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La leçon de photo d’Araki

L’amateur de photobooks signés Araki le sait, il est parfois frustrant de ne pas avoir accès à de traductions de ses livres en français. Je dis bien « traductions » et non pas « publications ». Des livres faisant découvrir des facettes de son œuvre, l’amateur occidental en a. Mais il suffit d’avoir entre les mains des titres japonais pour s’apercevoir qu’Araki aime souvent à commenter ses images, à raconter les circonstances dans lesquelles elles ont été prises, à préciser ses intentions en tant que photographe, à tel point que le texte supplante parfois l’image. Plus d’une fois je me suis fait avoir en commandant un livre sur Mandarake ou sur Book-Off, m’apercevant à la réception du colis que le livre était constitué à 80% de textes, évidemment japonais, pas bilingues comme cela peut être le cas chez Taschen. Frustrant.

L’édition japonaise

Bref, c’est dire si cette Leçon de photographie intégrale publiée par les éditions de l’Atelier akatombo est précieuse. Sorti en 2011 au Japon chez Hakusuisha sous le titre 完全版 写真ノ話, l’ouvrage fait un panorama autobiographico-pictural de l’œuvre d’Araki, abondamment commenté par lui-même.

On y trouvera plusieurs entretiens avec Susumu Watada, mais surtout de nombreux commentaires sur des photos importantes aux yeux du maître (336 photos en tout). Le ton est familier, volontiers chaotique, la démarche des traducteurs ayant été manifestement de reproduire l’oralité du personnage. Et pour peu que l’on connaisse la voix et le débit du personnage, on a très vite l’impression de l’entendre causer, un peu comme s’il était juste à côté de nous en train de feuilleter un album de photographie. Cela n’est pas sans charme, même si cela peut aussi agacer, le parler arakiesque n’étant pas sans exercer un certain radotage brumeux.

Bon, certaines photos permettent aussi de reprendre courage, c’est vrai.

Il n’en demeure pas moins qu’on sort de la lecture de ce livre qui couvre les années 1963 à 2010 avec une image assez précise du personnage. Ce dernier nous raconte aussi bien son amour pour Chiro, sa célèbre chatte qui a donné lieu à plusieurs photobooks, l’importance de Sentimental no tabi – le livre manifeste lié à la mort de sa femme – mais aussi son goût pour pour les photographies de ciels, son amour des femmes (souvenir ému de son Fūjo consacré à des MILF anonymes qui ont désiré se faire prendre en photo en tenue d’Eve), de certains quartiers de Tokyo, etc. C’est parfois un peu chaotique, ça foisonne surtout avec le bagout du bonhomme, mais au final c’est une porte d’entrée très intéressante pour quiconque aimerait découvrir son œuvre. Pour l’approfondissement, il faudra investir dans d’autres livres car les reproductions en miniature s’avèrent évidemment un peu frustrantes.

Cela dit, ces reproductions n’empêchent pas non plus une certaine qualité. Ce qui frappe dans cet ouvrage c’est l’excellente qualité du papier glacé et la finesse des reproductions qui permet largement de contenter la curiosité du lecteur, en attendant mieux. Et si vous ôtez la jaquette, surprise ! vous découvrez alors sur la reliure une photo du quartier d’Ochanomizu. Un bel objet en définitive, à tel point qu’on en viendrait à souhaiter que l’Atelier akatombo se lance un peu plus dans l’aventure de la publication de photobooks, et pas seulement d’Araki.

Dans l’espace, personne ne vous voit lire Heibon Punch

C’est une des scènes les plus WTF ? d’Alien, et encore plus maintenant pour moi. Jusqu’alors je n’y avais jamais prêté attention mais je viens de remarquer un détail assez énorme.
Ça s’est passé le week-end dernier alors que j’avais enfin réussi à convaincre Olrik jr (désormais 13 ans et demi) de mater Alien en ma compagnie. Il a fallu travailler le bougre pour qu’il accepte puisque le pauvre chéri peut facilement avoir les pétoches et sait surtout combien son taquin de paternel peut user durant la projections de subterfuges pour lui faire subir moult jump scares. Enfin bref, passons les détails, il a fini par céder et quelques mois après avoir vu Shining, il a volontiers admis à la fin qu’il n’avait pas regretté l’expérience (next target : Aliens).
Et donc, de quelle scène, de quel détail s’agit-il ? Et surtout, quel rapport avec le Japon ? Voici : il s’agit de la fameuse scène durant laquelle on apprend qu’Ash n’est en fait qu’un vil robot à la solde de la compagnie qui a engagé l’équipage et qui est prête à les sacrifier pour ramener un échantillon d’alien sur Terre. Vous vous en souvenez peut-être, Ash pète alors méchamment les plombs, s’en prend physiquement à Ripley avant de manger froid lui-même en étant décapité par Parker.
J’ai dû voir Alien une bonne dizaine de fois et je n’y avais jamais prêté attention. C’est lorsque Ripley se prend les premiers coups de la part d’Ash. A un moment, il la saisit par le col et l’envoie valdinguer dans un espace où se trouve une couchette, vraisemblablement la chambre de fortune d’un des membres de l’équipage. On voit ce plan :


Avec sur la gauche toute une iconographie qui attira mon attention. Cet élément isolé, voici ce que cela donne de plus près :

Diable ! Indéniablement cela sentait la gravure idol japonisante des 70’s. Mais pourquoi ? why ? warum ? Je ne tardais pas à avoir ma réponse. Surplombant Ripley allongée sur la couchette et tentant de reprendre ses esprits, Ash se saisit d’un magazine posé sur pile à côté et le roule en rouleau :


Pour lui en donner un coup ? Non, mieux que ça, pour le lui enfoncer dans le gosier ! Et c’est alors qu’arrive cette image :

Au passage merci la magie du HD.

Oui, WTF car là, le doute n’était plus permis, on était face au kanjis du nom de ce doux magazine essentiellement des 70’s, magazine équivalent du Playboy américain, j’ai nommé Heibon Punch.
Dès l’instant où cette stupéfiante révélation m’apparut, inutile de dire que je n’ai plus eu l’esprit à suivre les détails de la lutte entre Ripley et Ash, je n’avais d‘yeux que pour d’autres détails du décor. Quand on revoie le film tranquillement avec moult arrêt sur images, on tombe par exemple sur ceci :

Eh oui, il n’y a pas un mais plusieurs exemplaire d’Heibon Punch. Et en s’arrêtant sur le plan du magazine avant qu’il soit façonné en rouleau on aperçoit un bout de la couverture :


On peut alors faire une recherche sur les couvertures du mag de l’année 1978. et on tombe alors sur ce numéro :

n°702 du 20 mars 1978

Numéro à l’intérieur duquel on trouve ce poster :

Soit celui que l’on aperçoit en bas de l’image.
Evidemment, je me gardai bien de faire ces remarques à Olrik jr qui de toute façon était dans son coin en train de comater d’effroi. Moi, je comatais de surprise, me repassant dans mon esprit ces mots, essayant d’y trouver un mot : un robot force Ripley à faire une fellation à un numéro d’Heibon Punch ! C’est plus Alien mais Alien VS Blow Up ! Les tentatives d’interprétation s’avéraient rudes, voire impossibles. Le présence de ce magazine dans le futur, à l’intérieur du Nostromo, indiquait en tout cas qu’un des membres de l’équipage avait bon goût. De qui pouvait-il s’agir ? Sans doute Parker, à moins que ça ne soit Brett, le personnage joué par Harry Dean Stanton. Il devait avoir méchamment cassé sa tirelire pour se procurer chez Mandarake cette pile de numéros.
Mais si l’on quitte la diégèse pour s’interroger sur les conditions de réalisation du film, se pose alors cette question : qui a fourni ces exemplaires ? Le chef décorateur ou bien… Ridley Scott lui-même ? Ne pourrait-on pas imaginer après tout Scott amateur de bijins dénudées sur papier glacé, fan hardcore de Pinky Violence et de Roman Porno et abonné de la première heure à Heibon Punch ? Cette passion l’aurait amené à disposer dans le décors les photos de ses bijins préf’ du moment et le fait qu’il ait tourné plus tard Black Rain au Japon pourrait alors être vu comme la démarche d’un fana d’yeux bridés en amandes pour contempler au plus près la cause de ses fantasmes mais aussi afin d’en profiter pour compléter sa collec’ de mags dans les meilleures librairies du Japon. On est libre de ne pas partager mes hypothèses mais pour moi, c’est comme qui dirait cousu de fil blanc et je sais que je ne reverrai plus jamais Alien de la même manière.
Sur ce, je vous laisse, tout cela m’a donné envie de commander un Heibon Punch sur Yahoo auctions. Hum ! Comment s’appelle déjà la douce sur le poster ? Ai Wakasugi ? Allons donc y faire une petite recherche…

Corps boueux et grosses pastèques au onsen !

Dans lequel on découvre le bon usage de la boue et de certains fruits opulents au onsen…

Petit retour en arrière. Le week-end précédant la pêche infernale avait eu lieu un des moments clés de notre séjour, une petite tradition au sein de la famille : la réservation d’une chambre à un onsen afin d’y passer une journée. Comme d’habitude, c’est Madame qui fut missionnée par son père de trouver sur internet un bel établissement du côté de Kagoshima et de faire la réservation. Pendant qu’elle y était, elle pouvait aussi réserver une grosse voiture pour nous transporter tous les six et éviter de s’y rendre à deux véhicules. Compte tenu du fait que l’établissement se trouvait à une heure et demie de route et que le véhicule qui allait être loué pour deux journées douillait un peu, j’avoue que ça ne m’aurait pas dérangé de faire l’aller retour à deux caisses. Mais dans la famille de Madame, c’est comme ça. Quand le beau-dabe décide de casquer pour le confort, il n’y a rien à redire. Il n’y a qu’à fermer les yeux, appuyer sur le bouton « clim » et apprécier.

Nous sommes partis vers midi. Dans quel véhicule ? Celui-ci : 

Une Nissan Serena !

Le genre de véhicule que je ne pouvais jusqu’alors conduire qu’en rêve. Quand j’en aurai fini de rembourser la maison et de foutre tout mon fric dans ma collection de Pléiades, peut-être que ce rêve sera accessible mais pour l’instant, je dois me contenter de mon monospace familial de chez Renault, ce qui est déjà un gain par rapport à ma 205 rouge de mes années d’étudiant. Mais comparé à un Serena, ça n’a rien à voir, le Scenic ayant en comparaison tout de suite des allures de voiture à Gaston. Je ne vais pas transformer l’article en article de banc d’essai façon « Auto-moto magazine », j’évoquerai juste l’incroyable impression de glisser sur le bitume plutôt que de rouler. C’est bien simple : si j’avais mis durant le trajet la B.O. de Space Adventure Cobra, je crois bien que j’aurais immédiatement eu la sensation d’être un pirate de l’espace partant vers une autre planète pour quelque obscure mission. Avec Madame Olrik dans le rôle de Dominique, l’Aventure sexy avec un grand A quoi ! Bref ce genre d’engin, ce n’est certes pas complètement un avion, mais c’est davantage qu’une voiture. C’est quelque chose entre les deux qui pourrait vous faire parcourir 500 bornes sans sourciller, comme s’il ne s’agissait que d’une petite centaine. Tout cela pour dire qu’après une heure de route effectuée, nous fîmes une petite pause déjeuner vers 13H30, et c’est bien jouasse que je pris le volant pour la deuxième partie du voyage.

Le check-in étant à 15H30, nous fîmes une petite halte à Kirishima qui était tout prêt du onsen. Ah ! Kirishima ! Souvenirs, souvenirs, comme disait l’autre. C’était lors de mon deuxième séjour au Japon, en 2005. Mon séjour le plus court (une petite quinzaine de jours), mais pas le plus anodin puisqu’il s’agissait rien moins que de m’y rendre pour assister à une cérémonie de mariage : celui de Madame Olrik et de votre serviteur ! Le lendemain de la cérémonie, nous eûmes droit à une mini lune de miel à un onsen à quelques bornes de Kirishima. C’était en février, et je me souviens des manteaux chauds que nous portions (sensation peu connue puisque je rappelle que je connais surtout le Japon l’été), de l’immense tori arborant l’avenue montant vers le temple principal, du bon restaurant où nous déjeunâmes avant de prendre le taxi de l’établissement qui devait nous accueillir, ou encore du petit bassin situé à côté où les passants pouvaient se décontracter en y faisant un bain de pieds bienfaisant.

Bons souvenirs et il fut plaisant de retrouver cela, même si la chaleur contribua à transformer la montée à pieds jusqu’au temple en petite épreuve. Ce n’était d’ailleurs pas bien grave puisque dans une heure nous serions au onsen et aurions tout loisir de nous remettre de la suée de la petite promenade. Les beaux-parents n’en déclarèrent pas moins forfait assez vite, laissant volontiers cette montée un peu physique aux jeunes générations. Je crois qu’ils nous attendirent dans le Serena toute clim allumée, japanese way.

Les retrouvailles avec le temple furent décevantes et frustrantes. Décevantes car l’endroit était défigurée par des structures métalliques faites pour accueillir des stands pour un matsuri. Frustrantes car je me dis qu’assister le soir à un matsuri dans ce lieu devait être sacrément sympa. Après, avec les bains, le dîner fixé à une certaine heure qui promettait d’être un peu long, et surtout le fait que je ne connaissais pas non plus le coin comme ma poche, ça paraissait délicat d’entreprendre une sortie nocturne au matsuri. Et puis bon, nous allions être à un onsen first classe, autant en profiter au maximum.

Vers 15H30 donc, nous y arrivâmes. Il s’agissait du…

Sakura Sakura Onsen

Onsen choisi par Madame donc, et pour ce genre de chose on peut lui faire confiance, pas de risque que le séjour se transforme en cauchemar. Après le check in, on nous engagea à attendre devant l’entrée de l’établissement pour qu’un chauffeur nous amène à notre chambre. Ici, je sourcillai quelque peu. Hein ? Il fallait faire de la route pour accéder à notre chambre ? Ça allait être pratique pour accéder au bassin ! Cela je me contentai de le penser pour ne pas gonfler Madame. Mais je fus rapidement rassuré. Oui, il fallait faire de la route si on pouvait appeler cela « faire de la route » : une minute en voiture, soit cinq minutes de marche à pieds. Du reste, on n’avait qu’à appeler l’accueil au téléphone qu’on désirait que le chauffeur vienne nous cherche et ce dernier se pointait manu militari deux-trois minutes plus tard. Donc l’ « éloignement de la chambre » par rapport au bâtiment principal n’était pas forcément un problème. Et il ne le fut plus du tout quand je constatai que cette « chambre » était en fait une maison :

Je sais, l’ambiance est un brin hivernale. Comme j’ai oublié de prendre en photo l’extérieur de la maison, j’ai pioché dans Google map.

Y’a pas, on allait s’y sentir bien. Et une fois à l’intérieur la bonne impression ne changea pas :

Déposant nos quelques valises nous inspectâmes les lieux. Jouxtant la salle de bain se trouvait un onsen individuel, comprenez une baignoire en pierre dont l’alimentation en eau venait directement de la maison mère. Une vraie eau d’onsen quoi ! une eau avec cette odeur caractéristique émanant du soufre. Sympa mais rien ne valait justement cette dernière et ses bassins de compétition. Quittant mes vêtements pour utiliser un des beaux yukatas à disposition des clients, je ne perdis pas de temps et m’y rendis à pinces, flanqués d’Olrik jr et Olrik the 3rd, eux aussi impatients de se baigner.  C’était parti pour cinq minutes de marche :

Oh hisse ! Il fallait monter et fatalement, au bout de trois minutes, j’entendis l’un des deux lancer un « finalement on aurait mieux fait d’appeler la voiture ». Je ne répondis pas et doublai la cadence en guise de réponse, écrasant de mépris. Génération de chiffes molles va ! Arrivés à l’entrée, nous passâmes par un passage abrité qui longeait un jardin…

… puis nous nous engouffrâmes dans le vestiaire des hommes. A noter qu’il y a dans ce onsen un roulement entre les bassins. La partie réservées aux femmes devient accessible pour les hommes à partir d’une certaine heure et vice versa, cela pour que chacun ait la possibilité d’apprécier les deux endroits. Les femmes sont cependant privilégiées, la partie comprenant le plus grand nombre de bassins leur est allouée pour l’essentiel de la journée. Mais comme il s’agissait de se relaxer pour mieux faire rayonner leur beauté, je me garderai bien de maugréer. 

Après s’être intégralement désapés, passage obligé évidemment au coin douche. Là il y avait deux possibilités. Ou bien le faire à l’intérieur, à proximité de ce bassin :

Là aussi, photo made in Google map. Toujours un peu chaud de se trimbaler avec un appareil photo dans un onsen. J’ai cependant une technique : vérifier que les vestiaires sont dotés de casiers avec serrure. Y déposer alors la matos et s’en saisir dès que les bassins sont vidés du moindre quidam. 

Ou bien le faire directement à l’extérieur :

Google too.

Ce que je fis. Là se trouvaient trois adultes et deux enfants. L’ambiance était au calme, la chaleur estivale ardait moins, laissant même la place à une légère fraîcheur. Il allait faire bon de se glisser dans un bain de 47°C. En me rinçant, je vis que mon voisin de gauche avait le dos un peu maculé de boue. Je me rappelai alors que Madame m’avait dit que c’était un onsen où il y avait la possibilité de faire des bains de boue. Cette dernière devait certainement se trouver dans le bassin principal qui était opaque et devait avoir au fond une pellicule boueuse. En m’y rendant, je sentis effectivement sous mes pieds une texture gluante. Mais pas de quoi non plus expliquer toutes les traces sur le dos du voisin. C’est alors que je vis à côté du bassin un gros pot cubique en bois autour duquel on voyait plein de traces de boue fraîche. Je m’approchai :

Photo cette fois-ci made in BdJ. Image prise le lendemain matin dans les bassins occupés la veille par les bijins, alors qu’il n’y avait pas d’autres clients à part les kids et moi. Pas exactement la même configuration mais c’est grosso merdo la même chose que pour les bassins pour nous, les hommes. 

 

Bingo ! En fait de bain de boue, il fallait d’abord s’en enduire le corps, attendre quelques minutes avant de se rendre au bain. Pas exactement le bain promis mais peu importe, se transformer en abominable mud man des onsens allait être sympa. Appelant les kids, je mis les pognes dans le pot sans leur donner la moindre explication puis m’appliquai vigoureusement une bonne couche sur les joues. Je n’oublierai jamais leur expression à cet instant. A la fois interloqués et en même temps très « mince ! on a perdu papa, il est devenu cinglé ! ». Je les rassurai cependant, leur expliquant de quoi il s’agissait. Je joignis les gestes à la parole en me couvrant méthodiquement le corps. D’abord les bras :

Oui, comme il n’y a pas de vidéos de moi procédant à l’opération, j’illustre avec un autre modèle pour vous donner une idée. Et puis bon, quand bien même il y aurait une vidéo, c’est tout de même plus ragoûtant que de voir ma pilosté se faire tartiner.

