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(The DC Archives) Bijin de la semaine (54) : Christina Lindberg

Aujourd’hui, on ne se casse pas trop la tête, réupload d’un vieil article publié sur Drink Cold (pour les retardataires, lire la présentation de cet article) que je vais recycler pour ma série des « bijins de la semaine ». Il m’en reste encore quelques uns, j’essaierai de les mettre en ligne dans l’année. Concernant l’article du jour, il s’agissait de faire le pendant roman porno à ma série des « bijins de la semaine ». Cette série d’articles s’intitulait sobrement L’Encyclopédie bijinesque et devait être tout à la gloire des starlettes de la Nikkatsu. Mais le projet a tourné court, la série n’est pas allée plus loin que la troisième bijin ! C’est que – croyez-moi – c’est épuisant aussi d’écrire de tels articles. On a l’impression de devenir l’intime de la beauté dont on est en train de raconter les exploits sur pellicule, on transpire, on a le palpitant qui bat à tout rompre, bref, mieux valait que je ne m’aventure pas trop dans l’entreprise si je voulais vivre vieux. Bref, voici donc le deuxième opus de cette éphémère série. Le premier avait été republié ici.

(article publié le 13 août 2010)

Eh oui ! Au moment où je tape cet article, je me trouve dans le hall d’un hôtel à Stockholm. Forcément, cela donne tout de suite envie de consacrer le deuxième opus de la GEB (Grande Encyclopédie Bijinesque) à l’égérie du cinéma érotique suédois des 70’s, la nymphette aux gros seins, je veux parler bien sûr de Christina Lindberg.

Là je vous vois venir : hein ? Quoi t’est-ce ? Un article sur une Suédoise ? Et pourquoi pas non plus un article sur Bjon Börg entre deux articles punk de Megane pendant que t’y es ? Olrik, escroc ! Ordure !… Grosse pouffe !

Allons, on se calme et on boit frais, z’allez comprendre. Et puis merdre ! Vous commencez à me connaître quoi ! Me suis-je jamais payé votre fiole, hein ? Croyez-vous vraiment que cela va commencer avec cet article, hmm ?

Foutage de gueule ? Matage de meules ouais !

Donc laissez-vous faire, détendez-vous, je vous garantis que tout va bien se passer et que c’est tout ébaubis que vous allez faire la connaissance avec la somptueuse Christina. Ne perdons pas de temps, commençons par le commencement :

Née le 6 décembre 1950 d’une maman femme de ménage et d’un père ouvrier alcoolique, la petite Britt Christina Marinette Lindberg arbore dès l’adolescence des formes assez étonnantes pour son âge. À 15 ans, entrer en discothèque n’est par exemple guère un souci pour elle. Très vite, sa plastique  et sa frimousse se font remarquer par un photographe de Fib aktuelt, un grand magazine suédois. Les couvertures et les photos de charme vont alors se succéder à vitesse grand V. Autant il peut être difficile de trouver des photos de telle ou telle obscure bijin, autant là je n’ai eu aucun problème. De l’aveu même de Christina il y en aurait des milliers dont une quantité non négligeable en sa possession et qu’elle compte bien un jour publier.

Tenez, en voilà une, c’est cadotch’. C’est quand même un plus sympa qu’un meuble Ikea hein ?

C’est à partir de 1969 que commence sa participation dans de nombreux films. Je ne vais pas m’étendre ici, vous comprendrez en voyant les titres : Maid in Sweden, Ma Femme est une Putain, Qu’est-ce que tu fais après l’orgie ?, la Dépravée, Chattes suédoises, le Reine Rouge, la Chasse aux Pucelles, Bacchanales érotiques, Les Indécentes (en 3D !), etc. 

Des nanars, certes. Mais des films absolument indispensables si l’on est du genre à frétiller du camarade Duzob lorsqu’il s’agit de sexploitation 70’s pure et dure. Tous ces films ont en tout cas assis l’image de petite bombe sexuelle de Christina. Tout comme les revues qui continuent à cette époque de balancer régulièrement des photos de notre bijin débridée (uh, uh !). Petite consécration : elle est « Pet of the Month » du numéro de juin 1970 de Penthouse.

Une des photos du numéro en question.

1971 est une année importante en ce qui nous concerne. Christina est à Cannes où est présenté son dernier film, Exposed. Le petite est un peu pâlotte, un peu déprimée pour tout dire. Il n’y a pourtant pas de quoi, on la voit partout : au cinéma, dans les magazine, sur les boîtes de cornflakes, les pots de moutarde Amora et même en surprise Kinder ! Mais c’est là tout le problème, elle en a un peu marre de ne se voir qu’à travers son image dénudée, pour tout vous dire ça la dégoute un peu. C’est dans cet état d’esprit qu’elle se trouve dans l’avion qui doit la ramener à Stockholm. C’est alors que  deux hommes, manifestement des asiatiques, s’approchent poliment d’elle et lui font dans un anglais quasi incompréhensible cette étrange proposition :

« Euh… sumimasen mais vous être bonne… très connue Japon… vous vouloir venir là-bas pour faire plein de films à poil ? »

 

Il s’agissait d’employés de la Toei, la compagnie étant alors intéressée à l’idée d’utiliser des pin up étrangères en vogue pour donner à ses films une touche d’exotisme avec un peu d’envergure. Évidemment, au vu des circonstances ce n’était pas vraiment la meilleures des propositions à faire à notre bijin perturbée. Mais la discussion s’est poursuivie à Stockholm avec l’aide pour la traduction d’une Japonaise vivant avec un Suédois et, pour le plus grand bonheur des fans de Pinky Violence, Christina accepta ! Maintenant :

DESTINATION JAPON !

Autant vous prévenir : sa carrière y sera fulgurante : une année pour tourner deux films, et ce sera tout, la belle, malgré la proposition de la Toei de poursuivre  là-bas sa carrière, préférera regagner ses pénates suédoises. Mais dans ces deux films, il n’y a pas n’importe lequel puisque ce n’est rien moins que …

…Sex and Fury de Norifumi Suzuki, sans doute un des tout meilleurs Pinky Violence avec dans le rôle principale Reiko Ike plus pulmonée que jamais. En cette année 1973, la concurrence est rude avec la Nikkatsu puisque sort au même moment Lady Snowblood avec Meiko Kaji, excellente adaptation du fabuleux manga de  Kazuo Kamimura. Dans les deux cas, on a affaire à un personnage de femme dangereuse à souhait cherchant à se venger. D’un côté la classe de Kaji, de l’autre les gros lolos de Reiko Ike et de notre SuédoiseSex and Fury accuse certes des défauts, mais on s’amuse une fois de plus devant l’univers bigarré d’un Suzuki qui enchaîne avec une belle constance les scènes dénudées. Et avec le duo Ike / Lindberg, il a fort à faire le bougre ! Deux actrices, deux ethnies radicalement opposées, deux réputations de sexy queens (vous connaissez la reine Christina de Suède ? Putain, j’en sors des bonnes en ce moment moi !) et des formes bien rembourrées à ne plus savoir quoi en faire ! Seules, ensemble, debout, allongées, actives, passives, tatouées, pas tatouées, en kimono, fouettées ou pas, n’en jetez plus ! On a compris Norifumi, t’es le meilleur ! On a même droit à une de ces scènes de pet qui tombent comme une couille dans le potage. Le père Suzuki, c’est un peu le coussin péteur de la Toei, mais c’est aussi pourquoi on l’aime.

Bref, pour en revenir à Lindberg, on pourrait dire qu’elle apparaît à elle seule comme une sorte de catalogue ambulant à fantasmes. Démonstration en images. Vous fantasmez sur les personnages de Ryoko ikeda (Rose de Versailles, Très Chers frères...) ? Hop là :

Babes with guns aficionados ? Banco !

L’idée d’une séduisante gaijin en kimono vous humidifie le cortex et d’autres zones ?  Y’a qu’à demander :


De temps en temps vous ne dites pas non à de l’interracial lesbien ? Ça tombe bien, y’en a plein  dans la hotte de papa Suzuki :


Dans la famille Threesome je demande la tendance bisexuelle avec doigt dans la bouche :

Fana de bondage tendance « costume de cow girl 60’s » ? Pas de soucis, bien mieux que l’épicier arabe du coin, avec Suzuki, tout est possible ! Vous trouverez tout !

Là, il faut ici préciser que Christina fouette jusqu’au sang une Reiko Ike nue et ligotée. Les tatouages et les chairs replètes débordent de partout, rien à dire, c’est fort beau. C’est le point d’orgue de cette confrontation Orient Vs Occident, confrontation dont la première partie est une excellente partie de poker où les flushs répondent aux carrés de rois.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film mais ce n’est pas le propos. Pour en finir sur la prestation de Christina, disons que si elle joue quand même comme une cruche (et je dois malheureusement dire que c’est une constante chez elle), sa présence plastique et ses interventions toutes en variations fantasmatoires ne contribuent pas peu à faire de Sex and Fury un pur joyau de divertissement.

Passons maintenant au deuxième film, moins rigolo celui-là (encore que…) :

Journey to Japan , The Pornstar Travels Around Japan, de Sadao Nakajima (1973)

Titre débile et racoleur à souhait puisque Christina y interprète non pas une hardeuse mais une “mule”, c’est-à-dire une personne chargée de faire passer discrétos de la drogue. Suite à un quiproquo à son arrivée à l’aéroport, elle tombe dans les griffes d’un puceau (qui le vit assez mal puisqu’il a pour hobby la fabrication de bombes) un peu simplet sur les bords. Il s’avérera que le gus n’est pas si mauvais et Christina, enfin « Ingrid Jakobsson » se prendra peu à peu d’affection pour son ravisseur. Et pour ceux qui pensent que je vais dégainer un jeu de mots facile en évoquant le syndrome de Stockholm, c’est mal me connaître, je laisse ça à d’autres. Par contre, je peux vous donner des screenshots visqueux du film, ne dites pas non bande de salopiauds, vous me faites honte !

Le héros du film, qui boit frais, certes, mais qui n’a aussi aucune classe.

 

Mais alors vraiment aucune !

 

Il arrive assez bien cependant  à réchauffer les relations suédo-japanisthanaises.

 

Voire même carrément bien !

 

Tellement bien même, que l’on raconte qu’en voyant cette scène, l’ambassadeur de Suède au Japon y alla de sa petite larme.

 

Quant à la prestation de Christina, ben, une nouvelle fois c’est pas gégène. Mais elle donne ce qu’après tout attendent d’elle les spectateurs japanisthanais : un exotisme sexy de qualité qui vous en donne pour votre argent :

Fantasme de la poupée à domicile avec laquelle on peut faire des trucs à volonté :

Alors ce soir on fait les postures 4, 22, 36, 45…

 

Bondage avec gros seins qui débordent :

– Bon, on la fait cette prise, oui ou non? – Attends, j’arrive pas à cadrer, je voudrais bien t’y voir, moi !

 

Viol de gaijin par d’horribles hippies wakamatsesques :

Tu viens chez moi ? J’ai les œuvres complètes de Trotsky!

 

Enfin séquences érotiques tout droit sorties d’une vidéo de Hustler qui aurait été réalisée par un David Hamilton sous acide :

Ceci termine de façon chicos un article qui n’a plus lieu de continuer puisque Christina décidera donc de rentrer aux bercailles où l’attend le tournage du cultissime They call her one eye, film qui est loin d’être inconnu au bataillon chez un certain Tarantino. J’aimerais bien vous parler de cette histoire de cette jeune femme borgne, traumatisée dans son enfance par le viol d’un vieux dégueulasse trisomique, vous parler surtout  d’une scène d’énucléation,  de la maîtrise innée de Christina du close combat, des grotesques scènes de ralentis filmées avec une caméra de l’armée suédoise filmant à 500 images/seconde ainsi que des inserts pornographiques pleins de finesse pour faire croire que christina « le fait vraiment », mais cela, encore une fois, serait hors sujet. Surtout, je viens de m’apercevoir que ma femme vient de débarquer dans le hall de l’hôtel et se dirige dans ma direction. Vite, j’ai pas trop envie qu’elle voit ce que je fabrique sinon je vais encore en chier des ronds de chapeau ! Vite bordel ! sauvegarde.. publier… foutu matériel suédois à la con, que c’est lent !… viiite, vite, dépêc

Truck Rascals 5 (Norifumi Suzuki – 1977)

En cette fin de période de fêtes, il peut être bon de se réchauffer l’âme en se matant un épisode de Tora san, petit rituel que les Japonais ont connu durant nombre d’années. J’étais parti pour chroniquer un des films de la série, et puis je me suis rappelé qu’il me restait encore pas mal d’épisodes à découvrir de sa version bière et cambouis, je veux bien sûr parler de l’inénarrable Momojiro Hoshi dans la série des Torakku Yaro.

Pichte POWAAA !

Du coup, afin d’inaugurer dignement ce début d’année 2017, mettons de côté le charme suranné de l’univers de Tora san pour nous calfeutrer dans la cabine d’un bahut aux côtés de cet homme rude, vulgaire mais foncièrement bon qu’est Momojiro, avec le visionnage du 5ème film de la série :

トラック野郎 度胸一番星 (Torakku yarô: Dokyô ichiban hoshi)

Faire la critique d’un Torakku Yaro tient toujours de la gageure tant chaque film s’avère être un exercice de répétition. On y retrouve les mêmes ingrédients : Momojiro qui se fait courser par la flicaille :

Avec à chaque fois quelques gags.

Momojiro qui oublie ses malheurs en tâtant de la gueuse dans un soapland :

Un autre manière de faire le plein.

Ou encore découverte de la « madone », concept piqué à Tora san qui permet de donner le rôle du personnage principal féminin à une idole du moment :

Ici, Nagisa Katahira

Là aussi, comme pour Tora san, le but est que Momojiro tombe à chaque fois amoureux de cette madone et tente de fonder un foyer. Malheureusement, tout ne se passe jamais comme prévu et Momojiro est à chaque fois obligé de faire une croix sur son noble projet, souvent à cause de la découverte, dans la vie privée de la belle, d’un petit-ami qui lui dame le pion. Dans ce 5ème opus, ce sera cependant un peu différent, et surprenant. On croit vraiment que Momojiro va enfin pouvoir passer la bague au doigt mais ce sera pour mieux voir le sol d’effondrer sous ses pieds et ce de tragique manière.

Chienne de vie, va !

Il faut dire que l’histoire baigne d’emblée dans une atmosphère gentiment mystique, avec une apparition de la Madone présentée comme surnaturelle. La chute fera comprendre la raison de ce choix insolite dans la série. Pour le reste, on retrouve le side-kick Jonathan, empêtré dans des soucis d’argent qui l’empêche de vivre sereinement avec sa famille (rappelons qu’il est marié et père de dix enfants). Aussi décide-t-il de chercher de l’or dans une rivière en compagnie du père de la Madone, brave homme persuadé que cette rivière fera un jour sa richesse mais qui pour l’instant s’est éreinté pour rien.

Pour ce qui est des tentatives de drague de Momojiro, c’est comme d’habitude aussi pitoyable que touchant. Comme la dulcinée est institutrice, Momojiro s’immisce dans son métier, s’improvise instituteur, se ridiculise dans une cocasse scène de classe et joue au bon élève lors du cours de natation, évidemment dans le but de s’approcher stratégiquement des courbes de l’instit en bikini.

Pour ceux qui se poserait la question, Nagisa Katahira en bikini, c’est ça.

Un épisode de Tora san ne serait rien sans de nouveaux personnages de camionneurs durs à cuire et qui vont en découdre avec Momo. Sorti en 1977 soit deux ans après les Dents de la Mer, c’est tout naturellement que le gang des bad guys camionneurs s’appelle « Jaws », avec comme il se doit des camions faisant effectivement un peu peur…

par leur impressionnant bon goût.

Comme pour le personnage de la Madone, celui du bad guy sera interprété par Shinichi Chiba qui se frittera avec Bunta Sugawara lors d’une scène de baston épique dans le resto routier où Momo et sa bande ont l’habitude de se retrouver. N’ayant pas encore vu tous les films de la série, je ne peux encore me prononcer, mais la bagarre m’a paru dans cet opus particulièrement gratinée par rapport à d’autres scènes de ce type vus dans d’autres épisodes. Bien entendu, le chef des Jaws est un salopard, bien entendu il se fritera avec Momo et bien entendu, il montrera par la suite qu’en fait c’est un type cool :

Notamment parce qu’il a beau être un putain de salopard, son petit coeur d’otokorashii sait fondre lorsque sa petite-amie bijin vient le consoler.

Enfin, il y a la découverte d’un coin du Japon, ici Niigata, figure imposée qui donne lieu à de courtes séquences un peu cartes postales mais toujours plaisantes à regarder :

Le matsuri de Niigata.

Mention particulière au passage pour le matsuri de Shirone consacré aux cerfs-volants géants, matsuri qui donne lieu à une scène croquignolesque puisque par un malheureux hasard, Momojiro et Jonathan se retrouvent accrochés à un cerf-volant :

Scène d’autant plus bouffonne que des plans nous montre le trucage, sans doute volontairement grotesque, imaginé par Suzuki pour « donner l’illusion » que les deux compères sont véritablement suspendus à plusieurs dizaines de mètres de hauteur :

Une magnifique baudruche à leur effigie ! Du plus pur Benny Hill’s style !

Enfin, tout épisode se doit d’illustrer les talents hors pair de camionneur bourrin qu’est Momojiro. Le challenge du film est de faire Kanazawa-Niigata en cinq heures, alors qu’il en faut habituellement huit ! Course contre la montre (et contre les flics) qui mettra Momojiro dans tous ses états mais qui lui permettra de venir à en aide à un copain dans la difficulté. Moi je vous le dis, quand on n’a plus l’amour, heureusement qu’il y a encore l’amitié pour aider les otokorashiis à supporter leur vie faite de bitume et de factures à payer. Comme d’habitude, « owari » apparaît sur un paysage dans lequel on voit Momojiro et Jonathan partir sur les routes pour une nouvelle livraison. Image finalement pas si éloigné de ma mission de blogueur à bord de ce bahut bariolé et un brin vulgaire et crasseux qu’est Bulles de Japon. J’en profite d’ailleurs pour sortir de ma cabine et pour vous dire :

BONNE ANNÉE À TOUS, LES CLAMPINS !

L’année 2017 est lancée pour découvrir de nouvelles pépites. Concernant cette première de l’année, concluons brièvement : il est impossible de bouder son plaisir, on a beau connaître la recette par cœur, voir la trogne de Bunta Sugawara, ses coups de gueule et ses éternelles frasques sentimentales mettent toujours autant de bonne humeur. Impossible de le situer en terme de qualité par rapport aux autres opus. Disons juste ceci : c’est de tout bon.

Oden l’empoisonneuse (Yuji Makiguchi – 1977)

Vie et mort de Takahashi Oden, dernière femme à être exécutée par décapitation durant l’ère Meiji. Après avoir regroupé une petite bande de malfrats, la jeune femme a mené une vie à la Bonnie Parker, en semant des crimes sur son passage, ce qui lui valut le statut de « dokufu », de « femme empoisonneuse », c’est-à-dire de femme criminelle.

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毒婦お伝と首斬り浅 (Dokufu Oden to kubikiri Asa aka Oden l’empoisonneuse et Asa le bourreau)

Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la tête du concepteur de l’affiche ? c’est ce qui je me suis toujours me demandé même si je reconnais un art de la dramatisation qui donne forcément une furieuse envie de voir le film. Tout y est : la posture du samouraï bourreau, celle de la victime, le tatouage sur la cuisse gauche, la petite mèche de cheveux devant la bouche vermeil, les poils follets sous les aisselles et, last but not least, ces énormes boobs à l’air qui donnent à la scène un aspect irréel. Car franchement, vous l’avouerez, il semble bien ardu d’imaginer un bourreau qui aurait le cœur assez sec pour s’en prendre à une créature manifestement faite pour toucher aussi bien l’âme que les sens. Plutôt que de lever le katana, on imaginerait le bourreau en train de lever une autre arme. Après, il est vrai que depuis le sort de Milady à la fin des Trois Mousquetaires, les bourreaux semblent être des hommes un peu à part parmi le commun des mortels. Mais enfin, reconnaissons à cette affiche une belle volonté de déballer la marchandise, dans tous les sens de l’expression, monstration fascinante qui fait évidemment crier au chef-d’oeuvre avant même d’avoir vu le film.

Las ! Si je vous montre l’affiche retouchée pour les besoins de la sortie en DVD, on peut voir dans cette censure peut-être une volonté d’atténuer l’érotisme un peu trop pulmoné de l’affiche originale mais aussi de camoufler deux arguments publicitaires quelque peu mensongers :

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Car en fait, en matière de seins sur la neige, il faut vous dire tout de suite qu’on est loin du compte (comme l’atteste une autre affiche, plus raisonnable dans ses effets). N’attendez surtout pas avec ce film un brûlot sulfureux fait de sang et de foutre. Sorti en 1977, le film vient une année après le Shogun sadism du même Makiguchi, film pour le coup beaucoup plus mauvais genre, et il est possible que le producteur ait voulu jouer de cette aura sulfureuse avec cette affiche surprenante. Or, lorsqu’on voit le film, on s’aperçoit qu’il s’agit finalement d’un film relativement sage, limite familial ! Pour la nudité, il ne faut pas arriver en retard à la projection car seul un plan nous montrera les tétons d’Oden fièrement dressés sous les caresses d’un samurai qui sera par la suite l’homme chargé de son exécution. Mais pour le reste, disons que le film évoque surtout deux œuvres, œuvres très éloignées du pinku. D’un côté Bonnie and Clyde (sorti dix ans plus tôt), avec son équipe de malfrats branquignols qui n’ont pas de réelle conscience du mal qu’ils commettent. De l’autre Lupin the 3rd et son couple de voleurs (Lupin et Fujiko) à la relation parfois compliquée. Autant dire que le film joue très souvent la carte de l’humour et ce dès le générique avec une musique que l’on aurait plus imaginée dans un épisode de Truck Rascals avec Bunta Sugawara.

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Un peu plus loin on assiste à une scène de jalousie entre Oden et son compagnon de délits (et de lit aussi). C’est amusant, on sourit un peu. Par contre, plus surprenantes, les scènes d’action qui mènent à la mort d’officiers de police sont menées avec une surprenante désinvolture. Pas que je sois choqué par la mort de quelques représentants de la maison poulaga, hein ! Quand on assiste à un film dont les héros sont des bandits de grand chemin, on s’y attend forcément un peu. Mais cette désinvolture exagérée, ce mélange des genres à la fois si typique et si outrancié, rend un peu plus étrange la scène finale de la scène de l’exécution, scène qui ne permet pas de ressentir quoi que ce soit envers Oden.

