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♫ Dans la chaleur, de la nuit, le mokkori est toujours puni ♫

2018 et 2019 ont été fastes pour City Hunter puisque l’œuvre phare de Tsukasa Hojo a eu droit à rien moins que deux adaptations en long métrage, qui plus est visibles sur nos écrans.

Il y a d’abord eu l’année dernière le film de Philippe Larcheau, Nicky Larson et le parfum de Cupidon. Projet à la base hautement improbable et puant le nanar à plein nez. Malgré tout, le film a été ardemment défendu par des fans du manga original, fans dont on aurait pu penser qu’ils n’allaient pas se priver de cracher leur fiel sur une telle entrprise. C’est tout le contraire qui s’est produit tant ce film respirait le respect du manga dans son dosage particulier entre humour et action. Quand il est sorti en DVD j’y suis allé de ma tentative et j’ai bien compris ce qui a pu susciter cet engouement. Après, j’avoue aussi avoir été rapidement rebuté par ce que proposait Larcheau. Qu’il y ait une vulgarité dans City Hunter, vulgarité émanant surtout du caractère lubrique de Ryo Saeba est une chose, et j’ai même tendance à en raffoler. Mais qu’à cette vulgarité s’ajoute une fine couche de cette vulgarité gouailleuse émanant quasi systématiquement des comédies françaises actuelles, j’ai été tout de suite moins client. Du coup j’ai eu du mal à tomber dans un trip nostalgique même si, encore une fois, ce qu’a réalisé Larcheau m’a semblé honorable compte tenu du côté casse-gueule d’une tel projet.

Bref, entre la version live et la version anime, vous aurez compris quel camp j’ai choisi. Sorti cette année, City Hunter Shinjuku Private Eyes colle à une recette éprouvée qui ne décevra pas l’amateur.  Déjà, on trouve à la réalisation Kenji Kodama qui avait largement contribué à la réalisation d’une pléthore d’épisodes de la série originale ainsi qu’à celle de plusieurs OAV. Ensuite, comme Larcheau a pu le faire dans son film, on retrouve avec bonheur des morceaux de la B.O. originale donnant au film une atmosphère délicieusement 80’s. Inévitablement (mais le spectateur aurait été déçu si cela n’avait pas été le cas), c’est Get Wild qui conclut l’histoire.

Et les nostalgiques de la VF n’ont pas été oubliés puisque l’on retrouve dans le doublage Vincent Ropion et Danièle Drouet. C’était une des qualités de la série, son doublage parfois WTF (les fameux « faire bobo ») que d’aucun ont pu trouver contestables (surtout lorsqu’il avait tendance à édulcorer la crudité de certaines situations) mais qui collait pas si mal à l’atmosphère parfois à la Tex Avery  de l’univers de Hojo. Après, même si j’ai aimé autrefois ces voix, j’avoue maintenant qu’entendre les personnages s’appeler entre eux « Nicky », « Laura » ou « Hélène » a tendance à me gonfler un peu. Du coup j’ai opté pour le doublage japonais puisque les doubleurs originaux, Akira Kamiya et Kazue Ikura, ont su avec le temps conserver le timbre de leurs voix.

Concernant l’histoire, c’est comme d’hab’ une auguste bijin qu’il va falloir protéger des manigances d’un méchant.

L’auguste bijin en question en train de prendre sa douche (là aussi, un passage obligé de toute bonne histoire de City Hunter qui se respecte). Pas forcément très utile à la narration mais bon, ça ne mange pas de pain.

Ici, la gentille se nomme Marie Iitoyo, mannequin de son état, et le méchant Shinji Mikuni, ami d’enfance de Kaori et redoutable homme d’affaire œuvrant dans les cyber-technologies. On comprendra au milieu du film pourquoi un tel homme en veut à une telle bijin. Ce sera le début d’une longue (un peu trop à mon goût) séquence d’action dont l’originalité sera de conférer à l’univers de City Hunter une ambiance à la Appleseed (voir dernier article) mais aussi de permettre un cross-over inattendu avec l’aide des trois sœurs de Cat’s Eyes.

Dernière partie un peu longuette donc mais techniquement assez bien foutues. Avec une mention spéciale pour la variété et la précision des décors, notamment lors de la scène où Ryo se rend précipitamment à la Golden Gai :

La qualité des décors n’est pas totalement homogène, certains, très réalistes comme celui-ci, alternant avec d’autres plus rudimentaires. Mais dans l’ensemble le rendu est plus soigné qu’à l’accoutumé.

Quant à l’humour, bon, c’est du City Hunter quoi ! Le terme « mokkori » est prononcé un certain nombre de fois et les mutations libidineuse du personnage sont généreusement montrées à l’écran…

… tout comme les massues et les pièges « anti-mokkori » de Kaori. D’ailleurs un peu trop présents, les massues et les pièges. Et on a connu les scènes lubriques un peu plus corsées. Il faut croire que c’est dans l’air du temps, que #metoo est passé par là et qu’il a donc fallu brider un peu le harcèlement de notre nettoyeur baveux préféré (d’ailleurs on aperçoit à un moment sur l’une des massues de Kaori l’inscription « 2019 »).

Evidemment on pourrait penser c’est tout de même bien du réchauffé et j’avoue lors des premières minutes que je me suis demandé quel intérêt il pouvait y avoir à regarder tout cela. Et puis au bout d’un quart d’heure je me suis aperçu que je n’étais finalement pas si mal dans cet univers. Certes, ça tire un peu en longueur vers la fin. Mais difficile de ne pas succomber au charme de retrouver de vieux amis dans cet univers déconnant peuplés de mercenaires lourdement armés et de petites pépés euh… elles aussi bien armées. Pas révolutionnaire mais pour ceux qui n’ont pas été satisfait par le film de Larcheau, City Hunter : Shinjuku Private Eyes est la petite madeleine que l’on attendait.

7/10

Sushis, yeux bridés et pains dans la gueule

On l’avait vu il y a trois ans, Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park, sont des amateurs du Japon et n’hésitent par à tresser ses louanges à travers un épisode hommage aux kaiju eiga, ou à le critiquer, par exemple sur son goût pour massacrer les dauphins et les baleines.

Après, il ne s’agissait que d’une paire d’épisodes, et sur 23 saisons, on peut se douter que l’on peut encore dégoter des perles évoquant la culture japonaise. Ainsi l’épisode six de la quinzième saison intitulé « City Sushi », brillant épisode dans lequel il est question de guéguerre commerciale entre un restaurateur chinois (Tuong Lu Kim) qui voit arriver dans son voisinage un restaurant japonais (le City Sushi), de Butters qui a des troubles de la personnalité annonçant le film Split, mais aussi d’une excellente séquence finale parodiant la fin de Psychose.

On y évoque aussi et surtout ces amalgames stupides propres aux occidentaux (et peut-être exacerbés chez les Américains) consistant à confondre Chinois, Japonais, Coréens bref, tout ce qui a les yeux bridés et qui roule les –r. Tel client du City Sushi croit ainsi que la sauce teriyaki est chinoise tandis que le présentateur TV faisant un reportage sur l’arrivée du resto japonais juste à côté du chinois, participe évidemment de l’amalgame :

« … avec l’inauguration de ce nouveau restaurant chinois les habitants de la ville ont officiellement baptisé ce secteur devenu un Chinatown, « le petit Tokyo ». »

La situation de concurrence et la confusion des origines ont le don de rendre dingue Tuong Lu Kim. Ce qui est cocasse car je ne sais pas ce qu’il en est aux Etats-Unis mais en France, on sait combien les restaurateurs chinois profitent justement de l’amalgame pour monter des restaurants japonais dans lesquels on trouvera de bien tristes sushis, des ramen fades, des « sayonaras » visqueux glissés au moment de partir ou encore une politesse à géométrie variable trrrèèès éloignée des standards pratiqués au Japon. Expérience vécue récemment dans l’unique restaurant de ramen situé à côte du cimetière du Montparnasse. De grands « merci » et « au revoir » balancés à la famille de six personnes qui quittaient le restau. Pour moi, simple pauvre type n’ayant commandé qu’un bol à six euros, peau de zob’ ! On espère que les clients ordinaires n’amalgameront pas la politesse de ces gus avec celle que l’on trouve dans les vrais restaurants japonais. Bref, fermons la parenthèse.

Tuong Lu Kim devient fou de rage donc et décide de tout faire pour éliminer son concurrent, Junichi Takiyama, tout d’abord en débarquant chez lui pour une séance de bourre-pifs en règle :

Spectacle pitoyable mais hilarant, n’évoquant en rien une scène de baston dans un film de Bruce Lee (qui était par son père d’origine hong-kongaise et non chinoise, attention à l’amalgame !) ou dans un chanbara de Kenji Misumi.

Comme cela ne donne rien, Lu Kim va monter une opération pédagogique visant à expliquer aux enfants de South Park qu’il ne faut pas associer Chinois et Japonais. Ça commence mal car leur entrée en scène les montre faisant une chorégraphie ridicule rappelant évidemment celle de Gangnam Style de Psy… un Coréen (on n’en entend d’ailleurs plus parler, pas plus mal comme ça).

Et ça dérape définitivement au bout d’une minute quand Lu Kim présente les Japonais comme des habitants d’un minuscule pays, forcément désireux d’envahir le voisin chinois chez lequel il a d’ailleurs perpétré des viols et des crimes innombrables à l’époque du Nankin. Et de conclure : « La seule chose que Japonais mieux réussir que tuer les gens est se tuer eux-mêmes. », diagramme montrant les taux de suicide à l’appui :

Le tout avec force accent à couper au couteau en comparaison duquel celui de Michel Leeb contrefaisant le Chinois apparaît comme une aimable plaisanterie. Mais c’est South Park, c’est-à-dire un show connu pour une certaine férocité, et j’avoue avoir pouffé en entendant certaines punch lines rendues encore plus bouffonnes avec l’accent.

Après ce perfide coup bas, Lu Kim récidive en organisant une sorte de matsuri pour une réconciliation sino-nipponne tout en haut d’une tour qu’il a fait construire : la tour de la paix. Son but réel : balancer le Japonais du haut de la tour et faire croire à un suicide puisqu’il est de notoriété publique que les Japonais ont ça dans le sang, le suicide.

S’ensuivra un ultime rebondissement : on découvre que Lu Kim n’est pas un chinois mais un blanc américain, le docteur Janus, grand malade ayant de multiples personnalités ! Manière facétieuse d’évoquer la double personnalité de certains restaurateurs chinois, japonais en apparence, en réalité bien chinois ? chacun jugera. En tout cas cela aura pour effet de faire perdre la face à Junichi Takiyama qui décidera illico de sauter du haut de la tour !

Je vous laisse la surprise de découvrir l’ultime phrase qu’il aura le temps de crier dans sa chute. Attendez-vous juste à une ultime poilade avant le final avec Lu Kim parodiant Norman Bates, même si, concernant la lutte des stéréotypes ethniques, on comprend qu’aux Etats-Unis il y aura encore du pain sur la manaita mais cela, Parker et Stone en sont bien conscients. Même Takiyama, a priori au début la victime de la perfidie de son voisin chinois, y va à un moment de sa moquerie raciale en se gaussant…

des yeux bridés de Lu Kim !

Bref un excellent épisode (qui troue le cul, comme dirait Cartman) à découvrir d’urgence pour ceux qui ont Amazon ou Netflix, les plateformes de streaming ayant récemment acquis les droits de la série. D’ailleurs je vais vous laisser, j’ai la saison 19 sur le feu.

 

Ma copine joue avec Zangief

Après la déconvenue Saint Seiya version Netflix, il convient de se laver les yeux avec un autre anime produit par la célèbre plateforme de streaming. Car en matière d’animation japonaise, tout n’est pas à jeter sur Netflix, loin s’en faut. Témoin, ce High Score Girl de Yoshiki Yamakawa, adaptation du manga (édité chez nous depuis peu) de Rensuke Oshikiri. L’histoire :

Haruo Yaguchi est un garçon qui ne sera jamais la star de sa classe. Peu sportif, pas très sociable, pas très travailleur non plus, il n’excelle que dans une seule chose : les jeux vidéo. Mettez-lui un paddle ou un joystick dans la pogne et le hi score a tôt fait de vaciller. Mais tout bouscule pour lui le jour où, alors qu’il lamine tout le monde sur Street Fighter II dans sa salle d’arcade préférée, il se fait lui-même défoncer par une mystérieuse adversaire, une gamine BCBG du même âge que lui, Akira Ono. Et la honte est d’autant plus grande qu’elle l’a battu avec… Zangief !

Dès cette scène inaugurale, l’anime m’a paru éminemment sympathique. Pensez ! Nous voilà plongés à la fin des 80’s, à une époque où les salles d’arcade fleurissaient et où l’on découvrait émerveillés SFII. Pour qui était ado à cette époque (et c’était mon cas), c’est l’assurance de replonger délicieusement dans une parenthèse enchantée. Certes, on ne va pas comparer non plus les salles françaises avec les japonaises, l’anime nous montre d’ailleurs des spécificités propres à ces dernières, comme l’habitude des joueurs de réserver une borne en posant directement sa pièce sur la borne ou encore les bornes placées l’une contre l’autre et permettant de faire des duels sans que les joueurs ne puissent se voir. Mais ces détails mis à part, l’anime parvient à nous rappeler la fièvre, l’excitation qu’il pouvait y avoir lorsque l’on pénétrait dans ce genre de lieu, que l’on y retrouvait ses jeux préférés où bien des nouveautés. On sent que l’auteur du manga a bien connu ces moments tant il se dégage de son histoire une authenticité certaine.

Techniquement, Yamakawa reprend l’utilisation d’Oshikiri de graphismes repris à différents jeux vidéo (ce qui n’a pas été pour le mangaka sans quelques déboires liés à des droits d’auteur, notamment avec SNK Playmore). Le réalisateur est allé puiser à la source, directement aux graphismes pixellisés des jeux réels qui sont évoqués dans l’histoire, pour les intégrer directement dans l’écran des bornes auxquelles jouent les personnages, voire carrément en plein écran, le tout avec les musiques et les bruitages d’origine. L’arcade comme on y était.

Mieux, comme Haruo n’a de cesse de vivre sa passion en continue, même quand il n’est pas en train de jouer, on a doit à des interventions de Guile (son perso fétiche dans SFII) qui agit auprès de lui comme une sorte de mentor pour l’aider à bien mener sa vie. Interventions qui ont la particularité de surgir à n’importe quel moment et d’être souvent bidonnante tant le sérieux de ce bad ass de Guile contraste avec les affres d’Haruo l’otaku. On voit Guile essentiellement mais bien d’autres lui emboîtent le pas. Un jour qu’il part à la recherche d’Akira qui a fugué chez elle (on a beau être BCBG, on peut en baver chez soi), il en vient à penser que la nuit arrive et que c’est l’heure où les hommes sont dans le centre ville pour faire la fête, pensée qui s’accompagne alors de cette image :

Tout cela fait que l’on baigne dans une pop culture vidéoludique de tous les instants, et cela n’a rien de saoulant tant c’est fait avec brio, avec un certain à propos comique. Ajoutons qu’en dehors des grands classiques (SFII, Final Fight, Mortal Kombat), l’histoire nous fait découvrir de ces jeux vidéo typiquement japonais, qui n’ont jamais pu franchir les frontières de leur pays, comme Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai sur NES (pardon, sur Famicom). Bref le pixel art 8bits nous saute à la gueule, et c’est ça qui est bon. En voyant High Score Girl, difficile de ne pas succomber à la tentation du retrogaming. En tout cas moi j’y suis retourné en remettant le nez dans mes émulateurs, notamment pour vérifier certains trucs, comme cette histoire de défoncer les objets du décor dans Final Fight de manière à avoir uniquement des bonus pour améliorer le score.

Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai

Après, dire que High Score Girl est un anime sur le retrogaming serait absurde puisque les personnages, eux, quand ils jouent à SFII ou découvrent Tekken, n’ont pas vraiment la sensation de faire du retrogaming. C’est l’autre point fort de la série, point fort qui fait que la série pourra plaire autant aux amateurs de retrogaming qu’aux joueurs quels qu’ils soient. Si ma connaissance des anime se déroulant dans l’univers des jeux vidéo est loin d’être parfaite, j’ai quand même l’intuition qu’High Score Girl est peut-êtrre un des tout meilleurs titres du genre (si ce n’est le meilleur) dans sa manière de retranscrire la passion qui peut animer un gamer ado. Joie d’avoie le dernier numéro de son magazine de jeu vidéo favori, joie de jouer à un jeu tant attendu, fantasme de jouer à un titre appartenant à une console qui n’a pas, joie des échanges de jeux entre amis, joie de jouer seul mais aussi à deux, joie tout court d’avoir cette passionn autant d’aspects que je n’avais pas retrouvé par exemple dans certaines scènes de Genshiken.