Puis le torse :

Là aussi, imaginez si ça vous intéresse moins de rondeurs et plus de poils (et de muscles, beaucoup plus de muscles).

Enfin tout le corps. Du haut du crâne aux orteils en passant par le bout du zob, je n’avais plus la moindre parcelle de peu de visible. Seul le blanc de mes orbites était à l’air libre, de quoi me donner l’apparence d’un super vilain façon Marvel. Olrik jr était un brin dégoûté de me voir ainsi, confortablement assis sur une chaise en plastique, humant le bon air du soir et attendant que la boue sèche sur mon épiderme. Quant à Olrik the 3rd, il vit tout de suite le côté ludique de la situation. On n’avait pas tous les jours le droit de se couvrir de boue. Sans aller non plus aussi loin que son père, il entreprit donc de se mettre plein de boue sur la couenne.

Après avoir attendu un bon quart d’heure, il était largement temps de se rincer. J’ôtai le gros avec une des douches (qui ne se trouvaient du coup pas à l’extérieur par hasard) et me glissai de nouveau dans le bassin chaud pour enlever le reste. Après quoi, il n’y avait plus qu’à se finir dans l’habituel bassin d’eau froide. Moins glacée que celle au onsen de centre-ville de Miyazaki, elle permettait de prolonger la décontraction tout en regardant paisiblement la verdure que l’on voyait derrière les bassins. Chose amusante, on entendait coasser une grenouille juste derrière ce bassin, détail qui dégoûta Olrik the 3rd et lui enleva toute envie de se risquer dans ce bassin. Pour moi, pas de problème, les grenouilles sont mes amies depuis toujours.

Bref, vous l’aurez compris, cette première incursion se passa bien. Dans le vestiaire, en remettant mon yukata je tâtai mon épiderme : indéniablement la boue avait eu un effet. Ma peau était devenue très douce, Nivéa et Oréal n’avaient plus qu’à me proposer un contrat !

On retourna à la maison de nouveau à pinces. C’était moins fatiguant car la côte à l’aller était devenue une pente. Ce qui n’empêcha pas un des employés de l’établissement de nous rattraper avec sa fourgonnette pour nous inviter à monter jusqu’à destination. Bon, comme il n’y avait plus qu’une centaine de mètres à faire j’aurais bien refusé, mais comme l’homme était très aimable et soucieux du bien être de ses clients, je ne l’ai pas chagriné et j’ai donc accepté l’offre, à la grande satisfaction des deux limaces qui m’accompagnaient.

Dans la maison, l’ambiance était au calme. Madame et ses parents profitaient de la tranquillité du lieu. Une théière de macha était à disposition, j’en bus une tasse pour achever de me détendre. Pas trop longtemps non plus car dans une heure, j’avais bien l’intention de retourner aux bassins juste avant le dîner. Avec la luminosité déclinante, cette deuxième incursion fut d’ailleurs encore plus appréciable. Très peu de personnes là aussi. A part moi et les kids, il y avait deux japonais dont un qui me proposa, alors que j’étais occupé à m’enduire de boue, de s’occuper de mon dos ! Que diable était-ce donc cette demande ? Comment Monsieur ? Mais je n’en suis pas ! Mais comme le bonhomme avait expliqué quelques minutes auparavant à Olrik jr comment bien utiliser les petites serviettes dans un onsen (avec un geste assuré, il s’en était saisi, l’avait rigoureusement essorée puis pliée en huit avant de la poser méticuleusement sur le haut du crâne d’Olrik jr en lui expliquant qu’il fallait faire ainsi), je compris – et Olrik jr fut d’accord avec moi – que ce type était un pro des onsens, pour sûr ! et qu’il n’y avait dans son offre nul sous-entendu de la manchette. J’acceptai donc et lui offris de la rendre la pareille, chose qu’il accepta bien volontiers. Voilà, c’est comme cela que doivent se conduire de vrais honnêtes hommes dans un onsen. On se salue poliment, on se frotte le dos de boue et on apprécie l’instant collectivement sans en rajouter.

A droite, Olrik jr qui se la joue pro des onsens avec sa serviette pliée sur la cafetière.

Après la baignade, le dîner donc. Dans un récent article, j’ai évoqué le bon repas dégusté lors d’une halte à un onsen. Le dîner proposé par le Sakura Sakura fut du même acabit. Une multitude de mets servis dans un nombre dantesque de plats de toutes les formes et de toutes les couleurs. J’accompagnai le tout d’une bière pour trinquer avec le beau-dabe, puis d’un saké.

Au début puis à la fin. Burp !

En sortant je me demandai, bien blindé que j’étais,  si j’allais vraiment me rendre une troisième fois aux bassins. Mais le onsen proposait à partir de vingt heures un suikawari pour les enfants des clients. Comme il était 19H15 à la fin du dîner, ça donnait le temps de digérer tranquillement. Enfin « tranquillement », pas totalement. Comme il est d’usage que les onsens au Japon aient souvent dans un coin une table de ping pong, et comme Madame nous avait dit qu’elle avait vu sur leur site qu’il y en avait effectivement une, les enfants voulurent aussitôt savoir où elle se trouvait. Renseignement pris auprès d’un employé, elle était dans un bâtiment juste à côté du jardin où allait avoir lieu le suikawari. Dans la salle dédiée se trouvait une boite avec à l’intérieur quatre raquettes et quelques balles de mauvaise qualité. Pas grave, il s’agissait de s’amuser. Pas vraiment climatisée, la salle nous fit rapidement transpirer. Pas trop maladroit à ce sport, je fis vite comprendre à Olrik jr, qui se vantait de n’être « pas mauvais », que ça allait être compliqué pour lui de le prouver. Flanqué du caporal Olrik the 3rd, je ne fis qu’une bouchée de la paire Olrik jr – Jichan. Au bout d’un quart d’heure un incident se produisit : Olrik the 3rd, agacé de ne pouvoir frapper autant de balles qui le souhaitait à cause de son Djokovic de père, s’approcha à un peu trop de moi au moment où je déclenchai un fulgurant coup droit. Se prenant ma raquette en pleine frime, Olrik the 3rd n’eut pas le temps de retenir ses lunettes qui effectuèrent une belle parabole avant de s’écraser au sol, intactes. Etonnamment, il ne pleura pas. Il se tint bien le visage quelques secondes mais la surexcitation du jeu aidant, il trouva bon de s’esclaffer comme son frangin. Rassuré de voir qu’il n’avait rien, je participai aussi à l’hilarité générale, ne me doutant que le meilleur serait à venir.

En effet, à 19H55, il était temps de laisser les raquettes pour le suikawari. Pour cela il fallait traverser le hall d’entrée et passer par une baie vitrée. Très bien astiquée la baie vitrée, l’employée avait dû y passer du temps. A tel point que le beau-père, fatigué par le ping-pong, rincé par le shochu, les nombreuses rasades de bière, et exténué par tant de bonheur, crut que de baie vitrée, il n’y en avait point. Un vrai petit passe-muraille le beau-dabe ! Mais les lois de la physique le ramenèrent aussitôt à la réalité. Le bruit du choc de son corps sur la vitre et le recul d’un bon mètre en arrière, ainsi que les réaction hilares de la famille qui suivait derrière – quelle chose impitoyable que la famille ! me font encore pouffer rien que d’y penser. Du comique de gestes à son meilleur, Harold Lloyd et Buster Keaton n’avaient plus qu’à se rhabiller. Là aussi, comme pour Olrik the 3rd, rien de cassé mais il était temps pour Jichan de s’installer quelque part et de se tenir sage.

Dans le jardin, je reconnus le chauffeur qui nous avait recueillis dans sa camionnette. C’est lui qui organisait le suikawari en compagnie d’un homme –en fait le cuisinier de l’hôtel, il terminait sa journée avec quelque chose de moins compliqué que de préparer sa pléthore de plats). D’ailleurs, au passage, pour ceux qui ne saurait pas ce qu’est un suikawari, il s’agit de ce jeu japonais qui consiste à bander les jeux d’un joueur armé d’un ustensile contondant (un bout de bois, une batte de base-ball) et à lui donner des indications afin de fracasser, posée à quelques mètres de lui…

une pastèque ! Comme vous pouvez le voir, en palper une vous met tout de suite en joie.

En gros, cela donne ça :

« Hidari !… Hidari !… Hidari j’ai dit !… Mais putain tu vas écouter ce qu’on te dit bordel à queue ? »

Un grand classique des jeux d’été au Japon que nous n’avions encore jamais pratiqué. C’est un tort lorsque l’on connaît le grand intérêt que nous portons à ce fruit particulièrement savoureux et rafraîchissant au Japon. Je lui voue d’ailleurs une telle passion que je me verrais bien volontiers tout plaquer pour aller en cultiver sur un petit lopin de terre. Ah ! Bêcher la terre sous les rayons ardents du soleil d’été pour en faire jaillir ces gros fruits, quoi de plus beau ?

Mikie chan, j’ai dit que les fruits devaient jaillir du sol et seulement du sol… 

Outre son goût sucré et ses vertus désaltérantes, le fruit est connu pour son apparence décorative. Il peut aussi être utilisé comme accessoire de massage. A Myanmar, les autochtones l’utilisent couramment pour se masser la nuque en position latérale. Démonstration Mikie !

Et hop ! +10% de visiteurs pour BdJ !

 Les musiciens le savent : sa forme et l’élasticité de sa peau en font un tam-tam qui n’a rien à envier aux ennuyeux djembé que les jeunes de nos contrées aiment à utiliser pour faire leurs intéressants :

+20%

Et quand il n’y a plus qu’à l’ouvrir avant qu’il ne dépérisse, ceux qui ont goûté aux pastèques japonaises le savent, quelle ambrosie !

Là, ça aurait dû être +40% mais Ken a décidé d’intervenir pour cacher une partie de l’image. Il n’a pas tort, cela permet de conserver un aspect familial intact à cet article. A lire en famille les longues soirées d’hiver. Bref tu as raison Ken. Pardon, je ne le ferai plus.

Bref, la pastèque au Japon, c’est le bien. Dans le jardin où nous nous trouvions, des bancs composaient au arc de cercle autour de la zone où allait avoir lieu le jeu. Evidemment que des familles avec des bambins. Après l’attribution de tickets numérotés, le G.O. piocha dans une urne un ticket pour savoir qui serait le premier à tenter sa chance. Ce ne fut pas Olrik the 3rd mais un autre gamin. Pas grave, il y aurait d’autres chances et cela permettait de bien voir comment se déroulait la partie. Arriva son tour. Avec son bâton, son bandeau sur les yeux et son yukata, il était difficile de garder son sérieux. Néanmoins, lui, il n’était clairement pas là pour s’amuser, la gagne avant tout. Après, entre son frère qui lui criait « à droite ! à gauche ! » et sa mère qui indiquait « migi ! hidari ! », l’approche de la pastèque fut un peu laborieuse. Néanmoins il parvint à proximité, leva son arme et… rata de quelques centimètres. L’amertume ne dura pas longtemps car comme à l’Ecole des fans il put passer au stand pour chopper un cadeau. 

Mesdames et Messieurs, Olrik the 3rd, sous vos applaudissements !

Tous les bambins eurent finalement leur tour sauf un : Olrik jr. Bon, Olrik jr n’est techniquement plus un bambin, il est dans son début d’adolescence mais enfin, comme il est joueur et qu’il n’avait jamais connu auparavant les joies du suikawari, il voulut lui aussi connaître cette expérience. Avec sa silhouette yukataisée et sa taille plus grande que celle des mioches ayant participé juste avant, il avait tout du Miyamoto Musashi de matsuri. La pastèque ne pouvait qu’en prendre pour son grade et elle mangea chère effectivement. Il ôta son bandeau, regarda avec satisfaction l’étendue des dégâts et regagna notre banc. Ou plutôt tenta de le regagner car le G.O. l’invita à se rendre au stand pour prendre son lot, à sa plus grande confusion. Je crois bien que j’y allai à cet instant  d’un petit quolibet du genre « Vas-y Olrik jr ! Choisis le pistolet à bulles ! MOUAHAHA ! ». Il revint avec je ne sais quel objet qu’il donna à son frangin, bien content d’avoir un deuxième cadeau.

Après un si bon repas, une si belle victoire, une si belle soirée, il n’y avait plus qu’à conclure dignement en retournant aux bassins pour une baignade nocturne :

Je passai un certain temps dans le bassin à l’ombre sur la gauche, celui rempli d’eau froide. J’y passai un délicieux moment à me relaxer tout en taillant une bavette avec mon amie la grenouille. Après trois passages au onsen en quelques heures, il n’y avait plus qu’à gagner le lit au retour à la maison. De quoi faire de beaux rêves rempli d’eau et de boue balsamiques, de mets délicats, de raquettes de ping pong et, surtout, de merveilleuses pastèques (+30%).

L’art de la finition (2/2) : La Pêche infernale

Résumé de l’épisode précédent : Après une première partie de pêche réussie en compagnie d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Beau-papa a décidé d’en faire une deuxième au petit port de Miyazaki…

L’idée était excellente mais voilà, de nouveau le beau-père avait repoussé cette deuxième excursion pêchistique et à quelques jours de notre départ de Miyazaki (pour un périple Okayama-Takatsuki-Hakone-Tokyo avant de retourner en France) il fallait trouver un créneau d’urgence. Il y eut d’abord le vendredi matin. Les enfants et leur grand-père étaient partis dès six heures et l’on devait les rejoindre vers huit. Nous n’en eûmes pas l’occasion, je les vis revenir un quart d’heure plus tard because grosse pluie à cause d’un typhon passant plus au nord. Les jours suivants le beau-père choisit prudemment de ne pas y aller, pensant qu’avec le typhon on en avait pour plusieurs jours. Mauvais choix car le temps fut finalement clément avec peu voire pas de pluie du tout dans la journée. Le dimanche, jour de congé (relatif car les beaux-parents bossent tout de même jusqu’à 14 heures cette journée), devait normalement offrir une possibilité. Naïvement, j’imaginais une belle partie de pêche sur les coups de 15 heures jusqu’à 17. Mais c’était mal connaître le beau-dabe. Bien trop simple ! D’abord parce que lorsqu’il rentre, il prend sa douche, met la clim’, allume la télé et prend une bière pour se rafraîchir. Décontraction time quoi ! Et à bientôt 70 ans, c’est bien respectable et compréhensible, surtout après des journées de travail toute la semaine en plein cagnard (pas de clim’ là où il travaille). Il y avait sinon le créneau de 17 à 19 heures mais il était réservé à la bouffe. En effet, habituellement, durant ce créneau on se rend à un resto en famille pour s’y gaver de bonnes choses. Rien d’étonnant à cela, il est courant de voir des hordes de familles occuper des restos dès 17 heures. Pratique à laquelle Madame et votre serviteur ont d’ailleurs de plus en plus de mal à se plier. J’ai du coup souvent la consigne de la part de Madame, lorsque je vais me balader en solitaire et en vélo le dimanche après-midi, de rentrer le plus tard possible pour manger à un horaire plus raisonnable. Ce soir-là j’étais revenu à la base à 18 heures. Le temps de trouver un resto, on pouvait manger vers 18H30, ça me paraissait raisonnable. Mais en fait j’aurais pu revenir plus tard car comme nous étions un dimanche de week-end d’obon, cela promettait de la foule dans n’importe quel resto. Du coup on a dîné à domicile, avec un somptueux plateau bento commandé à un magasin à cinq minutes en voiture. Fort bien. Mais du coup cela semblait repousser la partie de pêche pour la matinée du lendemain.

Je case ici la photo de bijin sur sable chaud que j’ai pris l’habitude d’utiliser pour chacun de mes articles estivaux. Après, vous allez voir que c’est plus difficile de la placer.

En fait je me fourrai le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Car après avoir bien mangé, après avoir dégusté sa bière et ses deux verres de shochu glacé, beau-papa eut une lumineuse idée : se rendre au magasin de pêche pour acheter le matériel qui lui manquait (habituellement c’est le bon Kuma san qui le fournissait) puis se rendre au port pour une session en nocturne ! Je sirotais alors mon verre de shochu un peu perplexe. En nocturne ? Bon, après tout, pourquoi pas ? J’imaginais qu’il devait y avoir des points pour la pêche avec moult éclairages pour permettre de pêcher jusqu’à une certaine heure. Et quand Madame Olrik, après un échange avec son père, me confirma que l’on pouvait y pêcher jusqu’à 22 heures, mon cerveau acheva en effet d’imaginer une zone de pêche tout confort avec éclairage suffisant pour pratiquer la nuit. Une nouvelle fois je fus bien naïf et sans le savoir, j’allais pénétrer dans une zone cyclonique qui n’avait rien à envier à ces typhons estivaux qui ponctuent le quotidien des Japonais. Voici la chronologie des événements :

19 heures : Jichan se rend avec les enfants et moi-même au magasin de pêche. Comme on est un peu sous l’emprise de l’alcool, c’est Bachan qui conduit. A l’intérieur du magasin, c’est n’importe quoi : le beau-père achète une tonne de matériel alors qu’il me semble qu’il a déjà l’essentiel. Les enfants sont néanmoins contents : comme il a raqué une somme considérable, le caissier lui explique qu’il a droit de prendre une bouteille de ramune (limonade) pour ses petits-enfants. Super ! ça valait trop le coup de casquer un billet de 10000 !

19H30 : retour à la maison pour préparer le matériel. Le taux d’alcoolémie ayant baissé, je commence à reprendre mes esprits et à m’inquiéter de cette sortie. Etait-ce bien raisonnable ? Qui nous disait que ça allait être bien éclairé ? Réserves émises en pure perte car Madame Olrik, d’habitude pleine de bon sens, me fit vite comprendre qu’elle était du côté de cette sortie familiale insolite. Je rengainai mes critiques et me contentai de préparer mon appareil photo tandis que le beau-père préparait son matériel en arborant un visage satisfait de connaisseur.

20H : départ de la maison pour le Marina Beach. Normalement, il y en avait pour cinq minutes. Cela devait donner quelque chose comme ça :

Mais sous les directives contradictoires de beau-papa, cela donna ceci :

?!

Bref, un quart d’heure plus tard on arrive au fameux point pour pêcher. En plein jour, l’endroit ressemble à ça :

Sympa, il y a même les distributeurs de boissons fraîches pour tromper les moments d’ennui. Sympa, oui, sauf qu’à 20H15, ça avait cette apparence :

?!

