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Opération sageo !

Après trois articles « bijins de la semaine » on va peut-être se calmer, je ne voudrais pas que l’on s’imagine que le confinement se passe pour moi à trier et contempler des tombereaux de photos de fascinantes bijins plus ou moins habillées. Car le confinement, c’est aussi l’occasion de faire des trucs et des machins qui avaient jusqu’alors toujours été repoussés aux calendes grecques. Ainsi, les nœuds. Non, je sais ce à quoi tout de suite vous pensez, il n’y aura pas de critique aujourd’hui d’un nouveau pinku eiga ! Quand je parle de nœud, je pense en fait au noble art du nouage de sageo de la saya.



Gni ?

Allez, j’arrête de jouer à l’homme mystère, j’explique ce que c’est : une saya est un fourreau dans lequel on insère un katana et la sageo est la lanière qui y est attachée, lanière souvent nouée de manière complexe lorsqu’il s’agit d’un katana de décoration. A la maison, j’ai deux joujoux de ce type. Le dernier en date est celui-ci :

Le Musashi Koshirae (trouvable sur Tozando). Il faut vous dire que jadis j’ai eu pratiqué le iaido en club, en fait cinq années avant que le sensei ne décide d’arrêter l’enseignement. C’était une chance improbable car les clubs de iaido ne courant pas les rues, en voir un dans une ville de moins de vingt mille habitants doit être assez rare en France. Maintenant que le club n’existe plus, j’avoue que je n’ai guère l’occasion d’utiliser mon katana (plus précisément mon iaito, un katana non tranchant destiné à la pratique du iaido) pour pratiquer l’un des douze katas du seitei-ai. Mais bon, il m’arrive encore de l’utiliser dans le jardin pour m’exercer à faire des coupes dans le vide, uniquement pour le plaisir d’entendre le sifflement de l’air fendu par la lame.

Avant ce iaito, j’avais (et j’ai toujours) un katana de décoration, réplique de celui ayant appartenu ou samouraï Minamoto no Yoshitsune. Il s’agissait d’un cadeau de mon beau-père lors de mon mariage au Japon avec Madame Olrik. Non tranchant lui aussi, je m’étais dit au moment de commencer les cours de iaido, alors que je n’avais pas de matériel pour le pratiquer, qu’il aurait pu parfaitement faire l’affaire. Et puis, commencer la pratique avec le katana de Yoshitsune, grisant quoi !

J’avais donc radiné au premier cours avec sous le bras mon katana de décoration pour demander son avis à mon sensei. Un peu dubitatif il le prit tout de même respectueusement et le sortit de sa saya afin de le prendre en main et de le soupeser. Selon lui l’engin, avant tout destiné à la décoration, n’était pas assez bien équilibré pour la pratique du iaido mais je pouvais malgré tout l’utiliser en attendant de me procurer un vrai iaito, à ses yeux indispensable si je voulais progresser. Après avoir acheté rapidement un iaito pour la pratique puis surtout le iaito Musashi, ses sages paroles étaient tout ce qu’il y a de plus vrai. Faire des coupes et des katas avec un iaito lourd et mal équilibré peut très vite fatiguer.

Bref, je décidai d’utiliser le katana Yoshitsune en attendant. Par contre subsistait un dernier obstacle : le nœud du sageo. Et mon sensei de se saisir du fourreau et de le dénouer illico, m’expliquant que la gestion du sageo était partie intégrante du iaido. Sur le coup je m’étais dit « pas grave, je le referai » mais une fois rentré à la maison, voyant le sageo pendouiller le long de la saya et surtout après avoir vu sur le net la gueule du nœud une fois constitué je me dis que ça allait être tout de même bien chaud de le refaire. Bon, on verrait cela plus tard !

Un peu plus balèze que de faire un nœud à ses grolles.

Et puis les semaines, les mois et les années passèrent. Le katana a pris la poussière dans un coin de mon bureau, avec son sageo lamentablement emberlificoté autour. Avec le confinement, l’envie d’un nettoyage de printemps drastique m’est venue, histoire de faire du tri dans mes collections de collections (jamais simple, j’ai toujours envie de tout garder). En triant mon mon bureau où traînait le katana dans un coin, mon regard est tombé dessus et je me suis dit qu’il serait quand même grand temps de faire sa fête à ce maudit nœud que je désespérais de retrouver dans sa forme initiale. Le soir même je m’attelai à la tâche.

Première étape : retrouver sur le net un tutorial permettant de faire un nœud identique. Pas simple car ce type de nœud tient compte de deux petite attaches en cuir à l’intérieur desquelles le sageo doit passer. Or, la plupart de tutoriaux concernent ce genre de nœud :

Nulles attaches en cuir ici. Je suis bien retombé sur des photos montrant l’apparence finale du nœud, mais sans les étapes progressives, impossible bien sûr de le reproduire. Après une demi-heure de recherches dans le vide je commençais à désespérer lorsque je tombai dans le moteur de recherche de google images, après avoir tapé « 下緒の結び方 », sur ces photos :

Ah là ! Ça commençait à sentir bon et après avoir cliqué, Ô joie ! plusieurs dizaines d’images explicatives m’apparurent ! C’était in ze pocket enfin, en théorie du moins. Je craignais que la succession d’images n’aille trop vite et me laisse à un moment donné perplexe, voire totalement perdu. Mais en fait cela n’arriva pas, le mec qui a pris les photos a pensé à tout. Dans l’ensemble l’opération s’est donc faite sans trop de difficulté.

De toute façon, avec ma figurine Fujiko Mine qui m’encourageait, impossible de foirer !

Image après image, en scrutant bien les détails, j’ai eu le plaisir de le nœud reprendre forme.

Courage Olrik, tu y es presque !

Avec en prime le petit sentiment grisant d’utiliser ses mains pour la pratique d’un art ancestral. J’imagine que les samouraïs étaient rompus à cet exercice et que le nœud devait être exécuté en deux temps trois mouvements. Du reste, avec l’hojōjutsu (l’art martial pour ligoter les prisonniers), ils devaient avoir dans ce domaine autant de dextérité que Popeye ou Archibald de Haddock lorsqu’il s’agissait d’exécuter des nœuds en pleine mer.

Entre parenthèses, juste pour informer hein ! (et non pas parce que l’article manque de photos de bijins)  l’hojōjutsu a pu évoluer au fil des siècles dans une pratique que l’on appelle le shibari (amateurs de pinku, inutile de faire semblant de ne pas connaître) et dans laquelle il s’agit de faire non pas des prisonniers mais un certain type de prisonnières :

Encore une fois, c’est juste informatif !

On voit un nœud au-dessus du sein droit, nœud qui sera le prélude à une quantité d’autres autour de l’épiderme de Naomi Tani. Ce qui m’amène au passage à me demander s’il n’y aurait pas dans le nouage de sageo une portée érotique. Je regrette tout à coup de ne pas avoir fait le nœud de mon katana Yoshitsune tout en pensant à Naomi Tani, Junko Mabuki, Izumi Shima, Nami Matsukawa, Miki Takakura, Ran Masaki bref, à toutes ces glorieuses « SM Queens » de la Nikkatsu. Finalement, des samouraïs aux bidasses de Full Metal Jacket donnant un nom à leur fusil, l’entretenant sous toutes les coutures et dormant avec, il n’y a peut-être qu’un pas.

En tout cas, si les beaux-parents maintiennent leur venue cet été en France (mais malheureusement rien n’est moins sûr avec les événements actuels), je serai fier de leur montrer leur beau cadeau trônant sur les tatamis du salon. Le nœud n’est sans doute pas aussi parfait qu’à l’origine, il faut que je trouve la combine pour parfaitement le serrer, tout cela est encore un peu lâche, d’autant que le sageo est plus épais que celui sur le turorial, mais bien dépoussiéré et bien lustré, c’est bon, l’objet capte de nouveau le regard comme la plus belles des SM Queens.

 

L’otokorashii de la semaine (8) : Akira Takayasu

Le mois de mars, normalement, c’est Haru Basho à l’Edion Arena d’Osaka, comprenez le deuxième tournoi de sumo de l’année. A chaque fois, j’attends fébrilement le dimanche qui marque le début des rudes hostilités. Je m’installe confortablement sur le canapé, je mets la NHK, sauf que là, comment dire ?

Gni ?

Guégzéksa ?

Eh oui ! coronavirus oblige, le sumo n’a évidemment pas été épargné par les mesures protectrices et c’est donc à huis clos, une première depuis l’existence de ce sport, que se déroule le tournoi d’Osaka. Et comme pour beaucoup de sports finalement, c’est là que l’on se rend compte de l’importance du public pour ce qui est de l’intérêt. « Omoshirokunai ! » (pas intéressant !) trancha d’ailleurs le beau-dabe sur Skype, avis que je partage un peu tant j’ai l’impression d’avoir sous les yeux des rikishis fantômatiques. Je crois que c’est Kotoshigoku qui a comparé l’expérience à un rite religieux, avec une atmosphère sanctifiée comme si les lutteurs se trouvaient dans un temple. La comparaison est jolie mais Kotoshogiku a eu beau ajouter que cela le motivait encore plus  pour ressentir l’aspect sacré de son sport et donner encore plus sur le dohyo, j’ai malgré tout le sentiment que les rikishis sont un peu déphasés par cette ambiance.

C’est que la lente montée en puissance du shikiri (le rituel avant le combat) devient singulièrement moins spectaculaire sans les encouragements du public. Avec certains rikishis, on sentait que ce public était un vecteur d’adrénaline, il s’agissait pour eux d’attirer leur attention, voire leur bienveillance, leurs encouragements, pour la suite du combat. D’ailleurs, Kotoshogiku parle d’un lieu sanctifié mais rappelons que le sumo n’est en rien comparable au tennis. Durant la joute qui parfois peut aller jusqu’à durer une minute (rare mais cela arrive), le public ne reste pas muet. Loin de la réserve légendaire des Japonais, il encourage, s’exclame, trépigne, et cela ajoute au spectaculaire de l’instant. Enfin, quand arrive le mouvement qui permet de gagner, les exclamations gagnent encore un degré en intensité et il est souvent bien plaisant de voir les visages des spectateurs aux premiers rangs manifester leur joie en applaudissant ou en riant, hilares, parce que l’un des adversaires est tombé du dohyo et s’est affalé juste à proximité d’eux.

Encore plus rigolo quand c’est un arbitre qui se le mange.

Bref, sans tous ces éléments rappelant que le sumo était à l’origine une discipline populaire, le sumo n’est plus exactement le sumo. C’est en tout cas une autre expérience. Le plus saisissant est d’entendre le bruit des coups (par exemple les tsuppari, ces gifles vigoureuses qu’un rikkishi a parfaitement le droitde donner) donnant tout à coup au lieu une atmosphère de salle d’entraînement. Mais plus impressionnant encore est d’entendre les cris de douleurs des combattants.

Ici, rappelons qu’un rikishi n’est en rien une pleureuse de footballeur. S’écrouler, se tenir un genou en gémissant pour jouer l’intox, très peu pour eux. On parlait d’atmosphère sacrée et s’il y a bien une chose qui est sacrée dans cet endroit, c’est la virilité, l’otokorashitude ! A tel point que certains athlètes ont des allures de momies tant leur corps est recouvert de bandages. Ils peuvent bien sûr faire l’impasse sur un tournoi pour penser leurs plaies mais en ce cas c’est l’assurance de perdre des places au classement (et un meilleur salaire). Du coup, c’est plus d’une fois un esprit commando qui est de mise, ça passe ou ça craque.

Pour Takayasu, mercredi dernier, ça a craqué. Takayasu, c’est cet homme :

En cette période de féminisme parfois hystérique, est-il bon d’exalter les valeurs d’une virilité massive et puissante ? A vrai dire je m’en fous. Admirez juste les chiffres : Takayasu c’est 176 kilos pour 1m87. La maman est originaire des Philippines.

Quand je me suis remis à m’intéresser au sumo il y a quelques années, j’ai très vite choisi Takayasu comme l’un des rikishis que j’allais supporter.

Takayasu bébé. On raconte qu’il lui fallait ses 5 litres de lait quotidiens.

A cause de cet air placide plein d’assurance, à sa manière d’essuyer sa grosse pogne sur son bide (après avoir jeté le sel sur le dohyo) en la faisant claquer vigoureusement. Mais il y a aussi cette mimique qui ne manque pas de susciter à chaque fois les applaudissements lorsqu’il s’apprête à lancer une ultime fois le sel sur le dohyo avant d’entamer le combat, il envoie puissamment ses épaules vers le bas en accompagnant le geste d’un Humpf ! sonore :

Last but not least, Takayasu est avec Tochinoshin d’être des rikishis particulièrement velus. Dans un sport où les lutteurs ont le torse aussi vierge de poils que le cul d’un bébé, Takayasu a parfois carrément des allures de Teddy bear renfrogné :

C’est tout con mais moi, le pouvoir viril du poil, ça me parle. Et ça doit exciter certaines puisque sachez que notre otorashii de la semaine est fiancé depuis un an avec Mori Konomi, pas la plus vilaine des chanteuses d’Enka :

Quel enfoiré ce Takayasu !

Les deux tourtereaux se sont rencontrés en 2016 lors d’une soirée à un karaoké :

« Quand j’ai vu Akira prendre virilement le micro avec ses poils débordant de sa manche, je me suis sentie toute chose, a alors affirmé la belle à nos micros (si, si !). Je me suis alors intéressée au sumo et quand j’ai découvert qu’il était tout rond et recouvert de poils, il m’a fait penser à Pikichan, l’ours en peluche que j’avais quand j’étais petite fille. J’ai eu alors une envie très forte de le palper et de le serrer tout contre moi. Maintenant que je peux le faire tous les jours, je suis heureuse.»

Privilèges des sumos destinés à rabouler les plus jolis petits lots du Japon ! Mais ne soyons pas jaloux car dans le cas de Takayasu le mariage n’a pas encore eu lieu et avec sa perte récente du grade d’ozeki, il est peut-être encore moins d’actualité, allez savoir. Et avec ce qui s’est passé mercredi, peut-être même n’aura-t-il jamais lieu. Mais que diantre s’est-il donc passé ? Ceci : lors de l’ultime combat de la journée, Takayasu a dû affronter Kakuryu, un des deux yokozunas mongols. Match très équilibré, parti pour durer un peu tant Takayasu semblait maîtriser son sujet (il a d’ailleurs été à deux doigts de l’emporter au bout de cinq secondes avant que le yokozuna ne redresse la barre). Et puis, arriva cet instant fatidique :

On le voit la jambe gauche ne s’est sans doute pas très bien accommodée de la chute du corps. Le genre de chose qui arrive au sumo mais là, il a été surprenant d’entendre ceci :

Dans le vide et le silence de l’Edion Arena retentit alors l’impensable, les cris de douleur d’un rikishi ! Habituellement le brouhaha du public et les commentaires des présentateurs recouvrent ce genre de chose mais là, stupeur d’entendre qu’un rude colosse poilu peut s’avérer incapable de retenir des plaintes à cause d’une douleur qu’on imagine particulièrement vive. Et voir Kukuryu lui-même se tenir médusé à côté du pauvre Yasu faisait assez comprendre que la situation était grave. Car normalement, sachez-le, quand un rikishi se blesse, on lui demande de surmonter sa douleur, de remonter sur le dohyo pour le salut final puis de repartir tout seul, clopin-clopant, dans les vestiaires pour se soigner. Du coup, voir un Takayasu immobile et incapable de se relever en dit assez long sur la gravité de sa blessure. Vous vous demandez d’ailleurs comment ça se passe lorsqu’un rikishi est incapable de se relever. Sans doute un brancard de grande taille arrive, brancard piloté par d’imposants colosses ? Eh bien non, gros amateurisme médical ici. Des types arrivent, aident le blessé à se relever (et tant pis si ça aggrave les choses), à le faire descendre du dohyo pour le foutre sur un fauteuil roulant. Pour Takayasu, ça a donné ce triste spectacle :

Dans tout sport, on n’aime pas à voir les athlètes se blesser. C’est encore plus prégnant au sumo avec cette détestable manière de gérer les blessures. Engoncés dans le hiératisme de leur discipline, les officiels du sumo semblent incapable de comprendre qu’au XXIème siècle il serait peut-être un peu temps d’apporter certaines améliorations dans le domaine.