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Surtout, on a l’impression d’une mise en scène paresseuse qui va jouer la carte du divertissement facile plutôt que du drame psychologique mâtiné de sensualité. Du coup pour le plaisir, tout dépendra de vos attentes. J’ai personnellement été un peu déçu et lui ai préféré nombre de roman porno dans lequel d’intéressants portraits de femmes,  vénéneuses sorcières ou simples victimes, ont pu être brossés de manière parfois intelligente.

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À noter tout de même la présence de Terumi Azuma dans le rôle principale, aimable bijin dont la poitrine n’est certes en rien comparable à celle de l’affiche :

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Cela dit, est-ce vraiment un souci ?

… mais dont le visage et le jeu sont suffisamment appréciables pour patienter durant ce court film (il ne dure que soixante minutes) mais aussi pour faire regretter un traitement plus sérieux qui aurait donné plus d’épaisseur au personnage en exploitant davantage les capacités d’actrice de Teruma.

6/10

Girl Boss Guerilla (Norifumi Suzuki – 1972)

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La belle et farouche Sachiko (Miki Sugimoto) est la chef du « gang des casques rouges », groupe de motardes qui ont décidé de quitter leur base, Shinjuku, pour aller se faire de l’argent facile du côté de Kyoto. Problème : elles doivent d’abord affronter la boss locale, Rika, qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de ce gang rival, puis apprendre à faire gaffe aux yakuzas du coin mené par Takahara, frère d’une ancienne chef de bande, Nami (Reiko Ike). Nami justement, qui revient à Kyoto simplement pour retrouver ses racines et profiter du Gion matsuri. Elle sympathisera avec Sachiko et son aide sera bien utile car les frictions avec Rika et Takahara vont rapidement s’amplifier. Si vous êtes arrivés à ce point du résumé et que vous avez tout compris, j’ajouterai seulement qu’un boxeur, Ichiro Miyazaki, fera dans ce petit monde une tonitruante irruption : quand ses pognes ne seront pas occupées à malaxer les Seins de Sachiko, elles iront joyeusement broyer les maxillaires des hommes de Takahara, jusqu’à ce que la situation dégénère sérieusement…

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Sukeban Gerira (女番長ゲリ)

Au moment où Arte diffuse le Couvent de la Bête sacrée, rendons gloire au genre du pinky violence avec un de ses tout meilleurs titres, Girl boss Guerilla, 3ème opus de la série des Sukeban. Rappelons que l’expression « pinky violence » désigne la tentative par la Toei de s’implanter dans le marché de l’érotisme en produisant des films mettant souvent en scène des personnages féminins sexy et forts.

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Des garces dans un univers d’hommes

Le prototype en est le « film de loubardes », genre décliné sur plusieurs séries de films (Girl Boss, Delinquent Girl Boss, Bad Girl Mako, etc.), et dont Girl Boss Guerilla constitue une entrée en matière recommandable pour le spectateur étranger au genre. Pas d’inquiétude à avoir pour les âmes sensibles : GBG est du pur fun, pur produit du maître ès divertissement qu’était Norifumi Suzuki. On commence avec une Miki Sugimoto qui nous dévoile un sein tatoué dès la 3ème minute :

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Pan dans la gueule !

Puis, le temps de mettre une dérouillée à une bande de motards qui pensaient que Sachiko et ses fidèles lieutenantes allaient facilement passer à la casserole, on la trouve une minute plus tard dans un cimetière sur le point de faire tomber le bas pour aguicher (ou plutôt extorquer) un veuf venu se recueillir sur la tombe de sa femme.

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Norifumi Suzuki ou l’art de capter la bienveillance du spectateur dès la première minute.

Et je passe sur une de ses filles qui puise éhontement dans une urne recueillant des dons pour des victimes du nucléaire ou sur une autre qui fait venir un pigeon dans un love hotel pour lui siffler son portefeuille mais qui, le moment venu, ne résiste pas à ses pulsions et finit par faire l’amour gratis. Que dire encore de cette arnaque qui consistera à prendre des photos compromettantes d’un bonze en train de passer du temps auprès d’une complice puis d’aller chercher nuitamment dans les gogues à l’extérieur…

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Avec un petit inconvénient

… le résultat de sa faute qui va permettre de lui faire cracher son pognon :

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Sa capote remplie de foutre.

Oui, le ton est donné dès ces premières minutes et sera amplifié tout le long du film : ce sera sexy, violent, malpoli, vulgaire et irrévérencieux. Les lois, les codes de bonnes conduites n’existent pas. Evidemment, comme les héroïnes du film sont ces casques rouges, on suppose tout de même qu’il y a chez elles un respect des règles à respecter entre les différentes bandes. A partir du moment où Sachiko a mis une peignée à Rika, celle-ci se doit de lui laisser sa position de chef. Malheureusement, il en est de Girl boss Guerilla comme des films de Fukasaku de l’époque : des voyous avec un restant de code de l’honneur, c’est bien difficile à trouver. Les chevaliers blancs, on ne les aura évidemment pas chez Rika ou Takahara and co mais chez un boxeur :

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Amusant ici de voir que le gars est flanqué d’un ami :

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Morio Ogata

LE Morio Ogata, folkeux chevelu célèbre de l’époque qui va accompagner de ses chansons les exploits de son chevalier ainsi que la cour assidue qu’il mène auprès de sa dame :

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Cour plus qu’assidue d’ailleurs. En tout cas enfoncée la fameuse scène de Tant qu’il y aura des Hommes.

Une dame bijin, un chevalier boxeur, un baladin folkeux, des yakuzas félons, le tableau est complet pour donner l’impression que Norifumi Suzuki, bin c’est un peu Chrétien de Troyes mais avec des nichons tatoués et des motos en plus. Et des scènes de torture aussi, Sachiko passant un bien mauvais quart d’heure dans le dernier tiers du film :

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Epreuve du pilori ?

Evidemment se pose la question de l’artifice, suffit-il de bourrer le film comme une baudruche de personnages truculents, de scènes de violence, de sexe, de pipi caca…

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« Je crois que cette garce nous a refilé la chaude-pisse »

… pour que le film tienne la route ? Quel intérêt apporte surtout ce film dans une série de sept ? A la première question je dirais que si l’on part du principe du rebondissement feuilletonnesque (on dirait plutôt ici « mangaesque ») pour articuler l’histoire et que l’on est prêt à l’accepter, le film passe bien et procure même une certaine jubilation, porté qu’il est par deux splendides actrices…

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Avec une Reiko Ike au visage pour une fois doux et souriant.

… mais aussi par une caméra qui, sans être aussi frénétique que celle d’un Fukasaku, va au plus court et relance sans cesse l’attention du spectateur de par une image pop colorée, des actrices forcément girondes et des scènes qui surtout ne s’éternisent pas. Si Girl Boss Guerilla n’est pas le meilleur film de Suzuki, il n’en reste pas moins un exemple très dynamique de ses thèmes privilégiés et de ses tics de mise en scène.

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Le zoom pour faire sentir que ça va déchirer.

Pour ce qui est de l’apport au sein de la série des Sukeban, impossible d’y répondre formellement tant les sept opus présentent des dosages différents des ingrédients (gravité, sexe, violence, humour…), dosages qui pourront plaire aux uns et déplaire aux autres. A mon sens, GBG reste au-dessus d’autres films plus mous de la pellicule (d’ailleurs pas réalisés par Suzuki). Une chose à éviter en tout cas : se faire un marathon en s’enquillant l’intégralité. Trop de seins tatoués tuent les seins tatoués, et ce serait bien dommage.

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Oh yeah !

+

– La voix un peu garçonne de Miki Sugimoto.Girl-Boss-Guerilla-poster-2

– Le corps de Miki Sugimoto.

– Une Reiko Ike qui se la joue jeune fille sensible nostalgique de ses racines, ça change.

– Morio Ogata qui envoie ses chansons.

– Suzuki at his best : des coups de poings, des coups de couteau, des coups de b…, de la bijin dénudée et du coussin péteur.

– De la variété en veux-tu en voilà, pas le temps de s’endormir.

Beaucoup des éléments ci-dessus pourraient être inversés en fonction des goûts. Cela donnerait :

– Miki Sugimoto, aussi expressive et formée qu’une limande.

– Non Reiko, n’essaye pas de faire l’actrice.

– Remballe tes chansons Morio, elles puent !

– Suzuki qui multiplie les scènes chocs pour compenser le vide et l’ennui de son film.

Vous l’aurez compris, je me range du côté du positif :

7/10

The Most Dangerous Game (Toru Murakawa – 1978)

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Shohei Narumi est chargé de délivrer un homme d’affaires impliqué dans une sombre histoire politique. Il est sur le point d’y parvenir lorsqu’une balle perdue abat malheureusement l’homme en question. Malgré tout, la personne qui l’a enrôlé dans cette mission décide de lui en confier une autre : abattre celui qui est derrière le kidnapping de l’homme d’affaires. Sa route sera semée d’embûches et croisera aussi bien des mafieux que des flics véreux ou des bijins dénudées…

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最も危険な遊戯 (Mottomo kiken na yuugi)

1er volet d’une trilogie centrée sur un personnage de mercenaire nommé Shohei Narumi, The Most Dangerous Game pose les bases de la collaboration entre Toru Murakawa et son acteur fétiche Yusaku Matsuda. Et si le film peut apparaître imparfait, il faut lui reconnaître que ces bases sont déjà bien solides et attrayantes pour l’amateur de polar, avec un héros hard boiled qui va devoir frayer contre la pègre, des hommes d’affaires véreux et des flics ripoux.

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Avec un tel programme, il y aura beaucoup à dézinguer.

Les dix premières minutes donnent le ton : Shohei Narumi livre deux facettes de son personnage, l’une en faisant un loser un peu bouffon, pitoyable lors d’une partie de Mah-Jong (ou plus tard lorsqu’il s’endort entre les cuisses d’une strip-teaseuse qui lui sort le grand jeu), l’autre laissant deviner que ce gars-là, en fait il est terrible. Musculature bien dessinée, voix grave, lunettes noires, attitude toute en poses recherchées, Matsuda a su donner à son personnage une aura comme Delon a pu le faire avec ses incarnations melvillesques. On peut le trouver insupportable, il n’empêche que sa silhouette bondissant dans les moindres recoins de son terrain de jeu du moment marque l’esprit et permet, tout le long des 90 minutes, d’accrocher à une histoire pas forcément très palpitante.

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Il en va de même pour les sonorités jazzy dont le film use et abuse et qui, loin d’être répétitives et agaçantes (cela dépendra toutefois de l’humeur du moment du spectateur), donnent une agréable impression de familiarité ainsi que celle d’assister à un épisode en live (et en plus adulte) de Lupin the 3rd. Pas étonnant puisque le compositeur n’est autre que  l’excellent Yuji Ohno (Lupin mais aussi Captain Future alias Captain Flam). Musique très ancrée fin 70’s mais qui ne vieillit pas trop mal et qui donne un moelleux et une atmosphère manga à l’ensemble plutôt réussie.

Exemple de sonorités que l’on retrouve dans Execution Game.

Homme d’action à la silhouette féline et athlétique, musique de dessin animé emblématique, il ne manquait plus qu’un personnage de femme fatale pour que le film achève de se rendre intéressant. C’est Keiko Tasaka et sa petite poitrine qui s’y colle :

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Petite mais pas du tout méprisable.

… avec un personnage qui va tomber amoureux de son tueur à grosses lunettes et qui va tout accepter, y compris de se faire sauteur par lui (et y prendre évidemment un plaisir monstre) dès leur première rencontre ou bien de se prendre ici et là quelques mornifles lorsqu’elle se montrera trop pressante. Dans les films de Murakawa, on est viril ou on ne l’est pas et quand on l’est, on montre tout de suite aux mousmés qui c’est qui commande, non mais (ce qui ne doit pas non plus empêcher le le héros de montrer qu’il en pince pour sa bêcheuse à petits seins) !

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Siroter une bière tout en zyeutant négligemment la plastique de sa prisonnière attachée : ce type a la classe.

Si le héros et sa copine sont bien sexy dans leur genre, peut-être faut-il reconnaître que c’est moins le cas avec les scènes d’action qui peuvent laisser sur sa faim. Reste que Murakawa utilise une photographie très correcte pour mettre en valeur son héros plongé dans l’action, et si celle-ci paraît un peu mollassonne voire ridicule, certains plans sont là pour y remédier, ce qui compte étant moins l’originalité de l’action que ce corps glamour qui va jaillir et accaparer les regards par son aura terriblement photogénique.

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A conseiller donc pour celui qui aimerait fait une incursion dans le polar hard-boiled de la fin des seventies. La présentation des autres opus suivra dans quelques jours.

7/10

Violent Panic : the Big Crash (Kinji Fukasaku – 1976)

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Comment diable a pu se passer l’entretien durant lequel Fukasaku a convaincu son producteur de lui donner des sous pour financer Violent Panic : the Big Crash ? Perso, j’imagine quelque chose comme cela :

………………………………………………………………

– Bon alors voilà : pour le prochain, voici ce que j’ai décidé, on va faire un film qui va s’intituler Panique violente : le gros crash !

– Hein ? Sérieux ?

– Ouaip’ !

– Encore un film sur une guerre des gangs quoi !

– Nan, marre des films de yak’, je veux faire autre chose maintenant. je me suis rematé French Connexion hier et j’ai pris ma décision : je veux réaliser la course de bagnoles le plus WTF?! de tous les temps !

WTF ?!

– Ouaip’ ! Préparez un budget sévère, je veux au moins 20 bagnoles qui à la fin seront bonnes pour la casse. « Le gros crash » mec. Je veux un rodéo façon stock car pendant les vingt dernières minutes.

– Mais euh, c’est pas un peu trop bourrin ?

– Attends ! t’as déjà vu un seul de mes personnages faire du scrapbooking ? D’ailleurs, j’te l’dis tout de suite, dans le film Tsunehiko Watase jouera un braqueur de banques. Et pas le genre Lupin the 3rd hein ! Le genre à pénétrer aux heures d’affluence et à hurler et défourailler comme un débile pour convaincre le pauvre loquedu à lui remettre la caisse.

– Et tu vas tenir une heure avec un pauvre braco avant ton rodéo final ? Pas un peu cheap ?

– Bah ! Y’a qu’à lui trouver un complice (qui crèvera en cours de route de manière spectaculaire, j’ai déjà mon idée), une famille de pauvres gens qui sont inquiets pour leur fils chéri ainsi qu’une petite amie et zou d’la route ! J’ai ma tambouille pour tenir une heure les fingers in ze nose.

– Sûr ?

– Et comment ! Et pis, t’inquiète’, je vais en faire des caisses dans mon style filmage épileptique. Ce sera une réalisation tout en nerfs, avec des plans encore plus courts et virevoltants que d’habitude ! Si ça ne donne pas envie de gerber au spectateur, ça le scotchera au moins sur son fauteuil pendant une heure.

– Ouais d’accord. Cela dit, je ne suis pas sûr que ça retiendra l’amateur de starlettes à gros seins. T’as intérêt à avoir ton lot de loutes pour assurer le coup. Les grosses voitures qui font vroum vroum ! c’est sympa, mais tu sais bien que ça ne remplacera jamais une bijin qui fait hmmm ! hmmm ! sur le pageot.

– Merde c’est juste ! Attends, j’ai une idée : que fait Miki Sugimoto en ce moment ?

– Elle vient de finir de tourner l’Aubergine était presque farcie avec l’ami Noda.

– Euh, c’est quoi ce titre de merde ?

– C’est le titre français. En fait le vrai titre c’est la Femme Zéro : les Menottes Rouges.

– Ah ! C’est mieux effectivement. Bref, elle est libre ? Pasque sinon on n’aurait quà dire que ce serait elle la copine du braqueur. Elle serait un peu paumée, pas subtile mais fraîche, très nature dans ses sentiments. Une Cosette moderne malmenée par un mari possessif qui vient même l’emmerder dans les bars où elle bosse. Tiens, j’imagine une scène comme ça :

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Le héros interviendrait d’ailleurs pour lui casser le nez. Même que tout de suite la môme en pincerait pour lui. Et pis un jour, imagine, le braqueur est en train de rincer des verres dans son boui boui quand tout à coup Miki arrive avec un gros manteau en fourrure. Elle s’approche de lui, tiens, commak :

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– Bon, OK, et alors ?

– Et alors paf !

– Comment ça paf ?

– Ben paf ! comme ça quoi :

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– Putain génial !

– N’est-il pas ? On montre la scène dans le trailer, c’est 50% de spectateurs amateurs de bijins pinky violence en plus ! BWAHAHA !

– Génial ! Mais tu crois que ça suffira ?

– Pas dit. Il faudrait trouver une autre fille. Hmm… que fait Yayoi ?

Kusama ?

– Mais qu’il est con ! Yayoi  Watanabe crétin ! Qu’est-ce qu’elle fait ?

– Elle vient de finir de tourner un film de bosozoku d’Ishii. On m’a dit qu’elle y joue une scène de bike fuck mais je me goure peut-être. A part ça elle est libre maintenant.

– Splendide ! Voici à quoi je pense : elle va y jouer le rôle d’une keuf sexy que l’on verra plus en porte-jarretelles orange qu’en uniforme ! Huhuhu !

– Sérieux ?

– Et comment ! Tiens, goinfre-toi ça salopard !

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– Putain, génial !

– Et là, je crois qu’on est bon niveau miche, on a notre quota. Evidemment, je précise pas que la fliquette est un peu nympho sur les bords et qu’on la verra une ou deux fois en compagnie d’un amant keuf qui viendra lui coller une grosse amende pour port de porte-jarretelles prohibé, huhu !

– Mais t’es sûr que ça suffira ? Même pour les déviants ?

– Ah ouais, j’avais oublié, c’est important ça, les déviants. Bon, on n’a qu’à imaginer un personnage de jeune garagiste qui s’amuserait à érafler méchamment une sublime bagnole la nuit pour ensuite les réparer. Parce qu’il ressent quelque chose pour cette caisse, tu vois, il veut toujours l’avoir entre les mains pour continuer de la bichonner…

– Euh… c’est ça ton déviant ? C’est complètement grotesque !

– Attends, j’ai pas fini. Pas de bol, il serait tout de même surpris par le proprio de la caisse qui viendrait le faire chanter : soit les flics (et il s’avère que le jeune homme a déjà un casier, donc la case poulaga, vaut mieux pas), soit une nuit à l’hôtel.

– Ah ! Je commence à cerner l’idée ! Et ?

– Et voilà, le mec est un pervers sodomite et adepte du léchage de scarification sanguinolente :

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– Urk ! Range-moi ça, c’est dégueulasse. O.K. pour la déviance mais quand même, t’as rien de plus soft ?

– Hé hé ! Oui missié. Regarde ça, un flic regarde par une boite aux lettres :

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– Bon, et puis ?

– Ben, retourne la photo (ami lecteur, quant à toi clique sur l’image).

– Yayoi et son porte-jarretelle orange ! Et les nibes à l’air ! Vive les voyeurs ! Bon, je crois que je vais te filer des sous, sacripant !

– Ouais, merci, mais n’oublie pas hein ! J’ai le droit de casser tout plein de voitures à la fin hein ?

– O.K. mais des voitures en fin de vie qu’on rafistolera pour la séquence.

– Evidemment !

– Mais t’es sûr que tu vas tenir le coup ? Vingt minutes quand même. T’es pas trop habitué  ce genre d’exercice. Et puis, des flics qui coursent un malfrat, t’as pas peur que ça soit pas un peu lassant au bout de cinq minutes ?

– Nan, parce que moi j’imagine qu’il n’y aura pas que le braco et les flics.

– …

– Y’aura en plus le frère de l’ancien complice qui essaiera de récupérer la part de son frangin, un mec costaud et violent qui lâchera rien :

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– …

– J’ajoute aussi le flic voyeur de la boite aux lettres. Je l’aurai déjà montré au cours du film comme un type hystérique qui lâche rien lui non plus (surtout pas les nénés de sa petite amie Yayoi). Il fera partie de la poursuite et sera la cause de dégâts considérables.

– …

– Je n’oublie pas nos amis les bosozokus :

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Un de leur membre sera un peu amoché par une des bagnoles. Les mecs, totalement vénères, se joindront donc à la poursuite pour faire la peau au salopard responsable de l’accident.

– …

– Encore plus fort : un camion de la NHK se trouvait là comme par hasard au moment où le pauvre biker se fait renverser. Du coup le journaliste à lunettes se retrouve lui aussi embringué dans la poursuite pour faire son scoop. Le mec se mettra à péter les plombs et à chercher lui de faire du stock car avec la camionnette de sa bien aimée société :

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– …

– J’allais oublier : le jeune garagiste qui perd sa virginité anale. Il faut bien qu’il y ait une raison de le montrer à l’écran autre que celle de satisfaire les pervers pépère de la rosette. Je n’ai pas encore trouvé comment, mais je compte bien le faire aussi participer à la scène finale :

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– …

– Enfin, j’ajoute à cela plein de flics à pieds qui gesticulent dans tous les sens pour tenter d’arrêter le braqueur, ainsi que des quidams qui viennent s’en prendre aux voitures de flics parce que l’une d’elle a renversé et tué un honnête père de famille. Je précise que les deux tiers de la poursuite se passent sur un terrain vague : comme je l’ai dit les voitures vont se chercher façon stock car. Pas du tout crédible mais noyé dans les coups de feu, les explosions, les voitures de flics qui volent dans tous les sens, les hurlements et les mouvements saccadés de ma caméra, je t’assure que le spectateur de base sera aussi scotché qu’après s’être enquillé deux cachets de benzodiazépine noyé dans un verre de cointreau !

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– Bon, d’accord, je rends les armes, tu m’as convaincu mais… euh… une dernière chose avant d’accepter.

– Quoi donc ?

– T’aurais pas une autre photo du porte-jarretelles de Yayoi ? c’est pour ma collection.

– Enfoiré de fétichiste, va ! Tiens, voilà ta came :

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………………………………………………………….