Pas le moindre lampadaire. Enfin si, il y en avait bien un mais à plus de trente mètres sur la droite. Pour le reste, il fallait compter sur la lueur de la lune, de Mars qui était alors très visible, de celle de la machine à canettes et surtout des feux de nos véhicules. D’humeur déjà maussade, me refusant à faire tourner un moteur de voiture juste pour éclairer, je laissai bien volontiers les beaux-parents allumer les phares de leur petite camionnette (je précise que nous nous rendîmes au port à deux véhicules, ce point a son importance pour plus tard).

Avec la lumière, Jichan sort aussitôt les cannes et commence à les préparer. Je me rends quant à moi face à la mer pour voir ce que l’on va y distinguer avec les feux de la camionnette située 20 mètre derrière nous. Comme prévu ça va être chaud d’y voir quoi que ce soit. Cela allait impliquer des soucis de visibilité que même même Stanley Kubrick et ses lentilles Zeiss pour filmer à la lueur des bougies n’aurait pu résoudre.

20H30 : Jichan continue de s’escrimer avec ses cannes à pêche. Forcément, il a beau être éclairé par des feux de bagnole, c’est tout de même moins pratique que de le faire en plein jour. Il transpire. Il transpire même beaucoup, stressant sans doute du fait que ça ne se passe pas aussi bien que prévu. Dans son dos, je vois se former une aréole de sueur se former. Elle fait déjà trente bons centimètres de diamètre.

Je pourrais l’aider mais comme je n’y connais rien en pêche et surtout que je n’approuve pas cette sortie, je m’abstiens. Fort opportunément, j’ai amené avec moi ma tablette. J’en profite pour continuer à déguster les œuvres de Moebius lors de son passage à Métal Hurlant.

20H45 : La première canne à pêche est enfin prête ! L’aréole de transpiration est passé de trente à soixante centimètres. Soupirant, je vais à la machine à canettes pour prendre un machin quelconque puis me rend là où se trouvent Madame, Olrik jr et Olrik the 3rd, malgré tout contents de pouvoir commencer cette partie de pêche. Je regarde l’endroit où Olrik jr a lancé sa ligne :

Bon courage garçon !

21H : Cri de Madame qui m’appelle : Olrik jr vient de pêcher un premier poisson ! Je m’approche et regarde la bête qui a été ramené sur le bitume, l’hameçon coincé dans le gosier. C’est un machin tout fin et de dix centimètres de long. Pas sûr du tout que ça se mange. J’essaye de retirer l’hameçon mais comme je n’y arrive pas et que j’ai peur de tout arracher, on se rend en tenant la ligne et le poisson auprès de Jichan, toujours en train de s’escrimer avec la deuxième ligne et ayant atteint ses 90 centimètres de sueur. C’est en fait un poisson insignifiant que l’on peut relâcher. Mais comme il s’est passé cinq bonnes minutes, la bestiole a déjà eu largement le temps de clamser. Retirée de l’hameçon, elle gît à même l’asphalte, joliment éclairée par les feux de la camionnette, un filet sanglant s’échappant de la bouche.

21H15 : Je suis dans la voiture occupé à poursuivre ma lecture de Moebius quand belle-maman me demande alors d’allumer les phares. Je ne me souviens plus pour quelle raison. Mais je m’exécute, sans pour autant allumer le moteur. Moins de dix minutes plus tard je les éteins.

21H25 : Il commence à y avoir du vent. Il y en a même tellement qu’à un moment, une malicieuse bourrasque  s’engouffre dans la robe de Madame pour la soulever, laissant apparaître le galbe de ses mollets, le moelleux de ses cuisses et un adorable bout de tissus. Admirez le spectacle les amis.

21H30 : Le vent s’est calmé. Jichan, dorénavant intégralement trempé de sueur, est maintenant occupé à démêler les deux lignes que les kids ont malencontreusement emmêlées. Il va continuer à transpirer, pour sûr !

21H35 : ça pétarade à une centaine de mètres de nous. Des motards font une halte. Des bosozokus, sans doute. Manquait plus que ça.

21H50 : Et… c’est fini ! Aucun poisson comestible pêché, que des emmerdements, il est temps de rentrer car à 22 heures, les keufs mettent une barrière, à travers les routes accédant au port, empêchant les véhicules se trouvant prisonniers de rentrer à la maison. Je prends le volant de notre petite voiture, je mets le contact…

clic clic clic !

Oui, « clic clic clic » ! Je réessaye, derechef nous entendons le bruit sinistre. Quant aux feux, je n’en parle même pas, pas la moindre lueur. La batterie, sans doute pas de la première fraîcheur, n’a manifestement pas apprécié les dix petites minutes d’éclairage tout à l’heure. Avec Jichan on débranche tous les accessoires consommant de l’électricité et on ressaye : le miracle ne vient pas. La batterie est bel et bien morte et il va falloir laisser le véhicule ici pour la nuit.

21H55 : le temps presse. Il convient au moins de sortir la camionnette des mailles du filet de la maréchaussée. Bachan est au volant avec derrière les enfants et son mari à côté. Elle enclenche direct la deuxième et attaque pied au plancher. Diable de femme ! La situation a tout pour me rappeler cette musique :

On les voit filer dare-dare en direction de la sortie. « On » c’est évidemment Madame Olrik et votre serviteur qui vont devoir faire un bout de trajet à pinces avant d’être recueillis plus tard par la camionnette. Il fait un peu frais, nous sommes plongés dans une nuit d’encre avec non loin toujours les bosozokus en train de faire du bruit. On a connu mieux comme balade romantique.

22H05 : On arrive à l’endroit où se trouve une barrière qu’un policier est justement en train de déplier pour barrer la route. La vue dans la journée :

Madame s’approche du policier pour lui expliquer que sur un parking se trouve notre voiture avec une batterie à plat. C’est alors qu’arrive, enfin ! un petit miracle : le brave homme nous dit qu’il n’y a pas de problème, qu’il a dans le coffre de sa caisse de quoi dépanner et qu’il n’y a qu’à s’y rendre. Avec Madame on est tout jouasses et on décide illico de l’accompagner. Seulement, il y a un problème : lors de sa dernière tentative pour essayer de faire démarrer la voiture, beau-papa a ensuite mis la clé de la voiture dans sa poche. Or, de beau-papa dans les environs, il n’y en a pas. A moins que…

22H10 : On voit alors surgir la camionnette d’Hannibal, pardon de Bachan, filant à tout allure à notre rencontre. Halleluia ! On va pouvoir choper les clés ! Problème : plus de Jichan dans la camionnette, celui-ci ayant décidé de poursuivre à pieds afin de laisser une place pour sa fille. Cette dernière explique rapidement le topo à sa mère qui fait rugir le moteur et se lance à la poursuite de son mari pour récupérer la précieuse clé. Pendant ce temps, le policier attend poliment…

Le meilleure musique pour accompagner les événements qui vont suivre.

22H15 : retour de Bachan en trombe. Elle a bien retrouvé Jichan mais ce dernier lui a dit… qu’il n’avait pas la clé sur lui, que c’était soit moi soit Madame qui l’avait ! Dénégations amusées et un poil exaspérées de cette dernière. En revanche un que cela n’amuse plus, c’est le flic qui dit qu’en ce qui le concernait c’était bon pour ce soir et que l’on verrait cela le lendemain.

A cet instant, un homme marchant à pied vient vers nous. Ce bleu de travail, ce corps couvert de sueur, oui, c’est bien jichan ! Il tient à la main un objet qu’il agite vers nous. Je regarde intensément. Oui, pas de doute possible, c’est bien la clé qu’il vient de retrouver dans l’une de ses poches ! Exclamations vénères de Bachan tandis que Madame et moi nous nous esclaffons. On met tout de même au parfum le beau-père des derniers événements. Il essaye bien aussitôt de discuter avec le policier déjà en train de mettre le contact à sa caisse mais Madame Olrik, toujours soucieuse des convenances et de la politesse, le retient en lui disant que c’est trop tard.

22H18 : Y’a plus qu’à rentrer à la maison. Dans la camionnette : Bachan, Madame, les enfants et bibi. Le beau-dabe ouvre la lourde pour s’installer mais voilà : il n’y a plus de place. Le temps que mon cerveau s’agite et décide si je dois ou non lui laisser ma place et rentrer à pieds, il referme la portière et file seul, dans la nuit, tel un ronin dans un film de Misumi.

22H19 : Dans la camionnette, l’ambiance est chaude. Pas vraiment de cohésion, on est loin de la fine équipe de l’Agence tous risques dans sa camionnette noire. D’abord, les kids sont muets, livides. Avec tous ces événements, je les avais un peu oubliés. Ils ont eu de la chance, cette soirée ç’a été deux expériences pour le prix d’une : d’abord un partie de pêche foireuse en nocturne, ensuite un rallye en camionnette avec au volant une Bachan excédée comme c’est pas permis par les circonstances. Il y a de quoi voir venir la mort plus d’une dizaine de fois croyez-moi, et Olrik jr me confie d’ailleurs en français que plus d’une fois il avait cru qu’allait avoir lieu un accident. Du reste il a largement sa dose pour la soirée, il ne veut qu’une chose : se pieuter. Chez Bachan aussi il y a des récriminations. Mais tournées vers son mari à qui les oreilles ont dû alors furieusement tinter. Madame a d’abord laissé dire mais au bout d’une minute, quand elle a senti que ça tournait au règlement de compte conjugal qui ne nous regardait pas forcément, une tempête verbale s’est subitement abattue sur Bachan. Elle n’en a pas l’air comme ça, Madame Olrik, mais ce petit bout de bijin, quand il se met en renaud, est capable de faire plier par la force de la parole les plus vigoureux des adversaires. Moi-même, je l’avoue, j’ai dû essuyer de genre d’épreuve. Criblé d’impacts par une mitraillette verbale, j’essaye non pas d’en placer une mais de garder une contenance, le genre je fronce les sourcils et je barre mon visage d’un sourire qui se veut sarcastique. Mais intérieurement, j’ai clairement les foies et je prie pour que le déluge s’arrête au plus vite. Dans la camionnette, même s’il ne m’était pas destiné, je n’en menais pas large, tout cela me rappelant de bien mauvais souvenirs. Cela conjugué à la conduite aussi bourrine que hasardeuse de Bachan, c’est tout juste si je n’ai pas demandé à cette dernière de s’arrêter pour que je puisse aller vomir sur le bas-côté. Mais enfin, nous arrivâmes malgré tout à bon tour. Belle-maman venait de s’être fait laver les oreilles par sa propre fille. Les enfants, aussi cireux que des zombies dans un mauvais DTV japonais, n’avaient plus qu’à se laver les dents et aller au futon pour se reposer de cette soirée.

Après nous avoir déposés, Bachan repartit pour choper sur la route son ronin pêcheur de mari. Le retour en camionnette promettait à bord d’être explosif.

22H35 : alors que nous commençons à nous inquiéter de leur retard, la camionnette finit malgré tout par rappliquer devant la maison. Intacte. Et les occupants en sortent finalement calmes. Mais je sens que derrière la façade apaisée qu’arbore le beau-père qui décide de regarder la TV plutôt que d’aller se coucher, il y a tempête sous un crâne. C’est qu’il n’aura pas ses deux petits-enfants ce soir à occuper avec lui les futons disposés disposés dans le salon. Il y a bien le fidèle Olrik the 3rd mais Olrik jr, lui, exténué et écœuré par la soirée, a préféré filer fissa à notre chambre à l’étage pour s’endormir sans être dérangé. Rude coup pour beau-papa qui est toujours satisfait d’avoir au réveil à côté de lui ses deux petits-enfants en train de dormir. Coup d’autant plus pénible qu’il s’agissait de notre avant-dernière soirée à Miyazaki et que cela donnait à cette fin de séjour des allures de fête gâchée.

Mais pas de panique, il restait encore une journée.

Le lendemain, 7H00 : Je me lève, je jette un coup d’œil à la fenêtre : la voiture est déjà là ! Je descends et tombe sur Bachan qui m’explique que Jichan s’est d’abord rendu à son lieu de travail (à dix bornes) pour récupérer des outils nécessaire eu remplacement de la batterie, puis qu’ils se sont rendus à un magasin (qui ouvrait aux aurores apparemment) pour acheter une batterie neuve. Ils se sont alors rendus au port pour la remplacer avec l’ancienne, et voilà !

Allons ! si on pouvait craindre une drôle d’ambiance pour la dernière journée, ce tour de force effectué dès le lever du soleil avait de quoi rassurer. Le soleil brillait, les beaux-parents avaient toujours cette énergie destinée à ce que tout passe au mieux (bon, pour la pêche, c’est autre chose), cet art de la finition pour installer leurs enfants et petits-enfants dans un fauteuil moelleux tout le long de leur séjour. Et quand en plus la belle-mère ajouta ceci : « on aurait dû aller au magasin de batterie avec les enfants. Quand on fait l’ouverture et que l’on achète une batterie neuve, ils offrent des melonpans. », une bouffée de bonne humeur  me saisit et acheva de me rendre confiant. Ouais, la dernière journée qui allait s’achever sur un yakiniku et un hana bi dans le jardin allait être plaisante. Elle le fut.

L’art de la finition (1/2)

On le sait, les Japonais sont maîtres dans l’art de fournir un produit fini, alléchant dans sa forme, dans sa présentation, donnant immédiatement envie d’être possédé. Même chose pour la nourriture. Du simple emballage d’une confiserie au dîner sophistiqué proposé à un onsen, le Japon culinaire sait vous faire saliver en vous faisant en même temps hésiter sur ce que vous avez à faire :

Et encore le cadrage ne permet pas de voir d’autres mets délicats se trouvant à doite et à gauche. À noter que le plaisir est décuplé quand vous avez en plus la chance de manger avec devant vous une bijin vêtue d’un yukata coloré et venant d’attendrir son épiderme soyeux dans l’eau pure du bassin d’un onsen.

Faut-il manger ? Toucher à ce spectacle de couleurs quitte à en rompre la perfection ? On finit bien par choisir la première option mais cela se fait toujours après une phase de contemplation devant quelque chose qui apparaît parfaitement fini dans son élaboration et dans ses moindres détails.

On pourrait multiplier les exemples de cette maîtrise dans plein de domaines. Les figurines par exemple. Tenez, je me suis ainsi procuré via Mandarake une belle figurine porte-crayons Fujiko Mine :

Tout de suite, sur un burlingue, ça vous met du baume au cœur pour la journée et vous donne plus d’entrain à travailler.

Perfection de la pose, satinée de la peau, joli dégradé de couleurs, pas mal pour un simple bout de plastique. Même chose pour les artbooks :

D’où me vient l’impression que cet article devient subitement prétexte à déballer ce que j’ai acheté pour faire saliver le lecteur ? Sinon les connaisseurs auront compris qu’il s’agit d’un artbook sur Masamune Shirow (Intron Depot 2 en l’occurence).

Qualité de l’impression, beau papier, rendu des couleurs, là aussi, ça tue. Et que dire des photobooks ?

?!

Poitrines opulentes, buissons d’amour bien fournis, croupes génér… euh faites excuse, je m’emballe, je voulais dire en fait papier glacé de qualité, belle jaquette et restitution parfaite des noirs pour être au plus près de la vision de l’artiste.

Bref, c’est tout le paradoxe du Japon qui vous fait bien souvent balader dans des rues présentant un chaos d’enseignes, de câbles électriques et de distributeurs de cannettes,  le tout baignant dans un bordel sonore épuisant, et qui en même temps est capable de faire soit dans une épure ou une sophistication imparables.

Tenez, dernier exemple. S’il y en a une qui a le sens de cet art de la finition, c’est bien Madame Olrik. Quand elle revient au pays mère, c’est à chaque fois le même topo. Déjà, en France, il y a toujours le souci d’être présentable, de soigner la mise et le maquillage et croyez-moi, ça en impose. Mais au Japon, on monte encore d’un cran, on sent la volonté de montrer aux compatriotes bijins qu’attention ! she’s back. En apparence, sur sa coiffeuse, c’est le bordel et ça ne laisse augurer de rien de bon :

Mais au final, lorsqu’elle sort de sa chambre après avoir choisi avec soin sa toilette et s’être poudré le nez pendant une heure, j’en suis souvent resté le souffle court, impressionné que j’étais, et bien fier de me promener à côté d’elle, moi qui me contentais de sandales, d’un short, d’un t-shirt Jump crasseux et d’une gueule mal rasée.

En revanche, un qui possède beaucoup moins cet art de la finition, c’est le beau-dabe. Témoin son projet de pêcher. En effet, avant même notre arrivée il s’était mis en tête de faire des parties de pêche avec Olrik jr et Olrik the 3rd. Touchante idée que celle du grand-père qui décide d’aller taquiner le goujon en compagnie de ses petits-enfants.

Moi, pendant ce temps, j’essayai en loucedé de dégoter un stage de pêche « ama » (les fameuses pêcheuses de perles) , en vain. 

Après, ce noble projet nécessitait un peu de préparation. Il fallait un peu de matériel, notamment une canne à pêche supplémentaire pour les kids. Comme nous devions rester cinq semaines, beau-papa s’était sûrement dit que ça allait le faire, qu’il avait tout le temps de voir venir pour se rendre au magasin…

Dantesque par ailleurs le magasin, imaginez une sorte de supermarché uniquement consacré à la pêche.

… pour acheter un peu de matériel et faire la première partie de pêche. Et puis, les journées ont commencé à défiler. Puis les semaines. Il y avait toujours une excuse. Tantôt un typhon, tantôt le fait que nous ne trouvions pas à la maison alors qu’il était rentré plus tôt du travail justement pour aller acheter une canne à pêche. A la fin de la troisième semaine, il a tout de même dû se dire qu’il fallait passer à l’action. Surtout qu’il avait fait mariner les enfants en évoquant sans cesse son pote qui l’avait initié à l’art de la pêche, le légendaire Kuma san. Pourquoi ce surnom (en jap’, kuma=ours) ? Les imitations mystérieuses mais assez cocasses que le beau-père faisait de son ami devant nous ne m’ont pas parues toujours explicites. J’étais intrigué, j’avoue, mais pas au point de me lever à cinq heures du matin pour les accompagner afin de voir à quoi ressemblait le fameux Kuma san. Car la première sortie pour pêcher finit bien par avoir lieu. Soleil au zenith, deux cannes à pêche supplémentaires adaptées aux tailles respectives d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Kuma san dispo pour accompagner et dispenser ses bons conseils, toutes les conditions étaient réunis pour passer une bonne matinée et ce fut le cas. La petite bande, moins Kuma san rentré chez lui, revint à la maison sur les coups de midi, ravie de l’expérience et surtout d’avoir ramené de la poiscaille :

Yatta !