Bref, pour l’heure, Takayasu a bien évidemment abandonné le tournoi et va poursuivre sa descente dans le classement. Et à 30 ans, c’est une blessure qui risque peut-être de précipiter l’intai (retraite du sumo). Après Goeido, son ex-compagnon Ozeki qui a décidé d’arrêter les frais en prenant sa retraite, pas impossible que nous ayons à nous passer des épaules puissamment rentrées vers le bas, des claques vigoureuses sur le bide pour en ôter le sel et de la pilosité virile façon ours des plaines d’Ibaraki. Il n’empêche Akira, si tu décides malgré tout de remonter sur le dohyo, sache que je serai derrière toi. Je n’ai pas la douce voix de Konomi chan mais je compte bien l’utilise encore pour hurler de vigoureux encouragements dans le salon, ou grand agacement de Madame Olrik. Soigne-toi bien l’ami, et profite du repos du guerrier pour accélérer la guérison, je gage que les susurrements de ta bijin de fiancée, au pageot ou au karaoké du coin, saurons te rendre de cette énergie nécessaire à tout otokorashii dont le métier est de foutre des baffes sur un dohyo. J’espère juste que ce tournoi ne sera pas le dernier. Prendre sa retraite à cause d’une blessure survenue dans un tournoi vide de spectateurs, on a connu des fins de carrières plus glorieuses.

Les joies du joya no kane comme si vous y étiez

J’ai évoqué la dernière fois la fabuleuse prestation de Kitano lors de la grande messe cathodique de l’Ōmisoka (le réveillon de fin d’année) qu’est le Kouhaku. Eh bien il faut savoir qu’il ne s’agit pas de l’ultime grande messe puisqu’il en est juste après une autre, et qui se payer en plus le luxe d’être la toute première de l’année suivante.  ゆく年くる年 (Yukutoshi kurutoshi) se paye en effet le luxe de faire la bascule entre les deux années, et cela remonte à encore plus loin que le Kouhaku puisque l’émission a d’abord été radiodiffusée à partir de 1927, soit deux années après le début de la radiodiffusion au Japon. Pour la télévision, l’émission a commencé dès 1955, suivant de peu la première édition du Kouhaku (en 1953).

A la maison, depuis que l’on a pris l’habitude de passer le réveillon en famille sur les tatamis à mater le Kouhaku tout en dégustant les mets concoctés par Madame, c’est une émission que l’on ne rate jamais. Madame, qui n’est pas plus que cela en manque de la TV japonaise (qui s’en fout complètement à vrai dire), est alors particulièrement attentive aux trente minutes de Yukutoshi kurutoshi, et je dois dire aussi que je n’en perds pas une miette.

Et pas uniquement parce que l’on y voit des bijins présentatrices de la NHK

Pour vous donner une idée du contenu, c’est un peu comme si en France on avait une émission qui plongerait le spectateur, en live, dans cinq églises emblématiques au moment de la messe de minuit, le soir de Noël. Présenté comme cela, l’intérêt paraît improbable surtout pour qui se moque pas mal des bondieuseries. Mais au Japon, c’est évidemment autre chose. Dans le YK, il s’agit de visiter de découvrir l’activité d’une petite dizaine de temples se situant dans n’importe quelles des grandes îles japonaises, au moment des 108 coups de gongs qui sonnent le glas de l’année écoulée et qui célèbrent en même temps l’arrivée de la nouvelle année (cérémonie appelée Joya no kane).

Quelques uns des temples de l’édition 2019-2020. 

L’ambiance est solennelle, les bonzes s’activent chacun à leur manière, d’après le rituel qui est propre à chaque temple. Ainsi le Chion-in de Tokyo et sa gigantesque cloche que va retentir sous l’action de plusieurs bonzes aux mouvements parfaitement réglés.

J’ai évoqué dans un article le plaisir que j’avais à entendre les bonshos, et je ne peux qu’imaginer celui qu’il doit y avoir a les entendre retentir dans la nuit et le froid, au moment du nouvel an.  Certainement le genre d’instant que je vivrais chaque année si j’avais la possibilité de vivre au Japon. Le ゆく年くる年 permet de ressentir un peu de la magie de ce moment, tout en donnant à voir aussi les festivités qui accompagnent la célébration de la nouvel année. Car on reste pas dans son coin à méditer façon zen les 108 coups de bansho. On s’agite un peu aussi, comme dans ce temple qui ouvre ses portes dès minuit sonné Dans tel temple à Hokkaido on aura droit à des taikos sur la neige, avec feu d’artifice à l’arrière plan :

Un autre dispose d’un atelier de calligraphie qui permet aux gens d’écrire des cartes de vœux :

Et certains ont l’air de bien toucher leur bille dans cet exercice.

… tandis que dans un autre, éclairé de manière sophistiqué, une salle a été aménagé pour permettre à des convives de manger et de trinquer encore davantage, histoire d’être bien sûr d’être nazes le lendemain :

Bref, l’ambiance est solennelle mais pas trop non plus. Le sérieux de la chose était davantage soulignée dans des émissions plus anciennes (voir vidéo plus bas). Mais maintenant, on vient aussi bien pour faire sa première prière de l’année que pour profiter de l’atmosphère du lieu, de s’amuser un peu comme dans un matsuri. L’été, c’est chaud partout. Là, c’est froid à l’extérieur, chaud à l’intérieur, de quoi bien négocier le cap de l’Ōmisoka

Les otokorashiis de la semaine (7) : Les Brave Blossoms

Cela faisait près de trois ans que la série de l’otokorashii de la semaine était au point mort, il est grand temps de la déterrer la veille d’un match important afin de tresser les lauriers à ces valeureux guerriers que sont les…

BRAVE BLOSSOMS !

Il y a quatre ans, les portes des quarts s’étaient fermées de manière cinglante et rageante après trois victoires méritantes et surtout après un match épique qui avait vu l’Afrique du Sud connaître une sérieuse déconvenue. Depuis j’avais tout de même assisté à un joli match amical contre la France au stade de France. Souvenir amusant, pour l’occasion j’étais allé à un pub en compagnie d’un ami et muni d’une écharpe de supporter des Blue Samurais. Applaudissant bruyamment à chaque essai (deux en tout) et pénalité du Japon, il avait été bon et doux de donner un goût de fiel aux pintes des clients tout à la cause du XV de France et bien loin d’imaginer qu’une équipe exotique comme celle du Japon allait infliger un match nul historique (23-23) à la France.

MWAHAHA ! À la bonne vôtre, messieurs !

Bref, avec ces données il y avait de quoi espérer que cette fois-ci, le Japon allait enfin connaître le bonheur de rejoindre le club fermé des huit meilleures nations du monde. J’avoue que jusqu’au bout j’ai douté dimanche dernier, durant ce fabuleux Japon-Ecosse. Dans la première mi-temps les Brave Blossoms ont été intouchables, impressionnants de rapidité et dans l’animation du ballon, tandis que les Ecossais ont su vaillamment rectifier le tir dès l’entame de la deuxième mi-temps, faisant complètement déjouer leurs adversaires. Les Japonais allaient-il donc connaître la peur de gagner comme un tennisman français ? Que nenni ! Les vingt dernières minutes ont vu les blanc et rouge se sortir les doigts comme jamais pour préserver une victoire, quand bien même un match nul ou une défaite avec moins de sept points de différence leur aurait permis malgré tout de se qualifier. C’était fort, c’était beau, c’était grand !

Avec dorénavant un souhait : que cette équipe parvienne à maintenir ce niveau le plus longtemps possible. Oublié le 147-17 face aux Blacks en 1995, oubliés le 91-3 face à l’Australie en 2007, le 72-18 la même année face aux Pays de Galles, oublié le 83-7 encore face aux Blacks en 20011, bref oubliés tous ces scores fleuves qui semblaient indiquer que le Japon resterait à jamais une équipe de seconde zone. Apparemment, avec cette savante injection de joueurs étrangers, les Brave Blossoms semblent avoir trouvé une formule pour opérer une mue qui va inciter les grandes équipes traditionnelles à les considérer avec respect, voire un sérieux concurrent pour le titre mondial.

Parmi les ingrédients de la formule, je soupçonne d’ailleurs les joueurs d’utiliser le gel douche Hokuto no Ken. Je regrette d’ailleurs de ne pas en avoir, cela ferait un joli combo virilo avec le Mandom !

Je sais, on n’en est pas encore là, peut-être que l’on va tomber de haut demain. Mais ce que j’aime dans cette équipe, outre les multiples qualités techniques qui ont dernièrement fait tomber de haut les joueurs irlandais et écossais, c’est que ces gars-là semblent ne douter de rien. Si l’on met de côté une entame de match fébrile et compréhensible lors du match d’ouverture contre les Ruskoffs, tout par la suite a été fait avec aisance. Et il n’est pas sûr qu’il en aille autrement demain face à des Boks qu’ils avaient brillamment vaincu il y a quatre ans.

Bref, nous verrons. Si l’on peut imaginer des Springboks revanchards qui ne se laisseront pas prendre par un effet de surprise de toute façon éventé depuis le début du mondial, on ne voit pas non plus pourquoi le Japon devrait connaître une sévère déculottée tant le jeu montré depuis le début de la compétition a tout pour les en préserver. Quel que soit le résultat final dimanche, j’espère au moins que le Japon saura maintenir ce jeu rapide et inventif, extrêmement plaisant à suivre. Mais c’est vrai que tant qu’à faire, on préférera une victoire, ne serait-ce que pour entretenir la folie douce pour le monde de l’ovalie qui semble avoir saisi le pays depuis la victoire contre l’Irlande : 200000 maillots déjà vendus (90% des stocks), 60 millions de téléspectateurs (un Japonais sur deux) pour le match Japon-Ecosse, plus forte audience de l’année, la fièvre est bien là et ça fait plaisir de voir les Japonais s’intéresser à un sport d’otokorashii, un vrai, bien plus palpitant que ces matchs de yakyuu servis quotidiennement. Même les idols succombent à la tentation de soutenir des mastards en train de se raffûter la gueule :

Un peu de boue, de terre, de sueur et de sang et tu seras totalement convaincante chérie.

Et pas que devant la TV puisque les bijins radinent volontiers au stade pour admirer la musculature du rugbyman en action :

Remarquez, mieux vaut ça que les horribles supporter rosbifs gonflés à la pinte.

Avec parfois l’inconvénient de distraire le spectateur avec un merchandising hypnotique :

Dans le métro, un tel t-shirt est clairement une incitation aux chikans pour mettre la main au ballon.

Et puisqu’on parle de merchandising, inévitablement la mode du ballon ovale suscite au Japon de belles campagnes de pub. Vous êtes fan de Kinikkuman ? Admirez cette belle campagne du pub pour la célèbre boisson énergisante :

Et c’est là que je regrette de ne pas être au Japon actuellement pour profiter de l’événement car j’avoue qu’avoir un tel porte-clés serait assez la classe :

A défaut d’en avoir un, j’ai déjà eu la chance d’assister à de bien beaux matchs de ces diables de Brave Blossoms (qui au passage se déplacent bien plus vite que les 5cm par seconde du titre d’un certain film de Makoto Shinkai, les amateurs saisiront). Puissent Michael Leitch et ses hommes faire déjouer les redoutables Springboks et illuminer une deuxième fois consécutive notre dimanche ! On veut encore voir du rugbyman aux couleurs d’Ultraman !

Directeur couil[censuré] et actrices poil[censuré] de la [censuré]

Des dramas sur Netflix se payant le luxe de proposer une VF, il ne doit pas y en avoir des masses. Après, on est d’accord, « luxe » est relatif tant on préférera opter pour la VO plutôt que d’écouter une version française calamiteuse mais enfin, que le dernier drama produit par Netflix, The Naked Director, montre que la célèbre plateforme croit en ce titre au point de lui donner une piste française ( même s’il est vrai que le sujet gentiment sulfureux est fait pour intriguer et rameuter des spectateurs qui ignorent sans doute jusqu’au terme de « drama »), cela mérite d’être souligné. 

Après, VF ou pas, peu importe et félicitons-nous d’avoir cette petite perle dont le sujet est de suivre l’évolution du porno japonais à travers les 80’s, en suivant la trajectoire du légendaire Toru Muranishi, aka l’empereur du porno, directeur/acteur emblématique et innovateur, producteur de 3000 vidéos et ayant connu dans sa vie 7000 femmes (c’est du moins ce qu’il prétend).

Comparativement à la série américaine The Deuce, série récente évoquant le boum du porno aux Etats-Unis dans les années 1970, le réalisme est moins brut, moins crapoteux. Mais le fond documentaire bien réel. Ainsi Muranashi a bien commencé comme vendeur d’encyclopédie en anglais. Quand on le voit jouer au début de la série sur une des premières bornes d’arcade Space Invaders (à l’époque le jeu fait un carton), c’est sans doute un clin d’œil au fait qu’il a par la suite vendu de ces bornes. De même, son réseau de librairies consacrées aux binibons (livres érotiques protégés par une enveloppe en plastique), ce n’est pas du flan, tout comme le fait qu’il en a ouverte une juste à côté d’un poste de police. Ajoutons encore l’arrestation alors qu’il est au sommet dans ses ventes de binibons, son arrestation à Hawai, sa rencontre avec Kaoru Koroki ou encore le fait qu’il s’est acheté une Rolls Royce alors qu’il était devenu richissime, tous ces faits feront comprendre le sérieux factuel de l’entreprise, même si tout cela est sûrement romancé pour les besoins de la fiction.

 

Toru Muranishi, le vrai

Au-delà de Muranishi, c’est l’arrière-plan pornographique propre au Japon que le spectateur néophyte découvrira. Et là aussi, il n’y a rien à redire. On commence donc par ces binibons que les érotomanes s’arrachaient et dont je suis sûr que les lycéens s’échinaient effectivement – comme une scène nous le montre – à essayer de virer les parties censurées en frottant frénétiquement avec leur doigts enduits de beurre. Puis arrivèrent les vidéos présentant d’abord des actes simulés puis, comme il fallait bien se mettre au diapason de la production mondiale pour ne pas paraître ringard, des actes réels, avec pour dénominateur commun entre ces deux façons de faire, une censure rigoureuse avec des zones floutées ou mosaïquées ne permettant pas de voir distinctement les organes génitaux. Avec on s’en doute une conséquence inéluctable sur la production en contrebande de vidéos non censurées, marché présenté comme aussi juteux que l’organe de travail d’une JAV idol. Avec le changement d’ère avec l’arrivée de l’ère Heisei en 1989, c’est un resserrement rigoriste qui saisit le Japon et cela aussi, The Naked Director l’évoque. Mais cela n’empêche pas la douce folie qui étreint le pays dans les 80’s, et le drama n’oublie pas certaines images d’épinale propre à cette époque, comme la fièvre du Julianna’s, cette discothèque tokyoïte mythique dans laquelle les clientes, souvent d’innocentes O.L. le jour, aimaient à se transformer en Juliana’s girls pour tortiller du valseur sur une scènesurélevée :

Encore une fois, si l’époque est montrée dans les grandes lignes, c’est bien fait et en donne une idée assez juste. Ajoutons à cela un casting irréprochable :

On retrouve avec bonheur Lily Franky qui joue ici un inspecteur trouble qui donnera du fil à retordre à Muranashi. Dans le rôle titre, Takayuki Yamada est vraiment exellent. Muranishi nous est présenté comme un homme parlant finalement assez peu, souvent mutique mais qui, lorsqu’il décide de l’ouvrir, que ce soit pour vendre des encyclopédies ou pour exciter, donner des consignes à une actrice lors d’un tournage, devient un moulin à paroles assez drôle. Et Yamada est franchement irrésistible quand il montre cette facette de son personnage. C’est un peu la même chose concernant sa muse, Kaoru Koroki, interprétée par Misato Morita. Kuroki était une jeune fille BCBG, apparemment surcouvée par une mère étouffante. Le monde du porno lui a permis de se libérer en campant un personnage d’actrice très cicciolinesque (Kuroki adorait l’actrice italienne), gérant parfaitement les médias avec son personnage de femme libérée gouailleuse et arborant volontiers ses aisselles non épilées :

Morita a bien su saisir la manière de parler de Kuroki lorsqu’elle fait son show. Quant à son tempérament lorsqu’elle se trouve en pleine action, j’avoue ne pas être allé vérifier en chopant des vidéos de ses exploits filmés par Muranashi (cela dit, pour les nostalgiques, j’ai vu que ça se trouvait assez facilement) mais le drama a sur ce point de quoi étonner aussi bien le néophyte en drama que l’amateur. Et c’est là que l’on peut remercier Netflix d’avoir initié ce projet car il est impensable d’imaginer une chaîne japonaise aller aussi loin en terme d’érotisme. Certes, il y a bien eu dans le passé des dramas tels que Shimokita Glory Days, Xenos ou Jyouou qui montrait bien ici et là quelques nibards. Mais franchement c’était devenu très rare depuis quelques années et c’est surtout loin, très loin de ce que propose The Naked Director. C’est souvent salé, et empreint d’une imagination visuelle délirante, en phase avec la personnalité de Muranishi. C’est sexy et drôle, à l’image du tournage de ce film racontant le détournement d’un bus de tourisme par un joueur de baseball enragé et dans lequel le personnage joué par Ami Tomite va devoir payer de sa personne (ou plutôt faire semblant de payer car l’épisode se situe à un moment où les rapports sont encore simulés) sur un terrain de baseball… alors même que des gamins sont en train de radiner pour leur entraînement ! Allez, pour être raccord avec le drama, enduisez vos doigts de beurre et frottez l’écran pour faire apparaître un gif !

