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Directeur couil[censuré] et actrices poil[censuré] de la [censuré]

Des dramas sur Netflix se payant le luxe de proposer une VF, il ne doit pas y en avoir des masses. Après, on est d’accord, « luxe » est relatif tant on préférera opter pour la VO plutôt que d’écouter une version française calamiteuse mais enfin, que le dernier drama produit par Netflix, The Naked Director, montre que la célèbre plateforme croit en ce titre au point de lui donner une piste française ( même s’il est vrai que le sujet gentiment sulfureux est fait pour intriguer et rameuter des spectateurs qui ignorent sans doute jusqu’au terme de « drama »), cela mérite d’être souligné. 

Après, VF ou pas, peu importe et félicitons-nous d’avoir cette petite perle dont le sujet est de suivre l’évolution du porno japonais à travers les 80’s, en suivant la trajectoire du légendaire Toru Muranishi, aka l’empereur du porno, directeur/acteur emblématique et innovateur, producteur de 3000 vidéos et ayant connu dans sa vie 7000 femmes (c’est du moins ce qu’il prétend).

Comparativement à la série américaine The Deuce, série récente évoquant le boum du porno aux Etats-Unis dans les années 1970, le réalisme est moins brut, moins crapoteux. Mais le fond documentaire bien réel. Ainsi Muranashi a bien commencé comme vendeur d’encyclopédie en anglais. Quand on le voit jouer au début de la série sur une des premières bornes d’arcade Space Invaders (à l’époque le jeu fait un carton), c’est sans doute un clin d’œil au fait qu’il a par la suite vendu de ces bornes. De même, son réseau de librairies consacrées aux binibons (livres érotiques protégés par une enveloppe en plastique), ce n’est pas du flan, tout comme le fait qu’il en a ouverte une juste à côté d’un poste de police. Ajoutons encore l’arrestation alors qu’il est au sommet dans ses ventes de binibons, son arrestation à Hawai, sa rencontre avec Kaoru Koroki ou encore le fait qu’il s’est acheté une Rolls Royce alors qu’il était devenu richissime, tous ces faits feront comprendre le sérieux factuel de l’entreprise, même si tout cela est sûrement romancé pour les besoins de la fiction.

 

Toru Muranishi, le vrai

Au-delà de Muranishi, c’est l’arrière-plan pornographique propre au Japon que le spectateur néophyte découvrira. Et là aussi, il n’y a rien à redire. On commence donc par ces binibons que les érotomanes s’arrachaient et dont je suis sûr que les lycéens s’échinaient effectivement – comme une scène nous le montre – à essayer de virer les parties censurées en frottant frénétiquement avec leur doigts enduits de beurre. Puis arrivèrent les vidéos présentant d’abord des actes simulés puis, comme il fallait bien se mettre au diapason de la production mondiale pour ne pas paraître ringard, des actes réels, avec pour dénominateur commun entre ces deux façons de faire, une censure rigoureuse avec des zones floutées ou mosaïquées ne permettant pas de voir distinctement les organes génitaux. Avec on s’en doute une conséquence inéluctable sur la production en contrebande de vidéos non censurées, marché présenté comme aussi juteux que l’organe de travail d’une JAV idol. Avec le changement d’ère avec l’arrivée de l’ère Heisei en 1989, c’est un resserrement rigoriste qui saisit le Japon et cela aussi, The Naked Director l’évoque. Mais cela n’empêche pas la douce folie qui étreint le pays dans les 80’s, et le drama n’oublie pas certaines images d’épinale propre à cette époque, comme la fièvre du Julianna’s, cette discothèque tokyoïte mythique dans laquelle les clientes, souvent d’innocentes O.L. le jour, aimaient à se transformer en Juliana’s girls pour tortiller du valseur sur une scènesurélevée :

Encore une fois, si l’époque est montrée dans les grandes lignes, c’est bien fait et en donne une idée assez juste. Ajoutons à cela un casting irréprochable :

On retrouve avec bonheur Lily Franky qui joue ici un inspecteur trouble qui donnera du fil à retordre à Muranashi. Dans le rôle titre, Takayuki Yamada est vraiment exellent. Muranishi nous est présenté comme un homme parlant finalement assez peu, souvent mutique mais qui, lorsqu’il décide de l’ouvrir, que ce soit pour vendre des encyclopédies ou pour exciter, donner des consignes à une actrice lors d’un tournage, devient un moulin à paroles assez drôle. Et Yamada est franchement irrésistible quand il montre cette facette de son personnage. C’est un peu la même chose concernant sa muse, Kaoru Koroki, interprétée par Misato Morita. Kuroki était une jeune fille BCBG, apparemment surcouvée par une mère étouffante. Le monde du porno lui a permis de se libérer en campant un personnage d’actrice très cicciolinesque (Kuroki adorait l’actrice italienne), gérant parfaitement les médias avec son personnage de femme libérée gouailleuse et arborant volontiers ses aisselles non épilées :

Morita a bien su saisir la manière de parler de Kuroki lorsqu’elle fait son show. Quant à son tempérament lorsqu’elle se trouve en pleine action, j’avoue ne pas être allé vérifier en chopant des vidéos de ses exploits filmés par Muranashi (cela dit, pour les nostalgiques, j’ai vu que ça se trouvait assez facilement) mais le drama a sur ce point de quoi étonner aussi bien le néophyte en drama que l’amateur. Et c’est là que l’on peut remercier Netflix d’avoir initié ce projet car il est impensable d’imaginer une chaîne japonaise aller aussi loin en terme d’érotisme. Certes, il y a bien eu dans le passé des dramas tels que Shimokita Glory Days, Xenos ou Jyouou qui montrait bien ici et là quelques nibards. Mais franchement c’était devenu très rare depuis quelques années et c’est surtout loin, très loin de ce que propose The Naked Director. C’est souvent salé, et empreint d’une imagination visuelle délirante, en phase avec la personnalité de Muranishi. C’est sexy et drôle, à l’image du tournage de ce film racontant le détournement d’un bus de tourisme par un joueur de baseball enragé et dans lequel le personnage joué par Ami Tomite va devoir payer de sa personne (ou plutôt faire semblant de payer car l’épisode se situe à un moment où les rapports sont encore simulés) sur un terrain de baseball… alors même que des gamins sont en train de radiner pour leur entraînement ! Allez, pour être raccord avec le drama, enduisez vos doigts de beurre et frottez l’écran pour faire apparaître un gif !

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Ami Tomite jouant une actrice simulant le plaisir à recevoir un faux cuni… magique !

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Bref il n’y a pas tromperie sur la marchandise, le drama parle de porno et ne cherche pas à esquiver le sujet à coups d’ellipses. The Naked Director est chaud, bien documenté, drôle, enlevé et aussi un peu sombre, en particulier à la fin lorsque, le temps d’une scène, on devine que tout n’est pas rose non plus dans le monde de l’AV lorsqu’on peut avoir recours à l’esclavage sexuel le plus sordide. Peut-être d’ailleurs que ce serait l’unique défaut du drama, une sous-exploitation de cet aspect. Après, comme il s’agit de retranscrire l’hystérie consumériste des 80’s et l’ascension de la joyeuse bande de Muranishi, cette veine était sans doute moins utile. Mais en cas de deuxième saison – sur les années 90 cette fois-ci, la trajectoire de Muranashi étant loin d’être terminée – il y aurait une piste intéressante à suivre. 

En attendant peut-être cela, entrez dans la salle, approchez-vous au plus près de la salle pour admirer le spectacle de cette première saison :

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The Naked Director, pépite co-réalisée par Masaharu Take qui avait déjà signé l’excellent 100 yen love, vaut vraiment le détour.

8/10

Celle de mon mari ne veut pas entrer

Evidemment, une série de Netflix ayant pour titre My husband Won’t Fit attire l’attention. On va voir le pitch en se disant que tout de même, le titre est sûrement un truc pour attirer le chaland, qu’il ne reflète pas vraiment le sujet du drama, mais en fait si :

Kumiko et Kenichi, jeunes gens qui se sont rencontrés lors de leurs études à l’université, s’aiment tendrement et ont décidé de se marier. Une ombre au tableau cependant : lorsqu’ils font l’amour le fascinus (pour parler comme Pascal Quignard) de Kenichi n’arrive pas à pénétrer Kumiko. Est-il trop gros pour entrer ? Ou Kumiko a-t-elle un hymen en béton armé ? S’agit-il de la métaphore d’une possible frigidité concernant Kumiko ? En fait rien de tout cela car il s’avère que Kumiko est capable de faire l’amour avec d’autres partenaires disposant d’un engin pas plus petit que celui de Kenichi. Pour ce dernier, ce n’est pas grave, le plus important étant l’amour. Mais la situation se dégrade quand Kumiko s’aperçoit que son mari récupère son quota mensuel de parties de bête à deux dos en se rendant régulièrement dans des soaplands. Dès lors que faire pour guérir ?

Vous le voyez, la chose est bien au centre de l’histoire. Mais n’attendez pas quelque chose de racoleur, et n’attendez pas non plus une historiette un peu cucul. Nous sommes dans un entre-deux puisque l’histoire est l’adaptation d’un roman autobiographique d’un auteur appelé simplement « Kodama », roman lui-même adapté en seinen par la mangaka Yukiko Gotô. Du coup, si on se précipite au début avec l’espérance de se rincer l’œil, on en est pour ses frais car le premier épisode nous présente un petit couple d’étudiants tout mimi.

Un gars, une fille.

Kumiko, fraîchement débarquée de sa campagne, découvre la ville, la personnalité délurée de Kenichi et les premiers émois amoureux. Pas sexuels, d’abord simplement amoureux : venant d’un bled dans lequel  les adolescents n’avaient rien d’autre à faire pour tromper  leur ennui que de baiser à couilles rabattues entre eux, Kumiko semble avoir toujours su éviter ces relations faciles. Là voilà donc pure, prête à connaître THE amour et même à baisser sa culotte pour partager autre chose qu’une balade en amoureux main dans la main.

 

Et puis, donc, arrivent les premiers fiascos au lit et on est tout surpris de voir le drama prendre alors une direction plus crue. J’ai lu quelque par que MHWF était une série mignonne et inoffensive. C’est du moins l’apparence qu’elle a au premier épisode. Car après l’histoire prend une direction résolument plus adulte, plus grinçante et ne cherchant pas à occulter la thématique sexuelle. Tandis que l’on voit Kenichi frotter son lard avec des soaplandeuses, on suit les virées adultérines (pour vérifier qu’il n’y a pas de problème de tuyauterie la concernant) de la pauvre Kumiko en compagnie d’hommes pas forcément des modèles d’équilibre (mention spéciale à l’homme qui aime à se masturber en pleine nature devant un vaste paysage).

Elle passe aussi par une intense phase de documentation via la lecture de certains magazines…

On ne tombe pas non plus dans une esthétique de pinku eiga à la Hisayasu Satô, mais l’approche de cette thématique se fait avec disons une certaine franchise, franchise accentuée par le fait que l’actrice qui joue Kumiko (Natsumi Ishibashi) n’a rien de ces créatures plus ou moins plantureuses que l’on a dans les pinku eiga. Toute frêle, avec peu de poitrine, elle apparaît finalement comme une fille ordinaire et c’est cet aspect qui rend un peu inattendues les quelques scènes dénudées.

 

Et la série franchit encore un pas dans son propos adulte en mettant en perspective la relation Kumiko/Kenichi avec la société japonaise qui a tendance à orienter dans un moule les jeunes gens en âge de procréer. Dès leurs années universitaires, les commentaires goguenards de leurs amis, quand ils apprennent qu’ils se sont mis en couple, mettent l’accent sur le fait que puisqu’on est jeune et en couple, cela implique forcément un tas de nuits aussi humides que torrides. Or, comme ce n’est pas le cas pour les deux personnages, Kumiko a tout de suite l’impression d’être anormale car n’étant pas dans un « modèle »attendu. Pire, ce sentiment s’exacerbe avec l’attitude de ses parents, en particulier celle de sa mère, qui ne comprennent pas que Kumiko et Kenichi, alors qu’ils ont tout deux une situation, ne décident pas d’avoir un enfant. Pas de sexualité épanouie, pas d’enfant, c’en est trop pour Kumiko qui dès lors va tomber soit dans la dépression soit dans une course à la normalité qui évidemment ne sera pas satisfaisante.

A noter que la famille de Kenichi n’est pas en reste. Lui aussi connait une certaine pression, surtout depuis que sa frangine a été engrossée depuis peu.

La solution trouvée par le couple pour être heureux sera toute simple. « Tout ça pour ça », serait-on tenté de dire à la fin. Mais cette solution qui arrive après pas mal de péripéties, péripéties qui mettent à un moment sérieusement en péril l’avenir du couple, cette solution n’est pas sans être plaisante tant elle peut paraître insolente à une époque où le taux de natalité au Japon n’a jamais été aussi bas et où les autorités ne cessent d’imaginer des stratagèmes pour encourager la fécondité.

Les dramas Netflix, c’est souvent un drama réussi sur deux. En ce qui me concerne MHWF fait partie des bons crus.

7,5/10

Jouer du Schubert à Karuizawa au coin du feu

Maki, Suzume, Iemori et Beppu se rencontrent un jour par le plus grand des hasards dans un karaoké. Ils ont un point commun, ils jouent tous d’un instrument à cordes. Aussi, comme le courant passent entre eux, décident-ils de se lancer dans la formation d’un quartet. Pour répéter, ils décident de se rejoindre le plus souvent possible dans la belle maison que possède Beppu à Kuruizawa. Assez vite ils sont embauchés par un restaurant pour animer des soirées. Tout va bien donc, même si un certain soupçon pèse sur le passé de Maki (et que les autres membres n’ont pas l’air tous très clairs non plus)…

Deux choses frappent tout de suite l’esprit dans ce drama de 2017 : la neige et les acteurs. Souvenir de Liquid, excellent mini-drama sur un homme reprenant une distillerie familiale pour faire du saké. L’histoire se passait en plein hiver et ce n’était pas le moindre des aspects qui permettait de se lover confortablement dans son canapé pour apprécier le spectacle. C’est un peu la même chose avec Quartet. C’est tout bête mais entendre ces quatre musiciens bavarder au chaud tout en jouant du Schubert tandis qu’un tapis de neige recouvre la campagne de Karuizawa, j’ai aimé. Ne manquait plus que quelques scènes dans le bassin extérieur d’un onsen et je claquais le 10/10 au drama (ce sera peut-être pour un autre drama que j’évoquerai bientôt).

Mais plus que la neige, il y a surtout les acteurs en général, et ceux composant le quartet en particulier. On retrouve ainsi l’excellent Ryuhei Matsuda vu dans Mahoro Ekimae ou the Scythian Lamb, Issei Takahashi et surtout les deux femmes du quatuor, Takako Matsu et Hikari Mitsushima.

Le « surtout » fonctionnera peut-être moins bien pour une spectatrice. Mais pour un spectateur, ce choix est la petite touche qui achève de faire fondre le cœur qui, avec la neige et la musique, n’en demandait pas tant. Ainsi le beau visage de Takako Matsu, 41 ans, jouant le personnage de Maki, cette femme qui cache peut-être un lourd secret. Ce secret est donné dès le premier épisode : un jour, son mari a disparu de son appartement sans laisser de message. On pense qu’il est parti pour refaire sa vie ailleurs. Mais la mère de ce dernier pense qu’il s’agit peut-être d’un assassinat par sa femme. D’où l’ambivalence du personnage qui connaîtra un peu plus tard un sort… pas non plus tragique mais peu agréable. Bref la vie n’a rien eu d’un fleuve tranquille pour cette femme qui a malgré tout su consolider une certaine fragilité en faisant preuve de volonté. On ressent joliment  cette fragilité et cette volonté dans le jeu de Matsu dont le personnage est un peu la colonne vertébrale du quartet. Et quand en plus l’actrice est une bijin à la beauté intacte du haut de ses 41 berges, on se love encore plus de plaisir dans son canapé. Chacune de ses apparitions donne l’impression d’un délicieux toffee sorti d’une boite de chocolat. Quand son visage apparaît de face et en gros plan, le temps s’arrête et on déguste.