Enfin, la série aurait pu être lassante si elle s’était contentée de nous présenter un personnage de gamer enfoncé dans sa passion jusqu’à l’autisme. Or, Haruo est justement un personnage qui évolue. Les quinze épisodes vont nous le faire suivre jusqu’au lycée, en plus d’Akira il va rencontrer un autre personnage féminin en la personne de Hidaka et le duo Haruo-Akira va se transformer en un triangle amoureux à l’intérieur duquel le jeu vidéo aura une importance capitale. Un exemple parmi tant d’autres, le RPG fait maison que Haruo fait parvenir à une Akira au brod de la dépression. Apparemment, la Super Famicom possédait déjà une sorte de RPG Maker et Haruo décide de s’en saisir pour livrer à la jeune fille un moyen de la réconforter qui sonne aussi comme une déclaration d’amour inconsciente. On est bien face à un otaku avec ses obsession vidéo ludique, mais un otaku qui garde en lui une petite porte donnant accès à une certaine sociabilité et à une possible vie privée. Et c’est la même chose pour Akira et Hidaka, les deux high score girls de l’anime, qui n’ont de cesse de s disputer les meilleurs scores tout en se disputant la personne de ce tocard d’Haruo.

High Score Girl est véritablement une petite réussite. Une histoire d’amour fraîche baignant dans le pixel art, rafraîchissante et jamais cucul. On attend du coup impatiemment la saison deux qui ne devrait pas tarder (normalement courant automne).

Brûle ton inspiration, Seiji !

Il est certaines choses qui ne changent pas, et c’est tant mieux. Témoin Olrik the 3rd, 8 ans, qui découvre en ce moment Saint Seiya, je veux parler ici de la série TV originale. Et Olrik jr, 14 ans, qui l’avait déjà vue, lui emboîte volontiers le pas pour s’enquiller de nouveau l’intégralité des épisodes.

Et puis, voilà, on apprend que Netflix sort une nouvelle version de six épisodes. Mes gosses allaient-ils succomber aux sirènes de l’animation 3D ? Que non pas ! Ils commencent à regarder le premier épisode et le verdict est très vite tombé juste après cinq minutes :

OLRIK JR – Bon, on arrête ?

OLRIK THE 3RD – Ouais, c’est pourri.

Pas mal de monde est tombé à bras raccourci sur cet étron télévisuel et franchement, c’est largement mérité. Plaignons ceux qui tentent de se faire l’avocat du Grand Pope en tentant de minimiser et même en s’efforçant d’y trouver des points positifs, mais qui ne voient pas combien la série originale avait infiniment plus de souffle. Eh oui ! il ne suffit pas d’avoir une animation créée avec les derniers moyens informatiques (animation d’ailleurs à relativiser tant on a l’impression de voir des cinématiques de jeux vidéo) pour susciter l’intérêt. La série originale ne disposait que des moyens d’animation propres au canon des série TV de l’époque, c’est-à-dire une animation de fortune, avec peu d’images par seconde, mais le rythme d’enchaînement des plans, des situations, associé au développement d’une histoire sur plus d’une centaine d’épisodes, rendait le tout plaisant, voire captivant à suivre.

Et pas qu’à cause de l’opulente poitrine de Saori (si jamais une version live voyait le jour, il faudra songer à embaucher cette cosplayeuse).

Et puis, il y avait la musique. Les critiques de la série Netflix ont souvent oublié cet aspect, préférant pointer les incohérences scénaristiques ou le graphisme hideux. Mais la musique originale, merde ! La musique de cet homme :

Seiji Yokoyama (1935-2017)

Eh bien, je pose la question, qu’aurait été la série sans cette musique ? On peut ricaner ou sourire en coin quand on évoque Saint Seiya, car après tout on a le droit de trouver décidément bien ridicule cette histoire mêlant mythologie, combats épiques et signes astrologiques. Mais on ne peut reprocher à la série d’avoir manqué d’ambition concernant la bande originale, et finalement d’avoir fait preuve de respect vis-à-vis de son jeune public. On trouve cette B.O. rien moins que sur cinq CD (huit si on ajoute les B.O. des films), c’est dire si les différents réalisateurs de la série n’ont pas dû s’arracher les cheveux pour trouver un morceau accompagnant telle ou telle scène. Passages comiques, lyriques, dramatiques ou épiques, dozo ! il y a juste à piocher parmi les 70 morceaux et quelques concoctés par Yokoyama. 70 renvoie d’ailleurs aux pistes de ces CD. Or, comme certaines pistes sont parfois composés de plusieurs thèmes, il serait plus juste d’évoquer le chiffre de 100 thèmes pouvant être utilisés !

Un peu sous le charme du revisionnage de la série par les kids, je crois avoir à peu près tout réécouté ces derniers jours. Evidemment, se taper tout cela in extenso ne va pas sans avoir une impression de redite, certains thèmes semblant beaucoup se ressembler, comme ceux dans lesquels on entend la voix de cette bijin :

Kazuko Kawashima dont on entend la voix dans le thème de Hyoga ou dans celui intitulé Yume no naka ni :

Mais à côté de ces quelques effets de répétition, sans doute inévitables, ce qui frappe c’est la grande variété instrumentale. Evidemment, quand retentit le morceau peut-être le plus emblématique de la série, à savoir Tobe Pegasus ! (Vole ! Pégase !), on se dit que l’héroïsme de Seiya ne pouvait pas avoir de meilleure illustration sonore que ces nappes de cordes répondant à de rutilants cuivres. Mais l’utilisation d’instruments plus modernes comme la guitare électrique ou la batterie est totalement pertinente, accentuant cette impression d’un mouvement inarrêtable, un peu comme le galop de Pégase finalement.

A côté de la batterie, ajoutons à la liste des instruments utilisés par Yokoyama dans d’autres morceaux la guitare électrique mais aussi la basse, l’harmonica, le synthétiseur, la mandoline, la harpe, le piano, le xylophone, etc. Musicalement, Yokoyama semble avoir eu toute latitude pour enrichir ses compositions de tous les instruments possibles et imaginables.

Variété des instruments donc, mais aussi variété des ambiances sonores. Avoir que des thèmes épiques auraient été lassant et Yokoyama a donc largement illustré des moments plus intimes, parfois plus mélancoliques comme ce Hilda de Polaris, dans l’arc d’Asgard, censé retranscrire la solitude de la princesse d’Hilda ainsi que celle de son peuple vivant dans les territoires glacés d’Asgard :

Balmung no Tsurugi wo Motomete est quant à lui parfait pour retranscrire l’inquiétude des personnages ou un certain pathétique, quand le spectateur a l’impression que la situation est mal embarquée pour les héros.

On pourrait multiplier les exemples mais ce serait inutile. Comprenons juste que tout cela participe d’un enrobage sonore toujours pertinent, en parfait adéquation avec ce que l’on voir sur l’écran et qui fait oublier toutes les lacunes techniques liées au graphisme, à l’animation ou même à la réalité de ce que constituent les combats de ces héros en armure. Car il ne s’agit pas de combats de boxe en plusieurs rounds. Il s’agit le plus souvent de pulvériser son adversaire par le biais d’un coup spécial. S’il rate, on le retentera encore et encore jusqu’à ce que la puissance atteinte balaye l’adversaire du jour. En soi un combat peut-être très rapide mais comme il faut tenir la distance d’un épisode de 22 minutes, quelque fois 44 quand l’adversaire est coriace, il y a intérêt à tricoter avant le duel, pendant et après. Il faut faire durer le plaisir, créer des flashbacks ou des dialogues dans lesquels les adversaires prolonger la joute, le tout accompagné de musiques permettant de relancer l’attention du spectateur quand celle-ci viendrait à faiblir. J’ai ici en tête les notes qui retentissent souvent quand on pressent que le coup lancé par un des héros est un peu l’ultime chance pour remporter le combat. La dramaturgie est à son acmé, le cosmo brûle de ses derniers feux pour un quitte ou double qui sera mortel pour l’un des deux protagonistes. Il s’agit une nouvelle fois du morceau Tobe ! Pegasus ! mais cette fois-ci dans sa dernière partie (à 3’00 exactement) :

Je me souviens que lorsque j’étais gosse, j’avais toujours un petit frisson de plaisir quand retentissaient ces notes. De même pour celles d’Aratanaru seiun, morceau que l’on entendait en plein cliffhanger à la fin des épisodes d’Asgard :

On est là dans une sorte de suspense épique qui invariablement faisait rager quand on comprenait qu’il allait falloir attendre une semaine avant le prochain épisode. Avions-nous alors envie de connaître la fin d’un combat ou simplement de nous replonger dans une ambiance sonore aux accents wagnérien mais un Wagner pratiquant la batterie et les riffs de gratte électrique ? Sans doute un peu des deux. 

Dans tous les cas, Saint Seiya, c’est le bien. Et fuyez la version Netflix, malheureux !

 

Gainax n’aime pas les gazons soyeux

On continue à prospecter du côté des OAV crapoteuses des 80’s. Avec aujourd’hui, de nouveau une production adaptée d’un manga WTF, j’ai nommé Beat shot de Satoshi Ikezawa :

Un manga sur le golf. Si, si !

A ma connaissance Ikezawa n’a pas été encore publié chez nous. Son manga le plus célèbre est Circuit no ookami, manga de courses auto qui a eu son succès à la fin des années 70, chez Weekly Shonen Jump. Son Beat Shot a quant à lui été publié dans Weekly Playboy à partir de 1986 et comprendra tout de même 11 tomes tankobon. De quoi s’agit-il ? Vous avez vu la couverture, de golf bien sûr ! Mais attention ! Pas n’importe quel golf !

Suivez-moi les filles, je vais vous faire visiter les dix-huit trous du green. N’ayez pas peur, ça va bien se passer, hu ! hu !

Car oui, avec une publication dans Weekly Playboy, il y a des chances pour que le titre soit salé. Et un coup d’œil sur quelques planches du manga montre que l’histoire l’est amplement :

Sans doute un exercice pour améliorer la souplesse au poignet, toujours très important avant un backspin.

Pour faire simple, imaginez Ryo Saeba jouant au golf. Le personnage principal, Kyoichi Sasuga, est en effet un joueur de golf talentueux, doté d’un coup spécial qui a fait sa renommé, le « bite shot » pardon, le « beat shot ». Problème : véritable obsédé, il perd tous ses moyens dès qu’une loute sexy est dans les parages. Dans cette OAV de 1989, son concurrent, Akihiko Hanamatsuri, s’aperçoit de cette faiblesse (bien compréhensible) et demande à son amie Misako de l’exploiter.

On l’aura compris, on est très loin de la classe de Sean Connery dans Goldfinger et si vous pensiez compter sur ce titre pour en apprendre plus sur l’art feutré de la petite balle blanche, passez votre chemin. Mais si vous vous êtes toujours dit qu’il y avait quelque chose de sexuel dans ce club tendu que l’on serre fort avec les pognes, ce doux gazon au milieu duquel se trouve un trou que l’on va devoir pénétrer avec une balle spermatozoïde que l’on doit faire gicler très fort au premier coup, vous serez rassuré de voir que vous n’êtes pas un grand malade, un vieux mangaka (sans doute lui aussi un grand malade) y a pensé avant vous.

Personnellement ça ne m’avait jamais frappé mais après avoir vu ce genres de plans :

Il a bien fallu se rendre à l’évidence, le golf est un sport sexy, voire pornographique.

Ce qui explique pourquoi ce titre, directement sorti en VHS, n’a jamais eu les honneurs d’une réédition digne de ce nom. Car il faut vous dire ici que le producteur n’est pas n’importe lequel producteur. Si je vous dis Gunbuster, les Ailes d’Honnéamise, Evangelion, vous avez tout de suite saisi, il ne s’agit rien moins que de Gainax. Mais voilà, le studio aura beau se faire connaître par une certaine tendance au fan service, comme le titre est sorti sur le marché du hentai, et comme en plus il est très loin de ses standards en matière de qualité, le titre a quelque peu été banni, oublié, ne figurant plus dans la filmographie du studio.

Bref une vraie curiosité que ce Bite Shot. Vous pouvez tenter, ce n’est pas très long : juste 27 minutes de clubs turgescents et de petites culottes qui apparaissent malicieusement. Et d’autres choses aussi… tiens, faisons comme Gainax, cachons ce qui ne doit pas être vu…

[spoiler]

On voit ici Misako qui, pour reprendre une expression de Full Metal Jacket, est parfaitement capable de pomper une balle de golf à travers un tuyau d’arrosage.[/spoiler]

Car oui, vous vous doutez bien que le marché du hentai ne va pas se contenter de quelques pantsu, il lui fait du plus consistant. Le spectateur a doit à deux scènes de sexe dans lesquelles il entendra les voix mélodieuses de Manami Hayakawa et Yuko Maehara, glorieuses AV idols de l’époque. Bref, c’est de la balle (de golf) et si l’amateur de ce sport peut trouver qu’il y a tromperie sur la marchandise, que son beau sport n’est pas suffisamment traité, ce n’est pas totalement vrai non plus, du moins métaphoriquement parlant. Certains bunkers du corps féminin sont savamment creusés, Kyoichi sait alterner chips, coups roulés, slice et side spins à l’approche des trous, les fairways sont propres et tondus de près, les sweetspots bien détectés, et les trous bien complétés.

Plus sérieusement, Beat Shott!! a tout de l’OAV un peu daubesque dont on comprend pourquoi Gainax ne cherche pas à l’inclure dans sa liste officielle, mais il est certaines curiosités daubesques que l’on prend toujours plaisir à découvrir, et Beat Shot!! est de celles-ci. Bref, si un jour vous découvrez dans quelque obscure boutique d’Akihabara cette VHS :

Ruez-vous dessus et allez par la même occasion vous inscrire à l’uchippanashi du coin, pour voir si la réalité peut rejoindre la fiction. Sur ce, je vous laisse, j’ai un anime ecchi sur le snooker à mater.

Gare aux morpions, v’là Yoshio !

Petite envie dans les semaines à venir de se plonger dans des vieilleries anime made in 80’s et éventuellement 90’s. On commence avec une curiosité, Dokushin Apartment Dokudami-sou. Il est probable que vous connaissiez car ce titre, créé par le mangaka Takashi Fukutani, a été édité chez Le Lézard Noir sous le titre Le Vagabond de tokyo :

A ce qu’il semblerait, le titre édité chez nous correspond à 新・どくだみ荘 (Shin dokudami sō), la deuxième série réalisé avec son personnage de Yoshio Hori et comprenant 7 tomes dans l’édition originale. Or il existe une première série atteignant les 35 tomes et avec un graphisme moins abouti (du moins au début), 独身アパートどくだみ荘, soit Dokushin Apartment Dokudami-sou :

Le Lezard Noir a privilégié la quantité raisonnable et la qualité graphique mais on rêve un jour de voir publié la série fondatrice dans une collection bon marché (parce que les volumes luxueux à 23 balles, ça va deux secondes hein !).

Bref, pour revenir à l’animation, il se trouve qu’en 1989 et en 1990 sont sorties trois OAV en VHS :

des jaquettes qui envoient du rêve comme on les aime.

Mais de quoi donc parle Dokushin Apartment Dokudami-sou ? Ami lecteur, donne-moi ta main et suis moi, nous allons inspecter cela dans les moindres détails :

Mais je te préviens, tu vas avoir un peu chaud.

On l’aura compris à la vue des jaquettes, il ne faudra pas chercher dans ce titre de l’érotisme élégant. Mais ne croyez pas non plus que c’est du gros hentai qui tache. N’imaginez pas de loooongues scènes de gros plans de va-et-vient rébarbatifs et d’interminables dialogues ponctuées de « Ah ! », « Ie ! », « Yamete ! » et autre « Iku ! ». On est finalement dans du borderline hentai. Pour vous situer un peu plus l’affaire, il faut ici brosser le portrait de Yoshio.

C’est moi !