Joie d’autant plus grande que les quelques spécimens avaient été pêchés uniquement par les enfants. Ils étaient même parvenus à pêcher un petit fugu (poisson hors de prix au Japon) mais bon, comme nos mains n’étaient pas assez expertes pour le préparer (rappelons que son organisme comporte du poison) et que l’on n’avait pas forcément envie de finir le séjour sur une intoxication alimentaire mortelle, il avait été renvoyé à la mer.

Après un tel succès, il fallait confirmer, enchaîner avec une deuxième sortie pour pêcher, cette fois-ci en famille et pas trop loin. Lors de la première tentative, ils étaient allés du côté d’Aoshima. Sympa mais nécessitant 45 minutes de route, un peu la barbe. Plus simple : se rendre au port de Miyazaki, le « Marina beach » où se trouvaient des endroits où la pêche était autorisée. Cinq minutes en voiture, cela n’était pas contraignant, tout comme y rester une heure ou deux. C’est du moins ce que je croyais alors…

To be continued…

Recharger les batteries

 

Quand je vois les beaux-parents trimer dès le matin par cette chaleur, je les admire et me demande comment ils font pour tenir. Sans doute tiennent-ils parce qu’ils ont tout simplement un travail à effectuer, ligne directrice qui ne leur laisse pas le temps de se plaindre, contrairement à nous qui sommes ici pour passer notre temps à buller. Et de fait, j’ai beau avoir créé un site appellé « Bulles de Japon », j’aurais peut-être intérêt à mieux gérer certains moments stratégiques de la journée. Le plus dur n’est pas le petit matin qui me voit levé dès six heures pour faire un footing appréciable, alors que la température n’est que de 25 degrés. Non, le plus insupportable est la tranche 11 heures – 15 heures où là, il y a clairement souffrance. J’ai beau me trouver à 11 heures baignant dans la climatisation de l’Aeon du coin, je sens déjà que les jambe commencent à se faire lourdes, tout comme les paupières d’ailleurs. L’autre fois, tandis que les enfants jouaient à l’espace jeu à Dragon Ball Heroes ou à ces jeux de pêche qui utilisent un système de médailles, j’étais allé me lover dans l’un des fauteuils moelleux en face de la librairie pour lire un peu sur ma liseuse. Je n’avais pas lu trois pages que je me suis mis à sombrer, la tête renversée et la bouche ouverte, un filet de bave coulant sur mon t-shirt et une bulle de morve se formant à la narine droite, pire qu’un épisode de Docteur Slump !
Au retour à la maison, vers midi, il fallait préparer le déjeuner. Oh ! Il n’y avait pas grand-chose à faire ! Un curry instantané, un yakisoba UFO, une mini pizza à mettre au four, de la nourriture saine et pas trop compliquée quoi ! Mais alors que la maison avait alors franchi les 30°C, même cette tâche prenait des allures de travail de titan. Une fois assis, mon curry Lee en face de moi et surtout le verre rempli de glaçons et la bouteille d’eau fraîche à portée de main, je me sentis mieux. J’avais l’impression de recharger les batteries mais ce n’était qu’une impression, j’allais m’en rendre compte. Après le déjeuner, il n’y avait rien à faire jusqu’à trois heures. Rien à part se ressourcer dans la chambre à l’étage, la clim’ enclenchée et les rideaux tirés pour lire un peu et faire une sieste réparatrice. Sauf que la sieste n’eut rien d’apaisant. Allongé sur le futon, je devins une sorte de poids mort qui s’abandonnait dans un gouffre duquel il aurait bien du mal à en sortir. Vers deux heures et demie les paupières se levèrent un peu, terriblement lourdes, je me dis qu’allez ! il fallait y aller pour profiter un peu du Japon mais rien n’y fit, il fallut attendre une bonne demi-heure pour enfin sortir de la chambre, hagard et me demandant si j’allais avoir de l’énergie pour faire autre chose que d’avoir le cul posé dans un fauteuil. Oui, c’est aussi cela la magie du Japon l’été !
Le café que je sirotai au salon me fit néanmoins du bien et jusqu’à la fin de la journée le corps fonctionna bien. Mais il était clair qu’il allait falloir que je change mes plans pour mieux négocier le créneau 11H/15H.
Un qui a du mal à le négocier, c’est sûrement Tornado. Tornado, souvenez-vous, le fidèle compagnon de mes escapades à deux roues dans Miyazaki :

Une fois n’est pas coutume, ce fidèle compagnon a fait la fête à son maître revenu d’Europe. Et je le mène encore parfois faire des ballades aux alentours mais plus très loin désormais. Car voyez-vous, Tornado se fait vieux et n’a plus le même allant d’antan. Quand nous nous promenons au milieu des rizières non loin de la maison, je lui flatte doucement l’encolure de la main. Le vieux drôle couine de joie (à moins que les couinement proviennent de la chaîne totalement rouillée, c’est possible aussi) mais peine à cacher que ces sorties, pourtant bien courtes, lui sont désormais pénibles. Les roues sont lourdes et j’ai bien compris que les beaux-parents acceptent de le garder uniquement par respect pour les nombrreux services rendus lors de ses jeunes années.
Bref, Tornado n’est plus que l’ombre de lui-même et… (pardonnez ce silence mais tant d’émotion… voilà, ça va mieux, je reprends 🙂 il ne peut plus espérer me mener au centre ville.
Pour cela, j’ai désormais une autre solution. Après Tornado, laissez-moi vous présenter :

Typhon !

Typhon est le dernier étalon né des écuries Panasonic. Quoique d’un poids assez conséquent, il est doté d’une batterie qui lui permet au démarrage de faire parler la foudre et surtout d’économiser les canes de son maître. J’ai testé, c’est étonnant et surtout très pratique dans un pays où l’on ne connaît pas les ronds points et où les feux rouges sont légion, vous obligeant à vous arrêter tous les vingt mètres et à reprendre votre course. Ça va une fois ou deux. Mais à la trentième, on y laisse de l’énergie, surtout à 35°C. Là, c’est presque un bonheur de s’arrêter car on sait que les premiers coups de pédales seront quasi insensibles, le mode « pawa » du petit boitier qui règle l’utilisation de la batterie permettant de mettre le paquet dans les démarrages mais aussi dès que l’on emprunte une côte. Ami lecteur, tu veux connaître ce que ressent un coureur Sky sous salbutamol ? Achète un vélo électrique, c’est le bien ! Moi, en tout cas, j’ai essayé et j’ai adopté. J’en use et abuse, en vaillant bien à garder un oeil sur le niveau de recharge car à 0%, il faut bien avouer que trimballer ce type de vélo serait un peu l’enfer, sans sa batterie, Typhon est un peu lourd du cul voyez-vous. Bref, au-delà de mes virées en centre ville, empruntant un peu hasard une succession de rues minuscules, un autre de mes plaisirs est tout simplement faire une ballade sur les coups de 18 heures dans la zone où se trouvent les rizières. Là aussi, inutile d’avoir un plan sur soi. Je chevauche au petit bonheur en fonction de la position du soleil. Des maisons délabrées, d’autres parfaitement entretenues, se succèdent ici et là avant de laisser la place à des serres, des champs sablonneux ou des terrains vagues. Et puis arrivent les rizières, avec leur odeur caractéristique, leur calme et leur faune particulière : on y aperçoit souvent des grues ainsi qu’une variété de petits crabes.

Au passage mes excuses à ces derniers. Alors que je chevauchais hier nuitamment (ce type de zone ne dispose d’aucun lampadaire, sensations garanties la nuit), Typhon, en passant par un chemin a quelque peu écrabouillé sous ses pneus quelques uns de ces crustacés. En plus de ceux des grillons que l’on aperçoit au sol tous les dix mètres, cela fera quelques cadavres de plus dont les fourmis se régaleront. Elles sont partout, à l’affût de la moindre denrée, d’une minuscule miette de pain sur la pain ou d’une aile de grillon au sol :

Au Japon, la fourmi ne chôme pas, elle est forcément elle aussi industrieuse (Edith Cresson approved). Tout le contraire de moi dont l’emploi du temps est étiré au maximum. Il risque de l’être d’ailleurs encore en plus car sentant qu’un début de tendinite va m’obliger à faire une croix sur les footings, ça promet des matinées moins spartiates, plus sur les futons et sous la clim.
Rues journées que les nôtres ! Heureusement qu’il y a la plage de l’après-midi…

Parce qu’un article estival sans une photo de bijin sur le sable chaud n’est pas un vrai article estival.

… les ballades avec Typhon et la bière du soir (très lourde à soulever, cela demande de l’effort) pour me remettre d’aplomb. Sans cela ce neuvième séjour ne serait qu’un long supplice pour un corps ballotté entre la rudesse des températures à l’extérieur et la fraîcheur lénifiante de ma chambre climatisée.

Attaques de méduses psychotiques et de serpents félons !

J’ai vu qu’en France, certains articles évoquaient la chaleur actuelle au Japon. On ne vous ment pas : depuis notre arrivée le thermomètre monte très vite dans la matinée (30°C dès huit heures) pour ensuite zoner autour de 40°C. Le W-E dernier a été plus doux, avec de gros nuages qui ont bien arrosé la ville et fait descendre de quelques degrés la température. Certes, cela a eu pour effet l’annulation d’un petit matsuri de quartier auquel je comptais me rendre, mais d’un autre côté cela a permis de respirer un peu.
Bien sûr, il y a la clim’ mais bon, l’utiliser du matin au soir serait un peu onéreux. En gros, quand on est à la maison, jusqu’à 18H30 c’est ventilateurs à donf’ puis, quand on sait que le beau-dab’ va radiner de son travail tout transpirant et bien fatigué, on enclenche la clim’ pour lui faire bon accueil. Ça, ses petits-enfants, son gendre idéal et l’appel de la bière fraîche, je peux vous assurer que ça vous requinque un homme.
En tout cas, il faut bien composer avec cette chaleur. Si la matin on reste tranquille avec juste une excursion ici et là dans tel ou tel magasin, l’après-midi propose sa halte de rigueur à la petite plage de Miyazaki, Sun Beach.


Sun Beach, ses secouristes cool et athlétiques, ses nageuses recouvertes de vêtements (je ne comprendrai jamais ça, montrez votre bikini bordel !), son eau tiède et ses méduses. Il y a quatre ans, j’avais été piqué au bras par l’une d’elle. Une morsure brûlante pas insurmontable mais suffisamment pénible pour sortir de l’eau et aller au poste de secouristes pour se faire pommader par les doigts graciles d’une auguste bijin :

De mémoire elle ressemblait à ça.

Cette fois-ci, c’est Olrik the 3rd qui a fait l’expérience de ce genre de mésaventure. Et plutôt deux fois qu’une. Alors que j’avais bien pigé qu’on se trouvait dans une zone avec quelques uns de ces spécimens, j’entrepris avec les kids de faire une vingtaine de pas à bâbord pour être plus tranquilles. Tout à coup, Olrik the 3rd se met à pousser des « Aïe ! », des « Ouilles ! » et autres « ça pique ! ». Voyant qu’il ne faisait pas semblant (il en avait les larmes aux yeux), je le pris vite fait par la main pour le mener à l’infirmerie de la plage. Déjà, le long des deux cents mètres qui nous y menaient, toute une collection de cloques commençait à apparaître sur le bide et même l’avant-bras. A l’infirmerie, la secouriste fut toute surprise de voir qu’Olrik the 3rd avait fait péter le high score avec ses cloques. Habituellement, nous expliqua-t-elle, les gens qui venaient la voir avaient une misère de cloques. Là, c’était plutôt du beau boulot de la part de la méduse. Ces paroles amusées et à visée consolatrice n’eurent guère d’effet sur Olrik the 3rd qui tirait sa tronche des mauvais jours et pour lequel il allait falloir éviter de parler parties de plage pendant quelque temps. Il se laissa néanmoins manipuler, l’infirmière lui appliquant une pommade anti piqûre de méduse. Après cela, il n’y avait plus qu’à ranger les affaires et quitter la plage. Avec un Olrik the 3rd à l’agonie, me suppliant de rentrer à la maison pour demander à Bachan de la pommade anti-méduse (genre toutes les grands-mères ont forcément dans un fond de tiroir une pommade de ce type), je ne vis qu’une solution : s’arrêter au Aeon pour y prendre un goûter. Après un melonpan fourré à la crème et un gros Fanta au melon, je ne dis pas qu’il ne pensait plus à sa malheurs mais il y pensait en tout cas moins. Le soir, ça allait mieux et il pu exhiber fièrement ses blessures de guerre à ses grands-parents.

Un épisode de Saint Seiya ? Non, juste une baignade à la plage qui a tourné court. Moins sexy que la secouriste, je reconnais.

Finalement, l’épisode de pluie permit à Olrik the 3rd d’oublier pour un temps la plage et de surmonter le petit traumatisme. Nous y sommes retournés hier et tout va bien : il est plus que jamais enragé à jouer avec son frangin sur leur grosse bouée orange. Mais un traumatisme en chasse parfois un autre. J’ai plus d’une fois eu l’occasion de constater combien la faune locale pouvait présenter des échantillons parfois surprenants. Ainsi les serpents. De mémoire, les rares occasions où j’ai pu en voir en France remonte à mon enfance. Une fois notamment où je me promenais avec un cousin dans une forêt tandis que son père pêchait à une rivière. Nous la vîmes juste à deux mètres de nous se mettre à se mouvoir rapidement pour gagner les fourrés. De nous trois, cette couleuvre était sans doute celle qui avait eu le plus peur. Mais je me souviens que la vision de cette forme au sol n’avait eu sous le coup rien d’agréable. Eh bien il s’est passé récemment la même chose au petit parc où il y a quatre ans j’avais l’habitude de me rendre pour un footing matinal (j’y vais moins maintenant, lui préférant celui du côté de Heiwadai). Histoire de varier les sorties, il s’agissait d’y faire une petite marche d’une heure avant de nous rendre au Aeon pour acheter notre déjeuner. Marche agréable, ponctuée de « konnichiwa » lancés par d’aimables vieilles gens (les générations plus jeunes étant moins enclines à dire bonjour à des inconnus). A la fin de notre marche nous arrivâmes à cette petite mare. Ayant eu la bonne idée de vérifier la présence de tortues ou de grenouilles parmi les nénuphars, nous allâmes sur l’herbe pour faire tranquillement le tour de la mare. On regardait plus les nénuphars que devant nous. Nous fîmes mal car cela aurait permis de distinguer une longue forme noire tapie dans les herbes. Je fus le premier à l’apercevoir. A deux mètres de nous, elle se mit non pas à attaquer Olrik the 3rd qui venait de prendre son petit-déjeuner mais à déguerpir vers la mare où elle plongea pour s’y cacher. Je sais que ce blog est parfois le lieu de toutes les exagérations néanmoins, je crois être près de la réalité en affirmant qu’il s’agissait d’un serpent faisant approximativement deux mètres de long. J’ajoute aussi que j’eus juste le temps d’apercevoir une lueur d’intense méchanceté dans son regard. Et sa couleur noire avait tout pour impressionner davantage les rétines des enfants (et les miennes aussi, soyons juste). Nous terminâmes la promenade avec un Olrik the 3rd tenant ma main de toutes ses forces et scrutant dans toutes les directions pour voir si le serpent n’avait pas changé d’avis pour décider de lui faire sa fête.
Je parlai le soir de notre mésaventure au beau-père. Il se fit rassurant. Pour lui, pas lieu de s’inquiéter. Des serpents comme cela n’avait rien de dangereux, on n’était pas à Okinawa quoi ! Point de habu, juste du serpent certes un peu long mais parfaitement inoffensif. Il se souvenait même en avoir attrapé plus d’un quand il était gamin pour les faire tournoyer au-dessus de sa tête comme un lasso afin de faire crier les filles. La bonne blague tiens ! J’essaierai cela la prochaine fois pour faire rire Olrik the 3rd. Il va adorer, je le sens…

I got les Bleus

Voilà, on y est. Séjour au Japon, neuvième édition. Suivant de quelques mois seulement la huitième, autant dire que le dépaysement est très relatif tant j’ai l’impression de n’avoir quitté le pays seulement hier. Mais enfin, c’est tout de même bien bon d’être ici, même si la chaleur a une curieuse manière de souhaiter la bienvenue. 30°C dès huit heures du mat’, autant dire que je ne tarde pas trop pour aller faire mon footing matinal. Lever à 6H30, je rencontre les premiers lézards à 7 et je rentre tout ruisselant à 7H30 pour souhaiter le bonjour à la ribambelle de gosses du quartier qui se rendent en groupe à l’école d’à côté.
L’après-midi, la sieste est de rigueur. Avec les enfants on monte dans la chambre à l’étage et on enclenche la clim’. Ils jouent avec leur Switch tandis que je sillonne Mandarake pour quelques achats à base de photobooks et d’art books. Et puis, après une demi-heure de ce régime, le corps se met à latter l’esprit. On résiste encore cinq minutes mais rien n’y fait : instinctivement, on sent une chaleur tellement épouvantable dehors que la mise en veille de l’organisme avant d’aller l’affronter se fait d’elle-même. Et à 15 heures, on est fin prêts pour aller faire une partie de plage d’une heure à « Sun Beach », la petite plage non loin du port de Miyazaki. Tout le monde y trouve son compte. Les enfants bien sûr, contents de barboter et de s’exciter dans une eau tiède qui ne risque pas de susciter une hydrocution, et moi aussi qui, sans être un inconditionnel de la plage, suis tout de même satisfait de rafraîchir et nettoyer l’épiderme qui a déjà eu le temps dans la journée d’accumuler de la sueur séchée, malgré la douche matinale post footing.
La soirée est plus gérable, entre le dîner, les boissons fraîches et la climatisation remise en marche, ça va, on survit.


Bref l’entrée en matière de ce neuvième séjour s’est bien passée. Il a fallu défriper le corps et l’esprit après un voyage un peu longuet (voyage en TGV + nuit à l’hôtel + voyage Roissy- Helsinki + 5 heures de transit à Helsinki + voyage Helsinki-Fukuoka + trois heures de transit à Fukuoka + voyage Fukuoka-Miyazaki) mais après deux journées, le rythme a été définitivement pris. De quoi être d’attaque pour suivre la finale dans la nuit de dimanche à lundi. C’est l’apanage de ces vacances d’été au Japon prises tous les deux ans. Cela coïncide avec les années pairs et c’est à chaque fois l’assurance de suivre une compétition sportive : Euro, Jeux Olympiques, cette fois-ci Coupe du monde. Il y a quatre ans j’avais été accueilli par l’horrible finale entre l’Argentine et l’Allemagne. Là, après avoir suivi le parcours de la France et de la Croatie, j’espérais bien ne pas regrette ma veillée footballistique. Et puis merde quoi ! A la clé un possible deuxième titre ! Il y eu donc une petite excitation tout le long de la journée, un climat d’attente certes amoindri du fait d’être enveloppé par les activités au Japon, mais attente gentiment fiévreuse tout de même.