Et ce qui est bon, c’est qu’il n’en va pas autrement de Hikari Mitsushima, jouant Susume la violoncelliste. Elle aussi a eu un passé délicat, et encore plus que Maki chan, c’est une jeune femme bien fragile. Cette douceur et cette fragilité, on a donc choisi de l’offrir à Mitsushima, autrement dit à l’actrice qui a joué ce personnage culte dans le cœur des amateurs de Sion Sono :

Eh oui, la farouche Yoko, c’était elle ! Huit années ont passé depuis ce rôle, Matsushima a dorénavant 32 ans, le visage est moins rond, plus allongé, les légères origines métis (sa grand-mère était franco-américaine) un peu plus prononcées : le toffee est là aussi des plus appréciables, surtout lorsqu’elle sourit (ce qu’elle fait souvent dans le drama). Je pourrais donner un screenshot ou vous parler des plis autour de la bouche, des paupières inférieures qui se gonflent légèrement pour donner un caractère fatigué et langoureux à ses beaux yeux mais je renonce car l’article a depuis trop longtemps tourné en un de mes articles « bijin de la semaine ».

Les deux actrices sont à couper le souffle, et l’ensemble des personnages fonctionne à merveille dans la complicité de leurs liens. On suit l’évolution du quatuor en se disant qu’il y a bien des couples qui vont se former, même s’il apparaît que ce qui unira définitivement les quatre est avant tout une Amitié majuscule. Quartet est drôle, touchant, délicieux comme le sourire de Mitsushima, beau comme le visage de Matsu. Un drama à sa mater d’urgence avant que l’hiver ne s’achève.

8/10

A noter un générique de fin pas dégueu :

Tokyo Vampire Hotel (Sion Sono – 2017)

Un soir, alors qu’elle est tranquillement attablée dans un restaurant avec des amies, Manami voit débarquer une jeune femme excentrique qui dégaine un flingue pour tuer leurs trois voisines de table au look gothique. Problème : comme il y a beaucoup de témoins, elle se doit maintenant de buter méthodiquement toutes les personnes présentes dans le resto, à l’exception de Manami que la tueuse semble devoir amener avec elle. Mais complètement terrorisée, Manami parvient à s’enfuir et à gagner la rue. Là, elle tombe sur une autre jeune femme, « K », qui lui assure qu’elle est là pour la protéger. Elle lui apprend l’origine incroyable de Manami, ce qu’elle est vraiment, c’est-à-dire un être qui doit permettre au clan des vampires issus de la lignée de Dracula de reprendre le dessus sur le clan Corvin, clan de « Neo Vampires » extrêmement dangereux…

Faire du neuf avec du vieux, reprendre le mythe du vampire mais assaisonné à la sauce Sono, après tout pourquoi pas ? Entre ça et le zombie, l’autre grande créature fantastique, je crois que je préfère encore le vampire. Plus racé, mieux vêtu, plus sexy : normalement, avec Sono, ça doit en mettre plein les mirettes. Et de fait, Sono n’aura pas négligé dans ce drama de dix épisodes le quota de boobs (Megumi !), d’uniformes serrés et de langues fourrageuses.

Meg is back (et avec plus que jamais du monde au balcon).

Après, pour ce qui est de savoir si Tokyo Vampire Hotel est une série réussie ou non, c’est une autre histoire. C’est encore un peu trop frais dans mon esprit et comme c’est le cas pour beaucoup de film de Sono, cette fraîcheur pose problème car on est face à une œuvre de Sono de type Barnum. Comprenez que c’est un magma de personnages (à partir du troisième épisodes, quand tous les personnages se retrouvent dans l’hôtel qui donne son titre à la série, on doit atteindre le chiffre de deux cents), ça va dans tous les sens, cela se situe dans un lieu baroque très bariolé, ça crie, ça hurle, ça ouvre des yeux en billes de loto, ça exhibe ses boobs donc (merci Megumi donc mais aussi Anna Konno), le sang coule à la moyenne de deux litres de raisiné à la minute bref, aucun répit n’est laissé au spectateur, mais avec le risque que ce dernier ressente une certaine lassitude. Et comme l’arc se passant à l’hôtel couvre cinq épisodes, il faut avouer qu’il y a de quoi se sentir étranger au bout d’un moment à ce type de trip. Cela a été mon cas.

Budget sauce tomate assez conséquent pour ce drama.

Et pourtant les deux premiers épisodes pouvaient laisser augurer de quelque chose de très bon. Ils avaient une unité chacun et faisaient  espérer que le drama allait consister en une série d’épisodes, brodant tous indépendamment une histoire sur la thématique du vampire, et reconstituant petit à petit une histoire plus générale. Mais à partir du troisième, on change de direction : Sono veut en fait un huis clos dantesque, sorte d’écho coloré puissance dix à celui mis en scène dans Antiporno (on y retrouve d’ailleurs Ami Tomite dans le rôle de Manami), servant finalement à ce qu’attendent ses fans (ou du moins une partie de ses fans).

Après, il faut bien reconnaître que Sono reste expert dans sa capacité à insuffler du dynamisme dans les scènes et leur enchaînement. Impossible aussi de dénier une capacité à truffer son histoire d’éléments originaux. Mais on est dans une telle profusion, un tel excès, que l’on a aussi l’impression d’une originalité balancée en mode automatique. Il ne s’agit pas de faire sens mais de bourrer ce lieu de l’hôtel avec de l’originalité à tout prix. Forcément, cela peut saouler au bout d’un moment et paraître un peu vain.

Bien qu’elle soit plate comme une limande, on préférera la prestation de Kaho jouant K (à gauche) à celle d’Ami Tomite, qui passe son temps à avoir des spasmes ou à faire la cruche de service.

Et c’est dommage car les trois derniers épisodes empruntent une autre direction. On est toujours dans l’hôtel, mais avec beaucoup moins de personnages et quelques incursions à l’extérieur. Le ton est plus sobre, l’intrigue s’efforce de développer certains personnages tout en permettant quelques explosions sonoiesques. On se dit que Sono tenait là peut-être une approche intéressante. Mais voilà, cette partie venant après le magma du milieu du drama, le détachement, l’épuisement ayant déjà eu lieu, il m’a été difficile de me sentir parfaitement impliqué dans ces ultimes épisodes.

L’originalité, parfois, c’est gonflant.

Bref, sans être non plus à jeter aux orties (je peux comprendre que certains puissent adhérer au spectacle), Tokyo Vampire Hotel me confirme que Sono est dans une période boursoufflée qui personnellement me laisse de marbre (de l’année 2017 il me reste à voir son Shinjuku Swann 2 et franchement, je ne suis du coup guère rassuré). 2018 semble en revanche être une année plus apaisées pour Sono. Nous arrivons au mois de mai et jusque là il n’a réalisé qu’un segment au film à sketchs Kuso yarô to utsukushiki sekai. J’ai envie de dire, pourvu que ça dure. Repose-toi bien Sion, reste un peu plus à la maison avec Megumi, jardine avec elle, lis, vois d’autres films et surtout prends ton temps pour en réaliser d’autres. À 57 ans, il serait dommage de passer déjà face aux jeunes pousses pour un vieux réalisateur radoteur qui essaye d’exister en faisant son intéressant à coup de gros seins et de litres de sang. Surprends-nous. Mais pas « assomme-nous » avec une kalachnikov sensorielle de tous les instants.

 5/10

Samurai Gourmet ou la renaissance d’un scénariste

Cela faisait un bon bout de temps que je suivais les épisodes de Kodoku no Gurume avec un ennui poli, ne retrouvant plus la fraîcheur de la découverte des premières saisons. Construite sur des effets de répétitions mais avec la promesse de découvrir à chaque fois un nouveau quartier et des plats différents, le drama était parvenu à maintenir mon intention durant quatre saisons, ce qui était déjà bien. Et puis, il y a eu cette cinquième saison où Qusumi, le scénariste de la série qui faisait à chaque fois à la fin de l’épisode une apparition pour tester le restaurant de l’histoire, apparaissait tristement raisonnable, d’une jovialité factice. Bon vivant, le gars avait auparavant l’habitude de sérieusement s’imbiber la ruche, devenant rapidement écarlate et contribuant à instiller un petit effet de folie qui complétait agréablement le sérieux de Goro, le héros de la série. Là, aucun verre de pichte et surtout un visage fatigué qui ne laissait pas de faire des hypothèse sur sa santé. Tout cela sentait la cirrhose du foie carabinée ou une autre joyeuseté médicale qui impliquait d’arrêter toute consommation d’alcool. Et la dernière saison en date n’était pas mieux. Certes, on voyait Qusumi se faire offrir quelque fois un verre d’alcool, mais c’était pour y tremper rapidement les lèvres avant de laisser le verre dans un coin de la table pour ne plus y toucher.

C’est tout con, mais cela suffisait à me donner l’impression que la belle mécanique de Kodoku no Gurume n’était plus celle qu’elle avait été. Le plaisir n’était plus le même, et j’avais l’impression d’assister à quelque chose de poussif surtout lorsqu’au moment de la sixième saison débarquait la version Netflix de Shinya Shokudo qui apparaissait en comparaison nettement plus vivante.

Série que j’ai mis du temps à apprécier mais dont j’attends maintenant les prochaines saisons avec impatience.

Tristesse donc de la déchéance d’une série condamnée à répéter une formule, mais aussi de la déchéance de son scénariste devenu incapable de montrer tout le plaisir qu’il peut y avoir à s’enquiller devant une caméra une grosse choppe de mousse tout en s’empiffrant de bons p’tits plats que de sympathiques matrones lui offrent avec empressement.

Sauf que, voilà, Qusumi n’est pas mort.

Qui a dit cela ? Que je lui pète la gueule !

Témoin ce Samurai Gurume dont il est le scénariste (et le romancier puisqu’il s’agit à l’origine d’un de ses romans) et qui lui permet de s’adonner avec ivresse à sa passion des boissons frelatées. Vous regrettez l’entrain dont Qusumi faisait montre à la fin des premières saisons de Kodoku ? Pas de problème puisque le témoin a été transmis à une sorte d’alter ego en la personne de l’acteur Naoto Takenaka : même âge, même bouille sympathique, même crâne dégarni et même barbe de quelques jours au menton. Quant au nom du personnage qu’il interprète, ce n’est pas Qusumi mais Takeshi Kasumi. On peut bien sûr voir dans tout cela un simple hasard mais franchement, ça me semblerait gros tant le personnage joué par Takenaka, par son mélange de timidité et de jovialité souvent imbibée, évoque Qusumi.

Le gang des chauves quinquagénaires amateurs de houblon.

Du coup le plaisir est double : manger de « bons » plats (entre guillemets car cette notion de plat renvoie moins à la qualité intrinsèque qu’au plaisir qu’on y prend) accompagnés de bonnes boissons. Dans Kodoku, Goro, qui ne buvait pas, atteignait malgré tout à une sorte d’ivresse papillaire qui faisait plaisir à voir. Mais Kasumi est à l’école de ceux (et Dieu sait s’ils sont légion !) qu’un bon plat accompagné avec un verre d’eau minérale, c’est tout de même un peu tristounet, pour ne pas dire mesquin. Dans l’épisode où il rencontre sa nièce, il est tout surpris de la voir commander pour elle une chope de bière. Sa femme lui avait recommandé de ne pas donner le mauvais exemple en consommant de l’alcool or, c’est la jeunette en face de lui qui déclenche les hostilités, et ce le plus naturellement du monde. L’alcool n’a rien d’exceptionnel ou d’interdit : c’est juste un ingrédient susceptible d’accentuer le plaisir, aussi commun qu’un salière ou une poivrière, à chacun de voir s’il a envie de s’en servir ou non. Et s’il s’en sert, ça peut devenir magnifique !

Une korokke (croquette), de la sauce, une bière, que demande le peuple ?

Autre point. Si dans Kodoku le postulat narratif était de découvrir d’improbables restaurant cachant des trésors gustatifs, il s’agit dans Samurai Gurume juste de prendre du plaisir, sans se sentir enchaîné par les entraves d’un decorum qui impressionnerait et empêcherait de manger comme on le souhaite (cf. l’épisode dans lequel Kasumi est dans un restaurant chic et hésite à manger un plat de pâtes comme à son habitude, c’est-à-dire bruyamment), celles d’un voisin de table désagréable (comme sa nièce lors d’un épisode) ou encore d’un(e) patron(ne) de resto gâchant le plaisir. Là réside sans doute le troisième plaisir, plaisir qui concerne aussi bien Kasumi que le spectateur, celui de l’adversité, de l’obstacle que Kasumi va devoir surmonter pour achever de passer un bon moment. C’est l’ingrédient qui manquait sans doute à Kudoku no Gurume pour s’affranchir sur le long terme d’une monotonie qui ne manquerait pas de se produire. La rencontre d’un fâcheux intervient inévitablement dans les épisodes de Samurai Gourmet, dédoublé à chaque fois d’un ultime plaisir, celui de voir arriver dans l’environnement de Kasumi un samourai issu de l’imagination de Kasumi et qui réglera en deux temps trois mouvements le problème qui lui gâche son repas.

WTF ?

Mais est-ce totalement de l’imagination ? Parfois, il ne sera qu’une projection fantasmée de ce qu’il aimerait faire… mais qu’il ne fera finalement pas (comme lors de sa déconvenue face à l’horrible patronne du restaurant chinois). Mais dans d’autres cas, on comprend que l’image du samouraï se superpose à celle d’un client présent dans la salle et qui va effectivement agir pour, par exemple, donner une leçon à un patron brutal vis-à-vis de clients étrangers. Et dans certains (je pense à un épisode mais peut-être aussi le dernier, qu’il me reste à voir), il se superposera à Kasumi lui-même qui trouvera le courage d’agir (cf. l’épisode avec sa nièce). Dans tous les cas, l’intervention du samourai émerveille Kasumi autant qu’elle amuse le spectateur. Elle est l’unique figure imposée au milieu d’une trame narrative elle aussi à l’image de l’esprit de liberté que cherche Kasumi (à la différence une fois encore de Kodoku qui présentait invariablement le même schéma : découverte d’un quartier, recherche d’un resto, dégustation de plats).

Enfin, pour en terminer avec les changements appréciables si l’on compare avec Kodoku, Kasumi a une vie privée (il a une femme, interprétée par Honami Suzuki), ce qui lui ajoute en profondeur, en moelleux là où Goro pouvait apparaître parfois comme un personnage un peu sec. Surtout, si ce personnage est amené à communiquer essentiellement ses pensées (comme Goro), cela ne l’empêche pas de parler, de communiquer, et pas que pour faire sa commande auprès du serveur. C’est peut-être l’ultime ingrédient qui fait que je préfère au bout du compte Samurai à Kodoku. Qusumi s’est rappelé en scénarisant cette série que si manger et boire était la base pour passer un bon moment dans un restaurant, la parole, notamment celle que l’on délivre à mangeant à sa femme, à un ami ou à un voisin de table que l’on rencontre pour a première fois (cf. l’excellent épisode avec  les parapluies) était l’accompagnement, l’ultime épice pour magnifier les saveurs de ce que l’on est en train de manger.

Série pour le moins sympathique, Samurai Gourmet comprend pour l’instant douze épisodes d’une vingtaine de minutes. On espère vraiment qu’ils seront suivis d’autres exploits gustatifs et alcoolisés de ce retraité chauve flanqué de son samouraï imaginaire.

 

 

Seijun Suzuki aime les momies

Les morts continuent d’aller vite en 2017. Après un maître du manga, c’est au tour d’un maître du septième art de nous quitter, avec la disparition de Seijun Suzuki. Quand on a choisi pour avatar Joe Shishido dans la Marque du tueur, c’est forcément avec un petit pincement au cœur que l’on a appris la nouvelle, même si le cas de cet artiste âgé de 93 ans était bien différent d’un Taniguchi décédé à 72 ans et encore en pleine possession de ses moyens créatifs. Reste que l’on a tout de même aussi une impression de gâchis, à la différence que ce gâchis se décale de plusieurs décennies pour se focaliser sur l’incroyable décision de la Nikkatsu de le blacklister, l’empêchant de créer de 1968 à 1977, alors que l’homme venait de commettre son chef d’œuvre avec la Marque du Tueur, film fou valant largement les expérimentations destructuralisantes d’un Resnais ou d’un Antonioni.

