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Beck (2004)

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Yukio, collégien sans histoire et amateur de J-pop, va un jour faire la rencontre de sa vie : non pas une meuf mais un gars au cheveux longs, Ryusuke, ex-membre d’un fameux groupe de rock. Très vite Yukio va découvrir la scène rock indé et y succomber en se mettant à fond à la guitare. Et très vite aussi, Ryusuke, en quête de nouveaux membres pour fonder un groupe, va saisir tout le potentiel qu’a en lui Yukio…

Revisionnage de Beck après 10 ans déjà et le moins que l’on puisse dire est que la série tient encore la route. Adapté du manga d’Harold Sakuichi, les 26 épisodes tranchent dans le lard, évacuent nombre de passages pour tisser une histoire qui se tient de bout en bout avec une succession d’étapes qui vont amener Yukio à mûrir et à développer les talents de guitaristes ou de chanteur. Sortie de l’adolescence, découverte de l’amour avec Maho, la sœur gironde de Ryusuke, entrée au lycée, nécessité de s’imposer des choix pour son avenir et, bien sûr, passion pour le domaine sur lequel il a jeté son dévolu, on retrouve tous les ingrédients du récit d’apprentissage à la sauce shonen mais, mixés dans une thématique rock et associés au trait rond de Sakuichi, ils apparaissent suffisamment fins et originaux pour que le spectateur s’enquillent sans sourciller les 26 épisodes et ce, sans prouesses techniques notables. L’animation est terriblement minimaliste, et même parfois franchement déglinguée lors de scènes de dialogues où les mouvements des lèvres ont bien du mal à être synchro avec les mots. Et je ne parle pas des scènes de concert, surtout lorsque l’on a vu (et admiré) certains passages de Kids on the Slope. Mais ce n’est pas grave et on aurait bien tort de faire la fine gueule à cause de cela tant la réussite narrative prend le pas et incite à fermer les yeux sur une animation raide et un graphisme qui, pour joli qu’il soit, reste bien lisse, trop lisse, à l’image finalement des principaux protagonistes.

C’est l’autre petit reproche que l’on pourrait lui faire. Pour un anime qui s’attache à la scène rock underground de tokyo, on aimerait que ça sente un peu plus la clope, la bière et le sexe. Ryosuke raboulle bien de temps à autre des groupies chez lui mais, la plupart du temps, les cinq garçons de Beck mènent une vie bien sage.

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Trop chaud Ryusuke !

Mais si l’on tient compte des limites dues à l’âge du lectorat de Sakuichi, ce portrait d’une jeunesse en quête de quelque chose sort des sentiers battus, reste convaincant et, dans l’ensemble, demeure attachant. Il faut dire que Sakuichi a un certain talent pour inventer des personnages secondaires originaux. Sato sensei, le quinquagénaire champion de natation, connaisseur de rock et amateur de fesses, le patron chevelu d’un magasin de guitare ou encore la divine Momoko sensei :

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Une prof de musique comme j’eusse aimé en avoir au collège.

Ces personnages (il y en a bien d’autres) apportent une caution humoristique bienvenue. A l’opposé, Beck fait aussi volontiers dans un registre réaliste. Ainsi les scènes de la vie lycéenne mais aussi celles de la vie d’un petit groupe de rock, avec ses obstacles à surmonter (constituer un groupe, gérer des personnalités, trouver une harmonie entre les différents musiciens, surmonter le stress du live, se faire connaître…) ainsi que de nombreux décors passablement chiadés permettant de donner corps à un Tokyo urbain et à sa scène rock :

Enfin, le connaisseur ne peut qu’apprécier les multiples références au blues, au rock et même au cinéma puisque personnage de réalisateur, un certain Jim Walsh, est le parfait sosie de Jim Jarmush :

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Pour la musique, il y a la fameuse guitare de Ryusuke, prénommée Lucille, et qui est un clin d’œil à la guitare de B.B. King tandis qu’un personnage de vieux bluesman évoque directement John Lee Hooker. Et les t-shirts arborés par Yukio (la banane de la pochette de Velvet Underground and nico, les Ramones) ainsi que les nombreuses références rock des dialogues (Happy Mondays, Pink Floyd…) achèvent d’effectuer un décentrement culturel rarement vu dans une série animée japonaise.

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Pas l’animé du siècle, encore une fois assez pauvre techniquement (après, il faut être une bonne crêpe pour exécuter cette série à cause de cela comme j’ai pu le lire ici et là sur le net) mais très réussi dans son côté récit d’apprentissage adolescent et dans sa volonté de faire de la musique rock son personnage principal. Quant à la musique proposée pour rendre concrets les morceaux joués par Beck, elle pourra apparaît en fonction des goûts comme le principal défaut. Dans le manga, tout était une affaire d’imagination. On comprenait dans certaines planche que les musiciens du groupe étaient parfois touchés par la grâce et parvenaient à atteindre des sommets. C’était la force du manga mais aussi, paradoxalement, sa limite puisqu’il pouvait paraître étrange de voir des cases silencieuses supposées rendre compte d’une furie sonore quasi extatique.

Dans l’animé, impossible de jouer la carte du silence. il a donc fallu se lancer et proposer des chansons et, surtout, une voix à Yukio dont les talents de chanteur sont présentés dans le manga comme fabuleux. Or les morceaux, la voix du doubleur japonais et son accent lorsqu’il chante en anglais, même s’ils ne sont pas non plus désagréables, échouent à restituer la magie supposée de la musique du groupe. Reste une consolation : se dire qu’on a échappé à un J-rock sans saveur qui aurait complètement dénaturé le propos de Beck, animé qui a le mérite d’avoir en ligne de mire toute une culture de mass media dont le symbole est le groupe Belle Âme, groupe de petits minets dont les revenus faramineux sont inversement proportionnels à l’originalité musicale.

la Cité interdite (Yoshiaki Kawajiri – 1987)

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La fin des années 80 fleurait bon les œuvres d’animation coups de poing pour les happy few qui s’intéressaient à ce qui se faisait au Japon dans le domaine. Akira bien sûr, mais aussi Urotsukidoji et les œuvres de Yoshiaki Kawajiri, un des fondateurs du studio Madhouse mais surtout réalisateur œuvrant dans un cocktail sexe et violence délicieusement marquant sur le plan graphique. Ainsi Ninja Scroll mais aussi cette Cité interdite, troisième film de l’auteur mais en réalité premier qu’il a pu vraiment diriger de A à Z. L’histoire est tirée d’un roman d’Hideyuki Kikuchi, un des spécialistes du roman d’horreur :

A la fin du XXème siècle, la cohabitation est fragile entre le monde des humains et celui des démons. Afin de prévenir tout conflit, deux gardes du corps d’élite (un humain, Taki, et une femme démon, Maeki) sont chargés de protéger un émissaire devant signer un traité de paix. C’est du moins la mission officielle, le réel but sera bien différent…

Au départ prévu pour être une OAV de 35 minutes, Kawajiri s’est vu proposé le challenge de développer le film sur 80 minutes. Il releva le gant et fit bien puisque Yoju Toshi apparaît comme une œuvre sombre parfaitement réussie, à la lisière de plusieurs genres : polar, érotisme, S-F et fantastique. Raide et minimaliste dans les moments de calme, l’animation devient convaincante dans les scènes d’action, même si le but n’est pas non plus d’avoir un rendu époustouflant. En fait, c’est surtout l’ambiance que l’on apprécie, avec notamment un chara design très particulier où les femmes sont toutes filiformes et vénéneuses.

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Le choix de tonalités bleutées (le bleu étant la couleur préférée de Kawajiri mais aussi celle qui, d’après lui, a le meilleur rendu vidéo) concourent aussi à rendre le spectacle percutant. En se passant quasi intégralement la nuit, le film obtient un côté Blade Runner, mettant en valeur les passages colorés dans le Tokyo électrique des quartiers genre Roppongi.

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Mais Kawajiri, on l’a dit, c’est avant tout du sexe et de la violence. Et là, on est servi dans les grandes largeurs, Kawajiri laissant parler une imagination dans laquelle des femmes araignées côtoient des masseuses de Soapland à la plastique marschmallesque ou encore des démons utilisant leur ombre pour absorber leur adversaire.

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On ne s’ennuie pas, les confrontations étant bien disséminées dans le film et, quand elles sont un peu plus espacées, laissent la place à des scènes olé olé dans lesquelles la froide Maeki va peu à peu se distinguer. Je vous passe les détails, on devine un univers misogyne dans lequel les femmes ne sont pas à la fête. On aura notamment droit à une scène de viol collectif qui, même si elle ne va pas dans les détails (les films de Kawajiri ne vont pas non plus aussi loin qu’Urotsukidoji), montrera bien qu’on est sur un terrain définitivement adulte, ou tout du moins ado aguerri en quête de sensations fortes. C’est évidemment crapoteux et racoleur mais aussi toujours inquiétant tant on ne sait jamais à quoi s’attendre avec les héroïnes de Kawajiri (ce sera encore le cas dans Ninja Scroll), parfois plus proches de la mante religieuse que de la femme.

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Le seul moment romantique du film.

