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Aya Matsuura sous lumière bleue

The Blue Light
Ao no Honoo – 青の炎
Yukio Ninagawa – 2003

Shûichi, lycéen de 17 ans, mène une vie sans histoire, que ce soit à son lycée ou chez lui en compagnie de sa mère et de sa belle-soeur. Mais voilà, un jour son beau-père, qu’ils croyaient parti pour toujours, revient et le quotidien est subitement rythmé par une spirale d’alcoolisme et de violence. Shûichi prend sur lui mais lorsque le beau-père en vient à faire des avances sexuelles sur sa sœur, le jeune homme songe à régler de lui-même la problème, par la manière forte. Et définitive.

 

Pas inintéressant ce Ao no Hanoo. En observant le pedigree du réalisateur, on s’aperçoit qu’il était (il est décédé en 2016) avant tout acteur et que sa filmographie se résume à quatre films.  A priori pas de quoi sauter au plafond néanmoins on peut recommander Ano no Hanoo comme une entrée en matière satisfaisante dans sa filmographie.

D’abord parce que les amateurs de Jpop auront la bonne surprise de découvrir Aya Matsuura, alors au début de sa carrière, dans son premier rôle au cinéma. Elle y joue une camarade de classe de Shûichi, Noriko, personnage discret et en même temps réceptacle des affres que Shuichi finit par lui confier. Il faut dire que ce beau visage inexpressif est infiniment plus apaisant que la trogne sous shochu du beau-père.

Le genre de voisine de classe qui par sa seule présence t’empêche de bien te concentrer.

Ce dernier a tout du nuisible. Il impose à son ex-femme de lui filer de l’argent, de le fournir en alcool, mais aussi son cul, évidemment par la brutalité. Une scène n’entrera pas dans les détails mais nous donnera à entendre retentir dans la maison des cris féminins sans ambiguité et qui mettront Shûichi au bord de la nausée.

Le beau-père, juste après avoir tenté d’agresser sexuellement sa fille. Je te lui aurai foutu Virginie Despentes au cul, moi !

Du coup, comme la situation est bloquée pour trouver un moyen légal de se débarrasser du type (Shûichi ira jusqu’à faire la démarche de voir un avocat pour se renseigner), type qui en arrive à être dangereux envers sa fille adolescente, Shûichi va employer les grands moyens en cherchant le moyen d’assassiner son beau-père.

Les amateurs de la série Colombo apprécieront sans doute l’effort de Shûichi qui va aller assez loin pour se forger un alibi et trouver un moyen de zigouiller son beau-père. Flanqué de son vélo de course, on le voit le planquer dans un coin sur la plage, aller en cours d’arts plastiques (au passage grosse rigolade que le prof de ce cours), puis repartir pour rechoper son vélo et regagner la maison où se trouve le beau-dabe en train de cuver son saké sans savoir que son beau-fils s’apprête à lui faire subir une Claude François dans son sommeil. La scène est assez terrible et constitue évidemment le tournant du film. Elle n’est d’ailleurs pas sans lui donner un côté « Crime et Châtiment ». Pour Shûichi, pas de remords à avoir, il lui faut protéger sa famille et de tout façon son beau-père n’était qu’un nuisible inutile à sa famille et à la société. Nuisible inutile et dangereux de surcroît.

Mais évidemment tout n’est pas si simple et la deuxième partie du film nous fera découvrir un Shûuichi aux abois devant la ruse de l’inspecteur (autre détail faisant penser à Crime et Châtiment) chargé de l’enquête, et forcément un peu tracassé intérieurement par ce qu’il a fait. L’approche du psronnage, notamment dans ce qui constitue son quotidien, est d’ailleurs plutôt réussie. La « lumière bleue » du titre renvoie au bleu d’une sorte de caisse en plexiglas dans laquelle il aime à se trouver, laissant que supposer que l’extérieur lui est peut-être éprouvant malgré les apparences :

De fait, les séquences où on le voit pédaler à toute vitesse sur son vélo de course pour aller au lycée peuvent aussi bien donner l’impression d’une adolescence insouciante et dynamique que d’une sorte de plonger en apnée dans le monde extérieur qu’il convient d’écourter au maximum. En tout cas, les relations de Shuichi avec l’extérieur n’ont rien d’exceptionnelles, le jeune homme apparaît véritablement naturel et dans son élément lorsqu’il parle avec sa mère ou sa sœur.

Les séquences de pédalage sont d’ailleurs plutôt réussies dans leur dynamisme.

Après, il est surprenant de constater que sa chambre est un bric à brac situé dans le garage dans la maison :

Rabouler Aya Matsuura dans sa piaule, le rêve de plus d’un ado de l’époque.

Comme si, là aussi, il y avait une sorte d’inadaptation, de malaise dans la sphère privée. On imagine alors que la vie a dû être un rien traumatisante avec le beau-père alcoolique et que Shûichi en garde inconsciemment les stigmates. Dans sa boite transparente qui le protège de tout, de la sphère familiale comme de la sphère extérieure, elle répond à un idéal de pureté, idéal qui le jeune homme transposera à travers Noriko qui symboliquement appliquera son visage lors d’une scène derrière la paroi.

Comme elle, son visage est lisse, sans aspérités et, alors que la vie de Shûichi sera alors bourrées de périlleuses aspérités, ce sera exactement ce qu’il faudra au jeune homme pour retrouver un peu de sens à sa vie. Là aussi, il y a un peu de Sonia dostoveskienne, même si le film réservera une fin bien différente de Crime et Châtiment.

Bref, sans être non plus un chef-d’œuvre, The Blue Light est un drame familial bien interprété, bien réalisé, avec en prime une cristalline Aya Matsuura qui sent bon le début des années 2000. Une réserve toutefois : pourquoi diable avoir ouvert et conclu le film avec… Post War Dream de Pink Floyd ? Car je vous l’avouerai, faire un lien entre une chanson anti-Margaret Thatcher et une histoire d’un gosse qui bute son beau-père, c’est un peu chaud. Ça passe si on se contente de la mélodie, mais si on fait attention (ou si on les connait) aux paroles, ça parasite un brin l’ambiance.

7/10

Mika Madoka’s baby

Mika Madoka : Wet Fingers
Mika Madoka: Yubi o nurasu onna – 美加マドカ 指を濡らす女
Tatsumi Kumashiro – 1984

Encore un film de Kumashiro sur la dure vie d’une strip-teaseuse. Et finalement encore un roman porno accrocheur, même si ce titre peut paraître un cran au-dessous de films ultérieurs. On y suit le dilemme de Kimiyo, strip-teaseuse qui, comme l’indique le titre original, fait sur scène des choses magiques avec ses doigts. Elle a du succès auprès des meutes mâles et salivantes qui viennent l’admirer, mais aimerait bien passer à autre chose, par exemple devenir idol pour susurrer des chansons sucrées. Moins fatigant et plus habillée, elle risquerait moins une fluxion de poitrine à tout moment.

Même si elle fait bien tout pour en avoir puisqu’elle est dans son appartement 90% du temps en tenue d’Ève. Pas sérieux, ça.

Surtout, elle aimerait y voir plus clair concernant sa vie privée qui est partagée entre deux hommes : l’un, Shun, est un acteur prometteur, tellement prometteur qu’il va recevoir à Cannes la Palme du meilleur acteur. Le problème est que le type est du genre chaud lapin et qu’il ne voit dans Kimiyo qu’une femme übersexy avec laquelle il est sympa d’avoir des passades de temps à autre.

Shun, en voyage d’affesses après son prix à Cannes. Phallocrate 100% Adèle Heanel disapproved mais c’est pas grave, chambre tatamisée, yukata, gestion de la posture et du coup de téléphone, j’apprécie le style.

L’autre amant, Yûji, est assez joli garçon et aime profondément Kimiyo. En un mot, elle est sa déesse et il est prêt à tout sacrifier pour lui rendre service, à commencer par s’occuper de l’adorable bébé qu’elle trimbale comme une malédiction pour le bon déroulement de sa vie et de sa carrière.

Kumashiro ose le bébé trognon dans un de ses films !

Bien plus choupinou que le bébé de Rosemary, ce bébé joufflu n’est d’ailleurs pas loin d’être le principal personnage du film. C’est que ça a toujours une forte présence, un bébé à l’écran, et celui-ci tout particulièrement. Devenu véritablement homme au foyer pour rendre service à Kimiyo et surtout pour avoir l’occasion d’être au maximum près d’elle (quand ce n’est pas à l’intérieur d’elle, doux moment qu’il a maintes fois l’occasion de reproduire), Yuji va s’occuper du poupon lorsqu’il ne s’occupera pas du plaisir de sa déesse.  Cela donne lieu à des transitions un rien surprenantes, par exemple un nettoyage de couche entre deux scènes à poil ou encore un changement de couche sur un lit encore tout chaud de certains ébats conjugaux.

D’un point de vue sonore, ce sont des pleurs de tous les instants. Alors que Yuji et Kimiyo prennent un bain ensemble, un cri du bébé dans la maison rappelle illico Yuji à son instinct maternel pour aller voir tout de suite si bébé va bien. On devine assez bien ce que symbolise ce bébé qui aurait besoin d’un peu plus de cohésion parentale. Dans l’inconscient de Yuji, il est en tout cas l’incarnation de son désir de fonder une vie stable, un foyer avec Kimiyo. Mais pour cela, il faudrait que cette dernière parvienne à oublier Shun et là ce n’est pas gagné, surtout avec son foutu caractère. Si vous n’appréciez pas forcément les roman porno BDSM dans lesquels des personnages féminins se font quelque peu malmenés, sachez que là, c’est tout l’inverse qui se produit. Yuji se fait littéralement marcher sur la gueule par sa déesse et se fait même à un moment foutre dehors à coups de pied au cul. Ce n’est pas non plus la Vénus à la fourrure mais on n’en est pas loin.

Entre deux tartes dans la gueule, Kimiyo sait tout de même se faire câline.

A noter que la « Mika Madoka » du titre est le nom de l’actrice jouant Kimiyo, dans la vie réelle une véritable strip-teaseuse. Pas une actrice de métier donc mais ce n’est pas grave, il y a dans ses nombreuses éruptions de colère quelque chose d’aussi agaçant que réjouissant. Et concernant la plastique, il n’y a rien à y redire, voir Mika Madoka se trémousser sur scène dans les années 80 devait valoir le détour. A apprécier en tout cas sans modération puisque la bijin n’a joué que dans ce film, merci Kumashiro d’avoir fréquenté plein de lieux sulfureux pour dénicher cette perle !

KUMASHIRO – Attends, tu sais que tu as du potentiel cocotte ? Je vois bien un film qui s’intitulerait euh, attends, je cherche… voilà : Mika Madoka les doigts humides !

MIKA – Euh, je ne sais pas si…

KUMASHIRO – Tu déconnes ? Ça va faire un tabac ! Amène-toi demain au bureau de la Nikkatsu, je te prépares recta un contrat !

C’est d’ailleurs le moment d’imaginer ce que pourrait donner un making of du film…

KUMASHIRO – Bon, dans cette scène tu promènes bébé dans la poussette. C’est une des rares scènes habillées du film, profite bien de ton imper car après tu vas cailler, c’est 90% de  scènes dénudées.

 

KUMASHIRO – Alors voilà, tu pelotes Mika avant que celle-ci se mette en pétard et te défonce la gueule à coups de tatane. Tu es prêt, on le fait en une seule prise !

TAKASHI NAITO – Euh attends, on ne peut pas changer un peu le script ?

KUMASHIRO – Impossible, cette scène est la pierre angulaire de l’histoire !

MIKA – Oh ! Qu’il est chou !

KUMASHIRO – Prends-le le plus souvent dans tes bras pour le cajoler. Il faut que tu aies très vite une montée de lait pour une scène finale à laquelle j’ai pensé.

MIKA – Hi hi ! t’es con !

KUMASHIRO – Non non, je ne déconne pas.

KUMASHIRO – Quand tu fous une mornifle à Yuji, n’hésite pas à y aller franchement, comme ça, paf ! avec le plat de la main, les doigts bien raides, bien fort !

Pour compléter cette section bonus de l’article, évoquons enfin cette curiosité :

Oui, quand on voit Mika Madoka chanter lors d’une scène, il est très probable qu’il s’agisse d’une chanson provenant de ce LP. Chanteuse, actrice, strip-teaseuse (et gravure idol ! j’ai vu qu’il existait un photobook tout à sa gloire), décidément une bijin pleine de ressources que cette Mika Madoka qui aura bien mérité son gâteau d’anniversaire à la fin du tournage :

KUMASHIRO – Joyeux anniversaire Mika chan ! J’en profite d’ailleurs pour te parler de mon prochain projet : « les doigts humides dans la froidure d’Hokkaido ». Ça te dit ?

MIKA – Ça va aller, je vais me limiter à la chanson maintenant.

Mika Madoka : Wet Fingers a été édité au Japon dans une chouette copie blu-ray. Dommage que l’éditeur Elephant ne l’ait pas intégré dans son récent coffret de dix films consacré aux roman porno. Peut-être un jour pour un deuxième volume ?

7,5/10

 

Un gourou coaché par Kitano

Many Happy returns
(Kyōso tanjō – 教祖誕生)
Toshihiro Tenma – 1993

Difficile d’imaginer ce qui a pu passer dans la tête du concepteur de l’affiche de Many Happy returns. Avec le visage d’un Kitano éclatant de rire on va se dire que l’on va avoir droit à une bonne comédie, mais en fait pas tant que ça, jugez plutôt :

Un jeune homme, Kazuo, croise un jour la petite troupe d’une secte allant de ville en ville pour vanter les mérites de leur leader, un vieillard capable de faire des guérisons miraculeuses. Il s’agit évidemment d’une arnaque, la secte, menée par deux affairistes (joués par Kitano et Ittoku Kishibe), n’ayant pour but que de se faire de l’argent. Kazuo décide de les suivre et  se voit un jour proposer de prendre la place du vieux leader, coupable de ne pas suivre à la lettre les directives qu’on lui donne. Kazuo accepte et se prend à jouer son rôle sérieusement. Très sérieusement même…

Adapté d’un roman de Kitano (Kyôso tanjô soit « naissance d’un gourou », titre que l’on préférera au titre anglais), le film est donc une comédie satirique sur les secte et du besoin de certains Japonais de gober ce type de couleuvre. Le mot « comédie » est un bien grand mot, n’attendez pas des pantalonnades beatotakeshiesques. Mais il y a certains passages malicieux, notamment cette scène dans laquelle le vieux leader outrepasse ses droits auprès d’un malade atteint d’un cancer et va prendre une décision pour le moins fâcheuse. Et si l’on aime les rodomontades de Kitano en mode yakuza qui roule les –r et accompagnant ses phrases de moult « baka yaro ! », on sera servi. Mais à part cela, le film baigne dans un relatif sérieux.

Un des passages comiques du film. Oui, il y a de magnifiques effets spéciaux.