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Ami Tomite jouant une actrice simulant le plaisir à recevoir un faux cuni… magique !

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Bref il n’y a pas tromperie sur la marchandise, le drama parle de porno et ne cherche pas à esquiver le sujet à coups d’ellipses. The Naked Director est chaud, bien documenté, drôle, enlevé et aussi un peu sombre, en particulier à la fin lorsque, le temps d’une scène, on devine que tout n’est pas rose non plus dans le monde de l’AV lorsqu’on peut avoir recours à l’esclavage sexuel le plus sordide. Peut-être d’ailleurs que ce serait l’unique défaut du drama, une sous-exploitation de cet aspect. Après, comme il s’agit de retranscrire l’hystérie consumériste des 80’s et l’ascension de la joyeuse bande de Muranishi, cette veine était sans doute moins utile. Mais en cas de deuxième saison – sur les années 90 cette fois-ci, la trajectoire de Muranashi étant loin d’être terminée – il y aurait une piste intéressante à suivre. 

En attendant peut-être cela, entrez dans la salle, approchez-vous au plus près de la salle pour admirer le spectacle de cette première saison :

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The Naked Director, pépite co-réalisée par Masaharu Take qui avait déjà signé l’excellent 100 yen love, vaut vraiment le détour.

8/10

Ma copine joue avec Zangief

Après la déconvenue Saint Seiya version Netflix, il convient de se laver les yeux avec un autre anime produit par la célèbre plateforme de streaming. Car en matière d’animation japonaise, tout n’est pas à jeter sur Netflix, loin s’en faut. Témoin, ce High Score Girl de Yoshiki Yamakawa, adaptation du manga (édité chez nous depuis peu) de Rensuke Oshikiri. L’histoire :

Haruo Yaguchi est un garçon qui ne sera jamais la star de sa classe. Peu sportif, pas très sociable, pas très travailleur non plus, il n’excelle que dans une seule chose : les jeux vidéo. Mettez-lui un paddle ou un joystick dans la pogne et le hi score a tôt fait de vaciller. Mais tout bouscule pour lui le jour où, alors qu’il lamine tout le monde sur Street Fighter II dans sa salle d’arcade préférée, il se fait lui-même défoncer par une mystérieuse adversaire, une gamine BCBG du même âge que lui, Akira Ono. Et la honte est d’autant plus grande qu’elle l’a battu avec… Zangief !

Dès cette scène inaugurale, l’anime m’a paru éminemment sympathique. Pensez ! Nous voilà plongés à la fin des 80’s, à une époque où les salles d’arcade fleurissaient et où l’on découvrait émerveillés SFII. Pour qui était ado à cette époque (et c’était mon cas), c’est l’assurance de replonger délicieusement dans une parenthèse enchantée. Certes, on ne va pas comparer non plus les salles françaises avec les japonaises, l’anime nous montre d’ailleurs des spécificités propres à ces dernières, comme l’habitude des joueurs de réserver une borne en posant directement sa pièce sur la borne ou encore les bornes placées l’une contre l’autre et permettant de faire des duels sans que les joueurs ne puissent se voir. Mais ces détails mis à part, l’anime parvient à nous rappeler la fièvre, l’excitation qu’il pouvait y avoir lorsque l’on pénétrait dans ce genre de lieu, que l’on y retrouvait ses jeux préférés où bien des nouveautés. On sent que l’auteur du manga a bien connu ces moments tant il se dégage de son histoire une authenticité certaine.

Techniquement, Yamakawa reprend l’utilisation d’Oshikiri de graphismes repris à différents jeux vidéo (ce qui n’a pas été pour le mangaka sans quelques déboires liés à des droits d’auteur, notamment avec SNK Playmore). Le réalisateur est allé puiser à la source, directement aux graphismes pixellisés des jeux réels qui sont évoqués dans l’histoire, pour les intégrer directement dans l’écran des bornes auxquelles jouent les personnages, voire carrément en plein écran, le tout avec les musiques et les bruitages d’origine. L’arcade comme on y était.

Mieux, comme Haruo n’a de cesse de vivre sa passion en continue, même quand il n’est pas en train de jouer, on a doit à des interventions de Guile (son perso fétiche dans SFII) qui agit auprès de lui comme une sorte de mentor pour l’aider à bien mener sa vie. Interventions qui ont la particularité de surgir à n’importe quel moment et d’être souvent bidonnante tant le sérieux de ce bad ass de Guile contraste avec les affres d’Haruo l’otaku. On voit Guile essentiellement mais bien d’autres lui emboîtent le pas. Un jour qu’il part à la recherche d’Akira qui a fugué chez elle (on a beau être BCBG, on peut en baver chez soi), il en vient à penser que la nuit arrive et que c’est l’heure où les hommes sont dans le centre ville pour faire la fête, pensée qui s’accompagne alors de cette image :

Tout cela fait que l’on baigne dans une pop culture vidéoludique de tous les instants, et cela n’a rien de saoulant tant c’est fait avec brio, avec un certain à propos comique. Ajoutons qu’en dehors des grands classiques (SFII, Final Fight, Mortal Kombat), l’histoire nous fait découvrir de ces jeux vidéo typiquement japonais, qui n’ont jamais pu franchir les frontières de leur pays, comme Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai sur NES (pardon, sur Famicom). Bref le pixel art 8bits nous saute à la gueule, et c’est ça qui est bon. En voyant High Score Girl, difficile de ne pas succomber à la tentation du retrogaming. En tout cas moi j’y suis retourné en remettant le nez dans mes émulateurs, notamment pour vérifier certains trucs, comme cette histoire de défoncer les objets du décor dans Final Fight de manière à avoir uniquement des bonus pour améliorer le score.

Downtown Nekketsu Kōshinkyoku: Soreyuke Daiundōkai

Après, dire que High Score Girl est un anime sur le retrogaming serait absurde puisque les personnages, eux, quand ils jouent à SFII ou découvrent Tekken, n’ont pas vraiment la sensation de faire du retrogaming. C’est l’autre point fort de la série, point fort qui fait que la série pourra plaire autant aux amateurs de retrogaming qu’aux joueurs quels qu’ils soient. Si ma connaissance des anime se déroulant dans l’univers des jeux vidéo est loin d’être parfaite, j’ai quand même l’intuition qu’High Score Girl est peut-êtrre un des tout meilleurs titres du genre (si ce n’est le meilleur) dans sa manière de retranscrire la passion qui peut animer un gamer ado. Joie d’avoie le dernier numéro de son magazine de jeu vidéo favori, joie de jouer à un jeu tant attendu, fantasme de jouer à un titre appartenant à une console qui n’a pas, joie des échanges de jeux entre amis, joie de jouer seul mais aussi à deux, joie tout court d’avoir cette passionn autant d’aspects que je n’avais pas retrouvé par exemple dans certaines scènes de Genshiken.

Enfin, la série aurait pu être lassante si elle s’était contentée de nous présenter un personnage de gamer enfoncé dans sa passion jusqu’à l’autisme. Or, Haruo est justement un personnage qui évolue. Les quinze épisodes vont nous le faire suivre jusqu’au lycée, en plus d’Akira il va rencontrer un autre personnage féminin en la personne de Hidaka et le duo Haruo-Akira va se transformer en un triangle amoureux à l’intérieur duquel le jeu vidéo aura une importance capitale. Un exemple parmi tant d’autres, le RPG fait maison que Haruo fait parvenir à une Akira au brod de la dépression. Apparemment, la Super Famicom possédait déjà une sorte de RPG Maker et Haruo décide de s’en saisir pour livrer à la jeune fille un moyen de la réconforter qui sonne aussi comme une déclaration d’amour inconsciente. On est bien face à un otaku avec ses obsession vidéo ludique, mais un otaku qui garde en lui une petite porte donnant accès à une certaine sociabilité et à une possible vie privée. Et c’est la même chose pour Akira et Hidaka, les deux high score girls de l’anime, qui n’ont de cesse de s disputer les meilleurs scores tout en se disputant la personne de ce tocard d’Haruo.

High Score Girl est véritablement une petite réussite. Une histoire d’amour fraîche baignant dans le pixel art, rafraîchissante et jamais cucul. On attend du coup impatiemment la saison deux qui ne devrait pas tarder (normalement courant automne).

Celle de mon mari ne veut pas entrer

Evidemment, une série de Netflix ayant pour titre My husband Won’t Fit attire l’attention. On va voir le pitch en se disant que tout de même, le titre est sûrement un truc pour attirer le chaland, qu’il ne reflète pas vraiment le sujet du drama, mais en fait si :

Kumiko et Kenichi, jeunes gens qui se sont rencontrés lors de leurs études à l’université, s’aiment tendrement et ont décidé de se marier. Une ombre au tableau cependant : lorsqu’ils font l’amour le fascinus (pour parler comme Pascal Quignard) de Kenichi n’arrive pas à pénétrer Kumiko. Est-il trop gros pour entrer ? Ou Kumiko a-t-elle un hymen en béton armé ? S’agit-il de la métaphore d’une possible frigidité concernant Kumiko ? En fait rien de tout cela car il s’avère que Kumiko est capable de faire l’amour avec d’autres partenaires disposant d’un engin pas plus petit que celui de Kenichi. Pour ce dernier, ce n’est pas grave, le plus important étant l’amour. Mais la situation se dégrade quand Kumiko s’aperçoit que son mari récupère son quota mensuel de parties de bête à deux dos en se rendant régulièrement dans des soaplands. Dès lors que faire pour guérir ?

Vous le voyez, la chose est bien au centre de l’histoire. Mais n’attendez pas quelque chose de racoleur, et n’attendez pas non plus une historiette un peu cucul. Nous sommes dans un entre-deux puisque l’histoire est l’adaptation d’un roman autobiographique d’un auteur appelé simplement « Kodama », roman lui-même adapté en seinen par la mangaka Yukiko Gotô. Du coup, si on se précipite au début avec l’espérance de se rincer l’œil, on en est pour ses frais car le premier épisode nous présente un petit couple d’étudiants tout mimi.

Un gars, une fille.

Kumiko, fraîchement débarquée de sa campagne, découvre la ville, la personnalité délurée de Kenichi et les premiers émois amoureux. Pas sexuels, d’abord simplement amoureux : venant d’un bled dans lequel  les adolescents n’avaient rien d’autre à faire pour tromper  leur ennui que de baiser à couilles rabattues entre eux, Kumiko semble avoir toujours su éviter ces relations faciles. Là voilà donc pure, prête à connaître THE amour et même à baisser sa culotte pour partager autre chose qu’une balade en amoureux main dans la main.

 

Et puis, donc, arrivent les premiers fiascos au lit et on est tout surpris de voir le drama prendre alors une direction plus crue. J’ai lu quelque par que MHWF était une série mignonne et inoffensive. C’est du moins l’apparence qu’elle a au premier épisode. Car après l’histoire prend une direction résolument plus adulte, plus grinçante et ne cherchant pas à occulter la thématique sexuelle. Tandis que l’on voit Kenichi frotter son lard avec des soaplandeuses, on suit les virées adultérines (pour vérifier qu’il n’y a pas de problème de tuyauterie la concernant) de la pauvre Kumiko en compagnie d’hommes pas forcément des modèles d’équilibre (mention spéciale à l’homme qui aime à se masturber en pleine nature devant un vaste paysage).

Elle passe aussi par une intense phase de documentation via la lecture de certains magazines…

On ne tombe pas non plus dans une esthétique de pinku eiga à la Hisayasu Satô, mais l’approche de cette thématique se fait avec disons une certaine franchise, franchise accentuée par le fait que l’actrice qui joue Kumiko (Natsumi Ishibashi) n’a rien de ces créatures plus ou moins plantureuses que l’on a dans les pinku eiga. Toute frêle, avec peu de poitrine, elle apparaît finalement comme une fille ordinaire et c’est cet aspect qui rend un peu inattendues les quelques scènes dénudées.

 

Et la série franchit encore un pas dans son propos adulte en mettant en perspective la relation Kumiko/Kenichi avec la société japonaise qui a tendance à orienter dans un moule les jeunes gens en âge de procréer. Dès leurs années universitaires, les commentaires goguenards de leurs amis, quand ils apprennent qu’ils se sont mis en couple, mettent l’accent sur le fait que puisqu’on est jeune et en couple, cela implique forcément un tas de nuits aussi humides que torrides. Or, comme ce n’est pas le cas pour les deux personnages, Kumiko a tout de suite l’impression d’être anormale car n’étant pas dans un « modèle »attendu. Pire, ce sentiment s’exacerbe avec l’attitude de ses parents, en particulier celle de sa mère, qui ne comprennent pas que Kumiko et Kenichi, alors qu’ils ont tout deux une situation, ne décident pas d’avoir un enfant. Pas de sexualité épanouie, pas d’enfant, c’en est trop pour Kumiko qui dès lors va tomber soit dans la dépression soit dans une course à la normalité qui évidemment ne sera pas satisfaisante.

A noter que la famille de Kenichi n’est pas en reste. Lui aussi connait une certaine pression, surtout depuis que sa frangine a été engrossée depuis peu.

La solution trouvée par le couple pour être heureux sera toute simple. « Tout ça pour ça », serait-on tenté de dire à la fin. Mais cette solution qui arrive après pas mal de péripéties, péripéties qui mettent à un moment sérieusement en péril l’avenir du couple, cette solution n’est pas sans être plaisante tant elle peut paraître insolente à une époque où le taux de natalité au Japon n’a jamais été aussi bas et où les autorités ne cessent d’imaginer des stratagèmes pour encourager la fécondité.

Les dramas Netflix, c’est souvent un drama réussi sur deux. En ce qui me concerne MHWF fait partie des bons crus.

7,5/10

Jouer du Schubert à Karuizawa au coin du feu

Maki, Suzume, Iemori et Beppu se rencontrent un jour par le plus grand des hasards dans un karaoké. Ils ont un point commun, ils jouent tous d’un instrument à cordes. Aussi, comme le courant passent entre eux, décident-ils de se lancer dans la formation d’un quartet. Pour répéter, ils décident de se rejoindre le plus souvent possible dans la belle maison que possède Beppu à Kuruizawa. Assez vite ils sont embauchés par un restaurant pour animer des soirées. Tout va bien donc, même si un certain soupçon pèse sur le passé de Maki (et que les autres membres n’ont pas l’air tous très clairs non plus)…

Deux choses frappent tout de suite l’esprit dans ce drama de 2017 : la neige et les acteurs. Souvenir de Liquid, excellent mini-drama sur un homme reprenant une distillerie familiale pour faire du saké. L’histoire se passait en plein hiver et ce n’était pas le moindre des aspects qui permettait de se lover confortablement dans son canapé pour apprécier le spectacle. C’est un peu la même chose avec Quartet. C’est tout bête mais entendre ces quatre musiciens bavarder au chaud tout en jouant du Schubert tandis qu’un tapis de neige recouvre la campagne de Karuizawa, j’ai aimé. Ne manquait plus que quelques scènes dans le bassin extérieur d’un onsen et je claquais le 10/10 au drama (ce sera peut-être pour un autre drama que j’évoquerai bientôt).

Mais plus que la neige, il y a surtout les acteurs en général, et ceux composant le quartet en particulier. On retrouve ainsi l’excellent Ryuhei Matsuda vu dans Mahoro Ekimae ou the Scythian Lamb, Issei Takahashi et surtout les deux femmes du quatuor, Takako Matsu et Hikari Mitsushima.

Le « surtout » fonctionnera peut-être moins bien pour une spectatrice. Mais pour un spectateur, ce choix est la petite touche qui achève de faire fondre le cœur qui, avec la neige et la musique, n’en demandait pas tant. Ainsi le beau visage de Takako Matsu, 41 ans, jouant le personnage de Maki, cette femme qui cache peut-être un lourd secret. Ce secret est donné dès le premier épisode : un jour, son mari a disparu de son appartement sans laisser de message. On pense qu’il est parti pour refaire sa vie ailleurs. Mais la mère de ce dernier pense qu’il s’agit peut-être d’un assassinat par sa femme. D’où l’ambivalence du personnage qui connaîtra un peu plus tard un sort… pas non plus tragique mais peu agréable. Bref la vie n’a rien eu d’un fleuve tranquille pour cette femme qui a malgré tout su consolider une certaine fragilité en faisant preuve de volonté. On ressent joliment  cette fragilité et cette volonté dans le jeu de Matsu dont le personnage est un peu la colonne vertébrale du quartet. Et quand en plus l’actrice est une bijin à la beauté intacte du haut de ses 41 berges, on se love encore plus de plaisir dans son canapé. Chacune de ses apparitions donne l’impression d’un délicieux toffee sorti d’une boite de chocolat. Quand son visage apparaît de face et en gros plan, le temps s’arrête et on déguste.