Faire du shopping était un moyen de tromper l’ennui. Allez ! dans l’escarcelle cette belle écharpes Samurai Blue !

Avant de me poster devant le petit écran, j’allai au onsen du centre ville. Mal m’en a pris : on était dimanche la veille d’un jour férié, du coup on était un peu les uns sur les autres. Pire : le bassin à l’extérieur était recouvert de canards jaunes en plastique, sans doute en l’honneur des lardons qui ne manquaient pas d’accompagner le dimanche leur paternel. J’allai tout de même à l’habituel sauna, celui qui décalque la couenne et vous fait suer un litre d’eau toutes les deux minutes, puis m’imergeai juste après dans le bassin d’eau froide. J’y restai cinq minutes, le temps de créer une bienfaisante sensation puis sortis pour m’allonger sur un des transats. Difficile de faire autre chose, après le combo sauna/eau froide, la tête me tournait gentiment. Allongé, le décor tout autour valsait, il n’y avait qu’à fermer les yeux en attendant que ça se calme. En les rouvrant je contemplai le ciel de Miyazaki pollué par les lumières de la ville. Je distinguai malgré tout quelques étoiles. Ici Aldébaran de la constellation de la loutre. Là Seiya de la constellation du Pégase et Raoh du Krakken. Vision bienfaisante qui fit aussitôt glisser en moi quelques méditations poétiques du genre « Bordel ! On va l’avoir cette putain de deuxième étoile, pour sûr ! ».
Vers minuit moins le quart je revins à la base. Tout le monde dormait, j’allais vivre cette finale seul dans la petite pièce où belle-maman avant l’habitude de regarder ses dramas le soir :

Remarquez ici la présence d’un piano, vestige des débuts pianistiques de Madame Olrik quand elle pratiquait chez ses parents. En attendant son retour, c’est Olrik the 3rd (deuxième année de piano) qui l’utilise. Moi, je me promettait bien à la mi-temps de me jouer quelques Nocturnes de Chopin afin d’évacuer un éventuel stress.

Allez ! Écoeurez-moi ce Croate encore plus que pour cette pleureuse mauvaise perdante de 

Thibaut Courtois !

Mais en fait, le stress, il n’y en eut guère. Comme pour les précédents matchs depuis l’Argentine, ces Bleus-là semblaient dominer leur sujet d’une étrange manière. Pas flamboyants, mais pas inquiétants non plus. Limite rassurants même. Une sorte de monstre à sang froid certain de sa force. Il se faisait bien chiquer les mollets par le molosse en face de lui mais pas d’inquiétude, il n’aurait à un moment qu’à lever la patte le moment venu pour lui infliger une rouste. Ce qui arriva. Le coup de sifflet final donné, je regardai incrédule les remplaçants français envahir la pelouse alors que le commentateur japonais exultait. Intérieurement, j’étais content, mais tout se passait comme si une sorte de filtre s’immisçait entre ma joie et ce que je voyais. A deux heures et demie du matin, le quartier était aussi calme que dans une ville belge après le coup de sifflet final du match entre la France et la Belgique. Point de coups de klaxons, de voix éméchées en train de brailler ou de commentaires chauvins à la TV qui annonçaient une hystérie médiatique prévisible dans les prochains jours. Etonnant, déroutant, et en même temps, finalement, satisfaisant.
J’attendis jusqu’à la remise de la coupe, me demandant si Macron n’avait pas une trique réelle à faire ainsi son show devant les caméras du monde entier et à se faire tripoter pour un oui ou pour un non par la présidente croate. Avant que la pluie ne le mouille à l’extérieur, je gage que l’intérieur à un certain endroit était tout suintant. Bref la pluie et avec elle la coupe arrivèrent, et ce sans les commentaires des journalistes de TF1 et ça, c’était plaisant. Et ça allait l’être tout autant le lendemain. Les Bleus dans le car sur les Champs Elysées, les Bleus à l’Elysée, les Bleus dans leur petit village, le fierté de la tata d’un des Bleus, un Bleu va aux gogues, tout cela j’y échappai et c’était tant mieux. Le petit lien qui me rattachait encore à la France était achevé (je mets à part la présence de Madame Olrik là-bas, ma chère et tendre ne devant nous rejoindre qu’à partir du 25), il n’y avait plus qu’à se laisser bercer par le chant des grillons, le goût du shochu on the rocks et l’odeur du yakiniku quand la chaleur devient plus douce, sans avoir à l’esprit un certain ballon rond.

Au revoir l’automne, salut l’été !

3 novembre 2017

Avant-dernière journée au Japon. Et avec elle dernière occasion d’humer pleinement l’atmosphère automnale japonaise que je n’allais pas retrouver de si tôt. Pour cela, Madame, histoire de faire oublier son échec avec la sombre affaire du pneu crevé, proposa de nous rendre du côté de Kobayashi, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Miyazaki, où se trouvait un joli site avec un lac et une cascade entourés de verdure. Peut-être enfin l’occasion de découvrir ces couleurs chaudes propres à l’automne qui jusque là s’étaient faites discrètes.

Sur le site, il faut bien le dire, ce n’était pas l’orgie des couleurs. Mais enfin, le vert était tacheté ici et là de jaune et de orange, chose assez rare depuis le début du séjour :

Pas d’hésitation : sans être non plus une orgie de couleurs, c’était plaisant et donnait envie d’aller chercher des marrons (la spécialité du site, une petite boutique en vendait des sachets). Nous avons tous été rapidement charmés par la petite promenade d’une heure que nous y avons faite. Il a fallu d’abord traverser ce pont suspendu :

Opération toujours un peu difficile du fait de la propension de Madame à être sujette au vertige. Après se trouvaient deux bancs bien placés qui permettaient de se reposer en profitant bien du paysage :

Et puis après… après ce fut un peu l’improvisation :

Comme nous ne comptions pas y passer la journée mais juste la matinée, impossible de tout voir surtout que le lieu semblait surtout équipé pour proposer des activités l’été. En bas à gauche du plan on aperçoit des karokaya, maisons en toit de chaume traditionnelles datant de l’ère Meiji. Il est possible d’y séjourner pour s’offrir une parenthèse de calme coupée de la vie urbaine. A expérimenter un jour, cela doit être sympa. Par contre s’y rendre juste pour les voir, cela augurait d’un intérêt médiocre. Nous avons préféré nous balader autour du lac tout en ayant en point de mire la cascade de Mamako. Mamako signifiant « belle-fille », vous vous doutez qu’il y a sûrement derrière ce nom une légende attachée à la cascade. Madame Olrik, qui la connaissait, nous l’expliqua, alors que nous faisions une petite pause sur un des bancs juste après le pont. En fait, qui dit belle-fille dit forcément belle-doche. Et dans les légendes ou les contes, vous avouerez que c’est rarement un personnage bandant (et même dans la vraie vie, me direz-vous sans doute). Pour la petite fille du conte, tout commence le jour où son père décide de se remarier après qu’il a perdu sa femme, tombée gravement malade. Evidemment, la marâtre est peu disposée à témoigner de l’affection pour sa belle-fille. Néanmoins, un jour, la vieille l’appela de sa voix la plus doucereuse pour l’attirer en haut de la cascade. Transformée subitement en mère affectueuse, elle prit l’enfant sur ses genoux pour inspecter sa chevelure afin d’y retirer des poux. Pendant cette opération, la gamine s’occupait à faire des nœuds avec sa ceinture (notez bien, c’est important pour la suite). Et puis soudain, stupeur ! malédiction ! la bonne femme décide d’arrêter de jouer la comédie en poussant sa belle-fille dans le vide (énorme salope !). Seulement, c’est ballot, la petite fille, avec ses nœuds, avait noué sa ceinture avec celle de sa belle-mère, belle-doche qui du coup fut entraînée elle aussi dans la cascade pour y crever (bien fait pour sa gueule !). Telle est la belle histoire que Madame Olrik nous raconta, à la grande stupeur d’Olrik the 3rd qui écouta avec des yeux en billes de loto, stupéfait d’apprendre qu’il pouvait exister pareilles mères.

Les histoires, c’est sympa, mais ça creuse, surtout après une bonne promenade. Après avoir retraversé le pont, nous sommes allés ici :

C’est le petit onsen Kajikanoyu. Petit mais suffisant. Il dispose d’un bassin intérieur et de deux autres en extérieur (un chaud et un froid) ainsi que d’un sauna. Comme ça faisait longtemps qu’on était pas allés au sentô de Miyazaki, je m’y rendis avec les enfants, pour « tester » comme dirait ce gamer d’Olrik jr :

De quoi bien se requinquer et se préparer pour le  déjeuner que l’établissement proposait au rez-de-chaussée dans sa partie restaurant :

Nous y avons passé une grosse demi-heure. L’ambiance était calme, à part nous il y avait deux jeunes femmes à la table d’à côté, occupées à papoter tranquillement et à se montrer des trucs sur leurs keitai. La carte donnait le choix entre une vingtaine de plats. J’optai pour le bol de ramen au curry.

Belle promenade, onsen et ramen et curry, il était difficile d’imaginer un meilleur tiercé gagnant. Rassasiés de cette excellente matinée, nous n’avions plus qu’à regagner tranquillement Miyazaki. Des achats d’omiyage nous attendaient pendant que les kids allaient faire leurs ultimes partie de Dragon Balle Heroes.

Courage Olrik the 3rd ! Quand ce gros otaku aura fini sa douzième partie, tu pourras prendre le relais !

Comme de bien entendu, histoire de marquer le coup avant la séparation, les beaux-parents (qui ne risquaient pas de me balancer du haut d’une cascade, eux) nous ont invité à un restaurant. Un énième. Entre les yakinikus dans le jardin, les sukiyakis dans la maison et les sorties gastronomiques, j’ai souvenir d’avoir été un peu gavé comme une oie durant ce séjour. Mais je n’allais pas me plaindre, le restaurant chinois nous sommes allés était plutôt goûtu, supérieur à ceux que j’ai l’habitude de fréquenter en France. Après cela, je pouvais rentrer en France avec le sentiment du séjour bien accompli.

Le lendemain, il a fallu se lever au petit matin pour choper l’avion qui allait nous mener à Haneda. Comme toujours on sentait une émotion contenue mais bien réelle chez les grands-parents. Mais pour une fois, ça n’allait être qu’un au revoir à court terme. Après ce séjour automnale il s’est posé un moment la question de savoir s’il était raisonnable d’enchaîner l’été suivant avec un nouveau voyage au Japon (normalement, le Japon pour nous c’est un été sur deux, les années paires). Nous avons réfléchi, mais pas trop non plus. Dans l’airbus qui nous ramenait en France, je songeais qu’après tout, puisque les enfants avaient encore la chance d’avoir leurs grands-parents japonais en bonne santé, il ne fallait pas trop réfléchir et y retourner recta dès l’été suivant. Au moment où je fis cette réflexion, Dale Cooper sembla me répondre :

Si même Cooper en direct de la Black Lodge me confirmait dans cette décision, il n’y avait plus à tergiverser.

Depuis la décision a été prise, les billets achetés. Les matchs de la coupe du monde ont permis de patienter. A partir de la semaine prochaine, c’est le retour de la touffeur estivale et des promenades en vélo, des kakigoris et des matsuris d’été, du chant des grillons et des clapotis des bassins d’onsens, des bières japonaises bues le soir en compagnie de Jichan et des plats concoctés par Bachan. Natsu yasumi I’m back !

 

Matsuri mythologique et sushis à la pelle

29 octobre 2017

Pour ce premier séjour à Miyazaki durant l’automne, une des attractions que je ne tenais à rater sous aucun prétexte était un matsuri, le Miyazaki-jingū Taisai. Cela allait me changer des danses de l’Erekocha matsuri puisqu’il s’agissait ici d’une parade à thématique mythologique à travers les rues de la ville, en rapport avec le personnage légendaire de l’empereur Jinmu. Je me frottais d’avance les mains seulement voilà, il ne faut pas croire que les typhons emmerdent uniquement l’été, ils peuvent très bien débarquer aussi en automne et bousculer les festivités. Ça n’a pas raté au début du week-end, avec de bonnes grosses pluies qui ont empêché le matsuri toute la journée. Restait le dimanche, à condition que les dieux de la météo veuillent bien permettre à Jinmu d’avoir sa cérémonie populaire.

Pour savoir cela, il fallait être attentif aux bulletins météos qui tombaient toutes les 3-4 heures et qui étaient accompagnés d’informations sur la tenue ou non du matsuri le dimanche. Samedi soir, rien n’était encore décidé. Il fallait attendre le lendemain matin. Comme la nuit il avait plu comme ushi qui pisse, j’avoue que j’avais déjà fait intérieurement une croix sur le matsuri. Je fis mal car en fait, dès dix heures le lendemain, le ciel bleu semblait revenir et avec lui les probabilités de voir les festivités se dérouler. L’info météo tomba dans la foulée : le feu vert était donné pour faire la parade à travers la ville.

Une fois le déjeuner englouti, je chevauchai Tornado et parti au trot en direction du point de départ de la parade. Je me souviens du bien-être bienfaisant du parcours. Une douce brise, une température agréable et une lumière qui promettait de faire péter les couleurs des costumes : ce matsuri, je le sentais bien. Et de fait, le défilé fut très plaisant à suivre. Traditionnels shishimai (les lions dansants dont les coups de mâchoires donnés près d’un bébé sont censés lui porter bonheur), samouraïs à cheval, mariées elles aussi à cheval, taikos, histrions masqué qui par leur danse grotesque pouvait faire penser à Hyottoko. Ils jouaient d’une sorte de tambourin maintenu dans une structure circulaire en osier sur laquelle ils s’appuyaient parfois, comme pour se reposer.

Dans le public, le spectacle pouvait parfois se trouver chez certaines bijins qui s’entraînaient pour Halloween :

Sur les coups de 15 heures, Madame et les enfants me rejoignirent au carrefour principal du centre ville pour assister à la procession. Puis, comme le goûter s’approchait, il fut décidé de faire une pause au Mr Donut du coin. J’engloutis mon donut et mon café : le défilé continuait jusqu’au temple principal de Miyazaki (temple dédié à Jinmu) et j’avais envie de profiter de l’ambiance là-bas. Enfourchant de nouveau Tornado qui m’attendait frais et dispo, je filai au triple galop jusqu’à la destination désirée. Il ne s’y passa rien de spécial. Les participants arrivaient progressivement et continuaient ou non des festivités en rapport avec leur rôle. Je vis passer les mariées à cheval, je suppose qu’elle devaient assister à une cérémonie au temple (Madame Olrik m’avait expliqué le symbole de ces mariées, là aussi leur rôle est en rapport avec la mythologie propre à Miyazaki). Les joueurs de taiko posèrent leur scène mobile sur une petite place et firent résonner la tranquillité du lieu des percussions de leurs instruments. J’empruntai l’allée principale :

Au bout de l’allée des participants costumés – que des hommes – immortalisaient leur journée par quelques photos de groupe avant de vaquer à leurs occupations. Cela sentait la fin du matsuri, malgré tout je pris mon temps pour remonter l’allée. Pas mal de gens profitaient encore de cette fin de journée magnifique et les joueurs de taiko qui continuaient encore leur concert, absolument increvables, invitaient à rester jusqu’à la dernière note. Comme je commence à connaître ce groupe depuis le temps que je les entends à différents matsuris, je savais que le morceau qu’ils jouaient n’en avait plus que pour quelques minutes. Bien que le connaissant par cœur je me laissai glisser dans sa frénésie finale gentiment hystérique puis me dirigeai vers Tornado. Il allait être 17H30 et je savais que le beau-père voulait nous emmener à un kaitenzushi. Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. C’est qu’au Japon, le dimanche dès 18H, les gens bouffent au resto voyez-vous. Si je me souviens bien, nous nous cassâmes les dents sur rien moins que trois kaitenzushis, à chaque fois complets. Mais le quatrième fut le bon, à la grande joie d’Olrik jr et Olrik the 3rd qui pouvaient commander tout leur soûl sur un écran et voir arriver leurs commandes spécial sur un petit shinkansen fixé sur rails. Moi, je me contentai des fondamentaux :

Bière et sushis

Et c’est après trois quarts d’heure d’un combat culinaire acharné que nous quittâmes la table, le bide prêt à éclater mais avec le sentiment du devoir accompli :

Après cela il n’y avait plus qu’à se la couler douce à la maison. Il est néanmoins très possible que sur les coups de 22H, le temps d’attendre que le degré d’alcoolémie descende, j’aie repris les clés de la voiture pour me rendre en solo au sento du centre-ville. C’est qu’une bonne journée au Japon qui ne se termine pas par un sauna et des bains de toutes les températures, n’est pas complètement une bonne journée.

Pas beaucoup de photos dans cet article because petite vidéo montée par mes soins. N’ayant pas eu beaucoup de temps à y consacrer, j’ai fait au mieux, vous excuserez certain tremblements ou certains plans inclinés que je n’ai pas corrigés sur Première. Pour rappel, pour ceux que ce genre de détail intéresse, les vidéos ont été prises avec un Panasonic GX80, appareil recommandable que je vais encore garder pour quelques années.

Hot spots à gogo

Le lendemain, il incombait à Madame d’aller réparer sa bévue. Le beau-dabe lui avait donné l’adresse d’un réparateur de confiance ainsi que la thune pour la réparation (oui, chez la famille de ma femme, il est dit que les enfants ne doivent absolument rien raquer. Croyez bien pourtant que j’ai insisté pour que ce soit Madame Olrik qui paye de ses propres deniers mais rien n’y a fait.). Le garage était situé sur le chemin de Mangasouko, magasin que nus avions découvert avec bonheur lors du précédent séjour et auquel Olrik jr et Olrik the 3rd nous tannaient depuis trois jours d’y retourner. Le programme de la matinée était donc tout trouvé, d’abord le garage, le bonne odeur du pneumatique neuf, puis Mangasouko et le non moins bonne odeur de la figurine d’occase. Dans la voiture, au moment de partir, à la question d’Olrik jr qui demandait où on allait, je répondis : « Maman a repéré une bordure de trottoir au nord de Miyazaki qu’elle aimerait tester avec la roue de secours ». Fine saillie qui fit retentir un « BWAHAHA ! » d’Olrik jr et de son frère. Apparemment la vanne avait du potentiel, c’était bien, je pourrais l’utiliser encore deux ou trois fois avant qu’elle soit aussi usée que le pneu qu’on allait remplacer.