Simply the best.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire de cette disgrâce, voici en gros les coulisses de l’affaire. Après avoir réalisé des films de genre honnêtes mais pas non plus transcendants, Suzuki est pris à partir de 1964 d’une fièvre créatrice qui va le mener à bousculer allègrement les codes du film de yakuza et à faire dans un formalisme flamboyant qui bien des décennies plus tard subjugue le spectateur contemporain, mais qui à l’époque ne parla pas vraiment au spectateur lambda et encore moins aux producteurs fumeurs de gros havanes et peu au fait de l’innovation artistique concernant le septième art. L’employé Suzuki est alors sommé d’arrêter ses pitreries chromatiques et pour le punir, on l’oblige à réaliser un film en noir et blanc. Ça donnera Histoire d’une Prostituée, film ne donnant pas forcément l’impression d’être plus sage par rapport à ses autres films en couleurs, et la coupe sera pleine lorsque, deux années plus tard, Suzuki réalisera cette Marque du Tueur, film en N&B absolument démentiel donc, et vigoureux kancho dans l’anus desdits producteurs à gros cigares. Excédés, ces derniers décideront de le virer et de le blacklister, empêchant même au ciné-club de Kazuo Kawakita de faire une rétrospective sur ses films, jugeant que les montrer serait donner une mauvaise image de la Nikkatsu. Gros scandale, scandale faisant penser à l’affaire Langlois chez nous, scandale porté par des étudiants et les réalisateurs de la Nouvelle Vague, dont Oshima bien sûr, mais rien n’y fera : à cause d’une solidarité entre les studios qui décrétait qu’un réalisateur persona non grata ne devait être embauché par aucun studio, Suzuki végéta de 1968 à 1977 et accepta bien malgré lui de limiter son génie créateur à de menus projets pour la télévision.

Un beau projet artistique comme on aimerait en voir plus souvent.

Et c’est là que l’on se prend à rêver de ce qu’aurait pu être sa carrière sans cette interruption involontaire. D’un côté les Detective Bureau 1-2-3, Tokyo Drifter et autre Marque du Tueur, de l’autre les Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji. Au milieu un trou quasi béant dans les 70’s,  décennie fiévreuse qui aurait permis de voir d’autres œuvres d’un surréalisme pop échevelé. On se consolera en se disant que cette injustice a permis Suzuki de rejoindre le groupe de ces cinéastes maudits qui n’ont pas su se libérer de l’emprise des grands studios, jetant ainsi une lumière crue sur le génie de ses œuvres qui ont contribué à sa déchéance et l’auréolant d’une gloire qui a su inspirer de futures générations de réalisateurs.

Gâchis cependant. Après, malgré ce gouffre dans sa carrière, il reste encore une quantité non négligeable de film à voir, à revoir, et à découvrir. Autant vous le dire, Bulles de Japon va dans les semaines à venir défricher cette filmo foisonnante pour faire découvrir quelques pépites méconnues. Dans le collimateur aussi, le cas de la Marque du Tueur dont la critique sortira la semaine prochaine. Je n’ai que trop repoussé son écriture, avec maintenant le blu-ray d’excellente qualité de chez Elephant films, il est temps de s’y replonger avec délice.

En attendant, direction 1973.

Entrez, les amis, Olrik va vous raconter une belle histoire.

Oui, vous avez bien lu, 1973, en cette année Suzuki fut bien derrière une caméra, non pas pour réaliser un film mais le premier épisode de la série…

Horror Theater Unbalance

Intitulé Miira no koi (« l’amour de la momie »), l’épisode raconte l’histoire d’une momie retrouvée au fond d’un trou par des villageois, momie qui va se mettre à rajeunir et à devenir un membre du village, non sans quelques problèmes. Pour l’amateur de Suzuki, la question est forcément de savoir si l’on retrouve la patte du maître durant ces 45 minutes. Je n’ai pas encore eu le temps de voir d’autres épisodes de la série pour comparer, mais je suis prêt à parier que ces derniers sont beaucoup plus sages. Non que l’on soit sur les traces du dérèglement pictural et narratif de la Marque du Tueur, mais on sent tout de même l’humour, ce goût pour les êtres hors norme…

… ou les scènes oniriques au chromatisme flamboyant :

Cet épisode a-t-il été apprécié par les producteurs de Fuji TV ? Difficile à dire tant la bouffonnerie peut paraître fort de café dans un genre horrifique supposé terrifier avant tout le spectateur. Toutes les émotions fortes sont dégoupillées par les grimaces, les situations imaginées par Suzuki qui semble s’amuser, sans doute pas autant que lors de la Marque du Tueur, mais qui manifestement ne peut s’empêcher de tenter des choses via des détails incongrus :

Le symbolisme phallique du daïkon. De quoi réveiller les ardeurs à une momie !

A l’opposé, on notera parfois un certain dépouillement poétique :

Les lanternes sont filmées en mouvement de manière à donner l’illusion d’une procession.

Bref on trouve dans cet épisode un condensé de l’esthétique de Seijun Suzuki. La Marque du Tueur ou Tokyo Drifter faisaient exploser cette dernière, Miira no koi la garde dans une portion congrue mais suffisante pour que très vite le spectateur amateur de l’oeuvre de Suzuki ait le plaisir de se sentir en terrain connu. En cela, l’utilisation du genre fantastique est intéressante en ce qu’elle permet de jouer avec la rationalité. Le terrain était donc fertile pour permettre à Suzuki de tenter quelques audaces, et allait lui permettre de préparer sa trilogie Taisho (Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji) dans les années 80.

Si le métrage n’est pas non pluis indispensable, il reste intéressant de par son côté chaînon manquant totalement cohérent au sein de l’oeuvre de Suzuki. Pour les fans.

 

Drama Express #5 : Cain to Abel, Suna no tou

La saison des dramas de l’automne s’achève, c’est le moment de proposer une petite sélection parmi le vaste choix de feuilletons que je n’ai évidemment pu tous voir. Commençons par les titres qui ont été impitoyablement éliminés au bout d’un quart d’heure de visionnage :

 

Cabotinage, personnages vides, réalisation clipesque, le genre de drama que je ne cherche surtout pas à poursuivre afin de vérifier si ça s’arrange un peu par la suite. A un niveau supérieur mais à peine meilleur, déplorons aussi ce titre :

The Sniffer

Un drama avec Hiroshi Abe, a priori ça ne se refuse pas. Et le sujet promettait d’être divertissant : dans cette histoire policière, le personnage d’Abe est un peu une sorte de Sherlock Holmes, quelqu’un que la police vient la consulter dès qu’elle se trouve face à un cas qui la dépasse. La différence avec Holmes étant que cet avatar-là est réputé pour son odorat absolument hors norme et lui permettant de reconstituer très facilement la scène d’un crime. Amusant mais lassant, justement à cause d’Abe qui joue une énième fois un personnage mi-bouffon, mi-arrogant. Vivement que je le retrouve dans un vrai rôle avec le dernier Kore-eda.

Autre déception, Cold Case :

Il s’agit de la version nippone de ce classique des séries tv policières américaines. J’avoue que je n’en avais jamais vu le moindre épisode, je ne saurais donc dire si cette version tient la route par rapport au modèle, voire même si elle est meilleure. A priori Cold Case version ricaine avait pour marque de fabrique d’utiliser des chansons bien connues pour illustrer les époques où se sont déroulées ces « cold cases », ces histoires criminelles non résolues. Le procédé est repris dans cette version, ce qui n’est pas sans étonner. On est tellement habitué à subir de la guimauve ou de la Jpop, qu’entendre tout à coup Oasis, Radiohead ou Franz Ferdinand surprend agréablement. Et comme les histoires et la réalisation sont tout de même bien ficelées, on se dit qu’on tient là un solide drama policier. Et pourtant, j’ai moyennement accroché, le tout m’ayant paru trop lisse, trop bien léché, trop sérieux, à l’image du jeu de Yo Yoshida, actrice que je n’ai jamais vu sourire (enfin si, la seule fois étant lors de sa participation au jeu télévisé Nep league, mais cela ne compte pas). Pour ceux qui aiment que des noms du cinéma japonais participent à l’élaboration d’un drama, précisons que Takahisa Zeze a fait partie de l’équipe des scénaristes. Je mets un 5/10 à Cold Case par manque d’enthousiasme, mais je ne doute pas que le drama pourra vraiment plaire aux amateurs de la série originale.

On reste dans les dramas de chez Wowow avec Hippocrates no chikai :

A chaque saison de dramas on a son lot de séries se déroulant dans le milieu hospitalier. Après Fragile et son rugueux médecin du service pathologie, place au service médico-légal d’un hôpital dans lequel la jeune Makoto Tsugano va faire son apprentissage auprès du chevronné Tojiro Kosaki. comme pour Cold Case, on devine qu’on ne va pas rire des masses. C’est sérieux mais du fait d’un format court (juste cinq épisodes) et d’une intrigue finalement intéressante, le drama se laisse regarder. Je conseillerais malgré tout de voir plutôt Fragile.

6/10

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Toujours Wowow, et toujours un drama qui ne fera pas fonctionner vos zygomatiques :

Suishou no Kodou

Il s’agit en fait du sequel d’Ishi no mayu. L’inspectrice Toko Kisaragi s’est remise de sa précédente enquête, mais tout de même difficilement. Et quand elle tombe sur un tueur série qui a la fâcheuse tendance à manipuler des engins explosifs (joujoux ayant donné lieu à une scène traumatisante lors précédent drama), rien ne va plus pour la pauvrette. Il faudra toutes ses ressources et l’aide de ses bienveillants collègues pour mettre le grappin sur le tueur se faisant appeler « OX » et ayant la curieuse habitrude de maculer de peinture rouge les murs des endroits où il commet ses crimes. C’est solide, bien réalisé, dans la continuité d’Ishi no Mayu. Si vous avez aimé ce dernier, vous aimerez Shuishou no Kodou.

7/10

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Changeons de crèmerie, direction Fuji TV avec Cain to Abel :

Takada Real Estate Co est une puissante entreprise qui mise plutôt sur le fils aîné Ryuichi pour reprendre le flambeau que sur le cadet Yu, jeune homme sympathique mais moins expérimenté. Et pourtant, Yu apparaît au fil des épisodes comme quelqu’un disposant d’une spontanéité et d’un instincts exceptionnels qui vont lui faire gravir un à un les échelons de la société familiale, au grand dam du frère qui va se sentir peu à peu dévoré par la jalousie. Toutes proportions gardées, on est un peu dans la version drama de À l’Est d’Eden. On retrouve un fils incompris qui va dépasser le supposé frère modèle de la famille et qui va même parvenir à faire tomber sous son charme la fiancée de ce dernier (magnifique Kana Kurashina). Comme je n’ai pas encore tout vu, je ne sais pas si l’on va découvrir que la maman tient une maison close mais comme on a jusqu’à présent aucune information sur la génitrice, on peut penser que l’on va avoir droit à une révélation spectaculaire. S’ouvrant pompeusement sur une symphonie de Shostakovitch, Cain to Abel tisse une intrigue intéressante sur un sujet vieux comme le monde. C’est plutôt bien interprété, même si la jalousie de Ryuichi, très forcée et un brin incompréhensible, ne permet pas de créer un équilibre des forces et de l’empathie pour les personnages. A noter la présence de ce bon vieux Naoto Takenaka en homme d’affaires repoussant le bling bling dans un kitsch qui laisse rêveur.

7,5/10

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 Terminons maintenant avec le drama qui m’a le plus captivé :

Suna no tou

Aki Takano est une mère de famille ravie à l’idée d’habiter dans une luxueuse tour résidentielle. Mais très vite tout tourne au rêve acide. D’abord à cause des autres mères de familles qui ont une nette tendance à s’immiscer dans la vie des autres et à hiérarchiser leurs rapports en fonctions des étages où elles habitent (plus on est haut dans la tour, plus on paye un loyer élevé donc plus on est riche et puissant). Mais aussi parce que quelqu’un semble prendre un plaisir bien malsain à épier et livrer en place publique des preuves (vidéos ou photographiques) de la mauvaise conduite de certaines mères. Ajoutons à cela une série de kidnappings d’enfants, un fils aîné qui cache un terrible secret et un père de famille s’enfonçant dans un « travail » de plus en plus dangereux, et l’on obtient un excellent drama touchant autant au mélo familial qu’au thriller. C’est certes parfois un peu rocambolesque, on est prié de ne pas être trop regardant sur certains détails. Mais si l’on y parvient, on sera sans doute charmé par la spontanéité de Miho Kanno (on est très loin du masque sérieux de Yuri Ishikawa dans Cold Case) et l’on dévorera ce drama qui multiplie avec succès les différents fils narratifs et qui, lorsque retentit à la fin de chaque épisode la chanson de The Yellow Monkey qui accompagne d’ultimes cliffhangers, fait tout à coup paraître la semaine à venir avant le prochain épisode bien longue.

8/10

Drama Express #4 : Hiroshi Abe en force !

Un fil conducteur pour choisir ses dramas parmi la pléthore qui existe : regarder ceux où l’on trouve un acteur ou une actrice que l’on apprécie particulièrement. Si le visage d’Hiroshi Abe vous est familier et agréable, il y a tout lieu de penser que les dramas du jour sauront vous plaire…

 

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dragon zakura

Dragon Zakura (TBS – 2005)

Rien ne va plus pour le lycée Ryuzan, un des plus mauvais de Tokyo : couvert de dettes, il risque de devoir fermer ses portes à la fin de l’année scolaire. Avocat envoyé pour officialiser la fermeture, Kenji Sakuragi trouve néanmoins un moyen pour peut-être relancer l’avenir de l’établissement : créer une classe préparatoire permettant de passer le concours d’entrée de Todai, la plus prestigieuse université japonaise. Problème : les élèves de Ryuzan sont particulièrement mauvais…

Vu peu de temps après l’horrible version drama de GTO, j’avais à l’époque rapidement abdiqué, encore contaminé que j’étais par le médiocre Takashi Sorimachi et son interprétation d’Onizuka. Bien des années après je le vois sans déplaisir. Certes, la vision du savoir qui y est donnée n’est guère folichonne puisqu’il s’agit essentiellement d’un savoir utilitariste fait de bachotage qui va transformer de petits singes en merveilleux étudiants todaiesques. Que feront-ils lorsqu’ils auront le métier de leurs rêves ? Continueront-ils à enrichir leur esprit ? En dehors de la jeune Kosaka qui avoue qu’étudier lui est devenu un besoin dans son quotidien, mystère. Peu importe en fait. On est dans la plus pure tradition du nekketsu amenant les personnages à se sublimer pour atteindre un but. Il s’agit ici autant d’enrichir son esprit que d’acquérir les techniques, les astuces permettant de réussir un concours d’entrée. L’intrigue distille progressivement son lot d’étapes permettant aux protagonistes de devenir à chaque fois un peu plus forts et l’ensemble se regarde encore une fois avec un certain plaisir.

Abe est bon dans le rôle de ce super prof froid, autoritaire, en apparence imbuvable mais évidemment touché intérieurement par ces jeunes esprits encore bouffés par les affects de leur âge, et les autres jeunes comédiens parviennent finalement assez bien à rendre sympathiques leurs personnages stéréotypés.