Oui, voilà comment j’imagine la scène entre Fukasaku et son producteur. Bon, c’est un peu affabulé ici et là mais certains éléments ne doivent pas être très loin de la vérité. Dans tous les cas, ce film est un OVNI dans la filmo de Fukasaku. Venant après une période prospère dans le genre du yakuza eiga, genre dans lequel Fukasaku a excellé et réalisé de véritables chefs d’œuvres, Violent Panic témoigne de la volonté du réalisateur à partir de 1976 de s’essayer à autre chose. Et ça commencera en fanfare avec ce film donc, bijou d’action compulsive menée à un train d’enfer 80 minutes durant et avec ce morceau de bravoure que constitue la poursuite finale. Evidemment, comme pour tout film semble n’avoir été fait que dans le seule but d’une séquence finale supposée en mettre plein la gueule, on peut se demander si ce qui précède n’est pas qu’un salmigondi fait de bric et de broc et peinant à maintenir éveillée l’attention du spectateur. Je crois ici que l’interview imaginaire balaye bien ces craintes : coups de feu, personnages secondaires, bijins dénudées et surtout montage fiévreux, telle est la recette du père Fukasaku, expert dans l’art de faire un cinéma de genre qui en donne au spectateur pour son argent dans un lap de temps limité. Avec en bonus une Miki Sugimoto qui tranche avec ses habituels rôles de loubardes à l’expression figée. Miki qui rit, Miki qui pleure, son personnage de paumée en mal d’amour, sans être exceptionnel, fait plutôt plaisir à voir et ferait regretter que sa carrière n’ait pas dépassé la fin des années 70.

Bref, Fukasaku en 1976 n’est pas mort, loin s’en faut.

7/10

Daimajin (Kimiyoshi Yasuda – 1966)

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Dans la famille des kaiju eiga qui ne font pas mal aux yeux, je demande le grand, le magnifique, l’indestructible Daimajin. Et par la même occasion le trio de réalisateurs (Kimiyoshi Yasuda, Kazuo Mori et Kenji Misumi) qui, en 1966, réalisèrent d’un coup les trois opus qui sortirent l’année suivante.

Presque 50 ans plus tard, que reste-t-il de ces films ? Comment ont-il franchi les décennies ? Peut-on y prendre du plaisir si l’on est un geek qui se pâme d’admiration  devant les bêêêlles images de Pacific Rim ? Eh bien oui, trois fois oui, même si je dois dire qu’au début je n’y allais pas le cœur complètement serein lorsque j’introduisis la galette dans mon lecteur. Mais je ne tardai pas non plus à comprendre que j’allais avoir droit à une merveille de petit spectacle. Le HD aidant, la série s’est offerte une cure de jouvence et jamais le géant de métal n’a paru aussi terrifiant. Surtout, on voit mieux ce qu’avait de pertinent la démarche de la Daiei qui, pour contrer le succès des kaiju eiga des autres studios (Godzilla, Mothra, Rodan…), choisi de produire des films avec Gamera puis d’intégrer le genre dans un autre, le film historique, domaine dans lequel le studio avait largement fait ses preuves.

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Maintenant ça va chier !

Avec cette démarche, le spectacle est total. Certes, on trépigne un peu puisqu’il faut attendre une heure avant que le géant ne fasse son apparition. Mais ce n’est pas vraiment un problème puisque Yasuda nous concocte ce qui manque par exemple à un Pacific Rim : une histoire. Une histoire et des êtres qui, pour archétypaux qu’ils soient, n’en restent pas moins convaincants et touchants dans leur humanité. Rapidement l’histoire :

Dans un village, la population panique car des tremblements se font ressentir du côté de la montagne juste à côté. Il s’agit sûrement du Majin, un esprit guerrier emprisonné dans la montagne qui essaye de s’échapper. Le seigneur du village, Hanebase, un homme bon, envoie la prêtresse et les villageois prier pour essayer d’apaiser sa colère. C’est le moment que choisit Samanosuke pour le trahir en prenant le pouvoir. Hanebase est tué mais sa fille (Kozasa) et son fils (Tadafumi) parviennent à s’enfuir avec l’aide de la prêtresse et d’un samouraï, Kogenta. Dix ans plus tard, les enfants ont grandi et vivent paisiblement dans la montagne. Rien ne vient plus en revanche au village puisque Samanosuke y fait régner la terreur et a réduit son peuple en un esclavage très Cecil B. De Mille. La situation ne s’arrange pas lorsque Kogenta est fait prisonnier et torturé, et lorsque la prêtresse Shinobu est bassement assassiné par Samanosuke. Kozasa et Tadafumi n’ont dès lors plus guère d’espoir pour délivrer leur ami Kogenta et surtout mettre hors d’état de nuire Samanosuke. A moins que l’étrange statue dans la montagne…

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Tout ceci couvre la première heure et je dois dire que l’on en s’ennuie pas un instant. Humanité, espérance, cruauté, ce cocktail de sentiments peut faire penser au Tezuka de Bouddha ou de Phénix. Bien plus fine que nombre de films avec Godzilla, l’histoire déroule lentement mais sûrement les étapes qui vont fatalement amener à la délivrance et à la colère de Daimajin. C’est bien joué, les acteurs sont beaux, que ce soit pour interpréter la bijin (Miwa Takada) qui va émouvoir le cœur de pierre de Daimajin :

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C’est beau une bijin qui pleure.

Ou pour camper le rôle du vilain :

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Excellent Ryûtarô Gomi

Par ailleurs les ambiances ont souvent de la gueule :

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Et la mise en scène, inventive, et aidée par l’ambiance shinto, permet des petits effets que l’on ne trouve pas dans les Godzillas. Ainsi la fuite dans la forêt d’un petit villageois dont l’imagination lui fait croire qu’il y a des fantômes et que la moindre branche est évidemment une main de squelette qui tente de l’agripper :

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Ajoutons à cela un chatoyant Eastmancolor et une magnifique partition d’Akira Ifubuke, le maître des musiques de kaiju eiga (parmi tant d’autres choses). Cela fait un peu pléonasme d’écrire « magnifique partition d’Ifubuke » mais j’ai par exemple encore en tête le thème mélancolique qui intervient plusieurs fois dans le film :

Et puis, donc, arrive Daimajin qui va être moins réveillé par la tentative idiote des sbires de Samanosuke pour le détruire que par les prières et les larmes de Kozasa. Evidemment, on ne s’attend pas qu’un géant de métal créé en 1956 s’agite avec plus de vélocité que les aussi horribles que vains Jaegers de Pacific Rim. Il n’importe : lorsqu’un Yoshiyuki Kuroda s’occupe des effets spéciaux et conjugue ses talents avec ceux du trio de réalisateurs évoqués, on doit s’attendre à un rendu qui a de la gueule et fait pour durer. Ce que j’ai trouvé admirable dans cette séquence finale, c’est que la HD, pourtant impitoyable pour révéler les trucs, les machins et autres bouts de ficelles (ainsi pas mal de créatures inventées par Ray harryhausen), sert finalement admirablement la scène et enveloppe totalement le spectateur pour le faire profiter d’un spectacle qui émerveillera sans peine un gosse d’aujourd’hui (film vu avec un Olrik Jr médusé) et même un grand gosse qui en a vu d’autres. La grammaire cinématographique est simple mais parfaitement maîtrisée. Jeu sur la lumière (l’arrivée de Daimajin coïncide avec un ciel soudainement chargé de nuages), jeu sur les points de vue pour exprimer le gigantisme et la vulnérabilté de ses ennemis réduits à de simples cafards, superpositions d’images, créations de maquettes, Kuroda et Yasuda font feu de tout bois et ne ratent pas le final de leur film. Surtout, ils évitent tout sentiment de lassitude en résistant à la tentation de ne pas montrer Daimajin dès la première heure.

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A ce titre, ce film est une belle réponse à tous ceux (Jean-Baptitste Thoret en tête, hélas) dont le discours critique concernant Pacific Rim n’appelait pas plus loin qu’un ridicule (et assez systématique j’ai trouvé) « c’est un film à voir avec des yeux d’enfants, pas besoin de se prendre la tête ». Certes, on a un peu cela avec Daimajin. Mais avec la poésie en plus, une certaine naïveté non sans grâce et, surtout, une histoire.

8/10 !

Les Blu Ray de la trilogie se trouve chez Mill Creek Entertainment, avec des sous-titres anglais. L’image est de toute beauté. 

Bonus track : Miwa Takada quelques années plus tard…

Blue Sky (Hideo Jozo – 2010)

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Sora Aoi (« bleu ciel » en japonais, abstraction faite des kanjis de son nom) a joué en 2011 dans un film intitulé… Blue Sky ! Devant tant d’audace et d’originalité, pas d’hésitation pour votre serviteur, il fallait que je vois de mes yeux s’il s’agissait d’un désastre ou une bonne petite surprise puisqu’il est dit que les  films où joue notre belle oscillent souvent entre ces deux alternatives.

Au bout de dix minutes, une chose est sûre : on est dans un genre particulier, celui de la bleuette pour jeune pucelle :

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La rumeur dit que Sora herself aurait contribué au scénario. Comme quoi on peut participer à d’horribles bukkake et garder malgré tout un cœur aussi pur que l’hymen de Cendrillon.

Sans être non plus dans le pur shojo, on se trouve face à un film qui fait dans le josei, type de manga pour film un peu plus mature que le shojo dans lequel la sexualité a son importance. Evidemment, la part belle est faite à un certain sentimentalisme avec cette histoire dans laquelle une jeune femme, Shiori (le personnage de sora Aoi), essaye de vivre en ménage avec son petit ami, Tetsu, zicos sans grand talent qui a tôt fait d’apparaître comme le parasite de service en passant ses journées au pachinko.

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Pachinko dans lequel travaille d’ailleurs Shiori. Que ce soit dans le train ou au pachinko n’oubliez pas cette caractéristiques des films avec Sora Aoi : à un moment ou à un autre, son postérieur est toujours flatté par la pogne d’un inconnu.

Très vite un dilemme apparaît dans le tendre et petit cœur de Shiroi : doit-elle rester avec son amoureux qu’elle aime finalement dans les moindres fibres de sa chair ? Ou bien doit-elle le lourder puisqu’une imprésario lui fait miroiter une prodigieuse carrière de gravure idol qui s’accomoderait mal d’un tel boulet ? Par ailleurs, ajoutons que ledit boulet est sur le point de s’accommoder d’une carrière de yakuza pour rembourser une dette contractée lors d’une désastreuse partie de mah-jong.

Bon, avouons-le, ce type de films appelle deux types de réactions. Soit vous vous foutez éperdument de l’histoire et que seules comptent à vos yeux le nombre d’apparitions dénudées ou en petite tenue de cette douce (mais néanmoins délurée) enfant qu’est Sora Aoi. Auquel cas la note du film aura selon ces critères un frileux 3/10.

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Ou bien vous avez l’esprit sentimental et bienveillant et vous avez envie de passer 80 minutes devant une agréable romance pas trop mal jouée avec en surplus quelques boobs ici et là. Dans ce cas on peut donner un petit 6/10.

Pour les amateurs de scènes de copulation enfievrées, passez votre chemin, les personnages masculins semblent n’être obsédés que par une seule chose :

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Mettre la main à la pâte.

Dans tous les cas, ce Blue Sky reste anecdotique dans la carrière de Sora Aoi. La semaine prochaine, nous verrons un film nettement plus recommandable. Stay tuned.

(The DC Archives) Hasayasu Satô bande (ses muscles)


muscle

Et c’est reparti pour un nouveau pinku d’Hisayasu Satô. Je ne vous dis pas de quoi il va être question, ce serait pas drôle. Et vous savez quoi ? Après ça il y aura encore un vieil article à réuploader sur l’oeuvre de ce grand malade. Cool hein ? En ce moment, Bulles de Japon c’est un peu ça :


hisayasu sato pour les nuls

Ce qui n’amuse guère Ai  la charmante responsable de la section cinéma érotique de bdJ. La gosse a beau en avoir vu d’autres, voir son bosse utiliser la salle de projection en slip rouge et le pot de margarine à portée de main (vous allez comprendre pourquoi) n’est pas sans l’inquiéter ! Courage Ai chan ! Encore un article de ce type et l’ignoble Satô connaîtra une longue période d’absence sur ce site.

(article publié sur Drink Cold le 4 octobre 2010)

Allez les enfants, virez les tables, rassemblez les chaises au milieu de la buvette, ce soir c’est le 4ème opus de la dernière séance Japanisthanaise. La VHS est prête, j’ai choisi pour vous un bon vieux pinku de derrière les fagots.

OOUUUAAIIIS !!!!!!


Allons, du calme. Il s’agit de Muscle (1989), pinku à tendance homosexuelle et sadique. Plutôt original, non ?


Muscle poster

WTF ?!

 

Allons allons, comment ça « WTF » ? Je sais bien que nous sommes sur un site où la testostérone et les bijins à gros seins sont came courante mais quoi ! la clientèle de DC est aussi connue pour son ouverture d’esprit et sa grande capacité à encaisser des découvertes, quand bien même ces découvertes concerneraient des pratiques à l’opposé des siennes. Et puis, quand je vous aurai dit que le réalisateur n’est autre qu’Hisayasu Sato :

satoGrrrr!


Le plus déviant des FOUR DEVILS, l’homme pour qui à chaque film doit correspondre une perversion gratinée, vous comprendrez pourquoi j’évoque ce film.

christine-boutin

« Perversion gratinée » pour parler de l’homosexualité masculine est une expression highly approved par Christine Boutin.


Présenté comme cela, c’est tout de suite un peu salaud pour nos amis gays, mais le fait est que l’on peut d’emblée se poser, en guise de préliminaires, cette simple question :

Quelle image ce film donne-t-il des gays ?

Au pays du yaoi, quel sort allait réserver Hisayasu Satô à cette thématique ?Allait-on plutôt avoir du pur style gay-fake-mais-rigolo façon Hard Gay ?

hard gay

Okaay Olrik mange mes sushis FOOOO !

Ce serait certes sympa mais assimiler Satô à un Gérard Oury du pinku est tout de même un peu faire fausse route.

Autre possibilité, une représentation sucrée, très propre sur elle, à la Brokeback Mountain :

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Merde, je me suis encore trompé d’affiche ! Bon, je pense que vous ne m’en voudrez pas, hein ?

Mais là aussi, ça paraît hasardeux tant le cinéma de Satô semble totalement imperméable à toute idée de romantisme.

Du crapoteux alors, comme les gays dans les films de Gaspar Noé, ou dans ce film de 1980 avec Al Pacino,  Cruising, film de Friedkin (l’Exorciste, French Connection…) dans lequel notre Al joue un flic devant s’infiltrer dans les milieux gays de la fin des 70’s afin de mettre le grapin sur un tueur d’homos. Sorte de Serpico plus trash et dans lequel Pacino n’hésite pas à faire un numéro de danse assez poilant, un peu comme si Travolta avait bu trois litres de café bien tassé avant de se rendre au 2001 Odyssey. On en redemande Al !

al_pacino

Bon, ça va, inutile de me rappeler ce mauvais souvenir.

À sa sortie, le film avait énervé pas mal de gays, ces derniers estimant que Friedkin les représentait un peu trop comme des dégénérés assoiffés de sexe. Impression malsaine que je trouve pour ma part confirmée par le malaise du personnage de Pacino, d’abord un peu pâlot à cause de ce qu’il voit (bonjour les scènes poisseuses de fist fucking), puis peu à peu troublé par son glissement vers l’homosexualité. Sur ce point, il n’y aurait évidemment rien à redire, le problème c’est que cette transformation s’accompagne d’une suggestion, que Pacino pourrait être le serial killer recherché. Sympa les pulsions.

Cruising Costume

Pour les fans de Pacino, il existe d’ailleurs une belle panoplie que l’on peut se procurer à la Redoute. N’oubliez pas que Noël approche !

En est-il de même avec Satô ? C’est assez difficile à jauger. En fait, les gays Sato’s style, c’est comme ça :

Muscle 1


Là, un petit arrêt sur image explicatif s’impose. Le gars allongé s’apprête à filer à son amant un méchant coup de katana tandis que le dit amant fait ce qu’il a à faire (et il le fait fort bien) tout en tartinant de margarine le corps de l’autre… au couteau à beurre. Moi, devant tout ça je dis : « incroyable mais… VRAI ! »

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Hisayasu Satô… au grand théâtre de la buvette… sous vos applaudissements !

Bon, je reconnais que présenté comme cela, on se dit que l’on se trouve face à une image peu reluisante des amours gay. Reste que – vous commencez à me connaître – j’ai choisi la scène la plus gratinée du film, scène qui n’est d’ailleurs qu’un rêve fantasmatique du personnage principal. Le reste est nettement moins barré, voire parfois un tantinet fleur bleue :

Muscle 2

Telle cette scène où nos deux aminches nous font une petite valse en amoureux. Vous remarquerez au passage qu’ils boivent frais. Un bon point pour eux.

On a au bout du compte bien affaire à une histoire d’amour entre deux hommes, dans laquelle le sexe est une étape et non un but. C’est une histoire qui peut passer si l’on prend ce film tel quel, indépendamment des autres films de Satô. Parce que dans ce cas, je trouve qu’il y a tout de même un léger malaise. N’oubliez pas que l’on a affaire à Hisayasu « 30 millions d’amis » Satô, l’homme qui barbote dans une image de l’humanité truffée de perversions en tous genres. On peut certes se dire que de toute façon, puisque tout le monde – homo comme hétéro – en prend pour son grade, puisque l’on a affaire à une humanité malade, ce n’est pas la peine de s’offusquer d’un tel film. Mais justement : comme il s’agit d’un réalisateur dont la marque de fabrique est la recherche de déviances « « croustillantes » » (avec une bonne louche de guillemets), on peut se demander si l’homosexualité n’en est pas une à ses yeux. Le choix de cette thématique me semble finalement assez suspect. Après, ce film a été présenté au festival du film gay et lesbien de Berlin en 1993 et il semblerait que Satô n’ait pas été pendu par les couilles par une horde de gays ulcérés. Mais, encore une fois, le film a été présenté sans aucune perspective par rapport au reste de la filmographie de Satô… Bon, passons.

Passons et évoquons le deuxième thème du film : la relation sado-masochiste. Et je m’aperçois ici que je ne vous ai toujours pas balancé le synopsis. N’hésitez pas à m’interrompre hein ! moi, une fois que je suis parti, c’est un peu Pierre Bellemare vous présentant son baril de pinku, ça divague, ça élucubre, et ça a du mal à s’arrêter.

pierre-bellemare

Image sans réelle utilité. C’est juste pour détendre un peu l’atmosphère.

Le film raconte la relation entre Kitami, un danseur faisant du culturisme butoh expérimental :

Muscle 3

Sur Arte à 4 heures du matin, ça peut être assez tripant.

Et Ryuzaki, un photographe œuvrant dans une revue de bodybuilding (sobrement intitulée « Muscle ») :

Muscle 4

C’est bon ça Coco!

Déjà, dès le début on sent que l’on part sur des bases saines pour que ça parte en vrille. La relation est d’abord sereine, mais elle ne tarde pas à dégénérer, Kitami montrant des tendances sadiques et Ryuzaki semblant apparemment prêt à les recevoir volontiers.

Muscle 5

T’as vu comme j’ai l’air sadique là ?

Début on ne peut plus simple : un vicieux sadique et un vicieux masochiste. Et pour ceux qui prendraient le train en marche, qui arriveraient en retard à la projection, Satô a bien fait les choses : reprenant le code de couleurs des sabres laser dans Star Wars, il différencie les deux personnages grâce à la couleur de leur slip. En quelque sorte une manière moderne de revisiter les procédés de la scène d’exposition.

Muscle 6

Le côté obscur est en rouge tandis que la force (un peu déviante, la force) est en bleu.

Arrive LE geste : notre jedi SM lâche un beau jour les soupapes. C’est ce truc remarqué par Deleuze, cette capacité chez les masochistes à se transformer à la fin du processus en sadiques. Seulement voilà, la transformation ne se fait pas en finesse puisque Ryuzaki, en saisissant non pas un sabre laser mais un katana, coupe le bras de son amant !


Muscle 7

Quel con !

S’ensuivent une année en prison et, à sa sortie, une obsession : retrouver Kitami. Il fera d’autres rencontres un peu spéciales, notamment celle d’un couple qui essaiera de l’initier à leurs petits jeux SM, mais rien n’y fera : la seule chose importante à ses yeux, c’est de retrouver la partie manquante à cet objet conservé précieusement :

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Voyons, où le mettre dans le salon ?

Au-delà des scènes de sexe (assez peu nombreuses) au réalisme radicalement opposé à l’esthétisme des maîtres du roman porno, vous comprendrez aisément que Muscle raconte finalement une histoire d’amour hors norme. Ce ne sera évidemment pas du goût de tout le monde, mais on ne peut nier à Satô une imagination et une réalisation coup de poing bien à lui. Ainsi ce plan étonnant où l’on voit une main entrer dans le cadre pour saisir doucement le bocal. Le temps d’un instant, Satô nous fait hésiter sur la nature de cette main et sur la réalité de la scène. On se demande si Ryuzaki n’est pas ici en train de fantasmer le retour de l’autre main de son amant.

Muscle 9


Cependant, on pourrait reprocher à Satô de manquer de clarté dans la manipulation qu’il fait des différentes déviances sexuelles. Par exemple, la principale obsession de Ryuzaki s’accompagne d’une autre, voir coûte que coûte ce film :

Salo 120 Days of Sodom

Salo ou les 120 Journées de Sodome, de Pasolini

Bon, c’est sympa d’évoquer Pasolini, ça donne une touche « arty » au film et ça peut faire son petit effet sur les Bouvard et Pécuchet.  Mais j’avoue pour ma part qu’il m’en faut un peu plus pour m’impressionner. Salo et les 120 journées de Sodome… et alors ? Qu’est-ce qu’on en fait de cette référence ? C’est à nous de nous démerder, c’est ça Hisayasu ? Je veux bien mais quel est le rapport entre le sadisme de Sade et le sadisme d’une relation sado-masochiste ? C’est l’éternelle confusion, l’éternelle tambouille qui mélange approximativement sadisme, masochisme et sado-masochisme. Cette tambouille clichée à souhait qui fait dire à un des personnages du film : « Tu es plutôt S ou plutôt M ? ». Pitié!

Remarquez, cette hitsoire d’obsession pour Salo donne lieu à une scène assez marrante. Ayant enfin son Graal, une VHS du film,  Ryuzaki rencontre un gay pour lui poser des questions sur Kitami.

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Rien qu’à son apparence, on sent l’indic foireux.

Mais le biker homo, d’humeur farceuse, lui vole sa K7 et ne trouve rien de mieux à faire que de la balancer brutalement sur un mur !