Et ce qui est bon, c’est qu’il n’en va pas autrement de Hikari Mitsushima, jouant Susume la violoncelliste. Elle aussi a eu un passé délicat, et encore plus que Maki chan, c’est une jeune femme bien fragile. Cette douceur et cette fragilité, on a donc choisi de l’offrir à Mitsushima, autrement dit à l’actrice qui a joué ce personnage culte dans le cœur des amateurs de Sion Sono :

Eh oui, la farouche Yoko, c’était elle ! Huit années ont passé depuis ce rôle, Matsushima a dorénavant 32 ans, le visage est moins rond, plus allongé, les légères origines métis (sa grand-mère était franco-américaine) un peu plus prononcées : le toffee est là aussi des plus appréciables, surtout lorsqu’elle sourit (ce qu’elle fait souvent dans le drama). Je pourrais donner un screenshot ou vous parler des plis autour de la bouche, des paupières inférieures qui se gonflent légèrement pour donner un caractère fatigué et langoureux à ses beaux yeux mais je renonce car l’article a depuis trop longtemps tourné en un de mes articles « bijin de la semaine ».

Les deux actrices sont à couper le souffle, et l’ensemble des personnages fonctionne à merveille dans la complicité de leurs liens. On suit l’évolution du quatuor en se disant qu’il y a bien des couples qui vont se former, même s’il apparaît que ce qui unira définitivement les quatre est avant tout une Amitié majuscule. Quartet est drôle, touchant, délicieux comme le sourire de Mitsushima, beau comme le visage de Matsu. Un drama à sa mater d’urgence avant que l’hiver ne s’achève.

8/10

A noter un générique de fin pas dégueu :

Tokyo Vampire Hotel (Sion Sono – 2017)

Un soir, alors qu’elle est tranquillement attablée dans un restaurant avec des amies, Manami voit débarquer une jeune femme excentrique qui dégaine un flingue pour tuer leurs trois voisines de table au look gothique. Problème : comme il y a beaucoup de témoins, elle se doit maintenant de buter méthodiquement toutes les personnes présentes dans le resto, à l’exception de Manami que la tueuse semble devoir amener avec elle. Mais complètement terrorisée, Manami parvient à s’enfuir et à gagner la rue. Là, elle tombe sur une autre jeune femme, « K », qui lui assure qu’elle est là pour la protéger. Elle lui apprend l’origine incroyable de Manami, ce qu’elle est vraiment, c’est-à-dire un être qui doit permettre au clan des vampires issus de la lignée de Dracula de reprendre le dessus sur le clan Corvin, clan de « Neo Vampires » extrêmement dangereux…

Faire du neuf avec du vieux, reprendre le mythe du vampire mais assaisonné à la sauce Sono, après tout pourquoi pas ? Entre ça et le zombie, l’autre grande créature fantastique, je crois que je préfère encore le vampire. Plus racé, mieux vêtu, plus sexy : normalement, avec Sono, ça doit en mettre plein les mirettes. Et de fait, Sono n’aura pas négligé dans ce drama de dix épisodes le quota de boobs (Megumi !), d’uniformes serrés et de langues fourrageuses.

Meg is back (et avec plus que jamais du monde au balcon).

Après, pour ce qui est de savoir si Tokyo Vampire Hotel est une série réussie ou non, c’est une autre histoire. C’est encore un peu trop frais dans mon esprit et comme c’est le cas pour beaucoup de film de Sono, cette fraîcheur pose problème car on est face à une œuvre de Sono de type Barnum. Comprenez que c’est un magma de personnages (à partir du troisième épisodes, quand tous les personnages se retrouvent dans l’hôtel qui donne son titre à la série, on doit atteindre le chiffre de deux cents), ça va dans tous les sens, cela se situe dans un lieu baroque très bariolé, ça crie, ça hurle, ça ouvre des yeux en billes de loto, ça exhibe ses boobs donc (merci Megumi donc mais aussi Anna Konno), le sang coule à la moyenne de deux litres de raisiné à la minute bref, aucun répit n’est laissé au spectateur, mais avec le risque que ce dernier ressente une certaine lassitude. Et comme l’arc se passant à l’hôtel couvre cinq épisodes, il faut avouer qu’il y a de quoi se sentir étranger au bout d’un moment à ce type de trip. Cela a été mon cas.

Budget sauce tomate assez conséquent pour ce drama.

Et pourtant les deux premiers épisodes pouvaient laisser augurer de quelque chose de très bon. Ils avaient une unité chacun et faisaient  espérer que le drama allait consister en une série d’épisodes, brodant tous indépendamment une histoire sur la thématique du vampire, et reconstituant petit à petit une histoire plus générale. Mais à partir du troisième, on change de direction : Sono veut en fait un huis clos dantesque, sorte d’écho coloré puissance dix à celui mis en scène dans Antiporno (on y retrouve d’ailleurs Ami Tomite dans le rôle de Manami), servant finalement à ce qu’attendent ses fans (ou du moins une partie de ses fans).

Après, il faut bien reconnaître que Sono reste expert dans sa capacité à insuffler du dynamisme dans les scènes et leur enchaînement. Impossible aussi de dénier une capacité à truffer son histoire d’éléments originaux. Mais on est dans une telle profusion, un tel excès, que l’on a aussi l’impression d’une originalité balancée en mode automatique. Il ne s’agit pas de faire sens mais de bourrer ce lieu de l’hôtel avec de l’originalité à tout prix. Forcément, cela peut saouler au bout d’un moment et paraître un peu vain.

Bien qu’elle soit plate comme une limande, on préférera la prestation de Kaho jouant K (à gauche) à celle d’Ami Tomite, qui passe son temps à avoir des spasmes ou à faire la cruche de service.

Et c’est dommage car les trois derniers épisodes empruntent une autre direction. On est toujours dans l’hôtel, mais avec beaucoup moins de personnages et quelques incursions à l’extérieur. Le ton est plus sobre, l’intrigue s’efforce de développer certains personnages tout en permettant quelques explosions sonoiesques. On se dit que Sono tenait là peut-être une approche intéressante. Mais voilà, cette partie venant après le magma du milieu du drama, le détachement, l’épuisement ayant déjà eu lieu, il m’a été difficile de me sentir parfaitement impliqué dans ces ultimes épisodes.

L’originalité, parfois, c’est gonflant.

Bref, sans être non plus à jeter aux orties (je peux comprendre que certains puissent adhérer au spectacle), Tokyo Vampire Hotel me confirme que Sono est dans une période boursoufflée qui personnellement me laisse de marbre (de l’année 2017 il me reste à voir son Shinjuku Swann 2 et franchement, je ne suis du coup guère rassuré). 2018 semble en revanche être une année plus apaisées pour Sono. Nous arrivons au mois de mai et jusque là il n’a réalisé qu’un segment au film à sketchs Kuso yarô to utsukushiki sekai. J’ai envie de dire, pourvu que ça dure. Repose-toi bien Sion, reste un peu plus à la maison avec Megumi, jardine avec elle, lis, vois d’autres films et surtout prends ton temps pour en réaliser d’autres. À 57 ans, il serait dommage de passer déjà face aux jeunes pousses pour un vieux réalisateur radoteur qui essaye d’exister en faisant son intéressant à coup de gros seins et de litres de sang. Surprends-nous. Mais pas « assomme-nous » avec une kalachnikov sensorielle de tous les instants.

 5/10

Samurai Gourmet ou la renaissance d’un scénariste

Cela faisait un bon bout de temps que je suivais les épisodes de Kodoku no Gurume avec un ennui poli, ne retrouvant plus la fraîcheur de la découverte des premières saisons. Construite sur des effets de répétitions mais avec la promesse de découvrir à chaque fois un nouveau quartier et des plats différents, le drama était parvenu à maintenir mon intention durant quatre saisons, ce qui était déjà bien. Et puis, il y a eu cette cinquième saison où Qusumi, le scénariste de la série qui faisait à chaque fois à la fin de l’épisode une apparition pour tester le restaurant de l’histoire, apparaissait tristement raisonnable, d’une jovialité factice. Bon vivant, le gars avait auparavant l’habitude de sérieusement s’imbiber la ruche, devenant rapidement écarlate et contribuant à instiller un petit effet de folie qui complétait agréablement le sérieux de Goro, le héros de la série. Là, aucun verre de pichte et surtout un visage fatigué qui ne laissait pas de faire des hypothèse sur sa santé. Tout cela sentait la cirrhose du foie carabinée ou une autre joyeuseté médicale qui impliquait d’arrêter toute consommation d’alcool. Et la dernière saison en date n’était pas mieux. Certes, on voyait Qusumi se faire offrir quelque fois un verre d’alcool, mais c’était pour y tremper rapidement les lèvres avant de laisser le verre dans un coin de la table pour ne plus y toucher.

C’est tout con, mais cela suffisait à me donner l’impression que la belle mécanique de Kodoku no Gurume n’était plus celle qu’elle avait été. Le plaisir n’était plus le même, et j’avais l’impression d’assister à quelque chose de poussif surtout lorsqu’au moment de la sixième saison débarquait la version Netflix de Shinya Shokudo qui apparaissait en comparaison nettement plus vivante.

Série que j’ai mis du temps à apprécier mais dont j’attends maintenant les prochaines saisons avec impatience.

Tristesse donc de la déchéance d’une série condamnée à répéter une formule, mais aussi de la déchéance de son scénariste devenu incapable de montrer tout le plaisir qu’il peut y avoir à s’enquiller devant une caméra une grosse choppe de mousse tout en s’empiffrant de bons p’tits plats que de sympathiques matrones lui offrent avec empressement.

Sauf que, voilà, Qusumi n’est pas mort.

Qui a dit cela ? Que je lui pète la gueule !

Témoin ce Samurai Gurume dont il est le scénariste (et le romancier puisqu’il s’agit à l’origine d’un de ses romans) et qui lui permet de s’adonner avec ivresse à sa passion des boissons frelatées. Vous regrettez l’entrain dont Qusumi faisait montre à la fin des premières saisons de Kodoku ? Pas de problème puisque le témoin a été transmis à une sorte d’alter ego en la personne de l’acteur Naoto Takenaka : même âge, même bouille sympathique, même crâne dégarni et même barbe de quelques jours au menton. Quant au nom du personnage qu’il interprète, ce n’est pas Qusumi mais Takeshi Kasumi. On peut bien sûr voir dans tout cela un simple hasard mais franchement, ça me semblerait gros tant le personnage joué par Takenaka, par son mélange de timidité et de jovialité souvent imbibée, évoque Qusumi.

Le gang des chauves quinquagénaires amateurs de houblon.

Du coup le plaisir est double : manger de « bons » plats (entre guillemets car cette notion de plat renvoie moins à la qualité intrinsèque qu’au plaisir qu’on y prend) accompagnés de bonnes boissons. Dans Kodoku, Goro, qui ne buvait pas, atteignait malgré tout à une sorte d’ivresse papillaire qui faisait plaisir à voir. Mais Kasumi est à l’école de ceux (et Dieu sait s’ils sont légion !) qu’un bon plat accompagné avec un verre d’eau minérale, c’est tout de même un peu tristounet, pour ne pas dire mesquin. Dans l’épisode où il rencontre sa nièce, il est tout surpris de la voir commander pour elle une chope de bière. Sa femme lui avait recommandé de ne pas donner le mauvais exemple en consommant de l’alcool or, c’est la jeunette en face de lui qui déclenche les hostilités, et ce le plus naturellement du monde. L’alcool n’a rien d’exceptionnel ou d’interdit : c’est juste un ingrédient susceptible d’accentuer le plaisir, aussi commun qu’un salière ou une poivrière, à chacun de voir s’il a envie de s’en servir ou non. Et s’il s’en sert, ça peut devenir magnifique !

Une korokke (croquette), de la sauce, une bière, que demande le peuple ?

Autre point. Si dans Kodoku le postulat narratif était de découvrir d’improbables restaurant cachant des trésors gustatifs, il s’agit dans Samurai Gurume juste de prendre du plaisir, sans se sentir enchaîné par les entraves d’un decorum qui impressionnerait et empêcherait de manger comme on le souhaite (cf. l’épisode dans lequel Kasumi est dans un restaurant chic et hésite à manger un plat de pâtes comme à son habitude, c’est-à-dire bruyamment), celles d’un voisin de table désagréable (comme sa nièce lors d’un épisode) ou encore d’un(e) patron(ne) de resto gâchant le plaisir. Là réside sans doute le troisième plaisir, plaisir qui concerne aussi bien Kasumi que le spectateur, celui de l’adversité, de l’obstacle que Kasumi va devoir surmonter pour achever de passer un bon moment. C’est l’ingrédient qui manquait sans doute à Kudoku no Gurume pour s’affranchir sur le long terme d’une monotonie qui ne manquerait pas de se produire. La rencontre d’un fâcheux intervient inévitablement dans les épisodes de Samurai Gourmet, dédoublé à chaque fois d’un ultime plaisir, celui de voir arriver dans l’environnement de Kasumi un samourai issu de l’imagination de Kasumi et qui réglera en deux temps trois mouvements le problème qui lui gâche son repas.

WTF ?

Mais est-ce totalement de l’imagination ? Parfois, il ne sera qu’une projection fantasmée de ce qu’il aimerait faire… mais qu’il ne fera finalement pas (comme lors de sa déconvenue face à l’horrible patronne du restaurant chinois). Mais dans d’autres cas, on comprend que l’image du samouraï se superpose à celle d’un client présent dans la salle et qui va effectivement agir pour, par exemple, donner une leçon à un patron brutal vis-à-vis de clients étrangers. Et dans certains (je pense à un épisode mais peut-être aussi le dernier, qu’il me reste à voir), il se superposera à Kasumi lui-même qui trouvera le courage d’agir (cf. l’épisode avec sa nièce). Dans tous les cas, l’intervention du samourai émerveille Kasumi autant qu’elle amuse le spectateur. Elle est l’unique figure imposée au milieu d’une trame narrative elle aussi à l’image de l’esprit de liberté que cherche Kasumi (à la différence une fois encore de Kodoku qui présentait invariablement le même schéma : découverte d’un quartier, recherche d’un resto, dégustation de plats).

Enfin, pour en terminer avec les changements appréciables si l’on compare avec Kodoku, Kasumi a une vie privée (il a une femme, interprétée par Honami Suzuki), ce qui lui ajoute en profondeur, en moelleux là où Goro pouvait apparaître parfois comme un personnage un peu sec. Surtout, si ce personnage est amené à communiquer essentiellement ses pensées (comme Goro), cela ne l’empêche pas de parler, de communiquer, et pas que pour faire sa commande auprès du serveur. C’est peut-être l’ultime ingrédient qui fait que je préfère au bout du compte Samurai à Kodoku. Qusumi s’est rappelé en scénarisant cette série que si manger et boire était la base pour passer un bon moment dans un restaurant, la parole, notamment celle que l’on délivre à mangeant à sa femme, à un ami ou à un voisin de table que l’on rencontre pour a première fois (cf. l’excellent épisode avec  les parapluies) était l’accompagnement, l’ultime épice pour magnifier les saveurs de ce que l’on est en train de manger.

Série pour le moins sympathique, Samurai Gourmet comprend pour l’instant douze épisodes d’une vingtaine de minutes. On espère vraiment qu’ils seront suivis d’autres exploits gustatifs et alcoolisés de ce retraité chauve flanqué de son samouraï imaginaire.

 

 

France Cul dégueule de cinéma japonais !

Hier, je revenais en voiture d’une soirée avec des amis. Habituellement, ça ne rate jamais,  je me fais arrêter à un certain rond-point par les keufs pour un contrôle anti-alcoolémie mais là, ça s’est passé autrement. 1H30 du mat’, pas un chat dans les parages, je pouvais glisser jusqu’à mes pénates en écoutant de la bonne musique. Après dix minutes, lassé du programme sur France Musique, je glisse sur France Cul et là, je tombe sur un Japonais parlant du genre documentaire puis sur un Français – manifestement un critique – y allant de son laïus sur le Japon, ses mutations et son cinéma. Absolument passionnant – et fascinant pour vos oreilles quand vous roulez de nuit sur une route de campagne. Et sachant qu’il s’agissait de créneau horaire de Philippe Garbit et de ses « nuits », je me doutais que cela pouvait appeler d’autres émissions comme seule France Cul est capable de les proposer.

Aussitôt arrivé à la maison, je me rue sur internet pour vérifier et là, bingo ! je constate que Garbit a programmé une nuit entièrement consacrée au cinéma japonais. Acrochez vos ceintures, pour cette dernière journée du festival de Cannes qui verra peut-être Naomi Kawase sacrée, ça décoiffe sec !