7/10

 

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shiroi haru

Shiroi Haru aka White Spring (Fuji TV – 2009)

Sakura Haruo sort de sa neuvième année en prison pour avoir assassiné un chef yakuza. Il a laissé derrière lui une femme malade qui a refait peu après sa vie avec un boulanger avec lequel elle a eu une petite fille, Sachi. Cela, c’est un ancien ami yakuza qui le lui apprend. Suspectant que l’argent récolté par l’assassinat du yakuza ait été détourné de son but premier (il était destiné à payer une opération à sa femme) pour permettre la construction de son commerce de boulanger, il se rend à la boulange, bien décidé à récupérer son dû. Mais très vite, il s’aperçoit que cette petite fille n’est peut-être pas celle qu’il croyait. Tout porte en effet à croire qu’il s’agit de sa propre fille. Commence alors un curieux exercice de style : devnu employé à la boulangerie, Haruo va côtoyer et se faire aimer de sa petite fille, tout en s’efforçant de ne rien révéler sur le lien qui les lie…

shiroi haru personnages

Un mélo, oui, mais un mélo de qualité, porté par un Abe impassible et un Endo Kenichi en père adoptif farouchement protecteur mais ne pouvant non plus s’empêcher de ressentir de la sympathie pour cet homme qui s’est lamentablement sacrifié pour l’amour de la femme qu’il aimait. C’est donc une guerre des pères à laquelle le drama nous convie. Guerre tout d’abord sordide, Haruo suspectant le boulanger d’avoir utilisé malhonnêtement l’argent, et ce dernier voyant l’ancien yakuza comme un fauteur de troubles ne cherchant qu’un prétexte pour lui extorquer de l’argent. Peu à peu les deux hommes vont apprendre à se connaître, à s’apprécier et même à avoir de l’estime l’un pour l’autre.

C’est tout un cocktail de bons sentiments donc, mais le tout est servi avec un humour qui contribue à faire de cette série quelque chose d’aussi douillet qu’irrésistible. Irrésistible comme Abe et sa silhouette d’homme en noir claudiquant et destiné à porter sa croix jusqu’au bout (l’issue est assez surprenante et a totalement déjoué mes prédictions).

8/10

 

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kekkon dekinai otoko

Kekkon Dekinai Otoko aka L’Homme qui ne pouvait se marier (Fuji TV – 2006)

Shinsuke Kuwano, talentueux architecte de 40 ans, semble être plus habile pour construire des environnements épanouissant pour les autres que pour construire sa propre vie, même si ce qu’il a jusqu’à présent construit pour lui-même lui suffit amplement. D’une arrogance de tous les instants, l’homme se plait en effet à mener sa vie comme il entend, c’est-à-dire rester seul dans un appartement bien rangé et immaculé, se cuisiner d’exquis petits plats et écouter des œuvres symphoniques sur sa platine dernier cri tout en se donnant l’illusion qu’il en est le chef d’orchestre. Bref, toutr va bien pour lui finalement mais un soir, alors qu’il est pris d’une terrible douleur à l’estomac et qu’il est amené aux urgences par sa voisine, il rencontre le docteur Natsumi Hayasaka. La quarantaine comme lui, d’un caractère aussi bien trempé… et célibataire.

On est sur le vieux motif du couple que tout oppose et qui justement à cause de cela est fait pour s’entendre. Tout le long des 12 épisodes on se délecte donc des paroles aigres-douces que les personnages s’échangent tout en se doutant que l’issue sera inéluctable : ces deux-là finiront bien par se marier (même si l’évocation du happy end se fait en deux temps et d’une manière joliment métonymique). Pour inciter malgré tout le spectateur à suivre une histoire dont l’issue est connue à l’avance, il fallait un bon casting général et surtout deux acteurs formant un couple parfait, à la fois drôle et touchant. Ici, impossible de faire mieux que le duo Hiroshi Abe – Yui Natsukawa, et il n’est pas excessif d’imaginer que Kore-Eda les aient vus dans le drama et qu’il ait été incité à les choisir pour Still Walking.

On se délecte donc à chacune des apparitions du couple et surtout on se délecte de l’interprétation par Abe de son personnage. Si on vous demande un jour de donner un exemple de personnage de vieux gars porté à l’écran, ne cherchez pas, c’est Hiroshi Abe qu’il conviendra de citer en premier.

L’excellent thème associé au personnage principal. 

Moi qui n’ai été jusqu’alors jamais convaincu par les prestations comiques d’Abe au cinéma, impossible ici de ne pas sourire devant cette foutue tête à claques satisfaite d’elle-même. D’une culture à toute épreuve (à côté du classique, on apprend par exemple qu’il a vu les 48 films de la série des Tora san), bien content de la déballer, méprisant ceux qui s’abaissent aux plaisirs vulgaires comme collectionner les femmes (tel un de ses concurrents architectes, mais cela ne l’empêche pas d’être fasciné par les mises à jour du site internet de ce rival et surtout d’emprunter – enfin, essayer d’emprunter, vous verrez pourquoi – des DVD d’AV) et refusant surtout d’admettre l’évidence : cette femme en blouse blanche qui se fout régulièrement de sa gueule lui plaît. Kekkon Dekinai Otoko, c’est véritablement le drama familial à son meilleur.

9/10

 

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mouchoir jaune

Shiawase no kiiroi hankachi aka Le Mouchoir jaune (NTV – 2011)

Shima Yusaku sort de prison et se rend à Hokkaido pour y retrouver, peut-être, celle qu’il aimant avant d’avoir été incarcéré. Peut-être car sans nouvelles d’elle, il a peur de se confronter une réalité désespérante, à savoir tomber sur une femme qui aurait refait sa vie avec quelqu’un d’autre. Sur sa route, il rencontre deux jeunes gens encore à leur éveil amoureux qui vont l’aider à surmonter sa crainte…

Les amateurs de Yoji Yamada auront bien sûr reconnu l’histoire qui a montré à l’écran en 1977 un fabuleux couple : Ken Takakura et Chieko Baisho. Nous sommes donc en présence d’un remake sous forme de téléfilm qui, sans être indigne, est tout de même un peu décevant. Sans doute soucieux de retrouver la magie de Kekkon dekinai Otoko, NTV a choisi d’utiliser à nouveau le couple Abe / Natsukawa. Cela fonctionne, mais moins que pour Kekkon dekinai Otoko et surtout sans comparaison possible avec le duo Takakura/ Baisho. Même chose pour les deux jeunes protagonistes, avec notamment un Kinya Hanada assez horripilant dans le rôle du jeune homme. On l’aura compris, l’original est largement à préférer à la copie.

5/10

mouchoir jaune drama mouchoir jaune original

 

Drama Express #3 : Watashi wo hanasaide, Fragile, Nigeru Onna

La saison des dramas de l’hiver vient de se terminer. Petit état des lieux avant d’enchaîner avec la fournée printanière. Evidemment je n’ai pu tout voir, j’en ai même abandonné certains en cours de route. Parmi ces derniers, citons    :

 

Yamaneko

Yamaneko

Histoire d’une équipe de voleurs genre Lupin the 3rd, comprenez avec un acteur principal qui va faire dans le cabotinage compulsif. J’ai abandonné au bout d’une demi-heure. Juste insupportable.

 

 

 

 

HiganbanaHiganbana2016

Drama à la Playgirl, avec une équipe de femmes détectives aux personnalités très variées mais à l’efficacité redoutable. J’en attendais un peu plus mais là aussi, je n’ai pas terminé l’épisode. La faute à un mélange scientifico-policier tressé dans un montage ultra-serré qui ne donne pas le temps de s’aérer les neurones. J’avoue aussi que la présence de l’actrice You a de plus en plus tendance à me hérisser le poil.

 

Himura_HideoHimura hideo no suiri

Les têtes à claques de cette fournée hivernale. On est sur le modèle du Sherlock Holmes like, avac un duo constitué d’un cerveau sur pattes et un sidekick plus humain. Ça avait fonctionné lors de Dos Deka, là non. Déjà un peu échaudé par l’abominable Sherlock, j’ai pas tenu plus d’un quart d’heure.

 

Allez, venons-en maintenant aux dramas que j’ai achevés.

Watashi_wo_Hanasanaide

Watashi wo hanasaide

Le quotidien d’enfants d’un orphelinat pas comme les autres. Coupé du monde, l’endroit élève des êtres qui n’auront un jour d’autre choix que de voir n’importe quelle partie de leurs corps être prélevée pour sauver la vie à d’autres personnes. Le enfants grandissent, découvrant petit à petit toute l’absurdité de leur condition…

On a reconnu bien sûr l’histoire d’auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro.  A la base, tout en reconnaissant à l’histoire une réelle originalité, je n’avais pas été emporté plus que cela par ce roman. Mais comme la présence au casting de la belle Haruka Ayase (vue récemment dans Umimachi Diary) promettait de flatter la vue, je me suis lancé dans l’aventure, me doutant bien que la machine lacrymale allait fonctionner à plein rendements.

Il faut franchir un cap, celui des deux premiers épisodes qui constituent le début du long flashback qui va rejoindre le présent des personnages aux alentours du 4ème épisode. Ces deux épisodes sont importants puisqu’ils expliquent le tragique du sort des personnages mais évidemment, dès qu’on choisit de montrere des p’tites n’enfants tous plus mignons les uns que les autres, on livre tout de suite un coulis kawai qui peut crisper. Après, je me dis que ça aurait pu être pire mais bon, l’arrivée du troisième épisode a été le bienvenue et suivre le reste s’est fait sans trop de peine.

Globalement, Watashi wo hanasaide m’a paru retenir ses effets, alternant des moments de grandes froideurs à d’autres plus chaleureux. N’attendez pas cependant une foire au pathos comme celui exhibé dans 1 Litre of tears, on reste finalement dans un univers plus en retenue, et c’est tant mieux. De quoi satisfaire les amateurs du roman, l’ensemble m’ayant aussi semblé plutôt fidèle.

3/5

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Fragile

Fragile

Kishi Keiichitaro est un pathologiste dans un grand hôpital. Arrogant et désagréable, il est le poil à gratter des chirurgiens qui voient bien souvent leurs diagnostiques retoqués par les siens…

On est ici un peu dans la lignée des médecins à la Black Jack. D’une froideur insubmersible, Kishi semble en réalité cacher en lui une humanité qui de temps à autre fissure sa carapace. L’homme est accompagné dans son service de quatre personnages, l’un d’eux étant son propre maître, le tout permettant comme de bien entendu de tisser des intrigues secondaires et des tensions qu’ils sauront surmonter. Le drama  est divertissant et les épisodes passent assez vite. On ne se prononcera pas sur le fond réaliste, tout a l’air de se tenir mais en réalité on s’en fout, on est avant tout dans un mcguffin médical prétexte à voir s’escrimer entre eux différents personnages. Bonne prestation de Tomoya Nagase dans le rôle principal.

3,5/5

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Nigeru_Onna

Reiko Nishiwaki sort de prison après une peine de huit années pour un crime qu’elle n’a pas commis. Autrefois employée dans un orphelinat, on l’a accusée de la mort d’un garçon, chose impossible car au même moment elle avait été aperçue, en ville, par une autre employée, Azumi Kawase. Or, plutôt que de la disculper, cette dernière a préféré lors du procès de nier l’avoir vue, la précipitant ainsi  dans un long séjour à l’ombre. Huit ans plus tard, il apparaît clairement quelle a été condamnée hâtivement et elle est donc libérée et innocentée. Mais craignant qu’elle décide de se venger de Kawase Azumi, l’inspecteur Sakuma Manabu la suit. En route, Reiko est suivie par une fille aussi mystérieuse que violente, Mio, et dont les motivations paraissent bien peu claires.

Drôle d’idée que cette affiche promotionnelle toute en couleurs pastel car on est très loin de l’atmosphère qui sévit dans Nigeru Onna. C’est de très loin le drama qui m’a le plus captivé durant cette saison hivernale. Non que chaque épisode soit truffé de rebondissements. En réalité c’est tout l’inverse, on est face à un road movie tout en lenteur et privilégiant l’atmosphère et la psychologie des personnages. Autant dire qu’on est très loin des dramas habituels qui cherchent à alterner moments graves et moments humoristiques, le tout en pulsant la narration de thèmes musicaux illustrant la nature de telle ou telle scène. Ici on a surtout l’impression parfois d’assister à un long film indépendant découpé en six épisodes. Un coup d’oeil sur les deux personnes qui étaient derrière la caméra : il s’agit de Yuki Nakashima (inconnu au bataillon) et de Hiroshi Kurosaki, réal avec deux longs métrages à son actif : Hi no Sakana (2009) et Second Virginity (2011). Précisément ce dernier titre était un téléfilm mais n’importe, il y a dans ce Nigeru Onna une patte, patte que j’ai envie de revoir dans d’autres œuvres de de Kurosaki qui semble travailler essentiellement pour la NHK.

Pour terminer, ajoutons que la photographie est très propre, l’histoire, quoique minimaliste, n’a pas le temps de lasser en si peu d’épisodes, et le jeu des acteurs surtout est très convaincant. Celui des deux actrices surtout. Miki Mizuno est impressionnante pour restituer la fragilité et la violence contenu de son personnage. Physiquement, lorsqu’elle sort de prison, elle semble avoir perdu toute sa féminité et on assiste tout le long de l’histoire à une tentative de se reconstruire à la fois psychologiquement et physiquement. Elle parvient à retrouver une certaine beauté mais avec toujours un je ne sais quoi de brisé. Quant à Risa Naka, qui joue la mystérieuse autant qu’agaçante Mio, disons juste qu’elle nous paraît mûre pour jouer dans un film de Sion Sono. Cela sans ironie, elle est le parfait complément au personnage de Miki Mizuno.

4/5

Drama Express #2 : Dos Deka, Shitamachi Rocket et Suteki na sen TAXI

dos deka

DoS Deka

Pas de bol pour Shusuke Dankanyama : ce jeune flic doit faire équipe avec Maya Kuroi, inspectrice bien connue pour son caractère difficile et son goût pour faire souffrir les criminels. Elle se déplace toujours avec un fouet (qu’elle utilise au moins une fois par épisode) et une arrogance bien prononcée en bandoulière qui lui fait dire toutes les quinze minutes sa phrase fétiche :

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Tu es crétin ?

On le sait, depuis Holmes et Watson le duo d’enquêteurs que tout oppose a largement fait ses preuves. On retrouve donc la recette dans Dos Deka avec cette miss sadique et son candide de partenaire. Si certains épisodes n’excluent pas une certaine gravité, le ton est essentiellement humoristique. Le dosage m’a paru agréable, plus appréciable en tout cas que le pénible Sherlock et sa propension à déverser une auto-parodie constante et fatigante.

J’ai par ailleurs apprécié de voir comment les deux personnages principaux n’étaient pas cantonnés à un rôle. Daikanyama dépasse son apparence de débile profond et parvient à malicieusement titiller l’amour propre de Maya Kuroi. Quant à cette dernière, il est amusant de voir combien cette apparence quasi granitique de femme sérieuse et impassible s’effrite à la moindre contrariété. C’est un des petits plaisirs du show : voir le petit minois mutin de Mikako Tabe s’animer pour un oui ou pour un non d’une multitude d’expressions. Ici un sourcil froncé, là une moue enfantine ou un rictus sardonique.

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Dos Deka est une petite série policière agréable, pas révolutionnaire mais encore une fois bien conçue dans ses intrigues, son dosage d’humour et par ses personnages plutôt bien campés.

3/5

+

– Tabe Mikako et sa palette d’expressions.

– les relations aigres-douces entre Maya et son adjoint.

– Des histoires parfois bien barrées.

– Si l’humour peut servir d’excuse, on peut regretter que le personnage de Maya n’ait pas davantage été creusé.

– Le sadisme du personnage est bien gentillet.

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Shitamachi Rocket

Shitamachi Rocket

Kohei Tsukuda est un ingénieur qui a repris l’entreprise de son père spécialisée dans la fabrication d’objets de très haute technologie. Parmi ses chefs d’oeuvre, une petite valve destinée à être intégrée au moteur d’une fusée spatiale. Malheureusement, après l’explosion d’une fusée à cause de cette pièce, Tsukuda se retrouve au bord de la faillite. Les banquiers le considèrent comme de la merde et un ignoble concurrent copie sans scrupule la fameuse valve. Il refuse d’ailleurs de rester sur un échec. Bien décidé à poursuivre son rêve spatial, Tsukuda est bien décidé à améliorer sa valve pour la proposer à un ambitieux programme spatial de la Teikoku Heavy Industries…

Shitamachi Rocket, c’est un peu l’étoffe des héros mais cette fois-ci du côté des mécanos. A priori moins séduisant et pourtant, je serais bien hypocrite en disant que je n’y ai pas trouvé le moindre plaisir à cette histoire où foisonnent ingénieurs, banquiers, avocats, scientifiques et entrepreneurs de haute volée.