L’intérêt sera de voir comment à la tête de la secte s’installent des tensions entre les membres obsédés par l’idée de faire du fric et ceux qui, bizarrement sincères dans leur foi alors qu’ils savent que les pouvoirs magiques du leader sont bidonnés, estiment que leur foi est primordiale n’a pas à venir après le pouvoir de l’argent. Komamura est de ces derniers et sa rivalité avec Shiba atteindra un sommet tragique.

Entre les deux, Kazuo balance. Sans trop révéler certaines surprises de l’histoire, il prendra son rôle très au sérieux, à tel point que son statut de leader ira bien au-delà des espérances de Shiba. Mais la fin du film n’offrira pas de réponses claires sur ce qui motive Kazuo et chacun sera libre de voir en lui un gourou sincère (cela paraît oxymorique dit comme cela mais bon, imaginez quand même) ou un simple escroc.

Kazuo qui travaille (ici en train de se faire passer pour un handicapé)…

… Kazuo qui se repose.

Dans tous les cas, il aura été étonnant de voir comment ces sectes pouvaient avoir pignon sur rue et faire venir une foule comme à une réunion du Comiket. Après la tragédie de Aum,  j’imagine que cela a dû changer, du moins on l’espère. Sans être exceptionnel, le film est donc intéressant pour tous ces points, même si on pourra regretter que l’aspect satirique n’ait pas été porté plus loin. Voir Kazuo en bonne compagnie dans un soapland est une chose. Mais traiter le thème du dérapage sexuel à l’intérieur de la secte en est une autre. Il faut dire ici que parmi les membres de la secte il y a la jolie Tomoko (jouée par Aya Kokumai que Kitano engagea la même année pour Sonatine). Elle s’occupe de trimbaler  sa grand-mère en fauteuil roulant lors de leur mise en scène pour étonner les jobards. Lors d’une scène, une des femmes de la secte s’en prend à Shiba, l’accusant d’avoir fait quelque chose à Tomoko. Ce sera le seul moment où la manipulation sexuelle à l’intérieur de la secte sera évoquée, ou plutôt effleurée puisque l’histoire n’y reviendra pas, en tout cas pas vraiment. Quelques minutes plus tard on a bien une scène nous montrant un Komamura surpris pas Shiba en train de fricoter avec Tomoko a priori le plus naturellement du monde, sans que cela soit le signe d’une manipulation de la part de l’homme. La colère de Shiba qui lui fait la morale est alors autant le signe d’une volonté de discréditer un rival aux yeux des autres membres que d’une jalousie larvée à l’égard d’un type qui a su avoir les faveurs sexuelles de la plus jolie femme du groupe. Sans aller jusqu’à souhaiter un traitement de cette thématique façon roman porno, on se dit que le personnage de Tomoko, plus développé (son rôle se limite à un ou deux répliques) aurait permis d’accentuer la noirceur des têtes pensantes de la secte. Mais peut-être le but était-il aussi d’offrir un film relativement familial et en cela Kyōso tanjō, avec son cynisme sage, a plutôt atteint son but.

6,5/10

 

Petits fours, lettres mystérieuses et arsenic

The Three undelivered Letters
(Haitatsu sarenai santsu no tegami – 配達されない三通の手紙)
Yoshitarô Nomura – 1979

Noriko, la fille d’un banquier, a autrefois connu un grand malheur personnel. Alors qu’elle devait se marier avec Fujimura, un employé de la banque de son père, le jeune homme est parti la veille du mariage sans donner d’informations. Dévastée, Noriko est restée cloîtrée dans sa chambre durant trois ans. Mais tout change maintenant avec un appel contrit de Fujimura désirant tenter de bon l’aventure du mariage. Contre l’avis de son père, Noriko accepte la proposition et le couple semble filer le premier amour durant les premières semaines. Mais un jour, Keiko, sa sœur cadette et Bob, un lointain parent japano-américain venu au pays pour parfaire ses études, découvrent par hasard trois étranges lettres. Dans la première, datée du 11 août, l’auteur indique que sa femme est subitement tombée malade. Dans la deuxième, datée du 20 août, il écrit que sa femme est dans un état critique. La dernière, datée du 15 septembre, annonce sa mort. Problème : tout annonce que la femme en question est Noriko et que ces lettres ont été écrites par anticipation. Dès lors Ai et Bob vont surveiller la santé de Noriko ainsi que les agissements de son mari…

Petit à petit, on découvre un peu plus de la vaste filmographie de Nomura. Avec quasiment à chaque fois une constante, la recherche d’un lourd passé familial qui sera découvert à la toute fin du film. Si vous avez aimé L’Incident ou Le Château de sable, il n’y a aucune raison pour que vous boudiez votre plaisir même si The Three undelivered Letters n’atteint pas les hauteurs du Château de sable (et encore moins celles de l’Eté du démon -auquel il succède dans la filmographie de Nomura- en terme de valse des émotions). Adapté de Calamity Town d’Ellery Queen, il n’en reste pas moins intéressant à suivre à partir de la découverte des lettres.

Bonheur retrouvé de Noriko et Fujimura

L’enquête est menée exclusivement par le duo Keiko/Bob, jeunes gens qui alternent l’entretien du corps (pas ce que vous croyez, il y a juste pas mal de scènes où on les voit faire un footing ensemble) et celui de l’esprit (ça cogite sévère pour trouver la clé de l’énigme). Bob, qui a un regard étranger et plus neutre, photographe à ses heures perdues, est celui qui semble disposer du plus d’atouts pour accéder à la vérité. Keiko est quant à elle utile de par sa parfaite connaissance des diverses personnalités de sa famille. Dans leurs conversations, ils mettent à plat devant le spectateur tous les ressorts du problème qui tend d’ailleurs à devenir un peu plus compliqué avec l’arrivée de la sœur de Fujimura :

Le physique est avenant, la personnalité l’est moins. Sans-façon et assez peu sympathique, Tomoko semble entretenir une relation trouble avec son frère. Alors que ce dernier passe devant la salle de bain dans laquelle elle prend sa douche, la direction du regard de Fujimura paraît pour le moins surprenante pour un frangin…

(mais permet cependant au spectateur d’apprécier l’anatomie de Keiko Matsuzaka)

Quelle est leur relation ? Sont-ils vraiment frère et sœur ? Sont-ils complices ? Ou y en a-t-il seulement un des deux intéressé par la mort de Noriko, l’autre étant là pour l’empêcher dans son forfait ? Telles sont les questions qui occupent l’esprit du spectateur et celui de Bob/Keiko. Et la réponse urge car Noriko ne tarde pas à faire un premier malaise à cause d’une dose d’arsenic versé dans son verre…

Autant dire que le whodunit  a un aspect Cluedo. Ici ce n’est pas le fameux « qui a tué le colonel Moutarde dans le salon avec le chandelier ? » mais « qui verse à petites doses de l’arsenic de Noriko ? ». Le spectateur se prend gentiment au jeu, un peu comme il le ferait à la lecture d’un Agatha Christie, et j’avoue que je n’avais pas pressenti la résolution de l’énigme. Et comme le film est servi par un casting appréciable, avec Shin Saburi en « Otosama » sévère et magnanime, acceptant de redonner sa chance à Fujiwara, Komaki Kurihara en épousé humiliée mais toujours très amoureuse, et Keiko Matsuzaka en soeur dévergondée et malpolie, autant dire que les deux heures dix passent sans trop de problème, permettant de conclure une solide décennie pour Nomura.

7,5/10

 

Quand Kitano pleure à s’en tenir les côtes

Hiroshi Igarashi (Beat Takeshi) est un « talento » comique à succès sévissant à la TV japonaise. Sa femme l’a quitté pour l’Australie parce qu’elle trouvait qu’elle n’avait pas sa place dans cette vie entièrement tournée vers une vie médiatique frénétique. Hiroshi vit donc seul en compagnie de son fils, Ken, une dizaine d’années, enfant solitaire et mature, avec un goût prononcé pour la musique. Hiroshi ne se pose pas trop de question sur le fait que son fils est un peu livré à lui-même mais tout bascule le jour où on diagnostique à Ken une tumeur au cerveau inopérable…

哀しい気分でジョーク –Kanashii kibun de joke
Joke with a sorrowful heart
Takeshi Yoshida – 1982

On l’aura tout de suite compris, l’article du dimanche, quoique évoquant un film avec Beat Takeshi, ne sera guère drôle. Rien que le titre laisse supposer qu’il n’y aura pas de miracle, la fin sera forcément tragique. Joke with a Sorrowful Heart est de ces films qui traitent le sujet de l’enfant malade et qui forcément vous crispent un peu. Après, le film n’a rien d’épouvantable non plus, ce n’est pas, par exemple, Le petit prince a dit de Christine Pascal, film parfait pour plomber l’ambiance dans le cadre d’une diffusion en famille.

En fait, ce curieux film période « Beat Takeshi » avant que Kitano ne se décide à passer derrière la caméra, a bien plus de liens avec l’Été de Kikujiro qu’avec Le petit prince a dit. J’ai d’ailleurs inspecté un peu mes archives pour voir si Kitano citait ce film comme influence lorsqu’il a décidé de faire Kikujiro. Rien de probant je dois dire et pourtant il n’y aurait d’inconcevable d’imaginer que Kitano se soit rappelé ce film lorsqu’il a conçu l’histoire de Kikujiro.

D’abord parce qu’on y trouve la figure du père (réel dans Joke, de substitution dans Kikujiro) tendre et gaffeur, père qui dans chaque cas dispose d’une facette autobiographique. C’est évident pour Joke. A cette époque, Beat Takashi est une star du petit écran et le voir multiplier les facéties sur des plateaux donne tout de suite l’impression qu’il joue ici son propre rôle. Le film s’accompagne du reste d’un certain discours critique envers la moralité et les petites magouilles du métier, aspects très raccords avec Kitano quand on connaît l’esprit sarcastique du bonhomme. Dans Kikujiro, on le sait, son personnage était un hommage au propre père de Kitano, père maladroit qui passait son temps à gaspiller l’argent de la maison sur les champs de courses.

Père qui vrille sur les plateaux (séance de tarte à la crème qui dégénère), père qui vrille à la maison (il a mis sans s’en rendre compte un pyjama de son fils).

Autre point commun, l’opération de réenchantement du réel que va entreprendre le père pour faire oublier à l’enfant ses soucis. Dans Kikujiro, le vieux yakuza invente mille et un délires pour redonner le sourire à ce petit garçon replet et triste du fait de l’absence de sa mère. Dans Joke il s’agit de détourner l’attention de Ken du mal qui le ronge (précisons que le père cache soigneusement la réalité de sa maladie) mas aussi de rattraper le temps perdu. Conscient qu’il a sans doute été un père lamentable durant toutes ces années car souvent absent, il y a comme une frénésie de se rattraper, de montrer à Ken (et de se prouver à lui-même) qu’il est capable  d’être un bon père. On le devine, cela va se passer par une culture du mensonge qui n’a pas été sans me faire penser à La Vie est belle de Roberto Bénigni, à la différence que dans Joke la bouffonnerie mensongère y est sur un mode mineur (sans doute parce que Ken est un garçon intelligent auquel il sera plus difficile de faire avaler des couleuvres).

Partie de baseball dans un parc pour essayer d’intégrer Ken à un groupe d’enfants.

Enfin, il y a le voyage afin de retrouver la mère pour peut-être reconstituer le tissu familial (et là, on pense aussi bien à Kikujiro qu’au Petit prince a dit). Pour Ken et son père, il s’agira de se rendre carrément à Sidney, officiellement pour découvrir la vie autralienne, officieusement permettre à Ken de voir sa mère une dernière fois avant de mourir. La conclusion de ce voyage sera exactement la même que pour Kikujiro, c’est-à-dire cruelle, mais elle sera aussi finalement bénéfique car elle aura permis à Hiroshi et Ken de consolider leurs liens père-fils.

Une différence notable avec Kikujiro : en parallèle à la volonté de tout sacrifier pour son fils, Hiroshi doit aussi composer avec son métier qui bat de l’aile. Hiroshi a de moins en moins d’argent et va devoir accepter des compromis en acceptant des spectacles moins valorisants et pouvant porter atteinte à sa fierté en tant qu’artiste. Ce sera une difficulté de plus dans le moment difficile qui traverse : doit-il vraiment tout sacrifier, tout accepter pour gagner de l’argent ? Le grand écart est en tout cas vertigineux quand on le voit animer en costume de panda un concours de chœurs d’enfants alors que son fils vient de faire en coulisses un malaise et doit être amené d’urgence à l’hôpital.

Bref, si vous êtes curieux de la carrière de Kitano avant Violent Cop (pour rappel, son premier film en tant que réalisateur) et que vous avez adoré l’Été de Kikujiro, vous pouvez sans hésiter donner sa chance à Des plaisanteries voilées de larmes (titre français pour la sortie au Luxembourg). Quelques mois avant la sortie de Yasha dans lequel il campait un yakuza névrosé, Kitano montrait qu’il était capable de camper un personnage de père bouleversé et attachant, dans un film qui joue la carte de la lacrymalité somme toute avec mesure. On pourra tout au plus faire la fine bouche sur les cinq dernières minutes (je les ai personnellement trouvées un peu ratées, un peu gauches, presque de mauvais goût dans le traitement de la mort de Ken) mais le film reste tout de même une petite réussite dans son traitement d’un sujet Ô combien délicat.

7/10

 

Une belle-fille aux dents aiguisées

Afin de bien commencer la lecture du premier article pinku de l’année, je vous propose de le lire tout en écoutant cette chanson :

Pas de choix plus approprié en effet puisque Yôko Hatanaka est une de ces idoles qui ont succombé à un moment de leur carrière aux sirènes du roman porno pour varier les plaisirs (et gagner un peu plus de sous). Elle participa au film qui nous intéresse aujourd’hui en ne décrochant pas moins le rôle principal dans un des tout meilleurs roman porno de l’année 1980. Bon, genre je fais celui qui s’est maté les 68 roman porno de cette année pour dire cela, j’avoue humblement que je m’avance peut-être un peu. En tout cas, ce titre fait partie de ceux auxquels un minimum de soin a été apporté dans le script, le choix des actrices et leur interprétation, ce qui fait que le titre se regarde avec plaisir, voire intérêt, en particulier si on aime la cruauté car c’est un des plus tordus, des plus cruels – notamment dans sa conclusion – qui m’ait été donné de voir.

愛の白昼夢 (Ai no Hakuchûmu soit Rêves d’amour)

Kôyû Ohara – 1980

La cruauté apparaît de plusieurs manières dans le monde merveilleux du roman porno. On songe évidemment aux scènes de viol, aux meurtres (parfois) ou au bondage et son folklore. Si vous goûtez peu à ce dernier cas, je vous rassure tout de suite : Ai no hakuchumu ne mange pas de ce pain-là, et c’est tant mieux. Sa cruauté est plus subtile car incarnée par le joli minois rond de Hatanaka, alors âgée de 21 ans :

Une jolie petite gueule d’amour mais ne vous y fiez pas, cette fille-là, comme dirait l’autre, elle est terrible.

