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Otomo, chantre de l’adolescence (1/2)

katsuhiro otomo

Après la polémique (contestable car mal formulée IMHO) sur l’absence de dessinatrices pour le Grand Prix et celle (plus justifiée) sur le canular inventé par la sombre buse de radio Nova, j’entends dire ici et là que cette édition du festival d’Angoulême a été un beau ratage. Pour moi c’est tout le contraire et ce, en dépit du beau temps de merde qui n’a pas arrêté d’accompagner mes déambulations là-bas durant le W-E dernier. D’abord parce que Hermann a décroché le Grand Prix et ça, c’est une excellente nouvelle (l’auteur de Jeremiah avait déjà été évoqué ICI). Ensuite parc e que pour une fois, je ne me suis pas ennuyé à trainé dans les différentes expositions. Celle sur Morris, riche en planches originales, était un régal pour les yeux, tout comme celle consacrée à Hugo Pratt. Quant à celle rendant hommage à Otomo, les œuvres étaient parfois inégales mais subsistait dans l’ensemble un appréciable sentiment de créativité.

Enfin – le nom a été lâché deux lignes plus haut – il y avait Otomo. LE Otomo ! On a pourtant eu le temps de s’habituer à cette nouvelle depuis janvier 2015 : Otomo avait le Grand Prix et allait venir à Angoulême pour présider le festival ! Un an plus tard, pas de tremblement de terre, de tsunami, de crise cardiaque ou de refus de venir à la Bill Watterson, l’homme a bien posé les pieds sur notre sol pour aller rencontrer son public, avec à la clé une conférence pour parler de son œuvre, démarche qui, aux dires de l’organisateur, n’était jamais arrivée auparavant.

Pour le « vieux » fan de la (quasi) première heure que je suis, assister à une conférence était une évidence. Après m’être acharné une heure au téléphone pour réserver une place, je réussis à obtenir le sésame et n’avais plus qu’à compter les jours avant de voir de mes yeux une des idoles de mon adolescence. Avant de revenir sur cette conférence lors du prochain article, et comme ce site est parfois l’occasion d’évoquer des films, des œuvres, des personnalités à l’origine de mon goût pour le Japon, actionnons la machine à explorer le temps.

machine-remonter-temps

C’était en décembre 1990. J’avais alors 14 ans et me trouvais dans la maison de la presse de mon quartier. A l’époque j’étais surtout un gros consommateur de BD franco-belge, virus refilé par mon père, virus dont je possède encore quelques germes en moi. Mais alors ado, je cherchais un type de BD un peu différent, plus exotique. Influencé par des potes, j’essayais de me mettre aux comics mais avec un plaisir assez maigre. Le style graphique, les histoires, les dialogues, rien ne m’enchantait vraiment (ça n’a pas vraiment changé). Bref, j’étais donc dans cette librairie et regardais mollement du côté des comics étalés sur un des présentoirs, lorsque mes yeux tombèrent sur ceci :

AKIRA 13

La couverture n’avait rien de spectaculaire (les fascicules américains de Viz Comics avaient un peu plus de gueule). Je saisis malgré tout l’exemplaire, et l’ouvris. J’exagèrerais en disant que ça a été un choc. Ç’a été en réalité plus subtile. Je le feuilletai, regardai attentivement quelques dessins, le reposai, puis retournai chez moi. Le lendemain au retour du collège, nouvelle halte à la librairie. Feuilletage à nouveau de quelques comics, du tome 13 de cette BD (le terme « manga » m’était alors inconnu), de ce « Akira ». Puis de nouveau retour à la maison sans rien acheter. Le lendemain le dynamisme des planches et ces cases truffées de lignes de vitesse avaient achevé de m’obséder : je retournai dard-dard et achetai enfin l’exemplaire que j’allais bientôt connaître par cœur à la case près.

J’avais pris le train en marche : c’était le tome 13, je ne savais rien de ce qui s’était passé avant et pourtant j’avais l’intime conviction que cette BD était un truc démentiel et fait pour moi. Petite ivresse de mettre la main sur un objet radical dans sa nouveauté, exotique et un brin confidentiel. Je parlais autour de moi d’Akira, personne ne connaissait ! Au passage je chambrai allégrement mes amis et leurs comics bien tristounets, et me mis à guetter chaque mois la parution de la suite d’Akira, tout en regrettant de ne pas avoir lu les précédents numéros. Précisons ici que le tome 13 se passe au moment du jeu du chat et de la souris entre le Colonel, Nezu et le trio Kay/Kaneda/Chiyoko. Pas de Tetsuo, d’Akira, pas même une certaine moto rouge. Et malgré cela le plaisir avait déjà été intense. Peut-être finalement était-ce une bonne chose que d’avoir découvert Akira ainsi. Une manière de préparer mon petit cœur à ce qui allait se passer quelques semaines plus tard.

Cette fois-ci dans une librairie du centre ville de Nantes, alors que je n’avais rien demandé à personne, je tombai brutalement sur cet objet :

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Je l’ouvris et… cela dépassa totalement mes attentes. C’était quoi cette moto rouge ? C’était qui ce Tetsuo ? Mais bordel de Dieu, c’était quoi enfin cette BD ? Ce curieux signe étalé sur la couverture, ce découpage, cette impression de vitesse, cette violence, j’étais sidéré. Je n’avais qu’une hâte : que mon père finisse son tour dans la librairie afin de pouvoir lire à la maison le précieux exemplaire.

Arrivé à la maison, je décortiquai le bouquin comme je ne l’avais sans doute jamais fait auparavant. Je voyais enfin le fameux Tetsuo :

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Je découvris la première mouture de Kay, avec sa coiffure yé-yé style :

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Kaneda était alors dans un centre pour mineurs et les relations profs/élèves étaient pour le moins viriles :

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Encore et toujours, cette moto rouge et surtout ces lignes de vitesse et ce découpage hyper dynamique :

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Enfin cette ultime case qui allait me mettre au supplice jusqu’à la sortie du tome 2 :

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La suite fut une réelle obsession. J’attendais avec impatience les tome 2, 3 et 4 afin de faire la jonction avec le numéro 13, tout en surveillant la parution en kiosque des fascicules. Démarche pas vraiment raisonnable car cela allait me gâcher un peu le plaisir de la découverte des tomes 5 et les suivants mais qu’importe. On sait combien la BD est un art souple et apte à procurer du plaisir lors d’innombrables relectures. Entre-temps un livre sortit chez Glénat :

Ce livre parlait d’Akira et je découvris que cette BD ne devait justement pas être appelée « BD » mais plutôt « manga ». Cet excellent ouvrage de Thierry Groensteen, riche en exemples d’autres œuvres d’artistes japonais, eut tôt fait de susciter en moi l’envie de tenir entre les mains d’autres « mangas » qui, autre découvertes, étaient à l’origine en N&B. Cela n’entama pas mon intérêt pour Akira qui paraissait alors avec la colorisation inégale de Steve Oliff. On reste souvent attaché aux éditions par lesquelles ont a découvert tel roman ou telle BD. Actuellement je relis Akira dans sa version couleur tout en sachant pertinemment que pour beaucoup de planches l’impact du N&B doit être bien plus fort. Le plaisir reste intact. Celui de se fondre dans un univers épique constitué de voyous, de grosses cylindrées, d’enfants mutants et de lignes de vitesse qui allaient rapidement me mener à un intérêt pour le Japon aussi mal maîtrisé et protéiforme (mais moins douloureux) que ceci :

Prochain article : conférence d’Otomo du 30/01/16.

Hikaru no go ou le plaisir de ne pas comprendre

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Rares sont les séries de plus de cinquante épisodes qui peuvent se targuer de m’avoir donné envie de les visionner une deuxième fois. Encore plus quand il s’agit d’un Shonen, genre pourvoyeur d’un plaisir certain mais suivant des sentiers archi rebattus et faisant bien souvent la part trop belle à la baston. Mais avec Hikaru no Go, adaptation du manga des fameux  Hotta et Obata (Death Note, Bakuman…), c’est différent :

Hikaru Shindo est un collégien qui découvre un jour, dans le grenier de son grand-père, un vieux goban (plateau permettant de jouer au go) sur lequel est incrustée une tache de sang qu’il est le seul à voir. Immédiatement après avoir touché le goban, Hikaru est saisi par une force mystérieuse et s’évanouit. Au réveil, il s’aperçoit que l’esprit d’un maître de go de l’époque Heian, Sai Fujiwara, le suit dorénavant où qu’il aille. C’est le début d’une cohabitation qui va éveiller peu à peu Hikaru au go…

Pas de kamehameha, de chasses au trésor ou de combats sanguinaires au katana. Et pourtant il s’agit bien d’affrontements, affrontements se faisant par le biais de cette arme :

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 le goishi, petite pierre de quelques grammes.