Shitamachi Rocket personnages

Précisons que si on est réfractaire aux bons sentiments, on risque de méchamment souffrir au visionnage. Car si les personnages masculins sont des durs, ils le sont aussi par leur manière de montrer leurs affects par une voix rugissante et des yeux perpétuellement rougis par les larmes. Loyauté et dévouement envers le shacho (le patron), le tout avec moult ganbaro, tel est le quotidien de ces admirables employés qui n’hésitent pas à faire des heures sup’ toute la nuit sans avoir l’audace de demander une augmentation, et encore moins d’en parler à leurs syndicats (de toute façon absents de l’histoire). A tenter surtout si, comme moi, vous avez un faible pour Hiroshi Abe.

3,5/5

+

– Hiroshi Abe en chef d’entreprise.

– Grosse classe de Koji Kakkawa en costard cravate.

– La série est conçue suivant deux arcs de 5 épisodes chacun. Ça permet de tenir facilement la longueur.

– J’eusse aimé un personnage franco-japonais de représentant syndical.

– Si pour vous bons sentiments et ridicules vont de pair, vous allez souffrir.

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Suteki_na_Sen_TAXI

Suteki na sen TAXI

Dans la vie, c’est bien connu, il y a des hauts et des bas. Mais il y a aussi des moments où il faut faire des choix qui peuvent avoir des conséquences cruciales sur le reste de votre vie. Les personnages du drama en font l’amère expérience un jour. Mais le hasard fait que dans leur malheur ils tombent sur un bien étrange taximan. Moyennant une somme rondelette, cet homme, grâce à son véhicule, leur permet rien moins que de revenir dans le passé juste avant où un fâcheux choix a été fait. Génial, sauf que modeler sa vie en rejouant une partie comme un simple jeu vidéo s’avère particulièrement délicat…

J’ai me beaucoup celui-ci. D’abord parce que Yutaka Takenouchi en taximan moustachu a la classe (les chauffeurs parisiens peuvent d’ailleurs essayer de s’aligner, ça ne leur fera pas de mal). Ensuite parce que l’on retrouve à l’épisode 5 la pulmonée Maya Koizumi (souvenez-vous). Enfin parce que chaque intrigue, avec ses multiples retours en arrière pour essayer d’améliroer les choses, est parfaitement menée. Cela pourrait être lassant au bout d’un certain nombre d’épisodes mais les scénaristes ont habilement su varier les situations pour empêcher tout sentiment de redite. Mention spéciale à l’épisode de l’employé viré qui tombe sur un billet de loterie gagnant et qui va tout faire pour le valider avant la date buttoir.

4/5

+

– Le propos, simple mais efficace.

– l’interprétation sobre et amusante de Yutaka Takenouchi.

– Des rebondissements qui relancent les flashbacks de manière ludique.

– Maya Koizumi largement sous-exploitée dans l’épisode 5 !

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Rivers Edge Okawabata Detective Agency

Rivers Edge

Normalement, après réveillon, les propabilités sont fortes pour que l’on se trimbale la même tête de déterré que Joe Odagiri dans le drama qui va ouvrir l’année pour BdJ. Mais là, pour une fois, tout s’est bien passé. Vautré dans le canapé à alterner quelques pages du tome 2 de Midi-Minuit Fantastique (que le père Noël m’avait judicieusement offert une semaine plus tôt) avec des épisodes de Rivers Edge, le tout accompagné de force chocolats et tasses de café, je n’ai pas mis longtemps à me refaire la cerise, bien aidé en cela par le sympathique générique :

On le devine, River’s Edge Okawabata Tanteisha est une série policière qui fera dans l’humour et, si l’on a bien vu Maya Koisumi à 0:44 en train de recaler ses énormes seins d’ex gravure idol, sexy. Le propos ? Okawabata Tanteisha est une miteuse agence de détectives située le long de la rivière Sumida. Miteuse mais tellement compétente qu’elle parvient à résoudre n’importe quelle demande de ses clients, y compris les plus farfelues. Pas d’histoire qui va être développée sur une saison, chaque épisode se consacre à une histoire traitée en une petite demi-heure. Un peu dubitatif lors du premier épisode, je suis très vite devenu accro, un peu comme pour ces dramas courts et reprenant toujours une même formule saison après saison (Shinya Shokudo ou Kodoku no Gurume).

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Le détective (Joe Odagiri), le patron (Renji Ishibashi), la secrétaire (Maya Koizumi)

Le schéma est le même : on commence dans l’agence où se trouvent le directeur de l’agence toujours concentré dans un travail important (finir une maquette d’avion, un puzzle…), la sémillante et pulpeuse Megumi plongée dans une occupation si possible bruyante et perturbante pour son patron :

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Par exemple lui montrer sa nouvelle tenue pour son petit boulot de serveuse dans un « milk bar » (pas besoin d’expliquer je crois) alors même qu’il s’apprêtait à coller la pièce 7b, véritable clé de voûte de sa maquette en cours.

… et enfin Muraki, plongé dans une sieste sur le canapé, sieste qui lui fait voir toujours en rêve le motif de l’arrivée imminente d’un client (ici petite touche Twin Peaks). Et quand ce dernier arrive, on n’est pas déçu, c’est toujours l’assurance d’être intrigué, voire de se payer une bonne tranche de rigolade devant le motif de la visite.

Entrée fracassante d’une cliente.

Ainsi, pêle-mêle, on a un ridicule duo de manzai, une femme cherchant une chambre de love hotel avec une caractéristique particulière, une sorte d’otaku qui, tombé amoureux de la voix féminine qui retentit dans les annonces d’un parc d’attraction, demande à l’agence d’identifier coûte que coûte la personne. Ou alors un salary man quadragénaire qui ne s’est pas lavé la main droite depuis 20 ans parce que cette dernière a serrée autrefois celle de son idole, idole qu’il aimerait revoir et remercier afin de tourner cette page de son existence (et laver à nouveau sa main). Exceptionnel aussi est ce boulanger dont le visage terrifiant et barbu le fait surnommer par ses clients le « boulanger terroriste » et qui a entendu parler d’un « concours de la tête la plus effrayante ». Terminons enfin avec cette femme qui, de son balcon, s’est amusée à chronométrer le parcours d’un jogger faisant sans cesse des boucles de 500 mètres, et a dressé cet effarant constat : cet inconnu (dont elle souhaite à tout prix connaître l’identité) est un exceptionnel athlète qui bat incognito tous les records du monde : marathon, 15000 mètres et 10000 mètres.

Le déroulement de l’enquête importe peu, il est souvent vite expédié, donnant lieu parfois à quelques effets de style autour de la silhouette nonchalantede Muraki. De temps en temps, c’est son boss qui joue de ses réseaux pour faire avancer l’enquête. Et parfois aussi, c’est Megumi qui joue de sa gouaille et de son charme pour épauler Muraki.

Enfin pas toujours, la douce enfant sait aussi jouer de son doigt.

La fin est toujours la même : le client obtient une réponse à sa demande mais est évidemment toujours bien différente de ce à quoi il s’attendait.

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River’s Edge Ookawabata Tanteisha est une petite série réellement pleine de charme que l’on aimerait bien voir réapparaître pour une deuxième saison. Ce qui est particulièrement réussi dans ce drama, outre ce concept du motif d’enquête totalement WTF, c’est la parfaite complicité qui transparaît à l’écran entre les trois acteurs principaux. Joli travail ici de Maya Koizumi qui, en plus d’en mettre plein les mirettes avec un appréciable fan service, apparaît comme un petit ouragan dans cette agence trop tranquille et parvient à susciter chez les visages austères de ses collègues des réactions parfois franchement impayables. Nulle violence ici (à deux exceptions près, je vous laisse les découvrir), juste des codes propres au polar dans un univers sous-terrain faussement ténébreux et dans lequel s’agitent dans leur quête d’équilibre des créatures aussi risibles qu’attachantes. Et lorsque retentit la musique du générique de fin, difficile de se retenir d’enquiller avec un autre épisode tant on s’est finalement senti plutôt à l’aise dans le décor foutraque de l’agence, en compagnie de ses sympathiques occupants. Probablement le meilleur « drama24 » de l’année 2014.

Sur ce je vous laisse. C’est parti pour une nouvelle année 2016, année qui devrait me voir repartir pour un certain pays durant l’été. En attendant cela la fine équipe de l’agence Okawabata se joint à moi pour vous souhaiter…

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あけまして おめでとう !

Drama Express #1 : Ishi no Mayu, Mutsu, Siren et Prison School

Envie de vous mater un drama mais vous ne savez que choisir parmi la pléthore de titres que produisent chaque année les chaînes japonaises ? Pas de panique, l’ami Olrik est là pour vous aider. Tel Bernard Pivot à l’époque d’Apostrophes, je n’ai qu’à taper du côté des fiches que me prépare Ayumi, ma studieuse collaboratrice aux capacités de lecture sans pareilles, pour vous informer de ce qui se fait de mieux du côté du petit écran. Ne vous attendez pas à des critiques détaillées, juste de courtes notices sur des dramas qui m’ont paru valoir le visionnage.

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Ishi no mayu (le Cocon de Pierre)

On a retrouvé dans le sous-sol d’un building le corps d’une victime recouverte de mortier. Le meurtrier contacte peu après au téléphone la police et la nargue en lui annonçant un deuxième cadavre à venir. Toko Kisaragi, jeune détective charmante mais ayant du mal à percer avec tous ces collègues masculins la prenant quelque peu de haut, va mener l’enquête…

On est dans un drama policier relativement bien ficelé et sérieux, très sérieux. Ici  pas de personnages de bouffons pour détendre l’atmosphère entre deux scènes chocs. Concentrée en cinq épisodes seulement, l’intrigue va à l’essentiel et déroule une progression intéressante mais pas non plus passionnante.

2,5/5

+

– Une volonté d’instaurer un climat malsain à base de crimes tordus et de morbidité. Pas non plus le Silence des Agneaux mais dans l’univers acidulé des dramas, ça m’a paru intéressant.

– 5 épisodes, ça va, c’est ce qu’il fallait.

  • Pas non plus ronronnant mais  je ne peux pas dire que je me suis enchaîné les épisodes avec la fièvre de savoir ce qui allait se passer.

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Mutsu (Indolore)

Eisuke Tameyori est un docteur avec un pouvoir bien pratique : il peut d’un simple coup d’œil détecter quelle est la maladie d’un patient. Surtout, il arrive à repérer des « marqueurs de criminalité », comprenez des signes physiques annonçant chez la personne qui en est atteinte une volonté de tuer. En découvrant cela, l’inspecteur Junichiro Hayase a tôt fait de venir voir le bon docteur pour lui demander son aide sur certains cas. Le problème est qu’Hayase lui-même n’est pas sans montrer certains de ces « marqueurs »…

On monte d’un cran. là aussi, le ton est essentiellement sérieux malgré la présence d’Ito Atsushi. Souvenez-vous, dans Densha Otoko c’était ce gus :

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Qui a dit : « on dirait Olrik tapant un article ! » ?

Forcément, le voir dans le rôle de l’inspecteur Hayase incite d’abord à la prudence. Mais Atsushi se démerde assez bien et sa composition d’un inspecteur hargneux et torturé se tient. De même que l’ensemble des acteurs finalement. C’est le gros plus par rapport à Ishi no Mayu. Autant dans ce dernier les personnages secondaires m’indifféraient, autant là, on a droit à une galerie de personnages qui donnent envie d’en savoir plus sur leur compte. Le fil rouge de l’intrigue est la sombre histoire d’une famille massacrée. Le soupçon se porte d’abord sur une jeune autiste dont s’occupe à l’hôpital la belle Namiko Takashima mais on se doute qu’il s’agit d’une fausse piste. L’évolution de l’enquête, associée aux affres de l’inspecteur d’Hayase ainsi que celles du docteur Tameyori qui ne sait pas s’il dit s’associer au prestigieux docteur Shiragami, ou encore celle de Takashima persécutée par un stalker, tout cela fait que le drama se laisse très facilement regarder.

3,5/5

Drama en 8 épisodes toujours en cours de diffusion.

+

– Une interprétation globale très correcte.

– Une intrigue générale et plusieurs sous-intrigues bien gérées.

– Une certaine noirceur (twist inattendu à la fin du 5ème épisode).

– Visionnage toujours en cours, difficile pour moi de voir des points négatifs. S’il y en a, je pense qu’ils seront à relier à la cohérence de l’intrigue et à son dénouement. Pour l’instant, après cinq épisodes, tout se tient.

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Siren

Shinobu Satomi et Yuki Inokuma sont policiers le jour… et amants la nuit. S’étant promis de se marier dès que l’un des d’eux accédera à la prestigieuse première division, ils rongent leur frein pour le moment et gardent secrète une liaison qui pourrait leur nuire professionnellement. Tout s’emballe lorsque leur chemin croise au détour d’une enquête la sublime Kara Tachibana qui n’est autre qu’une redoutable tueuse en série. Semblant porter un intérêt tout particulier à Yuki, l’araignée tisse sa toile et finit par s’approcher dangereusement de la jeune femme…

Je l’aime bien celui-là. Là aussi, on est surpris par certaines scènes violentes qu’il y a quelques années encore j’aurais cru incompatibles avec l’esthétique drama. Le couple Shinobu / Yuki fonctionne bien à l’écran, les rodomontades du commissaires Ando Minoru sont drôles (énorme chieur !) et la plastique longiline de la gravure idol Nanao dans le rôle de Kara, lui confère des allures de mante religieuse et parvient à lui donner à l’écran une présence menaçante assez convaincante.

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Prenant et sexy, Siren est le drama que je suis en ce moment avec le plus d’assiduité.

3,75/5

+

– Le couple de flics.

– Le personnage de Kara Tachibana.

– Des épisodes de 45 minutes qui défilent assez vite.

– Pas mal de bijins à l’écran, ça ne mange pas de pain.

– Pourquoi Satomi enquête-t-il sur Kara sans rien dire à sa copine ? Pour ne pas la rendre jalouse ? Mouais, un peu faible…

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Prison School

Kiyoshi Fujino et ses quatre comparses sont des gars heureux : ils ont la chance d’être les seuls mâles dans un lycée essentiellement féminin. Reluquer ici et là est un full time job mais tout s’écroule lorsqu’ils sont surpris à mater les filles au onsen (oui, c’est un lycée avec un magnifique onsen). La punition prévue par le règlement intérieur est terrible : durant un mois, ils vont être faits prisonniers et devoir obéir aux pires ordres de leurs matons en jupette…

Vous avez aimé Minna Esper Dayo, le drama de Sion Sono (pour rappel, on y voyait ce type de scène) ? Surtout, vous n’avez pas eu honte d’avoir aimé ? Ne cherchez plus, vous êtes mûrs pour mater Prison School. Adapté d’un manga, le drama enfile avec une belle constance les plans sur les boobs, sur les petites culottes, le tout recouvert d’une épaisse nappe d’humour débile à souhait. On est dans la plus pure tradition de Kimengumi, d’Harenchi Gakuen ou encore de Maicching Machiko Sensei. De quoi se détendre après les trois dramas policiers précédents. Pas de scènes violentes à redouter. En fait on serait plutôt dans une sorte d’anti-Daesh. Ici pas d’hommes supérieurs et petites bites obligeant les femmes à camoufler leurs lolos et leurs dessous. Dans ce monde, les hommes sont de sublimes fiottes qui sont au contraire prêts à tout pour mater ça :

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et encore plus ça :

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… prêts à tout y compris à se mettre minables, par exemple en léchant les bottes (au sens propre) de leur blonde tortionnaire. Ah ! Si la Terre pouvait être une gigantesque Prison School, je dormirais plus tranquille !

la note : selon les goûts, c’est 0 ou 5

+

– Des boobs et des culottes.

– De l’humour débile.

– Pas franchement la gloire si on se fait surprendre à regarder ce truc.

Attack of the psychotics clowns !