1

Ça commence avec un entretien de Stéphane du Mesnildot, auteur de Fantômes du cinéma japonais, qui nous parle du second âge d’or du cinéma jap’.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

2

C’est le documentaire sur lequel je suis tombé en voiture. « Quand Serge Daney rencontrait Shinsuke Ogawa, maître du documentaire japonais ». La rencontre entre les deux hommes a eu lieu en 1989 au festival du film documentaire de Yamagata.

En 1989, Serge Daney était au Japon, à Yamagata, où se tenait la première édition d’un festival international du film documentaire dont il était membre du jury. Un festival qui a perduré, et continue depuis de se tenir tous les deux ans.

L’occasion était belle pour le « ciné-fils » de rencontrer le grand documentariste Shinsuke Ogawa, qui vivait alors à la campagne non loin de Yamagata. Pour « Microfilms », il s’entretenait avec Ogawa de sa pratique de trente années de cinéaste du réel, de la situation de la production et de la diffusion du film documentaire, de son propre rapport à la télévision, à la vidéo, à la fiction. Dans la deuxième partie de l’émission, de retour à Paris, Serge Daney livrait ses impressions et ses réflexions après ce voyage… sur sa rencontre avec Shinsuke Ogawa, sur la première édition de ce festival, sur son palmarès, et plus généralement sur l’état du cinéma japonais à la fin des années 80.

3

Boum ! Une rencontre entre Michel Ciment et Kiju Yoshida de 1996, lors du festival du film international de La Rochelle :

En 1996, Kiju Yoshida était l’invité du Festival international de La Rochelle pour une rétrospective de son œuvre. Une rétrospective partielle comme le regrettait Michel Ciment qui, pour Projection privée, s’entretenait à cette occasion avec Kiju Yoshida, entouré du critique Max Tessier et du producteur Philippe Jacquier.

Philippe Jacquier devait produire en 2002 ce qui est le dernier long métrage de Yoshida : Femmes en miroir. Né en 1933, représentant de « La Nouvelle Vague japonaise », avec Femmes en miroir, Yoshida travaillait le traumatisme et la mémoire de la bombe d’Hiroshima. À propos de ce film, il déclarait à Charles Tesson :

« Les gens du cinéma pensent que le cinéma est capable de tout décrire, comme ce qui se passe dans les univers lointains. Mais il y a des choses que le cinéma ne peut pas raconter : par exemple, la bombe atomique ou la Shoah. Ce qui est important dans le cinéma, c’est la manière de filmer ce qu’on ne peut pas filmer ».

« Projection privée avec Kiju Yoshida au Festival international du film de La Rochelle », une émission proposée par Michel Ciment en 1996 sur France Culture.

 

4

Bam ! Il s’agit cette fois-ci de Naomi Kawase reçue en 2014 par Laure Adler dans son émission Hors-Champs pour la sortie de Still the Water.

Lauréate précoce de la Caméra d’or du Festival de Cannes de 1997 pour Suzaku, et récompensée par le Grand Prix en 2007 pour La forêt de Mogari, Naomi Kawase est l’une des très rares réalisatrices de renommée internationale du continent asiatique. Tous genres et continents confondus, elle est aussi considérée comme l’un des cinéastes importants de son temps. La famille, la communauté, l’absence, le deuil, la nature, sont des thèmes centraux du cinéma de Naomi Kawase, dans ses fictions comme dans ses documentaires.

En 2016, quelques temps après la sortie des Délices de Tokyo, elle confiait dans Télérama à Frédéric Strauss :

« Je suis attachée aux choses spirituelles, aux émotions, et, en tant que cinéaste, j’essaie de trouver comment les exprimer d’une manière concrète. Ma façon de faire des films tourne autour d’un rapport entre le tangible et l’intangible. Entre le visible et l’invisible, qui peuvent dialoguer »… « Je suis japonaise et j’utilise donc des éléments de ma propre culture. Mais je me considère d’abord comme une citoyenne du monde, je travaille avec des idées japonaises tout en recherchant une signification universelle ».

Naomi Kawase expliquait sa relation et son travail avec les acteurs non professionnels de son film « La forêt de Mogari » (2007) elle détaillait sa façon de travailler :

Je ne veux surtout pas qu’ils jouent. Je déclenche la scène c’est tout. […] En général je tourne toujours dans l’ordre chronologique. Donc à ce moment-là les acteurs s’approprient le temps qui passe et réagissent en fonction de ce qui s’est passé auparavant. Ils enchaînent les scènes dans leur continuité.

 

5

Entretien croisé entre Stéphane du Mesnildot et Demian Garcia, créateur sonore et spécialiste du film de sabre.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

 

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Dans « Surpris par la nuit », en 2004, Serge Toubiana proposait un « Carnet de voyage à Tokyo », qui nous donnait des nouvelles du cinéma japonais à l’aube du vingt-et-unième siècle. Chemin faisant, guidé par le critique Yoichi Umemoto, il croisait le réalisateur Kiyoshi Kurosawa et son ancien professeur, l’éminent universitaire et cinéphile Shigehiko Hasumi, traducteur de Deleuze, Derrida et Barthes, et auteur notamment d’ouvrages sur Ozu, Ford et Renoir.

Comme le voyageur cinéphile de passage à Tokyo ne peut manquer de le faire, ce carnet de voyage faisait une halte à « La jetée », un bar mythique pour les amoureux du cinéma, dont le nom est bien sûr un hommage à Chris Marker. Pour peu qu’ils soient à Tokyo, de ce refuge cinéphilique cher au cœur de Wim Wenders, peuvent à tout moment pousser la porte Coppola, Woody Allen, Tarantino, Léos Carax, Jim Jarmush, Arnaud Desplechin et quelques autres.

« Surpris par la nuit… Tokyo cinéma – carnet de voyage »… c’était en 2004. Cette année-là deux films japonais étaient en compétition au Festival de Cannes : Ghost in the Shell 2 : Innocence de Mamoru Oshii et Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda, pour lequel Yagira Yuya remporta le prix d’interprétation masculine.

 

7

De nouveau Michel Ciment avec un numéro de Projection privée de 2010 consacré à Koji Wakamatsu, en compagnie de Julien Sévéon et Jean-Baptiste Thoret :

 

8

Encore un Hors-champs de Laure Adler qui reçoit cette fois-ci Kiyoshi Kurosawa. Émission de 2011.

 

9

Et on termine avec la suite de l’entretien entre du Mesnildot et Garcia :

 

Là, vous vous dites : ouf ! Y’a de quoi m’occuper pour la semaine, merci France Cul ! Ce en quoi vous vous trompez puisque cette nuit qui vient d’avoir lieu n’était que la deuxième des deux nuits consacrée au cinéma japonais ! La première a en effet eu lieu la semaine dernière, avec un programme exclusivement consacré aux classiques. Are you ready for a total madness ? Let’s go one more time !

 

A

Entretien entre Pascal-Alex Vincent qui a dirigé l’édition du coffret « l’âge d’or du cinéma japonais 1935-1975 » et Hervé Pichard pour l’exposition « L’Ecran japonais, 60 ans de découvertes ».

B

Petite plongée dans le temps. On est en 1962, l’émission « Connaître le cinéma » consacrait un numéro à Mizoguchi.

 

C

Ne pas avoir un docu avec la voix de Jean Douchet aurait été étonnant. Dans cette émission de 2007, le critique présentait le cinéma d’Ozu.

 

D

Toujours du lourd avec encore un numéro de « Connaître le cinéma » qui en 1964 explorait le cinéma de Kon Ichikawa.

 

E

Suite de l’entretien entre Vincent et Pichard.

 

F

1985, sortie de Ran en avant-première à Paris. A cette occasion, Serge Toubiana et Hélène Pommier recevait dans « Nuits Magnétiques » le vieux maître pour un entretien. Dois-je en dire plus ? Vous aurez compris que c’est un document évidemment exceptionnel.

 

G

C’est maintenant Oshima qui s’y colle, avec un numéro de « Ciné-Club » de 1998 qui lui est consacré :

 

H

Vous commencez à avoir la gerbe ? Vous trouvez que décidément ça fait beaucoup ? Courage, plus que deux ! Et il serait dommage de passer à côté de ce « Carnet de notes » de 2001 sur la musique de Toru Takemitsu.

 

I

Et enfin, voici la fin du voyage avec la dernière partie de l’entretien entre Vincent et Pichard :

 

Et si après tout ça vous n’êtres pas rassasiés, vous pourrez toujours changer de station pour aller sur France inter et écouter cet entretien dans Boomerang avec Naomi Kawase, à propos de son film en compétition, Hikari. Moi, occupé que j’étais à suivre le Natsu Basho, j’avoue n’avoir pas trop suivi cannes cette année. Aucune idée donc de la valeur du dernier opus de Kawase. On verra cependant ce soir si après Still the Water la réalisatrice sera récompensée. Après 1997 (caméra d’or pour Suzaku) et 2007 (Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari), l’habitude est peut-être prise de récolter quelque chose tous les dix ans. A voir si 2017 sera l’année Kawase…

Seijun Suzuki aime les momies

Les morts continuent d’aller vite en 2017. Après un maître du manga, c’est au tour d’un maître du septième art de nous quitter, avec la disparition de Seijun Suzuki. Quand on a choisi pour avatar Joe Shishido dans la Marque du tueur, c’est forcément avec un petit pincement au cœur que l’on a appris la nouvelle, même si le cas de cet artiste âgé de 93 ans était bien différent d’un Taniguchi décédé à 72 ans et encore en pleine possession de ses moyens créatifs. Reste que l’on a tout de même aussi une impression de gâchis, à la différence que ce gâchis se décale de plusieurs décennies pour se focaliser sur l’incroyable décision de la Nikkatsu de le blacklister, l’empêchant de créer de 1968 à 1977, alors que l’homme venait de commettre son chef d’œuvre avec la Marque du Tueur, film fou valant largement les expérimentations destructuralisantes d’un Resnais ou d’un Antonioni.

Simply the best.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire de cette disgrâce, voici en gros les coulisses de l’affaire. Après avoir réalisé des films de genre honnêtes mais pas non plus transcendants, Suzuki est pris à partir de 1964 d’une fièvre créatrice qui va le mener à bousculer allègrement les codes du film de yakuza et à faire dans un formalisme flamboyant qui bien des décennies plus tard subjugue le spectateur contemporain, mais qui à l’époque ne parla pas vraiment au spectateur lambda et encore moins aux producteurs fumeurs de gros havanes et peu au fait de l’innovation artistique concernant le septième art. L’employé Suzuki est alors sommé d’arrêter ses pitreries chromatiques et pour le punir, on l’oblige à réaliser un film en noir et blanc. Ça donnera Histoire d’une Prostituée, film ne donnant pas forcément l’impression d’être plus sage par rapport à ses autres films en couleurs, et la coupe sera pleine lorsque, deux années plus tard, Suzuki réalisera cette Marque du Tueur, film en N&B absolument démentiel donc, et vigoureux kancho dans l’anus desdits producteurs à gros cigares. Excédés, ces derniers décideront de le virer et de le blacklister, empêchant même au ciné-club de Kazuo Kawakita de faire une rétrospective sur ses films, jugeant que les montrer serait donner une mauvaise image de la Nikkatsu. Gros scandale, scandale faisant penser à l’affaire Langlois chez nous, scandale porté par des étudiants et les réalisateurs de la Nouvelle Vague, dont Oshima bien sûr, mais rien n’y fera : à cause d’une solidarité entre les studios qui décrétait qu’un réalisateur persona non grata ne devait être embauché par aucun studio, Suzuki végéta de 1968 à 1977 et accepta bien malgré lui de limiter son génie créateur à de menus projets pour la télévision.

Un beau projet artistique comme on aimerait en voir plus souvent.

Et c’est là que l’on se prend à rêver de ce qu’aurait pu être sa carrière sans cette interruption involontaire. D’un côté les Detective Bureau 1-2-3, Tokyo Drifter et autre Marque du Tueur, de l’autre les Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji. Au milieu un trou quasi béant dans les 70’s,  décennie fiévreuse qui aurait permis de voir d’autres œuvres d’un surréalisme pop échevelé. On se consolera en se disant que cette injustice a permis Suzuki de rejoindre le groupe de ces cinéastes maudits qui n’ont pas su se libérer de l’emprise des grands studios, jetant ainsi une lumière crue sur le génie de ses œuvres qui ont contribué à sa déchéance et l’auréolant d’une gloire qui a su inspirer de futures générations de réalisateurs.

Gâchis cependant. Après, malgré ce gouffre dans sa carrière, il reste encore une quantité non négligeable de film à voir, à revoir, et à découvrir. Autant vous le dire, Bulles de Japon va dans les semaines à venir défricher cette filmo foisonnante pour faire découvrir quelques pépites méconnues. Dans le collimateur aussi, le cas de la Marque du Tueur dont la critique sortira la semaine prochaine. Je n’ai que trop repoussé son écriture, avec maintenant le blu-ray d’excellente qualité de chez Elephant films, il est temps de s’y replonger avec délice.

En attendant, direction 1973.

Entrez, les amis, Olrik va vous raconter une belle histoire.

Oui, vous avez bien lu, 1973, en cette année Suzuki fut bien derrière une caméra, non pas pour réaliser un film mais le premier épisode de la série…

Horror Theater Unbalance

Intitulé Miira no koi (« l’amour de la momie »), l’épisode raconte l’histoire d’une momie retrouvée au fond d’un trou par des villageois, momie qui va se mettre à rajeunir et à devenir un membre du village, non sans quelques problèmes. Pour l’amateur de Suzuki, la question est forcément de savoir si l’on retrouve la patte du maître durant ces 45 minutes. Je n’ai pas encore eu le temps de voir d’autres épisodes de la série pour comparer, mais je suis prêt à parier que ces derniers sont beaucoup plus sages. Non que l’on soit sur les traces du dérèglement pictural et narratif de la Marque du Tueur, mais on sent tout de même l’humour, ce goût pour les êtres hors norme…

… ou les scènes oniriques au chromatisme flamboyant :

Cet épisode a-t-il été apprécié par les producteurs de Fuji TV ? Difficile à dire tant la bouffonnerie peut paraître fort de café dans un genre horrifique supposé terrifier avant tout le spectateur. Toutes les émotions fortes sont dégoupillées par les grimaces, les situations imaginées par Suzuki qui semble s’amuser, sans doute pas autant que lors de la Marque du Tueur, mais qui manifestement ne peut s’empêcher de tenter des choses via des détails incongrus :

Le symbolisme phallique du daïkon. De quoi réveiller les ardeurs à une momie !

A l’opposé, on notera parfois un certain dépouillement poétique :

Les lanternes sont filmées en mouvement de manière à donner l’illusion d’une procession.

Bref on trouve dans cet épisode un condensé de l’esthétique de Seijun Suzuki. La Marque du Tueur ou Tokyo Drifter faisaient exploser cette dernière, Miira no koi la garde dans une portion congrue mais suffisante pour que très vite le spectateur amateur de l’oeuvre de Suzuki ait le plaisir de se sentir en terrain connu. En cela, l’utilisation du genre fantastique est intéressante en ce qu’elle permet de jouer avec la rationalité. Le terrain était donc fertile pour permettre à Suzuki de tenter quelques audaces, et allait lui permettre de préparer sa trilogie Taisho (Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji) dans les années 80.

Si le métrage n’est pas non pluis indispensable, il reste intéressant de par son côté chaînon manquant totalement cohérent au sein de l’oeuvre de Suzuki. Pour les fans.

 

Un Doraemon pour les adultes

ELLE – Tu connais Warau Salesman ?

MOI – Nan, c’est quoi ?

ELLE – C’est l’anime d’un manga de celui qui a fait Doraemon.

MOI (pas intéressé) – Ah…

ELLE – On a l’habitude de dire que c’est un Doraemon pour adultes.

MOI (dressant l’oreille) – Ah ? Et pourquoi ?

ELLE – C’est très sombre, ça finit toujours mal. Je crois que j’ai un peu regardé quand j’étais au lycée, je n’aimais pas tellement. (goguenarde) Mais toi, je pense que ça peut te plaire…

Une des utilités de douze années de mariage est qu’à la longue, on finit par bien connaître les goûts du conjoint. Et quand Madame se met à évoquer un manga, un anime ou un drama, je sais que c’est toujours en parfaite connaissance de mes goûts plus ou moins déviants. Aussi, son « je pense que ça peut te plaire » à peine achevé, ai-je filé dare-dare à mon burlingue pour faire quelques recherches sur l’anime en question. Trente minutes plus tard, je zyeutais un épisode, et je n’ai pas mis longtemps à comprendre que cette série était une petite perle de noirceur, évoquant effectivement Doraemon mais dans une perspective plus satirique et oui, d’une certaine manière plus adulte. Le personnage principal est cet homme, Moguro Fukuzo :

Etonnant, non ?

