ne puisse pas le blairer, j’étais quand même flatté ! […] Du coup, je lui refilai 50 dollars de mieux ! Renseignements pris, il paraît qu’elles disent ça à tous les touristes !

Enfin, Siné évoque la masses considérable de travellos qui tapinent et qui obligent les mousmés (j’adore ce mot !) à lever leur jupe devant le potentiel client pour montrer qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise.

Il termine avec une ultime belle image, celle illustrant son expérimentation de l’« hôtel-vidéo ». Quézaco ? C’est très simple : vous montez dans une chambre avec une prostipute expérimentée et vous y faites simplement votre besogne tandis qu’une caméra filme et diffuse en live vos exploits sur  « un petit écran et en couleurs » :

J’avoue ne pas avoir été décu ! Enfin le Japon me plaisait ! […] Le seul problème est que je ne pus récupérer la cassette enregistrée… il me fallait 200 autres dollars et j’étais fauché. Un beau film porno dont je suis la vedette leur reste donc là-bas ! J’espère qu’ils en feront bon usage !

 

Ainsi conclut Siné le récit flamboyant et décomplexé (j’allais mettre « débridé » mais je me suis retenu) d’un séjour pour tourisme sexuel. Et malgré les apparences, rien de sordide là-dedans, c’est d’une provocation rigolote et sans tabou, d’une liberté de ton qui donnerait presque envie de prendre un billet d’avion pour essayer d’expérimenter un strip-soapland-vidéo-touch-touch-club ! Connaissant l’inventivité des Japonais en matière de sexe, ça doit forcément exister quelque part.

 

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