Voici en quelques mots l’histoire :

Yôko, apprentie peintre se destinant peut-être à faire les Beaux Arts, est inquiète : son papa, veuf célibataire plein de fric et qui aime à tringler de la gueuse intéressée sur son yacht, a décidé de reprendre sa vie en main et de s’assagir. Il projette de se marier avec Akiko (Yuki Kazamatsuri), bijin directrice d’une galerie d’art. Or, cela déplaît fortement à Yuko qui aimerait bien garder son papounet rien que pour elle et qui ne va pas forcément chercher à bien  accueillir sa nouvelle belle-mère…

Hatanaka est parfaite dans le rôle de Yuko. Son visage, son sourire, sa voix, tout concourt à donner à la minette le bon dieu sans confession. Face à la belle-doche, en apparence elle joue l’accalmie, avec des intonations et une manière de parler qui ne laisse jamais passer dans la voix un moment de défaillance, une irruption de colère. Ce qui n’est évidemment pas des plus rassurants, surtout lorsque l’on connaît la gueule de ses tableaux :

Dans une scène où elle montre la toile à son père, elle lui dit qu’il comprend sûrement l’interprétation que l’on peut faire de l’image. Alors que le film s’ouvre sur une fiesta à bord de son yacht (une d’une première partie de jambes en l’air pour monsieur, dans une cabine, avec une fraîche donzelle qui pourrait être sa fille), on pourrait penser que ce vieux requin (vieux car un peu édenté) n’est autre que le père qui passe son temps à croquer des bijins sur mer. Néanmoins, quand on voit la tournure que prend la relation entre Akiko et sa belle fille, on peut se demander si le requin ne serait pas plutôt cette dernière, ange gardien du père qui ne va pas hésiter à s’occuper des importunes voulant un peu trop se l’accaparer.

Le cheptel de poufs qui profitent bien du pognon du papa de Yoko.

D’autant que Yoko a l’air d’avoir un complexe d’Electre carabiné. Témoin cette scène au début dans laquelle Yoko aperçoit au dos du père un peu de sang (sortant de la fameuse cabine des plaisirs, il s’agit de griffures laissées par la pouf’ du jour). Aussitôt elle entreprend…

de lécher la plaie !

Plus tard elle explique à son père qu’il n’y pas besoin d’un remariage puisqu’elle pourrait parfaitement remplacer sa défunte maman. Gros yeux du père qui se dit qu’il y a au moins une chose pour laquelle ce serait tout de même un peu coton de la remplacer.

Mais cela ne convainc pas Yoko qui ne semble pas décidée à partager le père avec sa deuxième mère. Surtout que cette dernière est encore jeune (Yuki Kazamatsuri a alors 27 ans), belle, dinstinguée et cultivée bref, une concurrente plus sérieuse que les jeunes grognasses que s’envoie le père habituellement.

Vous avez été traumatisé par une horrible belle-mère ? Imaginez si vous aviez eu à la place Yuki Kazamatsuri !

Si Yoko Hatanaka est parfaite dans le rôle de la midinette bourgeoise perverse, Kazamatsuri l’est tout autant dans celui de cette belle-mère désireuse à la fois de se faire bien voir par la belle fille et de reprendre en main son éducation. Ce double aspect est visible dès la scène de leur rencontre. Sachant que Yoko est intéressé par l’art, elle lui offre un livre sur William Blake qui lui sera peut-être utile pour ses examens. Et comme le livre est en anglais, cela lui permettra en plus de travailler la langue. Moue ennuyée de Yoko qui ne sait pas si elle aura le temps de le lire. Mais Akiko insiste et lui tend fermement le livre, avec un regard qui ne souffre aucune contestation.

Ce sera le point de départ d’une relation orageuse dans laquelle Akiko alternera les moments de compréhension à ceux d’agacement, voire de colère.

Il faut dire que Yoko fait tout pour provoquer sa belle-mère. Acoquinée avec une bande de jeunes qui passent leur temps à baisotter et à se droguer sur la plage, elle se fait un jour épinglée par la maréchaussée venue faire un débarquement dans leur repaire :

Autant dire que dans ce repaire, c’est un peu la fête au slip (et au soutien-lolos)

Alors qu’Akiko vient la chercher au poste et qu’elles repartent à la maison, Yoko oblige sa belle-mère à prendre un jeune surfeur qui faisait de l’auto-stop. Elle va plus loin en l’invitant à crécher chez elle et, se sachant épiée par Akiko, elle rentrera sans façon dans la salle de bain pour donner une serviette au jeune homme qui a alors popol à l’air.

– Tiens ! c’est pour bien t’essuyer.

– Euh… Thank you !

Un peu plus tard, elle n’hésite pas à se rueur sur lui pour feindre une embrassade enfiévrée sur le plumard juste au moment où Akiko s’apprêt à entrer dans la chambre.

Doux Jésus !

Et ce n’est que le prélude à une multitude de tentatives pour tenter d’écoeurer et de faire fuir la concurrente.

Entre les deux, il y a le père qui ne voit rien, qui ne comprend rien et qui pue la vrille en fait. Manifestement papa gâteau du genre incapable d’éduquer fermement sa merdeuse (le genre mornifles dans le beignet accompagné d’un « tu fais ce que je dis et pas autre chose, OK ? », c’est clairement pas trop son truc), il remet les clés de l’éducation ferme à sa nouvelle épouse. Or, on comprend tout de suite qu’en dépit de sa bonne volonté, ce ne sera pas gagné avec ce petit scorpion de Yoko. Surtout, malgré ses belles paroles prônant dans sa vie l’accalmie, la raison, alors qu’il commence à prendre de l’âge, il ne peut s’empêcher de succomber non pas à l’appel de la mer mais à celui…

Des gros seins !

Les gros seins en question sont ceux de Kyoko Aoyama jouant le rôle de Keiko, grande amie de Yoko. Alors qu’elle a besoin d’argent (elle fréquente un garçon bien incapable de bosser sérieusement), Yoko lui propose tout simplement d’en demander à son père. Et pas besoin de le rembourser plus tard, il lui suffira tout simplement de lui offrir son jeune corps le temps d’une étreinte passionnée. Le père est d’abord offusqué par la proposition et menace de quitter la chambre d’hôtel dans laquelle Yoko a organisé le rendez-vous mais finalement, les flatteries de Yoko et la plastique de Keiko aidant, le papounet accomplit la besogne sans trop barguigner. Evidemment, Yoko en profite pour donner rendez-vous à sa belle-mère dans un resto dans les parages pour qu’elle tombe nez-à-nez avec son mari accompagné, bras dessus, bras dessous, avec une belette – ce qui arrivera.

Enfin, Yoko n’hésite pas à balancer au visage de sa belle-doche l’argument de la jeunesse. N’est-elle pathétique, la vieille, à faire la morale à une jeunette comme elle ? Et d’ailleurs qu’est-ce qu’elle peut bien comprendre aux jeunes ? Et pourquoi s’est-elle mariée avec un homme bien plus vieux qu’elle ? Ne serait-ce pas pour une sombre histoire d’argent ?

A tout cela Akiko répond par le mépris, arguant qu’il y a des choses qui se passent entre des adultes et que les enfants comme Yoko ne peuvent comprendre.

Là, Akiko touchera la morveuse qui a beau fréquenter des jeunes passant leur temps à baisoter entre deux portes…

(ou dans la moiteur d’une voiture sur un parking, comme Keiko et son copain)

… il s’avère en fait qu’elle est toujours vierge. Pour les fans de l’idole Yoko Hatanaka, ce sera évidemment l’espérance de voir leur chanteuse préférée dans le plus simple appareil, le temps d’une scène torride. Cela arrivera en compagnie du jeune surfeur qui permettra à Yoko de devenir femme c’est-à-dire de devenir un peu plus « mère » et donc de revenir à un pied d’égalité avec sa belle-mère.

Avant la fameuse scène, les amateurs de « bikini idols » auront la satisfaction de voir Hatanaka s’essayant aux joies du surf dans un joli bikini bleu.

S’ensuivra alors l’estocade finale pour régler définitivement le cas de la concurrente. Et là, je m’abstiens de donner le moindre indice sur les moyens mis en œuvre pour y parvenir. Je rappellerai juste le mot évoqué au début de l’article : cruauté.

Si vous êtes friands des roman porno présentant des situations triangulaires dramatiques et cruelles, dites-vous qu’avec Ai no Hakuchumu vous serez servis. La dernière confrontation entre Akiko et Yoko, dans la chambre de cette dernière, jouera la carte de la surprise traumatique. Une petite abjection qui donne tout de suite après d’écouter la bonne humeur des Beach Boys pour se laver l’esprit de ce cauchemar balnéaire.

7,5/10

Les joies du bini-bon avec Junko Mabuki

Toujours dans l’optique de poursuivre les sentiers explorés par The Naked Director, après Dynamite Graffiti, on enchaîne avec Zoom Up : the Beaver book girl, roman porno de 1981 :

Zûmu appu: Binîru-bon no onna ズームアップ ビニールほんの女  (soit Zoom sur la fille de revues olé olé !)

Le « bini bon », ceux qui ont vu The Naked Director se le rappellent sans doute, sont ces magazine érotiques qui dans les années 70 ont pullulé encore plus que des morpions dans les toisons pubiennes des pires gueuses de Kabukicho. Le film suit le travail très professionnel de Kimura, photographe mérité flanqué de son assistant Kôichi. Les deux vont photographier la capricieuse Mako mais aussi l’étudiante Yoshie dans des situations alternant le scabreux et l’acrobatique.

Période de Noël oblige, je tenais à ce que la Passion du Christ soit évoquée dans cet article.

Le problème est que l’on apprend qu’autrefois, alors qu’il était simple étudiant, Kimura était surnommé Gauguin. Non qu’il préférait alors le pinceau au reflex. En fait, le sobriquet célébrait son côté artiste du viol qui avait pour pouvoir de subjuguer ses victimes et de les rendre par la suite accro à sa personne. Une sorte de Hanzo the Razor bis si vous voulez. Et oui, pour filer la métaphore, on peut penser qu’il devait donner de vigoureux coups de pinceau sur la toile de chair qu’il avait à disposition.

Kimura est à droite. Pourquoi toutes ces bouteilles de bière sur la table ? La réponse se trouve dans un gif caché dans cette page.

Bref, lorsque déboule une femme mystérieuse prénommée Nami (prénom qui fleure bon l’œuvre de Takashi Ishii et c’est bien normal puisque l’histoire est tirée d’un de ses mangas), qui accepte de se faire prendre en photo dans les pires situations, et gratis encore ! on se dit que cette femme magnifique (ai-je dit qu’elle était jouée par Junko Mabuki ?) a peut-être à voir avec le sulfureux passé de Kimura.

Nami habillée (en cliquant sur la photo vous aurez la version définitivement moins poupée Barbie).

Comme pour Lesbians in uniform chroniqué la semaine dernière, Zoom up : binîru-bon no onna est un roman porno que l’on peut recommander. D’abord parce qu’il y a Junko Mabuki, alors dans la splendeur de ses 26 ans et dans les ultimes feux de sa carrière courte mais intense chez la Niquatsu. Intronisée « SM Queen » après le retrait de Naomi Tani, la bijin s’est pas mal employée sous l’égide de Dan Oniroku (qui a d’ailleurs une vie sexuelle avec elle très intense si l’on en croit son autobiographie Season of Infidelity: BDSM Tales from the Classic Master. Hé ! Les éditions Akatombo ! ce serait sympa d’avoir ce titre !).1981 est donc une année prolixe avec pas moins de sept films au compteur.

Dans Zoom Up, c’est peut de dire qu’elle sait capter les regards. Avec ou sans manteau de fourrure, avec ou sans ficelles de shibari, elle est une sorte de grande prêtresse du bini-bon qui renvoient illico à leur vie insignifiante Mako et Yoshie. Avec en prime ce plan fameux dans lequel elle en met (littéralement) plein la vue à Kimura en train de la photographier de face.

Bref, il y a Mabuki donc, mais il ne faut pas oublier les cinq autres personnages qui constituent une galerie croquignolette et permettant de passer sans ennui (toujours un risque avec les roman porno) les 65 minutes du film. Kumiko Hayano dans le rôle de Mako est d’une espièglerie aussi insupportable qu’amusante, Hikida, l’assistant de Kimura et amant de Mako, est un maladroit qui a bien du mal à garder la tête froide durant les shootings…

D’un autre côté, un shooting avec Junko Mabuki, je voudrais bien vous y voir aussi.

…tandis que Kawamoto, le propriétaire du magazine pour lequel travaille Kimura, est dans le rôle du gay en costard et aux mains très entreprenantes avec ses collègues mâles. Tout ce petit monde fonctionne, et associé aux apparitions aussi mystérieuses que bandatoires de Nami ainsi qu’une certaine imagination visuelle (mention spéciale au final dans un entrepôt désaffecté et poussiéreux !), il devient donc difficile de ne pas recommander ce titre qui – j’ai omis de le préciser – peut aussi être vu comme un hymne grandiose à l’ondinisme (actif ou passif, tout le monde a droit à sa rasade). Très rafraîchissant.

6,5/10

Les joies du tribadisme en sailor fuku

Rude soirée cinéma hier pour votre serviteur : en première partie de soirée, la brutalité avec Rambo : Last Blood (j’avoue faire partie de ceux qui ont kiffé le spectacle) et en deuxième la douceur avec un roman porno de 1983 :

セーラー服 百合族 / Sêrâ-fuku: Yurizoku (proposition de titre : les goungnotteuses du lycée)

Hiroyuki Nasu – 1983

A vrai dire c’est le genre de film que je préfère critiquer en période estivale, d’autant que l’histoire se passe dans une station balnéaire mais enfin, à force d’accumuler les journées avec un temps de merde, j’ai craqué et après le jeu de massacre à la fin de Rambo j’ai cédé à l’appel de la plage et des jolies filles aux doigt graciles et à la langue agile. Et je ne l’ai pas regretté. Comme les amateurs du genre le savent, le roman porno c’est souvent une chance sur deux de s’emmerder ferme mais là, impossible d’avoir une réserve, ce titre entre direct dans mon top 10 personnel. Pourquoi ? C’est ce que je vous propose de voir, mes maîtres. Donnez-moi votre main et projetons-nous ensemble dans la station balnéaire du film où je vais d’abord vous présenter les deux héroïnes du film, héroïnes que l’on voit ici gambadant avec insouciance, telles les Jeunes Filles en fleurs de Balbec :

♫ La, la, la schtroumpf la la ! ♫

Elles sont belles, joyeuses, et possèdent des capacités athlétiques permettant de faire des bonds d’un mètre :

Plus sérieusement, elles sont jouées par Kaoru Oda et Natsuko Yamamoto. L’une a alors 22 ans, l’autre juste 18 ans :

Images purement informatives, si si !

La plastique non entravée par les vêtements est sympathique, mais aussi le jeu d’actrice. Bon, n’attendez pas évidemment d’avoir du Lady Macbeth mais le duo d’amies (elles s’appellent Naomi et Miwako) fonctionne et apparaît souvent plein de fraîcheur. Naomi, jouée par Oda, est la plus âgée, la plus dégourdie des deux sur le plan sexuel. Avec son petit ami, Ippei, elle a déjà goûté au dépucelage et explore maintenant les joies du Kama Foutra avec son partenaire bogoss. Au grand dam de Miwako qui en pince depuis toujours pour son amie et qui n’en a pas grand chose à faire, de ces abrutis de mecs.