Arme légère, en apparence inoffensive, et pourtant il s’agit bien d’une arme, avec ce que cela suppose de dégâts infligés à un adversaire. C’est la première réussite d’ Hikaru no go : saisir l’intense lutte psychologique d’un match, lutte qui rappelle la fameuse phrase d’Oscar Wilde sur les échecs : « Si vous voulez détruire un homme, apprenez-lui le jeu d’échecs ». Certes, la plupart des parties jouées dans HNG sont bien souvent exécutées avec une bonne entente entre les adversaires. Mais il en est d’autres dénotant aussi l’envie de détruire, d’humilier, de faire mal. D’autres aussi où l’enjeu est tellement important que la défaite est perçue comme un déchirement que le personnage aura bien du mal à surmonter (ici on songe à la phrase de Francis Spiner : « La solitude du joueur d’échecs à l’approche du mat est semblable à celle du condamné. »). Dans ce type de partie, la réalisation donne à voir des plans courts et utilise une musique volontiers épique :

N’imaginons pas avec cette musique que le sang coule, les joueurs étant moins des troufions au corps-à-corps que des généraux d’armées se livrant de loin à des stratégies de haute volée. En revanche, on sent bien le nekketsu, cette sorte de colère, d’irruption subite des émotions qui incite le personnage à se dépasser. Le nekketsu est ici plus contrôlé, moins exubérant que dans une série du type Saint Seiya, mais bien sensible et d’autant plus impressionnant qu’il est exprimé par un personnage en seiza (posture sur les genoux), quasi immobile, face à un goban. On ne comprend pas forcément ce qu’il se passe à l’écran, le haut niveau des coups joués étant franchement hiéroglyphiques, mais on est happé par ce que l’on voit, et on apprécie.

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Ceci est d’ailleurs l’autre tour de force d’HNG. A priori, suivre une série tissant son intrigue autour d’un jeu dont on ne connaît pas les règles n’a rien d’engageant. Evidemment, les auteurs ont glissé au début de la série quelques éléments pédagogiques afin de donner au lecteur/spectateur quelques rudiments. Après, il faut bien avouer que cela reste bien insuffisant pour permettre au novice d’être à l’aise face à un jeu qui a la réputation d’être ardu particulièrement au début de l’apprentissage. J’ai souvent essayé de me mettre au go, j’ai à chaque fois abandonné devant la subtilité épurée et profonde du placement des pions. HNG nous fait comprendre que dans ce jeu il est question de territoires. Le gagnant est celui qui en a le plus. Simple, clair, efficace. Et pourtant il peut être assez difficile de saisir la progression des coups et surtout ce qui fait qu’à un moment donné, la partie est terminée, elle peut arrêter d’être jouée parce qu’un joueur n’a plus aucun chance de gagner. En cela le go n’est pas différent des échecs lorsqu’un joueur professionnel décide d’abandonner au grand étonnement du débutant qui pensait qu’il pouvait continuer. Mais face à ce goban où une multitude de pierres semblent tisser de complexes constellations cachant un sens quasi mystique, le cap à franchir pour en saisir les subtilités semble tout de suite plus important.

Au Japon, chaque épisode était suivi d’un court programme d’apprentissage intitulé Go Go igo ! et présenté par Yukari Umezawa, une professionnelle du jeu. Petit complément qui permettait de mieux saisir certains points.

Du coup on peut se demander quel est l’intérêt de voir des joueurs prodigieux à l’écran s’ingénier à sortir des coups de la mort, coups, que le simple néophyte ne peut évidemment saisir. Sûr que le connaisseur en go qui connaît les arcanes du jeu doit méchamment bicher mais pour les autres, l’intérêt doit être bien maigre. Et pourtant, un peu à la manière d’Akagi (série adaptée d’un manga de Nobuyuki Fukumoto et ayant pour sujet le mahjong), la connaissance précise des coups et de leur portée n’a aucune espèce d’importance puisqu’elle est compensée par une mise en scène immersive qui nous donne à sentir la tension de certaines parties, ou les sommets intellectuels que d’autres atteignent, et cela est largement suffisant pour éprouver du plaisir et avoir envie de continuer le visionnage de la série. D’autant qu’Obatta et Hotta ont dans cette série particulièrement excellé à imaginer toute une galerie de joueurs et à les rendre attachants dans l’esprit du lecteur/spectateur qui du coup fantasme sur ce que pourrait être la confrontation entre tel ou tel et jubile lorsqu’elle se produit pour de bon.

Ainsi Sai vs Toya Meijin, confrontation que l’on espère de voir dès les premiers épisodes et qui a bel et bien lieu, mais bien plus tard.

Enfin, HNG est tout simplement très bon dans son histoire et dans la vaste galerie de personnages qu’elle va développer, qu’il s’agisse d’adolescents ou d’adultes. Très vite, comme dans tout shonen qui se respecte, Hikaru va se trouver un rival en la personne d’Akira Toya, jeune prodige du go de son âge, et fils de Koyo Toya, l’actuel Meijin (sorte de yokozuna du go, Meijin étant un des titres les plus importants, si ce n’est le plus important).

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Hikaru et Akira

Hikaru le rencontre au début dans une salle de go et joue une partie contre lui en sa gardant bien de lui dire que les coups qu’il joue sont ceux que lui dicte Sai. Il le bat à plate couture et finalement suscite chez Akira une envie bien précise : connaître qui est cet Hikaru surgit de nulle part, qui tient ses pierre comme un manche et qui a pourtant un niveau de jeu équivalent à celui de son père. Inversement Hikaru, en voyant la ferveur qui anime un enfant de son âge envers un jeu qui lui ne l’intéresse pas, commence à se prendre d’intérêt pour ce jeu et avoir envie de commencer à jouer avec ses propres moyens. C’est véritablement le coup de génie du scénariste : doubler la traditionnelle rivalité entre deux personnages avec celle qui va peu à peu s’installer entre Hikaru, toujours plus désireux de progresser, et Sai, dépendant de la réalité physique de son disciple pour jouer et brûlant de se frotter aux joueurs extraordinaires qu’il rencontre dans ce XXème siècle. Et cette deuxième rivalité est d’autant plus forte que Sai apparaît très vite comme une sorte de père tutélaire. Le véritable père d’Hikaru existe, mais jamais il ne nous est montré. C’est que Sai l’a remplacé et va, sans s’en rendre compte au début, opérer un véritable travail de transmission dans l’esprit de son jeune disciple. Et la relation Sai-Hikaru va peu à peu s’étoffer et prendre de l’épaisseur. D’abord sorte de grand frère camarade puis, lorsque Hikaru aura progressé au point de devenir insei (étudiant en go qui s’apprête à passer pro), Sai deviendra un maître plus intransigeant. Avec une bascule dramatique qui va peu à peu devenir plus évidente : comme la raison d’être de Sai est le go (il ne « vit » que pour cet art qu’il n’a de cesse de perfectionner afin d’atteindre un jour ce qu’il nomme « le coup de Dieu »), ne s’aperçoit-il pas qu’en faisant travailler Hikaru dans ce domaine il risque un jour de ne plus pouvoir jouer du tout ? Quand Hikaru passera pro et fera comprendre à Sai que son travail de passeur est finalement achevé, ce personnage tout en noblesse aura une prise de conscience amère et la relation Sai-Hikaru touchera au sublime par le biais d’un événement tragique…

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Merveilleux Sai…

Au-delà de cette relation, notons aussi celle qui va se tisser entre les jeunes pros et les anciens, ces derniers étant à la fois fascinés et pleins de prudences vis-à-vis cette jeune génération qui progresse dangereusement. Là aussi, les personnages développés par Hotta (le Meijin, Ogata, Honinbo Kurawara, Kurata…) tiennent leur promesse et contribuent à parfois s’éloigner d’une ambiance ado monotone et un brin cucul.

En y réfléchissant bien, Hikaru no Go est le shonen le plus intelligent que je connaisse. Toutes les recettes du genre s’y retrouvent mais cela est fait avec un réel brio tant le sujet de base semblait en apparence peu adapté. Rendre dynamique et passionnant un jeu statique et austère, éveiller l’intérêt du néophyte tout en ne ménageant pas un réalisme et une technicité dans le jeu propres à satisfaire le connaisseur, tels étaient les paris à relever par le duo Hotta/Obata et les concepteurs de la série. Paris plus que tenus.

http://www.dailymotion.com/video/x2vj318

(the DC Archives) Douce Enbi, tu es magique

Occupé que je suis en ce moment à écrire des critiques hors Japon sur un autre site, je ne me foule pas ce W-E et réuploade un vieil article manga écrit pour Drink Cold. Au programme : magical girl, tétons dressés et références cinématographiques. On doit ce chef d’oeuvre à l’inénarrable Go Nagai, l’homme derrière Goldorak et une multitude de mangas bien souvent passablement barrés. Amateurs de bon goût, s’abstenir. Pour les autres, bonne lecture !

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(article paru sur Drink Cold le 20 décembre 2011)

Souvenez-vous, il y a quasiment un an jour pour jour la buvette avait organisé un fabuleux Décéthon, à grand renfort de bijins habillées en mères Noël et de hardos suédois, et ce dans le but de renflouer les caisses et de nous procurer quelques CD et DVD pour alimenter Drink Cold en chroniques fraîches.

olrikmobile

J’avais même sillonné une semaine durant les routes du Groland sur ma olrikmobile pour essayer de récolter des dons ! Résultat ? Des nèfles !  Merde quoi !

Las, en fait de dons, nous n’avons récolté en tout et pour tout que 17 mails orduriers, 5 molards, 54 doigts d’honneur, 24 rots, 14 pets d’indifférence, 118 rires gras, 256 vannes, 18 cartes Pokémon et 3 petites culottes usagées (ça par contre c’était plutôt cool, merci aux généreux donateurs).