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Pasolini c’est de la merde ! C’est Kubrick le meilleur ! Voilà ce que j’en fais de ta K7!

La sanction ne tarde pas à tomber :  Ryuzaki le tabasse et le laisse pour mort. Et ouais, on ne déconne pas avec les maîtres du cinéma, il est des choses qui ne se font pas. Je dois dire que c’est bien le seul moment du film ou je me suis pleinement identifié avec le personnage principal.

Au delà de cette scène  assez inattendue, l’utilisation d’une obsession pour un film reste cohérente par rapport au fait que les personnages de Satô, quels que soient les films où ils apparaissent, ont une voire des obsessions. Obsession d’un film, obsession d’un amour perdu, Ryuzaki n’est au fond qu’une coquille vide prête à tout pour retrouver son bonheur du début du film :

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Il retrouvera Kitami à la fin. Mais pour ce qui est du bonheur, cela devra passer par un geste que je préfère vous laisser découvrir vous-mêmes. Comme pour Horse and Woman and Dog, Satô termine son film de façon inattendue, brutale et troublante. Et si tout n’est pas réussi, si l’on frôle parfois le ridicule avec ce salmigondis de perversions, Il y a dans ce Muscle, quelles qu’aient pu être les motivations de Satô, une approche de l’homosexualité masculine profondément originale par sa capacité à mélanger fantasme et réalité, crudité épaisse et raffinement.

Comme un article de Drink Cold finalement.

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https://www.youtube.com/watch?v=G2Lbi6Xdwl4

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https://www.youtube.com/watch?v=sgLjyceDiLM

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The Executioner (Teruo Ishii – 1974)

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Dans mon esprit, Teruo Ishii est un peu un frère de Norifumi Suzuki : un faiseur de divertissements qui à peu près à la même époque a arrosé le cinéma japonais d’une pléthore de films de série B. Pas toujours avouables, parfois frôlant le nanar mais la plupart du temps efficaces et largement au-dessus de ce qui pouvait se faire du côté de Hong Kong.

Ainsi le film d’arts martiaux. Bon, je sens que les amateurs de pelloches hongkongaises ont ici les poils qui se hérissent et s’apprêtent à scruter les lignes qui vont suivre. Pas de panique les gars. Il ne s’agit pas ici de dire que Bruce Lee, c’est de la merde, mais de reconnaître qu’en matière de réalisation, de photographie et de bande son, les réal’ japonais faisaient en comparaison office de demi-dieux du septième art. Après, pour les chorégraphies et les arts martiaux proprement dit, la vitalité, le dynamisme, le pouvoir fascinateur qui s’en dégage, c’est autre chose. Mais ça ne fait pas tout, comme en témoigne ce The Executioner pondu en 1974. J’aime bien Chiba et il ne me viendrait pas à l’esprit de dire qu’il y connaît que dalle en arts martiaux, mais on ne peut pas dire qu’il s’en dégage la même force, la même puissance animale qu’un Bruce Lee (et ce malgré les innombrables feulements que le père Sonny hurle à tout bout de champ, frôlant parfois l’hystérie). Après, je préfère infiniment son style à celui des Bruce Lee like qui inondèrent le marché durant les 70’s (bon, je mets de côté le cas Bronson Lee). C’est massif, un brin lourdaud, dégingandé, mais ça claque méchamment la gueule des méchants pour le plus grand bonheur du spectateur, et c’est bien là le principal.

Tout cela pour dire que ce film d’Ishii fait partie de ses réussites. Parfaitement calibré, ses ingrédients en font un petit film varié dans ses situations et qui tient parfaitement le choc des 90 minutes (ce qui n’est, pour ma part, pas toujours gagné pour ce type de film). Avec en prime des clins d’œil plus ou moins avoués à Sergio Leone. Rapidos voilà le topo : trois bastonneurs sont engagés par un ex-commissaire pour faire la nique à un trafiquant de drogue. Je vous avais dit que ce serait rapide hein ? Eh bien le film commence, tout comme le Bon, la Brute et le Truand, par présenter par chacun des personnages, personnages dont les personnalités font évidemment penser à ceux du film de Leone. Le bon, c’est-à-dire le héros, est celui de Sonny Chiba, unique héritier d’un clan de ninjas. Le deuxième est plus une petite frappe, un truand marrant un brin obsédé qui se trouve pour le moment en taule pour son exécution en attendant que « le bon » ne l’en sorte (comme Clint avec Eli Wallach) :

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Enfin, la brute, jouée par Makoto Sato (le même qui jouait Dragon dans le premier opus des Camionneurs Salopards), est présentée dans une scène qui est la copie conforme de celle de Sentenza dans le film de Leone : il va voir un chef yakuza pour lui dire que, pas de bol, on lui a donné de l’argent pour le buter. Réaction dudit chef : « attends, on oublie tout, je double la mise et tu butes celui qui t’as demandé de me tuer ». Le mec accepte mais lui dit : « O.K., je prends la thune mais le problème, c’est que j’accomplis toujours le contrat que j’ai accepté ». Et sur ces belles paroles, il lui fait sa fête :

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Et méchamment.

Puis il va voir l’autre chef pour lui dire qu’il a rempli son contrat mais que, là aussi pas de bol, il va devoir le buter puisque là aussi, il respecte ses contrat et tout le toutim.

Et la filiation leonienne ne s’arrête pas là puisque lors ce personnage (au fait un mec plutôt cool : un ancien de la PJ japonaise devenu assassin, mais uniquement pour tuer les bad guys) reçoit un parpaing balancé par Chiba. Sur le coup, Sonny se fait mal. Pourquoi d’après vous ? Gagné ! parce que le mec avait planqué contre son poitrail ceci :

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Tout comme Clint dans Et pour quelques dollars de plus.

Bref, tout cela pour dire que l’on part sur des bases scènes. Pour le reste, on a un peu l’impression d’assister à un manga en live. Et qu’importe le scénario, pourvu qu’on ait l’ivresse. L’ivresse des bijins notamment. Vous avez sûrement remarqué la belle plante à côté de notre assassin et vous vous dites peut-être que vous l’avez déjà aperçue quelque part. Non ? Vous ne voyez pas ? Attendez, avec un autre screen peut-être :

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Ça y est ? Vous la remettez ? Non ? Mais si, c’est bien elle, la longiline Yutaka Nakajima que l’on rencontre elle aussi dans le premier volet des Torakku Yarô. Et inutile de dire que vous l’aviez sur le bout de la langue, dégueulasses, puisque même les personnages du film ne sont pas parvenus à lui refiler un french kiss de derrière les fagots. En revanche, on sent le père Ishii tout excité à l’idée de faire rentrer sa culotte dans le cadre :

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Encore un effort Teruo, t’y es presque !

Mais il faudra attendre la deuxième moitié du film pour que notre truand, grâce à une fine astuce, filoute sous une table basse, et là…

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Pour voir ce que notre ami est en train de contempler, clique sur l’image !

Bref, the Executioner ne présente pas que des mastars musculeux, il est aussi gentiment sexy. Une scène amusante nous présente Chiba pénétrant dans l’appartement d’un mafieux (avant de pénétrer autre chose) pour le buter. Mais voilà, après l’avoir un peu sonné (c’est le gif anuimé en début d’article), il en profite rapidos…

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pour rejoindre bobonne !

A noter que si la culotte et la classe de Yutaka Nakajima restent immaculés, il n’en va pas de même des personnages d’étrangères, toutes vouées à être montrées seins nus à un moment du film. C’est le cas notamment de la petite ami du trafiquant de drogue (un dandy violent à binocles) qui se voit transformée en deux temps trois mouvement en un magnifique…

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porte-canne !

Que voulez-vous, on n’a pas réalisé les huit films de la série des « Joie de la torture » pour rien, il en reste toujours quelque chose, notamment une capacité à tomber dans le mauvais goût. C’est d’ailleurs ce que l’on observe lors de certains combats. Vous avez vu plus haut le mec avec ses yeux qui sortent des orbites. Mais il y a plus fort. A un moment du film Chiba balance un méchant coup de poing dans le bide d’un méchant. Le coup poing dure, il semble chercher quelque chose, puis Chiba le retire et là on aperçoit…

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oui, une côté arrachée !

Rien de choquant non plus hein ! Ceux qui ont vu la série des Street Fighter se rappellent sans doute de cette propension d’Ishii à un grand guignol assez réjouissant.

Cul, mauvais goût, violence baroque, il faudrait ajouter comme autres ingrédients les combats eux-mêmes, pas originaux mais efficaces. Le héros est évidemment seul contre une dizaine, enchaîne dans tous les sens les highs kicks avec ces bons gros bruitages d’impacts qui font toujours plaisir à entendre, le tout accompagné par l’excellente musique groovy d’Hajime Kaburagi. Et quand y’en a plus, reste les boss de fin de niveau, comme cet imposant gaijin surnommé « le sauvage » :

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On se demande bien pourquoi d’ailleurs. Les gens sont méchants.

Ici, notre ami Chiba devra un peu plus s’employer en faisant péter le Pegasus Ryuseiken, mais surtout les nunchaks, autre ingrédient indispensable (d’ailleurs, petit point commun ici avec Bronson Lee : les deux avec cet engin en main donnent l’impression d’être possédé moins par le diable que par une furieuse crise d’épilepsie). Le Sauvage massacré, il restera un autre boss à tuer avant de régler définitivement son compte au mafieux à lunettes et à son porte-canne. Je ne vous dit pas comme cela va se passer, attendez-vous juste à un trucage que Benny Hill n’aurait pas renié.

Bref, si vous n’avez jamais vu Chiba en dehors de Kill Bill, c’est peut-être le moment de franchir le pas avec the Executionner, une belle pizza filmique confectionnée par Teruo Ishii. Certaines épices vous laisseront peut-être de marbre mais croyez-moi, vous ne pourrez pas nier à l’ensemble une saveur 70’s avec un goût de reviens-y. Ça tombe bien, quelques mois plus tard sortit The Executioner 2 avec encore plus d’humour débile dedans ! On en reparle dans les semaines à venir, promis.

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Uchû Keiji Gavan : the Movie (Osamu Kaneda – 2012)

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Que les fans de Tokusatsu en profite car ça n’arrivera pas tous les jours. Oui, aujourd’hui sur BdJ honneur à un metal hero. Mais attention, pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de…

oui, de X-Or ou plutôt de…

Gavan (nom hommage venant à l’origine de Jean Gabin, connu entre autres au Japon pour ses rôles de justicier)

Etonnamment, bien qu’elle ait inévitablement vieillie, la série se regarde encore agréablement, bien plus par exemple que San Ku Kai, pour évoquer l’autre grande série S-F de notre enfance. Le calibrage en 25 minutes, les histoires parfois foutrement barrées (souvenir d’un méchant chasseur de papillons qui capturait les enfants dans la forêt), la délicieuse Wakiko Kano dans le rôle de Mimi, personnage qui me valut mes premières érections devant une bijin :

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Les musiques punchy de Michiaki Watanabe, les méchants gratinés, les bastons répétitives mais cool et last but not least, cet homme :

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Retsu (Gordan en VF), l’homme au cuir marron avec une putain de chaîne en or qui brille dessus, l’homme au pantalon blanc moulant et toujours immaculé même après une séance de bourre-pifs en pleine boue, l’homme aux qualités athlétiques indéniables joué par l’excellent Kenji Oba.

Si j’avais le courage de faire une série qui constituerait le pendant masculin à mes bijins de la semaine, série que j’intitulerais par exemple « le mastar de la semaine », nul doute que le sieur Oba y figurerait en bonne place. Sans être un spécialiste des tokusatsu et autres sentais, j’en ai vus tout de même quelques uns mais je dois dire qu’aucun de leurs héros ne m’a laissé une empreinte aussi vive que le personnage d’Oba. Simple, carré, efficace, attachant et, encore une fois, avec un cuir marron et une putain de chaîne en or qui brille, il avait tout pour marquer durablement les esprits des petites têtes blondes qui bouffaient alors leur tranche de nutella devant récré A2.

C’est donc avec un brin de nostalgie bienveillante mais aussi un peu d’inquiétude que je me préparai à voir ceci :

gavan affiche

Les tokutatsu actuels, je sais malheureusement ce que ça vaut, c’est-à-dire pas tripette. Plus de moyens pourtant, plus de facilités pour les effets spéciaux, l’informatique aidant, mais paradoxalement ces moyens supplémentaires contribueraient presque à rendre les séries plus cheap qu’elles ne l’étaient auparavant. Plus paresseuses sans doute, bien assises sur les possibilités offertes par l’informatique. En revoyant certains épisodes de Gavan, j’ai été surpris de voir combien le montage était dynamique et compensait finalement l’évidente répétition des épisodes (surtout dix minutes avant la fin, lorsqu’arrive le combat final). Et puis peut-être aussi que les histoires de Shotarô Ishinomori (le créateur de Cyborg 009, tout de même) faisaient réellement que ces épisodes étaient toujours divertissants. Concernant le film, je ne peux pas dire que j’ai réellement eu de plaisir. L’histoire s’appuie sur le lieu commun du passage de témoin entre deux générations. Le jeune héros du jour s’appelle Geki :

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Il est la tête à claques sans saveur de service, en cela bien secondé par son ami, Touya :

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Gni

… ami qui ne va pas tarder à être son ennemi mortel. Le clan féminin s’en sort un peu mieux avec Itsuki et Shelly, la remplaçante de Mimi :

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Pour le reste on retrouve des méchants typiques du genre, comme par exemple une chienne à fouet :

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Avant et après transformation.

… et les habituelles scènes de bataille dans l’espace, mais cette fois-ci sans les bonnes vieilles maquettes mais avec du CGI qui pue :

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L’histoire ? Comme d’hab’, empêcher les Maku (C-Rex en français) d’anéantir notre monde. Or, ce qui passe sur 25 minutes fonctionne évidemment moins dès que l’on se trouve sur un film de 90 minutes. À moins d’être un lardon, impossible de suivre le spectacle sans se décrocher la mâchoire et il faut péniblement attendre la moitié du film pour ressentir un brin d’intérêt grâce à cet homme :

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« Bande d’enculés, vous allez voir ! »

Et oui, ce bon vieux Kenji san nous fait un come-back et il faut bien reconnaître qu’on ressent alors un petit frisson de plaisir en revoyant ce visage bien connu quoique bien buriné par les ans, ce pantalon blanc et ce cuir marron (avec la putain de chaîne en or qui brille). Et encore avec de beaux restes pour ce qui est des scènes d’action. Pas ridicule pour un sou notre Kenji, surtout lorsque l’on sait qu’il a 58 ans au compteur. Dès sa première scène (une scène de baston of course), le spectateur compend qui est le véritable papa du film. Je me souviens lors de sa magistrale arrivée dans un hangar pourri pour aller casser la gueule à du C-Rex que mon brave petit Olrik Jr (oui, chez les Olrik on aime à regarder ce genre de spectacle en famille) s’est fendu d’un « Oh ! qui c’est le vieux ? » où j’ai senti poindre d’emblée un je ne sais quoi d’admiratif. C’est bien ça la classe : on l’a ou on ne l’a pas. Et Kenji Oba l’a, définitivement. Si bien que la deuxième moitié du film éclipse totalement les exploits de Geki « tête à claques » Jumonji au profit du vieux de la vieille revenu pour botter le cul à ce disciple même pas capable de protéger la femme qu’il aime. Un peu dans le style Hiroshi Hirata, il gratifie à son élève une petite séance de malaxage de face pour lui mettre un peu de plomb dans la tête.

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Et maintenant fous le camp, tu m’fais honte !

Il a bien raison, il n’y a parfois que cela qui fonctionne : la torgnole. La scène est dure, âpre, limite insoutenable mais elle permet à Geki de se sortir les doigts dans la deuxième partie et de combattre cette fois-ci dignement aux côtés de son mentor :

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Et c’est tout naturellement que Geki connaîtra à nouveau le contact de la pogne de Kenji, mais cette fois-ci de manière moins douloureuse :

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– Merci Gavan, on va s’en jeter un ?

– Désolé kid, mais j’ai rencard au love hotel du coin avec Istuki et la môme Shelly.

Respect des anciens, force de l’expérience, pouvoir des putains de chaînes en or qui brillent, ce film, à défaut de paraître dans le top 10 annuel de Kinema Junpo, est assurément de l’étoffe de ces films à montrer d’urgence aux jeunes pousses qui seront la gloire du Japanisthan de demain.

Torakku Yarô 2 : Bakusô Ichiban Hoshi (Norifumi Suzuki – 1975)

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Dire on prend les mêmes et on recommence à propos de la série des Torakku Yarô n’est pas peu dire. Bien sûr, comme pour les Tora san on se trouve face à un certain nombre de motifs que l’on est assuré de retrouver dans chacun des films, comme les madones, les bastons ou l’humour trivial et ce pour le plus grand plaisir du spectateur qui apprécie la série. Après, difficile tout de même de ne pas être surpris par le quasi « copier-coller » qu’entreprend Suzuki dès le deuxième opus : Torakku Yarô : Bakusô Ichiban Hoshi (les Camionneurs Salopards : Fonce Étoile number one !!). Voici pêle-mêle les différents éléments que l’on retrouve dans le premier film de la série.

1) À nouveau, Momojirô rencontre une bijin devant les gogues du resto (évidemment il n’y a plus de papier cul et cela met Momo dans un grand embarras) où il a l’habitude de déjeuner. Une nouvelle fois Suzuki utilise un plan avec une myriade d’étoiles pour faire sentir qu’aux yeux du héros, la donzelle n’est pas de la même catégorie que les prostituées délurées qu’il a l’habitude de se taper :

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Dans cet épisode, la madone se prénomme Eiko et est jouée par Shizue Abe, actrice-chanteuse de l’époque. Il faut reconnaître qu’avec elle on tape plutôt du côté du haut du panier.

2) À nouveau cette bijin est la madone dont il va tomber amoureux.

3) À nouveau elle se trouve être serveuse au restaurant.

4) À nouveau on a un personnage de camionneuse :

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Personnage sympathique mais qui inévitablement souffre de la comparaison avec la précédente, jouée par Junko Natsu (souvenez-vous).

5) À nouveau, par un quiproquo qui est le fait de Jonathan, cette camionneuse va tomber amoureuse de Momo et croire qu’il est intéressé à l’idée de se marier avec elle.

6) À nouveau un adversaire haut en couleur digne de Momo. Dans le premier on avait un Charles Bronson-like, là on a un mec qui a dû être impressionné par Delon car il s’appelle « Borsalino 2 » (pour rappel, Borsalino est sorti en 1970 et connaissant l’impact de Delon au Japon, le clin d’oeil est manifeste). Il est interprété par Tanaka Kunie en guest-star :

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7) À nouveau un affrontement (d’abord au poing puis au volant) entre Momo et le bad guy qui s’avérera en fait un mec cool.

8) À nouveau de l’humour scato :

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Mais alors là vraiment scato, hein !

9) À nouveau des p’tites n’enfants délaissés :

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10) À nouveau Momo découvrira à la fin que sa bijin adorée est maquée avec quelqu’un d’autre. Ce sera pourtant pas faute d’avoir essayé de l’éblouir avec une tenue de grande classe :

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Voilà pour les grandes lignes. On pourrait entrer dans les détails mais cela n’aurait pas d’intérêt. Tout comme il n’y aurait guère d’intérêt- non plus à stigmatiser la série à cause de ces nombreuses répétitions. J’avoue avoir un peu froncé les sourcils lors de la première demi-heure. Et puis, au bout d’un moment, alors que j’accompagnais les personnages dans leur Japon de carte postale (Himeji, Hiroshima, Fukuoka, Nagasaki…), alors que les mêmes personnages déversaient à l’écran leur gouaille et leur bonne humeur communicatives, je me suis dit que cela importait peu tant primait avant tout la sensation de se sentir en terrain connu et de retrouver ces poteaux camionneurs, avec leur joie, leurs peines, leur marmaille et les parpaings qu’ils distribuent à tour de bras. Bon, après, je dis ça mais j’espère que le troisième opus empruntera quand même des chemins différents dans le scénar’. Sur ce les notes :

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Allez, sur ce, je vous laisse. Tout cela m’a donné envie de retrouver mon bahut pour m’offrir une virée avec ma bonne amie Natsuko :

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Ciao les baigneurs !

Torakku Yarô : Goiken Muyô (Norifumi Suzuki – 1975)

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Pas très fan de la série des Tora san ? Vous avez pourtant essayé, vous vous êtes enquillé, empli de bonne volonté, quelques opus de la plus longue série de films du cinéma nippon mais non, rien à faire, vous n’avez pas accroché. Trop propret, trop gentillet, trop lent, trop de guimauve. Et à vrai dire, disons-le carrément, pas assez de sueur, de pisse, d’haleine chargée d’alcool, de bourre-pifs et de corps bijinesques ne demandant qu’à être caressés par les pognes d’un homme, un vrai.

 Kuruma Torajirō

Ouais, parce que malgré tout le respect que j’ai pour lui, Torajiro Kuruma, niveau virilité, c’est pas ça.

Dans ce cas, moi je dis, que n’essayez-vous pas plutôt une autre série, celle des Camionneurs salopards (Torakku Yarô) ! Commencée six ans après le premier film des Tora san, cette série produite par la Toei en 1975 connut un succès certain qui lui valut de se décliner en dix films jusqu’en 1979, soit deux films par an, l’un au mois d’août, l’autre en décembre. Le tout réalisé par Norifumi « coussin péteur » Suzuki (surnom homologué durant l’époque Drink Cold) et interprété par Bunta Sugawara, l’homme à la mâchoire serrée, au regard acéré et à la gâchette facile, qui œuvra dans des films de Fukasaku où il interprétait des personnages de yakuzas explosifs et implacables.

 bunta sugawara

You’re talkin’ to me ?

Dans les Torakku Yarô, c’est un peu une autre chanson car ici Sugawara interprète le personnage de Momojiro Hoshi, alias « Ichibanboshi » (l’étoile n°1), un camionneur qui a en effet toutes les qualités pour être le number ouane de sa profession car il est fort en gueule, braillard, insolent, intrépide, possède une excellente descente, distribue une cinquantaine de pains dans la gueule par épisode et sait comment y faire pour jouer de la clé à mollette dans de délicates mécaniques.

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Quand bien même il s’agirait de ce genre de mécanique.