Abruti d’Ippei que l’on voit en train de faire sa bronzette tranquillou avec ses lunettes de soleil alors que bon, il y aurait peut-être ici mieux à faire…

Nous voilà donc en présence d’un trio amoureux classique, qui ne demande d’ailleurs qu’à se transformer en quatuor avec l’arrivée d’un abominable binocleux pervers, Kimio :

Que fait-il avec une télécommande sur un passage piéton aussi encombré que celui de Shibuya ? Il pilote un sac à roulettes télécommandé destiné à prendre des photos :

Vingt années plus tôt, c’est déjà Love Exposure !

Le petit pervers s’aperçoit un beau jour qu’il en pince pour Miwako et qu’il aimerait bien se déniaiser une bonne fois pour toutes avec elles. Bref, récapitulons :

Kimio aime Miwako qui aime Naomi qui aime Ippei (qui n’aime finalement que lui-même). Et pour être complet, il faudrait évoquer la grande sœur de Miwako (jouée par le splendide Kazuyo Ezaki), maîtresse d’un patron de restaurant, patron qui est d’un autre côté sollicité par une cougar (jouée par la sublime Asako Kurayoshi, décidément quel casting !) qui ne répugne pas non plus à déniaiser les petites oies comme Miwako.

Bref, vous l’aurez compris, en 70 minutes on a largement le temps d’être émoustillé avec tout plein de scènes belles et variées. Exploiter exclusivement la thématique du lesbianisme eût été par trop lassant, du coup Nasu alterne avec une régularité d’horloger homosexualité et hétérosexualité en combinant au maximum parmi sa réserve de personnages.

Autant vous dire que le mécanisme labio-buccal est constamment en action dans ce film !

Le tout avec un sens du cadre qui rend le spectacle là aussi très attrayant. Après avoir vu récemment un bien terne Zoom up : Graduation Photo (1983), cela m’a donné envie de voir un peu ce que Nasu propose d’autres dans sa filmographie (il faut dire aussi que je l’ai vu dans une belle copie HD alors que le Zoom up vient de chez Impulse, connu pour ses copies à la qualité limite VHS). C’est torride, imaginatif…

Du bon usage des lutins kitsch qui « décorent » une table de chevet.

… parfois brutal…

« Euh… che peux plus rechpirer là. »

… avec ici et là un zest de mauvais goût…

Ce plan, était-ce bien utile ?

… mais globalement le travail sur l’érotisme est de la belle ouvrage.

Et en cette période troublée par le #Metoo, on se dit en voyant ce film que les femmes auraient bien raison de se la jouer Lysistratas pour faire marron ces messieurs incapables de comprendre le sens du mot « douceur ». Signalons ici que le film peut être vu comme un brûlot violemment anti-sodomie. A voir si la suite tournée la même année et avec le même casting (Les gougnotteuses du lycée 2) permettra de combiner lesbianisme euphorique et hétérosexualité respectueuse. J’avoue qu’il me sera assez difficile d’attendre l’été pour aller vérifier cela.

7,5/10

Ce magazine porno, c’est de la dynamite

Dynamite Graffiti
(素敵なダイナマイトスキャンダル)
Masanori Tominaga – 2018

Si vous avez vu et apprécié sur Netflix le récent Naked Director et que vous avez hâte d’être déjà à la saison 2 annoncée pour 2020, peut-être aurez-vous intérêt à vous plonger dans ce Dynamite Graffiti à peu près sur la même thématique, à savoir la difficulté de diffuser de belles images érotiques/pornographiques, cette fois-ci durant les années 70 jusqu’au début des 80’s.

Comme pour Naked Director, le personnage principal trouve son modèle dans une personne bien réelle, Akira Suei, graphiste autodidacte qui a d’abord gagné sa vie en concevant des pancartes publicitaires pour des cabarets à Tokyo, avant de fonder différents magazine jusqu’au fameux Shashin Jidai, magazine culte ayant publié une pléthore de travaux d’Araki et de Daido Moriyama ainsi que des articles sur la culture underground de l’époque. A son acmé, le mag tirait à 350000 exemplaires, mais c’était sans compter sur la surveillance de la censure de la police qui ne voyait pas d’un bon œil toutes ces photos lubriques et ces articles truffé de termes malpolis tels que « moule », « dard », ou « millefeuille ».

Excellent Yutaka Matsushige jouant un des flics chargés d’éplucher ces torrides publications. Le mec est intransigeant, mais intérieurement, ça chauffe sévère comme en témoigne la buée sur les lunettes.

Le magazine a été subitement interdit en 1988 et Suei est connu depuis une carrière moins glorieuse, avec la direction d’un magazine consacré aux pachinkos (forcément moins sexy), la pratique du saxophone mais aussi – et surtout – l’écriture de quelques essais, notamment autobiographiques – le film prend sa source d’ailleurs de l’un d’eux.

Bref, vous l’aurez compris, un tel pedigree a de quoi éveiller l’attention, surtout si je vous dis que parmi le cast féminin se trouve la douce Atsuko Meada :

Ici en train de rendre heureux un éléphant (sic).

Las ! Les scènes dans lesquelles elles apparaît avec une tignasse so 80’s et d’énormes lunettes ont un bien faible potentiel érotique. Mais ce n’est pas grave, sans être non plus du même niveau qu’un pinku eiga concernant le nombre de scènes salées, le film sait en dispenser habilement quelques unes pour rendre efficace cette plongée dans le monde erotico-underground du Tokyo de l’époque.

Fabrication d’une grosse bite décorative pour un bar à hôtesses, happening arty dans la rue puis repos du guerrier dans un établissement avec des serveuses manustupratrices, ainsi va la vie de Suei.

 

C’est d’ailleurs là que Tominaga s’en sort le mieux, ce qui nous ferait regretter qu’il n’ait pas davantage exploité cette veine tout le long des 2H18. Le coup du scotch utilisée par les employées de Suei (vous verrez ce qu’elles en font) pour émoustiller des puceaux au téléphone est assez drôle, tout comme les quelques séances photos avec Araki. On a aussi droit à quelques montages avec des photos de planches contact et des extraits de Shashin jidai et d’autres mags, ou encore à des scènes de rencontre avec d’autres artistes de cul, comme cet homme spécialisé dans la fabrication de poupées grandeur nature et ultra réalistes.

 

Araki en pleine action. y’a pas, photographe est un bien beau métier.

L’effervescence créatrice de l’époque est donc assez bien rendue. Moins convaincante en revanche est la restitution de la personnalité de Suei. On ne reprochera rien à Tasuku Emoto qui est plutôt bon dans le rôle. C’est juste que l’évolution du personnage dans sa vie privée, de la disparition tragique de sa mère alors qu’il était enfant (elle s’est suicidé en… sa faisant sauter à la dynamite !) à sa relation avec sa femme (jouée par Maeda), est un peu brumeuse, pas toujours très intéressante. La deuxième scène où il se rend à l’atelier du fabricant de poupées érotiques en est un bon exemple. Quand il tient dans ces bras un nouveau modèle pas encore assemblé (il lui manque la tête) et qu’il suit éberlué les consignes du fabricant pour voir les nouveautés qu’il a imaginées (en gros, un moelleux mammaire plus vrai que nature et une restitution parfaite au niveau du toucher du trou d’amour avec dispositif envoyant du fluide en prime), on sent vaguement qu’il y a quelque chose d’intéressant dans cette scène. D’un côté Thanatos avec ce corps démembré rappelant sa mère, de l’autre Eros, mélange omniprésent dans la vie de Sui (qui ne cherche d’ailleurs nullement à cacher ce qui est arrivé à sa mère) qui explique pourquoi la tentation du cul s’est chez lui toujours accompagné d’une sorte de retrait, de maladresse vis-à-vis des femmes.

Mais cette révélation arrive un peu tardivement. Avant, il a fallu suivre des scènes conjugales avec le personnage de Maeda pas forcément intéressantes (tout comme celles avec le personnage de Fueko). Suei ne communicant peu sur ce qui le travaille (et étant sans doute incapable de le comprendre lui-même), c’est au spectateur de faire le boulot mais comme lesdites scènes encore une fois ne sont pas d’un grand intérêt, on peut passer à côté, attendant sagement les passages se consacrant au métier de Suei.

Dynamite Graffiti apparaît donc comme une demi-réussite. Mais encore une fois, pour qui aurait apprécié The Naked Director, c’est un moyen de prolonger le voyage en se plongeant cette fois-ci quelques années avant le boom des vidéos pornographiques. Et puis bon, rien que pour voir une incarnation d’Araki en plein taf, ça peut valoir le détour.

6,5/10

L’oiselle expatriée qui veut préserver son nid

Alors que j’étais dans les starting blocks pour me précipiter sur The Irishman dès qu’il sera disponible sur Netflix, petite surprise, la plateforme de streaming diffuse Eartquake Bird, film relatant les déboires amoureux (et peut-être meurtriers) d’une jeune expatriée habitant à Tokyo.

L’Oiseau-Tempête (Eartquake Bird)
Wash Westmoreland – 2019

Expatriée à Tokyo et exerçant le métier de traductrice, Lucy Fly est une jeune femme très discrète et dont la vie semble être faite sans histoires. Un jour cependant, elle rencontre Teiji, un séduisant photographe professionnel avec lequel elle ne tarde pas à avoir une liaison. Et tout cela se complique avec l’arrivée de Lily, une infirmière américaine qui tente sa chance au Japon en se faisant Barmaid. Un ami commun demande à Lucy d’aider Lily à s’intégrer dans la vie tokyoïte. D’abord réticente, Lucy s’exécute et finit petit à petit à entretenir un lien d’amitié avec l’Américaine qui est son alter ego en plus déluré et plus exubérant. Tellement délurée d’ailleurs, que sa manière de tourner autour de Teiji commence à inquiéter Lucy, voire à l’énerver. Jusqu’au jour où des policiers viennent chercher Lucy à son travail pour la questionner sur le cadavre d’une Américaine que l’on vient de trouver dans la baie de Tokyo. Lucy n’aurait-elle pas des choses précises à dire sur la question ?…

Réalisé par un inconnu (en tout cas pour moi), le film propose dans son casting Alicia Vikander (déjà aperçue dans l’excellent Ex Machina), Riley Keough (Mad Max Fury Road) ainsi que Naoki Kobayashi, acteur et J-pop idol. Ajoutons à cela que le film a été produit par Ridley Scott et que la musique a été confiée à Aticus Ross (qui s’est occupé des derniers film de Fincher) et vous comprendrez que ce film a tout de même de quoi éveiller l’attention. Jusqu’à présent je n’ai jamais été totalement convaincu par ces films Netflix confiés la plupart du temps à des seconds couteaux. Non que la réalisation fût dégueulasse mais il manquait souvent un je ne sais quoi faisant décoller le film.

Mais là, pour une fois, j’ai été dès les premières minutes sous le charme et j’ai eu tout le long du film l’impression d’assister à un long métrage intéressant dans son développement d’un triangle amoureux alternant intrigue principale (l’arrestation de Lucy) et flashbacks (relation du triangle amoureux avec Teiji et Lily).

J’ai été un peu circonspect au début par le choix d’Alicia Vikander. Trop posée, trop lisse, et puis on comprend que cela tient d’un personnage qui n’a pas livré toutes les clés de son vécu. D’apparence inoffensive, la jeune femme avoue un jour à son amant que la mort la suit toujours. Elle est finalement cet oiseau-tempête du titre, oiseau de mauvais augure qui annonce une catastrophe. De fait, alors qu’elle prend le thé un jour chez une de ses amies musiciennes (dans ses loisirs elle joue dans un quatuor à cordes), un décès malencontreux a lieu (une des membres fait une chute mortelle dans l’escalier de la maison), décès dont Lucy s’attribue volontiers la responsabilité. Et la cicatrice que remarque Teiji sur une de ses photos de Lucy n’est pas sans être perçue comme le signe d’un passé que l’on imagine douloureux, expliquant en tout cas pourquoi cette expatriée à choisi de vivre seule au Japon. Un oiseau fragile donc que cette Lucy mais dont les éruptions de colère, pour mesurée qu’elles soient, laissent planer le doute de manière convaincante sur une possible culpabilité quant au meurtre de Lily, cette femelle coucou qui veut lui prendre un nid qu’elle a patiemment constituée durant ses années d’expatriation.

Autre chose réussie : l’intégration du Japon. J’ai pu lire quelque part que le film souffrait du défaut habituel des films se passant au Japon et réalisés par des réalisateurs occidentaux qui ne pouvaient s’empêcher de montrer des aperçus de cartes postales du pays. Des cartes postales, on en a quelques unes, ici le mont Fuji, là un onsen et encore là un matsuri :

Remarquez, c’est un onsen mixte, ça change un peu.

Mais ces images d’Épinal ne sont pas gênantes en ce qu’elles sont d’abord peu nombreuses, ensuite cohérentes par rapport au fait qu’il s’agit de faire découvrir le Japon à une Américaine. Par ailleurs le côté lisse de ces scènes tranche étrangement avec ce qu’il se passe en filigrane, à savoir la constitution d’un triangle amoureux, avec une Lily et un Teiji qui semblent très bien s’entendre dans le dos de Lucy. Cela accompagné du fait que l’on sait que l’infirmière va y passer à un moment et que Lucy est un personnage pas totalement net, et on a tôt fait de se laisser prendre au climat moins anxiogène que mystérieux du film, climat accentué par la musique d’Atticus Ross dont les sonorités modernes et électroniques agissent comme une basse continue inquiétante dans la narration d’une histoire d’amitié qui se voudrait ordinaire.

Lily et Lucy, la blonde et la brune, la lumière et l’ombre, la joie de vivre et la retenue.

Lancinant et en même temps efficace, L’Oiseau-tempête, sans être non plus un chef-d’oeuvre, est un thriller bien fichu sans défaut majeur et avec un solide casting. Une bonne petite surprise en attendant la claque scorsésienne qui nous attend selon toute probabilité à la fin du mois.

7/10

♫ Dans la chaleur, de la nuit, le mokkori est toujours puni ♫

2018 et 2019 ont été fastes pour City Hunter puisque l’œuvre phare de Tsukasa Hojo a eu droit à rien moins que deux adaptations en long métrage, qui plus est visibles sur nos écrans.