Marginal au chômage pas très ragoûtant, Yoshio n’est intéressé en gros que par deux choses : picoler et se faire éplucher le poireau. Véritable obsédé, il n’a de cesse de mater sans retenue les jolies filles qu’il croise et essayant de les rabouler (/labourer) dans sa piaule miteuse afin de se payer une bonne tranche. On pourrait croire que tout cela n’est que prétexte à justement montrer des scènes lubriques mais en fait pas tant que cela car Yoshio a le chic de tomber sur des donzelles qui compliquent ses beaux projets. Ainsi, dans la première histoire (UFO-chan), Yoshio rencontre une sublime jeune femme. Problème : déficiente mentalement, elle a l’intelligence d’une gamine de huit ans et ça coupe toutes les envies de Yoshio qui ne se sent pas non plus l’âme d’un pédophile.

Du coup Yoshio préfère se plonger dans la lecture de Guerre et Pénis.

Dans la deuxième histoire (Le Piège de la mort), il rencontre cette fois-ci une femme qui accepterait volontiers de se faire tringler par lui. Le souci est que ceux qui ont eu le plaisir de coucher avec elle sont tous morts dans la semaine qui a suivi. Dès lors que faire ? Tremper ou ne pas tremper son biscuit ?

Les météores de Yoshio vont-ils sortir ? Vas-y, brûle ton cosmos garçon !

Dans la troisième, alors qu’il par en randonnée avec deux potes, il tombe sur une femme sublime barbotant nue dans un étang. D’abord effarouchée, la bijin sympathise avec Yoshio, l’amène dans sa belle maison située non loin et passe une nuit torride avec lui. Le problème, c’est que…

Je vous laisse le soin de le découvrir par vous-mêmes.

Etc. On le voit, si les histoires sont tout de même prétexte à dévoiler de somptueux morceaux de chair fraîche, il y a surtout le souci de camper des situations cocasses. Finalement on est assez proche des gamineries d’un Ryo Saeba de City Hunter :

 à la différence que Yoshio franchit quand même le pas du simple reluquage de culotte :

Vous vous posez peut-être là cette question : quid du traitement des scènes de fesses ? Le gif ci-dessus vous en donne une idée. Avec Yoshio c’est moins la malbouffe que la malbaise. Mal rasé, en sueur, dégoulinant de morve bref à d’une hygiène suspecte, à l’image de son appartement jonché de détritus et de kleenex aux taches douteuses, on se demande en fait comment il fait pour s’offrir au moins une partie de jambes en l’air par épisode avec les somptueuses créatures qu’il rencontre. Car si lui n’est pas ragoûtant, ce n’est jamais le cas des personnages féminins qui ont toutes une plastique qui auraient donné envie à Saint-Antoine de se payer du bon temps dans un soapland :

Vade retro, bijinas !

D’une certaine manière cela fait penser un peu à certains roman porno où l’on peut avoir ce type de contraste. Sinon, comme évoqué plus haut, les scènes de cul sont relativement courtes et rudimentaires dans leur animation, optant souvent pour des plans fixes balayés par un mouvement panoramique à des animations chiadées. Quand il y a animation, c’est soit pour s’amuser de la lubricité de Yoshio d’une manière très Tex Avery :

Soit pour représenter certains gestes de manière métaphorique.  Une panne sexuelle ? Une aubergine. Une érection ? Une tige lumineuse. Le vit qui s’apprête à entrer là où il faut ? Une clochette shinto qui passe sous un tori. Une fellation ? Un gros machin noir entouré de lèvres baveuses.

Vous l’aurez deviné, on se marre bien lors des scènes de sexe de Dokushin Apartment Dokudami-sou. Et on se marre bien tout court puisque Yoshio excelle à se mettre dans des situations embarrassantes :

Ne me demandez pas comment il en est arrivé là, ce serait trop long à expliquer. En tout cas, c’est le dernier gif de l’article.

Ah ! À noter aussi la présence de guest stars puisque c’est dans le premier épisode que l’on découvre en la personne d’un clodo…

HAYAO MIYAZAKI ! BWAHAHAHA !

Dois-je continuer ? En vérité je vous sens déjà tout excités à l’idée de faire une recherche sur le net pour trouver ces trois OAV précieuses. Bon, je veux bien m’arrêter, sonner le début de la récré et vous laisser sortir de classe. N’oubliez pas, nous étudierons cet été d’autres perles de ce genre ! Sur ce, bon visionnage.

 

PS : pour info, une version live a été réalisée en 1988 par un certain Abe Hisaka. Le film a par la suite été sorti en VHS, jamais en DVD. Une rareté qui refera peut-être un jour sa réapparition via une copie numérique…

Miyazaki se dévergonde (un peu)

On l’a vu la dernière fois, Hayao Miyazaki s’est occupé personnellement de la réalisation de l’épisode 155 de la « part II » de Lupin the 3rd. Eh bien qu’on se le dise, il existe un autre épisode concocté par lui-même, il s’agit du 145 intitulé Shi no Tsubasa Albatross (Les Ailes de la Mort – Albatros), diffusé le 28 juillet 1980. Dès les premières scènes, on sent que ça va bien se passer :

Ça mitonne avec amour, ça possède bien plus de détails que le commun des épisodes et surtout c’est bien mieux animé. Bref on est en présence d’un perle du même niveau que l’épisode 155 et franchement très proche du long métrage lupinesque réalisé par Miyazaki l’année précédente, Le Château de Cagliostro. On y trouve d’ailleurs une sorte de clin d’oeil avec cette courte scène :

… qui est un copié-coller d’un passage de l’ouverture de Cagliostro.

Comme pour l’épisode 155, on y trouve des détails qui annoncent fortement la grande oeuvre à venir. Ainsi le méchant du film, le professeur Lonebach, dont le physique évoque fortement le vieux Kamaji dans Le Château de Chihiro ou le vieux mécanicien dans Le Château dans le Ciel :

Surtout, on y retrouve l’amour bien connu de Miyazaki pour les gigantesques machines, de préférence dotées d’ailes :

Le duel dans les airs entre Lupin, Jigen et Fujiko d’un côté, Lonebach et sa bande de l’autre, ne sera pas sans évoquer Porco Rosso

Fait assez rare pour être noté, les morceaux de Yuji Ohno seront délaissés par deux fois au profit des premières mesures du finale de la symphonie n°3 de Camille Saint-Saëns, rappelant combien Miyazaki est attaché à la culture européenne.

Déjà un beau programme donc, mais attendez, le meilleur est encore à venir. Car qui dit Lupin, dit normalement Fujiko, la garce bien-aimée de Lupin. C’était à mes yeux un des défauts de l’épisode 155 tant la belle n’apparaissait quasiment pas. Dans le 145, c’est tout l’inverse, il n’y en a quasiment que pour elle. Armée d’un fusil mitrailleur ou utilisant simplement ses délicats petons, elle est du début à la fin en mode Calamity Fujiko et c’est assez délicieux à voir :

Miyazaki semble avoir pris un soin particulier à animer le personnage qui m’a paru pour le coup bien plus intéressant que sa version dans Le Château de Cagliostro. Elle est dans cette épisode bien plus virevoltante, plus chipie :

… mais aussi plus séduisante :

… et diablement plus sexy. Et là, c’est tout de même la grande nouveauté dans un oeuvre réalisé par Miyazaki, pas forcément le plus connu pour y aller de sa petite polissonnerie. On le sait, Lupin the 3rd se doit d’être sexy, cela fait partie du cahier des charges instauré par Monkey Punch dans son manga original.  Cet aspect sexy avait été achoppé dans Cagliostro et n’apparaîtra pas dans l’épisode 155. Par contre, dans le 145, pardon ! c’est du Miyazaki en mode Gainax auquel en a affaire. Oubliée la vilaine combinaison militaire de Cagliostro, bienvenue les petites tenues et les mouvements permettant d’apprécier les formes et la taille de guêpe de Fujiko chan :

Bien plus, cet épisode est l’occasion d’apercevoir l’unique téton jamais représenté dans une oeuvre de Miyazaki :

C’est peu, et en même temps beaucoup pour le père de Totoro. Et que dire de ce plan ?

?!

Ce qui est drôle est que l’on peut admirer le derrière joufflu de Fujiko juste le temps d’une frame :

Oui, il faut avoir des yeux bioniques pour l’admirer.

Comme si Miyazaki avait été à la fois émoustillé et tout péteux, limité gêné de succomber aux affres du fan service qui fera plus tard la gloire de Gainax. Dommage que Miyazaki sensei ne se soit pas davantage vautré dans ce style graphique. J’avoue que voir la sublime Gina (dans Porco Rosso) en nuisette transparente aurait été un grand moment…

 

Lupin VS Nausicaa !

C’est ce qu’on appelle un bouquet final. Je veux parler du dernier épisode de l’ultime saison de Lupin the 3rd Part2, à savoir l’épisode 155. Ne cherchez pas dans votre mémoire puisqu’il n’a jamais été diffusé en France. La série, en effet, n’est jamais allée plus loin que 52 épisodes. Déjà pas mal pour découvrir les frasques du voleur insolent à la veste rouge ainsi que la silhouette pulmonnée de Fujiko (alias Magalie en VF).

Bon souvenir de cette Part2 même si techniquement et graphiquement, c’était, il faut bien le reconnaître, un peu pauvre. Mais certains épisodes sortent du lot lors de la dernière saison, notamment ce dernier intitulé さらば愛しきルパンよ  soit « Adieu mon Lupin bien aimé ». Tout un programme. Avec un tel titre, autant faire les choses en grand avant de remiser au placard le fameux personnage de Monkey Punch (qui nous a d’ailleurs quitté cette année). Pour cela, rien de mieux que de confier la réalisation de l’épisode au fameux Teruki Tsutomu. Comment ? Vous ne connaissez pas ? Mais si voyons, c’est ce type :

Hi guys !

Eh oui, il s’agit du pseudonyme de Miyazaki. Autant vous dire que le story board a dû être méchamment chiadé et que le résultat déborde trrès largement des attentes que l’on peut avoir pour un épisode de Lupin. Pour faire simple, c’est une petite merveille de 25 minutes qui annonce carrément la filmographie à venir de Miyazaki. Nous sommes le 6 octobre 1980, soit quatre ans la sortie de Nausicaa, mais déjà les images de son film devaient bien le tarauder car dès la première scène, le spectateur découvre ceci :

 

Et quelques minutes plus tard cette personne :

On écarquille les yeux, on se pince pour le croire : Nausicaa dans l’univers de Lupin ? Et en fait non, la jeune fille s’appelle Maki Oyamada et le robot qu’elle pilote Lambda. Mais qu’importe les noms, pour le spectateur qui connaît la filmo à venir de Miyazaki, il s’agit de Nausicaa et du Robot guerrier de Laputa. Sidérant pour un spectateur qui connaît la suite donc, mais sans doute aussi sidérant pour le petit spectateur japonais qui a découvert l’épisode en 1980. Je gage que plus d’un a été marqué au fer rouge par ce qu’il a vu car l’épisode, one more time, est bigrement bien réalisé, un vrai plaisir pour les yeux, sorte de condensé matricielle des longs métrages à venir de Miyazaki.

Ainsi la scène d’ouverture montrant l’arrivée du robot en pleine ville n’est pas sans rappeler l’arrivée de Kiki en ville.

On y retrouve aussi le plaisir évident de Miyazaki à gérer des scènes avec des engins volants :

Les décors de Lupin étaient souvent le maillon faible de la série, la plupart du temps d’un minimalisme et d’une pauvreté affligeantes. Rien de tel ici :

 

Enfin et surtout, il y a le dynamisme des scènes d’actions, dynamisme que l’on retrouvera deux ans plus tard dans la série Sherlock Holmes et qui sera une des marques de fabrique de Miyazaki dans ses films ultérieurs (comme Porco Rosso et ses ballets aériens). Au milieu de l’épisode on assiste médusé à une guérilla urbaine entre le robot Lambda et l’armée. Il y a des explosions, des mouvements de panique, c’est pas non plus Akira mais enfin, pour un épisode de série TV, c’est tout de même très impressionnant :

Avec en prime des visions d’apocalypse qui, là encore, ne sont pas sans rappeler Nausicaa :

Bref, n’en jetez plus ! Vous aurez compris que cet épisode est un must seen, un comble pour un épisode dans lequel Fujiko n’apparaît presque pas (assez cependant pour inspirer la journaliste April des Tortues Ninjas, c’est en tout cas ce que l’on raconte) ! Le genre d’épisode qui a dû éveiller certaines vocations auprès des gosses qui l’ont vu lors de sa diffusion. Il faudrait d’ailleurs demander leur avis aux concepteurs de Zelda BOTW. M’est avis que les fameux gardiens du jeu ne sont pas totalement étrangers à une certaine scène…

 

Bijin de la semaine (56) : Kyoko Otonashi

Revoir Maison Ikkoku en VO lorsqu’on l’a découvert adolescent sous le titre insipide de « Juliette je t’aime » et avec l’atroce générique de Bernard Minet (nulle affection pour ce machin, certains l’ont, moi pas), c’est la promesse d’une authentique redécouverte avec pour fil conducteur ce mot, « seinen », mot qui l’époque de cette fin des 80’s ne disait rien aux téléspectateurs et que de toute façon ils ne risquaient pas de découvrir le caviardage de la série par AB productions.

Le magique deuxième générique de la série (Alone again, de Gilbert O’Sullivan). On est tout de suite un peu à un autre niveau que les Musclés.

Actuellement, à la Maison Oluriku, on se mate chaque soir, au moment du dîner un épisode en V.O., et je dois dire que c’est un pur délice. Je savais bien à quoi m’attendre, le visionnage de la VF m’avait tout de même marqué, comme nombre d’autre séries à l’époque, mais je ne pensais pas que ce serait aussi bon. D’abord grâce à cette plongée dans un Japon quotidien riche en détails. La forme d’une bouteille de whisky qui évoque une certaine bouteille de la marque Suntory, les trois notes de musique résonnant dans le quartier et évoquant le marchand ambulant de tofu, les conbinis et leur rayon magazines de charme, les enseignes des petites échoppes, les furin (clochettes) tintant grâce au vent… interminable serait la liste de tous ces objets, de tous ces moments appartenant au Japon et sans cesse renouvelés de par le rythme des journées et celui des saisons (que la série s’attache aussi à joliment retranscrire). Lorsqu’on tombe sur un épisode faible (ou en tout cas qui nous plait moins, le terme paraît un peu dur tant les épisodes offrent une qualité minimale dans leur histoire), c’est là un aspect qui permet de s’accrocher en dispensant un plaisir certain à se plonger dans un Japon modeste et contemporain, où la beuverie avec force verres de spiritueux typiquement japonais alternera avec une visite au temple ou une simple promenade dans le calme d’un quartier populaire à la fin de la journée.


Et puis il y a donc toutes les histoires égrenées tout le long de ces 96 épisodes à travers des personnages dès le début irrésistiblement sympathiques. Takahashi aurait pu se perdre en créant une multitude de personnages dans cette pension Ikkoku. Judicieusement, elle a opté pour une base limitée à six êtres (Kyoko Otonashi, Yusaku Godai, Hanae Ichinose et son fils, Yotsuya et Akemi Roppongi), permettant de les rendre extrêmement familiers au spectateur. On a assez vite un sentiment de promiscuité, une impression de connaître sur le bout des doigts ces personnages en faisant partie nous aussi de cette pension Ikkoku. Et pour éviter toute lassitude, Takahashi fait intervenir des personnages secondaires (le beau prof de tennis, la jeune Kozue amoureuse de Gyodai, les propres parents de Kyoko…) qui permettent de pimenter les rapports et les discussions du sextuor. Pendant 96 épisodes, c’est toujours pareil, et en même temps toujours différent. Et avec en ligne de mire l’éternelle question : Godai kun va-t-il réussir à faire renoncer Kyoko et son veuvage pour se marier avec lui ?

Et là, il faut reconnaître à la série une autre grande qualité, celle de ne pas avoir raté son personnage féminin principal. Surtout en VO car débarrassés de la voir de cruche en VF, on redécouvre là aussi le personnage de Kyoko à travers une approche plus seinen. Evidemment, on n’est pas au même niveau qu’une chronique amoureuse telle que Quand nous vivions ensemble de Kamimura ou du Club des divorcés (dont le personnage se prénomme d’ailleurs lui aussi Kyoko et doit faire face non pas à un veuvage mais à un divorce). Mais on retrouve dans Ikkoku chez tous ces personnages parfois un peu guignols des préoccupations totalement adultes. Il y a chez Takahashi un art du sous-entendu qui pourra passer inaperçu chez le jeune spectateur encore un peu candide mais qui fera les délices du spectateur plus âgé. C’est par exemple une grivoiserie de bon aloi dont j’imagine que les quelques scènes bien innocentes ont dû être coupées lors de leur diffusion en France. Ainsi le personnage de Kyoko est-elle gentiment sexualisé, accentuant le contraste entre cette femme cherchant perpétrer jusqu’à sa mort une dignité de femme dans son veuvage, et un corps d’une petite vingtaine d’années fait pour continuer à être désiré.