Bref Yoju Toshi, c’est de l’OAV old school qui décoiffe et qui continue encore d’être aujourd’hui parfaitement regardable. Vous ne matez que du Dragon Boule ? C’est pas grave, vous aurez droit à un personnage de vieillard libidineux assez savoureux qui ne sera pas sans vous rappeler une connaissance :

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« Voyons, qu’y-a-t-il de beau sur Bulles de Japon cette semaine ? »

7/10

Gyo (Takayuki Hirao – 2012)

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Jusqu’à 2012, les œuvres horrifiques de Junji Ito n’avaient eu d’adaptations qu’en film live, avec des films assez cheap comme Uzumaki et la série des Tomie. Aucun réalisateur ne s’était risqué à faire une adaptation anime d’un de ses mangas. Il faut dire qu’ils font partie de ceux dont on se dit que le transfert en animation et en couleurs peut être risqué tant l’atmosphère malsaine et glauque trouve son plein épanouissement dans le N&B propre au manga. Après, on pensait la même chose des mangas de Taiyo Matsumoto et il faut bien reconnaitre que, tant dans les adaptations Live (Blue Spring, Ping Pong) qu’anime (Amer Béton), cette question de mangas supposés inadaptables est très relative.

Bref, c’est l’année dernière qu’est sortie une OAV de 70 minutes consacrée à Gyo, manga d’Ito en deux volumes :

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qui ne se lit pas de 7 à 77 ans.

L’histoire est simple : on suit deux jeunes gens, Tadashi et Kaori, qui essayent de survivre face à une invasion de créatures (sortes de poissons insectes carnivores) sortis de la mer. Et quand on dit « invasion », croyez bien que ce n’est pas un vain mot. Présenté comme ça, on pense tout de suite à des films comme Gremlins ou Piranha. Mais ce serait être restrictif tant ces modèles sont bien inférieurs en terme de délire imaginatif. C’est le propre de Junji Ito : le goût pour inventer des scènes d’horreur 100% garanties jamais vues auparavant :

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Avec  souvent l’impression que le mangaka prend un malin plaisir à mettre mal à l’aise son lecteur, à faire subir à sa santé mentale quelques affres en lui faisant jaillir à la gueule, au détour d’une planche, une situation ignoble parfois bien choquante.

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« Allons, allons, c’est pour déconner hein ! »

 Peut-être ici mieux vaut ne pas trop en dire pour réserver la surprise de la découverte de ces créatures qui tendent, au fur et à mesure qu’avance le film, à être de plus en plus barrées. Contentons-nous de ceci :

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… en gardant bien à l’esprit que l’on se trouve face à l’équivalent d’une sardine par rapport à ce qui va suivre.

Techniquement, les bestioles sont assez convaincantes dans leurs mouvements, tout comme l’utilisation de l’informatique pour s’attaquer aux scènes où des milliers de bestioles défilent sous nos yeux. Evidemment, le mélange 3D/2D, comme d’habitude, jure un peu mais globalement on n’a pas l’impression d’être face à une OAV ratée dans ses effets.

Sur le plan graphique, le style de dessin d’Ito a heureusement été conservé. Ou du moins préservé autant que possible. Pas de N&B donc, mais le même style de dessin et parfois de petits détails tout simples qui sonnent comme du Ito, par exemple les petites hachures autour des yeux lorsqu’un personnage sent sa santé mentale en prendre un coup :

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Ou encore de ces scènes baroques et surchargées :

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En revanche, gros changement en ce qui concerne le rôle des personnages. Dans le manga, c’est Tadashi le personnage principale, sa fiancée ne franchissant pas le cap du premier tome. Dans l’anime, c’est l’inverse : Tadashi, resté à Tokyo, meurt au but d’un quart d’heure tandis que Kaori, en vacances à Okinawa avec deux amies, va lutter tout le long du film. La raison de ce renversement est toute bête et a un nom :

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FAN SERVICE

Avec un contenu aussi adulte que celui des mangas d’Ito (beaucoup de violence mais pas vraiment de sexe), autant ne pas se gêner et en donner pour son argent à l’otaku de base. C’est le rôle qui est dévolu à Erika, l’arrogante amie nymphomane de Kaori qui n’hésite pas, à peine arrivée à Okinawa, à rabouler sec dans sa chambrette. C’est pas non plus Urotsukidoji mais connaissant l’œuvre d’Ito plus axée violence que sexe, ça surprend tout de même un peu. On se retrouve ainsi avec des plans guère utiles à la narration, mais aussi avec des scènes soft, voire un brin hentaï.  Et évidemment, si je vous dit qu’à un moment il y a des créatures avec des tentacules, vous vous doutez bien que l’on se retrouve avec ce type de plan :

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Pas non plus de gros plans sur certaines parties du corps mais on sent qu’il n’aurait pas fallu non plus trop chauffer Takayuki Hirao.

Ce type de sel ne doit cependant pas faire illusion : malgré ses qualités, Gyo décevra sans doute les inconditionnel du maître du manga horrifique tant cette version peut paraître finalement édulcorée, moins rêche, brute de décoffrage et partant moins terrifiante que le manga. Mais pour ceux qui ne connaîtraient pas, as usual, comme pour Gantz ou Berserk, on se trouve face à une entrée en matière dans son univers qui  aura forcément un goût de délire puissamment original. En attendant on l’espère d’autres incursions du monde de l’animation dans l’œuvre d’Ito, Gyo est une honnête OAV tout à fait recommandable aux fans de poiscailles molodorants et de boobs généreux.

6/10

Berserk Golden Age Arc III : Descent (Toshiyuki Kubooka – 2013)

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Moi, à la base, la fantasy m’emmerde. Tous ces elfs, ces orcs, ces nains, ces magiciens à chapeau pointu, très peu pour moi. Après, quand on ajoute l’adjectif « heroic » devant, ça change un peu la donne même si ce n’est pas encore l’extase. Mais j’avoue, ces héros musculeux, bien bourrins, défonçant des crânes à qui mieux mieux et levant volontiers des petites loutes sexy, ça, indéniablement me parle. Aussi ma rencontre avec Berserk s’est-elle faite sans trop de soucis. Pas par le biais du manga de Kentaro Miura mais par celui de l’anime en 25 épisodes :

Pour limité qu’il soit en terme de graphisme et d’animation, il n’en était pas moins très plaisant à suivre et sa conclusion, coïncidant avec la cérémonie de l’Eclipse et le sacre de Griffith, promu membre de la Main de Dieu (en gros, imaginez cinq divinités du mal), claquait méchamment la gueule. Si vous êtes passé à côté de Berserk, dites-vous bien ceci : les aficionados de Game of Thrones qui vantent la capacité de Martin à tuer ses personnages principaux, à côté, ça fait doucement rigoler. Car dans cette conclusion on a droit à une véritable représentation Brueghelienne made in japan de l’Enfer. On croit que ça va s’arrêter mais non, Miura en remet une couche pour enfoncer un peu plus dans l’horreur. Tous les personnages – ou presque – auxquels on s’était jusque là attaché subissent une avarie plus ou moins définitive. Ça commence par une petite marque tatouée (attention ! gif à l’utilité contestable, sérieux s’abstenir) et ça termine par… eh bien, vous verrez bien. Et, si l’on est tétanisé par ce que l’on voit, il faut bien reconnaître aussi que l’on ressent un frisson de plaisir devant l’originalité du délire visuel. Somme toute, son manga n’est pas sans entretenir quelques points communs avec Gantz, manga que l’on peut savourer uniquement par l’escalade des scènes des scènes aussi dantesques que puissamment graphiques.

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Kubrick + Hitler dans un corps de femme = scène typique de Gantz

Après, pour l’intérêt narratif, on espère sincèrement que Miura s’en sortira mieux qu’Hiroya Oku car la récente conclusion à sa saga n’est pas loin d’un gigantesque doigt d’honneur à ses lecteurs.

En attendant qu’il termine son manga (m’est avis que ce n’est pas près d’arriver), des producteurs ont donc eu l’idée de sortir au cinéma trois films englobant l’histoire des 25 épisodes de l’anime. Avec évidemment une volonté d’en mettre plein la vue pour justifier une sortie qui n’apporte rien de nouveau. Là aussi, le parallèle avec Gantz et ses versions cinématographiques s’impose, avec le même effet : soit on ne connaît pas l’histoire originale et alors on peu prendre un réel plaisir, soit on la connaît et alors c’est ça passe ou sa casse. On peut se laisser aller ou plaisir graphique, au rendu de l’animation, au chatoiement des couleurs, à la réelle beauté de certaines scènes tout comme on peut bâiller d’ennui. Je dois dire que le visionnage des deux premiers films m’avait plutôt donné quelques crampes à la mâchoire mais je n’en attendais pas moins de pied ferme le troisième et son basculement dans l’horreur. Et là, je dois dire que dans l’ensemble je n’ai pas été déçu. Là où les versions Live de Gantz donnaient dans un affadissement à l’opposé de ce qui faisait l’intérêt du manga (à savoir du sexe, de la violence et une représentation de la société franchement abjecte), le troisième film de Berserk fait plutôt honneur à l’original par son univers adulte que l’on gardera bien de montrer à un kid adepte de Naruto. On pourra préférer le trait original de Miura conjugué au N&B qui accentue encore la noirceur de son univers, j’ai pour ma part trouvé que le caractère chiadé de la mise en scène, le rendu somptueux des couleurs associés aux scènes d’apocalypse de la fin rendait le film assez unique en son genre. Cela me fait penser à ce slogan que Glénat avait sorti lors de la parution d’Akira : c’est violent et c’est beau. Parfois lourd aussi, c’est vrai, comme l’effroyable générique ou encore la scène de sexe antre Guts et Casca, présente dans le manga mais qui donne ici l’impression d’un saupoudrage de hentai et de fan service pas forcément utile.