Il s’agit d’un vendeur mais attention ! pas n’importe quel vendeur. Dans une société chaotique truffée d’âmes peinant à atteindre leurs rêves, il offre ses services à des quidams rencontrés au hasard pour leur permettre d’enfin concrétiser ce qui manque à leur bonheur. Cela peut-être rencontrer l’âme sœur, devenir quelqu’un de célèbre, savoir conduire une voiture, juste être tranquille et plein d’autres de doux rêves encore.

Mélancolie d’un no life. Attends mon petit, Fukuzo san va bientôt t’aider.

On retrouve donc un peu de Doraemon lorsque l’on a en tête que les actions du chat robot sont là pour permettre à Nobita de devenir quelqu’un de bien. Mais comme les histoires de Doraemon se terminent parfois en catastrophe du fait de la bêtise de Nobita, on devine qu’avec ce personnage très génie du mal de Moguro Fukuzo, les histoires de Warau Salesman (« le Vendeur qui ricane ») vont à chaque fois nous faire assister à la chute d’une victime dont le rêve va très vite se transformer en cauchemar. Que cette victime décide d’écouter ou non les conseils de Fukuzo, le résultat est le même : s’il bouffait de la vache enragée au début de l’épisode, ce n’était rien en comparaison de ce qui l’attend à la fin. Et le malin génie qu’est Fukuzo, qui n’a d’autre but que de perdre les brebis égarées dans la société tokyoïte, pourra reprendre placidement son chemin, poussant son lugubre rire évoqué dans le titre.

Et pourtant, au sento, le bougre a presque l’air sympathique.

Warau Salesman est le seul titre sombre dans la production de Fujiko Fujio. La satire sociétale n’est pas très profonde mais conjuguée au graphisme simple de l’auteur, elle devient au fil des histoires assez réjouissante, la série devenant un vaste catalogue des tares et des ridicules des contemporains de l’auteur, avec parfois la jubilation d’assister à une déchéance délicieusement WTF :

?!

Et bonne nouvelle : Warau Salesman va bientôt de nouveau débarquer au Japon pour une nouvelle série et à voir le site dédié, ça laisse augurer d’une excellente reprise. En attendant de la découvrir, on peut se mater une pléthore d’épisodes de la série originale sous-titrés anglais sur Daily. Comme dirait Fukuzo : WOUHOUHOUHOU !

Angoulême 2017

Petit retour sur l’édition 2017 du festival d’Angoulême. Impossible de bouder mon plaisir, ce festival fut un excellent cru, et rendu pour ma pomme encore plus appréciable par toutes les découvertes et les belles choses que j’ai ramenées dans mon antre.

Tout a commencé le dimanche matin. Dans la voiture : Olrik Jr, Olrik the 3rd et mézigue. Dans le deuxième véhicule composant le convoi : un pote de lycée, amateur de BD et faisant souvent le trajet de sa Touraine pour  l’occasion  (au passage, merci encore pour l’excellente bouteille de Nikka offerte en guise d’omiyage). Une fois garés sur le parking du musée de la BD, on admire le beau ciel bleu qui laisse augurer d’une magnifique journée et on prend la navette pour rejoindre le centre-ville. Pas pour entrer dans l’un des chapiteaux (les « bulles »), non, d’abord pour retrouver mon cousin qui doit nous filer les pass VIP :

Mon cousin.

Bon et généreux cousin, homme de pouvoir à poigne qui, de par sa fonction au festival, a cru bon d’ajouter aux pass ces deux beaux cadeaux :

Et un kilo de BD dans la besace, un !

Oui, la journée promettait décidément d’être belle. Un court passage par la bulle du champ de Mars afin de voir d’éventuelles séances de dédicaces intéressantes (Tiens ! Mari Yamazaki à 14H30 !) puis on file à la bulle du Nouveau Monde où je sais que le stand du Lézard Noir devait accueillir Eldo Yoshimizu. Surprise ! J’arrive en plein dans une séance de dédicaces, sans file d’attente… et sans dédicaces car nulle trace du mangaka ! L’employée gothique du stand m’apprend alors que Yoshimizu était parti faire une courte pause et qu’il allait revenir pour poursuivre sa séance de travaux forcés. M’attendant à une file monstre, j’achetai illico son fameux Ryuko et attendit l’homme, qui ne tarda pas à revenir avec son assistante-interprète. Pas vraiment de discussion avec l’artiste. Lui lancer un « j’aime beaucoup ce que vous faites », très peu pour moi, d’autant que je n’avais pas encore lu Ryuko et qu’il ne s’agissait pas de le distraire pour qu’il foire son dessin. J’attendis patiemment cinq minutes, ne perdant pas une miette du beau visage en train de se former de l’héroïne en pleurs, cinq minutes durant lesquelles Olrik jr, 11 ans, tailla une bavette en nihongo avec son assistante. Brave petit !

La séquence bisque bisque rage de l’article est terminée. Stay cool, il n’y en a pas d’autres.

Autant le dire, après ce coup de chance, il pouvait y avoir ensuite les pires coups fourrés, le festival était d’ores et déjà réussi. Mais il ne fallait pas s’arrêter en si bon chemin. Situé à deux pas de la bulle du Nouveau Monde, le musée d’Angoulême promettait d’être intéressant de par une exposition consacrée à Kazuo Kamimura. Si je me souviens bien, le mangaka avait déjà eu les honneurs d’une expo à Angoulême il y a une dizaine d’années. Une trentaine d’originaux avaient alors été exposés au sous-sol de l’espace Franquin. Déjà sympa mais pas le meilleur lieu pour rendre honneur au génie de l’artiste. Là, au musée, ç’a été une tout autre chanson. Il fallait d’abord passer par un escalier dont la paroi en verre laissait apparaître la cathédrale juste à côté. Petite élévation mêlant ancien et moderne, le tout pénétré par de généreux rayons de soleil : à cet instant, un petit pressentiment me fit penser que tout cela n’était que le prélude à un 7ème ciel graphique des plus plaisants.

Je ne me trompai pas : l’expo fut fabuleuse. Et précisons, elle l’est car elle restera visible jusqu’au mois de mars. 150 œuvres, planches ou illustrations, intelligemment regroupés dans diverses thématiques (les fleurs, les femmes, l’érotisme…) mettant magnifiquement en valeur l’art de Kamimura. Mon pote tourangeau, qui ne connaissait pas, fut vivement intéressé, tout comme Olrik jr qui se pique de pratiquer le dessin. Olrik the 3rd, lui, s’en foutait un peu, tout occupé qu’il était à digérer son hamburger et ses frites ingurgités un quart d’heure auparavant. Des aspects de l’esthétique de Kamimura mis en valeur dans l’expo, je retiens surtout son art de la composition des planches, souvent audacieux voire expérimental, son sens du dépouillement rappelant celui des estampes japonaises, la sensualité et la force se dégageant de ses personnages féminins (notamment de par le soin accordé à leurs yeux), l’imagination pour mettre en scène des passages érotiques (excellent planche où un accouplement est représenté uniquement par des pieds) ou encore ses belles tentatives de colorisation à l’aérographe, rappelant au passage l’illustrateur rôdé à toutes les techniques qu’il fut avant d’être mangaka. Précisons aussi que l’expo baigne dans une ambiance sonore parfaitement cohérente puisqu’il s’agissait d’une playlist composée exclusivement de chansons japonaises des années 70. J’espérais à la sortie trouver un catalogue de l’exposition malheureusement, une jeune femme ayant participé à l’élaboration de l’expo me dit qu’il n’y avait rien de tel, à son grand regret tant le succès et les retours positifs semblent avoir été nombreux. Néanmoins, le staff serait en train de réfléchir sur la possibilité de proposer prochainement ce type d’ouvrage, affaire à suivre donc.

En attendant, il y a de fortes chance que j’y retourne afin de prendre à nouveau mon pied.

Après Eldo Yoshimizu, après Kazuo Kamimura, allais-je réussir la passe de trois avec une dédicace de Mari Yamazaki, la mangaka de l’excellent Thermae Romae ? Hélas, non. Comme il fallait s’y attendre, il était un peu tard pour s’en inquiéter, les réservations pour les dédicaces étaient déjà complètes. C’est le problème de la bulle du champ de mars et d’une éditeur comme Casterman, forcément plus visible que le Lézard Noir. La tendance est au nombre de place limité voire au tirage au sort comme à la loterie. Pas grave, je me consolai ailleurs en achetant ceci :

On en reparle prochainement.

… puis en me rendant à l’expo Hermann (trop de monde !) et surtout à l’expo Will Eisner qui, dans un autre style que celle consacrée à Kamimura, était aussi de grande qualité :

Sympathique reconstitution graphique d’une ville américaine la nuit, l’expo proposait une sélection de planches originales à tomber par terre et illustrant différents aspects de la geste eisnerienne. Comme l’expo a été faite à la fin de journée, à un moment où tout le monde en avait un peu plein les bottes, je dois dire que je n’en ai pas pleinement profiter. Néanmoins cette visite en appelle une autre, l’expo étant clairement de celles qui, de par la richesse de ce qu’elle propose, n’offrent pas toutes leurs pépites dès la première exploration. Ça tombe bien, elle est visible jusqu’au mois d’octobre. Il sera sûrement impossible de résister à l’appel du Spirit dans les mois à venir.

En résumé, si je n’ai pu tout voir, j’en ai vu assez pour affirmer qu’Angoulême 2017 a été une belle édition, rattrapant totalement les polémiques féministes et le couac lors de la remise des prix qui s’étaient produits lors de la précédente édition. En terme de représentation du manga, évidemment impossible de faire mieux que l’année dernière avec Otomo président du jury mais après, si chaque édition propose une expo consacrée à un mangaka aussi soignée que celle sur Kamimura, on ne fera pas la fine gueule. Vivement le programme de la prochaine édition, donc. En attendant je vous laisse, j’ai ma dédicace d’Eldo Yoshimizu à admirer.

L’otokorashii de la semaine (6) : Yutaka Kisenosato

Ça y est, il l’a fait ! L’ozeki de 31 ans, le vétéran aux quinze années de carrière, le rikishi qui a fini l’année 2016 avec le plus grand nombre de victoires (69) a enfin réalisé son rêve : pas être yokozuna, non, juste remporter son premier titre. Il est parfois dans le sport ce genre d’aberration, celle qui a empêché maintes fois de grand champions de mettre la main sur tel ou tel Graal. Kisenosato, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un peu le Poulidor du sumo. Souvent bon, voire très bon, jamais récompensé à la fin, un rival en particulier mettant la main avec une rapacité inexhaustible sur les titres que chaque année propose. Le rival en question est évidemment Hakuho, le yokozuna mongol âgé lui aussi de 31 ans, ayant commencé sa carrière à peu près en même temps que Kisenosato mais avec un résultat en terme de titres remportés autrement plus efficace.

               

Anquetil et Poulidor enfin, je veux dire Hakuho et Kisenosato.

Comparez leurs pages wikipedia respectives. Les rectangles en vert indiquent les titres. Dans le cas de Hakuho, on est clairement face à une sorte d’extra-terrestre. Il est le yokozuna de tous les records. 37 basho remportés et il a récemment franchi le cap des 1000 victoires lors d’une carrière, le rapprochant du record absolu détenu par Kaio (1047 victoires). A côté, chez Kisenosato, jusqu’à hier c’était le désert. Beaucoup de titres auraient pu lui échoir mais à chaque fois il lui a manqué pour cela la petite victoire en plus au compteur. Bref, Kisenosato, c’est un peu le monsieur pas de bol du sumo et c’est en cela que sa victoire au Hatsu Basho est forcément émouvante. Lorsqu’à la fin de la 14ème journée, alors que son rival Hakuho connaissait une troisième défaite rédhibitoire pour le titre, un journaliste s’est approché de lui pour lui demander ses impressions, le spectateur s’est trouvé face à un géant hagard, à la fois impassible et submergé par l’émotion, et l’unique larme qui a coulé sur sa joue était impressionnante tant elle laissait deviner les sentiments mêlés qui s’affrontent sous ce crâne. Sans doute d’abord une immense joie, mais aussi une tristesse d’avoir dû attendre le crépuscule de sa carrière pour goûter à cette joie :

Parce qu’on a beau être un otokorashii, on n’en a pas moins un cœur gros comme ça.

N’empêche : avoir le yusho (victoire d’un tournoi) à l’avant-dernière journée était beau. Et vaincre Hakuho lors de la dernière journée fut magnifique. C’était la chose à craindre : que Hakuho, vexé d’être une nouvelle fois contrarié dans son désir d’ajouter un nouveau titre à son monstrueux palmarès, soit sur-motivé pour faire mordre la poussière à Kisenasto, histoire de montrer que s’il n’avait pas remporté le basho, il restait le big boss. Mais voilà, après l’annonce de son titre, Kisenosato ne s’est pas démobilisé. Sans doute avait-il à cœur de terminer le titre avec une victoire finale contre le yokozuna rescapé, histoire de montrer que son titre n’était pas un titre en mochi. Précisons ici que si ce tournoi s’est avéré passionnant du début à la fin, avec notamment des yokozunas qui n’étaient pas à la fête lors des premières journées, il a aussi été émaillé par de nombreuses défections pour cause de blessures, et pas des moindres : les yokozunas Kakuryu (vainqueur du précédent tournoi) et Harumafuji, mais aussi l’ozeki Goeido, juste avant sa confrontation avec Kisenosato.

Aussi était-il crucial pour Kisenosato de gagner son combat contre Hakuho, sans cela les mauvaises langues auraient inévitablement relativisé son titre. Le genre « ouais ! bravo ! il a gagné en battant dans le haut du panier seulement deux ozekis ! ». Au moment du combat, nulle pression ne s’est fait sentir dans la préparation de Kisenosato. Tous les rikishis ont leur petit rituel, leurs petits gestes qui leur permettent de faire monter positivement la pression. Chez Kisenosato, mise à part les deux gifles qu’il se donne juste avant de se mettre en position pour le combat, ça reste très intérieur. On a l’impression de voir une sorte de Bouddha impassible et bonasse, limite en train de dormir lorsqu’il attend son tour sur le bord du dojo. Avant de se frotter à Hakuho, il en était contre lui à 13 victoires contre 45 défaites, soit une chance sur trois de l’emporter. Mais il était dit que les dieux du sumo avait depuis longtemps choisi leur favori. Après la chargé enragée de Hakuho qui déstabilisa Kisenosato et le poussa au bord du dojo, suivirent une poignée de secondes durant lesquelles le spectateur vit, incrédule, un yokozuna (et pas n’importe lequel) en train de pousser désespérément un adversaire dont on comprenait qu’il était trop fort pour lui ce jour-là. Regardez, et admirez :

Un petit pas d’esquive sur la gauche, et le yokozuna s’effondrait de tous son long en dehors du dojo, laissant son adversaire regagner placidement sa place pour célébrer sa victoire. Oui, que ce type-là n’ait jamais gagné le moindre titre avant ce Hatsu Basho reste du domaine de la science-fiction !

Que Kisenasato savoure donc sa victoire sans la moindre amertume, elle est largement méritée et en appelle d’autres, même si le temps joue contre lui. A 31 ans, il est au crépuscule de sa carrière et la retraite peut survenir à tout moment. Aux dernières nouvelles, le conseil de délibération de l’accession au grade de yokozuna doit se réunir demain pour statuer sur le cas Kisenosato et peut-être lui offrir la possibilité de devenir le 72ème yokozuna. Choix étrange car la règle générale veut que l’accession au rang vienne après deux victoires consécutives. Mais il existe aussi un certain flou artistique selon lequel une « performance équivalente » peut permettre la promotion. Dans le cas de Kisenosato, on peut penser que sa victoire, associée à l’ensemble de sa carrière (avec notamment cette année 2016 qui l’a vu terminer avec le plus grand nombre de victoires) et peut-être aussi le fait qu’il est japonais (cela fait dix-huit ans que le public attend un compatriote yokozuna) vont peser dans la balance. J’avoue que je ne sais si l’on doit s’en réjouir. Sans doute, ce serait mérité, Kisenosato ayant l’étoffe pour tenir ce rang. Mais pour ce qui est de savoir si ce serait pleinement satisfaisant, c’est moins sûr.

Quelle que soit la décision que prendra ce conseil, ne souhaitons qu’une chose : que Kisenosato fasse taire les mauvaises langues qui douteraient de sa capacité à endosser le costume de yokozun en remportant le prochain basho, cette fois-ci avec le retour de Goeido, Harumafuji et Kakuryu. Ce serait beau, ce serait grand !

Shinoyama t’explique pourquoi tes photos sont merdiques !