Oups !

Et puis, il y a la personnalité de Kyoko. Ou plutôt son petit caractère. Là aussi, je crois que la voix de la doubleuse française a pas mal contribué à me faire de Kyoko une image de potiche insipide. Or, Kyoko, c’est tout sauf ça. Si, comme Godai, on peut être aussi attentif à déceler une posture kawai ou sexy de Kyoko, on pourra aussi faire ses délices de certaines sautes d’humeur volcaniques que la jeune femme laisse parfois exploser ou manifestera dans une posture totalement sukeban style :

Aussi bien Kyoko ne pouvait qu’apparaître un jour dans cette série des « bijins de la semaine ». Aux midinettes, aux petites-amies pas toujours très intéressantes des héros des shonens, elle est le trait d’union, le chaînon manquant entre Bulma et une héroïne de Kamimura. Une femme encore adolescente dans ses réactions de fille unique et gâtée qui veut malgré tout faire sa propre vie, mais aussi une femme adulte, tout simplement, avec ses désirs et ses interrogations, rendue magiquement accessible et sympathique à un public aussi bien d’enfants et d’adolescents, garçons comme filles, et qui découvrent, de par l’art génial de dame Takahashi (1), une chronique amoureuse entre deux adultes, chronique attachante sans être cucul, profonde sans être ennuyeuse. Une perfection de série (et de manga) portée par une perfection de bijin.

(1) Au fait à quand un couronnement à Angoulême ? Après Otomo et Toriyama, un Grand Prix pour la grande mangaka n’aurait rien de scandaleux.

Meteor jam in your face !

Ah ! Le basket ! C’était le bon temps ! Les matchs en poussins qui chaque week-end nous envoyaient dans les gencives des 60-0 (oui, en section poussin, de tels scores sont possibles) ! La première victoire, miraculeuse, qui nous a presque fait chialer de joie sur le parquet ! Les années collèges qui m’ont fait changer d’équipe suite à un déménagement et connaître bien davantage la victoire ! Les entraînements du mercredi après-midi qui m’obligeaient à faire marcher le magnéto pour enregistrer Dragon Ball, Saint Seiya et Ken au moment du club Dorothée ! Et puis les petits drames, les petites mesquineries liées à une arrogance toute adolescente, les années lycée et les ultimes feux d’une passion, avec une pratique plus dirigée sur le basket de rue, et enfin l’âge adulte où l’expression « main au panier » privilégie un autre sens et où le basket se résume à une activité consistant à se vautrer sur le canapé, mug de café à la main, devant un bon match à la télé, parce que bon, j’ai déjà pas mal donné et mes articulations sont déjà assez déglinguées comme ça, ce genre de connerie ça va deux secondes, hein !

Ainsi va la vie. J’ai été basketteur. Après un passage au iaido, je suis maintenant un joggeur amateur de sumo. Et peut-être plus tard serai-je un pratiquant de kyudo fan de curling japonais féminin, allez savoir. Quoi qu’il en sera, je conserve en attendant dans mon cœur une place pour le sport de Larry Bird et tressaille à chaque fois de plaisir lorsque j’entends la voix de George Eddy.

 

Et nous on t’aime Georgy !

Cette longue introduction juste pour dire qu’aujourd’hui, je vais parler de Kuroko no basket qui, tout le long du visionnage de ses trois saisons, s’est positionné dans mon esprit comme l’un des tout meilleurs anime de sport, et sans doute comme le meilleur anime sur le basket. Longtemps, Slam Dunk m’a semblé comme la référence, en dépit de ses défauts. Dear Boys était franchement soporifique, Buzzer Beater, quoique original, imparfait encore dans son approche réaliste des mouvements restituant une offensive au basket. Je n’attendais rien de particulier de Kuroko. Je savais qu’il était très connu, mais je partais en me disant qu’il ne détrônerait pas Slam Dunk. Eh bien, après avoir vu hier le 75ème et dernier épisode, je n’en suis plus si sûr, car le petit plaisir, parfois limite hystérique, que j’ai pu avoir en m’enquillant les deux dernières saisons quasiment non stop, est le signe des grands anime, et je dois dire que ce plaisir je l’ai bien moins ressenti lorsque j’ai maté l’intégralité de Slam Dunk.

Alors bien sûr, entendons-nous bien, je cause ici juste anime. Il faudrait bien sûr se plonger aussi dans le travail de Takehiko Inoue et de Tadatoshi Fujimaki (ça ne saurait tarder pour ce dernier) pour être parfaitement juste. Mais si on part du principe que l’on va se limiter aux anime, il faut reconnaître que Kuruko est quand même un sacré show. On y retrouve tous les ingrédients du shonen sportif mais avec une qualité et de petites différences qui en font un spectacle addictif à suivre. D’abord, on ne commence pas l’histoire avec un personnage de néophyte qui va découvrir un sport et s’acharner à progresser (c’était le cas dans le récent – et excellent – Ballroom no youkoso). Là, les personnage principaux, Kuroko et Kagami, joueurs qui se rencontrent lors de inscription au club de leur nouveau lycée, Seirin, connaissent parfaitement le basket. Ils l’ont pratiqué au collège et sont déjà d’un niveau élevé. On ne perd donc pas de temps avec les épisodes consacrés à l’apprentissage. On entre tout de suite dans le vif du sujet, à savoir la préparation des matchs pour affronter les cadors des compétitions lycéennes, en sachant bien que les deux héros sont de toute façon encore loin du sommet et vont devoir trouver et affûter toute une panoplie de nouvelles armes.

« Armes » est le bon mot puisque l’histoire baigne dans une atmosphère pas loin d’être mythologique, avec une génération de joueurs dite « des miracles ». Il s’agit à l’origine d’une équipe de collégiens (à laquelle appartenait autrefois Kuroko), équipe comprenant cinq membres absolument hallucinants dans leur spécialité respective (il y a le shooter à l’adresse divine, le scoreur/dribbleur fou, le pivot herculéen, le meneur à la vision de jeu absolu, etc.), et devenus chacun le boss d’une équipe de lycée. Le mystère qui les auréole a tôt fait de stimuler Kagami qui désire par-dessus tout se frotter à ces joueurs exceptionnels et dont la particularité graphique est d’avoir des cheveux d’une couleur annoncée par leur nom (Midorima est ainsi le shooter aux cheveux verts) et dont la personnalité est à la fois bien trempée et différente de celles des autres. C’est le principe des trois mousquetaires avec au milieu un quatrième qui est l’amalgame des autres. Dans Kuroko, ce serait Kagami, sorte de Hanamichi increvable (le héros branquignol de Slam Dunk) mais un Hanamichi ayant déjà atteint un niveau d’excellence. Le personnage est sympa mais c’est celui qui donne son nom à la série qui intrigue le plus. Pour lui aussi, on a droit à un discours qui lui confère une aura légendaire, quasi surnaturelle. Kuruko, c’est le « joueur fantôme », le sixième homme qui a été reconnu par les cinq membres de la génération des miracles comme étant leur égal, mais que personne ne remarque tant le gamin semble fragile et manquer totalement de présence. C’est un héros totalement falot et, en nous gardant bien de révéler ce qui fait sa force, absolument réussi, captivant à suivre dans son évolution.

Bref, avec cette génération des miracles que Kuroko et Kagami vont devoir découvrir (retrouver pour Kuroko), on baigne un peu dans une atmosphère à la Saint Seiya. Car les mecs sont un peu comme des chevaliers d’or du basket, avec des coups spéciaux dépassant l’entendement, coups décuplés lorsque les personnages « entrent dans la zone ». L’expression ne se réfère pas à la zone défensive, cette technique de placement des joueurs pour contrecarrer une attaque. Elle désigne ici la capacité d’un joueur à se transformer, se sublimer pour atteindre un niveau qui va tout défoncer sur son passage et faire rentrer les paniers comme papa dans maman. Mais attention ! N’entre pas dans la zone qui veut! Pour cela il y a une condition indispensable : avoir l’amour absolu du basket. Désolé les mecs mais si vous n’aimez que partiellement le basket, vous n’entrerez jamais dans la zone et resterez des clèdes toute votre vie. Super saiyan, septième sens, il faut maintenant avoir en tête la « zone » de Kuroko no basket si on veut donner un bon exemple de nekketsu, ces moments dans lesquels des héros font bouillonner leur sang et se surpassent. Visuellement, quand un joueur se zonifie, c’est scotchant. Les iris des personnages se mettent à faire des étincelles et laissent des traînées lumineuses, prélude à des actions qui vont laisser le spectateur comme deux rond de purin (euh, le flan japonais, pas ce qui sort de l’anus d’un canasson). J’ai encore en tête le météor jam que Kagami dégaine d’entrée de jeu lors de la finale, j’en rêve limite la nuit ! On peut trouver cela regrettable car apparentant l’anime à une sorte de Captain Tsubasa du basket. Mais encore une fois, entre Tsubasa et Kuroko, les techniques d’animation ont évolué et il faut bien reconnaître que lorsque ces moments spectaculaires arrivent, qu’on les accepte dans leur irréalité, c’est bien souvent jouissif.

D’autant que Kuroko no basket est loin d’être totalement invraisemblable. En dehors des coups spéciaux que dégainent les personnages, il faut reconnaître qu’il y a bel et bien une approche réaliste du basket dans cet anime. Contrairement à Captain Tsubasa, les joueurs ne vont pas mettre des plombes à remonter le terrain. Certaines attaques sont parfois effectuées en une poignée de secondes, le temps d’envoyer une longue passe à un coéquipier qui va conclure en smashant. Surtout, la gestuelle des joueurs transpire l’amour du basket. J’imagine que le mangaka à l’origine de l’histoire devait être un fin connaisseur de ce sport, ou alors il s’est documenté de manière drastique car ses personnages, dans leurs manière de se mouvoir, de passer, de shooter, sont absolument convaincants, même si, bien entendu, ils donnent parfois plus l’impression d’être des pros de NBA que de simple lycéens. Mais qu’importe, la restitution de la gestuelle et des mouvements des basketteurs surpassent de loin Buzzer Beater et fait vraiment plaisir à voir.

Spectaculaire et réaliste en même temps donc. A cela s’joute l’humour, ingrédient que l’on trouvait abondamment dans Slam Dunk mais à mon sens trop le fait de l’histrion Hanamichi. Dans l’anime, c’en était même parfois un peu saoulant. Dans Kuroko, l’humour touche tous les personnages. Certains plus que d’autres, mais chaque personnage est susceptible à un moment de porter une charge comique. C’est parfois du déjà vu, mais parfois aussi, certaines saillies fonctionnent parfaitement et contribuent assez bien à rendre plaisante le côté « bande de potes » qui, tout en restant sérieux dans leur approche du basket pour essayer de progresser, se relâchent parfois et donnent une âme, rendent sympathique leur équipe.

Le running gag de Riko en cuisinière de l’apocalypse.

Last but not least, Kuroko est assez bien pourvu en…

Fan service !

Car oui, dans cet anime, les rondeurs ne sont pas uniquement celles du ballon. Momoi nous offre les siennes dès la deuxième saison…

Boobs de niveau 4. On les voit ici à travers l’oeil de Terminator de Riko.

… puis Alexandra Garcia, personnage surprise débarquant des States. Et même Riko, allez ! qui voit son supposé bonnet B subitement augmenter lors d’une scène de onsen (c’est ça la magie du rotenburo !).

Ajoutons cela une musique épique qui, conjuguée à une scène dramatique, vous fait hurler de rage quand tombe subitement le générique de fin, ainsi qu’une progression dramatique classique mais tout à fait prenante (Kuroko et Kagami affronteront bien sûr le plus terrible des membres de la génération des miracles à la fin). Du gros son, du réalisme spectaculaire, une intrigue qui ménage ses révélations, de l’humour et des boobs : comme dirait Georges Eddy :

INCROOOYAAABLEU !

Laissez-vous tenter et entrez dans la zone de KnB. Impossible de le regretter.

Gantz : O (Yasushi Kawamura – 2016)

Gantz « O » parce que le film est l’adaptation de l’arc se déroulant à Osaka, arc les plus populaires auprès des fans car jugées comme étant un des plus prenants, des plus spectaculaires et des plus marquants dans son délire technologique et surtout dans son bestaire de monstres que les protagonistes vont devoir affronter.

Vous ne risquerez pas de trouver sur ce site beaucoup de critiques consacrées à des films d’animation en CGI. En fait, pour tout vous dire, y’en a pas. J’étais bien allé voir Albator en salle lors de sa sortie avec l’idée de l’évoquer par la suite et puis, face au monceau d’ennui et à ce graphisme, cette animation incapables de me faire ressentir quoi que ce soit, j’ai préféré laisser tomber.

Avec l’arrivée de ce Gantz O, j’ai consenti à faire un effort, même si certains éléments ne me faisaient pas commencer la séance le cœur léger. D’abord cette animation en CGI donc, mais aussi deux précédents films « live » guère enthousiasmants ou encore un manga dont on sait combien la fin apparaît comme ratée et comme le fruit du travail scénaristique d’un mangaka qui ne savait pas vraiment où il allait avec son histoire. Après, pour ce dernier point, peu importait puisqu’il s’agissait de se focaliser sur l’arc d’Osaka, arc que j’avais trouvé vraiment réussi. Juste pour dire qu’après quelques déconvenues de lecteur/spectateur, Gantz ne bénéficiait plus à mes yeux de la même aura. M’enfin, c’était Gantz, ça ne durait que 90 minutes, je tentai malgré tout l’aventure.

Verdict : sans aller non plus jusqu’à crier au chef-d’œuvre, le film m’a paru bon, voire dans certaines scènes, très bon. Visuellement d’abord. Si l’on continue d’avoir des personnages en 3D dont la façon de se déplacer n’est pas totalement naturelle, j’ai eu l’impression qu’une étape supplémentaire a été franchie par Yasushi Kawamura. Graphiquement, le réalisme est habilement poussé tout en respectant le chara design originel de Hiroya Oku. Ça n’avait pas été le cas d’Albator par exemple, et du coup on avait bien du mal à retrouver la poésie de la série de Matsumoto. Là, le graphisme est dans l’ensemble raccord avec l’univers d’Oku  et c’est bien souvent un plaisir pour les yeux. Voir les personnages s’exprimer ne choque pas, on ne se dit pas « hou ! le vilain perso en CGI qui parle ! », et la restitution de l’aire de jeu dans laquelle ils doivent se battre est une véritable tuerie. Rappelons que l’arc d’Osaka ne se déroule pas n’importe où à Osaka puisqu’il s’agit de Dotonbori, le Shibuya d’Osaka. Et cela la nuit comme il se doit, permettant de jouer sur une atmosphère colorée et néonisée du meilleur effet pour les rétines du spectateur.

Bref, c’est beau, voire parfois magnifique. On évoquait les personnages des combattants, mais c’est la même chose des monstres, souvent stupéfiants lorsqu’ils apparaissent, se déplaçant, se transforment, laissant pantois à la fois les personnages et le spectateur. Et là je ne parle pas que du graphisme, car si j’ai pu évoquer une certaine raideur dans la façon de se mouvoir des personnages, ce n’est pas non plus quelque chose de général. Là aussi un net progrès me semble avoir été fait dans le domaine. On sent plus de naturel, naturel accentué il est vrai par d’habiles mouvements de caméra, le film donnant très souvent des effets de caméra à l’épaule. Pas de quoi avoir la nausée, rassurez-vous, là aussi ça a été fait avec un bon sens du dosage. Le résultat est un film avec un grand sens du dynamisme visuel qui parvient à relancer l’attention du spectateur plutôt que de la saouler.

Reste l’histoire et ce cadre de 90 minutes. Ceux qui ne connaissent rien à Gantz seront sans doute déconcertés car aucune séance de rattrapage, avec par exemple un résumé de l’histoire en ouverture, n’est donnée. Demerden sie sich donc avec ces personnages qui meurent, qui semblent se connaître et qui se retrouve dans l’étrange pièce d’un appartement à Tokyo. Après, la furie et la folle invention visuelle peuvent suffire au plaisir.