Amie lectrice, imagine : après avoir passé ce qu’il faut bien appeler une journée de merde, c’est-à-dire après avoir dû subir l’incompétence notoire de ton patron, supporter les remarques désobligeantes de quelques gros nazes dans le bus ou encore découvrir les multiples factures dans ta boite aux lettres et les étrons laissés sur la moquette par Youki, bref après cette dure journée tu décides de décompresser un bon coup. Pour cela, tu lances dans ton lecteur une sonate de Mozart et c’est le cœur un peu plus léger que tu te rends à la salle de bain pour prendre une douche bien chaude qui achèvera de te requinquer le corps et l’esprit.

Effectivement, ça marche ! L’eau chaude à tôt fait de te réconforter l’esprit et les sens. L’eau recouvre délicieusement ton corps d’albâtre et nettoie les moindres porosités de ton délicat épiderme. Tu te sens bien :

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Mais vraiment quoi !

… tellement bien que tu décides de prolonger le plaisir en augmentant de quelques degrés la température de l’eau. Est-ce vraiment raisonnable ? Pas sûr. En tout cas tu fermes les yeux et de douces images se mettent à danser en toi. Tu te souviens de ce moment béni où tu te délassais dans un onsen en face du Sakurajima :

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Un peu de poésie sur ce site, merde !

…mais tu imagines aussi ce que tu vas faire après ta douche. Sans doute déguster un verre de Nikka tout en consultant Bulles de Japon, ce merveilleux site où l’humour sophistiqué n’a de cesse de le disputer à une magique érudition. Cette perspective, conjuguée au pouvoir engourdissant de l’eau qui doit maintenant avoisiner les 40°C, te fait sentir toute bizarre et tu sens qu’il se passe quelque chose à la pointe de tes seins (qui, je me dois de le dire, rivalisent avec ceux présents dans ma mythique collection des « bijins de la semaine »).

Tu en es là dans tes confuses réflexions lorsque soudain, un bruit retentit derrière toi. Tu te retournes, et là…

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KYAAAAAA !

Oui, tu peux te mettre à hurler car un horrible clown vient d’ouvrir le vasistas pour te menacer avec une arme blanche ! Mais tout de suite, constatant ta panique, j’interviens. Comment ? En franchissant le vasistas pardi ! et en me précipitant vers toi à travers les vapeurs d’eau chaude avec ces apaisantes paroles :

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N’aie pas peur ! C’est moi, Olrik ! C’était juste pour te faire une blague ! Oh Oh Oh ! Viens dans mes bras que je te réconforte !

Déjà je jubile à l’idée de tenir fermement corps humide qui renvoie Vénus sortant des eaux à une vulgaire nageuse olympique d’Europe de l’est, mais hélas…

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KYAAAAAA !

Même hurlement, mais lâché cette fois-ci sur un ton plus rageur. Bon, peut-être l’ai-je un peu cherché. Mais que voulez-vous ? On ne peut pas être un saltimbanque de la japanosphère française et balancer tout le temps des perles du niveau de Tristan Bernard. Un peu déçu et déconfit, je refixe mon bridge et mes deux dents à pivot qui sont tombés par terre, et t’explique pourquoi j’ai enfilé ce ridicule costume.

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Ecoute… je vais t’expliquer.

C’était pour rire donc (bon, c’est raté, on va pas en faire tout un fromage non plus, hein !) mais, surtout, pour te faire découvrir ceci :

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« Le Clown infernal », par Edogawa Ranpo

Diffusé de 1977 à 1985, le drama Edogawa Ranpo’s Beauty series compta 25 épisodes à la gloire de l’oeuvre du maître japonais du roman policier teinté de perversions en tout genre (oeuvre qu’il resterait d’ailleurs largement à découvrir à travers une édition des œuvres complètes. Je dis ça, je dis rien). Le concept était simple : chaque épisode adaptait une nouvelle du maître (avec souvent Kogoro Akechi, son personnage fétiche de détective) MAIS avec à chaque fois une figure imposée : utiliser une bijin d’actrice qui, à un moment ou à un autre de l’épisode, devait montrer ses charmes afin de permettre au spectateur d’apaiser sa tension entre deux émotions fortes (pas sûr d’ailleurs que ce type de scène était le meilleur moyen) mais aussi aux producteurs de maintenir en érection l’audimat (et seulement cela).

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Comme de bien entendu, le titre pouvait être légèrement modifié. Exit « le Clown infernal », bienvenue « la Beauté des Blancs Nichons ». Tout de suite plus classe.

L’histoire est des plus simples : un clown criminel attaque des bijins ! Il n’en fallait pas plus pour me tenir en haleine devant mon écran et souhaiter que la maison poulagat mette le plus vite possible la main sur la crapule avant qu’un autre délicat épiderme sentant bon la fleur de cerisier ne soit abîmé. Que ceux qui ont été traumatisé par les clowns à cause de Stephen King se rassurent. Certes, le voir jaillir d’un buisson la nuit n’est guère rassurant mais toute ses détestables apparitions sont laaargement compensées par un casting féminin qui permet d’encaisser les coups presque avec plaisir. Une scène vous a fait méchamment sursauter ? Pas de panique, la prochaine sera plus cool :

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Pour être sûr que même les bigleux entravent, le maquilleur a sorti le giga grain de beauté postiche (c’est un détail important pour la suite de l’intrigue, si, si ! juré).

Urgh ! On découvre un cadavre coconisé façon Pompéi :

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C’est horrible !

Mais la police scientifique s’active et et choisi de découvrir une partie du cadavre. Allez, au hasard, visons la poitrine :

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Bye jove ! Que voilà un grain de beauté à forte teneur bijinesque !

A un moment on à droit à un numéro de ballet dans la plus pure tradition casse-noisette :

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Evidemment, qui dit danse dit effort, qui dit effort dit transpiration, et qui dit transpiration dit…

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scène de douche !

On sait qu’à l’époque de Psychose Hitchcock n’avait bien sûr pas pu envisager de montrer la poitrine de Janet Leigh lors de la fameuse scène de meurtre. 15 ans plus tard et au Japon, ce n’est évidemment plus la même musique :

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Euh, que faut-il regarder à l’écran ?

Etc etc. Comme à la parade, le cirque Ranpo alterne savamment les numéros de l’horrible clown avec ceux de la bijin ballerinisée ou shampouinisée. Avec aussi les efforts un brin confus des flics qui, dans leur obsession de mettre la main au collet du clown infernal, se précipitent et commettent d’inévitables bavures sur de braves clowns qui ne demandent qu’à gagner un peu d’argent en divertissant les lardons :

clown enfer 8– Je proteste énergiquement ! je suis un honnête clown !

– Ta gueule enculé ! Etat d’urgence, tu connais ?

Sexy mais dans les limites du raisonnable (on n’est pas non plus dans un roman porno cradingue), cet épisode, et avec lui la série entière du Edogawa Ranpo’s Beauty series, constitue une entrée en matière divertissante dans l’univers policier glauque mais très prenant de Ranpo. Si jamais le Caterpillar (tiré d’une nouvelle du maître) de Wakamatsu vous a déplu et découragé d’explorer plus avant son oeuvre, n’hésitez pas ne serait-ce que que pour la musique 70’s et le casting féminin. Sur ce, je vous laisse et vous dis :

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A mercredi prochain les amis !

PS : Concernant le titre de l’épisode, il est possible que ce soit un clin d’œil à un roman porno dans lequel jouait Yuko Katagiri, une des actrices de l’épisode. Le film s’intitulait :

Jokosei-Report-Yuko-no-Shiroi-Mune-(1971)

Les Blancs Nichons de Yuko

Les adaptateurs de la série étaient apparemment des farceurs.

LIQUID (2015)

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Sagara Shuichi, banquier à Tokyo, décide de démissionner alors que sa vie connaît un important tournant. Sa femme est partie vivre avec sa fille, agacée de voir un mari absorbé par son travail et pas assez concerné par l’idée de famille. Et cette idée prend encore plus de plomb dans l’aile lorsqu’il apprend que sa mère vient de décéder. Comprenant que sa vie a alors un arrière-goût de ratage dans les grandes largeurs, il décide de tout plaquer pour reprendre la distillerie familiale et fabriquer un saké qui doit atteindre des sommets. Pour cela, il fait appel à une vieille légende du saké, Washio Yusaku dit « le Démon »…

Après les aventures gastronomiques de Goro Inogashira, il me fallait bien enchaîner avec un drama consacré cette fois-ci à la pichte. Je n’eus pas longtemps à chercher si un tel drama existait puisque je m’aperçus que la NHK avait diffusé en avril une mini-série (seulement trois épisodes) intitulé LIQUID.

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Les 7 Mercenaires du saké

Ça tombait bien mais attention car celui qui espérerait retrouver l’esprit malicieux de Kodoku no Gurume tomberait de haut. Car on ne déconne pas avec l’alcool et encore moins avec le seigneur des breuvages du soleil levant, à savoir le saké.  D’humour, nous n’en aurons pas la moindre once, de la gravité et du didactisme (rien ne sera oublié concernant les différentes étapes de fabrication du saké), ça oui, la mini-série en offrant jusqu’à plus soif. Pas sérieux s’abstenir donc. Mais si vous êtes paré pour un trip hivernal pour suivre la quête sacrée d’une poignée de fous furieux dingues de l’art ancestral du saké, il y a de quoi rester charmé devant son écran et savourer ces plans nous montrant un liquide transparent et mystérieux et dont on devine qu’il y a dans son arôme et son goût un quelque chose qui le rapproche d’une boisson divine.

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On est dans la même approche que celle du manga la Goutte des Dieux, l’alcool comme breuvage incarnant une idée de perfection et agissant comme un révélateur de la personnalité de celui qui le goutte et, en l’occurrence pour LIQUID, qui le fabrique.  Sagara comprend l’importance qu’ont pour lui sa femme et sa fille, tandis que Washio Yusaku, en trouvant l’étape ultime de sa carrière , jettera un regard sur ses erreurs passées et fera oublier son surnom de « Démon ».

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C’est court donc, seulement trois épisodes qui, associés à l’excellent casting (mention spéciale au vétéran Tsugawa Masahiko, parfait en patriarche atrabilaire de l’alcool), à l’ambiance hivernal et feutrée ainsi qu’à une musique traditionnel alternant cordes et percussion (magnifique générique de fin !), on est finalement sous le charme de ce qui, comme pour Kodoku no Gurume mais d’une manière radicalement différente, constitue un spectacle sensoriel qui, le générique terminé, donne aussitôt envie de se mettre à table. Seul regret finalement, qu’il n’y ait que trois épisodes. Mais à l’image du saké « Yuki Otomé » que l’équipe de Sagara parvient à élaborer, le plaisir n’est pas toujours lié à la quantité qu’on s’ingurgite.

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Don’t shoot !! Idol Insiders (2012)

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Après Xenos, retour sur drama24 en quête de chair fraîche et de dramas remplis de rondeurs que l’on ne verra jamais dans Joséphine Ange gardien. Et là, attention les yeux, car ce n’est même pas un gros poisson que j’ai pêché mais carrément le Leviathan itself puisque, dans le drama du jour, il y sera question de…

20, oui, rien moins que 20 gravure idols ! Quoi ? Comment ? Par quel miracle ? Calmez-vous, c’est tout simple, tout est expliqué ici (je traduis après) :

En 2012 la chaîne TV Tokyo mit en place un programme de recrutement afin de sélectionner un escadron du gratin des gravure idols, dans le but de créer un groupe de sept beautés représentant la chaîne. Le drama raconte l’expérience sauf qu’il s’agit ici d’un faux documentaire (on passe sur l’aspect « mockumentary », ces documentaires qui parodient le genre puisque Don’t shoot joue plutôt sur un mode sérieux). Si les gravure idols sont bien réelles, le concours est faux, juste prétexte à montrer l’envers de la dure vie d’idols :

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?!

Euh, hum ! oui, enfin, prétexte aussi à montrer une multitude de boobs et de derrières bikinisés. Bon avouons-le tout de suite, on ne va pas non plus se coltiner un drama pour voir uniquement des gravure idols marcher dans les rues en doudoune. On a donc son large lot de racolage inoffensif et c’est du reste cohérent par rapport au doux métier de ces donzelles. L’une d’elle le rappellera crûment à une de ses collègues qui avait tendance à l’oublier.

Mais réellement, il faut reconnaître au drama une jolie réussite dans son projet d’intéresser sur ce qu’il se passe dans la vie d’une gravure idol dès qu’il n’y a plus d’objectif devant elle et que cesse le sourire stéréotypé. Passé le premier épisode qui met en place « l’intrigue », le spectateur va suivre la quotidien de neuf gravure idols (une par épisode) avec les affres qui pourrissent plus ou moins leur chienne de vie. Ainsi, pêle-mêle :

– Des séances de shooting parfois inconfortables :

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En bikini sur une branche d’arbre, en plein hiver et avec des photographes assez mufles pour ne pas vous aider à descendre dès qu’ils en ont fini avec vous.

– Les rivalités et jalousies mesquines de concurrentes :

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– La tentation de fonder un foyer avant qu’il ne soit trop tard

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– Des agents casse-bonbon :

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Sauf lorsqu’ils se font oublier à boire de la bière au milieu d’un décor de bon goût.

– les dérapages de carrière qui peuvent mener à des expériences de franche prostitution ou d’AV :

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– La pression des fans, cette sale engeance :

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– Les stalkers :

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– Être une gravure idol quand on se rapproche de la trentaine :

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Parce qu’à 30 berges, être en bikini, avoir des oreilles et des pattes de chatte et laper une écuelle de lait, ça commence à ne plus trop le faire.

– Être jolie, certes, mais aussi essayer de montrer une personnalité pour sortir du lot :

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Natsumi Kamata dans l’épisode 10.

– Se coltiner du présentateur TV relou :

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Le lubrique Ijiri Okada.

– Avoir une petite poitrine :

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– En avoir une forte :

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Liste à laquelle on pourrait ajouter la difficulté d’avoir une vie affective correcte, accepter d’être un objet sexuel, la médisance des réseaux sociaux, etc. etc. je cite de visu, je suis sûr d’en oublier. On comprendra que Toranaide Kudasai!! Gravure Idol Uramonogatari  foisonne de petits détails qui donnent l’impression d’une immersion réaliste dans  l’univers des gravure idols. Et pour les fans japonais de telle ou telle idol qui risquerait d’être sidéré par les révélations de sa star, pas de panique : le générique de fin de l’ultime épisode révélera bien que tout cela, c’était pour de faux. Chacun pourra donc continuer de brûler d’amour pour son idol. Sauf que tout n’est pas si simple. D’accord, les jeunes femmes font semblant d’être naturelles. Elles ont appris un rôle et le restitue à l’écran, certaines d’ailleurs avec plus de facilité que d’autres (Ayaka Komatsu notamment, sa prestation complète à merveille son rôle muet dans miss zombie et montre qu’il y a un réel potentiel d’actrice). Mais où se situe la frontière entre fiction et réalité ? Puisque leur rôle mêle fiction et réalité (par exemple les atouts mammaires et l’âge « avancé » d’Anri Sugihara, ou encore le fait qu’Ayaka Komatsu ait joué dans le drama de Sailor Moon, source de moqueries pour certaines concurrentes), on peut se poser des questions sur le contenu de leur répliques et l’adéquation avec leur situation personnelle.

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Le blues de la gravure idol.

Que Yuu Tejima (dans l’épisode 9) soit incroyablement naïve dans ses relations masculines, on peut penser que cela ne reflète pas la réalité, que l’idol aurait été gênée à l’idée de révéler ainsi sa vie privée. Mais que l’on apprenne que Nana Ozaki (épisode 4) ait un petit boulot dans un restaurant pour arrondir ses fins de mois, cela ne semble pas invraisemblable, on se dit pourquoi pas ? Autrement dit le drama constitue un tissu crédible de petits faits vrais qui sonnent comme autant de possibles dans le monde des gravure idols. Et du coup, on a parfois l’impression que les modèles ne font pas semblant d’être naturelles mais qu’elles font semblant de faire semblant d’être naturelles. C’est pour de faux ? En fait c’est pour donner le change. Mais en réalité, c’est un trompe-l’œil tellement bien foutu qu’on en arrive à avoir des doutes sur la facticité des larmes que les héroïnes ne manquent pas de faire couleur sur leurs délicates joues au moins une fois par épisode. D’ailleurs, sur ce point je vais rassurer Anri Sugihara : le trentaine ou pas, elle peut déballer des photos de nu quand elle veut, ce sera tout respectueusement que nous les contempleront !