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Guts, creuseur de tunnel. A un moment j’ai cru que c’était Charles Bronson dans la Grande Evasion !

Et parfois ennuyeux si l’on connait déjà l’intrigue mais encore une fois, dès que l’Eclipse paraît, difficile de quitter l’écran des yeux tant le spectacle vaut son pesant de cacahouètes.

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A cause de ceci mais pas seulement.

Evidemment, une fois qu’arrive le générique difficile de ne pas se départir d’un « mais tout cela était-il bien raisonnable ? ». En dépit de plusieurs scènes vraiment réussies, je dirais que non. Mais après avoir appris que cette trilogie n’est que le tour de chauffe d’un projet bien plus ambitieux, à savoir la restitution de l’intégralité du manga en plusieurs autres films, on se dit forcément que le projet aura une sacré gueule. Et puis, avec le 4ème film on aura au moins droit à une (semi) nouveauté puisque la suite n’apparaissait pas dans la série TV.

Par contre, si ce projet est fondé, on se dit là que Miura, en plus du point commun évoqué ci-dessus avec Martin, en aura un autre : sa magner pour finir son œuvre avant que le rythme des films ne le rattrape car au train où ils vont (trois films en trois ans pour recouvrir l’équivalent de 13 tomes sur 37  – et en ajoutant que Miura en est presque à sa 25ème année de travail sur cette série), on se dit qu’il peut rapidement y avoir panique à bord au sein de l’équipe de dessinateurs bossant pour Miura. Il sera cependant intéressant de suivre la progression du manga dans les années à venir pour voir s’il se dessine un semblant de progression vers la fin. Ce serait souhaitable, l’histoire en est actuellement à un arc guère palpitant.

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Le Jardin des Mots (Makoto Shinkai – 2013)

Après une incursion plus ou moins réussies sur les plates-bandes des studios Ghibli et Gainax, Makoto Shinkai nous est récemment revenu avec un moyen métrage de 46 minutes de la même veine que 5 centimètres par seconde : le Jardin des Mots (Kotonoha no Niwa). Retour salutaire à mon avis tant Hoshi wo o koudomo, quoique visuellement réussi et truffé de péripéties, me semblait mal soutenir la comparaison avec la poésie contemplative de 5cm. Goro Miyazaki avait récemment une jolie séquence dans sa Colline aux coquelicots, séquence où l’on voyait l’activité urbaine de Yokahama, avec ses hordes de travailleurs retournant chez eux en tramway, laisser peu à peu la place aux activités nocturnes. Très jolie scène accompagnée d’Ue o muite arukou de Kyu Sakamoto pour achever de baigner les quelques minutes dans une doucereuse nostalgie :

Tout cela offrait une bien belle représentation de la ville. Après, voilà : quand Makoto Shinkai décide de sortir l’artillerie lourde et de magnifier la vie urbaine, difficile de rivaliser. Dire qu’il est le successeur de Miyazaki le père comme on peut le lire ici et là n’a guère de sens tant leur démarche est différente. Mais il faut reconnaître à ses films une puissance visuelle qui n’a pas vraiment d’équivalent actuellement. Shinkai, c’est un peu un Caspar Friedrich qui serait tombé dans le monde de l’anime et de l’ordinateur. Chacun de ses plan est un tableau emprunt de mélancolie où l’homme, perdu dans un microcosme urbain ou naturel, doit faire face à sa solitude. Rien de bien changé depuis 5 centimètres par seconde. Mais pas vraiment non plus de lassitude pour le spectateur qui se prend en pleine poire avec délectation chacun des plans. On est proprement sidéré par le rendu des textures, le souci des détails, la somptuosité des arrières-plans et la grâce du jeu entre les couleurs et la lumière. Du coup l’histoire importe peu. Alors qu’elle était relativement élaborée dans Hoshi wo ou Kodomo, elle tient ici sur un timbre poste :

Un lycéen, Takao, rencontre un jour dans le jardin de Shinjuku une jeune femme d’une vingtaine d’années, Yukari Yukino. Le courant passe et les personnages prennent l’habitude de se retrouver au jardin, mais seulement les jours de pluie. Un peu plus tard Takao découvre que Yukari est en fait professeur de littérature classique dans son lycée mais qu’elle a décidé de quitter son poste à cause de quelques élèves qui répandent de sales rumeurs à son sujet…

Voilà en gros les grandes lignes, il n’y a pas grand-chose à ajouter. Comme pour 5cm, ce sera suffisant pour envelopper le lecteur dans une histoire d’amour a priori malheureuse, ou plutôt une histoire d’amour qui permettra au héros de se lancer dans la vie. C’est peu, et en même temps largement suffisant. Le lecteur est plongé dans un climat d’attente créé par un sentiment amoureux qui peine à se formuler. Dans 5cm la frustration venait d’un éloignement spatial. Dans le Jardin des Mots il s’agit d’un éloignement lié à l’âge des personnages. Evidemment, le motif de la liaison élève-professeur peut faire peur, peut apparaître cliché, et pourtant, à la sauce Shinkai force est de constater qu’à aucun moment il ne suscite le sourire. Bien au contraire, on est stupéfaits de voir combien Shinkai parvient à faire vivre ses personnages et à faire résonner en eux des émotions qui se manifestent par des détails ou des situations inattendues. Ainsi cette scène où Takao prend les mesures du pied de Yukari afin de lui confectionner une paire de chaussures (le jeune homme se destine à être cordonnier).

En fait, l’histoire  est à l’image des pluies antédiluviennes qui  ponctuent la quasi intégralité du film. Les sentiments n’ont pas pour vocation à être exprimés mais à se diluer dans le moment et le lieu. De l’extérieur il ne se passe rien, mais à l’intérieur c’est clair que ça s’agite. C’est un spectacle de peu de choses, mais un spectacle simple, beau et sans cesse renouvelées par l’inventivité des plans et l’incroyable beauté des couleurs. Oui, clair que ce Shinkai-là, on en redemande. Avec peut-être une once de seinen en plus, quelque chose comme un soupçon d’Inio Asano dont les mangas ne sont pas sans points communs avec l’oeuvre de Shinkai. Une adaptation d’Oyasumi Punpun par Shinkai… on imagine la tuerie que ce serait….

7/10

Kids on the Slope

Moi qui croyais que l’anime le plus cool à voir actuellement était la dernière version de Lupin the 3rd, me voilà bien obligé de revoir ma copie. Après le rock dans Beck, après le classique dans Nodame Cantabile, il ne manquait plus qu’un anime se décidât à traiter du jazz. C’est chose faite depuis cette année avec ce Kids on the Slope et, comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce sont Shinichiro Watanabe (Samurai Champloo, Cowboy Bebop) et Yoko Kanno (déjà à l’oeuvre pour les OST de Cowboy Bebop) qui se sont attelés à la tâche.

Le résultat ? A nouveau une pure merveille pour Watanabe, même s’il faut bien reconnaître que cette nouvelle production se situe un cran en-dessous en matière d’originalité par rapport à ses  prédécesseurs. Souvenez-vous donc de Cowboy Bebop :

Cowboy Bebop et son univers à mi-chemin entre Lupin et Cobra, son chara design classieux, son héroïne sexy, son ambiance polar douce-amère et son merveilleux ultime épisode. Sans aucune contestation possible LA série space opera des 90’s. Mais rappelez-vous aussi Samurai Champloo :

Peut-être une claque encore plus vigoureuse que la précédente. Ici, on laisse les vaisseaux spatiaux, les flingues et les fumées de cigarettes mais on reste dans un univers bariolé qui fusionne des ambiances qui n’ont rien à voir entre elles. Au programme : le bruit des guétas sur les chemins rocailleux de l’ère Edo, les katanas qui tranchent dans la chair et… le hip hop! Six ans après Cowboy bebop et sa bande son fleuve (quelque chose comme quatre ou cinq cd pour une série de 26 épisodes), Watanabe réaffirme l’importance de l’ambiance sonore au sein de ses anime. Elle devient un quasi personnage de l’histoire, participant au côté foutraque de l’anime tout comme à sa grande originalité qui parvient à échapper à toute impression de redite au fil des 26 épisodes. Dans d’autres séries de ce type on pouvait apprécier l’intrigue et les personnages (on pense par exemple à Kenshin), et ici aussi d’une certaine manière, mais c’est vrai qu’avec cette histoire d’improbable trio qui part à la recherche d’un samouraï qui sent le tournesol, on a plus l’impression d’avoir affaire à une intrigue prétexte. Seuls comptent le dépaysement et la surprise, tant narrative que graphique ou musicale.  A ce petit jeu, l’épisode 14 atteint des sommets avec ces 5 minutes dans lesquelles on entend la voix d’Ikue Asazaki accompagner l’esprit d’un Mugen alors aux portes de la mort :

Sans aucun doute la scène qui vous reste à l’esprit après vous être maté l’intégralité de la série.