Il y a d’abord eu l’année dernière le film de Philippe Larcheau, Nicky Larson et le parfum de Cupidon. Projet à la base hautement improbable et puant le nanar à plein nez. Malgré tout, le film a été ardemment défendu par des fans du manga original, fans dont on aurait pu penser qu’ils n’allaient pas se priver de cracher leur fiel sur une telle entrprise. C’est tout le contraire qui s’est produit tant ce film respirait le respect du manga dans son dosage particulier entre humour et action. Quand il est sorti en DVD j’y suis allé de ma tentative et j’ai bien compris ce qui a pu susciter cet engouement. Après, j’avoue aussi avoir été rapidement rebuté par ce que proposait Larcheau. Qu’il y ait une vulgarité dans City Hunter, vulgarité émanant surtout du caractère lubrique de Ryo Saeba est une chose, et j’ai même tendance à en raffoler. Mais qu’à cette vulgarité s’ajoute une fine couche de cette vulgarité gouailleuse émanant quasi systématiquement des comédies françaises actuelles, j’ai été tout de suite moins client. Du coup j’ai eu du mal à tomber dans un trip nostalgique même si, encore une fois, ce qu’a réalisé Larcheau m’a semblé honorable compte tenu du côté casse-gueule d’une tel projet.

Bref, entre la version live et la version anime, vous aurez compris quel camp j’ai choisi. Sorti cette année, City Hunter Shinjuku Private Eyes colle à une recette éprouvée qui ne décevra pas l’amateur.  Déjà, on trouve à la réalisation Kenji Kodama qui avait largement contribué à la réalisation d’une pléthore d’épisodes de la série originale ainsi qu’à celle de plusieurs OAV. Ensuite, comme Larcheau a pu le faire dans son film, on retrouve avec bonheur des morceaux de la B.O. originale donnant au film une atmosphère délicieusement 80’s. Inévitablement (mais le spectateur aurait été déçu si cela n’avait pas été le cas), c’est Get Wild qui conclut l’histoire.

Et les nostalgiques de la VF n’ont pas été oubliés puisque l’on retrouve dans le doublage Vincent Ropion et Danièle Drouet. C’était une des qualités de la série, son doublage parfois WTF (les fameux « faire bobo ») que d’aucun ont pu trouver contestables (surtout lorsqu’il avait tendance à édulcorer la crudité de certaines situations) mais qui collait pas si mal à l’atmosphère parfois à la Tex Avery  de l’univers de Hojo. Après, même si j’ai aimé autrefois ces voix, j’avoue maintenant qu’entendre les personnages s’appeler entre eux « Nicky », « Laura » ou « Hélène » a tendance à me gonfler un peu. Du coup j’ai opté pour le doublage japonais puisque les doubleurs originaux, Akira Kamiya et Kazue Ikura, ont su avec le temps conserver le timbre de leurs voix.

Concernant l’histoire, c’est comme d’hab’ une auguste bijin qu’il va falloir protéger des manigances d’un méchant.

L’auguste bijin en question en train de prendre sa douche (là aussi, un passage obligé de toute bonne histoire de City Hunter qui se respecte). Pas forcément très utile à la narration mais bon, ça ne mange pas de pain.

Ici, la gentille se nomme Marie Iitoyo, mannequin de son état, et le méchant Shinji Mikuni, ami d’enfance de Kaori et redoutable homme d’affaire œuvrant dans les cyber-technologies. On comprendra au milieu du film pourquoi un tel homme en veut à une telle bijin. Ce sera le début d’une longue (un peu trop à mon goût) séquence d’action dont l’originalité sera de conférer à l’univers de City Hunter une ambiance à la Appleseed (voir dernier article) mais aussi de permettre un cross-over inattendu avec l’aide des trois sœurs de Cat’s Eyes.

Dernière partie un peu longuette donc mais techniquement assez bien foutues. Avec une mention spéciale pour la variété et la précision des décors, notamment lors de la scène où Ryo se rend précipitamment à la Golden Gai :

La qualité des décors n’est pas totalement homogène, certains, très réalistes comme celui-ci, alternant avec d’autres plus rudimentaires. Mais dans l’ensemble le rendu est plus soigné qu’à l’accoutumé.

Quant à l’humour, bon, c’est du City Hunter quoi ! Le terme « mokkori » est prononcé un certain nombre de fois et les mutations libidineuse du personnage sont généreusement montrées à l’écran…

… tout comme les massues et les pièges « anti-mokkori » de Kaori. D’ailleurs un peu trop présents, les massues et les pièges. Et on a connu les scènes lubriques un peu plus corsées. Il faut croire que c’est dans l’air du temps, que #metoo est passé par là et qu’il a donc fallu brider un peu le harcèlement de notre nettoyeur baveux préféré (d’ailleurs on aperçoit à un moment sur l’une des massues de Kaori l’inscription « 2019 »).

Evidemment on pourrait penser c’est tout de même bien du réchauffé et j’avoue lors des premières minutes que je me suis demandé quel intérêt il pouvait y avoir à regarder tout cela. Et puis au bout d’un quart d’heure je me suis aperçu que je n’étais finalement pas si mal dans cet univers. Certes, ça tire un peu en longueur vers la fin. Mais difficile de ne pas succomber au charme de retrouver de vieux amis dans cet univers déconnant peuplés de mercenaires lourdement armés et de petites pépés euh… elles aussi bien armées. Pas révolutionnaire mais pour ceux qui n’ont pas été satisfait par le film de Larcheau, City Hunter : Shinjuku Private Eyes est la petite madeleine que l’on attendait.

7/10

Sushis, yeux bridés et pains dans la gueule

On l’avait vu il y a trois ans, Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park, sont des amateurs du Japon et n’hésitent par à tresser ses louanges à travers un épisode hommage aux kaiju eiga, ou à le critiquer, par exemple sur son goût pour massacrer les dauphins et les baleines.

Après, il ne s’agissait que d’une paire d’épisodes, et sur 23 saisons, on peut se douter que l’on peut encore dégoter des perles évoquant la culture japonaise. Ainsi l’épisode six de la quinzième saison intitulé « City Sushi », brillant épisode dans lequel il est question de guéguerre commerciale entre un restaurateur chinois (Tuong Lu Kim) qui voit arriver dans son voisinage un restaurant japonais (le City Sushi), de Butters qui a des troubles de la personnalité annonçant le film Split, mais aussi d’une excellente séquence finale parodiant la fin de Psychose.

On y évoque aussi et surtout ces amalgames stupides propres aux occidentaux (et peut-être exacerbés chez les Américains) consistant à confondre Chinois, Japonais, Coréens bref, tout ce qui a les yeux bridés et qui roule les –r. Tel client du City Sushi croit ainsi que la sauce teriyaki est chinoise tandis que le présentateur TV faisant un reportage sur l’arrivée du resto japonais juste à côté du chinois, participe évidemment de l’amalgame :

« … avec l’inauguration de ce nouveau restaurant chinois les habitants de la ville ont officiellement baptisé ce secteur devenu un Chinatown, « le petit Tokyo ». »

La situation de concurrence et la confusion des origines ont le don de rendre dingue Tuong Lu Kim. Ce qui est cocasse car je ne sais pas ce qu’il en est aux Etats-Unis mais en France, on sait combien les restaurateurs chinois profitent justement de l’amalgame pour monter des restaurants japonais dans lesquels on trouvera de bien tristes sushis, des ramen fades, des « sayonaras » visqueux glissés au moment de partir ou encore une politesse à géométrie variable trrrèèès éloignée des standards pratiqués au Japon. Expérience vécue récemment dans l’unique restaurant de ramen situé à côte du cimetière du Montparnasse. De grands « merci » et « au revoir » balancés à la famille de six personnes qui quittaient le restau. Pour moi, simple pauvre type n’ayant commandé qu’un bol à six euros, peau de zob’ ! On espère que les clients ordinaires n’amalgameront pas la politesse de ces gus avec celle que l’on trouve dans les vrais restaurants japonais. Bref, fermons la parenthèse.

Tuong Lu Kim devient fou de rage donc et décide de tout faire pour éliminer son concurrent, Junichi Takiyama, tout d’abord en débarquant chez lui pour une séance de bourre-pifs en règle :

Spectacle pitoyable mais hilarant, n’évoquant en rien une scène de baston dans un film de Bruce Lee (qui était par son père d’origine hong-kongaise et non chinoise, attention à l’amalgame !) ou dans un chanbara de Kenji Misumi.

Comme cela ne donne rien, Lu Kim va monter une opération pédagogique visant à expliquer aux enfants de South Park qu’il ne faut pas associer Chinois et Japonais. Ça commence mal car leur entrée en scène les montre faisant une chorégraphie ridicule rappelant évidemment celle de Gangnam Style de Psy… un Coréen (on n’en entend d’ailleurs plus parler, pas plus mal comme ça).

Et ça dérape définitivement au bout d’une minute quand Lu Kim présente les Japonais comme des habitants d’un minuscule pays, forcément désireux d’envahir le voisin chinois chez lequel il a d’ailleurs perpétré des viols et des crimes innombrables à l’époque du Nankin. Et de conclure : « La seule chose que Japonais mieux réussir que tuer les gens est se tuer eux-mêmes. », diagramme montrant les taux de suicide à l’appui :

Le tout avec force accent à couper au couteau en comparaison duquel celui de Michel Leeb contrefaisant le Chinois apparaît comme une aimable plaisanterie. Mais c’est South Park, c’est-à-dire un show connu pour une certaine férocité, et j’avoue avoir pouffé en entendant certaines punch lines rendues encore plus bouffonnes avec l’accent.

Après ce perfide coup bas, Lu Kim récidive en organisant une sorte de matsuri pour une réconciliation sino-nipponne tout en haut d’une tour qu’il a fait construire : la tour de la paix. Son but réel : balancer le Japonais du haut de la tour et faire croire à un suicide puisqu’il est de notoriété publique que les Japonais ont ça dans le sang, le suicide.

S’ensuivra un ultime rebondissement : on découvre que Lu Kim n’est pas un chinois mais un blanc américain, le docteur Janus, grand malade ayant de multiples personnalités ! Manière facétieuse d’évoquer la double personnalité de certains restaurateurs chinois, japonais en apparence, en réalité bien chinois ? chacun jugera. En tout cas cela aura pour effet de faire perdre la face à Junichi Takiyama qui décidera illico de sauter du haut de la tour !

Je vous laisse la surprise de découvrir l’ultime phrase qu’il aura le temps de crier dans sa chute. Attendez-vous juste à une ultime poilade avant le final avec Lu Kim parodiant Norman Bates, même si, concernant la lutte des stéréotypes ethniques, on comprend qu’aux Etats-Unis il y aura encore du pain sur la manaita mais cela, Parker et Stone en sont bien conscients. Même Takiyama, a priori au début la victime de la perfidie de son voisin chinois, y va à un moment de sa moquerie raciale en se gaussant…

des yeux bridés de Lu Kim !

Bref un excellent épisode (qui troue le cul, comme dirait Cartman) à découvrir d’urgence pour ceux qui ont Amazon ou Netflix, les plateformes de streaming ayant récemment acquis les droits de la série. D’ailleurs je vais vous laisser, j’ai la saison 19 sur le feu.

 

Le tueur, l’enfant et la toxico

Long est un redoutable tueur professionnel taïwanais. Il doit se rendre un jour au Japon pour exécuter un mafieux. Malheureusement, l’entreprise ne se passe pas comme prévu et blessé, dépouillé de son passeport, Long doit prendre son mal en patience avant de retourner à Taïwan. Se terrant en attendant des jours meilleurs dans un quartier désaffecté d’une petite ville, il fait la connaissance d’un jeune garçon qui le prend en sympathie. Mieux, des bonnes gens d’un quartier populaire à proximité décident d’aider cet homme mystérieux qui ne parlent pas leur langue mais qui sait concocter de merveilleux plats. A cela s’ajoute la mère du petit garçon, une prostituée toxicomane, qui refait surface et semble reprendre sa vie en main…

 

Mr. Long (ミスター・ロン)
Sabu – 2017

Je n’ai pas vu le précédent film de Sabu, Chasuke’s Journey, m’étant arrêté à son précédent Miss Zombie, et ayant découvert depuis Dead Run, sorti en 2005. C’est peut-être avec ce dernier que Mr Long a le plus d’accointances. On y retrouve cette vision d’un Japon pauvre et désaffecté, ce goût pour un héros maudit ayant du mal à s’extraire de son funeste passé, ainsi que la présence de bons samaritains qui vont aider le héros. Qui aura vu Dead Run, aura donc l’impression d’un air de déjà vu mais qui ne sera pas forcément préjudiciable puisque le film se démarque en empruntant une autre influence, celle des films de Kitano.

En effet, si le réalisateur de Sonatine désole par son absence depuis pas mal d’années (en espérant que cette absence ne soit pas définitive), on peut toujours se consoler en se disant que finalement, il y a eu Sabu pour combler un peu cette attente avec un film qui évoque aussi bien Sonatine que Hana Bi ou l’Eté de Kikujiro. D’abord à cause du personnage principal, ce Mr Long interprété par l’acteur chinois Chang Chen. Il est impitoyable, mutique, inexpressif, et fera aussi bien penser à nombre de personnages joués par Eastwood qu’aux personnages de flics et de yakuzas incarnés par Kitano. S’il n’est pas non plus invulnérable (l’homme sans nom d’Eastwood et les personnages de Kitano se prenaient eux aussi parfois des coups), il dégage une force qui, lorsqu’elle éclate, stupéfait par sa violence sèche et brutale. Le spectateur en aura d’ailleurs un aperçu dès la scène d’ouverture.

Après, ce n’est pas non plus un Golgo 13 tant il semble se détacher de ses activités de tueur. On retrouve ici l’errance ludique de Sonatine avec sa galerie de mafieux s’adonnant aux plaisirs des jeux de plage. Long n’ira pas à la plage mais au onsen avec sa nouvelle famille, le petit gamin, Jun, et sa maman en pleine rédemption, elle aussi déracinée (elle est chinoise) et indiscutablement la meilleure candidate pour une histoire d’amour que l’on espère pour ces trois personnages en quête d’heureuse stabilité. Dans le onsen, ils se baigneront, apprendront l’art de la poterie, mangeront de succulents plats, s’amuseront bref, prendront enfin le temps de vivre pleinement. Et hors du onsen, ce sera la même chose. La maman ex-pute et toxico, forcément un peu mise à l’écart, parviendra à créer un tissu social en fréquentant les excellentes gens qui ont pris Long sous leur coupe et qui ont incité ce dernier à utiliser ses talents culinaires sous la forme d’une échoppe de nouilles ambulante. Jun et sa maman seront de ses voyages dans la ville pour gagner sa vie, et y prendront plaisir. A cet instant Long n’est plus un tueur mais un marchand qui a été, dans un passé lointain, voire très lointain, un tueur.

Evidemment, comme pour Sonatine, le spectateur se doute que cet oubli de son passé n’est que momentané, que ce dernier refera surface à la fin dans un climax hyper-violent. Mais en attendant cela, le film baigne dans une sorte d’enchantement permanent qui n’est pas sans rappeler celui de L’Été de Kikujiro., en évoquant la relation entre l’ex-yakuza interprété par Kitano (Kikujiro) et l’enfant, Masao. Dans ce film, le vieux voyou était la tutelle magique qui, tout en menant le garçon à une révélation malheureuse (la découverte que sa mère a refait sa vie ailleurs), allait lui faire vivre un périple enchanteur fait de facéties, de jeux et de rencontres inoubliables. Dans le film de Sabu, Long comprend très vite la sinistre situation dans laquelle se trouve Jun, avec une mère aux abonnées absentes et camée jusqu’aux yeux. Contrairement à Kikujiro, il agira directement pour remettre la mère dans le droit chemin. Et s’il n’est pas aussi gouailleur que le personnage de Kitano, loin d’en faut, il possède un soupçon d’étrangeté comique (le T-shirt Perfume) qui le rend attirant aux yeux de l’enfant qui sera volontiers de l’aventure quand il s’agira de l’accompagner à des kilomètres avec son échoppe ambulante.