Série atypique, Don’t shoot réussit son pari de faire vivre de l’intérieur l’univers des gravure idols sans monotonie, chaque portrait d’idol permettant de développer certains aspects de leur vie. Dans sa réalisation, l’aspect faux documentaire est réussi mais on appréciera aussi la prestation de bon nombre d’idols. Pour des personnes qui n’arrêtent pas de clamer que leur but ultime est de devenir actrice, on se dit qu’il y a effectivement du potentiel. Elles le prouvent en tout cas ici puisque, n’oubliez pas, Don’t shoot est une fiction. Enfin, normalement…

8/10

+

– Le propos et les moyens pour le mettre en oeuvre.

– Des gravure idols dans leur vie privée.

– Dans l’ensemble des portraits variés.

– Des jeunes femmes qui pourraient effectivement prétendre au métier d’actrice.

– Ayaka Komatsu, ma pref’.

– Quelques modèles moins convaincantes.

– le côté « ganbare » qui clôt systématiquement chaque épisode.

– A ce titre, il manque des histoires se terminant mal.

Ghost Writer (2015)

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Risa Touna, auteur de best-sellers au sommet de sa carrière, doit maintenant faire face à la perte de créativité. Le hasard met sur son chemin Yuki Kawahara, jeune provinciale talentueuse qui se donne un an à Tokyo pour devenir romancière. Rêve qui pourrait devenir réalité si elle ne se heurtait pas à un monde de l’édition peu enclin à prendre des risques financiers avec de jeunes auteurs inconnus. Néanmoins, elle va pouvoir écrire grâce à sa rencontre avec Hayato Oda, jeune cadre travaillant chez l’éditeur publiant les livres de Touna. Il s’avère qu’il cherche quelqu’un pour être l’assistant de la grande romancière. Yuki accepte le job et, si son rôle se limite d’abord à apporter le thé, elle ne tarde pas de fil en aiguille à mettre en valeur ses compétences d’écrivaine, tant et si bien que Touna, après quelques réticences, finit par lui proposer de devenir son nègre…

 Drama très recommandable que ce Ghost Writer. Si la rivalité entre deux femmes est un motif pour le moins banal, choisir le cadre du métier d’écrivain et la question de savoir qui, de l’auteur à succès au nègre, est la béquille de l’autre, l’est moins. Au début, un peu à la manière d’un Dumas avec le trvail d’Auguste Maquet, Risa se contente de retoucher les manuscrits que lui apporte Yuki, d’y apporter sa patte. Et puis, assez vite, elle se contente d’y apposer sans vergogne sa signature et continue de jouer sans aucune gêne le jeu des médias, très à l’aise dans des mensonges qui vont peu à peu décevoir Yuki et l’inciter à changer cette situation. Des frictions vont apparaître entre les deux femmes et l’évolution de la confrontation de leur personnalité promet dès le deuxième épisode d’être passionnante.

On apprécie le travail des deux actrices qui ont su donner à leur personnage des facettes contribuant à effacer tout manichéisme. Ce n’est en effet pas d’un côté la gentille jeune romancière contre la méchante auteure de best-sellers. Risa est froide et assez peu sympathique mais à aucun moment elle ne se rend haïssable. Au contraire, on aurait même parfois  un sentiment de pitié envers cette femme arrogante qui semble tout maîtriser mais qui en fait ne maîtrise  rien : son inspiration lui échappe, tout comme sa vie privée avec un fils lycéen qu’elle a bien du mal à élever et une mère atteinte d’Alzheimer, source de soucis dans le présent mais aussi de rancoeurs liées au passé. Pour sa vie intime, ce n’est guère mieux : sa liaison avec son rédacteur en chef, joli crapule surtout préoccuper à veiller sur la poule aux œufs d’or, n’a rien de vraiment réconfortant.

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La vie aseptisée de Risa Touno

Quant à Yuki, si sa colère est bien compréhensible, elle fait aussi montre parfois d’un esprit calculateur qui rend volontiers des points à celui de Risa. Admiration et haine mutuelles vont peu à peu se mêler et tisser une intrigue sur sept épisodes très prenante. Les trois derniers prendront une tournure différente mais assez réussis dans l’orientation choisie pour poser la fin.

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La vie plus ordinaire de Yuki. À noter que l’inspiration créatrice est symbolisée par cette prolifération de phrases dans l’environnement de l’artiste. 

Au-delà de cette rivalité, la série s’essaye aussi de donner une idée sur la réalité du milieu de l’édition japonais. Difficile de dire jusqu’où va le réalisme, mais il est intéressant de noter cette pratique de la prépublication de romans dans des magazines, un peu comme ce qui se fait du côté des mangas avec Young Jump et consorts. Avec un même point commun : on peut être une star dans son domaine, et en tant que tel on aura droit à certains égards, il n’en reste pas moins qu’on se doit d’être pro : comprenez de respecter les délais et de faire vendre. Oublier une deadline n’est pas un simple incident, c’est une faute qui tout de suite va égratigner votre réputation. Prendre son temps pour mûrir un roman, travailler le style ? Cela semble impossible tant l’écrivain semble être pris dans un engrenage qui l’identifie au bout du compte à une marque, un produit marketing qu’il se doit d’honorer. C’est ce qui ressort du personnage du rédacteur en chef et du patron du magazine pour lequel Risa travaille et pour lesquels un écrivain est quelque chose de jetable dès qu’il ne répond plus aux attentes.

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Plongée intéressante dans le milieu de l’édition donc, même si l’on se dit que l’on aurait pu y trouver des personnages qui auraient encore pu l’approfondir. La critique littéraire est par exemple limitée à des commentaires d’internautes sur twitter ! On aurait pu imaginer autre chose, par exemple le critique littéraire langue de pute ou le critique éclairé qui, par sa sagacité, aurait pu suspecter des faits de langue dans les livres de Risa susceptibles d’éveiller ses soupçons. Même chose avec les personnages d’écrivains. En voyant cette série on a l’impression que pour être un auteur à succès au Japon, il faut avant tout porter un tailleur et des escarpins. On aura compris que Risa et Yuki ne sont pas vraiment le genre Charles Bukowski. Ce côté policé est un peu dommageable, donnant une certaine fadeur à la figure d’écrivain. Il y en a bien un autre, un jeune romancier primé, mais le personnage est insignifiant, caricatural et n’a aucun impact sur l’intrigue. De même la rivale de Risa apparaissant au premier épisode : tailleur et escarpins de rigueur et, si l’on se dit qu’il y a chez elle un potentiel de peau de vache, le personnage est finalement abandonné.

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La table de corrélation des persos : on en a connu de plus fournies dans les dramas.

Du coup on se dit que la série souffre peut-être aussi de son calibrage en dix épisodes. Certaines scènes laissent parfois sur notre faim (un procès qui tourne court), certains aspects auraient pu être développés (le poids d’internet et des réseaux sociaux) mais pour cela, il aurait probablement fallu deux saisons au lieu d’une. Il n’importe, Ghost Writer reste encore une fois un bon drama qui réserve à chaque épisode son lot de surprises, à condition d’arrêter une minute avant la fin pour échapper aux insupportables teasers bien trop explicites. D’ailleurs, à ce sujet, il faut aussi évoquer le gimmick de l’anticipation au début de chaque épisode avant d’enchaîner avec un flashback. On imagine les scénaristes influencés par Breaking Bad mais là où cette série parvenait à révéler sans trop en dire, à conserver du mystère, à susciter l’inquiétude du spectateur, il faut reconnaître que cette technique dans Ghost Writer est un peu faite avec des gros sabots et contribue à atténuer le plaisir. L’effet de style est là, mais pour arriver à l’excellence made in Vince Gilligan, il y a encore du boulot.

Xenos (2007)

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Pas de chance pour Ishibashi Naoto : alors qu’il vient de se marier avec Saki, somptueuse créature apparemment bien sous tous rapports, voilà que celle-ci disparaît purement et simplement sans laisser de trace. Pire, alors que le jeune journaliste mène l’enquête, il s’aperçoit que l’identité de sa femme était fausse. A cela s’ajoutent rapidement des menaces de mort, une femme détective sexy mais guère rassurante, un politicien véreux et un étrange club, le Xenos, dans lequel des femmes sont mises aux enchères pour faire certaines choses…

On aura compris que l’intrigue de Xenos s’avère particulièrement abracadabrantesque et qu’il ne vaut mieux pas avoir l’esprit cartésien pour apprécier le visionnage de ces douze épisodes d’une demi-heure chacun. On est en plein roman feuilleton, avec des retournements de situations et des révélations savamment disséminées pour relancer l’intérêt d’une intrigue qui dans l’ensemble se tient agréablement. Assez vite le spectateur découvre (sans trop de surprise) qui est la méchante femme qui a kidnappé la belle Saki mais beaucoup de questions restent encore à élucider, notamment celle consistant à savoir qui est ce mystérieux monstre aux trois yeux, traumatisme d’enfance qui pollue l’esprit de Naoto. On songe ici à 20th Century Boys et sa bande de héros ayant un secret bien enfoui dans leur enfance. L’intrigue est ponctuée de plusieurs flashbacks qui permettront de découvrir quelle grosse bêtise Naoto et ses amis ont pu bien faire quand ils étaient gamins et surtout quels liens avec le présent le héros pourra tisser pour découvrir l’identité du coupable (l’enlèvement de Saki étant le moindre des crimes commis tout le long de la série).

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Après, là s’arrête le point commun avec 20th Century Boys car à la lecture du pitch vous aurez sans doute compris que Xenos, tout comme Mina Esper Dayo! de Sion Sono, fait partie des « drama 24 », ces dramas diffusés sur TV Tokyo le vendredi soir à minuit pour cause de violence et de nudité prononcés (enfin pas toujours). Et, il faut bien le reconnaître, ce sont bien ces deux ingrédients qui donnent tout son sel et son intérêt à cette série qui va gentiment contraster avec le tout-venant de la production drama de la TV japonaise. Pas non plus de quoi s’accrocher aux accoudoirs de son fauteuil mais enfin, l’intrigue baigne dans une ambiance dangereuse qui ponctue son développement d’assassinats aux moyens variés (arme blanche, asphyxie, strangulation, incendie, etc.).

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Mais surtout, il y a des boobs…

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… beaucoup de boobs :

Et éventuellement des auto-léchages de lèvres qui n’augurent jamais rien de bon pour le héros :

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Regarder Xenos, c’est un peu comme regarder Cocoricocoboy à l’époque le samedi soir, on savait qu’à un moment allait apparaître la « playmate du samedi soir ». C’est la même chose ici puisque à un moment ou à un autre, on sait que le réalisateur nous offrira une petite escapade au sein (c’est le cas de le dire) du club Xenos où l’on assistera aux éructations d’un public masqué et décérébré en train de hurler des enchères pour se procurer les services d’une donzelle sans doute recrutée dans les meilleurs clubs de Kabukicho ou dans le circuit de l’industrie AV (Sena Ayanami). Evidemment aucun intérêt pour l’intrigue mais comme cette dernière est bien souvent insoutenable, il faut bien reconnaître que la vue que d’une bijin arborant fièrement ses tétons à de quoi décompresser le spectateur mâle, tout comme d’ailleurs la belle densité de bijins à la minute carré. Nues, en sous-tifs, habillées, attachées, avec un fouet ou courant dans la rue uniquement vêtue d’une robe déchirée et tâchée de vin, des rôles principaux aux figurantes on ne trouve pas un seul laideron ! C’est ça la magie des « drama 24 » qui fait que, conjugué à une mise en scène à la fois formaté mais soignée (avec des plans parfois pas dégueulasses, et pas uniquement ce genre-là !), Xenos apparaît somme toute comme un thriller érotique relativement intéressant et parvenant à conserver des révélations jusqu’au dernier épisode.

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Kodoku no gurume (le Gourmet Solitaire)

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Après le froid, la neige et l’alcool, c’est le moment d’évoquer le quatrième élément pour achever de faire de cette période de fêtes une période gagnante, je veux bien sûr parler de la bouffe. Et là, quoi de mieux, entre deux réveillons, histoire d’entretenir l’appétit, que de se mater des épisodes de Kodoku no gurume ?

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Le héros du jour. Ne pas se fier aux apparences fluettes : cet homme est un gouffre.

Drama adapté du manga de Jirô Taniguchi, le Gourmet Solitaire, KNG en est à sa quatrième saison et propose à chaque fois la même formule : un salary man, Goro Inogashira (joué par Matsushige Yutaka), atterrit dans un quartier de Tokyo ou dans une ville plus éloignée pour un motif quelconque. En fait on ne sait pas trop en quoi consiste son boulot et on s’en tape complètement. Tout n’est qu’un prétexte, prétexte à le voir sortir d’une station de métro ou de train (on sait combien la thématique ferroviaire participe à une géographie culturelle toute japonaise), d’arpenter un quartier, d’entrer dans des magasins (au sens large : de l’épicerie de quartier à la galerie d’exposition en passant par le club de danse) et, à un moment, de sentir les affres de la faim :

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A chaque fois on a droit à ces quatre plans successifs qui vont s’élargissant et qui font comprendre au spectateur, après les amuse-gueules que sont les petites découvertes que fait Goro dans le quartier du jour, qu’arrive le plat de résistance de l’épisode, à savoir la recherche du lieu qui va lui permettre de surmonter sa fringale. C’est le début d’une quête du plaisir gustatif. Au-delà des plats qu’il va s’enquiller, ce qui compte tout autant sont ces instants qui précèdent le moment où les baguettes vont offrir la première bouchée à son palais de gourmet/and. Recherche du restau donc, avec les inévitables tergiversations :

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Entrer ou ne pas entrer ? That is ze question.

Puis arrive l’entrée dans le lieu élu, avec la découverte visuelle de l’endroit et les sentiments (soit Goro est charmé, soit il est un peu dubitatif, voire inquiet) qui l’accompagne.

Suit l’observation des éventuels clients :

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… de ce qu’ils ont dans leur assiette :

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et bien sûr de la carte qui peut être basique, limitée à une spécialité, ou particulièrement fournie, comme c’est le cas de ce restaurant de cuisine chinoise dans le premier épisode de la saison 2 :

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Dans ce restaurant illustré par les screenshots de l’article, on voit combien on est ici plus proche d’une cantine que d’un restaurant trois étoiles. Cela n’a aucune espèce d’importance puisque ce qui compte, c’est la découverte d’un lieu qui saura procurer une nourriture simple mais bonne, et surtout révélatrice d’un plaisir particulier liée au passé de gourmet de Goro. Très souvent en effet, les plats choisis réactivent des souvenirs et décuplent du coup le bonheur d’être atterri dans tel restau. Envoyer le personnage dans un restau français trois étoiles n’aurait pas de sens : ce qui compte c’est l’immersion dans un présent gustatif qui va fusionner avec  un passé rassurant qui montrera que le Japon, en dépit de ses mutations (Goro est souvent surpris au début d’un épisode de voir combien le quartier où il se trouve a changé par rapport au souvenir qu’il en a), reste attaché à des valeurs communes au sommet desquelles on trouve la nourriture japonaise dans ce qu’elle peut avoir de plus varié, sain, goûtu et accessible. Vision simple mais, pour qui en a déjà fait l’expérience au Japon, particulièrement vraie. S’aventurer dans un restaurant qui ne paye pas de mine a souvent bien des chances de s’avérer fructueux.

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Bref arrive LE moment décisif pour Goro, celui où il va connaître joie ou désillusion, le moment où la première bouchée va sa confronter à son palais de fin gourmet (qui, notons-le, sera pure de toute effluve alcoolisée puisque Goro, tout le long du drama, ne boit pas la moindre goutte d’alcool). On s’en doute, il n’y a guère de suspense puisque le drama se veut très positif dans la présentation de petits restaus qui existent réellement (intérêt supplémentaire pour le téléspectateur qui habite la capitale et qui peut ainsi découvrir des perles insoupçonnées). Succombant à l’enthousiasme, Goro, ce personnage au visage émacié, se transforme alors en un ogre prêt à commander une deuxième voire une troisième fois pour découvrir au maximum que lui permet son estomac les arcanes du menu proposé. Les images alternent les plans rapprochés des mets qu’il s’ingurgite avec ceux de son visage ne s’embarrassant d’aucune retenue.