Du coup, tant pis pour vous, il n’y aura pas de Décéthon cette année. Mais comme nous sommes décidément indécrottablement bons à la buvette, nous avons tout de même décidé de marquer le coup en vous donnant un fabuleux tuyau pour les achats de Noël. Car oui, si votre petite amie apprécie les mangas, je ne vois pas d’autre solution que de lui offrir ceci :

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Sans doute vous dites-vous ici : tiens ? J’ai déjà vu ça quelque part ! Effectivement, vous l’avez fatalement aperçu puisqu’il se trouve dans le bibus à mangas installé dans nos gogues, coincé entre un tome de Toilet Hakase  et un autre de G-Taste. Avec une différence avec ces deux chefs-d’œuvre cependant. Autant ces derniers sont tout constellés de  taches diverses et variées, montrant par là même leur succès auprès de leurs chieurs de lecteurs, autant ce Dororo Enbi-chan est encore quasi immaculé, comme au jour de son achat au Mandarake de Shibuya, comme si cette hideuse couverture était un repoussoir à toute lecture.

Or, il en va de ce manga comme des silènes de Rabelais. Insignifiant à l’extérieur, à l’intérieur des trésors à foison ! Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que l’auteur n’est autre que le seul, le vrai, l’unique et indispensable Go Nagai ? A une époque où la communauté otaku se tire une nouvelle fois la nouille devant une énième resucée d’Har-loque par Leiji Matsumoto (cette fois-ci en 3D, original !), il est bon d’évoquer à nouveau sur Drink Cold un vrai mangaka, de la race de ceux qui ont compris que l’art du manga n’a rien à voir avec d’ennuyeux pirates balafrés, des locomotives à la con dans l’espace ou de sordides bijins filiformes n’offrant pas la moindre possibilité de fan service, mais bien de robots géants, de mekuri, d’héroïnes généreuses et d’humour léger comme un poil de bite trouvé dans un sauternes au moment du réveillon. Leiji Matsumoto, Go Nagai, tout oppose ces deux-là. D’un côté le vieux crabe qui chie du marbre :

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Remballe ta morgue hé, has been !

De l’autre un presque septuagénaire toujours alerte et partant pour déconner avec des cosplayeurs à des conventions :

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Ouais, et j’imagine qu’il doit y avoir un plan groupie derrière tout ça, si vous voyez ce que je veux dire… (matez-moi l’érection de Grendizer ! Chaud !)

Oui, Go Nagai est bien de ceux qui boivent frais et toujours il aura une place à part dans nos cœurs et dans notre buvette. Certains ironiseront sans doute que cette « place à part » se résume pour l’instant à un bibus dans nos chiottes. En ce qui me concerne, peu importe, je préfère amplement chier en lisant un bon manga de Go Nagai que me faire chier en lisant un mauvais manga de Leiji Matsumoto. Et puis, j’évoquais Rabelais, que ces ânes à la critique facile aillent donc lire le chapitre sur le torche-cul, ils verront combien la matière fécale n’est pas sans noblesse et peut être digne d’intérêt. Encore une fois, tout n’est qu’apparence. Si à ce moment de l’article vous en êtes encore à penser : « Quoi ? Un manga de Magical Girl ? Et puis quoi encore ?  Pourquoi pas un disque de K-pop et une carte de membre à Nautiljon tant qu’on y est ? ». C’est que vous êtes justement mûrs pour vous inscrire sur Nautiljon. Les silènes les mecs, les silènes. Prenez donc ce manga dans vos pognes, ne vous laissez pas rebuter par l’horrible couv’. Si  vous l’ouvrez, des trésors vous apparaîtront. Car en fait de Magical Girl vous n’aurez pas droit à ça :

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Merci d’ailleurs à Nautiljon pour m’avoir procuré cette image.

Mais bel et bien à ceci :

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Traduction réalisée par mes soins, vous l’aurez compris.

Un exemple parmi tant d’autre de la grande capacité du maître à faire du neuf avec du vieux. On connait tous le vieux gag de Wonder Woman en train de se faire tringler par l’homme invisible en haut de l’Empire State Building. Eh bien Go Nagai revisite l’histoire avec…

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Dans Dororon Enbi-chan, nous somme à la conjonction de plusieurs thématiques propres à Nagai : la magical girl donc, celle du démon (Devilman), celle du graveleux  (Harenchi Gakuen, mais c’est loin d’être le prie dans ce domaine !) et celle de l’héroïne sexy (Cutie Honey). Nagai a tout foutu dans le shaker et, avant de secouer, a rajouté une généreuse rasade de cul et moult pincées de vulgarité. Le résultat est ce manga, du début à la fin débile et mal poli :

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… ou si peu.

Oui, Dororon, tout comme Toilet Hakase, est un manga qui sent la merde. Et pas seulement. Nous venons de voir qu’avec Invisibull le foutre pouvait dégager de fortes effluves à la lecture de ces pages. Mais la cyprine n’est pas en reste comme en témoigne une sacrée guest star :

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Sylvia Kristel en personne qui nous joue ici le rôle d’une bartender de haute volée :

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Mais tout cela n’est rien. Puisque je viens ici d’évoquer notre boss, il sera ravi d’apprendre que son plus farouche ennemi se trouve ridiculisé dans ce manga :

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Robocop !

Dans ce manga, Go Nagai cultive à l’envi les citations envers d’autres personnages occidentaux, parfois mélangés à ceux du terroir. Ainsi Kintarô 13 , improbable mélange de Kintarô et de Jason, chevauchant pour se déplacer un ours et dont le seul but est de massacrer les passantes, à ses yeux toutes des salopes consumées de luxure.

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Son ours est d’ailleurs le plus rapide à dégainer son arme, démontrant au passage à son maître que ces dévergondées méritent bien le sort qui les attend.

Avec de telles scènes, vous aurez compris qu’entre les mémoires de Chthulu et Dororon Enbi-chan il n’y a pas grande différence, dans les deux cas votre santé mentale en prend un sacré coup. Et ce n’est pas l’ultime chapitre du manga qui lui permettra de se refaire la fraise :

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Le client rondouillard est Go Nagai lui-même. Derrière lui, un certain Hannyabal Lecter qui va se mettre à bouffer à la petite cuillère le cerveau d’un Nagai hilare et portant un toast au futur plein de promesses de l’industrie du manga. Heureusement, Enbi-chan sera là pour en découdre :

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Épatante d’ailleurs, cette Enbi-chan. Je m’aperçois ici que je ne l’ai pas encore présentée.  Il convient ici de retracer son pedigree. À l’origine, il y a un autre personnage de Go Nagai, Enma-kun :

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Manga à la base un tantinet barré lui aussi. J’en parlerai une autre fois.

Dororon Enbi-chan (paru en 2001) nous explique au début qu’Enbi est en réalité la nièce d’Enma-kun, ce dernier n’étant qu’un prototype à ce qui vise à être « l’ultime manga de démons ». A noter qu’un récent anime, Dororon Enma-kun Meeramera, réunit Enma et Enbi qui est devenue entre-temps sa cousine :

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Oui, il s’agit d’un anime pour les mouflets. on s’en doute, aucune chance de la voir débouler en France.

Bref, Nagai reprend en les modifiant quelque peu le trio de personnages de départ :

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En effet, ce sont bien  grosso merdo les mêmes personnages. La seule différence est  qu’ils sont systématiquement les couilles ou la moule à l’air. A part ça, vraiment pas grand chose à signaler. Ah si ! Les intéressants pouvoirs d’Enbi-chan. Outre les tétons érectiles détecteurs de démons, que l’on voit ici en action (quand le durcissement est accompagné d’un gémissement d’Enbi-chan, c’est qu’il est vraiment tout prêt), citons aussi le balai magique de notre belle sorcière. Un balai sans poils (vu qu’il y a ceux d’Enbi, ça ferait double emploi) et qui ne vole pas mais qui, lorsqu’il est enfoncé dans le schtroumpf de notre héroïne, à pour pouvoir lui aussi de se raidir et…

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D’indiquer la direction où se trouve le malfrat !

Bon, arrivé à ce stade de cet article, est-il vraiment utile de continuer ? Je pense que vous êtes maintenant parfaitement à même de saisir les beautés cachés de ce manga et que vous saurez, lors de votre prochaine commission, lui faire honneur. Songez bien que tout le monde n’a pas la même chance :

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Avant de partir, n’oubliez pas d’en acheter un exemplaire pour votre petite amie (j’en ai une caisse de 50, y’en aura pas pour tout le monde). Venez me trouver à l’arrière salle, j’y ai installé un petit stand où m’aide ma nouvelle apprentie :

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Ho Ho Ho !

Pour le mot de la fin, je laisse la parole au maître :

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« Buvez frais et joyeux Noël les kids ! Moi, je retourne jouer avec mes figurines. »

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(The DC Archives) Si Maldoror avait été mangaka…

42ème édition du festival d’Angoulême et enfin un mangaka sacré Grand Prix. Et alors que la France s’est éveillée aux mangas bien après la mort du dieu Tezuka, on ne pouvait imaginer qu’Otomo comme premier Grand Prix japonais, puisqu’il fut l’étincelle par laquelle le manga allait conquérir nos librairies, d’abord via Glénat, puis via des dizaines d’éditeurs. Et le choc Akira, la France n’allait pas être la seule à la connaître. Si Tezuka pouvait faire figure de dieu du manga, alors Otomo en est un de ses meilleurs ambassadeurs pour l’international. Bref, pour une fois que le choix du Grand Prix ne semble souffrir d’aucune contestation, on ne va pas bouder notre plaisir et saluer un choix qui confirme combien celui d’un mode de scrutin démocratique a été salutaire pour la crédibilité du festival. 