Pour ce qui est de ceux qui connaissent, il y a le plaisir d’avoir cet arc du début à la fin non stop. Evidemment, c’est donc très bourrin, le parti pris étant d’avoir choisi un segment uniquement composé de combats. On peut le regretter car Gantz, c’est aussi des moments de pause, des moments durant lesquels se posent des questions sur eux-mêmes, sur leur vie, sur les relations avec les autres. C’est souvent rudimentaire, certes, Oku n’ayant rien non plus d’un grand penseur, mais cela participait du ton et de l’originalité de Gantz, le héros, Kei, apparaissant souvent comme un mélange de brave garçon et de petite ordure.

Pas de ça dans Gantz O, donc, mais avec un film de 90 minutes censés restituer tous ce qui passait dans l’arc d’Osaka, il paraissait hasardeux de faire davantage. On encaisse les 90 minutes sans sourciller, avec à la fin que ce que l’on a vu, ben c’était quand même assez chouette, mais aussi avec l’impression que le plat a été copieux et qu’il était temps que ça s’arrête.

En fait, l’ultime réserve viendrait moins de l’absence de ces temps de pause (que l’on a malgré tout un peu avec la relation naissante entre Kato et la jeune femme amoureuse de lui) que d’une certaine édulcoration. Pas du côté de la violence, le sang coule, des têtes sont coupés, des membres arrachés, de ce côté-là, tout va bien. Non, c’est plutôt du côté de la sexualité que l’on s’aperçoit que le dosage a été le plus drastique. Reika a toujours ses énormes seins et… c’est tout. Ceux qui ont lu l’arc se souviennent de certaines scènes dans le domaine un peu hallucinantes et, plus généralement, ceux qui ont lu Gantz savent combien c’est un titre qui tire de la sexualité une originalité poisseuse mais marquante. Il semblerait que les producteurs n’aient pas décidé de jouer la carte de cette thématique, vraisemblablement pour toucher le plus large public.

Pour l’érotisme, il faudra se contenter de cette image promotionnelle (du coup mensongère, remboursez !).

Mais cette réserve mise à part, Gantz O s’avère être dans son ensemble une réussite, bien plus jubilatoire que les deux précédents films live, et appelant d’autres films de ce type dans l’univers de Gantz, même si le choix commence à être restreint : les premiers arcs ont été faits en anime, et ceux qui suivent Osaka constituent un peu le début de la fin en terme de qualité. A suivre malgré tout. Le film a été un succès, il y a fort à parier que Digital Frontier, Toho et Netflix  n’en restent pas là.

7,5/10

Your Name (Makoto Shinkai – 2016)

Mitsuha est une lycéenne qui vit dans un coin paumé dans les montagnes. Fille d’un maire à l’autorité pesante, elle ne trouve rien de bien réjouissant à l’idée de passer sa vie dans ce bled. Elle ne rêve en fait que d’une chose : monter à Tokyo.

Justement, Taki est quant à lui un lycéen qui vit à la capitale. Rien d’anormal pour lui, il a des amis et sa vie de lycéen est rythmée par un petit boulot dans un restaurant italien. Toutefois, un beau matin, il se réveille dans la peau… d’une jeune lycéenne habitant dans un coin paumé dans les montagnes.

君の名は (Kimi no na wa)

Le visionnage de Kimi no na wa est tout frais et je ne vais pas bouder mon plaisir : ç’a été un pur enchantement. Comme c’est le premier film de Shinkai que j’ai pu voir sur grand écran, il faut reconnaître que sa maestria formelle, avec notamment ce goût pour les décors hyperréalistes débouchant sur une certaine poésie, en met plein la vue et n’a rien à envier à d’autres expériences de films d’animation vécues au cinéma comme, par exemple, le Voyage de Chihiro ou plus récemment Belladonna lors de sa ressortie (Akira étant hors compétition).

Donc, oui, si vous vous demandez si Your Name vaut son billet d’entrée et les 14 milliards de yens engrangés au Japon, rejoignant et dépassant certains high scores de Miyazaki lui-même, oui, trois fois oui, vous pouvez y aller les yeux fermés. Vous êtes réfractaire au style Shinkai ? Vous vous êtes emmerdés devant 5 centimètres par seconde ou avez trouvé que le Voyage d’Agertha était une pâle resucée d’un certain imaginaire ghibliesque ? Pas de crainte à avoir dans le cas de Your Name : gardant sa poésie formelle mais mettant de côté son grand esprit de sérieux (esprit qui a culminé lors de Garden of Words) au profit d’un rythme narratif et d’une touche humoristique inhabituels chez lui, Shinkai livre un film complet sans renier son goût pour les affres psychologiques de jeunes personnages et celui pour les histoires d’amour torturées. D’une certaine manière, il signe à 43 ans un magnifique chef-d’œuvre et le place subitement au coude à coude avec Mamoru Hosoda dans la course pour devenir le nouveau roi de l’animation japonaise après le départ en retraite de Miyazaki (dont j’ai peine à imaginer un énième retour).

Voilà pour les lauriers.

Maintenant, les réserves.

Un tel succès attirant infailliblement les critiques, il a pu se dire du côté du Japon que Shinkai avait perdu de son âme afin de vendre le plus de tickets d’entrée. Dixit en gros le co-fondateur de Gainax Toshio Okada ainsi que l’auteur de Golden Boy, Tatsuya Egawa. Petite perfidie d’esprits rongés par la jalousie ? On peut se contenter de cette explication. Et pourtant, j’avoue que je garde un souvenir émerveillé de mon premier visionnage de 5 centimètres par seconde qui reste à ce jour, quoi qu’on en pense, le premier véritable chef-d’œuvre de Shinkai. A tel point qu’à certains égards Your Name pourrait être perçu comme un remake mainstream de 5 centimètres. Difficile en effet lors des scènes finales, d’abord dans le train puis dans la rue, sur l’escalier, de ne pas penser à la fin de 5 centimètres. Comme hanté par le chef-d’œuvre qui lui a valu une reconnaissance internationale, Shinkai semble avoir voulu reprendre certains de ses motifs mais en y injectant, pour que cela passe mieux auprès de ceux qui auraient eu du mal avec la lenteur de 5 centimètres, un jeu sur les changement de registres (certaines expressions burlesques des visages, des effets comiques avec des bulles donnant à voir ce que pensent les personnages…) ainsi qu’une touche fantastique empruntant au thème du changement de corps, thème bien connu que l’on a pu découvrir dans un manga tel que Ranma ½ ou encore dans l’excellent Exchange Students d’Obayashi.

Un savant cocktail donc, entre une histoire d’amour torturé empruntant à 5 centimètres et une légèreté venant du thème du changement de corps. Ajoutons à cela une thématique post-Fukushima ainsi qu’une révélation intervenant à la moitié du film permettant de complexifier un peu plus l’intrigue et l’on se retrouve face à un film fait pour captiver tous les âges, les sexes, les goûts.

Et c’est tant mieux mais d’une certaine manière, on peut comprendre les positions d’Okada et d’Egawa. Si je me garderais bien d’accuser Shinkai d’avoir fait dans une facilité mainstream calculée pour enfin connaître un succès auprès du grand public (Your Name est tout de même moins l’œuvre d’un faiseur que d’un véritable créateur), j’espère aussi que cet immense succès va lui donner les moyens de donner libre cours à son art, quitte à parfois dérouter le public. Je songe ici à un Takahata et son Conte de la princesse Kaguya, mais aussi, plus près de nous, à Dudok de Wit et son audacieuse Tortue Rouge, certes pas à la fête au niveau du box office mais unanimement saluée (même par Miyazaki, qui n’est pas le genre à offrir des fleurs, mais aux réalisateurs de Ghibli, son fils en sait quelque chose) comme une réussite artistique.

Your Name est un chef-d’œuvre, oui, mais un chef-d’œuvre qui en appelle d’autres encore plus complets. Car si les cent minutes passent relativement bien, il ne faut pas non plus oublier que cela passe par quelques incongruités scénaristiques, les « plot holes » comme on dit, qui contribuent à faire patiner un peu le plaisir du visionnage. Habituellement, ce genre de faille ne me gène pas outre mesure dans un genre appelant à l’imaginaire mais là, sans non plus entrer dans les détails, certaines choses m’ont gêné dans la mesure où elles atténuaient subitement cette impression de perfection formelle et narrative, voire rendaient confus, pour ne pas dire brouillon, le dernier tiers du film.

Taki essayant de recréer de mémoire un endroit ? Non, plutôt Makoto Shinkai aux prises avec les astuces retorses de son scénario !

Pas grave. Au moment où je tape ces lignes, j’écoute en parallèle l’excellente B.O. composée par RADWIMPS et n’ai qu’une envie : revoir au plus vite Your Name, aussi bien pour me prendre une nouvelle fois en pleine face les belles images, mais aussi pour mieux saisir certains aspects de l’histoire qui m’auraient échappé. Pour vous, si ce n’est encore fait, vous savez ce qu’il vous reste à faire avant de vous attaquer au réveillon ou bien pour le digérer dignement demain. Your Name est une magnifique conclusion cinématographique à l’année 2016.

8/10

Dernier article de 2017. Comme d’habitude, je ressors ma photo d’Hiroko Kumata pour vous souhaiter un excellent réveillon :

A l’année prochaine !

La Tortue Rouge se la joue Santa !

Question :

Qu’est-ce qui porte une barbe, est vêtu d’un survet’ rouge et dépose des cadeaux devant les souliers de galopins qui ne les méritent pas ?

Si tout de suite cette question suscite en vous cette image :

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Oh ! oh ! oh ! j’ai dans ma hotte tout plein de DVD de roman porno, petits canaillous !

… vous avez tout faux. Car avec cet article, c’est clairement ceci qu’il convient d’imaginer :

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Oh ! Oh ! Oh ! Salut, c’est Olrik !

Eh ouais ! Ceux qui me connaissent personnellement le savent, moi, je suis un peu comme l’évêque Myriel dans les Misérables. Venez chez moi, demandez-moi de vous filer gratos mes précieux chandeliers en argent, c’est vas-y mon frère, fais comme chez toi, tu peux même prendre ma photo dédicacée de Takeshi Miike nu sous la douche si ça te fait plaise !

Bref, tout cela pour dire que grâce à quelqu’un, j’ai des choses à vous offrir. En fait, rapidement, il se trouve qu’hier je me trouvais à mon onsen favori à Miyazaki (lecteur, as-tu lu ce merveilleux article ?). Tout se passait bien, je me refaisais la frite dans un bain à 40°C après une dure journée de glande lorsque je sentis dans le dos comme une caresse. Je me retourne, ne doutant pas un seul instant que ma carcasse évoquant un vigoureux trapèze inversé n’ait impressionné quelques bijins émoustillées…

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Une des nombreuses scènes routinières qui contribuent à la longue à rendre monotone ma chienne de vie.

… mais non ! En fait de main gracile, il s’agissait en réalité d’une nageoire appartenant à cette chose :

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?!

Oui, vous l’avez reconnue, il s’agit bien de la même tortue rouge évoquée lors du précédent article. Quoique sur le moment un peu interloqué, me demandant si ces continuels va-et-vient entre bains surchauffés et bains glacés n’étaient finalement pas néfaste pour ma santé mentale, je vis que la bête émettait des sons et je me mis aussitôt à tendre l’oreille. Ici, il faut vous dire, mes maîtres, que je possède le même don que la princesse Mononoke, à savoir que je puis comprendre et communiquer avec n’importe quel animal, y compris les éponges sous-marines. Comme ce n’est pas non plus tous les jours, cela me demanda bien une certaine concentration. Néanmoins voici ce que je retirai de son babil testudinal :

« Olrik, Wild Side m’a envoyée aux quatre coins du globe afin de faire gagner des DVD de mon film aux lecteurs des plus glorieux sites culturels de la japanosphère. Comme de bien entendu, j’ai tout de suite pensé à toi. Je possède sous ma carapace deux DVD et un bluray que je puis t’offrir. Les veux-tu pour les faire gagner à tes lecteurs ? »

Moi, vous me connaissez, éternel sceptique, il en faut un peu plus pour me convaincre. Trouvant cela tout de même un peu fort de café, je mis au défi le reptile de me prouver qu’elle était bien la tortue du film. Comment ? C’était tout trouvé, voici ce que je lui proposai :

« C’est simple, Ô auguste chélonien ! Si tu prétends réellement être la fameuse Tortue Rouge, tu dois être capable, comme dans le film, de te transformer en bijin. Fais-le sous mes yeux et j’accepterai, peut-être, de mettre la main à tes deux DVD et à ton bluray ! »

Croyez-le ou non, à cet instant l’impensable se produisit. Ces nageoires s’allongèrent, sa couleur s’éclaircit, sa carapace devint molle, s’aplatit, se creusa sur les côtés tout en prenant plus de volume dans la partie inférieure. Quant à la tête, le visage reptilien était en train de subir une savante opération de bijinisation. Je renonce à tout décrire, il faudrait avoir le talent d’Ovide et avec un article tapé exceptionnellement à 22 heures, ce serait peine perdue ! Contentez-vous donc de ce gif qui restitue assez bien ce qui se passa sous mes yeux :

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OMFG !

Tâtant les DVD et mettant la main au bluray pour bien vérifier qu’il ne s’agissait pas d’une illusion, j’invitai la douce enfant à me suivre dans un bassin à la température plus modérée afin de causer plus à notre aise pour choisir de belles questions à poser mes lecteurs, questions à côté desquelles les énigmes du Sphynx feraient presque figure de devinettes Carambar. Nous fîmes aussi autre chose, mais la pudeur m’oblige à taire ce qui doit être tu. Je préfère évoquer le fruit de notre union intellectuelle avec ces trois questions que je soumets à vos lumières, sachant que le premier à répondre correctement gagnera le bluray tandis que les deux suivants feront main basse sur les DVD. Bref, roulement de tambours, voici les questions :

  1. Quel est le nom du studio d’animation français dans lequel a été conçu la Tortue Rouge ?

  2. Quel est le titre de l’oeuvre musicale utilisé dans le Moine et le Poisson ?

  3. Dans quel court-métrage de Dudok de Wit est-il question d’un petit point qui voyage dans un univers abstrait ?

Réponses à me transmettre évidemment en privé, via le lien « contact » en haut de la page.

J’ajoute que le lecteur qui sera le premier à répondre victorieusement aux questions, aura pour ultime épreuve, afin de valider définitivement son succès, d’écrire et de me transmettre un article de douze pages minimum sur Eros +Massacre de Yoshida (article que j’ai toujours eu la flemme de pondre).  Euh… non, ne partez pas, en fait c’était juste pour rire, il n’y aura pas d’épreuve subsidiaire.

Allez, je vous laisse cogiter. La tortue rouge est comme Cendrillon, passée minuit elle perd ses atours pour reprendre sa forme initiale et j’ai encore plein de chose à lui fai… à lui dire. Ah ! Qu’il est doux d’être homme à savoir murmurer à l’oreille des tortues !

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La Tortue Rouge (Michael Dudok de Wit – 2016)

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La rumeur court depuis quelque temps que Miyazaki pourrait une énième fois sortir de sa retraite pour réaliser un nouveau long métrage. Doit-on s’en féliciter ? Franchement, à la vue de son précédent film, je ne sais pas, et quand on sait que cet éventuel prochain film aurait pour sujet le développement d’un court métrage où il est question d’une chenille poilue, on peut se demander si Miyazaki ne tient pas là son film de trop. Une chose est sûre, c’est que le studio s’est offert un bain de jouvence en s’offrant tout simplement les services d’un européen pour la réalisation du vingt-deuxième film (en coproduction avec Wild Bunch et Why Not Productions). Ça fait du bien car les cinq dernières années, avec le vieillissement de ces deux figures de proues que sont Miyazaki et Takahata, n’ont guère été enthousiasmantes. La Colline aux coquelicots de Goro Miyazaki, sorti en 2011, fut certes plutôt  appréciable après un Arrietty qui apparaît avec le recul comme anecdotique. Connaissant les relations particulières entre Miyazaki père et fils, on attendait la réaction du père avec impatience. Las, le Vent se lève, qui devait parachever la carrière d’un des fondateurs du studio avec son personnage principal d’ingénieur d’avion, s’avéra être un film aussi beau qu’ennuyeux. Rarement un personnage principal dans un film de Ghibli aura été aussi falot et incapable de susciter l’empathie (impression accentuée par le choix incompréhensible d’utiliser la voix de vieillard de Hideaki Anno pour l’interpréter). En comparaison, le personnage de Kaguya apparaissant dans le conte de la princesse Kaguya sorti la même année que le Vent se lève, apparut sans peine comme l’un de ces personnages mémorables qu’offre parfois le studio Ghibli, et le film, du lui aussi vieillissant Takahata, finalement digne des attentes que l’on espérait de l’ultime opus du maître même si, là aussi, le film avait un je ne sais quoi déceptif.