Bref, un mec bien et, on l’aura compris, passablement différent de Tora san. Différent mais aussi semblable puisque Momojiro partage deux caractéristiques. Il a d’abord le cœur sur la main. C’est plus fort que lui, aider la veuve et l’orphelin, c’est son truc. Dans ce premier opus intitule Torakku Yarô : Go-iken Muyô (soit, en traduction olrikesque : les Camionneurs salopards : mettez-vous votre avis au derche bande de truffes, je fais ce que je veux !), Momojiro aide un jeune marginal, une petite fille toute mimi abandonnée mais surtout une bijin qui ne sait pas si elle doit faire sa vie avec son amoureux parti pour un plan de carrière hasardeux. L’autre point commun est d’ailleurs lié à cette bijin : on retrouve dans les dix films le personnage de la madone, la fille splendide dont va inévitablement tomber amoureux Momojiro et dont on se dit qu’il va enfin pouvoir bâtir une vie familiale comme son copain Jonathan. Malheureusement, comme Tora san il est voué à rester un loup solitaire destiné non pas à se prendre des râteaux mais à découvrir que l’élue est déjà maquée quelque part. Chienne de vie…

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M’en parle pas ! M’en vais boire un coup pour oublier tiens !

Le premier film de la série est plutôt bien pourvu en bijins puisque Momojiro a la possibilité de se maquer avec deux jolies poupées. La première est Okyo, jouée par Junko Natsu (l’héroïne de Bad Girl Mako), authentique camionneuse sans poils aux jambes et qui ne sent pas sous les aisselles :

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Les routières sont sympas

Elle est la petite sœur de Dragon, autre camionneur et qui a comme un petit air de Charles Bronson. Okyo est en fait la femme idéale pour Momojiro. Evidemment, il est le seul à ne pas s’en apercevoir et à cause d’un quiproquo elle se destinera finalement à épouser quelqu’un d’autre.

En revanche pour ce qui est de la deuxième, pas de problème, Momo ne risque pas de passer à côté car sa rencontre avec Yoko dans les chiottes d’un resto (l’humour est souvent scato dans les Torakku Yarô) a tout du coup de foudre façon Julien Sorel et Madame de Rênal :

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Ce que voit Momo au sortir des gogues

Les détenteurs d’une maîtris ès bijin auront sans doute reconnu la douce Yutaka Nakajima déjà rencontrée lors de notre critique de Bakuhatsu ! Boso Yugi de Teruo Ishii. Du même Ishii, on la voit aussi dans the Executioner avec Sonny Chiba (c’est dire si la belle est une habituée des gros durs). Moins brutale que la gosse Okyo, Yoko incarne une douceur et un raffinement évidemment à des années lumière de Momojiro et l’on se doute que notre camionneur devra se contenter encore d’aller jouer avec ses prostituées dans leur salon rose en attendant de trouver chaussure à son pied.

A côté de ces deux intrigues, Suzuki, en bon camionneur-routard de la série B, aligne d’autres péripéties secondaires, comme la torchon qui brûle soudain entre Momo et Jonathan, agacé par l’intérêt subi de son pote pour un jeune marginal qui sera l’élu d’Okyo (fort heureusement, les deux copains se réconcilieront lors d’une partie de plage en fundoshi, amitié virile, quand tu nous tiens !), la guéguerre entre Dragon et Momo pour savoir lequel des deux est le plus burné ou encore la rencontre de l’adorable petite fille abandonnée à la recherche de son papa. Ça aurait pu paraître décousu, mais ces différents fils narratifs conviennent bien au mode de vie du routier, toujours sur les routes à faire de nouvelles rencontres (le marginal et la petite fille), mais aussi habitué des habituelles gargottes où il peut retrouver de vieilles connaissances (Okyo et Yoko). C’est du coup assez dense, toujours varié, et les une heure quarante défilent finalement sans trop de déplaisir tant Norifumi suzuki d’en donne à cœur joie. Très loin d’œuvres plus « sérieuses » comme ses meilleurs pinky violence, Suzuki livre un film volontiers outrancier mais somme toute sympathique. Définitivement à visionner avec des yakitoris et deux-trois canettes de Kirin.

Pour finir, qu’on se le dise, les neuf autres films de la série seront chroniqués en ces pages ! Bon, cela tiendra plus de la notice que de la longue exégèse (c’est pas Citizen Kane non plus), mais ces courts articles permettront au moins de faire apparaître les meilleurs opus. Pour celui-ci, voici la note :

notes-olrik-torakku-yarô

3 Supermen à Tokyo (Bitto Albertini – 1967)

 

Sans transition, après un cinéaste iranien ayant filmé à Tokyo, on passe maintenant à un réalisateur italien ayant lui aussi utilisé la capitale pour nous pondre une pépite. Non, cherchez pas, pas de Visconti, d’Antonioni ou de Fellini qui auraient tourné une obscure bobine au Japon. A vrai dire d’ailleurs, n’attendez pas un chef d’œuvre aujourd’hui. Car, je vous le demande,  que peut-on espérer d’un type qui se prénomme « Bitto » ? Allez, à la rigueur trucs érotiques à la Joe d’Amato ou Tino Brass…
 

Tinto Brass, dénicheur de talents

De fait, le nom de Bitto Albertini évoquera peut-être quelque chose aux vieux habitués des films érotiques diffusés sur M6 le dimanche soir. Allez, ne vous cachez pas, on a tous connu cela, pas de fausse honte entre nous, hein ! d’autant que le film érotique le plus célèbre d’Albertini, sans se situer dans le haut du panier, reste parfaitement recommandable. C’est que le gus a un jour eu la chance de croiser un jour sur sa route la sculpturale Laura Gemser… 

Alias Black Emanuelle (avec un seul –m, copyright oblige)

Mais malheureusement, ce n’est pas de cela dont il s’agit aujourd’hui. Parfois, je me demande pourquoi je mets les pognes dans ce type de cambouis. Besoin de retrouver son enfance ? Satisfaire les amateurs de série Z ? Plaisir de déterrer une référence oubliée ? Envie de faire de Bulles de japon un maëlstom culturel passant sans transition de Kiarostami à Bitto ? Pas facile de répondre tant le plaisir à se mater ce type de production se joue à pile ou face. Si ça s’était bien passé pour Ze Karate, je dois dire ici que l’heure et demie a été plus douloureuse. M’enfin bref, puisque j’en suis maintenant à la 32ème de cet article, autant continuer maintenant. Pas de petites culottes donc, et encore moins de tétons dressés, le tout nappé de ces sirupeuses musiques de films de boules dont le cinéma érotique italien avait le secret. Et pourtant, il sera bien question de bites aujourd’hui, ça oui ! même qu’elles seront au nombre de trois !  Et bien dressées et serrées dans leur combi latex ! Chers lecteurs, laissez-moi donc vous présenter les fabuleux « Tre Supermen » ! 

– Putain, regarde ! On parle de nous sur Bulles de Japon !!

– Hein ? Où ça ?

–  Là mec ! Woopee !

– Je savais que la reconnaissance critique arriverait un jour ! 

A des années lumière du Batman de Nolan, voici donc des exemples de « super-heros spaghettis ». Sans aller jusqu’à dire que nous sommes en présence de ce que le cinéma populaire italien pouvait faire de pire lorsqu’il s’agissait de divertir les spectateurs à tire-larigot avec la mode du moment (peplums et westerns notamment), il faut reconnaître que c’est loin d’être terrible. Les Fantômas d’Hunnebelle, à côté, c’est Citizen Kane !  Cela n’a cependant pas empêché les films de cette série d’être populaire en Italie, mais aussi en Allemagne et Espagne.  L’engouement fut même assez tenace pour engendrer sur vingt ans huit films, oui, huit putains de films explorant aussi bien l’Asie, la jungle, le far west ou les jeux olympiques. Vous l’aurez compris : pas sérieux s’abstenir. Les Tre Supermen, c’est avant tout de la gaudriole à pleine louche. En fait, au visionnage des premiers opus (le premier, I fantastici Tre Supermen, sort en 1967), on pense aussitôt à la série Batman, diffusé sur ABC entre 1966 et 1968. Le même côté carton-pâte et décalé, avec ses gadgets improbables et les séances de bourre-pifs ponctué de « Pow ! », « Biff ! » et autre « Owww ! ».

On pense aussi, bien sûr, aux films d’espionnages, autre genre alors à la mode grâce à James Bond. Dans Tre Supermen a Tokio, nos trois gus (deux voleurs et un policier du FBI) s’associent pour aller récupérer à Tokyo un rayon miniaturisateur.

Enfin, les amateurs de cinéma bis auront peut-être aussi à l’esprit les exploits de Santo le catcheur masqué, personnage du cinéma espagnol ayant donné lieu à une cinquantaine de films donnant eux aussi l’impression de bouffer à tous les râteliers. 

Et là c’est une cinquantaine, oui, une cinquantaine de putains de films !

 Face à un tel cocktail, il est donc très facile de frôler l’indigestion, voire d’avoir la gerbe au bout de dix minutes.  Les invraisemblances sont souvent marrantes, comme la scène où l’on voit les Supermens quitter en catastrophe la piste d’atterrissage de l’aéroport d’Haneda et arriver, au plan suivant, tout essoufflés dans un jardin japonais !

 

Il en va de même lorsque, arrivant dans un restaurant, un maître d’hôtel s’empresse de les saluer… dans un italien irréprochable. C’est dans ces petites choses dont on ne sait si elles sont voulues comme invraisemblables ou le fruit d’un jemenfoutisme assumé que le film acquiert un peu de fraîcheur. Après, lorsqu’il s’agit de développer une scène comique voulue comme tel, il faut bien avouer que l’on tombe dans la bonne grosse commedia dell’ arte qui tache. Petit florilège avec la scène du repas : on commence évidemment avec les pieds sur la table basse : 

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Puis avec la table mise sur les genoux (rires). 

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Je précise que le mec à gauche qui ressemble à un Gérard Majax qui aurait été malaxé par Mike Tyson est le muet de la bande. Autre référence : on pense ici à Harpo dans les Marx Brothers. Seulement, c’est évidemment ici le Harpo du pauvre, le Harpo qui croit qu’il suffit de déformer dans tous les sens un visage encore plus caoutchouteux que la gueule de Michel Leeb pour être drôle. Triste. Passons. Arrive ensuite la scène bien connue du touriste qui tombe des nues en découvrant les baguettes (rires) : 

Kékséksa ?

Evidemment, ils ne les utiliseront pas et saisiront à pleines pognes les cuisses de poulet en bon gaijins malotrus qu’ils sont (rires), avant de découvrir que ce qu’ils sont en train de bouffer n’est pas du poulet, mais du chien ! Après tout, Chine, Japon, c’est bien la famille à tout ça !

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Et ça ne s’arrêtera pas là ! Un autre plat arrive et là, notre Harpo demande à sa manière s’il s’agit encore de cabot : 

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Apprenant qu’il s’agit de bœuf, il retournera s’asseoir et s’essaierai cette fois-ci aux baguettes pour essayer de choper le riz :

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Tout ce mauvais repas qui part à vau-l’eau lui donnera forcément une envie de gerber dans le premier machin venu :

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La conséquence de tout cela ? Un irrésisitible fou rire chez les autres personnages : 

« Mais qu’ils sont cons ces connards de gaijins ! » (nota : le mec au milieu est bien censé joué un maître d’hôtel jap’).

Pour le spectateur, c’est plus un sentiment confus qui domine, quelque part entre la gène et la honte d’être embringué dans un comique de galopins de cantoche. 

Et pendant ce temps…

– On parle vraiment de nous ! Incroyable !

– Fun force ! Je plane mec ! 

On aura cependant moins de honte à suivre les scènes de castagne. C’est la bonne surprise : moins répétitives que dans la série Batman, elles sont un peu sur le modèle de ce que seront les films avec Bud Spencer et Terrence Hill. Les Trois Supermen ont en effet l’art de la mandale qui claque dans la tronche (les bruitages n’auront pas évolué entretemps) et surtout l’art de la distribuer dans des situations toujours différentes. Surtout, attention ! ça virevolte, ça pirouette et ça double-axelle en balançant les parpaings ! 

Et les double jump front kicks aussi.

Les acteurs ont de réelles capacités athlétiques et contribuent en cela à rendre relativement plaisantes les scènes d’action, même si l’on a plus l’impression d’être au cirque Bodoni que face à un film d’action. Impression qui devient d’ailleurs à la longue entêtante, voire carrément gavante tant la musique de cirque qui accompagne ces scènes est systématique (vous en avez un aperçu dans la bande annonce plus bas). 

Et pendant ce temps…

– J’y crois vraiment pas, enfin on nous déterre ! Pour Olrik, Hip, hip, hip…

– Hourra ! 

Bref, vous l’aurez compris, Tre Supermen a Tokio est à apprécier de préférence défoncé à la colle ou beurré au cointreau. Film sympa, à condition de retrouver le temps d’une heure et demie l’âme du gosse émerveillé que vous étiez quand vous admiriez Irma la trapéziste en train de s’envoyer en l’air ou que vous vous esclaffiez aux facéties de Patoche le clown rigolo. Voici la bande-annonce, à vous de voir si ce voyage au centre de l’enfer de l’humour italien vaut la peine d’être tenté :

 Pendant ce temps…

– Eh bien, qu’est-ce qu’il y a ?

– Chais pas, j’ai l’impression que l’article était pas si cool en fait.

 J’allais oublier : le film a-t-il été tourné au Japon ? Aucun doute là-dessus. Si la scène du restaurant semble avoir été tournée en Italie, la scène de poursuite dans Tokyo est sans ambiguïté. C’est d’ailleurs la meilleure scène du film et on se dit qu’il est bien dommage qu’Albertini n’ait pas davantage tiré profit de l’arrière-plan tokyoïte. 

OSS 117 : Atout Cœur à Tokyo (Michel Boisrond – 1966)

Sérieusement, entre nous, un espion qui s’appelle Hubert Bonisseur de la Bath peut-il être plus cool qu’un mec qui s’appelle James Bond ? Difficilement vous avouerez, hein ! Et pourtant, malgré le lourd handicap de son blaze, cet OSS 117 a su m’amuser le temps de cet Atout cœur à Tokyo produit par ce bon vieux André Hunnebelle. Epoustouflant, non. Divertissant, oui. Et à tout prendre, bien plus recommandable que les derniers opus parodiques d’Hazanavicius. Malgré tout le respect que je dois au bricoleur derrière le Grandtournement, non, rien à faire, la tronche et le talent supposé de Dujardin ne me reviennent pas. Et ce n’est pas le récent visionnage d’une sinistre adaptation d’Il ne faut jurer de rien qui me fera changer d’avis. Du coup, plutôt que le masque grimaçant et cabotin du copain de « chouchou », laissez-moi vous présenter la gueule du mâle du jour :

 

Frederick Stafford

L’acteur autrichien est le 4ème à prêter son visage au héros de Jean Bruce. Et d’aucuns considèrent qu’il fut, le temps de deux films, la meilleure incarnation d’OSS 117. N’étant pas un spécialiste de la série, je ne saurais trancher. Mais passé l’agacement devant cette caricature d’homme d’action rasé de près et toujours la plaisanterie facile aux lèvres, j’avoue avoir été assez convaincu…

Bon, sauf quand il fait le mec qui observe en loucedé.

… et charmé par une une image, une façon d’être qui sent bon les B.D. d’antan, celles du journal Spirou notamment, avec les Jean Valhardi, Jess Long, Gil Jourdan et autre Buck Danny. Jamais de doute, jamais d’états d’âme et jamais au grand jamais, la moindre mèche de cheveu qui se fait la malle, quand bien même le personnage se prendrait une bonne grosse pelle à mobylette :

« Putain de bordel de merde de moto à la con ! »

Indéniablement, OSS 117, qu’il s’agisse du personnage ou de la série éponyme, fait très bande dessinée. Nulle péjoration de ma part, j’ai toujours trouvé bien débiles ces critiques qui utilisent cette expression pour dire qu’un film manque de profondeur, comme s’il était acquis qu’une B.D. ne pouvait être profonde, proposer plusieurs niveaux de lecture. Ici, le film fait B.D. dans le sens où il présente un univers à la fois terriblement stable, sans surprises à travers l’échantillon d’humanité qu’il présente, et très changeant de par la collection de scènes extrêmement variées et qui concourent à créer un rythme peut-être pas haletant mais suffisant pour faire oublier pourquoi OSS a ramené ses miches au Japon. Nous ne sommes pourtant pas face à un film d’espionnage de Costas Gravas hein ! et les ressorts de l’intrigue, gentiment expliqués dès les premières minutes, sont plutôt simples. Et pourtant, difficile d’être à fond dans l’intrigue. Un peu comme un morveux qui feuillette son album de Buck Danny et qui passerait outre les méandres des intrigues (parfois compliquées) de Jean-Michel Charlier pour se lover avec plaisir dans les juxtapositions de scènes graphiques concoctées par Hubinon (le dessinateur). C’est un peu la même chose ici et l’on se rend compte combien le MacGuffin est un truc qui sied bien aux films d’espionnage. Peu importe le prétexte qui envoie de la Bath au Japon, ce qui compte c’est qu’il y trouve son lot d’action, d’exotisme et de gentils p’tits lots. Hein Hubert ?

Slrup… houmpf… guoi ?

Non, c’est bon, réponds pas, continue, je peux faire l’article tout seul.

Donc OSS 117 : Atout cœur à Tokyo est un bon film d’espionnage de seconde zone. Evidemment, on est très vite tenté de le comparer à James Bond, alors en pleine période Connery. Mais cela n’aurait que peu d’intérêt tant la comparaison tournerait court. Les films de Terence Young (1) ne bénéficiaient pas du même budget. Si l’on compare domaine par domaine, les OSS 117 apparaissent évidemment comme des sous James Bond bien cheap, à l’image du burlingue du patron d’OSS 117 (l’équivalent de M) :

Eh ouais fiston, que veux-tu, on voulait engager Ken Adam pour les décors, mais nos dernières billes sont parties pour embaucher Jacques Legras !

Les cascades font pitié, tout comme la musique. D’un côté John Barry, de l’autre Michel Magne dont les thèmes donnent à tout moment l’impression que l’on va voir surgir Blier, Blanche et Ventura la pétoire à la main et la bouteille de vitriol dans l’autre (au passage, matez donc les titres des morceaux, impayable!). Reste que par rapport à d’autres sous-James Bond qui fleurissaient alors, la série d’OSS 117 fait figure de « moins pire » et parfois même d’honnête série d’espionnage. Je viens d’évoquer des cascades pas terribles, mais les deux scènes de bagarre, l’une contre un sumo en kimono, l’autre contre un samourai, sont assez réussies :

Cerise sur le gateau pour cet opus : Hunnebelle se paye le luxe de damer le pion à James Bond puis que cet épisode se déroulant au Japon sort un an avant On ne vit que deux fois qui prend lui aussi place au pays du soleil levant. Bien ouéj’ Hubert !

Slurp… groumpf… ‘e rien !

Et là, pour ce qui est de vendre l’exotisme du Japon, le film se débrouille plutôt bien par rapport à son successeur. C’est évidemment un exotisme de carte postale, mais un exotisme en adéquation avec le regard d’un newbie qui débarque au Japon et pour qui tout est nouveau. Alors qu’il est en filature à Asakusa (excellente scène), Bébert ne peut s’empêcher de sourire bêtement et de hausser les épaules devant les grosses geta d’un passant. C’est cliché, mais pour le spectateur d’alors, c’est un exotisme bon marché mais radical et dépaysant, et c’est bien tout ce qu’on attend d’un film d’espionnage se passant à l’étranger. J’ai évoqué la scène à Asakusa, assez chouettos :

Mais notons aussi celle du petit thé en plein air :

… de l’arrivée dans Tokyo :

.

… ou encore ce plan où les écoliers à casquette jaune croisent le chemin de karatekas faisant leur footing :

Ah ! Un voyage au Japon serait évidemment raté s’il n’y avait pas la découverte du bain japonais (avec force bijins, prestige de l’agent secret oblige) :

Le bain japonais, c’est bath.

Mais LA scène reste celle où de la Bath pénètre dans une boîte de strip-tease :

Boîte où l’on confie au client à l’entrée un appareil photo pour qu’il puisse passer un bon moment à shooter dans tous les coins et recoins de leur anatomie de sculpturales pin up. Scène a priori hautement improbable mais qui à la vérité, pour peu que l’on connaisse là-bas l’infinie variété des fantasmes et des perversions, paraît tout à fait crédible. En tout cas bien joué Hub’, t’as bien pensé avant tout à ta mission. Moi, à ta place, ça fait longtemps que j’aurais craqué et que j’aurais collé mon objectif au derrière d’une de ces sympa-triques artistes.

« Slrp… Chest l’médier Olrig gulp… chest l’médier ! »

Bon, à ce stade de l’article, sans doute vous vous demandez qui peut bien être cette adorable bijin que Bonnisseur n’arrête pas de fourrager avec sa menteuse. Car oui, qui dit film d’espion, dit forcément girls. Face aux mythiques James Bond Girls, les Hubert Girls font-elles le poids ? Là encore, je ne puis répondre pour ce qui est de l’ensemble de la série des OSS 117, mais pour ce film, en un mot comme en cent : oui, trois fois oui. Passons rapidement (si j’ose dire) sur Marina Vlady :

La belle actrice française d’origine russe joue le rôle d’Eva Wilson, employée à l’ambassade américaine du Japon et qui va aider notre espion dans sa mission. Belle, sophistiquée, mais dans un blog qui s’appelle Bulles de Japon et qui possède une section « Bijin de la semaine », vous comprendrez  que oui, nous allons passer sur elle et pénétrer plus en profondeur (si j’ose dire aussi) sur le cas de cette personne :

Jitsuko Yoshimura

On voit ici l’actrice dans une scène d’Onibaba de Shindô. Quel rapport avec OSS 117 ? Aucun, c’est juste que c’est une des rares photos d’elle à oilpé et que j’avais envie de partager. A cette époque, la bijin est au plus fort de sa carrière avec des rôles importants dans des films de Shindô donc, mais aussi et surtout d’Imamura (la Femme Insecte ainsi que Cochons et Cuirassés). Plus tard, elle jouera aussi dans Dodes’kaden de Kurosawa. Bref, sans être non plus une star, Yoshimura peut se targuer d’avoir une filmo de qualité. Une filmo mais aussi un petit minois tout sourire qu’elle n’en finit pas d’arborer à chaque scène :

Le visage est agréable, le regard doux, les lèvres faites à peindre et le sourire adorable. Stafford me souffle même que ses mains étaient d’une incomparable douceur.