Mr Long en plein travail, sous le regard bienveillants, à gauche et à droite, de ses bons Samaritains.

Surtout, il y aura les rencontres qui vont permettre de compenser l’absence de chaleur de Long. Il s’agit de ce groupe de japonais, artisans ou ménagères, qui s’amourachent de cet étrange Taïwanais et qui font tout, absolument tout, pour l’aider à se remettre en selle. Il a besoin de nourriture pour préparer ses plats ? On lui apporte illico des kilos de viande ou de poisson. Il vit dans un taudis sans électricité ? Banco ! Tout le monde débarque pour faire des réparations, nettoyer et installer l’électricité, tout cela gratos. Ce ne sont pas les fées de La Belle au bois dormant ou la marraine de Cendrillon, mais ce n’est pas loin tant cette générosité paraît merveilleuse. Et pas de citrouille transformée en carrosse, mais une échoppe à roulettes qui va permettre à Long d’être le dieu de la nouille à l’endroit qu’il a choisi de se poster, juste à côté d’un temple, à des années lumières des rues dangereuses et néonisées de son Taïwan professionnel. Toujours en rapport avec Kikujiro, on retrouve aussi comme un écho avec la représentation théâtrale à laquelle participent ces personnes. Ils y interprètent des malfrats comiques, moyen de supplanter le réel tragique du trio (Long, Jun et sa mère), tout comme Masao, dans Kikujiro, revoyait en rêve toutes ses rencontres affublées de costumes de théâtre. Bref, les scènes avec ces excellentes gens agissent comme un baume salvateur dans les âmes de Long, de Jun, puis de sa mère, et vont donner lieu à de beaux passages dans lesquels Sabu parvient parfaitement à restituer d’un bonheur à la fois simple et hors du temps, comme lors de ce plan où la mère, après avoir terminé son sevrage, regarde tranquillement son enfant dormir :

Quant à Long, économisant chaque sou pour payer son retour à Taïwan prévu à une date précise, il préférera sauter le pas du bonheur familial du vendeur de nouilles même si, on l’a dit, le bonheur ne sera pas fait pour durer dans ce film. Après l’échec de Long lors de sa mission au Japon au début du film, on se doute que cet échec resurgira à un moment, comme on se doute que le maquereau qui a camé la mère de Jun reviendra lui aussi la persécuter.

A ce moment, on quittera L’Eté de Kikujiro pour revenir aux atmosphères de Sonatine et de Hana Bi, mais aussi à celles plus surréalistes des premiers films de Sabu. Ainsi la confrontation finale entre Long et tous les yakuzas, course improbable vers la boucherie qui m’a fait penser à tous ces héros de la filmo de Sabu qui se mettent à courir (Dead Run, Dangan Runner). Le film laissera au spectateur une ultime surprise. Certains ne l’ont pas aimé, la trouvant déplacée car très improbable, forcée. Mais ce serait oublier que le film avait déjà largement baigné dans une atmosphère improbable. Et là aussi, difficile de ne pas songer à un certain film de Kitano (ne disons pas lequel pour ménager la surprise). Sans doute un des tout meilleurs films de Sabu.

8/10

Directeur couil[censuré] et actrices poil[censuré] de la [censuré]

Des dramas sur Netflix se payant le luxe de proposer une VF, il ne doit pas y en avoir des masses. Après, on est d’accord, « luxe » est relatif tant on préférera opter pour la VO plutôt que d’écouter une version française calamiteuse mais enfin, que le dernier drama produit par Netflix, The Naked Director, montre que la célèbre plateforme croit en ce titre au point de lui donner une piste française ( même s’il est vrai que le sujet gentiment sulfureux est fait pour intriguer et rameuter des spectateurs qui ignorent sans doute jusqu’au terme de « drama »), cela mérite d’être souligné. 

Après, VF ou pas, peu importe et félicitons-nous d’avoir cette petite perle dont le sujet est de suivre l’évolution du porno japonais à travers les 80’s, en suivant la trajectoire du légendaire Toru Muranishi, aka l’empereur du porno, directeur/acteur emblématique et innovateur, producteur de 3000 vidéos et ayant connu dans sa vie 7000 femmes (c’est du moins ce qu’il prétend).

Comparativement à la série américaine The Deuce, série récente évoquant le boum du porno aux Etats-Unis dans les années 1970, le réalisme est moins brut, moins crapoteux. Mais le fond documentaire bien réel. Ainsi Muranashi a bien commencé comme vendeur d’encyclopédie en anglais. Quand on le voit jouer au début de la série sur une des premières bornes d’arcade Space Invaders (à l’époque le jeu fait un carton), c’est sans doute un clin d’œil au fait qu’il a par la suite vendu de ces bornes. De même, son réseau de librairies consacrées aux binibons (livres érotiques protégés par une enveloppe en plastique), ce n’est pas du flan, tout comme le fait qu’il en a ouverte une juste à côté d’un poste de police. Ajoutons encore l’arrestation alors qu’il est au sommet dans ses ventes de binibons, son arrestation à Hawai, sa rencontre avec Kaoru Koroki ou encore le fait qu’il s’est acheté une Rolls Royce alors qu’il était devenu richissime, tous ces faits feront comprendre le sérieux factuel de l’entreprise, même si tout cela est sûrement romancé pour les besoins de la fiction.

 

Toru Muranishi, le vrai

Au-delà de Muranishi, c’est l’arrière-plan pornographique propre au Japon que le spectateur néophyte découvrira. Et là aussi, il n’y a rien à redire. On commence donc par ces binibons que les érotomanes s’arrachaient et dont je suis sûr que les lycéens s’échinaient effectivement – comme une scène nous le montre – à essayer de virer les parties censurées en frottant frénétiquement avec leur doigts enduits de beurre. Puis arrivèrent les vidéos présentant d’abord des actes simulés puis, comme il fallait bien se mettre au diapason de la production mondiale pour ne pas paraître ringard, des actes réels, avec pour dénominateur commun entre ces deux façons de faire, une censure rigoureuse avec des zones floutées ou mosaïquées ne permettant pas de voir distinctement les organes génitaux. Avec on s’en doute une conséquence inéluctable sur la production en contrebande de vidéos non censurées, marché présenté comme aussi juteux que l’organe de travail d’une JAV idol. Avec le changement d’ère avec l’arrivée de l’ère Heisei en 1989, c’est un resserrement rigoriste qui saisit le Japon et cela aussi, The Naked Director l’évoque. Mais cela n’empêche pas la douce folie qui étreint le pays dans les 80’s, et le drama n’oublie pas certaines images d’épinale propre à cette époque, comme la fièvre du Julianna’s, cette discothèque tokyoïte mythique dans laquelle les clientes, souvent d’innocentes O.L. le jour, aimaient à se transformer en Juliana’s girls pour tortiller du valseur sur une scènesurélevée :

Encore une fois, si l’époque est montrée dans les grandes lignes, c’est bien fait et en donne une idée assez juste. Ajoutons à cela un casting irréprochable :

On retrouve avec bonheur Lily Franky qui joue ici un inspecteur trouble qui donnera du fil à retordre à Muranashi. Dans le rôle titre, Takayuki Yamada est vraiment exellent. Muranishi nous est présenté comme un homme parlant finalement assez peu, souvent mutique mais qui, lorsqu’il décide de l’ouvrir, que ce soit pour vendre des encyclopédies ou pour exciter, donner des consignes à une actrice lors d’un tournage, devient un moulin à paroles assez drôle. Et Yamada est franchement irrésistible quand il montre cette facette de son personnage. C’est un peu la même chose concernant sa muse, Kaoru Koroki, interprétée par Misato Morita. Kuroki était une jeune fille BCBG, apparemment surcouvée par une mère étouffante. Le monde du porno lui a permis de se libérer en campant un personnage d’actrice très cicciolinesque (Kuroki adorait l’actrice italienne), gérant parfaitement les médias avec son personnage de femme libérée gouailleuse et arborant volontiers ses aisselles non épilées :

Morita a bien su saisir la manière de parler de Kuroki lorsqu’elle fait son show. Quant à son tempérament lorsqu’elle se trouve en pleine action, j’avoue ne pas être allé vérifier en chopant des vidéos de ses exploits filmés par Muranashi (cela dit, pour les nostalgiques, j’ai vu que ça se trouvait assez facilement) mais le drama a sur ce point de quoi étonner aussi bien le néophyte en drama que l’amateur. Et c’est là que l’on peut remercier Netflix d’avoir initié ce projet car il est impensable d’imaginer une chaîne japonaise aller aussi loin en terme d’érotisme. Certes, il y a bien eu dans le passé des dramas tels que Shimokita Glory Days, Xenos ou Jyouou qui montrait bien ici et là quelques nibards. Mais franchement c’était devenu très rare depuis quelques années et c’est surtout loin, très loin de ce que propose The Naked Director. C’est souvent salé, et empreint d’une imagination visuelle délirante, en phase avec la personnalité de Muranishi. C’est sexy et drôle, à l’image du tournage de ce film racontant le détournement d’un bus de tourisme par un joueur de baseball enragé et dans lequel le personnage joué par Ami Tomite va devoir payer de sa personne (ou plutôt faire semblant de payer car l’épisode se situe à un moment où les rapports sont encore simulés) sur un terrain de baseball… alors même que des gamins sont en train de radiner pour leur entraînement ! Allez, pour être raccord avec le drama, enduisez vos doigts de beurre et frottez l’écran pour faire apparaître un gif !

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Ami Tomite jouant une actrice simulant le plaisir à recevoir un faux cuni… magique !

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Bref il n’y a pas tromperie sur la marchandise, le drama parle de porno et ne cherche pas à esquiver le sujet à coups d’ellipses. The Naked Director est chaud, bien documenté, drôle, enlevé et aussi un peu sombre, en particulier à la fin lorsque, le temps d’une scène, on devine que tout n’est pas rose non plus dans le monde de l’AV lorsqu’on peut avoir recours à l’esclavage sexuel le plus sordide. Peut-être d’ailleurs que ce serait l’unique défaut du drama, une sous-exploitation de cet aspect. Après, comme il s’agit de retranscrire l’hystérie consumériste des 80’s et l’ascension de la joyeuse bande de Muranishi, cette veine était sans doute moins utile. Mais en cas de deuxième saison – sur les années 90 cette fois-ci, la trajectoire de Muranashi étant loin d’être terminée – il y aurait une piste intéressante à suivre. 

En attendant peut-être cela, entrez dans la salle, approchez-vous au plus près de la salle pour admirer le spectacle de cette première saison :

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The Naked Director, pépite co-réalisée par Masaharu Take qui avait déjà signé l’excellent 100 yen love, vaut vraiment le détour.

8/10

Ma copine joue avec Zangief

Après la déconvenue Saint Seiya version Netflix, il convient de se laver les yeux avec un autre anime produit par la célèbre plateforme de streaming. Car en matière d’animation japonaise, tout n’est pas à jeter sur Netflix, loin s’en faut. Témoin, ce High Score Girl de Yoshiki Yamakawa, adaptation du manga (édité chez nous depuis peu) de Rensuke Oshikiri. L’histoire :

Haruo Yaguchi est un garçon qui ne sera jamais la star de sa classe. Peu sportif, pas très sociable, pas très travailleur non plus, il n’excelle que dans une seule chose : les jeux vidéo. Mettez-lui un paddle ou un joystick dans la pogne et le hi score a tôt fait de vaciller. Mais tout bouscule pour lui le jour où, alors qu’il lamine tout le monde sur Street Fighter II dans sa salle d’arcade préférée, il se fait lui-même défoncer par une mystérieuse adversaire, une gamine BCBG du même âge que lui, Akira Ono. Et la honte est d’autant plus grande qu’elle l’a battu avec… Zangief !

Dès cette scène inaugurale, l’anime m’a paru éminemment sympathique. Pensez ! Nous voilà plongés à la fin des 80’s, à une époque où les salles d’arcade fleurissaient et où l’on découvrait émerveillés SFII. Pour qui était ado à cette époque (et c’était mon cas), c’est l’assurance de replonger délicieusement dans une parenthèse enchantée. Certes, on ne va pas comparer non plus les salles françaises avec les japonaises, l’anime nous montre d’ailleurs des spécificités propres à ces dernières, comme l’habitude des joueurs de réserver une borne en posant directement sa pièce sur la borne ou encore les bornes placées l’une contre l’autre et permettant de faire des duels sans que les joueurs ne puissent se voir. Mais ces détails mis à part, l’anime parvient à nous rappeler la fièvre, l’excitation qu’il pouvait y avoir lorsque l’on pénétrait dans ce genre de lieu, que l’on y retrouvait ses jeux préférés où bien des nouveautés. On sent que l’auteur du manga a bien connu ces moments tant il se dégage de son histoire une authenticité certaine.

Techniquement, Yamakawa reprend l’utilisation d’Oshikiri de graphismes repris à différents jeux vidéo (ce qui n’a pas été pour le mangaka sans quelques déboires liés à des droits d’auteur, notamment avec SNK Playmore). Le réalisateur est allé puiser à la source, directement aux graphismes pixellisés des jeux réels qui sont évoqués dans l’histoire, pour les intégrer directement dans l’écran des bornes auxquelles jouent les personnages, voire carrément en plein écran, le tout avec les musiques et les bruitages d’origine. L’arcade comme on y était.

Mieux, comme Haruo n’a de cesse de vivre sa passion en continue, même quand il n’est pas en train de jouer, on a doit à des interventions de Guile (son perso fétiche dans SFII) qui agit auprès de lui comme une sorte de mentor pour l’aider à bien mener sa vie. Interventions qui ont la particularité de surgir à n’importe quel moment et d’être souvent bidonnante tant le sérieux de ce bad ass de Guile contraste avec les affres d’Haruo l’otaku. On voit Guile essentiellement mais bien d’autres lui emboîtent le pas. Un jour qu’il part à la recherche d’Akira qui a fugué chez elle (on a beau être BCBG, on peut en baver chez soi), il en vient à penser que la nuit arrive et que c’est l’heure où les hommes sont dans le centre ville pour faire la fête, pensée qui s’accompagne alors de cette image :

Tout cela fait que l’on baigne dans une pop culture vidéoludique de tous les instants, et cela n’a rien de saoulant tant c’est fait avec brio, avec un certain à propos comique. Ajoutons qu’en dehors des grands classiques (SFII, Final Fight, Mortal Kombat), l’histoire nous fait découvrir de ces jeux vidéo typiquement japonais, qui n’ont jamais pu franchir les frontières de leur pays, comme Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai sur NES (pardon, sur Famicom). Bref le pixel art 8bits nous saute à la gueule, et c’est ça qui est bon. En voyant High Score Girl, difficile de ne pas succomber à la tentation du retrogaming. En tout cas moi j’y suis retourné en remettant le nez dans mes émulateurs, notamment pour vérifier certains trucs, comme cette histoire de défoncer les objets du décor dans Final Fight de manière à avoir uniquement des bonus pour améliorer le score.

Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai

Après, dire que High Score Girl est un anime sur le retrogaming serait absurde puisque les personnages, eux, quand ils jouent à SFII ou découvrent Tekken, n’ont pas vraiment la sensation de faire du retrogaming. C’est l’autre point fort de la série, point fort qui fait que la série pourra plaire autant aux amateurs de retrogaming qu’aux joueurs quels qu’ils soient. Si ma connaissance des anime se déroulant dans l’univers des jeux vidéo est loin d’être parfaite, j’ai quand même l’intuition qu’High Score Girl est peut-êtrre un des tout meilleurs titres du genre (si ce n’est le meilleur) dans sa manière de retranscrire la passion qui peut animer un gamer ado. Joie d’avoie le dernier numéro de son magazine de jeu vidéo favori, joie de jouer à un jeu tant attendu, fantasme de jouer à un titre appartenant à une console qui n’a pas, joie des échanges de jeux entre amis, joie de jouer seul mais aussi à deux, joie tout court d’avoir cette passionn autant d’aspects que je n’avais pas retrouvé par exemple dans certaines scènes de Genshiken.

Enfin, la série aurait pu être lassante si elle s’était contentée de nous présenter un personnage de gamer enfoncé dans sa passion jusqu’à l’autisme. Or, Haruo est justement un personnage qui évolue. Les quinze épisodes vont nous le faire suivre jusqu’au lycée, en plus d’Akira il va rencontrer un autre personnage féminin en la personne de Hidaka et le duo Haruo-Akira va se transformer en un triangle amoureux à l’intérieur duquel le jeu vidéo aura une importance capitale. Un exemple parmi tant d’autres, le RPG fait maison que Haruo fait parvenir à une Akira au brod de la dépression. Apparemment, la Super Famicom possédait déjà une sorte de RPG Maker et Haruo décide de s’en saisir pour livrer à la jeune fille un moyen de la réconforter qui sonne aussi comme une déclaration d’amour inconsciente. On est bien face à un otaku avec ses obsession vidéo ludique, mais un otaku qui garde en lui une petite porte donnant accès à une certaine sociabilité et à une possible vie privée. Et c’est la même chose pour Akira et Hidaka, les deux high score girls de l’anime, qui n’ont de cesse de s disputer les meilleurs scores tout en se disputant la personne de ce tocard d’Haruo.

High Score Girl est véritablement une petite réussite. Une histoire d’amour fraîche baignant dans le pixel art, rafraîchissante et jamais cucul. On attend du coup impatiemment la saison deux qui ne devrait pas tarder (normalement courant automne).

Brûle ton inspiration, Seiji !

Il est certaines choses qui ne changent pas, et c’est tant mieux. Témoin Olrik the 3rd, 8 ans, qui découvre en ce moment Saint Seiya, je veux parler ici de la série TV originale. Et Olrik jr, 14 ans, qui l’avait déjà vue, lui emboîte volontiers le pas pour s’enquiller de nouveau l’intégralité des épisodes.

Et puis, voilà, on apprend que Netflix sort une nouvelle version de six épisodes. Mes gosses allaient-ils succomber aux sirènes de l’animation 3D ? Que non pas ! Ils commencent à regarder le premier épisode et le verdict est très vite tombé juste après cinq minutes :

OLRIK JR – Bon, on arrête ?

OLRIK THE 3RD – Ouais, c’est pourri.

Pas mal de monde est tombé à bras raccourci sur cet étron télévisuel et franchement, c’est largement mérité. Plaignons ceux qui tentent de se faire l’avocat du Grand Pope en tentant de minimiser et même en s’efforçant d’y trouver des points positifs, mais qui ne voient pas combien la série originale avait infiniment plus de souffle. Eh oui ! il ne suffit pas d’avoir une animation créée avec les derniers moyens informatiques (animation d’ailleurs à relativiser tant on a l’impression de voir des cinématiques de jeux vidéo) pour susciter l’intérêt. La série originale ne disposait que des moyens d’animation propres au canon des série TV de l’époque, c’est-à-dire une animation de fortune, avec peu d’images par seconde, mais le rythme d’enchaînement des plans, des situations, associé au développement d’une histoire sur plus d’une centaine d’épisodes, rendait le tout plaisant, voire captivant à suivre.

Et pas qu’à cause de l’opulente poitrine de Saori (si jamais une version live voyait le jour, il faudra songer à embaucher cette cosplayeuse).

Et puis, il y avait la musique. Les critiques de la série Netflix ont souvent oublié cet aspect, préférant pointer les incohérences scénaristiques ou le graphisme hideux. Mais la musique originale, merde ! La musique de cet homme :

Seiji Yokoyama (1935-2017)

Eh bien, je pose la question, qu’aurait été la série sans cette musique ? On peut ricaner ou sourire en coin quand on évoque Saint Seiya, car après tout on a le droit de trouver décidément bien ridicule cette histoire mêlant mythologie, combats épiques et signes astrologiques. Mais on ne peut reprocher à la série d’avoir manqué d’ambition concernant la bande originale, et finalement d’avoir fait preuve de respect vis-à-vis de son jeune public. On trouve cette B.O. rien moins que sur cinq CD (huit si on ajoute les B.O. des films), c’est dire si les différents réalisateurs de la série n’ont pas dû s’arracher les cheveux pour trouver un morceau accompagnant telle ou telle scène. Passages comiques, lyriques, dramatiques ou épiques, dozo ! il y a juste à piocher parmi les 70 morceaux et quelques concoctés par Yokoyama. 70 renvoie d’ailleurs aux pistes de ces CD. Or, comme certaines pistes sont parfois composés de plusieurs thèmes, il serait plus juste d’évoquer le chiffre de 100 thèmes pouvant être utilisés !

Un peu sous le charme du revisionnage de la série par les kids, je crois avoir à peu près tout réécouté ces derniers jours. Evidemment, se taper tout cela in extenso ne va pas sans avoir une impression de redite, certains thèmes semblant beaucoup se ressembler, comme ceux dans lesquels on entend la voix de cette bijin :

Kazuko Kawashima dont on entend la voix dans le thème de Hyoga ou dans celui intitulé Yume no naka ni :

Mais à côté de ces quelques effets de répétition, sans doute inévitables, ce qui frappe c’est la grande variété instrumentale. Evidemment, quand retentit le morceau peut-être le plus emblématique de la série, à savoir Tobe Pegasus ! (Vole ! Pégase !), on se dit que l’héroïsme de Seiya ne pouvait pas avoir de meilleure illustration sonore que ces nappes de cordes répondant à de rutilants cuivres. Mais l’utilisation d’instruments plus modernes comme la guitare électrique ou la batterie est totalement pertinente, accentuant cette impression d’un mouvement inarrêtable, un peu comme le galop de Pégase finalement.

A côté de la batterie, ajoutons à la liste des instruments utilisés par Yokoyama dans d’autres morceaux la guitare électrique mais aussi la basse, l’harmonica, le synthétiseur, la mandoline, la harpe, le piano, le xylophone, etc. Musicalement, Yokoyama semble avoir eu toute latitude pour enrichir ses compositions de tous les instruments possibles et imaginables.

Variété des instruments donc, mais aussi variété des ambiances sonores. Avoir que des thèmes épiques auraient été lassant et Yokoyama a donc largement illustré des moments plus intimes, parfois plus mélancoliques comme ce Hilda de Polaris, dans l’arc d’Asgard, censé retranscrire la solitude de la princesse d’Hilda ainsi que celle de son peuple vivant dans les territoires glacés d’Asgard :

Balmung no Tsurugi wo Motomete est quant à lui parfait pour retranscrire l’inquiétude des personnages ou un certain pathétique, quand le spectateur a l’impression que la situation est mal embarquée pour les héros.

On pourrait multiplier les exemples mais ce serait inutile. Comprenons juste que tout cela participe d’un enrobage sonore toujours pertinent, en parfait adéquation avec ce que l’on voir sur l’écran et qui fait oublier toutes les lacunes techniques liées au graphisme, à l’animation ou même à la réalité de ce que constituent les combats de ces héros en armure. Car il ne s’agit pas de combats de boxe en plusieurs rounds. Il s’agit le plus souvent de pulvériser son adversaire par le biais d’un coup spécial. S’il rate, on le retentera encore et encore jusqu’à ce que la puissance atteinte balaye l’adversaire du jour. En soi un combat peut-être très rapide mais comme il faut tenir la distance d’un épisode de 22 minutes, quelque fois 44 quand l’adversaire est coriace, il y a intérêt à tricoter avant le duel, pendant et après. Il faut faire durer le plaisir, créer des flashbacks ou des dialogues dans lesquels les adversaires prolonger la joute, le tout accompagné de musiques permettant de relancer l’attention du spectateur quand celle-ci viendrait à faiblir. J’ai ici en tête les notes qui retentissent souvent quand on pressent que le coup lancé par un des héros est un peu l’ultime chance pour remporter le combat. La dramaturgie est à son acmé, le cosmo brûle de ses derniers feux pour un quitte ou double qui sera mortel pour l’un des deux protagonistes. Il s’agit une nouvelle fois du morceau Tobe ! Pegasus ! mais cette fois-ci dans sa dernière partie (à 3’00 exactement) :

Je me souviens que lorsque j’étais gosse, j’avais toujours un petit frisson de plaisir quand retentissaient ces notes. De même pour celles d’Aratanaru seiun, morceau que l’on entendait en plein cliffhanger à la fin des épisodes d’Asgard :

On est là dans une sorte de suspense épique qui invariablement faisait rager quand on comprenait qu’il allait falloir attendre une semaine avant le prochain épisode. Avions-nous alors envie de connaître la fin d’un combat ou simplement de nous replonger dans une ambiance sonore aux accents wagnérien mais un Wagner pratiquant la batterie et les riffs de gratte électrique ? Sans doute un peu des deux. 

Dans tous les cas, Saint Seiya, c’est le bien. Et fuyez la version Netflix, malheureux !

 

Gainax n’aime pas les gazons soyeux

On continue à prospecter du côté des OAV crapoteuses des 80’s. Avec aujourd’hui, de nouveau une production adaptée d’un manga WTF, j’ai nommé Beat shot de Satoshi Ikezawa :

Un manga sur le golf. Si, si !

A ma connaissance Ikezawa n’a pas été encore publié chez nous. Son manga le plus célèbre est Circuit no ookami, manga de courses auto qui a eu son succès à la fin des années 70, chez Weekly Shonen Jump. Son Beat Shot a quant à lui été publié dans Weekly Playboy à partir de 1986 et comprendra tout de même 11 tomes tankobon. De quoi s’agit-il ? Vous avez vu la couverture, de golf bien sûr ! Mais attention ! Pas n’importe quel golf !

Suivez-moi les filles, je vais vous faire visiter les dix-huit trous du green. N’ayez pas peur, ça va bien se passer, hu ! hu !

Car oui, avec une publication dans Weekly Playboy, il y a des chances pour que le titre soit salé. Et un coup d’œil sur quelques planches du manga montre que l’histoire l’est amplement :

Sans doute un exercice pour améliorer la souplesse au poignet, toujours très important avant un backspin.

Pour faire simple, imaginez Ryo Saeba jouant au golf. Le personnage principal, Kyoichi Sasuga, est en effet un joueur de golf talentueux, doté d’un coup spécial qui a fait sa renommé, le « bite shot » pardon, le « beat shot ». Problème : véritable obsédé, il perd tous ses moyens dès qu’une loute sexy est dans les parages. Dans cette OAV de 1989, son concurrent, Akihiko Hanamatsuri, s’aperçoit de cette faiblesse (bien compréhensible) et demande à son amie Misako de l’exploiter.

On l’aura compris, on est très loin de la classe de Sean Connery dans Goldfinger et si vous pensiez compter sur ce titre pour en apprendre plus sur l’art feutré de la petite balle blanche, passez votre chemin. Mais si vous vous êtes toujours dit qu’il y avait quelque chose de sexuel dans ce club tendu que l’on serre fort avec les pognes, ce doux gazon au milieu duquel se trouve un trou que l’on va devoir pénétrer avec une balle spermatozoïde que l’on doit faire gicler très fort au premier coup, vous serez rassuré de voir que vous n’êtes pas un grand malade, un vieux mangaka (sans doute lui aussi un grand malade) y a pensé avant vous.

Personnellement ça ne m’avait jamais frappé mais après avoir vu ce genres de plans :

Il a bien fallu se rendre à l’évidence, le golf est un sport sexy, voire pornographique.

Ce qui explique pourquoi ce titre, directement sorti en VHS, n’a jamais eu les honneurs d’une réédition digne de ce nom. Car il faut vous dire ici que le producteur n’est pas n’importe lequel producteur. Si je vous dis Gunbuster, les Ailes d’Honnéamise, Evangelion, vous avez tout de suite saisi, il ne s’agit rien moins que de Gainax. Mais voilà, le studio aura beau se faire connaître par une certaine tendance au fan service, comme le titre est sorti sur le marché du hentai, et comme en plus il est très loin de ses standards en matière de qualité, le titre a quelque peu été banni, oublié, ne figurant plus dans la filmographie du studio.

Bref une vraie curiosité que ce Bite Shot. Vous pouvez tenter, ce n’est pas très long : juste 27 minutes de clubs turgescents et de petites culottes qui apparaissent malicieusement. Et d’autres choses aussi… tiens, faisons comme Gainax, cachons ce qui ne doit pas être vu…

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On voit ici Misako qui, pour reprendre une expression de Full Metal Jacket, est parfaitement capable de pomper une balle de golf à travers un tuyau d’arrosage.[/spoiler]

Car oui, vous vous doutez bien que le marché du hentai ne va pas se contenter de quelques pantsu, il lui fait du plus consistant. Le spectateur a doit à deux scènes de sexe dans lesquelles il entendra les voix mélodieuses de Manami Hayakawa et Yuko Maehara, glorieuses AV idols de l’époque. Bref, c’est de la balle (de golf) et si l’amateur de ce sport peut trouver qu’il y a tromperie sur la marchandise, que son beau sport n’est pas suffisamment traité, ce n’est pas totalement vrai non plus, du moins métaphoriquement parlant. Certains bunkers du corps féminin sont savamment creusés, Kyoichi sait alterner chips, coups roulés, slice et side spins à l’approche des trous, les fairways sont propres et tondus de près, les sweetspots bien détectés, et les trous bien complétés.