Pour rester dans le manga et en attendant de découvrir l’affiche du prochain festival concoctée par Otomo sensei (avec dessus une certaine moto rouge ?), retour sur un vieil article à propos d’un recueil d’images d’Hiroaki Samura… assez particulier.

(article paru sur Drink Cold le 1er septembre 2010)

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Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme les images qu’il va voir, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de cet article sombre et plein de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa contemplation des images une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ces œuvres imbiberont son âme comme l’eau le sucre.

En d’autre termes, et là, ce n’est plus le divin Isidore mais Olrik qui parle (hélas!) : âmes timorées, fuyez ! Je sais, je sais, je connais la ritournelle : « on est sur DC, on connaît bien la came que vous avez l’habitude de nous fourguer, on n’est pas des fiotes quoi ! ».

Certes. Mais il ne s’agira pas ici de violence trash estampillée série Z. Le second degré comme bouée de sauvetage devant des scènes insoutenables ? Oubliez, mes amis, oubliez. Les images qui suivent vont vous sauter aux prunelles et, selon toute vraisemblance, vous tuer la gueule. Certains encaisseront comme des grands. Je serai fier d’eux. D’autres deviendront peut-être un peu pâlots voire quelque peu verdâtres. Je ne leur en voudrai pas.

Mais réfléchissez bien  avant de continuer, réfléchissez…

Pour le cas où vous vous décideriez à poursuivre, incorrigibles tough guys que vous êtes, j’ai mis en place une ultime sécurité. J’ai en effet goupillé les images, à vous de voir si vous avez envie de les déflorer. Moi, je dis que dans un tel article, il ne faut pas hésiter à se rassurer. Aussi, actuellement en plein visionnage de la 6ème saison des Simpsons, ai-je décidé d’émailler ce papier de plein de portraits des sympathiques bobines de cette série. Vous pouvez vous en contenter, en ce cas très bien, lisez et imaginez. Mais pour le cas où votre imagination déviante aurait soif de représentation concrète, eh bien à la grâce de Dieu ! cliquez sur les Simpsons…

Maintenant que vous êtes prévenus, j’y vais. L’idée de cet article m’est venue hier à la buvette alors qu’un sombre individu buvait dans son coin un verre d’absinthe. Il est toujours seul et ne cherche jamais à engager la conversation avec notre clientèle. Et cette dernière, pourtant pas la plus inamicale de la blogosphère, le lui rend bien. Il faut dire que cet individu ne fait pas spécialement envie. La faute à un aspect  de vieux carnassier efflanqué qui aspire tout de suite la crainte. Mais la faute surtout à un regard qui concentre une indicible noirceur. Souvent, il promène son regard sur les clients et j’avoue que dans ces moments je fais tout pour ne pas le croiser. Pour un peu, il me ferait presque croire aux jettatura et conneries de ce genre.

Lorsqu’il ne nous scrute pas intensément de ses prunelles, ce Maldoror (c’est ainsi qu’il se fait appeler) lit. Et que lit-il ? Ça, mystère. Je pense qu’il s’agit de romans. Mais hier, pour la première fois, j’ai pu décrypter le titre de l’ouvrage dans lequel il était plongé avec une attention étrange… presque déplaisante.  Il faut dire que le livre capta tout de suite mon attention : assez grand, il possédait une belle illustration crayonnée en couverture et, surtout, le titre et le nom de l’auteur étaient écrits en japonais. Même pour mes modestes compétences dans cette langue, celui-ci n’était pas trop dur à décrypter : Hitodenashi no koi, l’amour de la brute.

Quant à l’auteur, un peu plus duraille à traduire, une recherche ultérieure me permit de découvrir son nom : Hiroaki Samura.

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Hiroaki Samura… immédiatement la partie de mon cerveau consacré aux connaissances mangagesques se mit en branle. N’était-ce pas l’auteur de Mugen no Jyuunin (« l’épée de l’immortel », plus connu en France sous le titre L’Habitant de l’infini), ce récit fleuve dans lequel un samouraï immortel essaye d’expier ses crimes en tuant 100 criminels ? Manga qui a pris dix ans à l’auteur pour être mené à son terme, et manga très estimé pour ses qualités graphiques et narratives, qualités qui l’ont finalement consacré comme le précurseur du « Neo jidaigeki » (fiction néo historique).

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Finalement, quelqu’un d’estimable que ce Samura. Je décidai d’en savoir plus sur son œuvre et sur cet Amour de la Brute. Avant cela, je tombai sur Bradherley no basha.

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Et là, j’aurais déjà pu deviner à quoi m’attendre avec Hitodenashi no koi. Se situant dans une contrée européenne imaginaire, à une époque d’inspiration victorienne, ce manga nous raconte comment des orphelines, soi disant recrutées pour un prestigieux opéra, sont en réalité envoyées dans des prisons pour servir de chair fraîche et apaiser les tensions chez les prisonniers. Ces derniers peuvent faire ce qu’ils veulent avec leurs agneaux pascal du moment qu’ils ne les tuent pas. Finalement, on n’est pas très loin des libertins claquemurés dans le château des 120 journées de Sodome. Mutilation, œil crevé, viols collectifs, l’agonie est longue pour les victimes et la tentation du suicide n’est jamais très loin.

Et arrive donc ce Hitodenashi no koi, paru en 2006. Ce n’est pas un manga à proprement parler mais un art book rassemblant des des dessins réalisés de 1999 à 2006. Profitez bien de l’illustration de couverture, c’est la seule ayant une atmosphère enjouée :

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Enfin, enjouée… à voir. Car le visage de la jeune fille au premier plan inquiète. Il ne sourit pas, lui. Et puis, quelle est cette ombre projetée sur sa personne ? On dirait quelqu’un s’approchant.  Mais qui ? Les premières illustrations ne tardent pas à fournir la clé : c’est vraisemblablement cette brute qui vient chercher dans son harem sa prochaine victime.

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Suivent alors 76 scènes , 76 tableaux à côté desquels les raffinement de la torture chinoise font figure d’inoffensifs jeux d’enfants. Tout se passe comme si le corps féminin était devenu la matière sur laquelle le plus malade des esprits aurait décidé d’entreprendre les plus abominables des sévices. Et c’est tout naturellement que Samura, armé d’un simple crayon de papier, a décidé de se faire le chantre de ces scènes. Et dans ce style, on ne peut que dresser ce sinistre constat : il excelle. « Je fais servir mon génie à peindre les délices de la cruauté », a écrit Lautréamont. Sans aller jusqu’au génie, on ne peut nier à Samura une stupéfiante aptitude à les peindre, ces « délices ».

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Il ne se contente pas de se triturer l’imagination pour savoir quelle partie du corps va être déchirée, poinçonnée, mutilée ou hameçonnée, il le montre avec  un réalisme clinique et un sens de la composition qui font mal, très mal. On pourrait presque parler d’un double effet Samura : l’image d’un corps massacré vous saute d’abord à la gueule dans sa globalité puis, si on a le courage de s’y attarder un peu, arrive le détail à l’origine de ce massacre. Et là, sortez les poches à vomi. Vous avez mangé une choucroute avant de feuilleter cet ouvrage ? C’est ballot.

Quelquefois, la torture n’est pas montrée tout simplement parce qu’elle n’a pas encore commencé. Mais ce n’est pas nécessairement mieux. Un peu comme les illustrations choc d’Angelo di Marco qui se plaisait à situer ses illustrations quelques dixièmes de seconde avant que le drame n’éclate, ces images n’en sont pas moins violentes, tant graphiquement qui psychologiquement, puisqu’elles vous amènent malgré vous à imaginer la suite logique et implacable.

Bref, Hidetoshi no koi est, dans une certaine esthétique de la cruauté, ce qui s’est fait de plus violent et de plus achevé dans la culture manga (au sens large, bien sûr, puisque cette œuvre n’est pas vraiment un manga). Difficile d’imaginer le plus endurci des lecteurs ne pas être un tant soit peu estomaqué par certaines compositions. Et que les victimes n’aient pas de visages ravagés par les hurlements n’arrange rien : on ne sait si toutes ces mornes expression reflètent une infinie fatigue, de la résignation ou un plaisir masochiste en pleine léthargie. Si l’érotisme est à associer à la représentation du plaisir sexuel, alors on peut considérer Hidetoshi no koi, de par cette ambigüité, comme une œuvre érotique, aussi incongrue ce classement  puisse-t-il paraître.

Inévitablement, on se pose la question : mais foutredieu ! qu’est-ce qui a poussé l’auteur du remarquable Habitant de l’infini à dessiner ces horreurs ?

Le challenge. Envers soi-même.

Dans le postface de l’ouvrage, Samura raconte qu’alors qu’il était dans la vingtaine, il s’est demandé comment être un artiste du sadisme. Admiratif devant le travail de ces « artistes de la torture » et confiant dans son art, Samura, après quelques essais fructueux, s’est donné pour défi de réaliser 100 tableaux sans répéter deux fois la même scène. Après les 40 premières illustrations, Samura a commencé à remarquer qu’il lui devenait un peu difficile de trouver des idées originales. Après 70, il a abandonné. À ses yeux, cet ouvrage est une défaite. Il ne se sent d’ailleurs plus attaché à ces images. Le sujet ne l’intéresse plus, seuls l’intéresse encore certains aspects graphiques pris indépendamment de l’ensemble.