Hmmm… continue Jitsuko, c’est trop bon…

A l’instar de ces cerisiers en fleurs qui apparaissent dans plusieurs scènes (il paraîtrait qu’il s’agissait de faux cerisiers que les décorateurs montaient ou démontaient à l’envie), cette agent secret japonaise flatte le regard et en donne largement au spectateur pour son argent niveau exotisme de bon aloi. Evidemment, on aurait aimé la voir avec un peu moins de vêtements mais enfin, ne soyons pas déçus puisque son duo avec OSS 117 donne tout de même lieu à une scène où ELLE LUI SAISIT UN  MEMBRE POUR L’INSÉRER DANS L’UN DE SES ORIFICES !

On la voit durant le deuxième tiers du film et l’on peut affirmer sans se tromper qu’il s’agit de la meilleure partie, le film slalomant agréablement entre scènes romancées et scènes d’action, le tout saupoudré d’exotisme. Si plaisant que l’on en oublie la médiocrité relative de la dernière partie, l’attaque par OSS117 en pleine mer de la base où se terrent les méchants. Passage obligé, un de plus, mais qui évidemment se trouve à des années lumières des scènes finales bondiennes, infiniment plus enlevées et spectaculaires. N’importe, cette dernière partie endort agréablement le spectateur qui peut alors rêver qu’il est Hubert Bonnisseur de la Bath et qu’il tient contre son puissant torse velu une douce bijin agent secret. Encore une fois, pas un chef d’oeuvre mais une réelle bonne surprise, très loin de cette mauvaise réputation de « sous-James Bond » (expression à la fois juste et injuste) que l’on a souvent associée à la série des OSS 117. Des oeuvres sans prétention et emplies de fraîcheur, et qui sauront la conserver encore dans quelques décennies. Pas sûr qu’il en aille de même des films d’Hazanavicius. Bravo Frédo ! C’est en partie grâce à toi que l’on doit la réussite d’Atout Cœur !

Hein ? Quoi ?

Bonne nouvelle, Atout Cœur à Tokyo se dégote en DVD chez Gaumont et ce, pour une poignée d’euros seulement. Un must have pour tout collectionneur de série B japonisante !

(1) le même Terence Young qui est crédité au générique d’Atout cœur à Tokyo pour ce qui est de l’adaptation ! Surprise qui a priori a tout de l’enfumage publicitaire.

(The DC Archives) Poignée dans le coin et foutre dans le turbo

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Dans cet article paru le 14 octobre 2010, les amateurs de belles mécaniques, qu’elles soient de métal ou de chair, allaient trouver leur bonheur dans cette petite perle méconnue qu’est Wild Sex Gang de Takayuki Miyagawa (1973). Pas non plus un chef d’oeuvre mais si je vous dis que Miki Sugimoto joue dedans vous avouerez que l’on ne peut non plus imaginer un navet. L’article commence en faisant référence à des bastons entre les lecteurs de DC et, parfois (souvent ?), entre lecteurs et rédacteurs. Oui, c’était l’époque où il ne faisait pas bon de se rendre à la buvette sans sa coquille !

**

*

Je ne sais pas si vous avez remarqué (simple formule oratoire), mais la buvette a été la semaine dernière le théâtre d’une jolie foire d’empoigne. Il est vrai que lorsque j’ai zyeuté de quoi parlait l’article de Megane, j’ai tout de suite pigé  qu’il allait falloir être très prudent dans les commentaires si je ne voulais pas m’engouffrer dans une de ces polémiques qui n’en finissent plus. Ça, je déteste. Par contre, quand c’est les autres qui s’y collent, là pas de problème. J’adore.

Un grand merci donc à Johan et Sakana, nos deux galopins qui ont sorti la boîte à gifles comme au plus beau temps de mes récréations à l’école primaire. À un moment, je me suis vu dans le rôle de l’instituteur, j’ai par exemple hésité à en prendre un pour taper sur l’autre, à leur frotter les oreilles ou encore à les envoyer au piquet à coups de pied au dargif. Et puis bon, comme le spectacle était de qualité, je me suis dit qu’il valait mieux laisser faire. Vraiment, les gars, c’était magnifique, bravo !

On remarquera Megane au 1er plan et la petite Emi en bas à droite.

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Puis arriva ce qui devait arriver : nos deux bagarreurs, exténués, les larmes aux yeux et la morve au nez, se retirèrent chez eux pour panser leurs plaies. Bon, j’entendis bien encore fuser quelques « t’vas voir ta gueule demain ! »  et autres « j’vais l’dire à mon père ! » mais cela ne m’inquiéta pas trop. Regardez-les : ils sont là, au fond de la buvette en train de faire une partie de babe endiablée ! Poteaux comme cochons qu’ils sont redevenus nos Sakana et Johan ! Braves petits !

En revanche, pas de nouvelles de Dimsum, notre casseur de lampadaires qui déboula sans crier gare à la buvette pour insulter tout le monde et déverser des arguments comme des paysans peuvent déverser un tombereau de lisier devant une sous-préfecture.

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Là aussi, il était hors de question que je m’en mêle, je portais un nouveau smoke, j’allais pas le ruiner à cause d’un grand nerveux. Et puis quoi ! c’est un peu le rôle du boss de parfois dégainer la winch façon Peckinpah ! C’est ce que fit Clacla, patiemment mais aussi sans ménagement. Et la fin fut délicieuse :

Hé Dimsum ! Déconne pas, c’est juste pour rire hein ! Tu peux revenir tu sais.

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Tout est donc pour mieux dans la meilleure des buvettes possibles. Tout ? Non, car une poignée d’irréductibles Gaule-ois continuent de répandre une drôle d’ambiance dans votre bar préféré :

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Oui, la buvette est en ce moment fréquentée par des types malsains se baladant en strings ! Et là, je plaide coupable ! Je sais, je n’aurais jamais dû enchaîner deux articles sur des films de ce chelou d’Hisayasu Satô, cela nous a attiré comme des mouches à merde tous les déviants de la ville. Homo, hétéro, Polonais, sado, maso, zoo, nécro, omonbato, c’est plus une buvette mais un nid à morbaques (bien pervers, les morbaques). Notez que perso, ça ne me dérange pas plus que ça, j’aime bien quand la réalité semble m’offrir des références cinématographiques. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde, certains vont même jusqu’à prendre un coca zéro au Quick d’en face, totalement écoeurés. A.rnaud par exemple. Chaque soir, à la sortie du boulot, on voit sa bobine regarder fugitivement à travers les rideaux pour voir si les vilains bonshommes sont là. On sent que le pauvre est inquiet et qu’il sert instinctivement les fesses. Puis, dépité, voyant bien que sa virginité anale risque d’être menacée, il tourne les talons pour aller s’enquiller en face un menu Royal Burger XXL (sans ketchup par contre).

IL FALLAIT QUE CELA CESSE ! Revenir à des bases plus saines, faire revenir les âmes frileuses (quitte à refourguer plus tard d’autres films fangeux de Satô).

Et pour cela, que rêver de mieux qu’un bon vieux pinky violence, hmm ? Z’êtes prêts ? Allez, c’est parti :

WILD SEX GANG, de Takayuki Miyagawa (1973)

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Un rapide coup d’œil sur l’affiche nous révèle plusieurs choses prometteuses. Outre la présence de Miki Sugimoto (toujours appréciable), on remarque qu’il sera question de bikers virils et de scènes olé olé (normal en pleine période de sexploitation, j’ajoute que Norifumi Suzuki étant aux commandes du scénario, il y avait de fortes chances de voir de la combinaison moulante et rebondie comme il faut dans le film). L’image en bas à droite attire sûrement votre attention, commençons par elle si vous le voulez bien puisqu’il s’agit de la scène WTF ? du film, scène qui a la bonne idée d’intervenir dès les cinq premières minutes.

Imaginez, quatre pulpeuses bikeuses roulant la combinaison largement entrouverte devant :

Oui, je sais, ce n’est pas un blu-ray. Faites pas chier.

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Mais pourquoi diable font-elles cela ? Tout simplement pour s’exciter, pour sentir le frottement du vent sur les tétons. Quand j’ai vu cette scène, j’ai tout de suite pigé pourquoi je sens une irrépressible envie de voir un film de Satô lorsque je roule la vitre ouverte. Passons.

Nos trois amazones motorisées s’excitent donc. À tel point qu’il leur faut s’arrêter au plus vite afin de passer à la vitesse supérieure (ce qui est totalement contradictoire, je sais). Et c’est alors que…

Séance de lubrification des mécaniques !

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Là, tout de suite on se dit que ça va être Zizi RiderBorn to be chaudasse ou encore les Bitées Sauvages (3 calembours in a row, je tiens la forme moi !). De fait, arrivent quatre bikers bien décidés à illustrer la légendaire entraide entre motards :

Un problème ma poulette ? Heureusement que j’ai ma clé de 12 !

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Suit alors une pratique que j’avais déjà constatée dans un film de Norifumi Suzuki avec Reiko Ike…

LE BIKE FUCK !

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Petite parenthèse ici : dans Girl Boss Blues Queen Bee’s Counterattack, Ike et ses amies s’offrent généreusement à une bande de bikers le temps d’un petit jeu : le premier qui jouit s’arrête. Le gagnant est celui qui va le plus loin.

Étonnant non ?

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On retrouve donc cette pratique dans Wild Sex Gang, l’aspect compétition en moins. Les véhicules roulent ici à l’économie, sans perte superflue de carburant, juste pour bien profiter du paysage. Finalement, on se dit que Toyota n’a rien inventé et que ces jeunes Japanisthanais avaient conçu bien avant la firme au taureau le tout premier moteur hybride à deux carburants.

La scène a aussi un petit air de Butch Cassidy et le Kid.

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Agréable scène donc que ce ride champêtre dans lequel on voit ces jeunes hommes piloter une japonaise (enfin, deux japonaises pour être exact). Sans doute vous demandez-vous si, avec un tel feu d’artifice dès le début du film, le reste vaut la peine d’être vu. Demandons donc à l’ami Dionnet ce qu’il en pense :

C’est un chef-d’œuvre !

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Ce qui, après avoir jeté un coup d’œil à mon dictionnaire français / Dionnet  Dionnet / français signifie : c’est un bon petit film de série B.

L’histoire tourne autour du petit jeu du chat et la souris entre un bosozoku, Junya, et un motard de la police, Hongo. Évidemment, on pouvait craindre le cliché du mauvais garçon au grand cœur contre le méchant flic. Au moins le film nous épargne-t-il cet écueil en nous présentant deux personnages avec leur lot d’ambiguités.

Ainsi Junya apparaît-il assez rapidement comme un sacré bâton merdeux. Qu’il fasse la nique aux policiers en leur montrant son cul…

Ou alors il est sacrément en manque de bike fuck

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…lui attire évidemment la sympathie du spectateur. Après, qu’il viole les nanas pour le fun, qu’il les cogne et les manipule, c’est une autre paire de couilles euh, de manches. Junya, c’est le chien fou, le fils à papa sans Dieu ni maître qui a pris au pied de la lettre le Fay ce que voudras de l’abbaye de Thélème (enchaîner le bike fuck avec Rabelais, si ça c’est pas la classe !).

Idem pour le flic. Certes, il course des jeunes zazous qui passent leur temps à baisotter en écoutant du Happy End. Pas cool ça. Mais d’un autre côté, on le voit fréquenter une de ces beatniks, Ayako :

Interprétée par la jolie Hiroko Isayama, que vous avez peut-être vue dans Sayuri la strip-teaseuse, film passé une fois sur Arte

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Indéniablement, cette jeune femme l’aime, son Rosco P.Coltrane version pinky violence. Et une scène nous fera comprendre que l’attention de Hongo pour elle dépasse la simple hygiène corporelle.  Mais voilà, entre ce que fantasme Ayako :

A savoir une promenade romantique en moto sous les cerisiers en fleurs

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… et la réalité, il y a un gouffre aussi béant qu’entre un film d’Hisayasu Satô et un roman d’Alexandre Jardin. Car notre motard a en fait une autre maîtresse :

Sa motal

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Et c’est tout pareil pour Junya : ces deux gars ont apparemment plus de plaisir à mettre la pompe dans le réservoir qu’à mettre la leur dans le moule à pafs. Ce sont des passionnés voyez-vous, des enragés du bitume et de la vitesse. Durant la première partie du film, Junya n’a qu’une obsession : passer de 500cc à 750cc. Et une fois son rêve réalisé, il lui faudra mettre sa bécane à contribution en roulant toujours plus dangereusement tout en faisant la nique à son poursuivant. Et ce ne sont pas les remontrances de ces copains bikers et les pains dans la gueule distribués généreusement par Hongo qui y changeront quoi que ce soit.

« Vire-moi ce putain de sourire ! » (Sergent Hartmann, Full Metal Jacket)

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On doute cependant un peu avec l’arrivée d’Hiroko, jeune femme ordinaire jouée par Miki Sugimoto :

Enfin, ordinaire, façon de parler…

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Ne rêvez pas, vous ne la verrez pas faisant du bike fuck, son personnage est bien trop classieux pour cela. Un peu comme Ayako, elle incarne une sorte d’ange gardien essayant de détourner leurs diables de bikers du démon de la vitesse.

Une fois ce quatuor de personnages mis en place, Wild Sex Gang prend alors un plaisant rythme de croisière. Pas besoin d’intrigue compliquée, ces relations qui ne cessent de se tendre et se distendre (je sais à quoi vous pensez ici) voire de s’interpénétrer (là aussi) suffisent amplement à rendre ce film très plaisant. Avec à la clé cette épineuse question : ces belles mécaniques de chair arriveront-elles à faire oublier à leurs amants leurs rutilantes rivales ?

Pour y parvenir, Miki n’hésitera pas à le laisser donner un petit coup de pompe à ses pneus avant.

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Notons enfin que Wild Sex Gang se distingue aussi par une autre particularité : les scènes d’action. Le film est bien sûr ponctué de courses poursuites entre les deux personnages. Mais la dernière se distingue par son ambition. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu une scène aussi longue dans un pinky violence. En fait, très vite un glorieux modèle s’impose à l’esprit : Bullitt (carrément!). Comme pour le film de Peter Yates, cette scène se distingue par sa volonté de multiplier les points de vue afin de faire en sorte que le spectateur se sente au plus près de l’action. Et c’est plutôt réussi, comme ces plans filmés au ras du bitume qui devaient faire leur effet sur grand écran. Autre point commun : pas de dramatisation supplémentaire avec l’ajout d’une musique. Pendant 8 minutes, on n’a droit qu’au vrombissement des deux moteurs 750cc (Hongo ayant volé une nouvelle monture pour faire jeu égal), difficile de ne pas être emporté par ce bruit et cette fureur. Enfin, la dernière similitude tient dans cette mise en avant de la virtuosité des pilotes. Il ne s’agit pas ici de montrer des accidents spectaculaires à gogo comme dans les Blues Brothers mais de montrer combien les deux pilotes sont au sommet de leur art.

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Les amateurs de poursuites apprécieront, les autres seront peut-être sensibles à cette manière de faire évoluer les personnages  vers leur passion. Et ce de manière définitive. Il y a en effet de la damnation dans cette ultime poursuite et le spectateur se dit que tout cela finira mal. L’amour ? Il est soit inconscient de ce qui se trame :

Au plus fort de la bagarre, des images superposées nous montrent une Ayako absorbée par la musique d’un groupe de rock. La page Hongo semble bien tournée pour elle.

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… soit indifférent (ATTENTION, SPOIL !). La toute dernière scène n’est ici pas sans évoquer la fin d’Easy Rider. Comme Peter Fonda sur sa Harley, Junya se prend un projectile (le casque de Hongo) et meurt du viandage qui s’ensuit. Hiroko s’arrête, regarde le sang sortir du crâne… puis reprend la route sans verser la moindre larme.

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Le cadavre reste sur la route comme le vulgaire cadavre d’un chien (et encore, les carcasses d’animaux sont ramassées, elles). Hiroko poursuit sa vie tandis que les policiers ont mieux à faire : emmener au poste le sieur Hongo, ce canard boiteux qui est sorti des limites du système.

À ce moment, tous les mauvais côté de Junya sont oubliés. Ne reste à l’esprit que ce corps longiline dans sa combinaison blanche et ce drapeau américain (autre citation d’Easy Rider) sur le casque. Corps d’un homme qui n’est ici pas mort à cause du conservatisme de rednecks meurtriers mais tout simplement d’avoir voulu vivre une passion sans aucun frein, poignée dans le coin, comme pour oublier peut-être une condition d’éternel inadapté, de déraciné dans une société dont il n’a cure. À ce titre, la mare de sang circulaire sortant de sa bouche n’est pas sans ironie.

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Moto et Shamisen (Masahiro Shinoda – 1961)

Hasard des visionnages : vu quelques semaines après la Forêt Pétrifiée, difficile de ne pas voir dans ce Shamisen to Otobai son pendant lumineux. Là où la Forêt Pétrifiée mettait en scène des êtres sclérosés perdus dans le présent de leur forêt urbaine, Moto et Shamisen nous propose des êtres touchants désireux de donner une impulsion positive à leur vie. A l’image de l’astucieux générique montrant des noms défilant poignée dans le coin, klaxonnant et évitant les bouches d’égout… ou pas.

Pas de chance pour Hatsuko et son petit ami biker, Fusao, ce sera la bouche d’égoût ! S’étant mangé une méchante pelle à moto, les deux tourtereaux se réveillent un beau matin à l’hosto :

et l’on retrouve ici avec plaisir Miyuki Kuwano, une des égéries de la Nouvelle Vague japonaise.

Pas de casse irréversible au niveau du physique. Par contre, niveau projet matrimonial et goût du risque, rien ne va plus. Les parents de Fusao, agacés à l’idée de savoir leur rejeton entiché d’une fille de joueuse de shamisen (sa mère anime en effet pour le télévision une émission de kouta, ces chansons courtes que chantent les maiko ou les geishas), lui interdisent dorénavant de poursuivre son idylle avec Hatsuko. Ce n’est pas un mal : la sémillante jeune femme trouve de toute façon que cette amourette et ces virées à moto ne rimaient à rien et qu’il est temps pour elle d’inscrire sa vie dans une voie plus sérieuse.

Dans le plus pur style « métro, boulot, dodo »

Dès cet instant, la jeune femme annonce le personnage principal de la Forêt Pétrifiée, toute proportions gardées bien sûr, le film étant bien loin de l’atmosphère dépressive du chef d’oeuvre morbide de Shinoda. Mais elle l’annonce tout de même dans le sens où, comme lui, elle se trouve engoncée dans une vie professionnelle et dans un rapport intime avec sa mère qui semble lui boucher toute perspective d’épanouissement personnel. Autrefois insouciante, faisant des projets d’avenir avec son mec dans l’instant, méprisant un tantinet sa mère, incarnation de la femme japonaise traditionnelle et ennuyeuse, elle finit par devenir elle-même quelqu’un d’ennuyeux. Elle méprise sa vie d’autrefois passée un peu trop en compagnie de cette bande de motards pas bien sérieuse. Sortant de l’université et après avoir versé force larmes après la cérémonie de fin d’études, la jeune femme ne tarde pas à trouver un emploi. Enfin, elle se rapproche de sa mère, cette dernière semblant avoir remplacé dans son coeur l’image du petit ami qui revient cependant dans son esprit, le temps de courts flash-backs vaporeux :

Avec à chaque fois une charmante petite musique hawaïenne à l’arrière plan !

Oubli d’un passé qui n’a rien apporté de constructif, ancrage dans un présent  irréprochable associant travail et goût pour la famille (non pas la famille à construire mais la famille déjà construite, celle renvoyant à des racines rassurantes), tel est le nouveau cadre de vie d’Hatsuko qui semble en apparence épanouie et satisfaite de sa nouvelle condition.

En apparence seulement car le personnage ne tarde pas à se fissurer et à vivre douloureusement son présent. D’abord à cause de son petit ami qui refait surface et qui évidemment agite en elle des souvenirs de son idylle passée. Mais surtout à cause de cet homme :

Il s’agit du bon docteur qui s’est occupé d’elle lors de son séjour à l’hôpital. Comme c’est un excellent homme, il passe de temps en temps au domicile familial pour savoir comment se porte son ancienne patiente. Le problème, c’est qu’Hatsuko se rend compte qu’il semble tourner de plus en plus autour de sa mère qui a su conserver encore de beaux restes. Surtout, elle est de plus en plus mal à l’aise devant sa prévenance à son égard. Très vite, continuer à vivre chez sa mère va lui devenir de plus en plus pesant. D’abord parce que la nouvelle liaison de sa mère contredit totalement sa vision rassurante d’une famille immuable, cimentée par les années et que rien ne vient entamer, pas même la perte d’un de ses membres fondateurs (la mère d’Hatsuko est veuve). Du coup, les rôles sont inversés : la fille devient la vieille, un de ces êtres en pierre que l’on rencontrera dans la Forêt Pétrifiée. Elle devient cassante, arrogante, limite humiliante devant sa mère qui, pour le coup, semble connaître un véritable bain de jouvence (elle reviendra ivre d’un dîner passé en compagnie du docteur). Devant ce miroir insupportable, la jeune fille préférera aller vivre chez une amie.

Sa mère se dévergondant avec son nouveau petit ami. Shocking !

Le présent et l’avenir apparaissent dès lors moins gais pour la jeune fille. Et le passé ne tardera pas à s’imposer à elle de manière brutale mais finalement salvatrice. Ce docteur, cet homme intéressé par sa mère et à l’amitié insistante (louche?) vis-à-vis d’elle-même, n’est en fait autre que le premier amant de sa mère et son véritable père. Alors que le Japon était en guerre contre les Etats-Unis, l’homme considéré par Hatsuko comme son vrai père fut appelé au front. Ne donnant signe de vie, laissé pour mort, il laissa pour ainsi dire la place à un autre homme avant de revenir et de constater les dégâts de son absence en la personne d’une adorable petite fille. Bonne pâte, l’homme fera comme si rien ne s’était passé et s’occupera de l’enfant comme s’il s’était agi de sa propre fille. D’un côté vision d’un père tolérant et généreux envers les fautes d’un membre de sa famille, de l’autre vision d’une mère qui a vécu l’instant présent sans se soucier des conséquences, et qui aura malgré tout réussi sa vie. La leçon est rude pour Hatsuko qui, en une courte mais magnifique scène, crèvera l’abcès, réconciliera  passé, présent et avenir en chantant un air de Kouta, accompagnée par sa mère au shamisen.