En ce moment, entre deux journées du sumo (magnifique Hatsu basho, j’en reparle la semaine prochaine), je zappe pour essayer de dégoter de nouveaux dramas prometteurs. Seulement, il y a quelques jours, c’est sur tout autre chose que je suis tombé. En arrêt devant des frisouilles qu’il me semblait connaître :

Quoiqu’un peu plus blanches qu’auparavant.

… je ne tardai pas à piger qu’il s’agissait d’un programme consacré à Kishin Shinoyama, un des vieux maîtres de la photo japonaise, l’homme qui a photographié Mishima ou John et Yoko pour la pochette de Double Fantasy et que j’ai déjà maintes fois évoqué dans nombre d’articles, notamment pour ses qualités de photographe de nu.

Il s’agissait de l’émission 世界一受けたい授業, « l’école la plus utile du monde ». Des invités retournent à l’école et vont apprendre des choses que l’on a pas forcément l’habitude d’apprendre dans la scolarité ordinaire. Ici, il s’agissait rien moins que de profiter des conseils de Shinoyama en soumettant humblement à son jugement des photos personnelles. L’idée est toute simple mais amusante, et j’avoue qu’un programme uniquement consacré à la photographie, avec des maîtres qui passeraient pour distribuer des conseils aurait de la gueule et n’aurait surtout rien d’impensable dans un pays vouant un culte au huitième art. Peut-être existe-t-il un programme de ce genre qui aurait échappé à mes radars, et si un lecteur en a connaissance, qu’il n’hésite pas…

Pour revenir à Shinoyama, l’homme est affable et volontiers volubile. Et pas le genre à prendre des gants, n’hésitant pas à balancer un « ダメ! » face à une photo médiocre, provoquant évidemment l’hilarité générale. Il n’est pas allé jusqu’à expliquer comment faire une bonne photo de nu en joignant le geste à la parole, par exemple à demandant à l’une des bijin sur le plateau de se désaper et de prendre la pose mais enfin, le vieux photographe (76 ans tout de même) s’est montré à l’aise dans l’exercice et on se prend à rêver de ce qu’aurait pu donner un Araki à sa place. Le passage est hélas relativement court, il n’occupe que les vingt premières minutes de l’émission (et avec deux arrêts sur image à déplorer dans cette version dailymotion) :

http://www.dailymotion.com/video/x58igz1

Drama Express #5 : Cain to Abel, Suna no tou

La saison des dramas de l’automne s’achève, c’est le moment de proposer une petite sélection parmi le vaste choix de feuilletons que je n’ai évidemment pu tous voir. Commençons par les titres qui ont été impitoyablement éliminés au bout d’un quart d’heure de visionnage :

 

Cabotinage, personnages vides, réalisation clipesque, le genre de drama que je ne cherche surtout pas à poursuivre afin de vérifier si ça s’arrange un peu par la suite. A un niveau supérieur mais à peine meilleur, déplorons aussi ce titre :

The Sniffer

Un drama avec Hiroshi Abe, a priori ça ne se refuse pas. Et le sujet promettait d’être divertissant : dans cette histoire policière, le personnage d’Abe est un peu une sorte de Sherlock Holmes, quelqu’un que la police vient la consulter dès qu’elle se trouve face à un cas qui la dépasse. La différence avec Holmes étant que cet avatar-là est réputé pour son odorat absolument hors norme et lui permettant de reconstituer très facilement la scène d’un crime. Amusant mais lassant, justement à cause d’Abe qui joue une énième fois un personnage mi-bouffon, mi-arrogant. Vivement que je le retrouve dans un vrai rôle avec le dernier Kore-eda.

Autre déception, Cold Case :

Il s’agit de la version nippone de ce classique des séries tv policières américaines. J’avoue que je n’en avais jamais vu le moindre épisode, je ne saurais donc dire si cette version tient la route par rapport au modèle, voire même si elle est meilleure. A priori Cold Case version ricaine avait pour marque de fabrique d’utiliser des chansons bien connues pour illustrer les époques où se sont déroulées ces « cold cases », ces histoires criminelles non résolues. Le procédé est repris dans cette version, ce qui n’est pas sans étonner. On est tellement habitué à subir de la guimauve ou de la Jpop, qu’entendre tout à coup Oasis, Radiohead ou Franz Ferdinand surprend agréablement. Et comme les histoires et la réalisation sont tout de même bien ficelées, on se dit qu’on tient là un solide drama policier. Et pourtant, j’ai moyennement accroché, le tout m’ayant paru trop lisse, trop bien léché, trop sérieux, à l’image du jeu de Yo Yoshida, actrice que je n’ai jamais vu sourire (enfin si, la seule fois étant lors de sa participation au jeu télévisé Nep league, mais cela ne compte pas). Pour ceux qui aiment que des noms du cinéma japonais participent à l’élaboration d’un drama, précisons que Takahisa Zeze a fait partie de l’équipe des scénaristes. Je mets un 5/10 à Cold Case par manque d’enthousiasme, mais je ne doute pas que le drama pourra vraiment plaire aux amateurs de la série originale.

On reste dans les dramas de chez Wowow avec Hippocrates no chikai :

A chaque saison de dramas on a son lot de séries se déroulant dans le milieu hospitalier. Après Fragile et son rugueux médecin du service pathologie, place au service médico-légal d’un hôpital dans lequel la jeune Makoto Tsugano va faire son apprentissage auprès du chevronné Tojiro Kosaki. comme pour Cold Case, on devine qu’on ne va pas rire des masses. C’est sérieux mais du fait d’un format court (juste cinq épisodes) et d’une intrigue finalement intéressante, le drama se laisse regarder. Je conseillerais malgré tout de voir plutôt Fragile.

6/10

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Toujours Wowow, et toujours un drama qui ne fera pas fonctionner vos zygomatiques :

Suishou no Kodou

Il s’agit en fait du sequel d’Ishi no mayu. L’inspectrice Toko Kisaragi s’est remise de sa précédente enquête, mais tout de même difficilement. Et quand elle tombe sur un tueur série qui a la fâcheuse tendance à manipuler des engins explosifs (joujoux ayant donné lieu à une scène traumatisante lors précédent drama), rien ne va plus pour la pauvrette. Il faudra toutes ses ressources et l’aide de ses bienveillants collègues pour mettre le grappin sur le tueur se faisant appeler « OX » et ayant la curieuse habitrude de maculer de peinture rouge les murs des endroits où il commet ses crimes. C’est solide, bien réalisé, dans la continuité d’Ishi no Mayu. Si vous avez aimé ce dernier, vous aimerez Shuishou no Kodou.

7/10

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Changeons de crèmerie, direction Fuji TV avec Cain to Abel :

Takada Real Estate Co est une puissante entreprise qui mise plutôt sur le fils aîné Ryuichi pour reprendre le flambeau que sur le cadet Yu, jeune homme sympathique mais moins expérimenté. Et pourtant, Yu apparaît au fil des épisodes comme quelqu’un disposant d’une spontanéité et d’un instincts exceptionnels qui vont lui faire gravir un à un les échelons de la société familiale, au grand dam du frère qui va se sentir peu à peu dévoré par la jalousie. Toutes proportions gardées, on est un peu dans la version drama de À l’Est d’Eden. On retrouve un fils incompris qui va dépasser le supposé frère modèle de la famille et qui va même parvenir à faire tomber sous son charme la fiancée de ce dernier (magnifique Kana Kurashina). Comme je n’ai pas encore tout vu, je ne sais pas si l’on va découvrir que la maman tient une maison close mais comme on a jusqu’à présent aucune information sur la génitrice, on peut penser que l’on va avoir droit à une révélation spectaculaire. S’ouvrant pompeusement sur une symphonie de Shostakovitch, Cain to Abel tisse une intrigue intéressante sur un sujet vieux comme le monde. C’est plutôt bien interprété, même si la jalousie de Ryuichi, très forcée et un brin incompréhensible, ne permet pas de créer un équilibre des forces et de l’empathie pour les personnages. A noter la présence de ce bon vieux Naoto Takenaka en homme d’affaires repoussant le bling bling dans un kitsch qui laisse rêveur.

7,5/10

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 Terminons maintenant avec le drama qui m’a le plus captivé :

Suna no tou

Aki Takano est une mère de famille ravie à l’idée d’habiter dans une luxueuse tour résidentielle. Mais très vite tout tourne au rêve acide. D’abord à cause des autres mères de familles qui ont une nette tendance à s’immiscer dans la vie des autres et à hiérarchiser leurs rapports en fonctions des étages où elles habitent (plus on est haut dans la tour, plus on paye un loyer élevé donc plus on est riche et puissant). Mais aussi parce que quelqu’un semble prendre un plaisir bien malsain à épier et livrer en place publique des preuves (vidéos ou photographiques) de la mauvaise conduite de certaines mères. Ajoutons à cela une série de kidnappings d’enfants, un fils aîné qui cache un terrible secret et un père de famille s’enfonçant dans un « travail » de plus en plus dangereux, et l’on obtient un excellent drama touchant autant au mélo familial qu’au thriller. C’est certes parfois un peu rocambolesque, on est prié de ne pas être trop regardant sur certains détails. Mais si l’on y parvient, on sera sans doute charmé par la spontanéité de Miho Kanno (on est très loin du masque sérieux de Yuri Ishikawa dans Cold Case) et l’on dévorera ce drama qui multiplie avec succès les différents fils narratifs et qui, lorsque retentit à la fin de chaque épisode la chanson de The Yellow Monkey qui accompagne d’ultimes cliffhangers, fait tout à coup paraître la semaine à venir avant le prochain épisode bien longue.

8/10

Wall of shashin #1 : les couvertures de Heibon Punch

Nouvelle rubrique aujourd’hui. Les collectionneurs compulsifs de belles images issues du pays du Mikado le savent, ce passe-temps est un puits dans fond, un perpétuel délice, une suite sans fin de nouvelles pépites que l’on découvre et que l’on se précipite de sauvegarder dans des fichiers qui avec le temps deviennent un capharnaüm sans nom mais aussi une plaisante reconstitution fantasmatique d’un Japon révolu.

En ce qui me concerne, tout ce qui vient des 60’s et des 70’s, un peu de la première moitié des 80’s, a donné lieu à de plaisantes heures de chasse sur mon écran, chasse aux images, aux couvertures de magazines, aux photos de starlettes ou aux pochettes de vinyls. Bref, pour cette nouvelle rubrique, c’est tout naturellement que j’ai choisi le magazine qui fut le plus plus populaires des hebdomadaires japonais durant les années 60 et 70, à savoir Heibon Punch. Destiné à un lectorat de jeunes hommes, le mag était une sorte d’équivalent japonais de Playboy, alternant articles, photos de charme et publicités. Lancé au milieu des années 60, Heibon Punch était totalement dans l’air du temps, en pleine expansion économique, avec pour les jeunes gens un nouveau pouvoir d’achat, plus de temps libre, notamment de temps à consacrer à ces créatures subtiles que sont les bijins.

« Viva girls ! » : programme lapidaire mais limpide.

Sur cette mutation de la jeunesse, un film me revient tout de suite en tête, le Sabre de Kenji Misumi (sorti juste un an avant le premier numéro de Heibon Punch), dans lequel un jeune homme soucieux de suivre une voie rigoureuse faite de don de soi et de travail fait face à l’incompréhension d’un rival pour qui la vie doit dorénavant n’être qu’une suite de plaisirs : alcool, jeux avec les potes et galoches à rouler aux petites-amies.

Bref, on voulait du sexe qui ne soit pas sale, relégué à de sombres étagères d’obscures bouquinistes. Apparaissant dans les présentoirs des librairies, le magazine ne tarda pas à trouver sa clientèle avec 550000 exemplaires vendus pour le premier numéro, du jamais vu dans l’industrie de la presse japonaise. Quelques craintes se firent sur sa viabilité à cause des tentatives du gouvernement d’alors de donner une « bonne image » du Japon à l’approche des jeux olympiques. Mais Heibon Punch échappa à toutes perturbations, mettant en avant le fait que son imagerie était plus « sexy » que « sexe ». Ajoutant que sa ligne éditorial était composée d’articles traitant de sport, de voiture ou de mode, le journal n’eut aucune peine à éviter les pressions puis à s’imposer et à amplifier son succès : un an après son lancement, les tirages atteignaient le million d’exemplaires ! Le cocktail trouvé par les rédacteurs de Heibon était décidément le bon.

Alcool et peau satinée, quoi de mieux en effet ?

Approchant de la fin des années 60, le ton devint un brin insolent, avec cette histoire de photographie prise par Osamu Nagahama sur laquelle on voyait une bijin ouvrant son manteau pour offrir sa nudité à des policiers surveillant une manifestation d’étudiants (photo que je désespère de voir un jour de mes propres yeux). Durant les années 70, Heibon Punch commença à perdre de son aura, la nudité qu’il proposait n’étant plus perçue comme originale. On pouvait trouver croustillant de voir que telle idol accepte d’y apparaître dans le plus simple appareil, mais la formule vint peu à peu à s’user et c’est en octobre 1988  (tout de même vingt-trois années d’existence) que sortit l’ultime numéro, laissant derrière lui les regrets nostalgiques des baby-boomers mais attisant aussi les désirs de collectionneurs fascinés par le charme de ses couvertures et l’esthétique softcore particulière de ses photographies.

Voici donc une sélection de cinquante couvertures de Heibon Punch. Je gage qu’un jour un autre numéro de « Wall of shashin » lui sera consacré.

L’otokorashii de la semaine (5) : le rikishi

Chaudes les journées en ce moment ! Olrik Jr et Olrik the 3rd peuvent protester tout leur soûl, leur papounet ne répond plus. Inutile de me tanner pour faire telle ou telle sortie, je n’y suis pour personne. Pourquoi ? D’abord parce que j’ai trop de choses à lire. Sade, Huysmans et Roth occupent actuellement une tranche non négligeable de mon emploi du temps. Ensuite trop de choses à écouter. Pris du virus de la fiction radiophonique, j’occupe mes séances de vélo en pleine campagne façon Lance Armstrong à me muscler le cerveau par la même occasion en écoutant de délicieux feuilletons made in France Cul. Enfin trop de choses à voir. N’imaginez pas qu’il s’agisse de films, pour une fois non, en ce moment c’est plutôt la guerre des dramas à la maison, au moins deux épisodes par jour – après avoir abandonné cet imbécile de Westworld (quelle fadeur !), place aux dramas japanisthanais de l’automne, avec quelques bon titres que je chroniquerai bientôt.

Mais surtout, surtout, depuis dimanche dernier, le scénario est le même. Vers 17 heures, je m’installe confortablement dans mon canapé, d’abord une tasse de café à portée de main en attendant un apéritif, j’allume le téléviseur, lance la NHK et me mate l’intégralité des vingt combats quotidiens du basho de Fukuoka :

basho-salon

Mieux qu’une bijin dans un roman porno : Goeido s’apprêtant à en mettre plein la rondelle à son adversaire !

Cela doit durer quinze jours, soit 300 combats au total. Pour l’instant je n’en ai raté aucun et il n’y a aucun raison pour que je faille à ce beau programme télévisuel qui m’enchante à chaque fois.

J’ai toujours aimé le sumo mais je ne suis jamais vraiment devenu un passionné du fait des possibilités de visionnages qui ont toujours été hasardeuses. Après, disposant maintenant de la TV japonaise à domicile, cela risque de changer. Je compte bien me familiariser avec les rikishis actuels (pour le néophyte, rikishi est le nom que l’on utilise au Japon pour désigner les combattant, sumotori étant d’usage exclusivement français), avoir une bonne connaissance des points forts et des faiblesses de chacun, connaissance qui me permettra de saisir pleinement le sel de telle ou telle rencontre.

A la fin des années 90, les diffusions sur Eurosport m’avait permis un peu de me familiariser avec les meilleurs rikishis d’alors. C’était l’époque du Big Four, l’unique, le seul, le vrai, non pas celui de certains tennismen millionnaires plus ou moins créatinés, mais celui constitué par quatre hommes rudes, virils, ayant construit leur gloire dans la sueur rance des dojos et des chankonabe engloutis quotidiennement. Bref, ces otokorashiis, c’était ces quatre fabuleux yokozunas (là aussi pour le néophyte, yokozuna désigne le plus haut grade pour un rikishi), les deux frangins Takanohana et Wakanohana, et les deux hawaïens Akebono et Musashimaru :

wakanohana-takanohana-musashimaru

Sur la photo, de gauche à droite, Wakanohana, Takanohana et Musashimaru. Akebono, trop imposant, n’a pu être cadré par le photographe. Le voici donc à part :

Ici en train de serrer la pince à ce bon vieux Chichi.