Oui, la barre était placée très haut. Tellement haut dans ce style foutraque qu’on pouvait se demander s’il était forcément judicieux d’essayer d’exploiter à nouveau ce filon. Heureusement, le générique de Kids on the Slope ne laisse aucun doute de ce côté-là :

On le voit, du moins on le devine à travers le générique, ça a l’air beau, coloré, soigné et pleins de bons sentiments. Très conventionnel aussi. Est-ce aussi original que Samurai Champloo ? Non. Mais la question n’a pas d’intérêt puisque l’originalité de Samurai Champloo venait d’une univers qui cherchait systématiquement le décalage et la rupture de ton. Avec Kids, on est plus dans une certaine normalité, avec évidemment le risque de susciter un sentiment déjà-vu. Ne serait-ce que par l’histoire. Kids on the slope (titre original : Sakamichi no Apollon) est en fait à l’origine un josei (1) de Yuki Kodama. L’histoire commence à l’été 1966 et met rapidement en scène non pas un triangle amoureux mais un pentagone amoureux :

Kaoru Nishimi, jeune homme d’une famille aisée, se voit obligé de vivre dans la ville de Yokosuka (à Kyushu) auprès de sa bourgeoise de tante à cause du métier de son père qui ne lui permet pas de rester longtemps dans la même ville. C’est un personnage renfrogné et peu enclin à se tourner vers les autres. Il est par ailleurs un excellent élève et un non moins excellent pianiste (de formation classique). Très vite, il se découvre un penchant pour cette personne :

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Ritsuko Mukae est la déléguée de la classe où débarque Kaoru. Extrêmement gentille, elle se dévoue pour mettre à l’aise Kaoru sans se rendre compte au début que ce dernier en pince pour elle. Et pour cause, puisqu’elle est avant tout attiré pour ce gaillard :

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Sentaro Kawabuchi est son ami d’enfance. Fils d’un soldat américain qui retournera au pays sans lui, il a connu une enfance difficile. Et puis un jour il a trouvé la solution pour cesser toute velléité d’ijime : se laisser pousser les biscotos et éventuellement malaxer avec ses poings la gueule de ceux qui l’importune. A côté des crochets et des uppercuts, il aime aussi à laisser parler son talent et sa fougue à la batterie. Ses héros à lui, ce sont Gene Kruppa et Art Blakey. Ritsuko va évidemment le présenter à Kaoru et ces deux que tout oppose (l’un est riche, gringalet, bon élève et adepte du classique, l’autre est pauvre, costaud, mauvais élève et ne jure que par le jazz) vont devenir les meilleurs amis du monde (avec cependant quelques heurts, comme dans tout josei qui se respecte) et se mettre à jouer du jazz ensemble. Côté coeur, Sentaro est après cette personne :

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Yurika Fukahori. Cette jeune fille élégante rencontrée et secourue par hasard sur une plage, alors qu’elle était sur le point de se faire agresser par des voyous, fait tout de suite une vive impression dans l’esprit de Sentaro. Hélas pour lui, la réciproque n’est pas vérifiée puisqu’elle est amoureuse de ce troisième larron :

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Le complexe Junichi Katsuragi. Et l’idole de Sentaro puisque ce jeune homme qui travaille à Tokyo est un trompettiste et un chanteur de jazz qui transpire la classe et la facilité. Mais le personnage est un peu trop perturbé par quelque chose pour être sensible à l’intérêt de la magnifique Yurika. Ce « quelque chose » sera révélé au fur et à mesure des épisodes.

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On le voit, on se trouve face à un scénario vu et archi revu. On devine que pour ces personnages tout sera à la fois simple et compliqué. Les moments d’intense complicité alterneront avec d’autres d’agacement, voire d’incompréhension ou d’animosité. Et on se rabibochera avant d’entrer dans une nouvelle mauvaise passe. Oui, tout cela sent le réchauffé et pourtant, l’histoire, portée par le chara design de Nobuteru Yuki et l’animation de Yoshimitsu Yamashita, se voit sans déplaisir, échappant même à toute mièvrerie tant les personnages sont bien campés et sans effusion inutile devant leur découverte personnelle de l’amour.

Ça vous paraît cependant un peu court ? Attendez un peu, car c’est là qu’intervient LE personnage de l’anime, je veux bien sûr parler de Mister Jazz. Après le délirant Nodame Cantabile et le bon Beck (sans hésitation le calembour de la semaine !), l’horizon semblait là aussi un peu bouché pour ce qui était de réaliser une nouvelle série où la musique jouerait un rôle primordial. Beck était statique et risqué dans sa volonté de faire entendre du rock supposé propulser un jeune groupe indépendant à la reconnaissance. Mais finalement, l’anime sut bien tirer son épingle du jeu dans la manière de donner à voir et à entendre les prestations scéniques des différents groupes de l’histoire. Même chose pour Nodame Cantabile dont le lyrisme loufoque accompagnant les performances scéniques décapait à la lampe à souder la musique classique.

Après ces deux modèles, que pouvait apporter de plus Kids on the Slope ? Ceci :

L’anime va être à l’image de ce qu’est en train de faire Sentaro : une performance. Et le spectateur sera à l’image de Kaoru : figé, scotché, admiratif. Et chaque épisode sera ainsi porté par une prestation de ce type. Là où un Beck ne faisait que se débrouiller habilement dans la restitution de morceaux live, là où Nodame jouait la carte d’un lyrisme bouffon pour bidonner le spectateur, Kids on the Slope parvient quant à lui à submerger ce dernier d’un pur plaisir visuel et sonore, le faisant attendre avec fébrilité le moment de chaque épisode où il sait que les personnages vont se faire un boeuf. Pour un peu, on se foutrait de l’histoire sentimentale puisque l’on sait que l’on va avoir droit à une pépite :

… voire carrément un morceau de bravoure :

Mais l’on ne s’en fout pas puisque tout est lié, le josei devenant alors comme transcendé par la musique. L’histoire sentimentale compliquée, pour ainsi dire vouée à l’impasse, se met à respirer, à battre sur le même tempo que la musique des disques de jazz que vend dans son magasin le père de Ritsuko :

Autre petit plaisir de l’anime : repérer les authentiques pochettes de 33t.

Kaoru pourra bien avoir envie, parfois, de balancer son poing dans la gueule de Sentaro (on lui souhaite bien du courage), on sait que ces moments d’inimité seront balayés dès qu’ils se remettront à faire de la musique ensemble. L’épisode 7 est pour l’instant le plus extraordinaire. Les deux personnages sont alors fâchés à mort car Kaoru ne pardonne pas à Sentaro de prêter main forte à un groupe de rock pour midinettes (2). Et puis, lors de la fête de fin d’année de leur lycée, c’est le miracle : les guitare électriques tombent en panne, exit le groupe de rock, mais il faut meubler. Kaoru décide alors de passer à l’action :

A la fin de la prestation, les personnages sont à nouveau réconciliés, comme si leurs relations dans la vie étaient à l’image de celles de musiciens dans un groupe, avec parfois des couacs, des regards noirs lancés vers le copain qui a fait une mauvaise note, mais aussi des moments de communion, de jouissance d’être là à jouer avec des personnes que l’on aime, à vivre, à l’image de l’austère Kaoru lorsqu’il se met à jouer pour la première fois avec ses nouveaux amis :

Comme le dit Kaoru à la fin d’un épisode : « Parfois, la vie fait comme le jazz. Elle prend des tournants imprévus. » Phrase qui pourrait parfaitement résumer toute l’oeuvre de Watanabe. On peut être moins sensible à ce Kids on the Slope qu’à ses créations antérieures, mais on ne peut pas lui reprocher de manquer de cohérence dans sa volonté d’aller là où on ne l’attend pas. Ni manquer d’ambition : Lorsque l’on voit ses trois dernières œuvres, difficile de ne pas admirer son éclectisme et cette capacité à utiliser de vieilles recettes pour mieux les détourner et les magnifier. Après le space opera jazzy, le chambara hip-hopesque, voici maintenant le josei musical. En soi le genre n’est pas nouveau. Mais après cette perle, il sera peut-être difficile de s’y risquer à nouveau sans crainte de la comparaison défavorable. Aborder un genre, le pousser dans ses derniers retranchements pour en donner une version personnelle qui fera date, y’a pas, Watanabe est le Stanley Kubrick du dessin animé japonais format série.

(1) Pour faire simple, un josei est un shojo upgradé : le public visé est celui des post ados et des jeunes femmes. La thèmatique principale est toujours l’amour mais les histoires abordent volontiers aussi d’autre thèmes moins traités dans les shojo comme la drogue, la contraception, l’homosexualité, etc. Le ton se veut donc plus réaliste qu’idéaliste.

(2) Il y a dans Kids on the slope un arrière-plan bien vu qui évoque les premiers succès des Beatles. Avec la double perception qui accompagna leurs débuts : d’un côté ceux qui n’y voient qu’un groupe éphémère pour les midinettes, de l’autre ceux qui perçoivent derrière cette fausse façade quelque chose d’intéressant sur le plan musical. Ce sera le cas de Sentaro, même si cela ne l’empêchera pas de garder son culte pour le jazz.