La boucle sera dès lors bouclée. Hatsuko pourra reprendre sa vie d’autrefois en retrouvant son cher biker. De formalisée, sa vie redeviendra insouciante et pas très sérieuse. Peu importe ! Le passage à l’âge adulte se fera bien un jour de lui-même. Il se cueillera tout seul, comme ces journées passées sur le bitume poignée dans le coin, et tant pis si l’on se prend les bouches d’égout du générique !

Film doux et lumineux, Moto et shamisen laisse l’étrange impression de visionner un film hybride, sorte de chaînon manquant entre les films de motards d’un Teruo Ishii et ceux d’un Ozu où le mariage sonne comme une nouvelle naissance pour les jeunes gens et une petite mort triste et sereine pour les parents. On pourra préférer la noirceur de la Forêt Pétrifiée ou l’expérimentation formelle de Double Suicide, mais on ne saurait nier à ce petit film de constituer une intéressante variation autour du thème de l’opposition -et de la fusion – entre traditionnel et moderne. Quelles que soient les époques, quels que soient les goûts (shamisen ou moto), la passion des êtres restera immuable et nécessaire tant qu’elle restera authentique et pleinement révélée. C’est ce qui ne sera plus le cas dix ans plus tard avec la Forêt Pétrifiée.

(The DC Archives) Le Karatéka Mandomisé

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Retour à Nanarland pour votre serviteur. Deux raisons à cela :

– Le lieu est une pépinière d’articles faciles, toujours appréciable lorsque l’on n’est pas d’humeur à se creuser longtemps la cafetière.

– Nonami veut me jouer les cons des mille et un vits en jouant le rôle de Chiennarazade. Comment résister ?

Ami lecteur, à partir de maintenant tu es en mon pouvoir. Colle ton museau à 5 centimètres de ton moniteur et laisse-toi magnétiser par ces mouvements qui fileraient la gaule à Michou lui-même. Voilà, c’est cela, oublie tes soucis, tu es bien, tu bois frais, tu es mûr pour lire la suite.


Ah Nonami ! Quand j’y pense, quels délicieux moments que ceusses passés à dévorer du regard (avant de les goûter autrement) ces rondeurs en mouvement. À chaque fois je songeais à la traduction des 1001 Nuits par le bon docteur Mardrus…

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Sa chevelure ! elle est si brune qu’elle en est plus noire que la séparation des amis ! et quand elle est accommodée en trois tresses qui s’éploient jusqu’à ses pieds, il me semble voir trois nuits à la fois !

Son visage ! Il est aussi blanc que le jour où se retrouvent les amis ! Si je le regarde au moment où brille la pleine lune, je vois deux lunes à la fois.

Ses lèvres c’est de l’agate colorée et du corail ; sa langue – quand elle la remue – sécrète l’éloquence ; et sa salive est plus désirable que le jus des raisins : elle désaltère la soif la plus brûlante ! Telle est sa bouche !

Mais sa poitrine ! béni soit le Créateur ! c’est une séduction vivante ! Elle porte des seins jumeaux de l’ivoire le plus pur, arrondis et pouvant tenir dans les cinq doigts de la main.

Son ventre a des fossettes pleines d’ombre et disposées avec autant d’harmonie que les caractères arabes sur le cachet d’un scribe copte d’Egypte  Et ce ventre donne naissance à une taille élastique, ya Allah ! Et fuselée ! Mais voici sa croupe…

Sa croupe ! heu ! heu ! j’en frémis ! C’est une masse si pesante qu’elle oblige sa propriétaire à se rasseoir quand elle se lève et à se relever quand elle se couche ! Et je ne puis vraiment, ô mes lecteurs, vous en donner une idée qu’en recourant à ces vers du poète :

« Elle a un derrière énorme et fastueux qui demanderait une taille moins frêle que celle où il est suspendu !

Il est, pour elle et moi, un objet de tortures sans relâche et d’émoi car

Il l’oblige, elle, à se rasseoir quand elle se lève et me met le zebb, quand j’y pense, toujours debout ! »

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Oui, tout cela était bien agréable. Mais il en va de ces choses comme du reste : on finit par se lasser. La danse du dargif c’est sympa, mais c’est pas ça qui allait me fournir l’idée d’un article de légende. Tel le roi Schahriar, je me précipitai sur ma danseuse, la menaçant que si elle ne me donnait pas un tuyau dans les secondes qui suivaient, elle allait tâter de mon sabre (toujours très vigoureux).

Elle me raconta alors cette étrange histoire, histoire merveilleuse qui me tint éveillé jusqu’au lever du soleil. Installez-vous confortablement, ouvrez grand vos esgourdes, j’allume ma bouffarde… puf… puf… voilà, on peut y aller :

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Saviez-vous les enfants que Charles Bronson, bien avant sa carrière d’acteur, et donc bien avant de promouvoir le Mandom, n’était qu’un obscur bagarreur clandestin à Saigon ? Surprenant mais pas tant que ça lorsqu’on y réfléchit. Voyez sa prestation dans le Bagarreur (Hard Times) :

On se dit qu’un type qui joue avec autant d’aisance un cogneur des bas-fonds, qui claque avec autant de virilité des parpaings dans la gueule de ses adversaires a forcément eu naguère une petite activité dans ce domaine.

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Mais ce n’est pas tout : saviez-vous aussi qu’à la même époque, la mère de Bruce Lee faisait des passes bon marché, elle aussi à Saigon ? Non, hein ? Et qu’est-ce qu’on en a à foutre me direz-vous ? Eh bien ceci : il arriva qu’un jour, Charles Bronson, pour fêter une victoire contre un certain Fou Zi Toû, alla dignement s’offrir une pute. Ce fut Madame Lee à qui, bien avant la Grande Evasion, il eut l’honneur de creuser un tunnel. Face à une virilité aussi mandomisée que celle de Bronson, les 5 capotes qu’il avait eu la prudence de mettre les unes sur les autres ne résistèrent pas et éclatèrent. Neuf mois plus tard, madame Lee, alors déjà maman du petit Bruce, accoucha d’un deuxième petit garçon. Son nom ?

BRONSON LEE !

50% Charles Bronson, 50% Bruce Lee, 100% casseur de noix.

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Ouais, je sais, présenté comme cela, c’est un peu fort de café. Mais ce type a bien existé, comme me l’a prouvé la vieille VHS que Nonami s’empressa d’insérer dans son magnétoscope puisque, croyant qu’elle se payait ma fiole, je m’approchais d’elle le sabre turgescent et prêt à la pourfendre. Mais un logo bien connu apparut alors à l’écran :

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… et, tel un talisman magique, me fit aussitôt rengainer mon sabre pour aller me poster, subjugué, devant ce qui promettait sûrement d’être une merveille 70’s made in Toei. Une petite musique de surf rock que n’aurait pas reniée Takeshi Terauchi retentit, ultime coup d’estoc qui balaya mes dernières réticences. Oui, les conditions semblaient réunies pour me faire passer un bon moment, pour me faire tout accepter, même ça :

Un lait grenadine s’il vous plaît !

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Récapitulons : d’un côté des bacchantes et une coupe de nouilles bronsoniennes, de l’autre un visage, un menton avancé et des mimiques évoquant l’homme qui a balancé des high kicks à trois points sur la gueule de Kareem Abdul Jabar. Le tout enrobé d’un costume de cowboy d’opérette dont même un gamin de maternelle ne voudrait pas pour le carnaval de son école. Oui, on pourrait se dire « point trop n’en faut » mais voilà, Bruce Lee vient mystérieusement de casser sa pipe et nous sommes alors en pleine brucesploitation (par contre, pour la « charlesbronsonsploitation », rien n’est moins sûr). Surfant sur l’impact incroyable que le charisme de Bruce Lee a eu sur des millions d’ados fascinés qui se sont empressés d’ajouter un beau poster du Petit Dragon dans leur chambre, les producteurs n’hésitent pas à déverser sur les écrans des dizaines et des dizaines de nanars avec des clones plus ou moins ressemblant et allant de l’honnête film de kung fu au navet irregardable.

Lorsque l’on voit le screenshot précédent, on pourrait se dire que

« The Karate » (yeah !)

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… film de 1974, appartient à la seconde catégorie. Mais il n’en n’est rien ! Passé la première scène où l’on voit Bronson Lee avec sa brave grand-mère ricaine et en train de subir, stoïque, les bonnes grosses vannes de red necks dans un routier :

« Et une limonade pour la face de citron, une ! »

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… on arrive très vite en terrain connu, au Japon où Bronson se rend afin d’essayer de rafler la prime de 50000$ d’un grand tournoi de karaté mais aussi afin de donner un sens à sa vie, lui, le bâtard, le déraciné, le El Desdichado du coup de boule rotatif, qui a fait le Vietnam mais qui est méprisé de ses compatriotes (appréciez au passage la quête intérieure vibrante de vérité). Et dès cet instant, pas de doute, on est en terrain connu, celui des Trucks Rascals et autres pépites divertissantes à la Norifumi suzuki.

Notamment grâce à des scènes ouatzefeuckestes.

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Bon, nuançons tout de même un peu : on est un cran en dessous. Yukio Noda a beau être un des réalisateurs emblématiques du studio (avec son mythique Zero Woman : Akai Wappa, traduit chez nous sous le titre « l’Aubergine était presque farcie »), il n’est pas à son meilleur niveau ici. Reste que ce côté bruceploitation passé au mixeur de la série B toeiesque rend ce film sympathique, plaisant à regarder. Laissez-moi enfiler mon costume de V.R.P. pour vous en convaincre.

D’abord, il y a une jolie fille :

Tu veux que je te prépare une camomille mon petit Bronson ?

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Euh… non, ça c’est la vioque ricaine. Je voulais parler de celle-ci :

Vé, la pitchoune !

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Cette belle plante est la fille du sensei qui prend sous son aile Bronson à son arrivée au Japon. Ne vous y fiez pas : derrière cet adorable sourire se cache une redoutable combattante, même pas gênée par son kimono. Tellement à l’aise d’ailleurs que les high kicks sont généreusement distribués afin de laisser entrevoir, devinez quoi ?

Une cuisse et un bout de culotte ! (à 54’22’’)

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Je sais ce que vous allez me dire : quel sinistre cerveau à part le mien peut s’émoustiller d’un morceau d’étoffe entraperçu un dixième de seconde sur un film qui compte 90 minutes ? J’avoue que c’est un peu tiré par la toison mais comme c’est un article qui sent plus le musc que la cyprine, chose assez inhabituelle pour moi, vous permettrez que je m’offre un dernier rail de bijin, aussi soft soit-il, avant de poursuivre.

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J’enchaîne justement avec les personnages secondaires. Vous avez toujours aimé les personnages bigarrés à la Street Fighter ? Ça tombe bien, le tournoi de karaté donne l’occasion de découvrir un melting pot de ce qui se fait de plus croquignol sur la planète en matière d’arts martiaux. On a par exemple le yankee :

Redoutable lanceur de lames, formé en Palombie par le général Alcazar et ayant l’habitude de s’exercer sur des silhouettes en carton avec un disque rouge en guise de cœur. Cinéma contestataire, quand tu nous tiens ! Après les drapeaux américains brûlés dans les films de Wakamastsu, on a le méchant bouffeur de chewing gum qui perfore le Soleil Levant. « The Karate » un simple film d’art martiaux ? Un brûlot politique oui ! Tellement violent dans sa charge que Noda a dû sûrement atténuer son propos : ce chevelu tout droit sorti de l’île de Wight s’avérera être en fait un bon bougre qui fera copain avec Bronson. Autre exemple :

Et ouais, y’a même un Belge ! Vu comme ça, il a l’air d’assurer, une fois. Mais c’est sans compter sur l’universalité des blagues belges dont Noda est, semble-t-il, assez friand :

Et que dire du concurrent japonais ?

Ici, focus sur une scène se déroulant dans un restaurant :

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Un peu comme Lee Van Cleef au début du Bon, la Brute et le Truand, Bronson bouffe ses fayots à la cuillère dans une écuelle tandis que son pote enlève des vers de son tarin. Il a pas l’air jouasse notre moustachu. Pourquoi ? Parce qu’en face il y a le Jap’ qui le cherche. Bronson ne fait ni une ni deux, il prend sa cuillère et la tord rien qu’avec le pouce !!

Humpf ! T’as compris là ? ‘culé va !

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Nous, ce que l’on comprend, c’est qu’on n’a pas affaire à un duel de tarlouzes. Et le chauve à moustaches le confirme…

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… en tordant son assiette en fer blanc ! Il s’en fout en même temps un peu sur cézigue mais c’est pas grave, il conclut brillamment un duel psychologique d’une rare intensité.

Par contre, pour le dessert, le père Lee se chargera de la lui faire bouffer, sa purée de châtaignes à volonté.

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Des personnages secondaires sympathiques donc. Et notez qu’il s’agit seulement d’un échantillon. Je n’ai même pas évoqué celui qui sera le plus farouche adversaire de Bronson,

Black Tiger

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… dont les mouvements ridicules façon moine Shaolin sous pichte donne l’impression d’assister à la performance d’un cosplayeur trisomique (tautologie ?) de la Japan Expo (oui !) tentant de reproduire la gestuelle de son chevalier d’or préféré. Je passe rapidement mais vous aurez compris que ce Black Tiger, c’est du nanan.

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J’en arrive à Bronson Lee. On a souvent parlé du charisme, de la souplesse de félin du Petit Dragon. Oubliez donc ces niaiseries. Si on ne doit garder qu’un, ça ne peut être que Bronson. Bon, OK, il a parfois l’air de combattre avec un balai dans le cul, mais c’est justement parce qu’il n’a pas besoin de ces grisgris superfétatoires dans lesquels se complaît son homologue hongkongais. En bon consommateur de Mandom, Bronson est sûr de sa virilité, pas besoin de l’agrémenter de petites pas de ballerines pour impressionner son monde : on est dans la sueur et la puissance, pas dans le rococo efféminée. Droit au but Bronson, c’est d’ailleurs ce qui lui permet d’envoyer au tapis deux adversaires alors qu’il est en train de s’enquiller un gros bol de ramen :

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Ajoutons qu’on aurait tort de prendre l’acteur, Tadashi Yamashita, pour un acteur de seconde zone embauché parce qu’il faisait illusion dans sa façon de maîtriser un minimum un art martial. Jugez plutôt :

S’il suffisait de se mettre du Mandom sous les aisselles et d’avoir les mêmes moustaches que Bronson pour être un putain de guerrier, cela ferait longtemps que vous me verriez au Tokyo Dome à botter le cul de l’horrible Semmy Schilt. Malheureusement, ce n’est pas si simple car il semblerait qu’il faille un petit quelque chose en plus. Et Yamashita, il l’a ce quelque chose, ça s’appelle le « hanshi », titre que l’on donne aux merluches des arts martiaux et qui est parfois traduit par « grand maître ». Il faut dire qu’il y a mis du sien pour l’obtenir : ceinture noire à l’âge de 16 ans, 9ème dan de Kobudo (arts martiaux d’Okinawa), 9ème dan itou de Shôrin-Ryû (karaté d’Okinawa)  et maître du kusarigama, arme là aussi typique de l’île, composée d’une chaîne et d’une faucille. Pour les fins lettrées, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de ces deux excellentes monographies, écrites par le maître lui-même. Franchement, ça vaut Proust :

Bronson Lee maîtrise donc son sujet (Yamashita a d’ailleurs tourné dans Enter the Dragon, merde quoi!). Et Bronson Lee sait faire vibrer le spectateur par la grande palette de ses expressions :

L’acmé du film étant lorsque, lisant la lettre de sa mémé lui disant que tout le monde au paletin est à fond derrière lui, il écrase une larmichette sous les yeux de la fille de son sensei. On peut regretter que Yamashita n’ait pas tourné plus de films, ou plutôt dans des films autres que des série B, on aurait vu alors de quelle étoffe d’acteur il était fait. D’ailleurs, il est tellement bon qu’il n’a pas besoin de l’ouvrir. Un peu comme les hommes-singes de 2001 : l’Odyssée de l’espace, une simple posture suffit à exprimer un sentiment. Par exemple, sur ce photogramme :

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… sa position en seiza, son calme olympien, sa classe naturelle, classe d’autant plus sensible que son pote est en train de se tirer un ver du fondement (décidément), tout cela fait sentir combien cet homme aurait aisément pu supplanter Charles Swann pour « faire catleya » à Odette de Crécy. Autre situation :

Là, clairement, il est contrarié. Kubrick a toujours rêvé de revenir aux sources du cinéma muet. Dommage qu’il n’ait jamais rencontré Bronson Lee pour l’engager à la place de Keir Dullea dans2001, il y aurait eu des discussions fascinantes avec HAL 9000.

J’entends bien ici quelques moqueries parmi vous. Évidemment, c’est très facile de traiter mon Bronson d’anthropoïde mais laissez-moi vous dire que c’est vil et mesquin de votre part. Et que c’est triste car cela montre que vous n’avez jamais goûté  et que vous ne goûterez jamais le plaisir qu’il peut y avoir à latter des poteaux et d’exploser des tuiles les soirs de pleine lune après avoir siroté deux ou trois kirins :

Celui qui n’a jamais pratiqué ces sains exercices au Japon ne saura décidément jamais ce qu’est le vrai Japon.

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Magnifiques scènes qui nous montrent que même dans la violence, il y a un incroyable sens de la poésie chez Bronson Lee. D’ailleurs, quand il contemple le Pavillon d’Or :

… on se demande en fait si ce n’est pas plutôt ce dernier qui contemple Bronson Lee.

Oui, Bruce Lee a beau faire des efforts désespérés pour avoir l’air classe :

Remballe ta morgue, eh, péquenot !

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… il ne sera toujours en comparaison qu’un flandrin artificiel. Tenez, autre détail de la supériorité de Bronson : la maîtrise du feulement lorsqu’il combat. Il est tellement balèze qu’il n’a pas besoin d’ouvrir la bouche pour émettre de ces couinements qui font irrésistiblement penser à un vieux matou qui se serait coincé une burne dans une chatière. Non seulement il combat comme un dieu, mais en plus il accompagne sa prestation d’un numéro de ventriloquie. Et pas en sourdine le numéro ! Montez le volume à fond et fermez les yeux :


Comment compenser une scène d’action un peu faiblarde par une bande son qui déchire ? Mettez un karatéka moustachu qui feule avant, pendant et après chaque pain distribué, des bruitages irréalistes (mais qui rappellent étrangement les bruits entendus lors de notre dernière réunion à la rédac’), enfin cette musique groovy : ce n’est plus monsieur Bronson honorant la tuyauterie de la maman du Petit Dragon mais Lalo Shifrin (Bullitt, Dirty Harry…) faisant une turlutte gratos à Roy Budd (Get Carter…), ou inversement. A quoi bon une vidéo après un tel maelström sonore ? Bronson l’a d’ailleurs bien compris lorsqu’il offre au spectateur une variante au tisonnier du Chien Andalou:

Ah tiens ?  J’ai un peu mal là !

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Nulle crainte à avoir cependant pour Bronson, vous savez ce que c’est, lorsqu’on a du Mandom à la place du sirop de mec…

Doktor Olrik : « Je prescris un simple lavement et deux saignées. Cet homme est par trop burné, il s’en sortira ! »

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De fait, Bronson affrontera avec un bandeau l’ignoble Black Tiger lors du duel final :

… avant de retrouver miraculeusement la vue dans, tenez-vous bien, « The Karate 2 » et « The Karate 3 », film dans lequel on trouve un intéressant personnage de karatéka belge démoniaque armé de deux croix inversées. Mais là, faites excuse, faut vraiment que je m’arrête.

Peut-être vous dites-vous : « il est bien gentil Olrik mais c’est pas ses screenshots et ses gifs à la con qui vont nous donner une idée précise des scènes de baston, une vidéo ce serait mieux, connard ! ». Mais… qui vous dit qu’il n’y a pas de vidéo dans cet article ? Simplement, comme dans tout conte qui se respecte, il faut juste mouiller un peu le maillot pour mettre la main sur l’objet magique. Allez, un tuyau : si j’étais vous, j’irais la mettre sur la culotte de Nonami pour lui frotter le valseur. Je me suis laissé dire qu’il avait la même vertu que la lampe d’Aladin…

The DC Archives : Alerte j’ai mal au bout !

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Le soleil vient de se lever, encore une belle journée
Il vient toujours au bon moment, avec ses DVD et ses bijins,
Il choisit toujours la bonne heure, celle où on chante tous en chœur,
L’ami du petit déjeuner, l’ami Olrik.

 

En cette période estivale, difficile de ne pas poster quelque chose avec tout plein de bikinis dedans. Pour ce faire, je déterre cette critique de Psycho Shark parue sur DC le 11 mars 2011. Au programme : du requin et du serial killer (un peu), des bikinis et des gros seins (beaucoup). Merci John Hijiri (et surtout Nanomi Takizawa).

**

*

Je m’étais juré en participant à ce site que jamais je n’évoquerais ce que l’on a coutume d’appeler cinéma Z, V cinéma et autres navets, nanars ou, plus prosaïquement, grosses bouses. Fut un temps où j’en faisais mes choux gras. Maintenant, j’ai plutôt tendance à les fuir.

Le destin en a décidé autrement lorsqu’il m’a obligé à m’éjecter de mon F-16 pour atterrir à Nanarland. Quelles obscures pellicules allais-je y découvrir ? C’est ce que je me demandais non sans une certaine angoisse. Après avoir soigneusement rangé mon parachute et mangé un morceau, je décidai de longer la plage où j’avais atterri plutôt que de m’enfoncer dans la brousse (chose que j’aime bien faire habituellement mais pas avec ce type de brousse). Je n’avais pas fait un kilomètre, qu’une voix rafraîchissante me héla à ma droite :

Gaijin san ! Vouloir mouiller toi avec moi ?

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La visite de Nanarland s’annonçait pas si mal finalement. C’était gros, mou, gélatineux, mais tellement plus sympa qu’une méduse ! Sans hésiter je laissai mes frusques sur le sable et allai rejoindre cette naïade que n’eut pas dédaigné un Fantin Latour. De fil en aiguille, entre deux brasses côte à côte façon Jayne et Tarzan, la jeune femme m’expliqua qu’elle était actrice et qu’elle venait de finir le tournage d’un film réalisé sur l’île même. M’enquérant du titre du film, je la vis aussitôt sortir de l’eau en courant pour aller chercher quelque chose dans son sac. Vision sympathique je dois dire, la méduse de derrière n’était pas mal non plus. Puis elle revint avec quelque chose que je crus reconnaître comme étant le boitier d’un dvd. Effectivement, arrivée à mon niveau (c’est-à-dire à la taille, histoire de camoufler certaine malheureuse protubérance), elle me montra cette chose :

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Voyons, 1… 2… 3… 4… 5 bikinis et apparemment 1… 2… 3… 4… 5 poitrines dépassant apparemment le bonnet H. Mazette ! Mais on était d’emblée pas très loin du chef-d’œuvre !