J’appréciais énormément Takanohana qui me semblait être le sumo idéal, parfait équilibre de qualités physiques (force, puissance et agilité) et disposant d’une technique qui pouvait le faire battre n’importe qui. Wakanohana m’a plus convaincu lorsqu’il était Ozeki (le grade le plus haut après celui de yokozuna), alors qu’il était en quête du grade suprême (très longue quête en l’occurrence, le pauvre a assez peu profité de ses années en tant que yokozuna). Dès qu’il est devenu yokozuna, l’entrain semblait brisé et surtout les blessures n’ont pas tarder à l’accabler. N’importe, c’était la première fois que l’on avait deux frangins yokozunas et leurs confrontations n’en avaient que plus de piquant.

takanohana

Takanohana, la classe, tout simplement.

En revanche j’aimais moins Akebono. Si le physique d’un sumo fait inévitablement partie des critères pouvant faire d’un combattant un rude adversaire, le physique hors norme d’Akebono donnait trop souvent lieu à des confrontations ennuyeuses, le géant hawaïen n’ayant qu’à avancer avec une démarche de Casimir à coups de tsuppari (les fameuses gifles portées sur le torse voire le visage de l’adversaire) pour balayer les vermiceaux ayant eu l’arrogance de monter sur le dohyô en même temps que lui. Après, je reconnais que voir son regard vraiment intimidant lors des préparatifs mentaux était quelque chose et que son imposante constitution rendait d’autant plus stupéfiantes ses défaites.

akebono-musashimaru-konishiki

Akebono et sa « hawaiian team » infernale.

Enfin, il y avait Musashimaru. Pour lui, pas de problème, j’adorais voir sa bouille exprimant un savant mélange de morgue et de menace. Moins complet que Takanohana mais tout aussi charismatique :

musashimaru-morses

Musashimaru, l’homme qui murmurait à l’oreille des morses.

Par ailleurs, d’après les témoignages, grand déconneur devant l’éternel :

musashimaru-2

Mais euh ! Senpai, arrêtez de m’embêter !

Mais aussi gaillard qui n’était pas sans savoir jouer d’un certain sex appeal :

musashimaru-pose-idol ai-shinozaki

Musashimaru, Ai Shinozaki, même combat.

J’ai un peu oublié les autres rikishis d’alors. Petit souvenir tout de même de Konishiki. Du reste comment l’oublier ? 1m84, 287 kilos, cet autre hawaïen était à la fin des années 90 dans ses dernières années de pratique et offrait souvent de décevantes performances. Mais voir ce golgoth sur le dohyô  donnait toujours le plaisir particulier d’assister à un spectacle à mi chemin entre un combat de sumo et un épisode de Grendizer. J’aimais cela.

musashimaru-konishiki

Musashimaru et son pote Konishiki (notez au passage la belle casquette).

Bref, quand j’ai découvert sur Eurosport l’univers du sumo, j’ai tout de suite eu un immense respect et une immense admiration pour ces otokorashiis que je me promettais bien de voir un jour pour de vrai au Japon, lors d’une séance d’entraînement du côté de Ryogoku ou lors d’un basho. Pas encore arrivé mais cela se fera un jour, soyez-en sûrs. Pour le moment, les seuls rikishis que j’ai pu voir c’était lors d’une halte à la gare de Nagoya (justement en plein basho) :

sumos-gare-nagoya

… et du côté de Harajuku :

rikishis-harajuku

Au passage, si vous vous demandez si être rikishi est un bon plan pour rabouller de la loute, la réponse semble être positive :

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165 Kg + paire de rouflaquettes = une bijin qui vous tombe dans les bras et qui est prête à marier. Bien ouéj’ Toki !

Du reste, ces gaillards sont d’une hygiène irréprochable :

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Toki shampouinait tous les matins ses rouflaquettes au shampoing parfumé au sirop d’érable.

En attendant d’autres occasions de voir les bestiaux cette fois-ci en pleine action, je dois me contenter des retransmissions à la télévision. Et là, énorme plaisir du fait qu’il ne s’agit donc plus de résumés sur Eurosport mais des retransmissions intégrales : deux heures pour couvrir les vingt matchs quotidiens, avec moult interviews, mini-reportages et, pour les matchs importants, l’intégralité des préparatifs mentaux avant la confrontation. Le tout bien sûr avec les commentaires japonais d’origine. Pas non plus une immersion dans la salle du tournoi, mais de quoi échapper au temps et être charmé par ces rituels avant chaque combat desquels va jaillir une explosion brève mais intense de puissance. Voir enfin ces rituels change tout. C’est toujours la même chose et pourtant, pour peu que l’on y prête une attention particulière, ils fourmillent de petits signes qu’il est intéressant de décoder pour prendre encore plus plaisir au combat. Il y a aussi un peu du plaisir d’esthète dans l’étrange ballet que font les deux lutteurs durant ces quatre minutes. On songe ici à la corrida, autre pratique ancestrale basée sur un affrontement. A la différence qu’on ne voit pas ici un torero en train de tortiller du cul, ne laissant quasi aucune chance à un taureau et pour lui prendre à la fin la queue et les oreilles, sinistre coutume qui m’a toujours fait applaudir des deux mains les renversements de situations – parfois mortels – de ces déplaisantes joutes à sens unique.

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Excellent Franquin !

Non, le spectacle est ici d’une nature autrement supérieure. Il vient d’abord des quarante rikishis qui vont apparaître à tour de rôle, sarabande de physiques de colosses qui ont tous leurs particularités. Taille, masse, graisse, musculature, pilosité, expression, couleur du mawashi, autant d’éléments qui particularisent chacun des combats.

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Olrik ! T’oublies nos super pouvoirs de Sailor Rikishis ! BWAHAHA !

Viennent ensuite ces quatre minutes de préparations mentales avant le combat. On guette alors ces détails visant à se gonfler d’assurance ou à défier l’adversaire. Ça peut être un regard, un geste, une attitude, une manière de jeter le sel sur le dohyô, autant de détails qui font des quatre minutes un moment aussi intéressant que le combat lui-même. Mais l’intérêt visuel ne s’arrête pas là. J’ai personnellement beaucoup de plaisir à observer les mouvements hiératiques des différents arbitres et à admirer leur splendide tenue. Par ailleurs, qui dit arbitre dit voix. Là aussi, l’aspect auditif n’est pas sans ravir encore un peu plus le spectateur. Il n’entendra jamais des exclamations émanant des rikishis au moment de l’effort. Pourquoi ? Je suppose qu’astreints pendant des années d’entraînement à un art martial visant à la maîtrise de soi et du geste parfait pour prendre l’avantage, se mettre à s’exclamer ou à bramer comme un Kuerten serait du dernier vulgaire. Les sons viendront donc de l’arbitre qui vise à stimuler les lutteurs quand la situation est bloquée, et bien sûr du public qui, tout japonais qu’il est, fait voler en éclats sa légendaire retenue pour exprimer tout son enthousiasme lors d’un combat. Les ralentis procurent d’ailleurs un dernier petit plaisir en permettant de voir les visages des spectateurs à l’arrière-plan. On pourra ainsi distinguer telle bijin en pleine hystérie, à vrai dire pas loin de la fureur utérine, ou tel vieillard absolument ravi, limite hilare, de s’être pris un rikishi dans la gueule lors de sa chute hors du dohyô.

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Typiquement le genre de plan que j’adore.

Tout cela explique donc que je ne trouve plus guère de temps pour voir des films et que je mette de côté mes qualités de Big Daddy toujours à l’affût d’activités pour les lardons. Après, Olrik Jr et Olrik the 3rd y trouvent aussi leur compte car ces séances de basho devant la télé donnent parfois lieu à d’enfiévrés paris sur l’issus des combats. Après six journées de compétition, on commence à avoir nos favoris. Totalement déconnecté du monde du sumo depuis un certain nombre d’années (le dernier nom que je connaissais était celui du yokozuna mongol Asashoryu), je me remets à niveau peu à peu. J’aime bien Ishiura et son physique modeste mais particulièrement athlétique. Le visage de Takayasu et son corps velu se sont bien inscrits dans mon esprit.

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Ne sous-estimez pas la légendaire puissance du poil !

Les trois yokozunas d’origine mongole ont eut tôt fait de me faire comprendre qu’ils n’étaient pas à ce grade pour rien. Quant aux Ozekis, j’ai bien compris que le gars Gôeidô était le chéri de ces dames. Moult voix féminines scandent en effet son nom, sans doute ardemment désireuses de voir leur chéri remporter un deuxième basho d’affilée pour lui permettre d’accéder au rang suprême de yokozuna. C’est en effet le principal enjeu de ce basho à l’issue duquel nous pourrions avoir de nouveau un « Big Four ». Vendredi, Gôeidô a concédé sa première défaite, rude combat qui nous a fait voir à la fin un Gôeidô sortir de la salle avec un visage tuméfié. Trouvera-t-il les ressources pour revenir d’attaque ? Il ferait bien car rien n’est encore perdu. Ils sont huit à disposer de cinq victoires pour une défaite et il ne reste plus que le yokozuna Kakuryû à aligner six victiores d’affilée. Le même Kakuryû qui doit aujourd’hui affronter Endo, qui a hier brillamment botté le cul d’un autre yokozuna, Hakuhô. Admirez le spectacle :

A suivre donc. On croise les doigts pour avoir droit à encore plein de belles surprises pour les dernières journées.

Edit : entre le moment où je tapais ces lignes et l’upload de l’article il s’est passé des choses. Goeido conserve ses chances, le suspense reste entier.

Bref je n’ai pas fini de passer de délicieuses heures à admirer ces joutes spectaculaires que le béotien a tôt fait de résumer à des duels entre des « gros tas qui se rentrent dedans » (expression de Sarkozy, si je ne m’abuse). Il s’agit bien de véritables athlètes, capables par exemple d’associer à la force et la puissance une étonnante souplesse :

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Hayateumi, Akane Hotaru, même combat.

Si avec tout cela vous n’avez toujours pas envie de vous essayer au sumo (on trouve plein de résumés des matchs sur Youtube), c’est que vraiment, vous êtes difficiles. Pour moi, je n’ai qu’un regret : c’est qu’une fois le basho de Fukuoka terminé, je vais devoir patienter un bon mois avant de suivre le suivant. Hâte d’y être, admirer les exploits de ces otokorashiis bien au chaud à la maison alors que dehors règne la froidure de l’hiver promet d’être particulièrement savoureux. Ça va être bien bon de déguster les derniers toffees rescapés des fêtes devant le…

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RIKISHI POWAAA !!!

[SHINBUN] Olrik’s Fabulous Weekly Shinbun #3 : deux magazines cools, une fiction à la radio et une légion d’honneur

PRESSE

Avec le dernier voyage au Japon je n’ai pu découvrir que tardivement Otomo, sorti au moment où je faisais mes valises. Pas vraiment une nouvelle fraîche donc, mais pour le cas où vous ignoreriez de quoi il s’agit, voici toujours une petite présentation du bel objet. Concocté par l’équipe du magazine Rockyrama concacréotomo au cinéma américain qui a bercé notre enfance et notre adolescence, Otomo, comme son nom l’indique, est consacré à toute cette culture populaire japonaise qui fait les choux gras de Bulles de Japon depuis sa création. Autant dire que je me suis trouvé en terrain plus que connu à sa lecture et que j’ai eu parfois l’impression d’avoir entre les mains un équivalent papier de ce site avec toutefois une différence (et pas des moindres) : une quasi absence de bijins ! Ce grave défaut mis à part (et qui sera, on l’espère, surmonté pour le prochain numéro), l’ouvrage est riche en informations et très plaisant à lire de par sa maquette (la même que pour Rockyrama), même si certains article sont à la longue pénibles à lire : les pages sur Fukasaku en caractères blancs sur un fond rose pâle, bon, les mecs, vous êtes bien gentils mais la prochaine fois vous éviterez. Bonne idée sinon d’insérer quelques publicités vintage. Ne manque plus que le poster dépliant de Reiko Ike à poil, et ce sera parfait.

Le contenu est sinon de qualité et varié. Certains articles m’ont laissé froid car ne m’apprenant pas grand chose et je pense que ce sentiment sera ressenti par l’amateur de japonaiseries qui s’est déjà constitué un bon bagage culturel. Mais d’autres se sont avérés instructifs. Avec 22 articles sur 165 pages, c’eût été tout de même malheureux d’achever la lecture en ayant l’impression d’autre aussi truffe qu’avant !

Bref, malgré de petits défauts, un must have. Je l’ai lu avec le même plaisir que les Mad Asie, l’éphémère déclianison de Mad Movies consacrée au cinéma asiatique. Vaut largement ses 12,50€.

 

RADIO

Cela faisait longtemps que je n’avais pas envoyé des liens sur des émissions de France Cul en rapport avec le Japon.

Commençons avec ce numéro de la Dispute dans lequel Arnaud Laporte et son équipe parle de l’exposition consacrée à Provoke, expo apparemment qui vaut le coup d’œil :

Ajoutons une courte critique d’un manga de Tezuka :

Et finissons avec cette récente fiction radiophonique, adaptation de Ce qui nous retient, de Fabrice Collin. L’histoire : le corps d’un Français a été retrouvé dans une forêt réputée hantée au pied du mont Fuji. On demande à sa compagne, Astrid, de venir le reconnaître.

Je l’ai écoutée alors que je conduisais le soir. Le rythme lent et les tentatives de recréer le Japon, en évoquant par exemple la nourriture japonaise, m’ont plutôt fait passer un agréable voyage.

 

CINÉMA

Juste pour signaler cette bande annonce faisant la promo des films au programme de Roman Porno reboot, évoqué précédemment :

 

PRESSE (ET BIJIN)

Comme je sais que certains lecteurs sont en ce moment en plein voyage dans un certain pays, je m’empresse de leur suggérer ce conseil : qu’ils entrent dans le premier convini venu, qu’ils se rendent au rayon presse et se procurent le dernier numéro de Weekly Playboy. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils connaîtront l’expérience particulière d’acheter ce type de mag dans un convini. Ami lecteur, je ne vais pas y aller par quatre chemins : si tu es du sexe masculin, tu auras beau avoir traîné tes guêtres plein de fois au Japon, sache que ces expériences vaudront toujours peau de zob si tu n’es pas un jour entré dans un convini pour y acheter ton paquet de clopes, ta roteuse et ton Weekly afin de déguster le tout sur un banc à proximité après une dure journée de marche.

Mais il y a aussi une autre raison. Fêtant son cinquantième anniversaire, le magazine a sorti un numéro au doux parfum vintage avec, en couverture…

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Agnes Lum !

Oui, LA Agnes Lum, la bikini idol des 70’s (à laquelle j’ai consacré un numéro « bijin de la semaine ») dont les mensurations de déesse ont fait rêver à l’époque plus d’un jeune Japonais. A l’intérieur du mag, neuf photos d’Agnes et plusieurs pages consacrés à d’autres bijins vintage. Autant dire que si vous hésitez à vous procurer les vieux photobooks, parfois un peu chers, consacrés à notre sino-hawaienne préférée, l’achat de ce Weekly Playboy pour égayer les étagères de votre bibliothèque s’impose. Au passage, comme je ne suis pas au Japon, si un lecteur pouvait en acheter un deuxième exemplaire et me l’envoyer, ce serait sympa.

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ÉVÉNEMENT

Terminons avec LA grosse information de la semaine, allons-y direct et sans ambages, je suis comme ça moi, je ne suis pas comme ces gens qui tergiversent ou qui prennent un malin plaisir à faire monter la sauce, c’est vrai quoi ! quel intérêt y a-t-il à retarder à l’excès une nouvelle importante tout cela pour un pauvre effet de suspense, il faut parfois savoir aller droit au but, exactement comme Mark dans un épisode de Captain Tsubasa, tactique qui du reste s’avère souvent payante car fructueuse en terme de buts bref, ne cherchons pas à vous faire languir et balançons l’information sans afféteries :

TAKESHI KITANO VA RECEVOIR LA LÉGION D’HONNEUR !

Oui, vous avez bien lu, il va recevoir la même décoration que Jean-Pierre Pernaut et ce, pour tous ses bons et loyaux services rendus peut-être moins dans le divertissement télévisuel japonais :

… que dans le septième art.

Dans un communiqué, Kitano a exprimé son ravissement à l’idée de recevoir cette distinction :

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Je suis content.

… et on se prend à rêver, pour la prochaine fournée de légions d’honneur qui sera distribuée, de la distinction d’autres enfants terribles du cinéma. Même si on ne le soupçonne pas vraiment d’être un cinéphile distingué, peut-être y a-t-il la volonté chez Hollande, apparemment en pleine période j’en-n’ai- rien-à-foutre-je-vous-emmerde-tous, de montrer de quel bois il se chauffe en décorant des personnalités qui, rappelons-le, sont capables d’imaginer ceci :

Wait and see donc, peut-être aurons-nous bientôt le plaisir de voir la prestigieuse décoration sur le torse d’un Gaspar Noé, d’une Takeshi Miike ou d’un Rob Zombie.