Lupin the Third: Mine Fujiko to Iu Onna (Sayo Yamamoto – 2012)

De la gouaillerie, de l’action, des vols, de l’humour et des seins… beaucoup de seins. Bienvenue dans la nouvelle adaptation des aventures de l’inaltérable petit-fils d’Arsène Lupin, j’ai nommé Lupin the 3rd avec les 13 épisodes (actuellement sur les écrans nippons) de Lupin III: Mine Fujiko to iu onna (aka Lupin III : a Woman called Fujiko Mine). Une version consacrée à la voluptueuse Fujiko ? Il fallait bien ça pour fêter les 40 ans de Lupin sensei.

Après, encore du Lupin, pourrait-on dire, y’en a marre ! Cet avis, je dois l’avouer, je l’ai souvent partagé. Finie l’époque où les épisodes d’Edgar, le détective cambrioleur :

finie l’époque dis-je où ces épisodes, avec ceux de Cobra, faisaient frétiller d’aise les galopins d’école primaire que nous (en tout cas moi) étions. Edgar/Lupin, c’était du grand n’importe quoi. Mais c’était drôle, inventif. Et sexy. Grâce notamment à cette demoiselle :


Magalie/Fujiko Mine.

Et puis voilà, si j’ai encore un peu de plaisir à mater les vieux épisodes (ceux de la deuxième saison, la plus populaire, diffusée au Japon de 1977 à 1980 ; Lupin y porte une veste rouge), j’ai en revanche plus de mal avec les innombrables adaptations en OAV ou en films d’animations (je mets à part le Lupin de Miyazaki, plus décalé par rapport à l’univers de Monkey Punch). Se mater un épisode de 20 minutes, ça va. Se farcir l’hystérie du père Lupin pendant une heure et demie, c’est là que ça coince. Très vite le système Lupin joue dans la surenchère et peut potentiellement devenir gavant et bien éloigné des mangas originaux, beaucoup plus dosés dans l’outrance et jouant la carte d’un érotisme allant bien plus loin que de montrer une bombasse aux formes généreuses. Aussi ce retour à des épisodes de 23 minutes, et ce 27 ans après la dernière série, pouvait-il paraître salvateur, à condition de retrouver un certain esprit Monkey Punch. Grande question, de celle dont on devine qu’elle fera ergoter encore et encore les puristes. Nous ne sommes de plus qu’au 4ème épisode, difficile d’avoir un avis tranché. Cela dit, on va dire, en attendant d’une confrmation de ce fameux esprit, que c’est plutôt bien parti. Et que, en terme de mise en scène, de plaisir visuelle et d’ambiance sonore, c’est magnifique :

Ça calme hein ? Et ce n’est que le générique. Le reste est du même niveau. Difficile de faire la fine bouche devant le travail de Sayo Yamamoto (Michiko to Hatchin) à la réalisation et de Takeshi Koike (Redline) au design. Chaque épisode est un pur plaisir visuel qui fait que, même si l’on décroche de l’intrigue, on trouve finalement son compte tant chaque histoire regorge de plans, de décors qui flattent la rétine.

Exemple de plan qui flatte la rétine

Ajoutons à cela une ambiance jazzy de Kikuchi Naruyoshi et l’on comprend assez vite que l’on a droit à une anniversaire étincelant pour le glorieux voleur. On se demande d’ailleurs si ce n’est pas trop chiadé pour un tel manga. Ceux qui ont eu l’occasion d’avaoir un manga de Monkey Punch dans les mains ont pu être surpris par le côté brouillon, bordélique, rustaud, parfois à la limite du lisible, du dessin (d’ailleurs, on attend toujours, soit dit en passant, une édition française). D’une certaine manière, cet aspect est pour la première fois conservé puisque Takeshi Koike utilise abondémont le gros trait et les hachures, rappelant parfoit l’univers de Monkey.

Autre plan « généreux ». A noter que l’importance de ces hachures varie d’un épisode à l’autre. Sans doute à cause des équipes qui sont constamment modifiées.

Héritage de Punch et modernité de nouveaux noms de l’animation, c’est un peu ce qui ressort de l’emballage. Passons au contenu. Il ne vous aura pas échappé en zyeutant le générique que l’anime semble prometteur en matière de fan service. Et même au-delà de toute espérance. Combien d’OAV et de films ont pu jouer la carte d’un érotisme déceptif. On croit que Fujiko va tout montrer… et puis non. Une astuce scénaristique intervient et on en est quitte pour imaginer ce qui se cache derrière ces innombrables tenues que porte admirablement l’héroïne. Au moins, le générique annonce la couleur : ce sera Fujiko, Fujiko, Fujiko. Et bien à poil.

Cachez ce sein que je ne etc.

Evidemment, on peut ici se demander l’intérêt de la chose. Pour ma part, deux choses m’ont frappé (non, ce ne sont pas les nibards de Fujiko) : d’abord une curieuse impression d’avoir affaire à du fan service haut de gamme. Loin des sempiternels plans de jupes découvrant un bout de culotte ou des jeunes femmes qui ne peuvent pas faire deux pas sans faire bouger grotesquement leurs seins, on se trouve en face de scènes assez étonnantes pour un anime non hentai :

 Ainsi, horreur !  Fujiko faisant un french kiss à un vieillard édenté

C’est tout bête, mais ces détails donnent tout de suite une certaine originalité pas forcément déplaisante tant ils sont parfois surprenants, imaginatifs :

Dans cette scène de coït suggestive, on apprendra que les jambes sont celles de Fujiko, et le phallus symbolique celui de l’inspecteur Zenigata ! Horreur ! à nouveau.

L’autre intérêt qui m’est apparu est que l’on fuit évidemment toute aseptisation et que là, pour le coup, on retrouve le côté voyou, éternellement salace, de Monkey Punch.

Enfin, ultime intérêt de cette nouvelle série, et là je ne parle pas de l’aspect cul mais de faire de Fujiko le personnage principal, c’est de donner un certain équilibre entre les personnages. Quand Lupin est présent, il accapare l’espace et les décibels, mais cette présence, en comparaison des récents films, semble presque anecdotique tant elle est contrebalancée par l’importance de Fujiko. Et je trouve que l’on arrive à un équilibre de ton finalement intéressant, plus supportable que nombre de téléfilms où l’on avait l’impression d’entendre brailler Lupin du début à la fin.

Le premier qui conteste se prend une fessée !

Voilà, il est rare que je fasse un article sur un anime encore loin d’être achevé mais c’était pour vous signaler cette perle. A consommer avec un gros cigare, un verre de rye, et si possible une petite pépé bien pourvue langoureusement lovée sur votre torse d’aventurier.

Ou alors comme ça

Allez, pour finir, le générique de fin :

(poster) Akira (affiche française de 1991)

Quand le jeune Olrik s’engouffra dans la salle obscure en une après-midi du mois de mai 1991 pour voir Akira, il n’était guère inquiet, il savait que ce ce qu’il allait découvrir allait être fabuleux. Du coup, nul besoin de guider son choix par le biais hasardeux d’une affiche à l’entrée du cinoche. Et c’est tant mieux car pour le spectateur néophyte en matière d’animation japonaise, il était vraisemblablement difficile de risquer trente ou quarante francs pour aller voir ce machin :

gasp!

A une époque où introduire le manga dans le marché français de la BD, et présenter des films d’animation à un public peu averti était prendre un gros risque commercial, on se demande bien ce qui a pu passer dans la tête du distributeur pour valider une affiche aussi hideuse. Montage foireux, personnage qui semble avoir été reproduit sur papier calque et colorisé aux crayons de couleurs, voilà comment apparaissait sur les trottoirs ce qui était présenté comme le renouveau de l’animation japonaise, loin, très loin des séries bon marché déversées au Club Do’.

Las, les 10 pauvres copies ne suffirent évidemment pas à faire d’Akira un succès. Si je me souviens bien, les critiques dans la presse n’étaient dans leur ensemble pas si mauvaises. Après, de là à payer son ticket pour voir un film dont l’affiche donne l’impression d’avoir été torchée par deux collégiens faisant du fan art avant l’heure, il y avait un pas que bon nombre de badauds hésitant avant de choisir leur film n’ont pas franchi.

Allez, pour se laver les yeux, l’affiche japonaise et la B-A jap’ d’origine :

GHIBLI + GAINAX = MAKOTO SHINKAI ?

En cette période de fête des mouflets, j’ai décidé de mettre mon costume de Père Noël et de parler dessin animé. Car non, Bulles de Japon ne fait pas uniquement dans un sexy de bon goût et onctueux comme la crême d’un gâteau de Noël qu’une délicieuse bijin déguisée en Mère Noël dégusterait à pleines pognes sans s’apercevoir que son téton gauche est en train de se faire la malle. Lire la suite GHIBLI + GAINAX = MAKOTO SHINKAI ?

Cars 2 VS Rémi sans famille

Dans ce sympathique article foutraque, nous allons parler de Cars 2, de John Lasseter, de Tokyo, de Perfume, d’Osamu Dezaki, de Stevenson et d’Hector Malot. Pas besoin d’attacher votre ceinture, c’est une promenade en calèche que je vous propose puisque la France du XIXème siècle va largement l’emporter sur le Tokyo du XXIème.