Sinon, vous l’aurez deviné, il va s’agir d’un article riche en hot spots et une fois encore, pour ceux qui en douteraient, Bulles de Japon n’a rien à envier aux sites les plus hype qui dégainent tel lieu branché du moment à Harajuku ou la dernière boite de strip-tease à la mode de Roppongi. Ainsi vous pourrez chercher longtemps sur ces sites, jamais vous n’y trouverez ceci :

Honnête artisan, savoir-faire de qualité, prix très compétitifs et matériel de qualité, si jamais vous passez à Miyazaki et que vous crevez un pneu en heurtant une bordure, n’hésitez pas, foncez à ce petit garage qui ne paye pas de mine mais qui saura vous satisfaire au-delà de vos espérances !

En arrivant, nous tombâmes sur un monsieur d’un certain âge, sans doute de la même génération que le beau-dabe. Madame se présenta comme étant la fille de son père. Tout de suite le bonhomme assura qu’il n’y avait pas de problème pour la roue, qu’il allait la changer dans la demi-heure. Un coup d’œil sur l’autre roue le fit cependant tiquer. Le pneu était quand même bien usé. Autant, peut-être, en profiter pour changer les deux pneus avant ? Incertitude de Madame qui préféra lui donner le numéro de téléphone de son papa pour savoir s’il fallait aller jusque là. S’ensuivit un bref coup de bigophone truffé de formules de politesse au bout duquel il fut décidé de changer les deux pneus. A noter que Madame Olrik fut un peu étonnée de la politesse de l’artisan. Elle pensait qu’il s’agissait d’une de ses connaissances de son père et que la politesse allait être plus mesurée. Mais non, en fait ce fut tout le contraire avec un degré de politesse dépassant très largement celui attendu. De là à dire que le beau-dabe est en réalité est un chef yakuza qui utilise son entreprise d’élevage de poulets comme d’une couverture, il n’y avait qu’un pas que mon imagination décida de franchir allègrement. J’explorerai cette hypothèse lors du prochain séjour…

En attendant, il y avait une demi-heure à tuer. Que faire ? Nous n’eûmes pas à nous poser longtemps la question car l’artisan nous indiqua sa petite salle d’attente dans son magasin. Petits fauteuils moelleux, télévision, étagères avec des mangas. Il ne m’en fallait pas plus, à cela je dis banco ! d’autant que l’épouse du garagiste ne tarda pas à radiner avec un plateau pour nous offrir du thé vert, des petites bouteilles de lait sucré aux enfants mais aussi… une soucoupe remplie de bonbecs ! Pour un peu j’aurais presque regretté qu’il ne nous change pas le joint de culasse pour rester dans ce paradis plus longtemps. J’explorai les deux petites étagères de mangas : je me souviens qu’il y avait notamment Vagabond, un manga de pêche et puis un seinen très sexe et violence que je ne connaissais pas. Je photographiai mentalement le titre mais bien évidemment cela s’avéra insuffisant pour le mémoriser. Bon, si on crève de nouveau un pneu cet été, j’irai vérifier cela. En tout cas je supposai que l’artisan avait sans doute un fils. Je supposai bien car nous entendîmes quelqu’un descendre un escalier et ouvrir la porte qui donnait sur la salle d’attente, c’était un jeune homme d’environ dix-huit ans qui nous salua poliment et alla rejoindre le garagiste pour l’aider à changer les pneus. Deux minutes plus tard de nouveau des bruits de pas dans l’escalier, la lourde qui s’ouvre : c’était cette fois-ci une jeune femme, qui nous salua derechef et qui se rendit à un burlingue pour consulter un registre. On n’avait plus qu’à attendre l’arrivée de l’oncle, de la tante et du cousin mais en fait non, ils ne vinrent pas. Par contre la facture arriva, elle, et avec elle un nouveau départ avec des pneu flambants neufs. Direction maintenant :


Mangasouko

A Miyazaki, point de Mandarake. Mais le Mangasouko est là, à une dizaine de kilomètres au nord, suffisant pour procurer une heure de shopping hypnotique aux kids, et pour me permettre de mettre la main sur figurine originale. Depuis mon tout premier séjour au Japon en 2004, je me suis bien calmé dans ce domaine. Je m’adonne maintenant plus volontiers aux plaisirs des gashapons, moins encombrant. Ainsi comment résister à ces magnifiques gashapons Warau Salesman ?

Pour moi, ce fut bien simple, je dégainai sans réfléchir deux pièces de cent yens pour obtenir un petit bout de plastique qui depuis traîne sur un coin de mon bureau. Plus délicat était l’achat de cette magnifique réplique du psycho gun de Cobra :

En fait j’en possède déjà un, moins beau, moins fignolé. Était-il utile d’en acquérir un deuxième ? La question méritait réflexion, d’autant qu’une figurine d’Hentai Kamen, moins encombrante, me faisait de l’œil :

Ça a quand même une autre gueule qu’une ennuyeuse figurine DBZ.

Sans compter sur la figurine Golgo 13, celle de Kiryu, le personnage du jeu vidéo Yakuza, celle de Tesujin 28 ou encore celle du personnage principal issu de ce manga culte (dont j’ai oublié le nom, de mémoire c’est un titre interminable) et que l’anniversaire des 50 de Jump permettait d’honorer :

Je me souviens aussi d’une certaine figurine de Fujiko Mine dont les attributs mammaires n’avaient certes pas besoin de rustine, contrairement au pneu de notre voiture. Mais finalement j’optai pour ces figurines Ashita no Joe monochromes :

De son côté Olrik jr acheta sur mes conseils la version Switch de Street Fighter II (achat qu’il regretta par la suite, mais ceci est une autre histoire) tandis qu’Olrik the 3rd tint absolument à s’acheter un paquet de cartes Dragon Ball Heroes pour jouer sur les bornes d’arcade du même nom. Un oeil sur le coin (très modeste) des photobooks. Je repérai le livre de la photographe Hiromix fait lors d’un séjour à Paris :

Aguicheur mais dispensable. Ajoutons pour terminer que Mangasouko est une sorte de petit paradis pour les amateurs de retrogaming :

L’après-midi fut plus sérieux. Point de pneus ni de figurines. Pour moi, direction ici :

Il s’agit du musée d’histoire naturelle de Miyazaki (le bâtiment est visitable grâce à Street View) dans lequel se tenait une exposition sur l’histoire du katana. Assez peu intéressés, Madame et les enfants décidèrent de m’attendre en passant un peu de temps au Book Off à côté puis à un petit salon de thé.

Ayant pratiqué le iaido durant cinq années, l’exposition m’intéressait forcément un peu. De fait, la vaste collection de katanas qu’elle proposait avait le mérite de montrer qu’avant d’obtenir le katana tel que nous le voyons dans les films de samourais, les forgerons ont expérimentés durant des siècles, avec des courbures, des longueurs parfois inattendus. Très dépouillée et très feutrée, l’exposition permettait ainsi de faire un voyage dans le temps et d’admirer des lames qui avaient dû traverser pas mal d’épiderme. Après, je dois dire que l’intérêt fut pour moi un peu limité puisque les explications de l’expo avaient fait l’impasse sur une traduction en anglais.

Je rejoignis mon clan au salon de thé. Je commandai un bon café, le dégustai puis comme il était déjà 18H30 nous retournâmes à la base. Après dîner je repris Tornado pour une de mes dernières ballades post-dîner nocturnes. Une peu comme Richard Boringer, je me dis en passant devant ce bâtiment que…

…c’est beau un Yamada Denki la nuit !

Puis j’arrivai au centre ville ce soir-là étonnamment dépeuplé :

L’envie de prendre une petite barquette de takoyakis à l’échoppe me titilla un instant. Mais comme j’avais apporté un sac contenant une serviette et des vêtements propres pour me terminer au sentô avant de rentrer, je me retins. Il s’agissait d’assainir et de reposer le corps, pas de le bourrer de nouveau alors que je venais de sortir de table. Je me promenai sans but un quart d’heure, appréciant l’ambiance à la fois électrique et tranquille du quartier avant de poursuivre mon chemin jusqu’au sentô. Il ne restait plus beaucoup de journées avant la fin de ce huitième séjour, mon épiderme réclamait son lot d’eau chaude et parfois parfumée quotidien. J’allais volontiers lui offrir ce petit plaisir jusqu’à la fin.

Madame Olrik en mode Boulitte

La chronique de mes dernières aventures automnales avait tourné court. Deux articles et c’était fini. C’est que jusqu’à présent, ces mini-récits de voyage avaient à chaque fois été écrits à deux moments bien distincts. Soit en plein voyage, le nez dans le guidon et en plein milieu des délices proposés par le séjour japonais. Il y a deux ans, j’avais écrit une série d’articles (le premier date du 16 juillet) durant mon huitième séjour. Le rythme de mes matinées avait été assez miraculeux quand j’y songe. Chaque jour, je me réveillais à six heures. Oui, en pleines vacances, et sans même avoir besoin d’un réveil. Mon corps se réveillait comme un automate à cette heure précise, parfois avec une minute en avance ou en retard, mais toujours sans ressentir la moindre fatigue. Je quittais la douce climatisation de la chambre où continuaient de dormir profondément Mme Olrik et Olrik jr (Olrik the 3rd préférant dormir dans le séjour en bas avec son grand-père), j’enfilais ma paire de baskets puis me rendais en voiture à un de mes parcs préférés pour un footing de décrassage d’environ quarante minutes, dans une chaleur estivale déjà sensiblement présente à cette période de l’année. Puis retour à la maison, douche, petit déjeuner : l’horloge du salon indiquait alors 7H30, je disposais de trois bonnes heures avant la traditionnelle sortie matinale en famille à l’Aeon afin d’acheter notre déjeuner, heures souvent utilisées pour écrire les articles en question. Frais, dispos, sentant le bon sable chaud, enivré par les grillons commençant déjà leur doux vacarme, je n’avais alors aucun mal à reconstituer avec plaisir les événements de la veille.

Même chose lorsque j’entreprends d’écrire un été lorsqu’il n’y a malheureusement pas de voyage au Japon. J’en suis alors quitte à rêver sur mes photos prises un an auparavant, rêverie qui asticote alors l’imagination et l’envie de reprendre le récit du voyage dans une sorte de mélange de carnet de voyage et de récit rétrospectif. Entre les deux étés, le temps a passé, a infusé les choses vécues, leur a donné une certaine saveur et c’est tout naturellement qu’on les fait resurgir avec un certain plaisir.

L’automne dernier, c’était un peu différent. Là, mon corps a été moins vaillant. Dans la légère froidure automnale, il a apprécié de rester un peu plus longtemps dans le futon. Pas trop non plus de footings matinaux pour fouetter l’organisme et l’esprit. Une douleur persistante au tendon d’Achille m’avait incité à pratiquer plutôt la marche. Et puis tout bonnement il y avait moins le temps. Quatorze journées seulement (contre quarante quand nous allons au Japon l’été), je n’avais pas forcément envie de perdre du temps devant un écran à taper des textes, cela attendrait le retour en France. Sauf que, comme évoqué plus haut, les tentatives d’écriture par la suite ont tourné court. Post Japanum, Olrk animal triste. Les souvenirs étaient pourtant très frais. Mais il faut croire que cette fraîcheur, juste au moment du retour en France, formait un contraste inconsciemment un peu agaçant. Le plaisir de se souvenir entrait en confrontation avec le plaisir d’avoir regagné ses pénates et ses habitudes. Quoique toujours vaillant lorsqu’il s’agit d’aller se tuer la gueule à bicyclette au Japon en plein après-midi l’été, j’ai aussi un côté pantouflard qui fait que lorsque je reviens en France, je suis repu de Japon et passe naturellement à autre chose. Bref, poursuivre le voyage par l’écriture n’était alors pas évident.

Mais maintenant, huit mois après, et quelques semaines avant (roulements de tambour), mon neuvième séjour au Japon (à vingt j’arrêterai, promis !), le fièvre se met subitement à monter. Je mange, je dors, je pisse et je chie Japon. L’appel du Japanisthan quoi ! Je me détache progressivement de ces habitudes françaises, l’esprit étant rivé à ce qui m’attend dans quelques semaines. Je me suis remis à bosser la langue et avant de prendre une nouvelle flopée de photos, j’ai remis le nez dans celles du précédent voyage afin de les trier et de virer les plus vilaines. Activité qui me prend du temps mais que j’effectue tout en écoutant quelques vieux folkeux japonais. Dépaysement assuré qui, associé à l’excitation du voyage à venir, me donne envie de reconstituer quelques souvenirs de l’automne dernier. Parmi eux, cette journée du 31 octobre durant laquelle Madame Olrik avait proposé de se rendre non loin de la petite ville de Kobayashi pour admirer le plateau d’Ikoma et ses cosmos en fleur. Il faut rappeler ici que moi qui m’étais fait une joie d’admirer un Japon de carte postale sous les couleurs de l’automne, j’en avais été pour mes frais. La végétation y est surtout composé d’arbres gardant leur parure verte tout le long de l’année et l’atmosphère plus douce mise à part (et les bijins moins court-vêtues), je n’ai rien trouvé de bien différent par rapport à l’été. Aussi était-ce là l’occasion d’offrir aux mirettes une touche d’automne particulière, le type de cosmos que l’on trouve à ce plateau ayant sa floraison pile au moment où nous nous trouvions au Japon, d’autant que Madame avait repéré à quarante minutes de voiture plus loin un autre petit coin de nature (dont j’ai oublié le nom) qui promettait d’être plaisant lui aussi. Le soleil était au beau fixe, le ciel était bleu et promettait de le rester, la température douce :

… il n’y avait plus qu’à faire un peu de route (environ une heure et demie) pour voir les cosmos. Comme d’habitude avec ce genre de trajet, il y a toujours à un moment la pause konbini. C’est un des côtés plaisants au Japon lorsqu’il s’agit de faire un peu de bornes. Certes, les innombrables feux rouges donnent l’impression de se traîner, mais les konbinis, eux aussi innombrables, invitent à faire des pauses pour déguster un bon café chaud accompagné de machins sucrés que les kids ne manquent jamais d’ajouter au café au moment de passer à la caisse.

Bref, le voyage fut sans histoire et c’est les ventres remplis de diverses cochonneries (limite la gerbe en fait) et en avance sur l’horaire indiquée par le GPS que nous arrivâmes ici :

Sauf que, voilà : au lieu de ceci :

HOOOOOOO !

Nous eûmes droit à ça :

Gni ?

L’explication était toute simple : en fait les fleurs s’étaient fait la malle juste trois jours avant. C’est ce que nous expliqua la dame à la boutique du plateau. Madame Olrik me traduisit ses paroles, un peu dans ses petits souliers car sachant bien combien son mari est comme Hannibal dans l’Agence tout risques, à savoir quelqu’un qui aime à ce que les plans se déroulent sans accro. En particulier quand il s’agit de faire une heure et demie de route. J’hésitai à lui dire qu’elle aurait au moins pu filer un coup de bigophone la veille pour savoir si ces putains de fleurs étaient toujours là ou non, mais je m’abstins, grand seigneur. Après tout la vue n’était pas si mal et nous baignions dans un calme reposant et une fraîcheur matinale qui aurait presque donné envie de pique-niquer, n’eussent été toutes les saloperies ingurgitées durant le trajet.

Mais bon, on n’allait pas non plus y passer la journée, il fallait reprendre la route pour joindre le deuxième site avant le retour à Miyazaki. Là, problème. Un typhon ayant passé dans les parages quelques jours auparavant, la route permettant de se rendre au site avait été bloquée, comme une jolie pancarte jaune nous en avertit. Qu’à cela ne tienne, le GPS nous indiqua recta une autre voie à emprunter. Re-problème : cinq minutes plus tard, derechef une pancarte jaune, avec le même type de passage. A cet instant, crispation de Mme Olrik qui voit son beau plan tourner au fiasco et qui certainement se met à redouter l’ire de son ogre de mari. Je vous rassure, elle n’a jamais eu avec moi à appeler  S.O.S. mari gaijin violent. Mais j’avoue, je peux parfois être une sorte d’ours mal-aimable capable dans certaines circonstances de dégainer des paroles doucereuses peu obligeantes. D’ailleurs, même lorsque je ne dis rien, mon visage, l’aura négative qui émane alors de ma personne suffit pour distiller une certaine tension. Ma mine s’allonge, les mâchoires se crispent, la prunelle des yeux devient dure, aiguë : je suis alors parfaitement imbuvable. Cela dit, je résistai au côté obscur de la dissension conjugale et me contentai de regarder le paysage défiler à ma droite tandis que Madame, au volant, conduisait en cherchant désespérément un pancarte indiquant une troisième voie à suivre.  Chose qu’elle n’allait sans doute pas tarder à trouver (cela dit dix minutes s’étaient déjà écoulées depuis la deuxième pancarte, je dis ça, je dis rien…) lorsque nous arrivâmes sur les lieux du drame :

Aller à droite ? À gauche ? Je ne sais pas ce qui s’est joué alors dans l’esprit de ma douce angoissée mais repérant sans doute un indice lui faisant comprendre qu’elle s’était gouréee one more time de direction, elle décida de faire soudainement demi-tour en passant d’abord par le parking à gauche. Ce fut comme Steve McQueen dans Bullit, au tout début de la fameuse course poursuite dans San Francisco. Elle donna un violent coup de volant à babord tout en jouant de l’accélérateur. Quand même pas pied au plancher mais suffisamment pour se manger violemment la bordure du trottoir :

La bordure, en bas à gauche. Oui, je sais, c’est un peu ridicule comme obstacle mais n’oubliez pas que notre bolide n’était pas une Ford Mustang mais ceci.

Un gros BOUM !

Suivi d’un pschiiiiiiiiiiiiiiit.

Suivi des exclamations véhémentes de votre serviteur.

Je ne me souviens plus trop des conneries que j’ai débitées alors. Sans doute un mélange de « et voilà ! », de « bravo ! », et autre « O.K. la ballade est finie ! ». Je n’y réfléchis pas trop, sur le coup je ne voyais qu’une chose, que cet exploit était moins du Bullit pur jus que du « Boulitte », boulette qui ruinait la suite de la ballade.