La récente émission de la NHK qui a pas mal fait parler d’elle : consacrée à Miyazaki, le vieux briscard y suggère donc qu’il pourrait revenir aux commandes d’un nouveau long métrage.

Et puis arriva Souvenirs de Marnie, film qui, alors que sortait le documentaire the Kingdom of Dreams and Madness, faisait craindre le pire quant à l’avenir du studio Ghibli. N’y avait-il donc pas de salut au-delà de Takahata et Miyazaki ? Fallait-il uniquement compter sur de nouvelles réalisations des deux vieux maîtres, quand bien même ces dernières auraient un peu perdu de la magie d’antan ? Après avoir visionné la Tortue Rouge, la réponse me paraît évidente : non, trois fois non, la force créatrice de Ghibli n’est pas morte et ne dépend pas que de Miyazaki et de Takahata. Adoubé par Takahata qui a découvert le réalisateur par son court-métrage le Moine et le Poisson puis avec Père et Fille, le néérlandais Michael Dudok de Wit s’est vu proposé dès 2006 par le réalisateur du Tombeau des Lucioles et par Toshio Suzuki, le producteur de Ghibli, de mettre au point un projet de long métrage.

Onze années plus tard, le projet sort sur les écrans et le moins que l’on puisse dire est que le résultat est à la hauteur de l’attente. Les films Ghibli ont tous une certaine beauté. Mais là où la Tortue rouge sort du lot pour côtoyer les meilleurs métrages du studio, c’est dans sa manière de capter dès les premières minutes l’attention du lecteur pour lui imposer sa propre temporalité.  Nous voilà en effet avec le personnage principal, échoué sur une île déserte. Le raisonnement en termes de minutes, d’heures, de jours, de mois ou d’années n’a plus lieu d’être pour lui : seul compte un écoulement du temps dégagé de toutes les contingences. Il cherchera seulement une immersion dans ce lieu et dans l’instant présent qui lui permettra de donner un sens à sa vie, voire de lui procurer du bonheur. Ce ne sera pas gagné au début mais assez vite, avec la rencontre de la tortue rouge éponyme, sa vie sur l’île prendra une autre tournure. Pour le spectateur, ce n’est bien sûr pas en années que l’expérience se fait, mais cette dernière est tout aussi immersive tant l’alchimie entre la beauté du graphisme, celle de la B.O. de Laurent Perez del Mar et la narration faisant dans le minimalisme et le symbolique nous emporte avec brio dans ce récit mythique à la fois des origines et de l’éternel recommencement.

Faisant le pari (réussi) d’un film muet se dégageant de dialogues dont on frissonne à l’idée d’imaginer ce qu’ils auraient pu apporter chez quelqu’un d’autre en termes de nunucheries auditives (je pense notamment à l’arrivée du petit garçon), le film nous conte une robinsonnade qui se démarque très vite de sa matrice romanesque originelle. Lutter pour la survie, oui. Mais lutter tout en essayant de reproduire grâce à son intelligence un certain niveau de confort que peut avoir une civilisation policée, c’est ce que ne fait pas le personnage principal. Et encore moins se mettre à lire la Bible, comme le fait Robinson Crusoé. Seule compte une symbiose avec la famille, la nature et l’idée d’une divinité primitive, symbiose dont on comprend qu’elle ait pu séduire Takahata. Car si le film est d’un européen, difficile de ne pas le voir animé d’un certain esprit japonais avec l’histoire de cet homme échoué sur une île déserte (d’un point de vue mythologique, tout part d’une île pour la genèse du Japon) et qui va rencontrer une âme sœur via une divinité animale. On songe évidemment au shintoïsme mais sans non plus que le film tombe dans un mysticisme et encore moins un chamanisme appuyés. A l’image de ces plans épurés où les silhouettes des personnages sont englobés par des paysages bienfaisants par leur simplicité, le film, avec ses personnages très « ligne claire » et dont les yeux ovales ne sont pas sans évoquer Tintin, vise à l’épure, permettant au spectateur de combler de lui-même les vides afin de faire son propre séjour sur cette île qui inscrit en miniature la destinée de chacun, finalement tout comme l’avait déjà fait Père et Fille, mais avec cette fois-ci une mise en résonance de la puissance de la nature inscrite dans la destinée de chacun de nous.

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Sinon, l’amateur de manga ne sera peut-être pas non plus sans songer à Phénix, de Tezuka, avec cette histoire dans laquelle un couple, piégé non par sur une île déserte mais au fond d’un gouffre, parvient finalement à être heureux et à voir l’un de ses enfants, devenu grand et curieux de découvrir le monde, escalader la paroi afin de poursuivre sa vie ailleurs. Ces deux aspects du film (récit édenique d’un côté, récit initiatique de l’autre), se retrouvent lors d’une scène où les deux parents expliquent par des dessins à leur enfant ce qu’est le monde (là aussi, encore une fois bénie soit cette décision de ne pas utiliser de dialogues) :

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Viser à la simplicité en retournant au plus près des bases, de l’essence du récit, sans présenter une histoire boursouflée de péripéties et défigurée par un savoir-faire technique qui s’exhibe à en devenir saoûlant (on restera mesuré concernant ce défaut avec les productions Ghibli, je songe surtout aux machins américains en animation 3D), telle est la leçon de la Tortue Rouge. Même s’il convient de ne pas enterrer trop tôt le père Miyazaki (respect des aînés, quoi !), on reste tout de même circonspect avec cette histoire de chenille poilue qui risque de ne pas peser bien lourd face à la beauté de la tortue rouge. Mais enfin, qui sait si cet opus nippo-européen n’a pas piqué Miyazaki dans son orgueil et ne l’incitera pas à se sublimer afin de fournir un ultime métrage qui fera oublier la déception (je maintiens) de Le Vent se lève ? Affaire à suivre. En attendant, c’est le moment de découvrir la Tortue Rouge qui vient de quitter son île pour rejoindre les étals des magasins avec la sortie cette semaine en DVD et bluray par Wild Side de ce qui constitue pour l’instant le premier long métrage de Dudok de Wit. On croise évidemment les doigts pour que ce ne soit pas l’unique.

8,5/10

 

Urotsukidoji (Hideki Takayama – 1987)

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Amano, un être mi-homme, mi-bête, est envoyé sur terre pour retrouver la nouvelle incarnation du Chojin, dieu démoniaque extrêmement puissant. Contre toute attente, Amano découvre qu’il est entré dans le corps de Tatsuo, un lycéen pervers et voyeur qui en pince méchamment pour une de ses camarades de classe, Akemi. Amano est très vite rejoint par sa sœur nymphomane Megumi pour l’aider : c’est qu’il ne s’agit pas juste d’identifier le Chojin mais aussi d’empêcher les tentatives d’une horde de démons pour s’accaparer sa puissance…

Pour qui suivait les sorties VHS de Manga Video en 1995, Urotsukidoji était attendu comme une petite perle sulfureuse que l’on se devait d’acquérir. Je m’en souviens non sans émotion comme s’y était hier. Le jeune étudiant que j’étais pénétrait dans sa librairie de BD préférée pour mettre la main sur le précieux objet. Une heure plus tard, il se trouvait chez lui et, profitant qu’il n’y avait personne à la maison, insérait la K7 dans le magnétoscope en se léchant les babines à l’avance de toutes les saloperies visuelles qu’il allait s’enquiller. Car Urotsukidoji, mes maîtres, n’est pas n’importe quel film d’animation. Il est l’adaptation légendaire du manga culte de Toshio Maeda, le maître du hentai œuvrant dans le shokushu, comprenez le viol par tentacules, motif très porteur dans la production manga/anime et trouvant ses origines lointaines dans cette fameuse estampe d’Hokusai :

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Seule image classieuse de l’article, profitez-en.

A la différence que dans l’estampe d’Hokusai, il s’agit d’un rêve, celui de la femme du pêcheur. Dans les mangas, notamment ceux de Maeda, nul onirisme licencieux, les héroïnes doivent subir les assauts de monstres bien réels dans des scènes cauchemardesques.

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Oh Mon Dieu ! Que vois-je ?

Autant dire qu’Urotsukidoji propose un cocktail sexe/violence relevé d’un zeste de sadisme qui encore aujourd’hui peut surprendre. Bien des années plus tard, je me suis rematé le métrage, craignant évidemment d’être un peu déçu. Mais le visionnage récent d’autres films des années 80 aurait dû me rassurer. Dans l’ensemble j’ai toujours trouvé aux films d’animation de cette décennie un certain charme ainsi qu’une originalité souvent très mauvais genre. Urotsukidoji, aux côtés des films de Yoshiaki Kawajiri, n’échappe pas à la règle et apparaît comme une œuvre assez peu fréquentable, encore plus si on choisit de le voir en VF, version étonnamment graveleuse en comparaison avec la VO (on a par exemple droit à des répliques élégantes du genre « montre-moi cette queue magnifique». Burp !).

A la revoyure, Urotsukidoji m’a paru diablement (c’est le cas de le dire) efficace, en particulier durant la première heure durant laquelle on suit l’évolution de Tatsuo. Comme dans le premier pinku venu, le film distille progressivement sa dose de scènes polissonnes, scènes qui toutefois dégénèrent rapidement en quelque chose de malsain et de meurtrier. Le film n’a pas démarré depuis dix minutes que l’on assiste déjà au viol de la douce Akemi par sa professeur bien plus dangereuse – je vous prie de le croire – que la pieuvre de 20000 lieues sous les mers :

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Quinze minutes plus tard, c’est Tatsuo lui-même qui, alors qu’il est donné pour mort après avoir été fauché par un camion, va s’en prendre à une infirmière pour commencer une palpation qui n’a rien d’un massage cardiaque et qui va même réduire la pauvre enfant en bouillie :

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Les infirmières qui, comme chacun sait, n’ont même pas la présence d’esprit de porter un soutien-gorge sous leur blouse.

Est-il vraiment utile d’évoquer les cours du soirs donnés par Ozaki, le bellâtre préféré des donzelle du lycée où se trouve Tatsuo, à ses meilleures groupies ?

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« Leçon n°47 : récitation de la conjugaison de moudre à l’imparfait du subjonctif, et en cadence s’il te plaît ! »

Et je ne parle même pas des scènes de baston dans lesquelles des mastars très Hokuto no Ken s’en prennent à des étudiants gringalets mais qui s’avèrent être en réalité de dangereuses machines à tuer. Bref, on l’aura compris, Urotsukidoji est un maëlstrom de scènes chocs fait pour les durs, les vrais, les tatoués :

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Exactement comme votre serviteur !

Et il est du coup un peu cocasse, pour ne pas dire franchement grotesque, de voir comment d’un autre côté l’histoire s’attache à jouer d’un érotisme romantique avec force larmes étoilées dans les yeux d’Akemi qui sait que son chevalier servant, en plus d’être un maître queue de toute première force, est digne d’être aimé :

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Tatsuo – Akemi, ma douce, tes pleurs sont l’égal d’une rosée céleste sans pareille que le divin Guillaume de Lorris lui-même aurait été bien incapable de peindre dans son mirifique Roman de la Rose !

Akemi – Tais-toi donc et montre-moi ta queue magnifique !

Romantisme qui ne doit cependant pas faire illusion puisqu’on aura sans doute deviné que le scène est surtout prétexte à montrer de ces mouvements graphiques de va-et-vient extrêmement simple à convertir en gif animé pour illustrer certain site douteux ayant pour thème une certaine culture populaire japonaise.

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« Mon Dieu ! Nous sommes mercredi, je brûle de mille feux à l’idée de savoir qu’Olrik va publier un nouvel article ! »

Après, cela tient-il la (bi)route jusqu’au bout ? Là, ce sera selon les goûts. déjà, à l’époque, je me souviens d’un certain ennui lors de la dernière demi-heure et j’avoue que j’ai encore eu un peu mal lorsque je l’ai revu. La faute peut-être au format du film qui est en réalité un collage de trois OAV, rendant un peu répétitive l’histoire. La faute aussi à un final apocalyptique qui se veut spectaculaire mais qui, du fait de moyens pas non plus extraordinaires, fait un peu bailler, surtout si on a en tête certaines scènes d’Akira, sorti à la même époque. Enfin, il faut reconnaître aussi qu’il est très difficile de s’attacher aux personnages, êtres assez creux, en fait simples faire-valoir pour le véritable héros du film : ce cocktail sexe/violence accompagné de tentacules et d’une cruauté qui, selon les dires de Maeda himself, était un plus indéniable par rapport à son manga.

Urotsukidoji est un anime à voir mais, pour rester dans les anime bruts de décoffrage des 80’s, on ne saura que trop conseiller de lui préférer les œuvres de l’excellent Kawajiri, moins cloaqueux mais techniquement mieux foutus et aux histoires tenant plus la route sur la durée.

La note : 6/10

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Urgh ! Mais j’espérais tellement plus Olrik san !

Je sais bien mais c’est ainsi ma fille. Et rhabille-toi, il y a des gens qui regardent cette page figure-toi.

Belladonna (Eiichi Yamamoto – 1973)

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Vu il y a longtemps sans enthousiasme du fait d’une copie de mauvaise qualité diffusée sur un petit écran d’ordinateur, la Belladone de la Tristesse (aujourd’hui simplement Belladonna) faisait partie de ces titres que je me promettais bien de revoir dès que de nouvelles versions numériques allaient être commercialisées. A l’époque, on m’aurait dit qu’un distributeur français, Eurozoom, allais se charger de sa diffusion sur grand écran, j’avoue que je ne l’aurais pas cru tant cet objet est très particulier et ancré dans son époque. Songez plutôt : un trip psychédélique érotique de 90 minutes censé être l’adaptation de la Sorcière de Jules Michelet, rien que ça ! Et pourtant, si l’on en croit l’excellent retour critique dont a bénéficié Belladonna, il semblerait qu’Eurozoom ait eu le nez creux en portant son choix sur un joyau hors norme d’une animation japonaise pop des 70’s, à l’égal, ou plutôt dépassant les autres œuvres d’animation occidentales illustrant une contre-culture pop alors foisonnante (on pense aux œuvres d’un Laloux, d’un Moebius – dans les Maîtres du temps – d’un Topor ou d’un Ralph Bakshi). Je viens de le revoir récemment dans une version HD. Le constat est sans appel : Belladonna est une sacrée claque.

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A l’origine, un projet de Mushi Productions (la boîte de Tezuka) : réaliser une trilogie de films d’animation érotique, trilogie appelée « animerama ». Les trois films sont alors réalisés par Eiichi Yamamoto, aidé pour les deux premiers opus (les 1001 Nuits et Cléopâtre) par Tezuka lui-même. Ce dernier étant toujours sur trente-six fronts à la fois et devant sauver Mushi Productions de la faillite, il laissa Yamomoto pour le dernier volet afin de s’occuper d’autres projets. Et c’est là que ça devient intéressant : libéré d’un graphisme enfantin du fait de la volonté de toucher un large public malgré une thématique érotique, Yamamoto lâche les chevaux et réalise un objet imprégné d’une folie créatrice hors norme. Alternant images fixes et images animées, jouant d’innombrables renvois à la peinture (Klimt, Mucha, Redon, Schiele…), porté par une musique remarquable de Masahiko Satoh, le film devient une sorte d’œuvre totale, suscitant sans cesse l’audition et la vision du spectateur pour lui livrer un spectacle psychédélique et adulte en comparaison duquel Yellow Submarine ferait presque penser à un film de Walt Disney.

L’histoire ? La vie tortueuse de Jean et Jeanne, couple de paysans qui voudraient s’aimer tranquillement mais qui ne le peuvent car sans cesse malmenés par la violence d’un seigneur féodal. Jeanne sera un jour violée par toute une garnison, Jean amputé d’un bras, et d’autres joyeusetés viendront encore compliquer un peu plus leur amour. A chaque fois Jeanne réussira à se remettre de ses traumatismes grâce à l’aide d’un génie démoniaque (en forme de phallus) qui, en faisant d’elle une sorcière, saura lui insuffler une vie, une puissance qui la remettra sur l’avant de la scène. Mais le personnage ne sera pas pour autant maléfique. Confrontée à des êtres infiniment plus malfaisants qu’elle,  elle deviendra moins l’incarnation d’une sorcellerie démoniaque que d’une idée : celle de la femme perçue comme l’avenir de l’homme, qui saura par son élan libertaire faire évoluer la société.