**

*

Ne tergiversons pas voulez-vous ? Cars 2 a beau se dérouler en partie au Japon, Cars 2 pue. La vidange, la rouille, le mauvais gazole, tout ce que vous voulez, mais il pue, un comble pour un film dont le thème est les énergies propres. A la base, moi, je marche une fois sur deux avec les productions PIXAR. La dernière fois c’était avec Toys Story 3 qui m’avait plutôt fait passer un bon moment. Aussi était-ce un peu résigné que j’allai au cinoche hier en compagnie d’Olrik Jr pour voir le nouvel opus du studio américain, persuadé que j’allais devoir me farcir cette fois-ci un mauvais cru. Ça n’a pas raté, ce film est sans doute le pire de toute la filmo de PIXAR. La faute à deux personnes : John Lasseter et le malodorant Martin. Ce dernier n’a évidemment aucun rapport avec le rédacteur en chef d’Eigagogo (bien moins rouillé lui), en fait, je veux bien sûr parler de cette chose :

Martin, la « sympathique » dépanneuse débile amie de Flash Mc Queen. Il y avait déjà eu un précédent, souvenez-vous du désarmant Jar Jar Pine dans la Menace Fantôme. Soi-disant porteur d’une caution humoristique et familiale pour la nouvelle trilogie de Lucas, cette truffe avait eut tôt fait de donner au film un verni de médiocrité. Il ne faut cependant pas enlever à big Georges une chose : il a au moins compris la leçon, lui, et n’a pas réitéré la carte humoristique aussi foireuse qu’une gros pet lors d’un enterrement. Je n’aime pas les deux autres films, mais je reconnais bien volontiers qu’ils ont une autre tenue.

Avec Cars 2, c’est l’inverse. Lucas avait pourtant amicalement fait la leçon à Lasseter après le premier Cars, malheureusement :

« Enlève ta sale patte de mon épaule connard ! »

Eh oui, notre quinquagénaire n’en a fait qu’à sa tête et a décidé de faire de Martin non pas un personnage secondaire mais, puisqu’il plaît aux gosses, le personnages principal. Sortez les camisoles : il faut en effet être soit trisomique soit venir d’Alpha du Centaure pour comprendre les assertions, les contre-assertions, les coq-à-l’âne et autres monologues incompréhensible de ce red neck sur roulettes. Ses paroles débitées à 10 mots/seconde sont aussi limpides que celles d’un Gainsbourg invité à Apostrophes. Mais peu importe pour Lasseter, Martin est un personnage drôle, il est la coqueluche des enfants, il va donc les attirer au cinéma.

Le problème est que Cars 2 propose une histoire mine de rien assez complexe pour des mômes. Deux intrigues sont entremêlées : l’une concerne un championnat de course se déroulant dans trois lieux différents : le Japon, l’Italie et l’Angleterre. L’autre se veut un pastiche du film d’espionnage à la James Bond. On suit les aventures de Finn Mc Missile, déclinaison de la fameuse Aston Martin de Sean Connery, tout occupé à déjouer un complot des trusts pétroliers envers les énergies propres. En soit, l’idée n’est pas mauvaise. Mais elle demande assurément une démarche parfois explicative, appelant une certaine lenteur pour que tout le monde puisse entraver. Or, prendre son temps, Lassiter n’en a cure. Manifestement, les tutures en métal façon Dinky Toy, ça l’a marqué quand il était gamin :

« VROUM ! VROUM ! TU-TUT ! VROOOAARR ! »

Pour Lassiter, le syllogisme est tout trouvé :

Les bolides sont des voitures qui vont vite.

Mon film parle de bolides.

Donc mon film doit aller vite.

De facto, ce à quoi on assiste est un miracle de vitesse, ce en quoi le premier Cars excellait déjà. Mais justement, c’était sa limite, préférant une virtuosité technique tape-à-l’œil à une intrigue ficelée et éventuellement porteuse d’émotion, de poésie comme Là-Haut (pas réalisé par Lasseter d’ailleurs) parvenait à le faire. Pas grave, Lasseter remet une louche d’hystérie animée dans la gueule de ses spectateurs. C’est bon, vous en avez assez ? Eh ben vous en reprendrez encore puisque le film dure un quart d’heure de plus que ses prédécesseurs ! Honnêtement, on se demande ce qui a bien pu se passer dans la cafetière de Lasseter. Complexe de supériorité ? Envie de montrer aux concurrents de PIXAR que c’est lui qui a la plus grosse ? Peut-être les deux. En tout cas, cette bouillie de séquences ultra-vitaminées, redoublée du baragouin envahissant de Martin au moment où des personnages tentent d’expliquer des choses pour capter les bases de l’intrigue, échoue à poser un film intéressant sur le plan narratif. Qu’importe puisque les mômes vont adorer ? Pas si sûr, la marmaille était étonnamment calme dans la salle où j’étais. Un coup d’œil à Olrik Jr me fit comprendre qu’il était totalement scotché, mais moins par un éventuel suspense lié à l’intrigue que par les coups de massue des images.

A fuir donc. Ou alors vous pouvez partir après une demi-heure, c’est-à-dire juste après la séquence sur Tokyo. Je ne vais pas ici bouder mon plaisir, cette partie est amusante. Très cliché, très carte postale de pacotille, mais passé à la moulinette de l’imagination PIXAR cela donne lieu à des détails qui m’ont fait sourire plus d’une fois.

Comme ces véhicules.

Washlets adaptées aux voitures, combats de sumos, voitures geishas, détails des inscriptions en néons qui tapissent les buildings, contrairement aux scène d’action on en redemande et on regrette que l’intrigue n’ait pas plus pris ses aises au Japon. Courses de voitures oblige, j’aurais bien volontiers apprécié de voir une ou deux race queens façon PIXAR. En guise de longues jambes, il a fallu que je me contente de fermer les yeux au moment où a retenti dans une scène, totalement inattendue, cette chanson :

Je ne dirais pas un moment de grâce mais une bonne surprise qui m’a un peu fait oublier l’épilepsie du montage.

John Lasseter, mon ami, vous êtes fatigué. Vous fûtes génial mais maintenant, peut-être est-il temps de passer le flambeau à d’autres. Aux dernières nouvelles, votre souhait le plus cher serait de redonner vie à des longs métrages old school à la Disney. C’est ambitieux mais je ne saurais que trop vous conseiller de prendre du lexomil avant de vous y mettre. Ou alors de vous replonger dans les créations de ce monsieur:

And now, here comes the boss !

Ce monsieur, c’est Osamu Dezaki dont je me suis aperçu récemment que le nom n’apparaissait pas une seule fois sur ce blog. Ahuri devant ce monumental oubli, je tenais à réparer cette erreur au plus vite d’autant que le maître nous a quitté au mois d’avril dernier et que je suis passé complétement à côté de l’événement.

Si je devais résumer la carrière de Dezaki par une seule série, ce serait très certainement celle-ci :

http://www.dailymotion.com/video/xzsh8j_space-adventure-cobra-op_shortfilms

Presque trente ans avant la nouvelle adaptation animée du manga mythique de Buichi Terazawa, celle de Dezaki apparaît toujours comme étonnamment jeune, une merveille de space opera à l’ambiance imparable. Mais Dezaki, c’est aussi ça :

Takarajima

J’ai revu récemment cette adaptation de l’Île au Trésor et j’ai été surpris de voir combien c’était bon. Comme pour Cobra, pas la mise en scène d’abord, par la musique de Kentarô Haneda (aussi compositeur de celle de Cobra) apte à créer une ambiance, mais aussi par les choix d’adaptation par rapport au roman de Stevenson. La série est à la fois d’une très grande fidélité et d’une non moins grande infidélité. Dezaki sacrifie par exemple à un fantastique pas franchement utile en nous faisant le coup, le temps d’un épisode, du vaisseau fantôme. Mais le plus grand écart s’avère être une trouvaille intéressante en ce qu’elle concerne LE personnage (bien plus que Jim Hawkins) : Long John silver bien sûr. Oubliée la face du forban qui, selon Stevenson, « ressemblait à un jambon ». Silver a ici une belle gueule d’aventurier à la parole rassurante à tel point que le jeune spectateur a du mal à déterminer jusqu’à la fin des 26 épisodes si ce grand gaillard à jambe de bois doit être admiré ou détesté. J’ai longtemps cru que Cobra restait le joyau de toutes les séries réalisées par Dezaki mais, après avoir revu celle-ci, je ne suis plus sûr de rien.