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Depuis que je lis Drink Cold, je me sens mieux. Clean maintenant.

La page semble donc tournée dans son esprit même s’il subsiste apparemment dans son esprit la crainte d’être étiqueté à jamais comme un artiste de la torture à l’esprit profondément dérangé. Et Samura d’expliquer qu’il n’a jamais fait de mal à une femme (juste un petit accident au cutter avec un de ses modèles à déplorer, mais il jure que cela ne se reproduira plus jamais), qu’il ne comprend pas ceux qui leur en font. Pour lui, ces images ne sont que de la pure imagination graphique qui n’a rien à voir avec la réalité de ses fantasmes. D’ailleurs, il avoue avoir poussé un énorme ouf de soulagement lorsqu’il découvrit qu’il en allait de même avec son romancier érotique favori, Tadao Chigusa.

Samura donnerait presque l’impression de s’excuser. Il est vrai qu’être un artiste de la torture peut parfois laisser un goût amer. Comme cette matinée où il reçut une lettre. D’une femme. À propos d’une de ses illustrations choisie pour la couverture d’un livre. Elle commençait ainsi :

Cela me fait mal que la première lettre que j’aie jamais écrite le soit à cause de cette image…

Samura sourit toujours amèrement lorsqu’il se souvient de cet incident. Ironique vengeance post mortem de ses 76 victimes ?

***

Et maintenant, on y va. 7 illustrations, 7 cauchemars. Si vous vous trouvez au boulot au moment de lire cet article, peut-être pouvez-vous abstenir de cliquer. Pour ceux qui hésitent, tournons cela sous forme de jeu, voulez-vous ? Ce ne sera pas Où est Charlie ? mais Où est France Gall ? Eh oui, la petite France se trouve cachée quelque part sur une des images, sauras-tu la retrouver ? Bon courage.

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Lady Snowblood (Kazuo Koike et Ryoichi Ikegami – 2009)

 Lady Snowblood

Même si l’on n’aime pas le père Tarantino, difficile de lui nier une capacité à faire découvrir au grand public des pépites que l’on aurait pu croire vouées à n’être connues qu’auprès de quelques happy few. Ainsi Lady Snowblood, exhumé lors de la scène finale de Kill Bill volume 1. Evidemment, une large part de ce grand public ne voit pas vraiment sur le coup quel peut être le rapport entre ces deux femmes qui combattent la nuit dans un jardin enneigé et deux vieux films japonais des 70’s avec Meiko Kaiji dans le rôle de la redoutable Yuki Kajima. Mais ceux qui connaissent jubilent (ou grincent des dents, c’est selon) et, l’éclairage médiatique aidant, une certaine exhumation de ces titres se fait, entraînant une découverte du matériau origine via de nouvelles éditions DVD… et une ressortie pour le cas qui nous intéresse des mangas originaux.

C’est ce qui s’est passé en France à l’époque des Kill Bill, avec l’édition de Shurayuki Hime (Lady Snowblood donc) dessiné et scénarisé trente ans plus tôt par Kazuo Kamimura et Kazuo Koike. Le même Koike qui en cette fin des années 2000 n’en revenait pas de voir son héroïne survivre et même revenir plus que jamais sur le devant de la scène. Il n’en fallait pas plus pour l’inciter à faire revivre son personnage de papier pour lui rendre hommage et la consacrer définitivement. Sans l’art de Kamimura cette fois-ci (l’homme est mort en 1983) mais en collaboration avec Ryoichi Ikegami, homme avec lequel il avait déjà travaillé sur Crying Freeman et qui lui avait confié son désir de bosser avec lui sur des histoires de Lady Snowblood.

Pour qui connaît le style d’Ikegami et ses mangas, il y avait de quoi être à la fois enthousiaste et inquiet. Enthousiaste car son style réaliste et dynamique, très photographique dans ses scènes d’action, avait de quoi faire merveille dans l’univers de Lady Snowblood. Inquiet car ses œuvres sont parfois crues, limite de mauvais goût dans leur approche du sexe.

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« Tu sais ce que j’en fais du bon goût, hein ? Tu sais ce que j’en fais ?! »

Et pourtant, on ne pouvait pas non plus dire que Lady Snowblood jouait les filles prudes tant les scènes olé olé sont courantes parmi le millier de planches dessinées par Kamimura. C’est plus dans le trait réaliste d’Ikegami et dans la manière d’aborder ces scènes de Koike lorsqu’il travaille avec lui sur Crying Freeman, que l’on en vient à avoir quelques inquiétudes et à se demander si cela va marcher avec l’univers de Snowblood.

En fait, on ne saura jamais si cela aurait fonctionné car les deux hommes, bien sages, bien respectueux, bien humbles dans leur volonté de faire revivre Yuki Kajima après les ères Kamimura et Meiko Kaji, offrent un tome de 200 pages finalement bien moins épicé que le matériau original. Les scènes de sexe laissent place à une sensualité essentiellement centrée sur la plastique de Yuki qui lors de ses combats en arrive souvent à combattre les seins à l’air.

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Les tétons sont pointus mais le katana l’est encore plus, prière donc de rester à distance respectable.

Et elle rencontre d’autres combattantes qui combattent, elles aussi, devinez quoi , je vous le donne en mille, oui ! c’est bien ça…

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les seins à l’air.

A part cela, rien de bien croustillant, le duo Koike/Ikegami reste étonnamment sage et leur version devient du coup nettement moins percutante dans son mélange d’érotisme et de brutalité. Après, pour ce qui est de la violence et du dynamisme des scènes d’action, il faut reconnaître à Ikegami un grand savoir-faire. Ayant largement fait ses preuves dans Crying Freeman avec des héros bondissants et surpassant la loi de gravitation, il excelle à mettre à l’œuvre Yuki dans des planches réduites au minimum de cases, dynamiques par la variété de ses points de vue et spectaculaires à souhait :

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Avec parfois un jeu très photographique sur les focales, avec des lignes verticales écrasées au premier plan :

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Ikegami est très fort pour mettre en valeur ces instantanés où la violence éclate après des planches parfois bavardes ou volontiers contemplatives, comme cette double planche dans laquelle Yuki jette au loin un mandala :

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Il faut ici signaler aussi certaines planches où le soucis du détail pour recréer le Japon de l’ère Meiji ou donner une tonalité onirique au récit fait merveille :

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Bref, sans être aussi percutant et sombre que le Lady Snowblood de Koike et de Kamimura, celui du duo Koike/Ikegami s’avère malgré tout être une réussite. Il est vrai qu’il est difficile aussi de ne pas aimer la neige et le sang lorsque leur représentante sur terre se nomme Yuki Kajima.

 

(The DC Archives) Toilet Hakase, un manga qui fleure bon la rose



Vieux proverbe chinois : celui qui s’endort en lisant Toilet Hakase se réveille avec le doigt qui pue. J’ai testé et je confirme : quoique pas chiant, ce manga est dangereux d’un point de vue olfactif. Mais pour ce qui est de la pédagogie et de l’éducation des lardons là, vous m’excuserez, ce chef d’oeuvre est aussi indispensable qu’un rouleau de Moltonel après une bonne colique…


 (article paru sur Drink Cold le 10 novembre 2010)

Plus rapide qu’une colique impromptue, plus teigneux qu’un balai à chiottes, plus corrosif qu’une plaquette de Desktop, plus résistant que du Moltonel, plus mordant qu’un sanibroyeur, j’ai l’immense plaisir de vous présenter aujourd’hui le seul, l’unique, le grand, le malodorant…

DOCTEUR CHIOTTES !

 

Oui, vous ne rêvez pas, vous voyez bien le logo JUMP COMICS. En soi, cela n’a finalement rien de bien surprenant, l’humour scato dans les mangas étant un grand classique. Pour ne citer que cet exemple, souvenez-vous du pet de l’immonde Bactérie sur la face de Kuririn. Reste que, tout de même, à la différence d’un Dragon Ball ou d’un Dr. Slump qui utilisent le filon de temps en temps, il faut savoir que cette série, qui traite de merde donc (à ne surtout pas confondre avec une série de merde), a été publiée de 1970 à 1977 et déclinée…

En 30 volumes ! (un record, avant d’être battu par Kochira Katsushika-ku Kameari Kōen mae Hashutsujo)

Vous me direz, pour une série qui parle d’excréments, il est logique qu’il y en ait une chiée. Sans doute. Mais quand on y réfléchit… 30 volumes !… soit 200 pages par volume… 200 X 30 cela nous fait… grosso merdo… 6000 planches, 6000 putains de planches fécalisantes ! Tout cela était-il vraiment bien raisonnable ? Laissons ici le docteur Chiottes répondre :

Oui, complètement ! Il fallait bien cela pour l’éducation de ces petits !

En effet, qu’on se le dise, derrière ses apparences bassement scato,Toilet Hakase (de Torii Kazuyoshi au fait), est une œuvre hautement éducative. Cette série est, au même titre qu’un certain manga d’Hiroshi Harata, une de ces œuvres que les pères de famille d’aujourd’hui sont fiers d’avoir lues dans leur jeunesse. Grâce à elles ils sont devenus des hommes emplis de ces valeurs qui font aujourd’hui du Japanisthan une des plus glorieuses nations de notre monde.  Mais regardez plutôt, vous allez comprendre :

Si avec ça Ségolène n’est pas convaincue de l’utilité des mangas…

Eh oui, depuis l’épisode du torche-cul dans Gargantua, on sait combien l’étude du caca peut être synonyme d’apprentissage de la vie. Il n’en va pas autrement dans Toilet Hakase qui dispense de petites leçons philosophiques à coups de séances d’observation de caca boudin sous les yeux hilares et émerveillés de ses jeunes lecteurs. Je vous le dis franchement : j’aurais aimé être un jeune Japanisthanais à cette époque rien que pour le plaisir de lire les aventures du docteur Chiottes. En France, il ne fallait hélas pas trop y compter. Vous imaginez, vous, la Castafiore, Tif et Tondu, le Scrameustache ou même Yoko Tsuno en train de couler un bronze ? Non, pas vraiment hein ?