Par contre, je fis un peu la moue devant ce requin en grossière image de synthèse et ce bras coupé médiocrement inséré dans la gueule via photoshop. Cela dit, devant l’insistance de ma baigneuse, j’acceptai de garder le dvd et lui promis de le visionner dès notre retour dans sa cabane où elle m’assura qu’elle avait tout ce qu’il faut pour le voir et pour taper mon article avant la fin de la journée.

Je ne vous raconterai pas si mon amie garda son bikini toute la soirée. Mais je puis vous raconter le contenu du DVD. Je vais d’ailleurs faire mieux : vous connaissez le refrain : virez les tables, flanquez les chaises au milieu de la buvette, c’est le moment de …

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LA DERNIERE SEANCE JAPANISTHANAISE !

Jingle Corti !

Le film que vous allez donc voir ce soir s’appelle Psycho Shark (titre alternatif : Jaws in Japan), film réalisé l’année dernière par le grand John Hijiri. Croyez-en ma vieille expérience des faiseurs de nanars : ce gars-là a un potentiel. Lui et moi sommes en fait de la même race, celle des adorateurs de bijins. Son « œuvre » précédente était ainsi un drama, Tetsudô Musume :

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Le scénar ? Juste un prétexte à montrer 6 personnages féminins bien de leur petite personne, bossant dans une gare et ayant toutes un uniforme différent. Le drama vient d’un manga qui a aussi eu son adaptation en jeu vidéo sur DS.

Reste que, voilà : un uniforme, c’est bien, mais un bikini – et vous en conviendrez aisément – c’est mieux :

Ne ?

C’est ce qu’a dû se dire John après ce drama dégoulinant de bons sentiments (pléonasme ?) et rempli de sales uniformes même pas beaux qui ont la fâcheuse tendance à camoufler ce fleuron de la beauté féminine :

LES OBUS !

Et là, Hijiri n’a pas fait les choses à moitié. Indéniablement, le gus a eu la main lourde et l’amateur de roploplos rehaussés de couleurs chatoyantes en a pour son argent. On commence le film avec une scène filmée caméra à l’épaule de 5 minutes où deux bijins font des mignardises dans l’eau.

 

Ça minaude, ça chichitte, ça fait des « peasu » et des « sexy poses » avec une belle couche de gloussements imbéciles. Je suppose que si l’on est un otaku pur jus, on doit sans doute agripper convulsivement le premier kleenex de la soirée. Mais pour tout spectateur normalement constitué (je ne dis pas ça pour vous hein !), on n’est pas loin d’avoir des envies de meurtre dès la deuxième minute… n’eussent été bien sûr les hypnotiques points blancs du bikini noir qui aident à tenir.

Dans la scène suivante, nous faisons connaissance des deux héroïnes, Mai, jouée par Airi Nakajima :

Photographiée ici par un jean-foutre

Et surtout, dans le rôle de la vache laitière, Miki, interprétée par l’hénaurme Nonami Takizawa :

Pour un tel casting, il n’y a qu’une seule chose à dire : c’est du lourd, du très lourd même.

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Le premier kleenex consommé, l’otaku n’a pas d’autres solutions que de remettre recta le couvert. Dans les Dents de la Mer, Spielberg faisait mariner le spectateur, ne filmant que très peu le gigantesque squale (ou toujours de manière très partielle). Hijiri reprend le procédé à son compte mais cette-fois ci avec les obus de Nonami. On commence avec une scène d’auto stop où d’ailleurs là aussi ça mignardise pas mal :

Notes du jury :

Mai (à gauche) : 8   7.5   8   8.5   9

Mika (à droite) : 3   4   3.5   2   4

Mais la nature reprend ses droits lorsque les deux donzelles, une fois arrivées dans leur petit appartement de vacances, s’empressent de se vêtir de leur bikini. La tension monte :

Vous rappelez-vous la scène dans les Dents de la Mer où l’on voit pour la première fois la silhouette du requin sous l’eau. On se dit alors « non, c’est pas possible, c’est trop gros ». C’est aussi un peu ce que l’on pense lorsque l’on entraperçoit un énorme machin qui pendouille sur le côté gauche de l’héroïne. Celle-ci se retourne et…

Et ?

… et Hijiri montre alors de quelle étoffe il est fait. Rarement on aura vu un réalisateur diriger avec une telle maîtrise deux bikinis. On commence avec un méchant gros plan :

Extension…

Puis sans transition, on passe à un deuxième :

Flexion

Puis, gradation des effets oblige, on passe à un plan avec les deux bijins ensemble :

Ridicules tes seins, ma fille

Plan qui est le prélude à un grand n’importe quoi dans lequel Hijiri semble tout à coup subjugué par son sujet (qui a dit « Olrik aussi » ?!) :

Enter the bikini bijins

Jaws nous montrait des gens se faisant boulotter par un requin. Psycho Shark nous montre un réalisateur en train de se faire happer corps et âme par des bijins en bikini. Le bougre ne s’en remettra pas. Il faut vous dire ici que nous sommes à la 15ème minute (le film dure seulement une heure dix) et que l’intrigue du requin n’a pas vraiment démarré. Hé John ! Il est où le requin bordel ?!

Euh, sur la jaquette du DVD pourquoi ?

Las ! Il faudra attendre les dix dernières minutes pour le voir enfin. Tout se passe comme si le budget des effets spéciaux avait été laminé par le casting bikinisé (les 5 actrices sont des gravure idols et Nonami Takizawa n’est pas la moins populaire). Mais il faut reconnaître qu’il y a un peu de Mac Gyver dans Hijiri. Véritable couteau suisse du cinéma de genres, notre bikini maniaque va faire feu de tout bois pour faire oublier au spectateur les belles promesses des affiches du film. Jugez plutôt :

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1) Le film de serial killer.

Gni… je renifle ta chatte !

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Personnage bien pratique qui offre au réalisateur quatre avantages :

1) Mettre un peu de suspense dans l’intrigue, et paradoxalement ménager ipso facto un moment de repos à nos pauvres bikini otakus qui en sont déjà à leur quinzième mouchoir.

2) La jouer métaphore. L’homme, c’est bien connu, est depuis la nuit des temps un éternel prédateur. Le vrai squale, c’est lui. Et c’est d’autant plus signifiant au Japon que le « sharking » désigne une perversion qui consiste à suivre une victime dans la rue pour lui soulever la jupe, lui baisser la culotte, la kanchotiser, pour ne citer les pratiques les plus avouables. En y réfléchissant, je me dis qu’il y a du film social dans Psycho Shark. Une scène nus montre le tueur discuter avec des gars louches et leur refiler discretos ceci :

Vous pouvez être sur que ces types qui s’échangent des K7 étaient les mêmes qui s’échangeaient autrefois leur collection de dojinshis et autres anime emplis de scène d’ero guru et de fan service. Je ne crois pas avoir vu de film dénonçant de lanière aussi subtile et radicale le danger que représentent ces maniaques dégénérés que sont les otakus. Hijiri ? Le Ken Loach japonais, tout simplement.

3) Enfin, permettre d’insérer une voire plusieurs scènes de douche. Depuis Hitchcock et de Palma, on sait combien une scène montrant une bonne femme en train de se savonner les frères Karamazov sous la douche peut annoncer un déluge de violence. Là aussi, on constate un grand art de la variation dans la composition de ces scènes. Pour Mika, c’est de profil :

Pour Mai, c’est un joli combo vue de trois quarts + malaxage :

 C’est quand même autre chose que Dexter hein ?

On se demandera au passage quelle est l’utilité de prendre sa douche avec un bikini. Les agents des actrices ont sûrement la réponse…

4) Corollaire du précédent, loucher du côté du slasher. Au programme, hémoglobine…

Hijiri : « Mais qui m’a foutu une gourdasse pareille ? T’es en train de te faire trucider, arrête de sourire, montre que tu souffres, que tu as peur !

– Mais c’est ce que je fais John ! »

… et gros plans oxymoriques dans le style « la Belle et la Bête » :

 

Bref, avec le thème du tueur en série, on ne peut qu’être gagnant sur toute la pine.

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2) Le film fantastique

 

Vous n’êtes pas sans savoir (ou alors qu’est-ce que vous foutez là ?) que depuis une bonne quinzaine d’années, l’Asie est pourvoyeuse d’un grand nombre de films fantastiques. Genre tombé en désuétude, le fantastique a alors connu un certain renouveau, notamment avec un  Hideo Nakata, renouveau qui ne fut pas après quelques années sans déboucher sur de lourdes redites.

N’importe, Hijiri tient là un filon prometteur susceptible d’enquiller de précieuses minutes à peu de frais. On remarque ici deux influences majeures :

– Des bijins qui se filment et qui regardent après la K7 sur le lecteur de leur appart’ de vacances… C’est là le vieux principe du pseudo documentaire qui, depuis Cannibal Holocaust, a largement fait ses preuves. Plus près de nous, et plus fantastique, on pense évidemment au Projet Blair Witch. Miki découvrira une vieille K7 dans un coin de son appartement, K7 ayant appartenue au trois donzelles du début du film. Elle aura la curiosité et verra comment leur séjour estival se transforme peu à peu en cauchemar.

– En soit, cette histoire de vieille K7 trouvée n’a rien de fantastique. Elle l’est cependant car ce mot, « K7 », doit normalement faire venir à votre esprit totalement embrumé par la vision de tant de grosses miches bikinisés (je comprends, je comprends…) LA référence fantastique, celle par qui des tombereaux entiers de films ont par la suite été déversés dans le paysage cinématographique japonais, je veux bien sûr parler de…

RINGU

Et oui ! La K7 que zyeute Miki est maudite. Elle prend un malin plaisir à montrer ce qu’elle veut montrer à sa spectatrice tout époumonée (et doublement encore !) par ce qu’elle voit. Elle montrera par exemple, sans crier gare, une jeune femme ensanglantée plonger dans l’eau ou une autre sous la douche couverte de sang. Un retour en arrière pour revoir la scène n’y fera rien : la scène aura disparu, laissant supposer (assez faiblement) que Miki est victime de son imagination.

À ces deux références, trois avantages :

 Économie totale de moyens ! On filme des oies blanches en train de batifoler dans la baille (et faire finalement ce qu’elles ont l’habitude de faire lors de séances de shooting), un habile montage, une mine inquiète de la spectatrice pour faire sentir que « quelque chose  ne va pas »,

Un exemple de mine inquiète. Ouais, faut pas trop non plus en demander à Nanomi.

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… et le tour est joué, on n’a pas à s’emmerder à créer un requin en image de synthèse.

– Vous avez aimé ces bikinis rebondis au début du film ? Ce moyen vous offre la possibilité d’en profiter une deuxième fois !

 

– Enfin, avec cette K7 qui fait chier à ne montrer que progressivement les éléments de l’histoire, on peut prendre son temps, les dispenser au fur et à mesure du film et intercaler d’agréables plans toujours très utiles à la narration.

 Exemples de plans utiles à la narration.

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D’ailleurs, même le zyeutage de la K7 peut amener à d’habiles compositions :

HIJIRI (emporté par ses pulsions) – Bon, Airi, maintenant tu écartes les jambes tout en te caressant les seins.

(ndlr) Si quelqu’un sait ce qu’est devenu ce rush non gardé pour le montage final, qu’il nous fasse signe.

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Et ce n’est pas fini pour le fantastique ! Puisqu’un autre thème, la métempsychose (la réincarnation bande de truffes !) est utilisé par Hijiri les bons tuyaux. Certains plans laissent en effet suggérer qu’elle est possédée par une des anciennes victimes apparaissant sur la K7. Métempsychose ou pouvoir de double vue, à l’instar du gamin dansShining, pas évident de trancher. En tout cas, Miki ressent des trucs, elle se sent parfois toute chose, elle a des visions quoi ! que ces dernières renvoient au passé ou au futur. Les avantages ? Toujours les mêmes :

– John continue de bourrer son film de trucs et de machins comme la plus belle bourriche de la foire Saint-Laurent.

– Du cul, du cul, du cul ! Ainsi pour la suggestion de la métempsychose :

 L’ancienne victime et Miki. Véronique et Davina attitude !

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Au passage, l’otaku de base aura l’occasion de faire une étude comparative du devant et du derrière de Miki, et de voir que dans les deux cas, ça reste du lourd.

Quant aux visions de ce qui pourrait potentiellement arriver :

Le requin a plus de goût que le taureau : il aime le rouge qu’à l’unique condition qu’il recouvre un petit cul rebondi.

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Mine de rien, moi qui ne savait pas trop comment m’y prendre avec ce nanar, je m’aperçois que tout comme lui, il utilise assez bien la technique du remplissage. Mais remplir est bien joli, il faut bien finir, et c’est ce qu’essaye de faire Hijiri durant les dix dernières minutes. On serait presque tenté de dire qu’avec ce final, John utilise un autre thème, cette fois-ci propre à la SF, celui de la machine à explorer le temps. On pourrait croire qu’avec les effets spéciaux de maintenant, rendre convaincante une créature à peu de frais est chose faisable avec des techniciens un tant soit peu compétents. Mais non, grâce à Hijiri, nous voici replongés à la glorieuse époque des « Craignos Monsters » qui sévissaient autrefois sur Mad Movies. Car en guise de requin, on a droit à ça :

Non ?

Si !

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Quitte à faire rire avec un requin mal foutu, autant y aller franchement, ça donnera l’excuse du second degré.

Au final, que penser de Psycho Shark ? Que c’est un film de feignasse. Hijiri aurait pu se concentrer sur un traitement purement serial killer ou purement fantastique pour essayer de les rendre crédibles. Après tout, pour un film de genre, les deux possibilités sont largement envisageables. Mais au lieu d’exploiter tel ou tel filon, il a préféré passer à la moulinette une collection de thème pour en sortir une sorte de menu big mac XXL cinématographique, rapidement consommé en 70 minutes. Avec un tel menu, on pourrait croire que la patience du spectateur peut, à l’instar du bikini de Nonami, craquer à tout moment mais paradoxalement, c’est ce feu roulant de citations qui permet de faire de Psycho Shark un nanard pas totalement désagréable à regarder, plus sympa en tout cas que ces merdes proclamés « films cultes » par des déficients mentaux, que sont les « Bikini Bandits ». Bref, devant un tel menu, à vous de bâfrer tout votre soûl ou de picorer seulement ce qui vous intéresse. Une chose est sûre : si vous n’aimez pas l’ingrédient de base de la cuisine Hijiresque qu’est la bijin à gros seins bikinisés, vous risquez de trouver le temps long. En revanche, pour les adeptes du plaisir régressif, c’est autre chose qui sera long, pour sûr !

Allez, sur ce, je me casse !

Non !!! Attends Olrik san, je t’en prie, ne pars pas, reste avec moi à Nanarland !!!

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Désolée ma jolie, mais d’autres articles m’attendent. Mais promis, je reviendrai te voir, cette île me semble pleine de promesses.

 

note d’Olrik : pour ceux que le gif animé sur la capture d’écran intriguerait, le voici :

Denso Ningen (Jun Fukuda – 1960)

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Parallèlement au succès des kaiju eiga à la fin des 50’s (et ça ne faisait que commencer), la Toho entreprit de diversifier son approche du fantastique (1) en lançant un nouveau genre, le kaijin eiga (littéralement, le « film d’êtres bizarres », en gros le film de mutant). Dans les quelques films qui ont alors été produits, on distingue quelques noms bien connus comme Ishirô Honda qui en réalisa quelques uns. Malgré leurs qualités, le succès commercial fut mitigé et c’est assez curieusement que déboula ce Denso Ningen (aka the Secret of the Telegian) dans un genre alors à bout de souffle.

Contribua-t-il à lui redonner quelques couleurs ? Pas vraiment, on a souvent coutume de présenter ce film comme nettement inférieur à ceux de Honda (je précise ici que je n’ai pas vu ces derniers mais que cela ne saurait tarder ; stay tuned…). Reste que si cela est vrai, alors les films de Honda doivent être de véritables petits chefs-d’oeuvre car ce Denso Ningen-là est tout sauf vilain, surtout pour ce qui constitue un deuxième film pour son réalisateur. On y trouve une fraîcheur, une patine qui n’est pas sans rappeler les films de genre que produisait alors à l’autre bout de la planète la Hammer en plein âge d’or. Violence, savants fous, stylisation baroque, jolies filles, j’ai ressenti face à cela le même style de plaisir délicieusement coupable, celui que l’on ressent quand on est gamin face à une oeuvre qui nous paraît « adulte », presque sulfureuse. Et puis, il y a les couleurs, pas celle du cinemascope mais du…

On se love alors avec délectation dans un univers chatoyant, irréel, beau jusque dans la laideur des scènes qu’il peut montrer. Du coup l’histoire importe peu même si mon âme d’enfant y a vu des détails qui ont su me séduire. Rapidement quand même, voici en quelques mots la fabuleuse histoire de :

Le film commence dans une attraction de fête foraine, le « Thriller Show » :

« KYAAAAAA! »

Problème, un des clients en sort avec un petit quelque chose planté dans le dos :

une baïonnette ; évidemment, ça fait un peu mal.

Commence alors une enquête où l’on découvre que le meurtrier n’est autre que ce bonhomme :

non pas Fantomas mais Goro Nakamoto

Ou plutôt le caporal Sudo, soldat défiguré et trahi par ses frères d’armes durant la seconde guerre mondiale et qui est bien décidé à se venger. Pour cela, il leur fait auparavant parvenir une plaque d’identité :

… qui sera pour eux l’avertissement qu’ils n’ont plus beaucoup de temps à vivre.

Sur l’avant-dernier screenshot, vous vous dites plutôt que notre caporal n’a pas l’air très frais et que c’est sans doute lui qui va jouer le rôle du mutant. Bingo ! En fait, Sudo n’a pas été la seule victime dans cette histoire de trahison, il ya aussi le professeur Niki :

Qui malgré son teint de fromage blanc n’est pas un mutant.

Car oui, que serait un film de mutant sans un savant fou hein ? je vous le demande. Sauf qu’ici, le savant est plutôt du côté du bien, il ne devine absolument pas la soif de vengeance de son protégé et encore moins l’usage diabolique qu’il va faire de son incroyable machine,

 le claryotron

… mot compliqué qui désigne simplement un téléporteur. Aidé de cette invention, Sudo arrive facilement à approcher ses victimes et à les tuer de l’arme avec laquelle il avait été autrefois blessé, la baïonnette. Pour l’aarêter, il ne faudra rien moins que trois personnages :

le détective Onosaki, le journaliste Kirioka et l’inspecteur Kobayashi

Enfin, et là on s’en doute un peu, notre soldat va mal vivre ses téléportations à répétition. Sur le modèle du savant de The Fly, sorti deux ans plus tôt, il deviendra au fur et à mesure un personnage maléfique, démoniaque, en un mot olrikien.

Quand je dis « olrikien », nulle exagération de ma part : c’est une chose qui m’a frappé dès le premier quart d’heure. Je veux parler du côté Blake et Mortimer de l’histoire et de l’ambiance.  Ces hommes qui se font dégommer un à un, après avoir reçu un mystérieux avertissement, par un adversaire insaisissable et invincible, tout cela m’a irristiblement fait penser à la Marque Jaune. Bon, certes, on n’a pas Big Ben et les bobbies, mais on retrouve une intrigue mi-policière, mi-SF, de cette SF grandiloquente faite de savants n’ayant pas conscience de la puissance  de leur invention et toujours entouré par d’invraisemblables trucs, bidules et autres machins :

pas loin de ressembler à mon bureau en fait.

Côté enquêteurs, c’est ambiance feutrée à souhait :

Toujours sur leur 31, la coupe impeccable, jamais un mot plus haut que l’autre, ces mecs ont la classe, by jove ! Tout en efficacité, on sent que rien n’arrêtera ces gentlemen, et surtout pas les femmes :

La charmante Akiko Nakajo a beau apparaître en gros en compagnie du héros sur l’affiche, sa participation dans l’intrigue est finalement assez anecdotique. Tout comme chez Jacobs, l’enquête policière est avant tout…

une affaire de mâles.

D’un côté de l’intense réflexion :

avec le professeur Miura

De l’autre de l’action :

Avec une course-poursuite qui n’a pas été sans me rappeler, une nouvelle fois, la Marque Jaune et cette scène où l’on voit Olrik/Guinea Pig échapper magnifiquement à la police dans les docks londoniens.

Bon, il y a là-dedans beaucoup de rêverie personnelle, rêverie qui ne parlera pas beaucoup à celui qui ne connaît pas l’univers jacobsien. Mais pour ceux qui connaissent et qui aiment, cela peut vous donner une assez bonne idée de l’ambiance du film. Avec un petit plus qui ne gâche rien :

des décolletés, des gambettes, une nuisette et une danseuse sexy recouverte de peinture d’or.

Sensualité (érotisme serait un peu fort) qui vient égayer l’enquête bien sérieuse de ces hommes… très sérieux (2). Ils n’en profitent pas mais le lecteur, lui,  sait gré à Fukuda de compléter agréablement ce que l’on devine être le cahier des charges de la Toho.

Ambiance policière agréable, machine infernale, mutant assoiffé de sang et armé d’une baïonette, petites pépés et effets spéciaux honorables, le tout servi par l’inquiétante partition de Sei Ikeno, il m’en faut bien moins pour me séduire. Malheureusement, il en fut tout autrement à l’époque. Le film n’eut guère de succès et contribué à éloigner Fukuda de ce style de film. Pire cela l’obligea à pratiquer un  genre pour lequel il disait n’avoir aucun goût : le kaiju eiga. De fait, ses réalisations dans ce domaine ne semble pas avoir recueilli les suffrages des connaisseurs. Dommage, sans être l’égal d’un Honda, Fukuda avait des munitions pas sans intérêt.

(1) fantastique au sens large du terme, pas au sens littéraire.

(2) sauf en ce qui concerne les policiers secondaires, dépeints comme une joyeuse bande de bouffons.

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