Et puis, il y a Rémi sans famille sorti en 1978, une année avant l’Île au trésor. Je suis là aussi en train de la revoir et, une fois encore, j’ai été stupéfait par la qualité et la poésie de cette création. Dans mes souvenirs, je gardais de cet anime une image franchement sordide, à la limite du traumatisant pour les mômes avec ce récit d’apprentissage où ce gamin, après avoir appris qu’il est un enfant trouvé, se fait vendre à un artiste ambulant avant de voir ce dernier et tous les membres de sa troupe s’éteindre un à un, le laissant tout seul dans une campagne française peuplée de loups l’hiver et d’exploiteurs d’enfants l’été. Et le générique français, assez débile par le contresens total par rapport à l’histoire (« ma famille à moi, c’est celle que j’ai choisie », ben voyons ! ) n’aidait en rien à adoucir le propos. Dans la version originale, on n’a pas ce problème puisque les épisodes sont encadrés de ces deux génériques :

Chansons charmantes qui dédramatisent d’emblée et à la fin la noirceur de l’histoire. Celle-ci est toujours sombre, c’est entendu, on ne rigole pas dans Rittai anime ie naki ko Remi, on est dans du mélodrame et les affres infligées par dame Fortune sont légion. Mais à côté de cela, il y a comme une marche en avant qui refuse tout abattement et qui instille dans le cœur du héros et celui des jeunes spectateurs un peu d’espoir. Rémi ne s’arrête jamais, il marche le jour, et la nuit il se voit dans des rêves acides en mouvement. Tous ces épisodes (51 exactement) ne sont qu’un long mouvement en avant pour retrouver ce qui lui a été ôté au départ : une mère.

Mouvement dans l’histoire qui accumule les péripéties donc, mais aussi mouvement dans la mise en scène qui refuse tout statisme. « Qui refuse tout statisme »… ça ne vous rappelle rien ? Vous y êtes ? Mais oui voyons, Cars 2 ! Dans les deux cas on se trouve face à des oeuvres qui s’échinent à fuir l’absence de mouvement mais avec des moyens différents. On pourrait croire qu’avec la débauche de moyens du studio américain la comparaison n’a pas  grand intérêt et pourtant, j’en vois un : celui de montrer que l’économie de moyen confiée à un génie peut être préférable à un génie qui a droit à une débauche de moyens.

A ma droite des millions de dollars, des centaines de collaborateurs et le nec plus ultra en matière d’animation. Des milliers de plans surboostés aux amphets et durant trois secondes grand maximum. Le spectateur est emporté par une hystérie de sons et de couleurs, par une virtuosité qui n’a d’autre but que de se faire jouir, tant pis pour les émotions, la poésie et l’histoire.

A ma gauche, une modeste équipe de la TMS et ces bons vieux cellulos que Dezaki va utiliser en systématisant ces effets panoramiques qui donnent l’impression que le paysage est un personnage vivant à part entière :

Deux couches de cellulo pour le premier plan, une pour l’arrière, on anime le tout à des vitesses différentes et le tour est joué. On avance parmi le paysage. A moins que ce ne soit celui-ci qui ne bouge autour du personnage. Tout cela est bien peu naturel, tout comme ce plan :

L’instant d’avant, un plan fixe nous montre Vitalis et Rémi regarder par la fenêtre de leur chambre d’hôtel pour voir si l’ambiance sur la place de la ville allait permettre d’organiser un petit spectacle. On aurait pu attendre un plan subjectif du point de vue des deux personnages mais non, au lieu de cela on a un plan au ras du sol et en mouvement. Encore plus insolite que le précédent exemple le mouvement puisque là le premier et l’arrière plan semblent aller à la rencontre l’un vers l’autre, comme une tenaille ne donnant aucun espoir à Vitalis et Rémi.

C’est que, d’une certaine manière, la caméra n’est pas en dehors de Rémi mais dans le prisme de son esprit. Perpétuellement. Avec tout l’enjolivement, la distorsion positive ou négative qu’un enfant peut donner à ses perceptions. Et tout le dynamisme, la continuelle énergie, mouvements panoramiques mais aussi effets de zoom et parfois les deux en même temps. C’est toute la beauté de cet anime qui, au contraire d’un Cars 2, ne va pas chercher à abrutir le spectateur en le mettant dans un rollercoaster visuel mais plutôt à l’envelopper de mouvements, parfois pour le rassurer, parfois pour instiller de l’angoisse, toujours pour amplifier la plongée dans l’âme d’un enfant. C’est bien là tout ce qui manque à Cars 2 : de la poésie.

Arrietty ou le Studio Ghibli se met en abyme

Il y a toujours un truc que je redoute lorsque sort un nouveau film du studio Ghibli : le concert de bêlements des journalistes qui, alors qu’ils sont foncièrement ignares en matière d’animation japonaise, chantent infailliblement les louanges de Miyazaki. Ils seraient bien en peine de citer un autre nom mais celui-ci, pas de problème, ils l’ont bien ancré dans un coin de leur crâne. Double avantage : on donne l’image d’un critique ouvert d’esprit, qui ne dédaigne pas certains films colorés destinés aux enfants, et on ne se fatigue pas trop à approfondir sa critique, par exemple en établissant des points de comparaison avec d’autres réalisateurs puisque de toute façon, c’est entendu, au-delà de Miyazaki, point de salut.

Aussi, comme le dernier film Ghibli n’est pas estampillé Miyazaki, on pouvait espérer être tranquille niveau bêlements d’extase. Mais en fait non, pas tant que ça : souvenez-vous des Contes de Terremer, bien réalisé par un Miyazaki mais pas le bon, Goro au lieu d’Hayao. La critique fut alors bien mollassonne et y alla volontiers de son « tout de même, si ça avait été le père aux manettes, ça aurait été autre chose hein ! ». Et que ce film fût le tout premier du réalisateur importait peu. Le père, le père, seul le père comptait, le reste ne valait même pas la peine d’exister.

Le délit non pas de sale gueule mais de mauvaise gueule planait donc sur le travail de Hiromasa Yonebayashi. Heureusement pour lui, il me semble que les critiques ont été moins enclines à faire une comparaison qualitative systématique. Je vois à cela deux raisons :

D’abord, pour les Contes de Terremer, Miyazaki le père n’avait eu aucune prise dans la production du film. Ce qui n’est pas le cas d’Arrietty. Le maître apparaît dans le générique donc c’est de la bonne, c’est quand même, un peu, un film de Miyazaki, on va pas faire la fine bouche.

Ensuite, autant Terremer s’inscrivait relativement en rupture avec les productions précédentes, autant Arrietty, en jouant la carte de la sécurité,  peut se voir comme une sorte de condensé de tous les films Ghibli. C’est d’ailleurs une petite gymnastique amusante que de dénombrer toutes les citations, volontaires ou non, de ces films. Il y a tout d’abord le rapport avec Ponyo : comme la fille poisson, Arrietty est une fille appartenant à un autre monde et qui est tentée à l’idée d’explorer celui des humains. Mais il y a aussi Mononoke avec le personnage de Spiller dont les habits sont un clin d’œil à Ashitaka. Le discours que tient d’ailleurs Arrietty à Shô, discours dans lequel elle fustige l’attitude égoïste des hommes, n’est pas sans rappeler celui que tient San à Ashitaka. Un peu plus discret, le thème d’une nature malfaisante m’est apparu avec l’attaque totalement incongrue du gros corbeau sur le chat. Ce n’est certes pas du même tonneau que l’attaque du village au début de Mononoke par le sanglier maudit, mais cela donne une touche d’étrangeté à cette ouverture.

Pour Chihiro, je ne vois que le thème du déménagement, du nouveau départ : Shô va s’installer chez sa tante en attendant une opération et Arrietty quittera sa maison à la fin pour aller en trouver une autre ailleurs. D’ailleurs, comme Chihiro, elle découvrira l’amour, d’abord à travers Shô puis probablement plus tard avec Spiller comme cela est suggéré dans une courte scène lors du générique de fin.

L’inaltérable Totoro n’est pas en reste puisque l’on y retrouve le thème de l’emménagement, celui de la maison perdue dans la campagne et cachant un secret (les noiraudes pour Totoro, les chapardeurs pour Arrietty) ainsi que celui de la maladie qui suspend pour un temps le goût à la vie de différents protagonistes.

En creusant un peu, je pense que l’on pourrait trouver bien d’autres choses encore mais je vais m’arrêter là, l’intérêt étant de montrer combien on n’a pas du tout l’impression de se trouver dans une terra incognita en voyant Arrietty. Autant le dire, j’ai plutôt passé un bon moment durant l’heure et demie que dure ce film. Je me suis une nouvelle fois trouvé justement en terrain connu, et ce n’est jamais déplaisant lorsque le spectacle conserve l’incroyable savoir-faire de la maison Ghibli. D’autant que le studio a toujours l’art et la manière de distiller des petites nouveautés qui permettent toujours de donner cette impression que l’on est face à un film Ghibli malgré tout un peu différent des autres. Après le virevoltant Ponyo, on retombe ainsi dans un rythme beaucoup plus inhabituel chez Ghibli. Sans être non plus dans le contemplatif made in Makoto Shinkai, on ne peut pas dire que le film déborde d’action. La scène dans laquelle Arrietty accompagne pour la première fois son père afin d’explorer la maison des hommes est assez symbolique de ce fait. Il n’y a pas vraiment de dangers, tout est calme, tout le monde dort. Seule compte la découverte des lieux à travers le regard émerveillé d’arrietty. On n’a pas la chair de poule, mais un frisson de plaisir devant la succession de ces tableaux ultra détaillés qui nous mènent jusqu’à la cuisine de la maison.