Encore que, pour cette dernière…

Bon, pour Blake et Mortimer le cas est différent car là, pour le coup, c’est plutôt eux qui ont eu tendance à me faire chier, foi d’Olrik ! Mais cela mis à part, je n’ai aucun souvenir d’une bd franco-belge pour la jeunesse jouant la carte du pipi caca.

Mais alors, pourquoi ce topos quasi obsessionnel de la merde est-il permis au Japanisthan ? Pourquoi cela passe-t-il comme la main d’un chikan dans la culotte d’une OL aux heures de pointe, alors que chez nous ce serait le tollé assuré (souvenez-vous des Crados d’Art Spiegelmann) ? Tout d’abord, il y aurait comme un « moyen réconfortant d’extérioriser les problèmes de l’inconscient masculin nippon » (Jean-Marie Bouissou), à lier avec un père souvent absent durant l’après-guerre et une mère surprotectrice. En gros, un beau bordel entre le complexe d’Oedipe et un stade anal qui a du mal à tourner la page. Mais comme pour beaucoup de choses au Japanisthan, la raison peut aussi être à chercher du côté du shintoïsme où la notion de fertilité, prépondérante, a toujours vu d’un bon œil le meilleur engrais qui soit : le popo humain. Pensez, aller déféquer sur ses azalées ou ses patates n’a jamais fait peur au cultivateur japonais, même en plein hiver ! La merde est notre amie, elle est naturelle, bonne, fertile et drôle. En un mot :

LA MERDE EST LE BIEN

C’est ce que n’a de cesse de rappeler Toilet Hakase, manga pas chiant pour deux sous. Et bien dessiné avec ça : souplesse, élégance, précision et économie du trait, on sent que le mancaka n’avait pas de la merde dans les yeux. L’humour ? les mauvaises langues auraient tort ici de dire qu’il caresse  honteusement les gosses dans le sens du poil. L’humour glacé et sophistiqué y est en effet de rigueur, jugez plutôt  :

Subtil, non ?

Apprécions aussi le côté Tex Avery avec cet humour défiant les lois de la nature et jouant avec les caractéristiques graphiques de la bande dessinée :

 

Autre gimmick qu’un Akira Toriyama utilisera plus tard dans Dr. Slump, l’utilisation soudaine d’un graphisme réaliste :

La série fut sponsorisée un moment par une crème hémorroïdale.

Enfin, des gags conceptuels plutôt audacieux pour des gamins. Le mangaka devait sérieusement boire frais :

 

Et ce n’est pas fini ! Cerise sur le gâteau : pour les parents, le manga y va même de son conseil éducatif, du type de ceux qu’apprécierait sûrement Takeshi Kitano :

Comment faire avec les lardons qui continuent de se faire dessus ? Ne les lavez pas, suspendez-les avec le linge sale, ça finira bien par leur passer.

Bref, vous aurez compris que Toilet Hakase est un manga totalement indispensable à l’éducation des enfants, et Glénat serait bien inspiré de l’intégrer dans sa collection Kids (au lieu de publier des machins comme Chi).

En revanche attention ! Un peu comme avec le kancho, ce manga est à manipuler avec précaution. Et là, je ne peux faire autrement que de lancer la rubrique…

DC

7

JEUX !

 

Les deux situations qui vont suivre présentent des situations authentiques (j’insiste, 100% authentiques) dans lesquelles les protagonistes ont manifestement des problèmes avec leur merde. Pour chacune d’elle, dites si la lecture de Toilet Hakuse est conseillée ou nonVous êtes prêts ? Voici la première situation :

1) Vu sur un forum :

bonjour a tous 
Voila j’ai 24 ans et ca va faire 2 ans que je prend des crises d angoisses des que je dois sortir , j ai peur d avoir envie d aller aux toilettes et de me « faire dessus » suite a ca je me suis coupé de l exterieur en restant enfermé j ai moi ce qui a fait que j ai perdu mon boulot mon copain et grand nombre d amis qui ne comprennais pas pourquoi je refusé toujours leurs invitations . depuis peu j ai l impression que ca s aggrave ce matin par exemple j avais un entretien telephonique et j ai eu une crise avant . Je ne sais plus quoi faire j avais commencé a aller voir un psy mais ca n a pas du tout collé avec lui donc j ai aretté et je cherche une solution pour me sortir de ce probleme qui m en cause bien d autre pour l instant je suis au chomage mais ca va pas durer je me demande comment je vais faire pour me maitrisser quand je vais devoir aller a un entretien d embauche ou alors quand je vais aller visiter un appart . Si qq est dans le meme cas et qu il a reussi a s en sortir je serai heureux d en parler avec lui . merci d avance a tous ceux qui prendrons le temps de lire ce message 3615 ma vie ^^ . Céline

Alors ? Pas d’avis ? Allons, poussez que diable ! Non, toujours pas ? Bon, voici le deuxième cas, peut-être que ça viendra :

2) Fait divers survenu le 3 août à Settsu, une ville dortoir de la région d’Osaka :

Tatsuya Moriguchi, 39 ans, stressé par son travail, a été arrêté par la police japonaise pour avoir jeté ses excréments sur deux passantes en roulant en moto. Le 3 août, l’homme, après avoir faits ses excréments en plein air, a enfourché sa moto tenant le guidon de la main droite et ses excréments de la main gauche. Arrivant à la hauteur de la jeune femme, le motard l’a bombardé.

« Le suspect a expliqué avoir fait ça car il se sentait stressé au travail », a expliqué le porte-parole de la police.

« Je n’ai aucune idée du type de peine dont il pourrait écoper », a reconnu le porte-parole, confiant n’avoir « jamais entendu parler d’un cas comme celui-là auparavant ».

Tatsuya Moriguchi a préféré se rendre à la police car pour lui, il n’aurait pas pu échapper à la police plus longtemps.

 

Pas simple hein ? C’est de votre faute aussi bande de crêpes, vous auriez bossé un peu plus à l’école primaire, ce jeu ne serait qu’une formalité. Allez, écrivez vos propositions sur un bout de papier, je ramasse. Passons maintenant aux soluces :

Soluce du n°1 :

Réponse du Dr. Olrik, proctologue de la buvette Drink Cold :

Ma petite Céline,

Tous les symptômes que tu évoques sont la manifestation d’une apopathophobie carabinée, comprends la peur d’aller faire la grosse commission. Dans ton cas, je n’hésite pas et te prescris la collection complète de Docteur Chiottes. Je te conseille de placer les trente tomes dans toutes les toilettes susceptibles d’accueillir ton gros derrière (tes toilettes, celles de tes parents, de ton boulot, etc.). Dès que tu sens que les intestins te travaillent (et donc, par la même occasion, que sourd une désagréable angoisse), rends-toi au bidet, là ou tu sais qu’un exemplaire de Toilet Hakuse t’attend. La drôlerie des situations de détendera, t’aidera à relâcher le sphincter et à étouffer tout sentiment d’oppression. Au fil du temps, tu n’associeras plus mentalement le fait d’aller à la selle à quelque chose d’angoissant mais au contraire à une activité bidonnante. À tel point d’ailleurs que tu t’apercevras sûrement qu’il peut être bon de rester une heure dans les toilettes à lire un vieux manga (moi en tout cas j’aime). N’oublie pas de t’essuyer à la fin et d’aller te laver les pognes.

Bien à toi,

Docteur Olrik

PS : pour le cas où il s’avérerait (mais j’en doute) que ma prescription ne fonctionne pas, il y a toujours l’utilisation du kancho, matin, midi et soir avant les repas. Demande à tes proches de t’aider.

 

Soluce du n°2 :

Il y avait un piège ! Car dans le cas de ce Moriguchisonbronzenpleinair, le mal était déjà fait ! Stress au travail ? Et mon cul, c’est du yakitori ? Flairant l’excuse nauséabonde, j’ai déféqu… dépêché nos deux reporters de choc, Sébastien et Mamadou…

Et fissa bande de larves !

… ces deux têtes chercheuses spécialisées dans l’exploration cloaqueuse du Japanisthan, afin de nous mettre au parfum sur la véritable raison qui a poussé cet ouvrier à confondre OL et lunettes de gogues. Et devinez quoi? Cet homme était un inconditionnel de cette série ! Se faisant passer pour des policiers, nos deux reporters ont en effet retrouvé dans son appartement les 30 tomes (tous dédicacés par l’auteur) de la série, 25 figurines à l’effigie des personnages et une peluche trouvée dans son lit :

 

Et il y a pire : en explorant certains forums japanisthanais, Seb et Mamadou découvrirent que l’homme projetait de se rendre à Harajuku, déguisé en Docteur Chiottes et armé de deux sacs remplis de ses excréments pour agresser les passants. Un peu plus et l’on avait droit à de nouveaux reportages bien médiocres sur France 2 susceptibles d’énerver Megane (pas bon pour son cœur), on l’a échappé belle – non, pas de jeu de mots dispensable avec « caca nerveux », je me sens un peu vidé là.