En rage je sortis de la caisse pour contempler l’étendu des dégâts : une roue avant gauche évidemment à plat qu’il allait falloir changer. En soi pas grand-chose, je suis Dieu merci capable de changer une roue, mais ça plus les pancartes jaunes et les cosmos invisibles, c’était assez pour rager tout mon soûl. Ce qui me fit d’ailleurs perdre du temps juste pour trouver le cric. N’ayant plus une goutte de sang froid dans le corps, je regardai confusément dans le coffre puis m’allongai carrément sur le sol pour regarder s’il n’était pas quelque part sous la voiture. Cinq minutes plus tard je découvris en fait l’existence d’une cache sous les pieds du passager arrière gauche où se trouvait le matos. Enervé, je me saisis du cric et commençai l’opération. Les écrous enlevés, il fallut retirer la roue pour mettre la roue de secours à la place. Mais avec les mauvaises vibrations que dégageait la scène, l’opération ne se passa évidemment pas comme prévu. Coincée à mort, la roue refusait de sortir ! Trempé de sueur, je m’acharnai, pestant contre le sort et son ironie. Moi qui rêvait de connaître des aventures comme Nicolas Bouvier, je connaissais le même type d’expérience que lui avec les ennuis mécaniques de sa Fiat Topolino. Bon, dans une moindre mesure, je reconnais, il s’agissait ici juste de changer une roue mais quand même, j’en chiais des ronds de chapeau, malgré l’ombre que Madame me procurait avec son ombrelle qu’elle tenait obligeamment au-dessus de moi pour se faire pardonner et atténuer mon courroux. A un moment je décidai de jouer le tout pour le tout. Utilisant les dernières ressources de mes muscles, je saisis à deux mains la roue et tirai vers l’arrière de toutes mes forces, limite à m’en faire péter les vertèbres. Cela fonctionna, la roue arriva mais avec elle moi aussi. Je tapai le sol du cul et me retrouvai les quatre fers à l’air. J’entendis derrière moi un hideux « Bwahahaha ! » poussé par Olrik the 3rd. Aucune pitié, rien ! Je vous jure, ayez des gosses ! Je fixai la roue de secours, remballai le cric et l’autre roue dans la coffre et nous repartîmes. Avec une roue de secours moyennement gonflée, il ne s’agissait plus d’aller à un hypothétique site que les routes japonaises allaient rendre compliqué à atteindre, mais de retourner à Miyazaki. Avant cela, il fallait s’arrêter à un endroit pour manger et surtout pour que je me lave les pognes et que je me rafraîchisse la trogne pour faire descendre la température de quelques degrés. Nous nous arrêtâmes à un petit resto à côté d’un onsen. J’aurais pu y passer une petite heure avec les enfants pour achever de me changer les idées mais le cœur n’y était pas, et ce n’est pas mon udon aux crevettes qui allait achever de me transformer en Mister Aimable.

Nous revînmes à Miyazaki sur les coups de quatorze heures. Madame Olrik aurait renversé avec sa caisse une classe de maternelles que ça n’aurait pas été pire. En état de choc, elle fila recta dans sa chambre afin d’oublier les terribles événements en faisant une longue sieste.  Pour les kids, l’activité était toute trouvée : ayant eu la Nintendo Switch pour son anniversaire de la part de ses grands-parents, Olrik jr entreprit avec son frère de faire du Mario Kart, jeu qu’il s’était acheté la veille. Moi, enfoncé dans les affres de la plus complète solitude, tel un chien, je sortis pour rejoindre mon fidèle et unique compagnon de voyage : Tornado, mon vélo de plus en plus rouillé mais ne rechignant jamais à faire de longues ballades en ville avec son maître.

La lumière automnale était alors magnifique et c’est le cœur un peu plus léger que je me dirigeai vers le centre ville pour m’y ballader, prendre une boisson quelque part et saisir quelques occasions de street shooting.

Deux petites heures passèrent ainsi. Avant de revenir à la maison, je décidai de passer par le parc à côté de la gare.

Je les avais quand même un peu, mes arbres aux couleurs chaudes. Ayant pris une canette de café chaud à un distributeur, je m’assis sur un banc et sirotai paisiblement le breuvage, songeant non sans sourire intérieurement à l’odyssée de la matinée. Je quittai ensuite le parc pour un petit quart d’heure au Book Off juste à côté puis rentrai tranquillou à la maison en essayant de prendre des chemins inédits (depuis le temps il n’y en a plus beaucoup mais j’arrive encore à en trouver). A l’approche de la maison, je retrouvai des décors bien connus. Ici le petit temple shinto :

Là cet arbre incroyable donnant l’impression d’avoir été posé à même le bitume :

Enfin la route à côté de la maison donnant souvent à voir le soir de magnifiques ciels :

C’était plutôt sage ce soir-là, mais la pureté du ciel, alliée au calme doucement parasité par les cris des gamins de l’école primaire s’adonnant à côté à leur entraînement de foot, achevait de mettre l’esprit au diapason. Ne restait plus qu’à rentrer, à prendre la bière apéritive avec le beau-père, puis à dîner. A l’intérieur Madame était dans le salon. Le fiasco du jour n’était plus qu’un lointain souvenir et c’est naturellement qu’on l’évoqua sur le ton de la plaisanterie. Ne restait plus qu’à conclure brillamment cette journée avec le nabe concoctée par belle-maman, nabe qui me donna l’occasion d’expérimenter une recette de soiffard :

Envie d’un shochu qui vous réchauffe le cœur ? c’est très simple, il n’y a qu’à déposer le verre dans le plat et attendre un peu.

Après tout cela, j’étais un peu plein. Mais impossible de rester sagement à la maison, c’était Halloween et il fallait que j’aille au centre-ville en vélo pour débusquer quelques costumes originaux. Le dessert à peine fini je m’apprêtais à repartir mais c’était sans compter sans l’intervention de Madame, farouchement opposée à l’idée de faire du vélo avec un peu trop de substances alcoolisées dans le sang. Il fallut se rendre et attendre une petite heure avant d’enfourcher Tornado et de m’y rendre. La pêche n’y fut pas miraculeuse mais néanmoins je rencontrai cette étrange créature :

Le type à l’intérieur m’expliqua qui lui avait fallu huit mois pour confectionner son costume. Je le crus sur parole. Huit mois pour une soirée de gloire : un bel exemple de volonté.

Je n’insistai cependant pas trop dans le centre ville : nous n’étions pas à Shibuya et à 22 heures, Halloween ou pas, Miyazaki commence à devenir bien calme. Il fallait rentrer à la maison. Avec la fatigue qui commençait à se faire sentir, je demandai à Tornado de se contenter d’aller au trot. Il ne s’agissait pas de conclure la journée en se prenant certaines bordures de trottoir…

 

En attendant que le temps se purge

Aeon un dimanche matin

Dimanche 22 octobre

C’était donc bel et bien reparti pour des aventures japanisthanaises. Mais attention ! fallait voir à ne pas aller trop vite pour ne pas se claquer. Raisonnablement (et un peu lâchement), je décidai de ne pas chausser mes baskets pour aller courir sous la pluie. A la place, j’optai pour me rendre en famille au grand Aeon en famille, histoire d’aller voir l’actualité de choses aussi essentielles que les films alors programmés au cinéma, quels étaient  les KitKat de la saison, s’il y avait de nouveau trucs sympa à becqueter ou à boire, dénicher des gashapons cool bref, occuper mon temps de manière intelligente.

Highway to consumerism

Arrivés là-bas, nous mîmes un peu de temps à nous garer. Le dimanche, c’est un peu la journée à éviter, a fortiori quand le temps n’est pas à la fête, ce genre de complexe commercial ayant tendance à devenir le véritable centre ville, condamnant l’ancien à n’exister qu’à travers les bars et les restos. Quoi qu’il en soit, de nouveau en pleine possession de mes moyens, mes super réflexes en action, je fondis comme l’aigle royal sur la première place libérée, n’en pouvant plus d’attendre de retrouver l’atmosphère mercantile du lieu.

A l’intérieur, en passant devant les films à l’affiche au cinéma situé à l’étage, je tombai sur cette bobine bien connue :

Beat était dans la place avec Outrage Coda, dernier volet de sa trilogie des « Outrage ». Aller le voir en avant première était tentant, même s’il était sans doute plus raisonnable sa sortie en France pour profiter des sous-titres, plutôt essentiels pour ce type de film. Bon, on verrait cela plus tard (je rappelle sinon que le film sortira en France le 1er décembre sur e-cinema.com).

Plus loin, au magasin Jusco, à la redoutable section des machines d’arcade pour les enfants, les kids décident de se payer une partie de Dragon Ball Heroes. C’est le drame ça, Dragon Ball Heroes. Cela condamne un parent à attendre à proximité que son mouflet ait terminé sa partie dans une atmosphère de bruits particulièrement agressive, le tout multiplié par deux quand on a le malheur d’être dimanche. Mais Olrik the 3rd était tellement et fier de faire ses toutes premières parties (au précédent voyage il s’était contenté de regarder jouer le grand frère), que je l’observai patiemment mettre au point sa stratégie pour latter du méchant :

Pour ceux qui ne connaîtrait pas, c’est LE jeu d’arcade pour les shonen boys. Il se joue avec des cartes qui représentent des personnage de la série. On les dispose sur l’écran-table (c’est la nouveauté, il y a un an, c’était juste un plateau) et Ô surprise ! ils apparaissent sur l’écran du haut. Le joueur peut alors affronter une troupe d’adversaires en changeant les cartes de place pour effectuer de savants tours tactiques afin d’augmenter la puissance de son équipe, et en appuyant au bon moment sur un gros bouton pour être sûr que les coups envoyés fassent le plus de dégâts possibles.  Simple, précis, efficace, addictif. Bref, japonais.

Quinze minute de tumulte plus tard, direction le rez-de-chaussée. A la boulangerie, une pancarte me rappela que j’allais découvrir les joies d’Halloween au Japon…

… tandis qu’une autre indiquait qu’attention ! le Beaujolais nouveau, c’était pour bientôt !

Le cocktail zombie et gros pif promettait d’être explosif.

De l’humidité du typhon à l’humidité houblonnée

C’en était tout pour la première incusion à Aeon. L’après-midi, direction le centre-ville. La Delta Force se scinda en deux : Madame et Olrik Jr allèrent à la librairie Tsutaya tandis que j’emmenai Olrik the 3rd redécouvrir les plaisir du sento à l’Aceland. J’ai déjà raconté les plaisirs du lieu, je ne vais pas m’appesantir. L’endroit était toujours aussi relaxant et vivifiant, mais j’avoue que faire le combo sauna + bassin d’eau froide a été plus intimidant cette fois-ci. Autrefois j’y allais façon samouraï de l’ère Edo. Choc thermique de l’extrême ? Rien à cirer, j’étais un putain de dur ! Là, avec le petit air frais automnal, ça ajoutait en difficulté. Prudemment, je me contentai d’immerger les cannes, on ferait mieux plus tard.

Regaillardis, nous rejoignîmes Madame et le grand frère à Tsutaya. Fatalement, nous retrouvâmes ce dernier à l’étage, là où se trouvaient les rayons mangas mais aussi ceux des jeux vidéo. Tout à son excitation de bientôt posséder la Switch, il explorait soigneusement le rayon consacré à cette console afin de fantasmer sur les jeux qu’il se promettait bien d’avoir dans un proche avenir.

De mon côté, je fantasmai un peu sur ça :

Un jeu PS4 qui allait sortir, un cross over entre l’univers d’Hokuto no Ken et le système de jeu de l’excellente série des Yakuza. Depuis la PS2 j’avais tenu bon, j’avais toujours résisté à l’envie de me procurer la PS3 et la PS4 mais là, tenir le coup en 2018 promettait d’être duraille.

Pendant que tout le monde continuer de bouquiner à la librairie, je m’extirpai de Tsutaya pour me faire un petit quart d’heure de ballade en solo dans les rues du centre. Ambiance aussi lugubre qu’irréelle. Les restes d’un typhon avaient fait leur œuvre. Ici des vélos renversés sur un parking…

… là des enseignes lumineuses essayant péniblement de donner signe de vie au milieu de magasins fermés et d’une absence d’animation qui contrastait avec la frénésie de l’Aeon.

De quoi refroidir les ardeurs et se dire que le Japon durant l’automne, ça n’allait pas être la joie. Mais c’était sans compter sur les ressources de la belle-famille qui, puisque nous étions depuis la veille entièrement réunis, avit projeté d’offrir un resto dans un établissement spécialisé dans le shabu shabu. Le temps de rentrer et de repartir tous les six afin de se remplir la panse (prélude à qui allait devenir la norme durant quinze jours), je me retrouvai ainsi face à une couleur que je connaissais par cœur…

Ainsi qu’une multitude d’ingrédients qu’il fallait disposer dans un plat séparé en deux compartiments (un pour le shabu shabu, l’autre pour le sukiyaki). J’ajoute que nous disposions d’une bonne heure afin de commander à volonté (excepté les boissons qu’il fallait payer en sus) tous les plats désirés :

Assez vite je fus gagné par cette sensation de bien être consistant à remplir l’estomac de tout plein de saines choses tout en détendant l’esprit avec force rasade de bière puis de shochu. La mauvais temps dehors n’avait alors plus d’importance. Décidément, le Japon l’automne, finalement ça promettait.

Autumnal Mystery Tour in Japan

Allez, c’est le moment de reprendre les rênes de ce site, après une absence de plus de trois semaines, because voyage au Japon. Remarquez que j’aurais pu me fendre de quelques articles durant le voyage, comme je l’avais fait lors du précédent, mais je ne sais trop pourquoi, il m’a cette fois-ci été impossible d’achever là-bas un quelconque article. Sans doute parce que le séjour durait bien moins longtemps que les précédents (quinze jours au lieu de quarante) et qu’il m’importait de faire autre chose que d’être devant un écran à empiler des lignes. Et puis, tout bêtement, il y avait aussi une question de plaisir. Autant la dernière fois il y avait eu plaisir à raconter au plus près des choses vécues, autant là, j’ai senti qu’il serait plus vif en décalant la rédaction.

Bref, une semaine après un retour qui a été bien moins cauchemardesque que le précédent, me revoici devant mon écran pour tenter de relater ce huitième voyage au Japon, voyage sous couleurs (presque) automnales, une première pour moi.

Mon beau-père est un génie du mal

Prévu depuis cinq mois, aidé financièrement par des beaux-parents qui se languissaient à l’idée de devoir attendre une année de plus avant de voir leurs petits-enfants et qui étaient prêts à raquer les billets d’avion pour raccourcir notre retour, ce séjour devait se faire durant la Toussaint, avec un aller se faisant un deux fois. D’abord, dès le mardi avant les vacances, Madame partait flanquée des enfants, histoire de gratter quelques journées en plus avant les vacances, puis moi en solo dès le vendredi.

Le voyage ne fut pas totalement sans histoire pour Madame Olrik puisque son avion, accusant au départ de Roissy un retard de quatre heures, arriva à Tokyo avec autant de retard, la condamnant à se rendre à un hôtel avec les enfants pour prendre le lendemain matin le premier avion pour Miyazaki. Mais les merveilles de la technologie étant ce qu’elles sont maintenant, je pus suivre via Skype le déroulement des opérations et être rassuré.

Moins rassurant en revanche était la capacité de mon beau-père à entreprendre des trucs en mon absence. Pour faire simple, adorant ses petits-fils, il a déjà cette capacité à faire sortir comme Garcimore des billets de dix mille yens de ses poches pour ensuite les filer à Olrik jr et Olrik the 3rd, public forcément tout acquis à ce type de spectacle. D’un côté, ça leur fait plaisir, de l’autre, merde ! s’il s’agit de les pourrir pour les transformer en Abdallah comme dans Tintin, moi je dis stop !

Du coup, avec l’arrivée de l’anniversaire d’Olrik jr, je me méfiais. Méfiance légitime car c’est le jeudi que j’appris via Skype que le beau-père, en discutant avec Olrik jr afin de connaître quel serait son souhait de cadeau, lui proposa le choix entre… la Nintendo Switch ou la PS4 !

A gauche, la peste, à droite, le choléra.

Il faut vous dire ici un truc : je n’ai rien contre les jeux vidéo. Ce serait d’ailleurs bien hypocrite de ma part  puisque ayant eu ma première console à l’âge de sept ans (un Atari 2600), j’ai toujours eu jusqu’à ma post-adolescence un joujou de ce type (un Amstrad CPC 464, une Mégadrive puis un PC) me permettant de cocooner avec délices dans des bulles de temps devant un écran. Est-ce que je le regrette ? Je ne sais pas trop à vrai dire. Ce qui est sûr, c’est que j’ai pris mes distances avec les jeux vidéo, jugeant qu’en termes d’enrichissement et de plaisir, rien ne remplace un bon livre ou un bon film. Du coup, j’ai à cœur de contrôler le temps que passent les enfants devant des jeux. Je puis même aller jusqu’à dire que j’ai parfois des allures de Kapo lorsque je patrouille dans la maison pour surprendre les kids en train d’essayer de jouer en cachette, alors qu’ils ont épuisé leur temps de jeu quotidien. Cela donne alors lieu à des scènes bien hypocrites, je le reconnais, scènes ressemblant parfaitement à ça :

Connaissez-vous le blog de Morgan Navarro ?

Bref, en plus d’une tablette (là aussi, offerte par mon beau-père – le démon ! – lors du voyage 2017), d’une PS2 (la dernière console que j’ai achetée pour moi-même, j’avoue, machine acquise après mon deuxième voyage afin de pouvoir jouer à Taiko no Tatsujin – puisque j’avais récupéré à Tokyo deux « tatacons » – le taiko miniature pour pouvoir y jouer), d’une Nintendo DS light et d’une 3DS, on allait devoir se coltiner une nouvelle console. Un espoir cependant : il n’y avait rien d’encore acheté puisque Madame, ne sachant pas trop si une Switch japonaise (apparemment Olrik jr avait jeté son dévolu sur cette console) pouvait fonctionner en France avec des cartouches françaises, avait conseillé à son père d’attendre mon arrivée pour voir cela avec lui. Je me faisais fort alors de le baratiner pour l’enjoindre à abandonner ce projet et acheter quelque chose de plus utile (par exemple un beau vêtement, une belle paire de chaussures, un beau plumier, etc.). Las ! Une heure plus tard je reçois sur Skype un autre message : profitant que ma douce était occupée à prendre son bain, et sans doute aussi un peu ivre de plusieurs verres de shochu (je le connais, hein !) et d’avoir ses petits-fils à proximité, le beau-dab s’était empressé d’aller sur Amazon pour commander en loucedé la Souitche. Moi qui comptais lire là-bas tranquillement A l’Ombre des jeunes filles en fleurs dans le salon baigné par la douce lumière automnale, j’en allais être pour mes frais…

Hakuho me souhaite la bienvenue !