Plus sérieusement, Beat Shott!! a tout de l’OAV un peu daubesque dont on comprend pourquoi Gainax ne cherche pas à l’inclure dans sa liste officielle, mais il est certaines curiosités daubesques que l’on prend toujours plaisir à découvrir, et Beat Shot!! est de celles-ci. Bref, si un jour vous découvrez dans quelque obscure boutique d’Akihabara cette VHS :

Ruez-vous dessus et allez par la même occasion vous inscrire à l’uchippanashi du coin, pour voir si la réalité peut rejoindre la fiction. Sur ce, je vous laisse, j’ai un anime ecchi sur le snooker à mater.

Gare aux morpions, v’là Yoshio !

Petite envie dans les semaines à venir de se plonger dans des vieilleries anime made in 80’s et éventuellement 90’s. On commence avec une curiosité, Dokushin Apartment Dokudami-sou. Il est probable que vous connaissiez car ce titre, créé par le mangaka Takashi Fukutani, a été édité chez Le Lézard Noir sous le titre Le Vagabond de tokyo :

A ce qu’il semblerait, le titre édité chez nous correspond à 新・どくだみ荘 (Shin dokudami sō), la deuxième série réalisé avec son personnage de Yoshio Hori et comprenant 7 tomes dans l’édition originale. Or il existe une première série atteignant les 35 tomes et avec un graphisme moins abouti (du moins au début), 独身アパートどくだみ荘, soit Dokushin Apartment Dokudami-sou :

Le Lezard Noir a privilégié la quantité raisonnable et la qualité graphique mais on rêve un jour de voir publié la série fondatrice dans une collection bon marché (parce que les volumes luxueux à 23 balles, ça va deux secondes hein !).

Bref, pour revenir à l’animation, il se trouve qu’en 1989 et en 1990 sont sorties trois OAV en VHS :

des jaquettes qui envoient du rêve comme on les aime.

Mais de quoi donc parle Dokushin Apartment Dokudami-sou ? Ami lecteur, donne-moi ta main et suis moi, nous allons inspecter cela dans les moindres détails :

Mais je te préviens, tu vas avoir un peu chaud.

On l’aura compris à la vue des jaquettes, il ne faudra pas chercher dans ce titre de l’érotisme élégant. Mais ne croyez pas non plus que c’est du gros hentai qui tache. N’imaginez pas de loooongues scènes de gros plans de va-et-vient rébarbatifs et d’interminables dialogues ponctuées de « Ah ! », « Ie ! », « Yamete ! » et autre « Iku ! ». On est finalement dans du borderline hentai. Pour vous situer un peu plus l’affaire, il faut ici brosser le portrait de Yoshio.

C’est moi !

Marginal au chômage pas très ragoûtant, Yoshio n’est intéressé en gros que par deux choses : picoler et se faire éplucher le poireau. Véritable obsédé, il n’a de cesse de mater sans retenue les jolies filles qu’il croise et essayant de les rabouler (/labourer) dans sa piaule miteuse afin de se payer une bonne tranche. On pourrait croire que tout cela n’est que prétexte à justement montrer des scènes lubriques mais en fait pas tant que cela car Yoshio a le chic de tomber sur des donzelles qui compliquent ses beaux projets. Ainsi, dans la première histoire (UFO-chan), Yoshio rencontre une sublime jeune femme. Problème : déficiente mentalement, elle a l’intelligence d’une gamine de huit ans et ça coupe toutes les envies de Yoshio qui ne se sent pas non plus l’âme d’un pédophile.

Du coup Yoshio préfère se plonger dans la lecture de Guerre et Pénis.

Dans la deuxième histoire (Le Piège de la mort), il rencontre cette fois-ci une femme qui accepterait volontiers de se faire tringler par lui. Le souci est que ceux qui ont eu le plaisir de coucher avec elle sont tous morts dans la semaine qui a suivi. Dès lors que faire ? Tremper ou ne pas tremper son biscuit ?

Les météores de Yoshio vont-ils sortir ? Vas-y, brûle ton cosmos garçon !

Dans la troisième, alors qu’il par en randonnée avec deux potes, il tombe sur une femme sublime barbotant nue dans un étang. D’abord effarouchée, la bijin sympathise avec Yoshio, l’amène dans sa belle maison située non loin et passe une nuit torride avec lui. Le problème, c’est que…

Je vous laisse le soin de le découvrir par vous-mêmes.

Etc. On le voit, si les histoires sont tout de même prétexte à dévoiler de somptueux morceaux de chair fraîche, il y a surtout le souci de camper des situations cocasses. Finalement on est assez proche des gamineries d’un Ryo Saeba de City Hunter :

 à la différence que Yoshio franchit quand même le pas du simple reluquage de culotte :

Vous vous posez peut-être là cette question : quid du traitement des scènes de fesses ? Le gif ci-dessus vous en donne une idée. Avec Yoshio c’est moins la malbouffe que la malbaise. Mal rasé, en sueur, dégoulinant de morve bref à d’une hygiène suspecte, à l’image de son appartement jonché de détritus et de kleenex aux taches douteuses, on se demande en fait comment il fait pour s’offrir au moins une partie de jambes en l’air par épisode avec les somptueuses créatures qu’il rencontre. Car si lui n’est pas ragoûtant, ce n’est jamais le cas des personnages féminins qui ont toutes une plastique qui auraient donné envie à Saint-Antoine de se payer du bon temps dans un soapland :

Vade retro, bijinas !

D’une certaine manière cela fait penser un peu à certains roman porno où l’on peut avoir ce type de contraste. Sinon, comme évoqué plus haut, les scènes de cul sont relativement courtes et rudimentaires dans leur animation, optant souvent pour des plans fixes balayés par un mouvement panoramique à des animations chiadées. Quand il y a animation, c’est soit pour s’amuser de la lubricité de Yoshio d’une manière très Tex Avery :

Soit pour représenter certains gestes de manière métaphorique.  Une panne sexuelle ? Une aubergine. Une érection ? Une tige lumineuse. Le vit qui s’apprête à entrer là où il faut ? Une clochette shinto qui passe sous un tori. Une fellation ? Un gros machin noir entouré de lèvres baveuses.

Vous l’aurez deviné, on se marre bien lors des scènes de sexe de Dokushin Apartment Dokudami-sou. Et on se marre bien tout court puisque Yoshio excelle à se mettre dans des situations embarrassantes :

Ne me demandez pas comment il en est arrivé là, ce serait trop long à expliquer. En tout cas, c’est le dernier gif de l’article.

Ah ! À noter aussi la présence de guest stars puisque c’est dans le premier épisode que l’on découvre en la personne d’un clodo…

HAYAO MIYAZAKI ! BWAHAHAHA !

Dois-je continuer ? En vérité je vous sens déjà tout excités à l’idée de faire une recherche sur le net pour trouver ces trois OAV précieuses. Bon, je veux bien m’arrêter, sonner le début de la récré et vous laisser sortir de classe. N’oubliez pas, nous étudierons cet été d’autres perles de ce genre ! Sur ce, bon visionnage.

 

PS : pour info, une version live a été réalisée en 1988 par un certain Abe Hisaka. Le film a par la suite été sorti en VHS, jamais en DVD. Une rareté qui refera peut-être un jour sa réapparition via une copie numérique…

Miyazaki se dévergonde (un peu)

On l’a vu la dernière fois, Hayao Miyazaki s’est occupé personnellement de la réalisation de l’épisode 155 de la « part II » de Lupin the 3rd. Eh bien qu’on se le dise, il existe un autre épisode concocté par lui-même, il s’agit du 145 intitulé Shi no Tsubasa Albatross (Les Ailes de la Mort – Albatros), diffusé le 28 juillet 1980. Dès les premières scènes, on sent que ça va bien se passer :

Ça mitonne avec amour, ça possède bien plus de détails que le commun des épisodes et surtout c’est bien mieux animé. Bref on est en présence d’un perle du même niveau que l’épisode 155 et franchement très proche du long métrage lupinesque réalisé par Miyazaki l’année précédente, Le Château de Cagliostro. On y trouve d’ailleurs une sorte de clin d’oeil avec cette courte scène :

… qui est un copié-coller d’un passage de l’ouverture de Cagliostro.

Comme pour l’épisode 155, on y trouve des détails qui annoncent fortement la grande oeuvre à venir. Ainsi le méchant du film, le professeur Lonebach, dont le physique évoque fortement le vieux Kamaji dans Le Château de Chihiro ou le vieux mécanicien dans Le Château dans le Ciel :

Surtout, on y retrouve l’amour bien connu de Miyazaki pour les gigantesques machines, de préférence dotées d’ailes :

Le duel dans les airs entre Lupin, Jigen et Fujiko d’un côté, Lonebach et sa bande de l’autre, ne sera pas sans évoquer Porco Rosso

Fait assez rare pour être noté, les morceaux de Yuji Ohno seront délaissés par deux fois au profit des premières mesures du finale de la symphonie n°3 de Camille Saint-Saëns, rappelant combien Miyazaki est attaché à la culture européenne.

Déjà un beau programme donc, mais attendez, le meilleur est encore à venir. Car qui dit Lupin, dit normalement Fujiko, la garce bien-aimée de Lupin. C’était à mes yeux un des défauts de l’épisode 155 tant la belle n’apparaissait quasiment pas. Dans le 145, c’est tout l’inverse, il n’y en a quasiment que pour elle. Armée d’un fusil mitrailleur ou utilisant simplement ses délicats petons, elle est du début à la fin en mode Calamity Fujiko et c’est assez délicieux à voir :

Miyazaki semble avoir pris un soin particulier à animer le personnage qui m’a paru pour le coup bien plus intéressant que sa version dans Le Château de Cagliostro. Elle est dans cette épisode bien plus virevoltante, plus chipie :

… mais aussi plus séduisante :

… et diablement plus sexy. Et là, c’est tout de même la grande nouveauté dans un oeuvre réalisé par Miyazaki, pas forcément le plus connu pour y aller de sa petite polissonnerie. On le sait, Lupin the 3rd se doit d’être sexy, cela fait partie du cahier des charges instauré par Monkey Punch dans son manga original.  Cet aspect sexy avait été achoppé dans Cagliostro et n’apparaîtra pas dans l’épisode 155. Par contre, dans le 145, pardon ! c’est du Miyazaki en mode Gainax auquel en a affaire. Oubliée la vilaine combinaison militaire de Cagliostro, bienvenue les petites tenues et les mouvements permettant d’apprécier les formes et la taille de guêpe de Fujiko chan :

Bien plus, cet épisode est l’occasion d’apercevoir l’unique téton jamais représenté dans une oeuvre de Miyazaki :

C’est peu, et en même temps beaucoup pour le père de Totoro. Et que dire de ce plan ?

?!

Ce qui est drôle est que l’on peut admirer le derrière joufflu de Fujiko juste le temps d’une frame :

Oui, il faut avoir des yeux bioniques pour l’admirer.

Comme si Miyazaki avait été à la fois émoustillé et tout péteux, limité gêné de succomber aux affres du fan service qui fera plus tard la gloire de Gainax. Dommage que Miyazaki sensei ne se soit pas davantage vautré dans ce style graphique. J’avoue que voir la sublime Gina (dans Porco Rosso) en nuisette transparente aurait été un grand moment…

 

Lupin VS Nausicaa !

C’est ce qu’on appelle un bouquet final. Je veux parler du dernier épisode de l’ultime saison de Lupin the 3rd Part2, à savoir l’épisode 155. Ne cherchez pas dans votre mémoire puisqu’il n’a jamais été diffusé en France. La série, en effet, n’est jamais allée plus loin que 52 épisodes. Déjà pas mal pour découvrir les frasques du voleur insolent à la veste rouge ainsi que la silhouette pulmonnée de Fujiko (alias Magalie en VF).

Bon souvenir de cette Part2 même si techniquement et graphiquement, c’était, il faut bien le reconnaître, un peu pauvre. Mais certains épisodes sortent du lot lors de la dernière saison, notamment ce dernier intitulé さらば愛しきルパンよ  soit « Adieu mon Lupin bien aimé ». Tout un programme. Avec un tel titre, autant faire les choses en grand avant de remiser au placard le fameux personnage de Monkey Punch (qui nous a d’ailleurs quitté cette année). Pour cela, rien de mieux que de confier la réalisation de l’épisode au fameux Teruki Tsutomu. Comment ? Vous ne connaissez pas ? Mais si voyons, c’est ce type :

Hi guys !

Eh oui, il s’agit du pseudonyme de Miyazaki. Autant vous dire que le story board a dû être méchamment chiadé et que le résultat déborde trrès largement des attentes que l’on peut avoir pour un épisode de Lupin. Pour faire simple, c’est une petite merveille de 25 minutes qui annonce carrément la filmographie à venir de Miyazaki. Nous sommes le 6 octobre 1980, soit quatre ans la sortie de Nausicaa, mais déjà les images de son film devaient bien le tarauder car dès la première scène, le spectateur découvre ceci :

 

Et quelques minutes plus tard cette personne :

On écarquille les yeux, on se pince pour le croire : Nausicaa dans l’univers de Lupin ? Et en fait non, la jeune fille s’appelle Maki Oyamada et le robot qu’elle pilote Lambda. Mais qu’importe les noms, pour le spectateur qui connaît la filmo à venir de Miyazaki, il s’agit de Nausicaa et du Robot guerrier de Laputa. Sidérant pour un spectateur qui connaît la suite donc, mais sans doute aussi sidérant pour le petit spectateur japonais qui a découvert l’épisode en 1980. Je gage que plus d’un a été marqué au fer rouge par ce qu’il a vu car l’épisode, one more time, est bigrement bien réalisé, un vrai plaisir pour les yeux, sorte de condensé matricielle des longs métrages à venir de Miyazaki.

Ainsi la scène d’ouverture montrant l’arrivée du robot en pleine ville n’est pas sans rappeler l’arrivée de Kiki en ville.

On y retrouve aussi le plaisir évident de Miyazaki à gérer des scènes avec des engins volants :

Les décors de Lupin étaient souvent le maillon faible de la série, la plupart du temps d’un minimalisme et d’une pauvreté affligeantes. Rien de tel ici :

 

Enfin et surtout, il y a le dynamisme des scènes d’actions, dynamisme que l’on retrouvera deux ans plus tard dans la série Sherlock Holmes et qui sera une des marques de fabrique de Miyazaki dans ses films ultérieurs (comme Porco Rosso et ses ballets aériens). Au milieu de l’épisode on assiste médusé à une guérilla urbaine entre le robot Lambda et l’armée. Il y a des explosions, des mouvements de panique, c’est pas non plus Akira mais enfin, pour un épisode de série TV, c’est tout de même très impressionnant :

Avec en prime des visions d’apocalypse qui, là encore, ne sont pas sans rappeler Nausicaa :

Bref, n’en jetez plus ! Vous aurez compris que cet épisode est un must seen, un comble pour un épisode dans lequel Fujiko n’apparaît presque pas (assez cependant pour inspirer la journaliste April des Tortues Ninjas, c’est en tout cas ce que l’on raconte) ! Le genre d’épisode qui a dû éveiller certaines vocations auprès des gosses qui l’ont vu lors de sa diffusion. Il faudrait d’ailleurs demander leur avis aux concepteurs de Zelda BOTW. M’est avis que les fameux gardiens du jeu ne sont pas totalement étrangers à une certaine scène…