Bref, vous aurez compris que dans ce cas, conseiller ou non la lecture de Toilet Hakase n’a aucune espèce d’importance, le type est bon pour l’asile, ou pour aller boire frais à la buvette.

C’est ça, bonne idée ! Tous à la buvette !

 

Leiji Matsumoto et Naoki Urasawa sur France Cul

Cela faisait longtemps que l’émission Mauvais Genres n’avait pas consacré un numéro aux mangas. Peut-être trop longtemps car l’émission de samedi dernier m’a paru finalement assez peu intéressante, bien moins en tout cas que d’autres consacrées à des thèmes et éclairées par Jean-Marie Bouissou. Après, comme on n’a pas non plus tous les jours l’occasion d’entendre le père d’Harlock (invité d’honneur à Angoulême cette année) et celui de Monster sur nos ondes, c’est toujours bon à prendre.

Reste que les interviews (on n’ose pas appeler cela des entretiens) sont bien courtes, trop courtes pour prétendre à donner une bonne idée des deux bonhommes et de leurs oeuvres. Et puis, il y a Urasawa. Systématiquement maintenant, on lui accole les adjectifs de « grand », « surdoué » ou même « mythique ». Une sorte de nouveau Tezuka dont il faudrait bien qu’on m’explique un jour ce qu’il a fait pour prétendre à cette comparaison dithyrambique  Je vous le dis tout de suite, ce n’est pas dans cette émission qu’on l’apprendra. Une fois n’est pas coutume, on y apprendra en revanche que le sieur est un guitareux qui aime de plus en plus à pousser la chansonnette. On est bien content de l’apprendre mais ce n’est pas ce qui m’aider à apprécier son oeuvre. Quant à l’évocation de T-Rex dans 20th Century Boys, ça me fait le même effet que ces romanciers japonais qui distillent dans leurs oeuvres des références américaines et européennes. Ça fait stylé, mais pour ce qui est de faire sens, c’est une autre histoire.

Ce qui m’énerve chez Urasawa, c’est qu’il a tout du mangaka installé qui maintenant va s’appliquer à utiliser ad nauseam les mêmes recettes qui ont fait ses succès (et le pire c’est que ça marche !). Ce qui rend la comparaison caduque avec Tezuka puisque chez ce dernier on avait au moins une grande variété dans la palette graphique, variété qui pouvait aller d’un certain réalisme à un trait naïf qui parfois fleurait bon le foutage de gueule. Et je ne parle pas des variétés de tons et des thèmes. On arguera puisque de toute façon il était le grand Tezuka, il pouvait se permettre des prises de risques avec des mangas bien hasardeux mais enfin, puisque Urazawa est, à ce qu’il paraît, « grand » et qu’il amassé une fortune considérable, on aimerait bien le voir ajouter plusieurs nouvelles cordes à son arc, si tant qu’il en soit capable. Mais je crains bien qu’il ne le soit pas et qu’il nous condamne la même soupe faussement originale.

Ça n’est pas du tout marqué par ce que peut avoir par moment de déplaisant et systématique et mécanique les codes graphiques du manga.

Dixit François Angelier dans l’émission. On va pas trop le chercher en lui demandant à quels « codes graphiques » il pense mais on va plutôt répondre en soulignant qu’en matière de traits « systématiques » et « mécaniques », Urasawa se pose là.  C’est bien dessiné, pour sûr ! mais sans surprise, sans le plaisir de constater une réelle évolution dans le style, une volonté d’essayer de faire quelque chose d’autre. Remarquez, c’est le cas de beaucoup de mangakas, mais ce qui me gêne chez Urasawa c’est que cela va de pair avec des ficelles narratives qui semblent elles aussi être les mêmes d’un manga à l’autre. Loin d’être le génie du neuvième art chanté aux quatre coins du monde, je vois plutôt en Urasawa un petit malin qui a habilement su jouer sur le tableau du Shonen et du manga destiné à un public plus adulte. On peut y voir des choses profondes dans son oeuvre, je n’y vois pour ma part que des choses qui ont l’apparence de la profondeur et qui peinent à mener à bon port une intrigue souvent passionnante au début, mais au fil des pages aussi navrante que le soufflé de Gaston.

Bon, il faut ici que j’avoue quelque chose : je pardonne difficilement à Urasawa de m’avoir fait raquer les 18 tomes de Monster pour une fin aussi merdique !

Parfait pour les jeunots ou les vieux novices qui veulent s’encanailler en lisant des mangas « originaux » et « intelligents » mais, pour ma part, je préfère encore lire un shonen comme One Piece. Systématique et mécanique comme une recette mille fois éprouvée mais j’y trouve parfois une fantaisie et un goût de l’aventure qui me renvoient délicieusement au temps de mes premières lectures. Ou comme Harlock tiens ! J’avais beau être plus Goldorak qu’Albator, j’ai toujours eu l’impression que Matsumoto, comme Go Nagai, faisait partie de ces auteurs hors normes qui ont su apporter une pierre bien massive à l’édifice du manga. Pour Urasawa, j’ai plutôt l’impression pour le moment d’une pierre en chocolat. Auteur à suivre quand même, qui sait ?

Gantz (Shinsuke Sato – 2010)

 

gantz poster

A chaque fois c’est la même chose : après une adaptation cinéma d’un manga j’y vais de mon « on ne m’y reprendra plus » mais, invariablement, je cède à la curiosité dès que sort un nouveau film de ce genre. J’ai pourtant longtemps résisté pour ce Gantz mais voilà, j’ai craqué le week-end dernier. J’aime le manga original et la version animée, avec sa lenteur et son atmosphère sonore particulièrement soignée, avait plutôt recueilli mes faveurs. Mais voilà, ce qui est possible en terme d’immoralité, de sexe et de violence pour un anime l’est nettement moins pour un film mainstream. L’adaptation de Kaiji en était une nouvelle fois la preuve et Gantz ne déroge pas à la règle : c’est lisse. Pas trop mal foutu, mais désespérément lisse, sage, évacuant tout ce qui faisait le sel du manga d’Hiroya Oku. Lire la suite Gantz (Shinsuke Sato – 2010)

L’Univers des mangas, de Thierry Groensteen

Faire un article sur un ouvrage traitant de mangas n’est a priori pas très original mais voilà, il ne s’agit pas de n’importe quel ouvrage. Publié en 1991 lors du 18ème salon de la BD d’Angoulême (dont l’invité d’honneur était le Japon), ce livre est tout simplement le premier essai en français consacré aux mangas :

Et à l’époque, j’aime mieux vous dire qu’il faisait figure de Bible tant les choses à se mettre sous la dent étaient rares. Il y avait bien quelques fanzines faits par une poignée d’amateurs éclairés (Mangazone) mais il manquait encore un ouvrage portant un regard à la fois général et précis. Thierry Groensteen, ponte de la BD (entre autres choses théoricien et fondateur de la revue les Cahiers de la bande dessinée), eut la bonne idée de s’y coller et c’est ainsi que parut chez Casterman cet Univers des mangas.

Presque vingt ans après, que reste-t-il de ce livre ? Eh bien par rapport à pas mal de concurrents qui ont paru depuis, il a plutôt bien traversé les années et reste valable dans une très large mesure. À commencer par la chronologie de l’histoire du manga qui ouvre le livre. En une petite dizaine de pages, du VIème  siècle à 1989, Groensteen livre les principales dates qui ont peu à peu contribué à faire du manga le phénomène qu’il est devenu. Suit un chapitre intitulé « une industrie du divertissement » qui s’attache à l’économie du manga, à la fois en amont (recrutement de nouveaux dessinateurs) et en aval (les différents moyens pour consommer du manga). Avec les nouveaux médias qui tendent à se développer, c’est un chapitre qui mériterait maintenant d’être retoqué. Mais il reste suffisamment parlant en ce qui concerne l’énorme place que tient le manga dans le quotidien japonais.

Dans le 3ème chapitre (Autres thèmes, autres styles), Harry Morgan (l’ouvrage est collectif) s’attaque au gros morceau : l’esthétique du manga. Et là aussi, il est étonnant de voir combien ce panorama précurseur  tient encore la route. Que ce soit dans l’éventail des thèmes évoqués et dans le panel d’auteurs pour servir d’exemples, Morgan ratisse large et juste. Tout comme ce qu’il en dit. Avec un sujet aussi neuf, on aurait pu craindre que l’auteur n’ait des œillères et ne voit pas, ou sous-estime telle ou telle facette du manga. Ce n’est pas le cas, aussi bien dans les thèmes que dans l’évocation des caractéristiques graphiques, Morgan fait preuve d’une vulgarisation qui donne une parfaite image du manga au néophyte qui n’y connaîtrait rien.

Les chapitres suivants consacrés à l’animation et, passage obligé là aussi, Osamu Tezuka, sont du même tonneau, tout comme l’ultime chapitre, présentant 25 auteurs. Ici, Groensteen prend soin d’affirmer qu’il est pleinement conscient du fait que certains regretteront la présence de tel ou tel auteur. Reste que le choix est judicieux. Compte tenu des assimilations hâtives que l’on pouvait craindre (et qui n’a pas manqué de se faire) entre mangas et dessins animés japonais (pas vraiment en odeur de sainteté), on pouvait craindre que le spécialiste de la BD ne sorte l’artillerie lourde et balance  uniquement des titres auteurisants pour bien signifier combien le manga est un art respectable. Mais il n’en est rien, l’auteur ayant bien insisté sur l’aspect populaire de cette culture, il n’hésite pas à citer par exemple dans sa liste Fujio-Fujiko, les deux auteurs de Doraemon.