Autre nouveauté : le jeu sur les échelles et là, il faut saluer les qualités techniques de  Yonebayashi. Habituellement, qui dit film Ghibli dit film d’exploration. Les personnages découvrent, explorent les grands espaces. Et même lorsque le héros est cloîtré (Chihiro dans les bains publics), il finit à un moment par explorer les grands espaces (la fabuleuse scène où Chihiro part en empruntant ce train roulant sur la mer). Arrietty réussit à la fois la gageure de conserver cet aspect du cahier des charges (Arrietty n’a de cesse d’explorer) et celle de faire en sorte que cela se passe à la même échelle que les insectes. On est pour ainsi dire dans les grands espaces minuscules et Yonebayashi arrive particulièrement bien à faire sentir ce jeu sur les dimensions à travers de multiples détails.

Enfin, n’oublions pas la musique de Cécil Corbel qui permet enfin d’entendre autre chose que du joe Hisaishi. Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre le bonhomme, mais je commençais un peu à me lasser.

Le film est donc charmant, beau, bien foutu techniquement, un vrai film Ghibli quoi !

Et pourtant, quelques jours après l’avoir vu je ne peux m’empêcher de me dire que le film est à l’image de ces décors qui illustrent l’article. Somptueux mais un peu inhabité. Les clés du studio ont bien été remise à Yonebayashi mais malheureusement, le proprio des lieux n’a pas arrêté de faire des intrusions pour voir si le locataire n’avais pas bousculé la flamboyance de la demeure.Il y a un peu de la métaphore dans ce film. Yonebayashi et toutes les jeunes pousses du Studio Ghibli sont un peu comme ces chapardeurs : ils ont le droit d’explorer cette belle et vaste demeure qu’est le studio, celui de toucher un peu mais gare à eux s’ils ont l’outrecuidance de le bouleverser. Du coup, si l’on est logique, Miyazaki dans tout ça serait…

Haru ! (gasp)

Finalement, j’aurais préféré que ledit Miyazaki prenne sa retraite définitivement après Ponyo ou alors, qu’il reste mais pour s’occuper de ses propres films et non superviser ceux des autres. Malgré ses défauts, Terremer avait au moins le mérite de sortir des sentiers battus par Miyazaki le père. Et la scène de parricide à l’ouverture apparaît en comparaison des petites nouveautés d’Arrietty comme étant d’une grande originalité.

Espérons qu’Arrietty soit finalement un film charnière, celui d’un passage de témoin définitif afin de passer au Studio Ghibli 2.0. et que l’ultime scène, celle où l’on voit les chapardeurs filer vers une nouvelle vie, soit annonciatrice d’un nouveau départ. Peut-être la suite sera-t-elle moins bonne mais qu’un vent frais souffle sur le studio nom de Dieu ! Au fait… Ghibli ne signifie pas « vent » d’ailleurs ? Le vent commence à faiblir et à nous endormir les gars, il va être temps de passer à quelque chose de plus violent…

Jolie maison cherche réalisateur jeune, doué et inventif.

Un avion en papier peut-il survivre à une explosion nucléaire ?

Mais qu’était donc ce court-métrage d’animation que j’avais vu un soir, il y a une bonne dizaine d’années, sur Arte ? La seule chose dont je me souvenais était les scènes de corps défigurés à la fin et… un avion en papier.

Totalement par hasard, je suis tombé hier sur la référence, avec un peu de retard par rapport à mon envie de poster un billet en rapport avec la commémoration des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Qu’importe! Il n’est jamais trop tard pour faire découvrir ce genre de perle.

Il s’agit de Pica-don (1978), film réalisé par un couple d’animateurs/réalisateurs, Renzo et Sayoko Kinoshita. Quand on parle de films d’animation sur Hiroshima, on pense toute de suite à l’adaptation d’Hadashi no Gen, le manga de Nakazawa. Adaptation incomplète mais dont la scène du bombardement, sans concession, possède une force inhabituelle pour un animé au graphisme rond et humoristique :

Finalement, Pica-don est une sorte de raccourci d’Hadashi no Gen par rapport à l’horreur qu’il veut montrer et dénoncer.  On s’attarde sur une famille et sur son petit quotidien matinal avant que l’enfer n’arrive.  Ça commence par « pica », c’est-à-dire l’onomatopée désignant une forte lumière avant que le « don » (un gros bruit retentissant) ne déferle avec son lot de scènes apocalyptiques. C’est court, sans parole, beau et éprouvant à la fois :

(la vidéo est de mauvaise qualité, je sais, mais dites-vous que c’est un film qui n’a jamais été édité en DVD – du moins à ma connaissance)

Ce petit bijou, épuré et à la fois terriblement efficace (1), est sans aucun doute l’œuvre la plus connue de Kinoshita et l’une des plus représentatives en terme de qualité de l’animation japonaise indépendante, loin des rythme effrénées de productions et des cahiers des charges à suivre à la lettre. Et pourtant, c’est grâce à l’animation mainstream que Kinoshita fit ses armes durant sa jeunesse puisqu’il travailla sur la série Tetsuwan Atomu dans le studio de Tezuka, Mushi Productions. Mais l’expérience ne le convainquit pas et il décida rapidement de monter son propre Studio, le studio Lotus. Il devient plus connu à la fin des années 60 avec le personnage de Geba Geba Ojisan qui apparaît dans Kyosen x Maetake Geba-Geba 90-pun!, émission à sketchs humoristiques.

Geba Geba Ojisan

Mais tout ceci est encore anecdotique et il faut attendre 1972 pour que les choses sérieuses commencent avec Made in Japan, critique du Japon de l’après-guerre, qui obtint le Grand Prix  du festival du cinéma d’animation de New York. Il devint par la suite un des piliers de l’ASIFA (International Animated Films Association) puis, avec sa femme, fonda le festival bisannuel du film d’animation d’Hiroshima. Kinoshita est mort en 1997 mais le festival lui a survécu, tout comme son œuvre (2) qui, malgré leur invisibilité sur des supports numériques pour perpétuer son remarquable travail, continue malgré tout d’être projetée (surtout Pica-don) ici et là dans des festivals.

Un prix Renzo Kinoshita est décerné à chaque festival d’Hiroshima pour décerner une œuvre à portée sociale.

(1) et très réaliste malgré sa stylisation, Kinoshita s’étant appuyé sur une importante masse d’écrits et de dessins de rescapés d’Hiroshima.

(2) dont voici un échantillon :

1971 What on Earth is He?

1972 Made in Japan (Nippon Seizou)

1973 Invitation to Death

1973 Curricula Machine

1977 Japonese

1978 Pica-don (Pika-don)

1989 The Morning

1993 The Last Air Raid Kumagaya

1994 A Little Journey (Hiroshi ku wa sora ga suki)

1994 Kondo 55 Go « How that Happen? »

2004 Ryukyu Okaku: Made in Okinawa (film achevé par sa femme après sa mort)

Junichiro Koizumi for ever !

Vous trouvez que les Kim Jong-Il père et fils sont de sinistres plaisantins qui auraient bien besoin de se faire frotter les oreilles ? Vous n’êtes pas les seuls à l’espérer. Mais comment faire ? Leur envoyer l’armée américaine ? Ben voyons. Leur envoyer quelques missiles nucléaires ? Allons, allons, on se calme. Non, et si la solution était beaucoup plus simple ? Et si on leur envoyait… Junichiro Koizumi ! Lire la suite Junichiro Koizumi for ever !

Plaisir et prise de tête – 1ère partie : ne plus être un déchet

Qu’ont de commun Akagi, Kaiji (deux anime) et Liar Game (un drama) ? Ceci : si vous n’avez pas une agrégation de mathématiques (au bas mot), vous êtes sûr de ne rien (mais alors vraiment rien) paner. Et je sais de quoi je parle puisque, en fait d’agreg de maths, j’ai que dalle et je peux vous assurer que, durant le visionnage de tous les épisodes de ces séries, j’ai la plupart du temps nagé en eau trouble (surtout pendant Akagi). Je ne suis pourtant pas plus con qu’un autre. J’ai même parfois eu l’impression, lorsque je m’accrochais bien, les yeux tendus vers l’écran, mes petits poings serrés par une intense concentration, parfois en nage, que ça y était ! je comprenais enfin ce qu’un des personnages expliquait. Et puis, infailliblement, arrivait l’explication de trop, l’argutie incompréhensible qui me faisait perdre tous mes moyens cognitifs et qui me donnait l’impression de n’être qu’un médiocre. Lire la suite Plaisir et prise de tête – 1ère partie : ne plus être un déchet

Bijin de la semaine (10) : Fujiko Mine


Ah ! Fujiko ! C’était le bon temps ! C’était l’époque où l’on pouvait voir à la télé quantité de dessins animés à la violence inhabituelle. Mais c’était aussi l’époque où on pouvait se rincer l’œil sur des pin up dont les formes étaient quand même bien différentes de celles de Julie dans l’Île aux Enfants. Lire la suite Bijin de la semaine (10) : Fujiko Mine

5 centimètres par seconde (Makoto Shinkai – 2007)

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   Actuellement sur les écrans en France, la Tour au-delà les nuages permet enfin de faire découvrir l’univers de Makoto Shinkai. Enfin car le succès constant mais finalement étouffant de Miyazaki a tendance à occulter le fait que les productions Ghibli ne sont que l’arbre qui cache la forêt et que non, l’animation japonaise, en dehors de ce studio, n’est pas synonyme de médiocrité. Lire la suite 5 centimètres par seconde (Makoto Shinkai – 2007)