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Le bonheur se lit sur son visage et le spectateur ne tarde pas à être lui aussi bêtement heureux de voir quelqu’un en train de prendre son pied à se remplir la panse. Les « umai ! », « oishi ! » et autre « ii na ! » se mettent à fuser tout comme les métaphores qui donnent alors à la scène des allures de bataille épique. Pas le temps de parler avec les voisins (ou alors de façon sporadique) : Goro est trop occupé à se parler à lui-même, à faire des commentaires sur un lieu et une nourriture avec lesquels il est en parfaite communion. Plus qu’un simple lieu de restauration, le restaurant du jour est un ami avec lequel Goro va dialoguer mentalement et gustativement, et c’est repu de cette nouvelle amitié qu’il pourra quitter l’endroit au générique de fin, accompagné d’une délicieuse musique scandant son prénom.

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ごちそうさまでした !

Pour le spectateur, en revanche, c’est le moment délicat car le visionnage de ces délices gustatifs sonnent souvent pour lui le début d’une horrible fringale. Les émotions télévisées, quand elles sont de cette qualité, ça creuse.

A noter que chaque épisode se termine avec un mini reportage dans lequel on voit Kusumi Masayuki (Qusumi pour les intimes) le scénariste du drama (mais aussi l’un des concepteurs de l’excellente B.O. du drama) retourner au restau du jour pour y tester lui aussi la nourriture (et la boisson car contrairement à Goro, le gars a la descente facile). Petit contrepoint sympathique qui permet de voir le visage des tenanciers de l’endroit et de prendre la température du lieu en live.

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On peut parier que le drama culinaire est un genre qui n’en est pas à ses débuts et j’avoue humblement que je n’en suis pas un spécialiste. Néanmoins, Kodoku no Gurume est le drama à voir pour peu que l’on ait une petite provision mentale de souvenirs liés à Tokyo et à la bouffe japonaise. Evidemment le plaisir est augmenté pour peu que l’on soit un peu connaisseur de cette dernière. Pour les béotiens, laissez-vous tenter tout de même, ne serait-ce que pour constater que l’addiction à une série TV n’est pas nécessairement liée à une profusion de personnages ou à une intrigue avec rebondissement à gogo. Un homme, un restaurant, un plat concocté avec amour, telle est la recette pour vous scotcher à l’écran une demi-heure durant.

Enfin, pour les fans du drama qui désespèrent à l’idée d’attendre une année avant de se mettre dans la panse une nouvelle saison, je fais suivre le conseil d’une Japonaise de mes amies. Shinya Shokudo, dans lequel joue Matsushige Yutaka, semble valoir le coup d’œil.

Et ici s’achève le dernier article de l’année 2014. Bulles de Japon reprendra autour du 10 janvier, le temps de bien digérer (dans tous les sens du terme) le début d’année. D’ici là, Hiroko Kumata se joint à moi pour vous offrir des bulles d’un autre type que les miennes et vous souhaiter un excellent réveillon.

meilleurs voeux

House of Bugs (Kiyoshi Kurosawa – 2005)

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Avant Shokuzai, Kurosawa avait déjà fait plusieurs incursions dans le monde du drama. Ainsi ce Kazuo Umezu’s Horror Theater tout à la gloire du maître du manga d’horreur :

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Le résultat sachant que Kurosawa est un fan de l’œuvre du maître ? Ce House of bugs parfaitement maîtrisé, un petit joyau de 59 minutes à la construction narrative disloquée mais imparable.

En apparence, Renji et Ruiko forme un couple sans histoire. En apparence seulement car derrière la façade, Renji s’avère être un mari jaloux qui n’a qu’une obsession : que sa femme reste cloîtrée à la maison, persuadé qu’il est qu’elle l’a déjà trompé plein de fois. C’est en tout cas la version que Ruiko donne à son cousin venu chez elle pour lui demander ce qui ne va pas. Pendant ce temps, Renji est sur le chemin de la maison, en compagnie de sa maîtresse, et donne à cette dernière une tout autre version : si Ruiko ne sort pas de chez elle, c’est parce qu’elle l’a bien trompé, qu’ils ont déjà eu à des disputes à ce sujet et qu’elle s’est enfermée depuis dans un monde imaginaire.

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Renji et Ruiko

A cela s’ajoutent deux interprétations de la Métamorphose de Kafka que donnent chacun de leur côté les personnages. Pour Ruiko, Gregor Samsa se transforme en insecte à cause de son environnement familial hostile, de la rigidité paternelle notamment. Pour Renji, c’est à cause de Gregor lui-même, personnage fuyant la réalité et s’enfonçant dans son monde imaginaire. Qui donne la bonne interprétation ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? Autant de questions auxquelles il faudra vite répondre avant que Ruiko ne se transforme pour de bon elle aussi en insecte, à moins que ce ne soit déjà fait.

Sans être un chef d’œuvre, House of bugs m’est donc apparu comme une jolie petite chose à la construction narrative intéressante. Kurosawa joue sur quatre fils narratifs alternant savamment l’un après les autres et titillant suffisamment la curiosité du spectateur pour ne pas lui faire voir passer les 59 minutes. Pour filer la métamophore des insectes, Kurosawa tisse parfaitement sa toile en jouant de quatre strates temporelles :

1) les malheurs passés de Ruiko se confrontant à la jalousie maladive (et parfois violente) de son mari.

2) les malheurs passés de Renji devant faire face aux infidélités de sa femme.

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3) Ruiko accueillant son cousin pour lui raconter ses malheurs.

4) Renji, à bord de sa voiture avec sa maîtresse, racontant les siens.

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On comprend que lorsque Renji arrivera chez lui nous aurons droit au dénouement qui révélera lequel des deux, de Ruiko ou de Renji, a fourni la bonne interprétation de la Métamorphose.

Une fois n’est pas coutume, on retrouve pas mal de détails appartenant à l’esthétique de Kurosawa. Ainsi la femme vêtue de rouge :

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Evidemment, il s’agit de Ruiko, femme trouble et inquiétante derrière une façade angélique.

Les appartements sombre, puant la solitude et dont la seule animation provient d’un rideau blanc s’agitant faiblement :

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Ou encore ces plans nous montrant les deux personnages discutant à bord d’une voiture. On pense ici à certains plans de Real qui ne se cachaient absolument pas de montrer que ces plans avaient été tournés en studio devant une rétroprojection.

Real est d’ailleurs un film avec lequel House of Bugs entretient beaucoup de points communs. De par sa construction narrative imbriquée, mais aussi par sa porosité entre réalité et surnaturel (dans Real, on pense aux scènes dans l’appartement de la mangaka) et, sans trop dévoiler, un petit retournement final qui montre que le personnage le moins armé pour capter la réalité n’est pas celui que l’on croit. Au-delà de Real, on peut aussi rattacher House of Bugs au premier épisode de Shokuzai (avec la jeune épouse obligée de rester chez elle par un mari possessif) ainsi que le troisième avec la « fille ours » cloîtrée chez elle et pas non plus étrangère aux insectes :

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Dans tous les cas, House of Bugs confirme une chose propre à l’univers de Kurosawa : la vie de couple y est quasi impossible tant chacun des membres peut apparaître pour l’autre comme un fantôme. Ce qui n’est guère surprenant pour l’auteur de Kairo.

Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa – 2012) 5/5

Dernière étape de notre série sur Shokuzai et là, ami lecteur, un choix difficile s’offre à toi : ou bien tu décides de lire l’article qui suit mais alors sois avisé que des spoils risquent de te sauter à la gueule (mais je ne raconte pas tout non plus, je le jure!), ou bien tu décides courageuesemnt de zapper cet article et d’attendre mon prochain qui de toute façon déboulera dans deux jours ou trois. A toi de voir, mais si jamais tu optes pour la deuxième, ce que je comprends parfaitement, accepte quand même de lire les premières lignes. J’y parle de l’actrice du jour :

Kyoko Koizumi (voilà ce que j’appelle ferrer le lecteur)

Kyoko Koizumi fait partie de cette armée de lolitas qui ont commencé leur carrière en poussant la chansonnette (1) ou/et en se faisant prendre en photo pour des publications à la Shonen Jump

Kyoko, période bikini idol.

… puis, éventuellement, à faire des apparitions dans des dramas et dans des films avec souvent une réussite mitigée (on pense à Momoe Yamaguchi et à ses films maintenant quasi irregardables). A cela s’ajoute les inévitables campagnes publicitaires :

Photographiée ici par Kishin shinoyama pour JVC.

… et le squat plus ou moins important des rubriques « carnet rose » des magazines people :

Elle épouse en 1995 l’acteur Masatoshi Nagase (et divorce en 2004)

Kyoko Koizumi fait donc partie de cette armée d’idolus que l’on voit souvent en bikini en début de parcours, mais aussi et surtout à une minorité d’anciennes idolus qui ont su bâtir une carrière convaincante sur le grand écran. Sans non plus trop entrer dans les détails de celle-ci, focalisons-nous juste sur ses récentes participations qui montrent une constante, celle de jouer quasiment à chaque fois des rôles de mère. Ainsi tout récemment on a pu la voir dans Kaasan Mom’s Life de Seitaro Kobayashi, où elle joue le rôle d’une mère mangaka pleine de vie devant faire face à son travail, à ses enfants et surtout à son mari qui a une petite tendance à l’auto-destruction.

A noter que l’acteur qui tient le rôle du mari n’est autre que Nagase Masatoshi. Choix parfait puisque le couple à l’écran parvient à donner une impression de mécanique conjugale à la fois bien huilée et en même temps ayant subi les aléas du temps. Kyoko Koizumi apparait en tout cas parfaitement dans son rôle de mère de famille aimante et dynamique.

Mais ce rôle est un peu une exception dans sa récente carrière. Souvenez-vous ainsi de Kuchu Teien :

La maman qu’elle y interprète, toute de rose vêtue, est en apparence un modèle de mère de famille. En apparence seulement car on découvre que cette femme, très malheureuse dans son enfance, a décidé un beau jour de surmonter son traumatisme en étant coûte que coûte heureuse. Comprenez, en se fabriquant une famille comme on construirait une étagère tout juste achetée à Ikéa.

Le film est de 2005. En 2007, chef d’œuvre ! Tokyo Sonata, réalisé par Kiyoshi Kurosawa (tiens donc) sort sur les écrans :

La bande-annonce le suggère : Kyoko, à l’image de la famille du film, y joue le rôle d’une mère aimante. Réellement, qui ne l’est pas artificiellement comme dans Kuchu Teien. Mais le problème qui se pose pour son personnage est celui de l’incommunicabilité au sein d’une famille, du refus de se parler et de s’avouer ses fautes. Face à la dérive dans laquelle part le rafiot rafistolé de sa famille, elle sera quelque peu dépassée et exprimera un ras-le-bol symbolique en partant en compagnie d’un cambrioleur, avant de se raviser et de revenir chez elle. Ce sera un bon choix : sa présence à la maison agira comme une sorte d’aimant salvateur qui fera revenir aux bercailles le fils cadet et le père.

Il faut croire qu’il y a chez Kyoko Koizumi la tête de l’emploi pour ce genre de rôle. D’un côté, il y a une indéniable douceur qui émane des traits de son visage. Mais de l’autre, cette même douceur n’est parfois pas sans receler des failles voire basculer dans une certaine dureté. Ainsi cette scène de Kuchu Teien (passage à 6’00. Vérifiez que vos éventuels lardons ne sont pas à proximité) :

Ce mélange de dureté et de douceur apparaît dès le premier épisode de Shokuzai, lorsque Asako reçoit les quatre amies d’Emiri pour commémorer sa disparition. Tout sourire lorsqu’elle les accueille sur le seuil, le visage se durcit à l’intérieur lorsqu’il s’agit de les accuser d’avoir été incapables de donner le moindre renseignement à la police. Le ton est d’emblée donné : cette femme aussi est à jamais traumatisée par ce qu’il s’est passé. Elle aussi va voir sa personnalité se modifier suite au fait divers. Elle est devenue une femme dure, impitoyable, comme en témoigne sa confrontation lors d’une scène avec Yuka. C’est du moins ce que l’on croit tout le long du drama jusqu’à cet ultime épisode. Riche en révélations, ce dernier nous apprend ainsi quel type de femme elle était lorsqu’elle n’était alors qu’une étudiante. Délicat ici de trop entrer dans les détails, disons juste que le meurtre d’Emiri trouve ses ramifications dans le passé d’Asako, plus particulièrement dans un triangle amoureux qui s’est tragiquement terminé, triangle dont le protagoniste masculin fut cet homme :

Le familier de l’oeuvre de Kurosawa reconnait là le visage particulier de Teruyuki Kagawa, l’acteur jouant le père dans Tokyo Sonata. Que l’on retrouve dans Shokuzai le couple du précédent film de Kurosawa est intéressant. Ce couple-ci devient une sorte d’écho dont on ne saurait dire s’il constitue un double inversé, machiavélique, ou un équivalent avec une simple variation. La sublime scène finale nous montrait une famille à trois fonctionnant enfin à l’unisson, avec un père faisant un geste affectueux à son fils :

 

Shokuzai nous montre un couple (ou plutôt ex couple) dont les deux membres vont chercher mutuellement à se détruire. Et au geste affectueux du père donné sur le parquet d’une salle de concert répond le geste terrible d’un « père » sur celui d’un gymnase : un viol et un meurtre. Comme si Tokyo Sonata, avec la grâce de sa scène finale, n’était finalement qu’une parenthèse, un rêve dans la filmographie terriblement sombre de Kurosawa. Comme si, aussi, tout n’était finalement qu’apparence, chose que les quatre précédents personnages féminins n’auront d’ailleurs eu de cesse de démontrer. Chaque être, chaque couple, chaque famille peut montrer un visage rassurant, ça ne l’empêchera pas de s’écrouler un jour ou l’autre et de montrer son vrai visage.

Une famille tranquille

Chose curieuse, en voyant cet épisode je n’ai pu m’empêcher de penser à Alexandre Dumas. Pas le Dumas des Mousquetaires, plutôt celui de Monte-Cristo, le Dumas des secrets de famille, le Dumas des infanticides et des vengeances venues d’outre-tombe, en un mot le Dumas du « bousillage de l’existence », pour reprendre son expression, celui de ces familles, de ces êtres en apparence bien sous tout rapport mais dont la façade rassurante cache souvent un sombre cloaque. Cette scène en particulier m’y a fait penser :

Allez, je ne vais pas être méchant, je vais vous laisser la surprise de la scène. Disons juste qu’il se passe alors un hasard extrraordinaire, quelque chose de complétement invraisemblable, qui n’a qu’une chance sur un milliard de se produire mais qui se produit quand même. Un de ces hasards de roman feuilleton qui va être le point de départ d’une vengeance qui aura pour victime Emiri.

Une nouvelle fois chez Kurosawa ce hasard qui pourrait être perçu comme ridicule s’il ne donnait l’impression d’une main invisible qui s’amuse de ces êtres compliqués et besogneux que sont les humains. Plus que jamais dans cette scène, on songe au thème de la force maléfique, du fantôme. Et l’on sait chez Kurosawa combien le mal trouve un récéptacle accueuillant dans l’âme humaine. Ainsi Cure et son personnage de criminel surnaturel insufflant de manière invisible à ses victimes des envies de meurtre ou de suicide. Il y aura chez Asako et Aoki (le personnage joué par Kagawa) de cette tension dans les agissements, une tension puant l’outre-tombe et que confirmera, hélas pour l’un des deux ennemis, l’ultime plan du drama.

(1) Expression un peu injuste dans son cas puisque miss Kyoko a tout même sorti une vingtaine d’albums. On est loin de ces idolus à la carrière musicale aussi personnelle qu’éphémère.

Shokuzai est sorti en coffret au Japon avec des sous-titres que j’imagine malheureusement japonais (impossible de trouver l’info précise). Il existe sinon une édition chinoise avec des sous-titres anglais, si le coeur vous en dit.