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Belladonna n’est pas non plus un brûlot féministe : dès que l’autorité surgit, Jeanne a bien du mal à imposer une force qui s’oppose au pouvoir. Par ailleurs le film baigne dans une fantasmatique masculine du corps féminin (Jeanne apparaît à poil 90% du temps) qui se manifeste dans un réseau de puissantes images métaphoriques . Mais en revenant sans cesse, en surmontant ses innombrables viols et s’imposant sur la scène sociale et politique, notamment par une sexualité apparaissant finalement comme une féminité païenne bottant le cul à un patriarcat puritain, Jeanne finit par avoir une présence dangereuse qu’il conviendra de supprimer définitivement en l’envoyant au bûcher. Jeanne mourra donc, mais l’idée de cette femme capable de s’opposer au pouvoir lui survivra à travers de grands moments historiques que les ultimes images du film illustreront.

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Voilà pour l’aspect didactique. Mais au-delà de cette interprétation, c’est évidemment avant tout à un trip hallucinatoire auquel est convié le spectateur. Porté par une invention visuelle sidérante et une magnifique B.O de Masahiko Satoh alternant ballades et rock psyché, le spectateur devient lui aussi comme ensorcelé par la beauté de Jeanne et par ce qui défile sous ses yeux. On regarde, on admire parfois sans totalement comprendre. Avec une limite évidemment inhérente à ce type de projet : une sensation de trop-plein peut vous guetter et vous donner envie de vous déconnecter du film. J’avoue que la dernière demi-heure n’a pas été simple (le voir un vendredi soir après une semaine de travail était une mauvaise idée) mais peu importe : le film est de ces œuvres qui vous laissent dans l’esprit une trace au fer rouge et vous donnent envie d’y retourner un jour (depuis le W-E dernier, j’écoute par exemple en boucle la B.O. pour prolonger le voyage).

Vous l’aurez compris, Belladonna est une aventure que les amateurs d’animation japonaise et de films 70’s se doivent de tenter. Du sang, du sperme et des larmes : c’est le cocktail proposé parbelladonna-6 Belladonna, cocktail qui malgré les apparences, croyez-moi, tient plus du nectar que de la boisson frelatée émanant d’un bistroquet de troisième zone. Le film est encore projeté en France (le 1er octobre, il débarquera à quelques kilomètres de chez moi) : foncez et succombez à l’ivresse du chef d’œuvre d’Eiichi Yamamoto !

9/10

Un mot sur la musique. J’ai souvent eu coutume de penser que la B.O. ultime de japanimation était la B.O. d’Akira, partition prodigieuse destinée à mieux vieillir que le film. Après avoir revu Belladonna, j’hésite sur sa prééminence. Et lorsqu’en plus je lis ce commentaire de Saint Jim O’Rourke qui -vous le savez si vous êtes un habitué du site – est une personne éminemment respectée sur BdJ :

“There was a time when the strength of a musician’s vision transcended all labels; here is a chance to dip into that pool again, and emerge not just refreshed, but alive again with the sense that we all can live in that world again, but most importantly raise the flag for excellence. Fantastic.”

… eh bien je ne suis plus sûr de rien. La seule chose de sûre est qu’avec cette BO on tape dans l’excellence. A l’origine de cette OST, une sage décision de Yamamoto qui décide de contacter Satoh, musicien habitué surtout ou jazz expérimental et ayant fait de solides études musicales aux Etats-Unis. Il  est dans l’animation japonaise alors seulement connu pour avoir composé la musique de… Panda Go Panda ! Autant dire qu’il prend avec la musique de Belladonna un virage à 180°. Armé de gros moyens instrumentaux (un orgue Hammond B3, un Minimoog, un synthétiseur Korg, un mellotron, un piano, deux trompettes, quatre trombones, deux cors, un saxophone soprano, huit violons, un marimba, un vibraphone, deux guitares électriques, des gongs, des congas, une basse et j’en oublie encore) et demandant à son épouse, la chanteuse Chinatsu Nakayama, de prêter sa voix pour les quelques chansons, on obtient une BO très forte qui donne au film une empreinte sonore inoubliable. Dès la sortie de Belladonna en 1973 et lors de ses diffusions ultérieures (diffusions parfois clandestines par le biais de crasseuses VHS), les spectateurs se sont souvent posé cette obsédante question : existe-t-il un vinyl de cette B.O. ? La réponse a longtemps été la même :  Belladonna n’a jamais bénéficié d’une édition japonaise en vinyl, lacune invraisemblable rendant fou de frustration les admirateurs du films et les amateurs de musique psychédélique. A noter cependant que les collectionneurs italiens s’en sortirent bien mieux puisqu’un vinyl fut pressé en 1975 par Cinevox, un label italien. Edition totalement WTF lorsque l’on sait que Belladonna ne fut même pas diffusé en Italie ! Et un coup d’œil à la liste des morceaux la rend encore plus étonnante, jugez plutôt :

Face A :

1 – Andy Warhol

2- Belladonna

3- Valle Incantata

4- The Notice is Notice

5- Belladonna

Face B :

1- Mr London

2- Little Flower

3- Funny Feeling

4- TBSF

5- Take it easy

On remarque un choix de titres pour le moins étranges, « Andy Warhol » et « Mr London » étant des titres difficilement associables à l’univers de Michelet. Mais qu’importe, on tenait là les morceaux du film, notamment « Belladonna », la chanson composée non par Satoh mais par Asei Kobayashi et chantée par Mayumi Tachibana. Chanson qui a d’ailleurs eu le privilège de sortir en 45 tours au Japon, sans doute grâce à le renommée d’Asei Kobayashi :

Sympa de posséder ce disque mais cela ne remplaçait pas le plus important : les compositions de Satoh qui demeuraient un graal pour les amateurs de pépites sonores de cette première moitié des seventies. Il faudra attendre les années 2010 pour que le miracle ait lieu : contacté par le label Finders Keepers Records, Satoh accepta de rééditer Belladonna en vinyl, d’après la playlist de Cinevox à une exception près : le Belladonna d’Asei Kobayashi, qui se voit jarter de l’album, unité sonore oblige. On y retrouve donc la magnifique ouverture (le deuxième morceau intitulé « Belladonna ») et les autres chansons mélancoliques évoquant le vague à l’âme de Jeanne, tel le magnifique TBSF :

C’est une autre curiosité du disque puisque le morceau n’apparaît pas dans le film. Mais il est totalement dans l’esprit et dans la continuité des autres chansons. Concernant les instrumentaux, le gros morceau est Take it esay, entendu lors de cette séquence épique qui bombarde le spectateur d’images anachroniques par rapport au contexte de l’histoire :

Au passage, en entendant ce morceau, je n’ai pu m’empêcher de penser au premier morceau rock entendu dans le United Red Army de Wakamatsu. Pour rappel la musique a été composée par Jim O’Rourke et on trouve dans ce morceau la même énergie psychédélique, signifiant une sorte d’hystérie que rien n’arrête. Pas impossible que Take it easy ait été une petite influence pour O’Rourke. Bref…

Je ne vais pas déballer tous les liens youtube de la BO. Vous aurez compris que la musique de Satoh est hautement recommandable, à la fois puissamment évocatrice des images du film et capable d’être savourée sans avoir vu ces dernières. Et bonne nouvelle pour les heureux possesseurs d’une platine (moi j’aimerais, mais je n’ai pas la place) : le 33t est tout ce qu’il y a de plus abordable :

http://www.finderskeepersrecords.com/shop/masahiko-sato-belladonna/

A placer précieusement entre la BO d’Akira et une OST de Joe Hisaishi ou de Kenji Kawai.

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Kaiju eiga à South Park

Le hasard a fait que je suis tombé récemment sur quelques épisodes de South Park après une looongue période d’abstinence et le hasard a bien fait les choses. D’abord parce que je prends un pied monstre à revoir l’humour malpoli très hara kiri de Parker et Stone. Ensuite parce que je suis tombé sur quelques épisodes où il était question de Japon. Le premier apparaît dès la première saison, il s’agit de l’épisode intitulé « mecha-Streisand ». Avec un tel titre, je me suis vaguement demandé s’il y allait avoir un rapport avec les robots japonais. Néanmoins comme je ne voyais pas trop le point commun entre Barbara Streisand et les mechas propres à la S-F japonaise, je n’y croyais pas trop. Et pourtant, je m’en suis bien mis les mirettes car apprenez que l’on y trouve Robert Smith :

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Oui, bien LE Robert des Smith des Cure, qui dans cet épisode se transforme en :

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Mothra-Robert Smith !

Vous l’avez compris, l’histoire va sonner comme un hommage à un genre bien apprécié sur ce site, le kaiju eiga. Un hommage et juste cela. On aurait pu craindre une charge aussi gratuite qu’imbécile (genre un certain sketch des Inconnus sur les sentai) mais non, il apparaît que Stone et Parker ont été marqué dans leur enfance par les vieux films japonais de monstres et ont décidé dans cet épisode de multiplier les clins d’œil à certaines références bien précises. Avant d’aller plus loin, un petit résumé :

Lors d’un atelier devant familiariser les enfants à l’archéologie, Cartman tombe sur un étrange triangle : il s’agit en fait du triangle de Zinthar. La découverte fait la une et une célébrité ne tarde pas à rappliquer à South Park pour mettre la main sur le précieux objet : Barbara Streisand, vieille star antipathique sur le retour, prête à tout pour récupérer le talisman qui doit lui permettre en fait de se transformer en une immense créature taillée pour conquérir le monde ! Les enfants aidés de Robert Smith parviendront-ils à l’arrêter ?

Dans cet épisode, le vitriol n’est donc pas destiné à nos bien aimés kaijus mais à Barbara Streisand, apparemment pas vraiment appréciés par Parker et Stone qui insistent sur sa prétention et son absence de talent. Elle va être le personnage ridicule qu’il va falloir dégommer et cela, l’épisode y parviendra sans problème dès la première moitié de l’épisode. Mais c’est surtout dans la deuxième que l’amateur de certains films japonais commencent à ouvrir des grands yeux. Sur un plateau de tournage, Sydney Poitier se rend dans sa loge pour discuter avec de minuscules créatures :

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Le doute n’est pas permis, c’est évidemment un clin d’œil aux deux « shobijins », les petites fées (jouées par les Peanuts) dans Mothra contre Godzilla, chargées de récupérer le papillon géant :

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Plus tard, Streisand récupère donc le deuxième triangle qui lui permet de se transformer illico en…

south park 3south park 6south park 7Mecha-streisand !

Ici, c’est évidemment une allusion à mechagodzilla, le double de Godzilla qui apparut dans rien moins que cinq kaiju eiga. À noter que pour se transformer, Streisand psalmodie une formule magique en japonais :

Sugoi! Kono ima… atarashii hajimari da! Ima kara… atashi no namae wa… Mecha Babura Sutoraisando !

Magnifique ! Voici maintenant… un nouveau commencement ! À partir de maintenant… mon nom est… Mecha Barbara Streisand !

S’ensuit immédiatement une scène de destruction de la ville où apparaît d’ailleurs un restaurant de sushis :

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On a aussi des plans montrant une foule en panique et des immeubles se faisant défoncer, élément urbain qui n’apparaissait jamais dans la série. Absolument irrésistible, une voix japonaise retentit : c’est la voix d’un journaliste japonais qui se met à chanter les exploits du kaiju, évoquant ainsi certaines chansons propres aux kaiju eiga ou à certaines séries télé populaires. Les paroles sont cependant avec elle un peu moins amènes :

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Ba-bura, Ba-bura, ichiban kirao no hito  / Babura, Babura, tu es la personne la plus détestable
Ba-bura, Ba-bura, hana ga ookii  / Babura, Babura, ton nez est énorme
Ba-bura, Ba-bura, sugoi na bitchu da  / Babura, babura, tu es une belle salope
Barbura, Barbura!  / Babura, Babura !

Détestable mais invincible car même l’armée ne peut rien contre sa force dévastatrice. Fort heureusement une autre célébrité apparaît : il s’agit de Leonard Maltin (un critique de cinéma) qui a la bonne idée de se transformer en…

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Ultra Marutan !

Après le kaiju eiga, c’est au tour du tokusatsu, c’est presque trop de bonheur d’un coup ! Malheureusement Ultra Marutan est parti pour se prendre une branlée. Mais c’est alors que Sidney Poitier surgit et se transforme en…

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Mega Poatia !

Retour au kaiju eiga avec l’évocation de Gamera, la tortue géante. A cet instant on se dit que l’épisode part sérieusement en vrille mais qu’il s’agit sans doute du dernier élément WTF de ce combat dantesque contre l’horrible Mecha-Streisand. Erreur, puisqu’arrive Robert Smith qui se transforme donc en Mothra sous les clameurs du journaliste japonais qui chante un :

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Rob-ato Sumisu, Rob-ato Sumisu! Watashi wa daisuki Rob-ato Sumisu.

Et là, le combat sera vite réglé. Mecha Streisand sera balancée en dehors de notre atmosphère et explosera en un beau hana bi, permettant à Robert Smith de retourner à son beau pays dans un beau décor de soleil couchant :

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Il est très possible que les fans hard-core de South Park goûtent peu cet épisode tant il paraît bien sage dans son humour caustique en comparaison avec d’autres. Mais pour l’amateur de culture populaire japonaise, impossible de mesurer son enthousiasme, cette histoire est bien une petite perle.

Roujin Z (Hiroyuki Kitakubo – 1991)

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Eternel problème au Japon : face à une population vieillissante, comment faire pour s’occuper de tous ces petits vieux dépendants ? Comme de bien entendu, c’est vers la robotique que l’on se tourne avec le « Z-001 », machine en forme de lit capable de s’occuper de tous les besoins du patient (manger, chier, se divertir…). Splendide sauf que Takazawa, le vieillard servant de cobaye à la machine, n’a pas l’air forcément très jouasse et semble même regretter son ancienne aide-soignante, la jeune et jolie Haruko qui regrette elle aussi ne plus avoir à s’occuper de son petit vieux…

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老人Z (Rôjin Z)

« Papa, je peux lire Akira ? », « Papa, je peux voir Akira ? », telles sont les litanies que je n’ai pas arrêté d’entendre à la maison ces dernières semaines. Bon, évidemment, quand à dix ans on a la permission de chevaucher la moto de Kaneda au festival d’Angoulême, je veux bien comprendre que ça puisse marquer. Mais ne brûlons pas les étapes, Akira, ça se savoure surtout à l’adolescence, Olrik Jr attendra donc quelques années.

Mais pour l’instant, j’ai bien compris qu’il lui fallait une dose d’Otomo en guise de compensation. Et là, ce n’est pas un problème. On met de côté aussi Domu qui est un peu sombre pour un gamin de cet âge, mais en louchant du côté de l’animation, il est très facile de dégoter des productions très bien adaptées. Il faudra bien que je reparle un jour de Freedom qui, dix ans plus tard, n’a pas trop mal vieilli et qui offre son lot de S-F vitaminée et bourrée de grosses motos futuristes. Beaucoup d’actions mais pas de violence, un régal pour les mirettes d’un gamin. L’enthousiasme fut en revanche moins grand pour Steamboy. Déjà, à l’époque, le film m’avait assez peu enthousiasmé, ce fut encore le cas à la revoyure.

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Par contre, gros plaisir au visionnage de ce Roujin Z que j’avais toujours mis de côté. Alors certes, ce n’est pas Otomo à la réalisation (Hiroyuki Kitakubo : Golden Boy, Blood : the Last Vampire). Mais derrière le scénario, on se retrouve face à un film qui a de forts points communs avec Akira, et même avec Domu. D’abord par cette opposition entre jeune et ancienne génération. Dans Akira, la jeunesse est un vent qui balaye tout et contre laquelle le colonel se trouve rapidement dépassé. Dans les ultimes planches, il avoue d’ailleurs être un vieux cheval sur le retour qui n’a plus à participer à la reconstruction de la société. Dans Roujin Z, le discours est plus nuancé puisque les vieux participent tout de même à l’amélioration de la société. Ainsi ce groupe de vieux machins :

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Le pervers pépère au clavier a une érection car il vient de pirater des informations. Evidemment, il tient à prouver à Haruko qu’il n’est pas un menteur.

Grossiers et libidineux, certes, mais surtout méchamment portés sur l’informatique et capable de leurs lits d’hôpital de pénétrer des secrets bien gardés et de les livrer à des journalistes pour que lumière soit faite sur des activités illégales. Le troisième âge apparaît ici comme un âge à la fois régressif (on songe au petit vieux malicieux – mais aussi dangereux – de Domu) et subversif, en tout cas salvateur dans cette société où la subversion des jeunes ne va pas plus loin que d’aller s’enivrer au karaoké pour ensuite baisoter entre collègues de travail :

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Ça glandouille mais ça peut potentiellement agir de manière efficace.