Voici les 24 autres : Fujio Akatsuka (Tensai Bakabon), Tetsuya Chiba (Ashita no Jô), Machiko Hasegawa (Sazae san), Hiroshi Hirata (le Guerrier borgne), Ryoichi Ikegami (Crying Freeman), Shôtaro Ishinomori (Cyborg 009), Rakuten Kitazawa, Gôseki Kojima (Lone Wolf and Cub), Leiji Matsumoto (Captain Harlock), Hayao Miyazaki, Shigeru Mizuki (Hakaba no Kitarô), Gô Nagai (UFO Robo Grendizer), Shinji Nakashima (Fûten), Keiji Nakazawa (Hadashi no Gen), Ippei Okamoto, Katsuhiro Otomo (Akira), Takao Saito (Golgo 13), Sampei Shirato (Kamui Den), Shigeru Sugiura, Suihô Tagawa (Norakuro), umiko Takahashi (Urusei Yatsura), Akira Toriyama, Yoshiharu Tsuge et Ryûichi Yokoyama (Fuku-chan).

On peut retourner la liste dans tous les sens, il me semble qu’il est assez difficile de crier au scandale.

L’Univers des mangas, vingt après sa parution, est donc un ouvrage qui n’a pas à rougir de son grand âge dans un univers où le travail critique s’accélère d’année en année. Il a de plus un autre avantage : celui d’être savoureux dans ses ultimes pages. La conclusion est le moment au l’auteur se mouille un peu, y va de son petit pari sur l’avenir. Et là, il est amusant de voir combien le pessimisme de Jean-Paul Jennequin, qui se prête à l’exercice, tombe sans le savoir à plat quand on sait de quelle manière la manga s’est par la suite implanté en France. Rappelons que nous somme à l’époque où Akira paraissait péniblement en kiosque. « De son succès dépend sans doute assez largement l’avenir des mangas sur notre territoire » prédit Jennequin.  Phrase qui faisait froid dans le dos puisque  le succès d’Akira fut assez mitigé. Et Jennequin de déplorer l’existence d’ersatz de mangas réalisés en France (le journal d’Astro le petit robot) ainsi que des fausses BD du Club Dorothée Magazine, BD réalisées à partir d’images d’anime, autant de tâcheronneries ne facilitant pas la bonne réception de cette fabuleuse culture populaire qu’est le manga.

Ces quelques lignes baignent donc dans un pessimisme retenu, pessimisme que contrebalance sans trop y croire le souhait de Jennequin de voir « un éditeur motivé et solide capable de faire découvrir au public français le haut de gamme de la production ».

Ce haut de gamme salutaire viendra quelques années plus tard grâce à un petit gamin avec une queue de singe et plus balèze que Benoît Brisefer, jetant les bases d’une déferlante manga qui, malgré les réserves des sceptiques, s’installera durablement. On l’a échappé belle, merci Goku !

En complément, je ne saurais trop vous conseiller d’écouter la dernière émission de Mauvais Genres (écoutable sur le site pendant un mois je crois). François Angelier rappelle en début d’émission que cela faisait une paie qu’il n’avait pas consacré une émission aux mangas. C’est vrai et c’est bien dommage car à chaque fois le thème traité donnait lieu à une heure d’informations absolument passionnantes. Espérons que le père Angelier rattrapera le retard cette année.

Pour l’émission de samedi dernier donc, était invité Jean-Marie Bouissou pour Mangas, histoire et univers de la BD japonaise, essai de plus de 400 pages qui risque fort de s’installer comme la nouvelle référence en la matière. L’ouvrage devrait paraître prochainement chez Picquier. À suivre.

Dôsei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, Tome 2

Lors de mon précédent article consacré à ce manga, j’avais suggéré que cette chronique de la vie d’un couple pouvait se savourer  par petites tranches, puisque finalement, on assistait à de petits épisodes de leur vie quotidienne, sans réelle ligne directrice. En fait, j’avais tout faux. Dans le deuxième tome qui vient de paraître, finis en effet ces petits moments, finies les scènes intimistes. Tout va mal : le lecteur assiste, impuissant, au fulgurant délitement de leur relation. Autant le premier tome est lumineux, avec parfois des moments de doute, autant ce tome est franchement sombre. Avortement, tentative de suicide, folie, asile psychiatrique, voilà, pour donner une idée, quelques épisodes qui permettent de composer les 700 pages du volume. C’est sinistre, mais en même temps fascinant. On aimerait que cela se passe mieux pour eux, mais cette descente aux Enfers, portée par le style toujours admirable de Kamimura, a quelque chose d’hypnotique.  Autant le premier tome peut effectivement se lire par petits bouts, autant celui-ci  peut se lire d’une traite, inquiet du sort de Kyoko, et curieux de l’évolution de Jirô, indéniablement le personnage principal de ce volume.

Pour ce qui est des audaces graphiques, Kamimura remet le couvert, rien ne change, rassurez-vous. Chaque planche est un éblouissement… ou, parfois,  un traumatisme. A ce titre, la scène d’avortement, avec son découpage minimaliste, possède une dureté sèche que j’ai rarement vue en bande dessinée. Et l’on comprend volontiers pourquoi Kyoko est durablement perturbée après cette épreuve.

La mécanique du couple est donc considérablement grippée durant ce tome. On termine la lecture un peu déçu, après tant d’épreuve, on aurait aimé que cela se termine un peu mieux pour ce qui est à mes yeux le couple le plus charmant, le plus réussi, le plus « vrai » de l’histoire de la bande dessinée. Petite consolation : ce n’est pas fini, un ultime tome (sans doute aussi un gros pavé de sept cents pages) nous attend, avec son lot de passages virtuoses graphiquement, d’érotisme, de moments durs et, espérons-le pour Kyoko et Jiro, de moments de tendresse retrouvée.

Obituari (un peu tardif) : Yoshito Usui

Voilà une nouvelle qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle date du mois de septembre. Mais à part auprès de ceux qui suivent l’actualité manga de très près (ou l’actualité japonaise), elle avait de fortes chances de passer inaperçue dans nos contrées. En tout cas, sa découverte aujourd’hui m’a attristé puisqu’elle signifie l’arrêt d’une série sympathique et anti-conformiste : Crayon Shin-Chan.

Avant d’évoquer cette série, deux mots sur la disparition du mangaka. Son corps a été retrouvé sans vie le 19 septembre dans une montagne du centre du Japon. Une semaine auparavant, il avait annoncé à sa famille qu’il allait faire une excursion en montagne (chose habituelle pour lui)  et qu’il serait de retour dans la soirée. Ne le voyant pas revenir, ses proches ont évidemment rapidement alerté la police mais il aura fallu attendre une semaine pour qu’un alpiniste découvre son corps. L’endroit où il a été découvert et les nombreuses fractures ont indiqué qu’il a vraisemblablement été victime d’une chute mortelle. Il avait 51 ans. Lire la suite Obituari (un peu tardif) : Yoshito Usui

Dousei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, de Kazuo Kamimura

        Attention chef d’œuvre ! A l’heure où les éditeurs français semblent s’être donnés le mot pour inonder le marché de shôjo mangas pour jeunes pucelles en mal d’émotion, Kana tire magnifiquement son épingle du jeu en proposant une sublime histoire d’amour. Et lorsque l’on sait que le créateur de cette histoire n’est autre que Kazuo Kamimura (l’auteur de Lady Snowblood, entre autres), on peut se douter que ce ne sera pas une bluette fade mais une histoire d’amour teintée d’érotisme à destination d’un public plutôt adulte. Lire la suite Dousei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, de Kazuo Kamimura

« Mes Voisins les Yamada » débarquent en France !

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 Tonari no Yamada, le célèbre manga de Hisaichi Ishii, adapté au cinéma par Isaho Takahata, vient de sortir aujourd’hui en librairie. C’est une excellente surprise, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’un classique et cela manque en France où l’édition, ciblée essentiellement vers un public ado, ne prend pas toujours de risques avec ce type de titre susceptible de plaire surtout à un public adulte. Lire la suite « Mes Voisins les Yamada » débarquent en France !

Katsuhiro Otomo décoré par un ministre otaku

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   Je sais bien, ce n’est pas vraiment une nouvelle, l’information date de 2005. Je l’ai retrouvée par hasard sur internet. Il s’agit de la remise à Otomo des insignes de chevalier des Arts et des Lettres. Quand j’avais appris la nouvelle, cela m’avait paru on ne peu plus normal. Otomo est un créateur, un véritable artiste qui a su se constituer un univers personnel, original et novateur. Pour beaucoup d’amateurs éclairés, il y a un avant et un après Akira. Seuls les indécrottables rétrogrades ennemis de la bande dessinée (et encore plus des mangas, quelle horreur!) ont dû grincer des dents à cette nouvelle.

     Normal donc… mais aussi un peu surréaliste. Et ce n’est pas le fait d’Otomo mais du ministre de la culture d’alors, Renaud Donnedieu de Vabres. Voici l’intégralité de son dicours, le 31 mai 2005. Lire la suite Katsuhiro Otomo décoré par un ministre otaku