Une seule obsession apparaît d’ailleurs chez ces derniers : s’occuper de leur carrière. Du coup, laisser papa-maman dans les mains d’un robot dès qu’on s’approche du 4ème âge, pourquoi pas ?

Un autre aspect qui évoque Akira est le rôle de l’armée et de ses douteuses expériences. Dans Akira, on manipule des enfants dans un but guerrier. Et on ne leur demande pas leur avis, c’est marche ou crève. Takazawa dans son lit subissant des tortures fait penser à Tetsuo subissant les multiples expériences du centre scientifique supervisé par le Colonel :

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Bon, Tetsuo n’a pas eu non plus à subir l’aspirateur à merde.

Quant au but guerrier, même chose ici puisque le  Z-001 et son moteur nucléaire s’avère être une expérimentation de robot destiné à des fins guerrières.  Et comme dans Akira, la jeunesse, incarnée par Haruko et trois de ses collègues de travail, saura contrer les agissement de l’ignoble Hasegawa. Son acolyte, Terada, sera quant à lui plus humain et aura une évolution qui évoquera celle du Colonel :

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Terada en action sur Haruko. Non, ce n’est pas ce que vous croyez, Roujin Z est un film grand public bande de saligauds !

Enfin, lorsque arrive la perte de contrôle du Z-001, impossible là aussi de ne pas penser à Tetsuo et à ses mutations. La chose  procède par agglutination d’éléments et la frontière entre organique et mécanique devient peut perceptible. On songe ici au Tetsuo de Tsukamoto où les câbles semblent être autant de vaisseaux sanguins parcourant le nouvel organisme du personnage principal.

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Et on n’en est qu’au début. Je ne vais pas vous gâcher le plaisir de la découverte de l’ultime métamorphose.

Il y a donc dans Roujin Z une certaine démesure graphique qui, conjuguée à une animation efficace mais évidemment bien plus sommaire que celle d’Akira, procure une dernière demi-heure assez divertissante. L’ensemble du film l’est d’ailleurs, et 25 ans plus tard il est difficile de faire la fine bouche devant la qualité de ce métrage qui parvient en 80 minutes à développer une histoire de S-F à la fois dynamique et bien pensée dans ses thématiques médicale et sociologique, le tout avec humour (et servi aussi, j’allais oublier, par de beaux décors de Satoshi Kon). Une œuvre totalement dans la continuité de ce qui se faisait en animation dans les 80’s.

7/10

Hikaru no go ou le plaisir de ne pas comprendre

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Rares sont les séries de plus de cinquante épisodes qui peuvent se targuer de m’avoir donné envie de les visionner une deuxième fois. Encore plus quand il s’agit d’un Shonen, genre pourvoyeur d’un plaisir certain mais suivant des sentiers archi rebattus et faisant bien souvent la part trop belle à la baston. Mais avec Hikaru no Go, adaptation du manga des fameux  Hotta et Obata (Death Note, Bakuman…), c’est différent :

Hikaru Shindo est un collégien qui découvre un jour, dans le grenier de son grand-père, un vieux goban (plateau permettant de jouer au go) sur lequel est incrustée une tache de sang qu’il est le seul à voir. Immédiatement après avoir touché le goban, Hikaru est saisi par une force mystérieuse et s’évanouit. Au réveil, il s’aperçoit que l’esprit d’un maître de go de l’époque Heian, Sai Fujiwara, le suit dorénavant où qu’il aille. C’est le début d’une cohabitation qui va éveiller peu à peu Hikaru au go…

Pas de kamehameha, de chasses au trésor ou de combats sanguinaires au katana. Et pourtant il s’agit bien d’affrontements, affrontements se faisant par le biais de cette arme :

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 le goishi, petite pierre de quelques grammes.

Arme légère, en apparence inoffensive, et pourtant il s’agit bien d’une arme, avec ce que cela suppose de dégâts infligés à un adversaire. C’est la première réussite d’ Hikaru no go : saisir l’intense lutte psychologique d’un match, lutte qui rappelle la fameuse phrase d’Oscar Wilde sur les échecs : « Si vous voulez détruire un homme, apprenez-lui le jeu d’échecs ». Certes, la plupart des parties jouées dans HNG sont bien souvent exécutées avec une bonne entente entre les adversaires. Mais il en est d’autres dénotant aussi l’envie de détruire, d’humilier, de faire mal. D’autres aussi où l’enjeu est tellement important que la défaite est perçue comme un déchirement que le personnage aura bien du mal à surmonter (ici on songe à la phrase de Francis Spiner : « La solitude du joueur d’échecs à l’approche du mat est semblable à celle du condamné. »). Dans ce type de partie, la réalisation donne à voir des plans courts et utilise une musique volontiers épique :

N’imaginons pas avec cette musique que le sang coule, les joueurs étant moins des troufions au corps-à-corps que des généraux d’armées se livrant de loin à des stratégies de haute volée. En revanche, on sent bien le nekketsu, cette sorte de colère, d’irruption subite des émotions qui incite le personnage à se dépasser. Le nekketsu est ici plus contrôlé, moins exubérant que dans une série du type Saint Seiya, mais bien sensible et d’autant plus impressionnant qu’il est exprimé par un personnage en seiza (posture sur les genoux), quasi immobile, face à un goban. On ne comprend pas forcément ce qu’il se passe à l’écran, le haut niveau des coups joués étant franchement hiéroglyphiques, mais on est happé par ce que l’on voit, et on apprécie.

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Ceci est d’ailleurs l’autre tour de force d’HNG. A priori, suivre une série tissant son intrigue autour d’un jeu dont on ne connaît pas les règles n’a rien d’engageant. Evidemment, les auteurs ont glissé au début de la série quelques éléments pédagogiques afin de donner au lecteur/spectateur quelques rudiments. Après, il faut bien avouer que cela reste bien insuffisant pour permettre au novice d’être à l’aise face à un jeu qui a la réputation d’être ardu particulièrement au début de l’apprentissage. J’ai souvent essayé de me mettre au go, j’ai à chaque fois abandonné devant la subtilité épurée et profonde du placement des pions. HNG nous fait comprendre que dans ce jeu il est question de territoires. Le gagnant est celui qui en a le plus. Simple, clair, efficace. Et pourtant il peut être assez difficile de saisir la progression des coups et surtout ce qui fait qu’à un moment donné, la partie est terminée, elle peut arrêter d’être jouée parce qu’un joueur n’a plus aucun chance de gagner. En cela le go n’est pas différent des échecs lorsqu’un joueur professionnel décide d’abandonner au grand étonnement du débutant qui pensait qu’il pouvait continuer. Mais face à ce goban où une multitude de pierres semblent tisser de complexes constellations cachant un sens quasi mystique, le cap à franchir pour en saisir les subtilités semble tout de suite plus important.

Au Japon, chaque épisode était suivi d’un court programme d’apprentissage intitulé Go Go igo ! et présenté par Yukari Umezawa, une professionnelle du jeu. Petit complément qui permettait de mieux saisir certains points.

Du coup on peut se demander quel est l’intérêt de voir des joueurs prodigieux à l’écran s’ingénier à sortir des coups de la mort, coups, que le simple néophyte ne peut évidemment saisir. Sûr que le connaisseur en go qui connaît les arcanes du jeu doit méchamment bicher mais pour les autres, l’intérêt doit être bien maigre. Et pourtant, un peu à la manière d’Akagi (série adaptée d’un manga de Nobuyuki Fukumoto et ayant pour sujet le mahjong), la connaissance précise des coups et de leur portée n’a aucune espèce d’importance puisqu’elle est compensée par une mise en scène immersive qui nous donne à sentir la tension de certaines parties, ou les sommets intellectuels que d’autres atteignent, et cela est largement suffisant pour éprouver du plaisir et avoir envie de continuer le visionnage de la série. D’autant qu’Obatta et Hotta ont dans cette série particulièrement excellé à imaginer toute une galerie de joueurs et à les rendre attachants dans l’esprit du lecteur/spectateur qui du coup fantasme sur ce que pourrait être la confrontation entre tel ou tel et jubile lorsqu’elle se produit pour de bon.

Ainsi Sai vs Toya Meijin, confrontation que l’on espère de voir dès les premiers épisodes et qui a bel et bien lieu, mais bien plus tard.

Enfin, HNG est tout simplement très bon dans son histoire et dans la vaste galerie de personnages qu’elle va développer, qu’il s’agisse d’adolescents ou d’adultes. Très vite, comme dans tout shonen qui se respecte, Hikaru va se trouver un rival en la personne d’Akira Toya, jeune prodige du go de son âge, et fils de Koyo Toya, l’actuel Meijin (sorte de yokozuna du go, Meijin étant un des titres les plus importants, si ce n’est le plus important).

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Hikaru et Akira

Hikaru le rencontre au début dans une salle de go et joue une partie contre lui en sa gardant bien de lui dire que les coups qu’il joue sont ceux que lui dicte Sai. Il le bat à plate couture et finalement suscite chez Akira une envie bien précise : connaître qui est cet Hikaru surgit de nulle part, qui tient ses pierre comme un manche et qui a pourtant un niveau de jeu équivalent à celui de son père. Inversement Hikaru, en voyant la ferveur qui anime un enfant de son âge envers un jeu qui lui ne l’intéresse pas, commence à se prendre d’intérêt pour ce jeu et avoir envie de commencer à jouer avec ses propres moyens. C’est véritablement le coup de génie du scénariste : doubler la traditionnelle rivalité entre deux personnages avec celle qui va peu à peu s’installer entre Hikaru, toujours plus désireux de progresser, et Sai, dépendant de la réalité physique de son disciple pour jouer et brûlant de se frotter aux joueurs extraordinaires qu’il rencontre dans ce XXème siècle. Et cette deuxième rivalité est d’autant plus forte que Sai apparaît très vite comme une sorte de père tutélaire. Le véritable père d’Hikaru existe, mais jamais il ne nous est montré. C’est que Sai l’a remplacé et va, sans s’en rendre compte au début, opérer un véritable travail de transmission dans l’esprit de son jeune disciple. Et la relation Sai-Hikaru va peu à peu s’étoffer et prendre de l’épaisseur. D’abord sorte de grand frère camarade puis, lorsque Hikaru aura progressé au point de devenir insei (étudiant en go qui s’apprête à passer pro), Sai deviendra un maître plus intransigeant. Avec une bascule dramatique qui va peu à peu devenir plus évidente : comme la raison d’être de Sai est le go (il ne « vit » que pour cet art qu’il n’a de cesse de perfectionner afin d’atteindre un jour ce qu’il nomme « le coup de Dieu »), ne s’aperçoit-il pas qu’en faisant travailler Hikaru dans ce domaine il risque un jour de ne plus pouvoir jouer du tout ? Quand Hikaru passera pro et fera comprendre à Sai que son travail de passeur est finalement achevé, ce personnage tout en noblesse aura une prise de conscience amère et la relation Sai-Hikaru touchera au sublime par le biais d’un événement tragique…

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Merveilleux Sai…

Au-delà de cette relation, notons aussi celle qui va se tisser entre les jeunes pros et les anciens, ces derniers étant à la fois fascinés et pleins de prudences vis-à-vis cette jeune génération qui progresse dangereusement. Là aussi, les personnages développés par Hotta (le Meijin, Ogata, Honinbo Kurawara, Kurata…) tiennent leur promesse et contribuent à parfois s’éloigner d’une ambiance ado monotone et un brin cucul.

En y réfléchissant bien, Hikaru no Go est le shonen le plus intelligent que je connaisse. Toutes les recettes du genre s’y retrouvent mais cela est fait avec un réel brio tant le sujet de base semblait en apparence peu adapté. Rendre dynamique et passionnant un jeu statique et austère, éveiller l’intérêt du néophyte tout en ne ménageant pas un réalisme et une technicité dans le jeu propres à satisfaire le connaisseur, tels étaient les paris à relever par le duo Hotta/Obata et les concepteurs de la série. Paris plus que tenus.

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Mardock Scramble (Susumu Kudo – 2010/2012)

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Rune Balot est une jeune prostituée qui a le malheur de tomber une nuit sur un richissime tueur en série, Shell. Enfermée puis brûlée vive dans une voiture, elle se voit cependant ramenée à la vie par le docteur Easter. Devenue une cyborg, elle est déterminée à se venger de son meurtrier notamment grâce à l’aide d’Oeufcoque, arme ultime polymorphe ayant l’apparence d’une souris.

Toujours risqué de se lancer dans des anime cyberpunk après la monstrueuse franchise Ghost in the Shell, véritable maître étalon du genre. Mais après en avoir fini avec les trois films de 70 minutes qui composent Mardock Scramble, force est de constater que le jeu en valait la chandelle. Difficile encore de déterminer s’il s’agit d’un chef d’œuvre du genre mais une œuvre qui sait habilement tirer son épingle et paraître suffisamment belle, originale et profonde pour s’enquiller sans souci les trois épisodes, ça oui.

Il y a d’abord cette réalisation sans faille qui en met plein les mirettes. Evidemment pas un gage de réussite mais c’est toujours bon à prendre lorsque l’on met en scène un univers high-tech ambitieux fait de laboratoires aseptisés, de ruelles obscures ou de quartiers néonisés style Dotonbori. Les différents lieux propres au genre sont admirablement retranscrits et c’est un plaisir de voir les personnages s’y mouvoir avec fluidité.

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Après, il y a l’écueil des personnages archi stéréotypés. Entre les cyborgs pas très expressifs et les détectives hard boiled, on peut très vite se trouver face à un univers ronronnant donnant une forte impression de déjà-vu. Ici, c’est le point fort de Mardock Scramble. Les affres du personnage de Rune font penser au questionnement intérieur de Matoko Kusanagi dans Ghost in the Shell mais sur un mode tout de même plus inquiet, un brin douloureux, et donnant parfois à voir un certain lyrisme, comme lorsque de cet étonnant passage situé dans le « paradis » (centre médical de très haute technologie où de véritable miracle peuvent être accomplis) durant lequel une discussion avec un cyborg dauphin (!) va l’aider à comprendre les problématiques de son ego et de sa destinée.

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L’autre étonnant personnage est Oeufcoque. Lui et Runetomberont mutuellement amoureux sans que le spectateur trouve cela ridicule. L’incarnation par les voix des doubleurs, l’élégance de la réalisation, tout cela concourra à donner de l’épaisseur au couple et à rendre crédible cette idylle dans un univers totalement barré. Précisons ici que les motifs propres au cyberpunk (technologie cybernétique, l’informatique, la violence, le cul bref, un univers foncièrement adulte), c’est du puissance 10 par rapport à Ghost in the Shell.

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Coucou les amis !

Avec le risque de tomber dans l’excès et le ridicule mais là aussi, la pilule passe assez bien avec même un goût de reviens-y. Et avec même l’impression d’assister à un étrange décalage par rapport au genre d’origine. Comme si cet univers cyberpunk, avec son exubérance colorée, son imagination débridée, ses créatures horrifiques, finissait par se doubler d’un autre, bien connu et renvoyant à l’enfance : le conte de fées. Il y a un peu de cela dans MS, notamment avec son trio de personnages principaux. Le docteur Easter, c’est évidemment maître Gepetto, la souris Oeufcoque, bonne conscience de Rune qui est là pour la mettre sur la bonne voie (elle connaîtra cependant le mal dès la fin du premier épisode), c’est Jiminy Cricket et Rune la poupée brisée, c’est Pinocchio, l’héroïne qui va devoir jouer au jeu de la vérité, s’efforcer de ne pas mentir lors du procès qui va la mener à affronter et peut-être vaincre Shell. Une fois que l’on a en tête ce schéma, difficile par la suite de s’empêcher de voir une multitude de référence à l’œuvre de Collodi ou à la version de Disney. Le complexe gigantesque du Paradis peut évoquer le ventre de la baleine, le casino de Shell (excellente séquence au passage) à l’île des enfants, étape décisive à l’apprentissage de Rune / Pinocchio, etc. Il y a sans doute de la surinterprétation à cela mais par son absence totale de retenue dans le traitement des motifs propres au genre, MS finit par donner un effet de miroitement de symboles permettant de quitter le réalisme pour le mythique propre au conte. Dire que l’on tient un concurrent sérieux à Ghost in the Shell est peut-être excessif. Mais une alternative intéressante à ceux que le côté « hard-science » de l’oeuvre matricielle rebuterait, on peut l’avancer sans réserves.

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