Le lendemain, direction Roissy. Une amie vint nous prendre le matin, moi et mes valises, avec son mini-van vert pour me déposer à la gare de ma bourgade. Un TER et un TGV plus tard j’arrivai à l’aéroport avec quelques heures à tuer avant le départ prévu à 20H30. Pas de retard cette fois-ci, je ne risquai pas de connaître la même déconvenue que Madame à Tokyo. Dans l’avion j’inspectai la liste des films que le serveur vidéo-ludique proposait. Quoique assez peu friand du sieur Tatsuya Fujiwara, je tentai ceci :

Memoirs of a murderer

Remake d’un film coréen, le film raconte l’histoire d’un serial killer qui attend sagement la période de prescription de ses crimes pour sortir en librairie le récit de ses exploits sanglants. N’étant pas toujours particulièrement attentif lorsqu’il s’agit de suivre un film avec des sous-titres anglais, alors que je suis occupé à gérer devant moi un plateau repas japonais avec plein de petits plats, Il m’a semblé que le film n’étais pas trop mauvais et qu’il mériterait plus tard un autre visionnage.

Arrivé à Haneda je retrouvai les premiers contacts sensoriels avec le Japon. Ceux des corridors moquettés de l’aéroport. Baignés par la lumière permise par les grandes parois vitrées donnant à voir l’activité du tarmac, ils me permettent à chaque fois de sortir en douceur de l’avion, de retrouver mes forces et de sourire en apercevant ces premiers signes d’un Japon retrouvé. Ici une affiche publicitaire avec Hiroshi Abe, là le visage renfrogné d’un agent de sécurité. Et une ambiance cotonneuse faite d’une discipline toute japonaise (les gens ne parlent pas, ils marchent et c’est tout) annonçant plus tard une tout autre ambiance, celle des rues, des magasins aux incessants jingles, des restaurants aux serveurs parfois braillards. En attendant de les retrouver pour de bon, il fallait enchaîner avec mon avion pour Miyazaki. Là aussi, RAS. Attendant dans la porte d’embarquement, j’insérai ma première pièce de cent yens dans une machine à canettes pour déguster mon premier café BOSS du séjour, un peu groggy par mon voyage de presque vingt heures (avec le train) mais aussi perplexe par ce ciel chargé qui annonçait un voyage automnale sans couleurs. Deux heures plus tard, c’est un ciel nocturne et légèrement pluvieux qui m’accueillit à l’aéroport de Miyazaki. De quoi faire la grimace néanmoins, alors que j’attendais mes bagages, la vision d’un visage bien connu me redonna le sourire :

Oui, voir le visage de Hakuho faisant la promo d’une marque de shochu me parut subitement des meilleures auspices pour les deux semaines à venir, et voir juste après celui de ma femme venue me chercher acheva de me regaillardir. Le retour à la maison des beaux-parents se fit dans la petite voiture que nous utilisons à chaque séjour. Madame était venue du coup seule, le véhicule étant un peu juste pour caser ma grosse valise dans le coffre sans plier les sièges arrière. Curieuse arrivée : il était 19H30, il faisait déjà nuit noire et il pleuvouillait donc, manifestation d’un typhon passant bien au large de Miyazaki mais qui promettait d’après la météo un lendemain très pluvieux et un peu agité.

Arrivé devant la maison, j’aperçois une bouille bien connue qui, au bruit du moteur de la voiture, s’était précipitée sur le seuil pour me voir arriver et me souhaiter le bonjour : c’est Olrik the 3rd, tout sourire et apparemment épanoui d’avoir retrouvé ses marques au Japon, suivi d’Olrik jr puis des beaux-parents. On se salue puis, comme il est vingt heures et que l’on m’attendait pour manger, on ne tarde pas à se mettre à table. Je n’ai pas forcément grand faim après le trajet en avion mais enfin, devant les mets préparés par la belle-mère, je sens poindre dans mon estomac un deuxième souffle. Et comme le beau-père décapsule une bière japonaise pour m’en remplir un verre afin de trinquer, je sens que les morceaux de poisson au curry n’auront qu’à bien se tenir.

Une heure plus tard, après avoir bien mangé, bien bu, bien discuté, alors que Madame est en train de parler à son père, je dodeline, je peine à maintenir les paupières ouvertes, très pilier de comptoir après cinq bocks dans le buffet. Me voilà tout à coup rattrapé par la fatigue du jet lag et je sens qu’une bonne nuit après une bonne douche s’impose. Un peu dans le cirage, ma perception du Japon est encore incrédule. En retrouvant cette salle de bain et ses tabourets en plastique pour se doucher au niveau du sol, j’ai un violent sentiment de familiarité, de proximité temporelle. Cela fait vraiment quatorze mois que l’on a quitté le Japon ? J’ai l’impression que c’était la semaine dernière. Et c’est le même sentiment quand je vois les futons disposés dans la chambre du haut dans laquelle moi, Madame et éventuellement les kids quand ils n’ont pas décidé de dormir en bas avec leur grand-père, passons nos nuits. Me glissant dans celui disposé au milieu, je ferme les paupières et m’endors instantanément. Quelques heures plus tard, à exactement quatre heures du matin, je les rouvre, conscient qu’il me sera absolument inutile de tenter de prolonger la nuit. Me saisissant de ma tablette, je passe adroitement par-dessus Olrik jr en train de pioncer puis me rend à la chambre d’à côté. Je passe le temps à regarder des épisodes d’une série et à lire. La fatigue se fait de nouveau sentir, j’ai limite envie de retourner au futon. Et puis, vers sept heures, j’entends les premiers bruits d’activité en bas. C’est ba-chan qui s’active. Habituellement c’est à 6H30 mais comme on est dimanche, il y a eu un extra au lit. Dehors le ciel commence à s’éclairer, chose qu’il aurait faite depuis belle lurette en été. J’ouvre la porte fenêtre pour aller humer l’air tout en regardant ces toits bien connus de ce quartier populaire :

Tout cela était encore un peu gris, un peu humide mais peu importe, le Japon était là. C’était parti pour quatorze jours d’habitudes familières dans l’atmosphère de l’automne…

Joyeuse mélancolie

Journées du 15 au 21 août

Et nous voici donc arrivés aux ultimes journées de notre séjour.

Olrik jr m’assaillait de perpétuels « déjà ! », « c’est passé vite ! » et autre « j’aimerais bien rester au Japon ! ». C’est toujours la même chose. Au début, alors que l’on entame doucement les quarante journées prévues au Japanisthan, on se dit que l’on va en profiter, que l’on sera bien rassasiés et que l’on ne regrettera rien quand viendra le moment d’entrer dans l’avion à l’aéroport de Miyazaki.

Et puis, quand arrivent ces dernières journées se fait invariablement ressentir un sentiment de verre à moitié plein. Les journées ont pourtant été largement mises à profit. On a bien mangé, on s’est promenés dans des endroits magnifiques, la couenne a été attendrie dans les onsens un nombre appréciable de fois, donc à quoi bon se lamenter ? C’est pourtant ce qui se fait insidieusement lors de cette fin de séjour.

C’est que jusqu’à présent le voyage avait  été une continuelle illustration du « Fay ce que vouldras » rabelaisien et que nous allions dans quelques jours devoir subir une contrainte, celle de quitter ce cocon doucereux fait de gentillesse familiale, de plats amoureusement cuisinés, d’alcools généreusement offerts, de virées à la plage ou au sento, de shopping à toute heure de la journée, de quitter cela pour retrouver des pénates françaises qu’il serait aussi agréable de retrouver mais qui allaient aussi signifier le début d’une nouvelle longue attente avant de pouvoir réentendre en live le chant des grillons japanisthanais.

Déjà l’ambiance lors des dîners se teintait d’une légère mélancolie. Les beaux-parents avaient beau faire comme si de rien n’était, je sentais bien derrière des regards et des sourires sa cachait une sorte de stupeur mélancolique, celle de se dire que les adorables bobines de leurs petits-enfants ne seraient bientôt qu’aperçus que par le biais de Skype.

Aussi bien je décidai de profiter tout seul du sento de Aceland après les dîners. J’aurais bien emmené les enfants avec moi et puis, comme ils n’étaient pas sevrés de baignade puisque nous continuions d’aller à la plage l’après-midi, je me dis qu’il était préférable qu’il reste à la maison pour chahuter avec leur grand-père dont la légère ivresse émanant des verres de shochu ingurgités durant le dîner se mariait bien avec celle de jouer, de faire n’importe quoi dans le salon avec Olrik jr et Olrik the 3rd.

Légère tristesse donc, mais cela n’empêcha pas de m’en tenir à mon habituel emploi du temps. Pour les dernières fois je me rendais dès 7 heures du matin à côté du Heiwadai koen pour mon footing :

Pour les dernières fois je faisais les magasins pour éventuellement acheter des cadeaux à offrir à des amis :

Vu dans un Don Quixote : j’ai beaucoup hésité à acheter un de ces slips estampillés Taka Kato, le harder aux doigts magiques.

Pour les dernières fois j’allais entendre et parfois voir ces grillons golgotesques sur le bitume :

Pour la dernière fois j’allais apprécier le boucan des taikos lors d’un ultime matsuri en ville :

Pour les dernières fois j’allais traîner mes sandales dans le centre pour capter des yukatas virilement portés :

Ou plus bijinement :

Et pour les dernières fois j’allais rentrer à la base sur mon vélo, essoufflé et ruisselant de sueur, mais juste à temps pour profiter du calme de notre quartier et du ciel japonais :

De quoi mieux faire passer la pilule et se dire que de ces « dernières fois » aux « prochaines fois » il allait y avoir un lap de temps que ces innombrables photos glanés durant le séjour permettraient de faire passer plus vite. Voyageur en sandales, il allait falloir endosser le costume de voyageur en robe de chambre en se plongeant de temps en temps dans l’écran du pc afin de revivre par procuration, et parfois découvrir des choses oubliées. Le remède est plutôt efficace. A quelques semaines d’un huitième voyage qui sera fait exceptionnellement durant l’automne, je puis en effet dire maintenant comme Olrik jr : « c’est vite passé ! ».

Eveille ton septième sens Olrik jr !

13 et 14 août :

Je n’entre pas dans les détails sur une journée que j’avais déjà largement développée il y a un an.

Malgré l’état toujours lamentable d’Olrik jr (avec tout de même une amélioration), nous décidâmes de nous rendre à l’hôtel. Annuler n’aurait pas eu de sens : puisqu’il fallait du repos à Olrik jr, il pouvait tout aussi bien le faire, voire mieux, dans une confortable chambre d’hôtel avec une vue magnifique sur un paysage montagneux, que dans sa chambre à la maison. Pour lui, le calvaire fut surtout la bonne heure qu’il nous fallut pour nous rendre en voiture à l’hôtel. Comme à chaque fois que nous faisons un séjour quelque part avec les beaux-parents, le GPS indiqua une de ces routes serpentines et en hauteur assez dangereuses. Madame à l’arrière fermait prudemment les yeux pour ne pas voir sa dernière heure arriver, Ba-chan et Olrik the 3rd dormaient, Olrik jr était dans le cirage, je serrais les mâchoires tandis que Ji-chan semblait se trouver des dons de conducteur de rallye.

Nous arrivâmes cependant sains et saufs et pûmes nous installer et rapidement nous prélasser. Dès les premiers pas dans la chambre, Olrik jr, encore un peu groggy par le voyage en voiture, sembla se trouver mieux, le pouvoir bienfaisant du lieu lui donnant sans doute un regain d’énergie pour essayer de bien profiter de la fin de journée malgré son état. Ces derniers jours il avait passer son temps à brûler son cosmos avec du 39-40°C de fièvre, il lui fallait dorénavant s’éveiller au septième sens pour ne pas rendre trop frustrant ce bref séjour. Il passa les dernières heures de l’après-midi tranquillement allongé sur les tatamis, regardant la TV avec sa mère et ses grands-parents et sirotant avec prudence quelque soda. Allons ! il était sur la bonne voie et c’est l’esprit tranquille que je pus aller jouer à l’homme de l’Atlantide en compagnie d’Olrik the 3rd dans les bassins du onsen :

Le dîner eut le même effet balsamique. Devant tous les mets proposé par le buffet, il était rageant pour lui de se contenter d’un maigre bol de riz. Son état ne lui permettait pas de se goinfrer et de dégueulasser sa table comme son frère, mais il tenta volontiers plusieurs plats. Indéniablement, ça allait nettement mieux, à tel point qu’il se décida à nous rejoindre au bassin familial que nous avions réservé de 20H à 21H. Peut-être pas le meilleur bassin pour se remettre en selle car je me souviens que l’eau était vraiment trop chaude. Mais là aussi, l’expérience d’une baignade familiale joua sur le corps et l’esprit, à tel point qu’après une nuit réparatrice, c’est un Olrik jr revenu à 60% (ou peut-être bien 62%) de ses capacités qui alla prendre son petit-déjeuner à la salle de repas et qui décida tout de même de tester les bassins du onsen avec moi et son frère, avant de repartir de l’hôtel à dix heures.

Par la suite, avant de retourner à Miyazaki nous fîmes une halte au temple Udo, temple incrusté dans une falaise :

S’y rendre à midi en plein cagnard n’était pas forcément une bonne idée, mais les enfants purent au moins tester leur adresse avec le jeu consistant à balancer de la main gauche des petites pierres sculptées (les undama, les pierres porte-chance) pour qu’il atteignent la petite mare entourée par la grosse corde :

Si vous y parvenez, bingo ! c’est votre jour de chance. Olrik jr y arriva du premier coup, la maladie allait bientôt être définitivement boutée hors de son corps.

 

15 août :

Footing matinal précédé d’une courte promenade photographique sur le site du Heiwadai koen :

Au retour, petit déjeuner puis glandouille dans le salon à attendre l’exploit de cet homme :

Sinon rien de particulier concernant la journée. Dans le centre, je tombe subitement sur Naomi Tani scotchée à une porte d’un magasin vendant d’étranges DVD…

… et non loin sur un scooter et une ombrelle :

Le soir il n’y avait plus qu’à déguster tranquillement une Master’s Dream (bière qui porte bien son nom, vraiment succulente) en rêvant aux ultimes journées qu’il restait à faire à Miyazaki.

Il faut exorciser le soldat Olrik jr !

Journées du 10 au 12 août :

10 août :

On se rend en fin de matinée à une cérémonie « o-bon » pour les morts. Les enfants ne sont guère enchantés à cette perspective. Je ne le suis pas non plus forcément, mais du moins je suis assez intrigué et motivé pour tenter d’y prendre quelques photos et vidéos. Arrivés au temple, il faut d’abord s’escrimer pour tenter de trouver une place où se garer. Pour cela, pas d’autre choix que d’aller au parking juste à côté :

Il faut ici imaginer un préposé donnant des directives pour se garer aux personnes désireuses d’assister à la cérémonie. Il s’agit de remplir le moindre mètre carré d’un morceau de tôle automobile. A la fin le parking était bourré de voitures, sans la moindre issue pour le pauvre type qui aurait garé sa caisse tout au fond et qui aurait besoin de repartir pour une urgence.

Juste à côté se trouvait donc le temple :


A l’intérieur, on se déchausse avant de pénétrer dans le temple. Il y a déjà pas mal de monde au milieu duquel je fais inévitablement tache car pas vraiment habillé pour l’occasion. Tout le monde est bien habillé tandis que j’ai opté pour un short et un t-shirt Black Jack particulièrement seillant. Mébon, comme ma gaijinitude se lit sur mon visage et que Madame m’accompagne, je suppose que je suis une fois de plus tout excusé.

Dans le temple, on vire tout de suite à tribord pour s’installer au bas d’un mur. De là je parviens à prendre quelques clichés :

Les moines arrivent les uns après les autres, la cérémonie commence et avec elle d’entêtantes psalmodies dont les effets conjugués à une forte odeur d’encens (des dizaines de bâtonnets brûlent en même temps) ne tardent pas à se faire sentir. Je ne dirais pas que dès cet instant je suis entré en lévitation mais très certainement que j’ai eu la sensation d’être dans un lieu coupé du monde avec son propre écoulement du temps. Pas la Black Lodge (les amateurs de Twin Peaks comprendront) mais plutôt une « Monk Lodge » qui nettoie l’âme tout en saturant les sens (surtout olfactif et auditif). J’ai plutôt aimé, et lorsque j’aime une chose au Japon, cela donne invariablement lieu à une captation avec un de mes gadgets, appareil photos voire micro enregistreur portatif pour capter l’ambiance sonore.

Alors que je filmais une sorte de ronde que faisaient les moines tout en psalmodiant, je vis l’un d’eux glisser quelques mots à l’oreille de son voisin. J’imagine qu’il a dû lui dire quelque chose comme « chef ! il y a un connard de gaijin derrière nous qui filme sans autorisation ! » car aussitôt le voisin se retourna pour regarder dans ma direction ! A ce moment je tenais mon appareil, l’air de rien, au niveau de ventre. Je fis mine de regarder à un autre point de la ronde mais le gus restait braqué dans ma direction ! Cherchait-il à m’hypnotiser par je ne sais quelque obscur pouvoir chamanique ancestral ? je n’en sais rien mais en tout cas je fis désormais gaffe. Posant mon appareil, mais gardant le micro ouvert, je profitai du rituel sans chercher coûte que coûte à prendre des photos (l’intérêt était de toute manière limité puisque j’étais cloué à une position et que la faible lumière ne permettait de prendre des clichés bien nets).

J’entrai donc en communication divine avec Bouddha, ou du moins je tentai de le faire car assez vite quelqu’un sur ma droite me dérangea dans ma méditation mystique. Il s’agissait d’Olrik jr qui se plaignait d’avoir froid. Certes, la clim’ était un peu forte mais enfin, ce n’était pas la première froid que l’on essuyait ce genre de blizzard en plein été au Japon. Je lui glissai donc un « c’est bon, ça va aller » et retournai à ma communication spirituelle. Mais cinq minutes plus tard, je jette de nouveau un œil à Olrik jr, et j’ai la stupeur de voir que ça ne va plus du tout. Couché en chien de fusil (je précise que nous étions assis au départ à même le sol), il était blotti sur lui-même et grelottait de toutes ses quenottes ! Je mets la pogne sur son front : je la retire aussi rapidement que si je l’avais posé sur un fer à repasser (j’exagère, mais à peine). Je ne pige pas du tout. Il y a une demi-heure il était frais comme un gardon et là, c’est une sorte de poisson resté trop longtemps sur un étal à 40°C. Evidemment, partir aussitôt était inimaginable because le parking bondé qui nous obligeait à rester jusqu’à la fin. D’ailleurs, il n’y avait plus qu’un quart d’heure à attendre. Néanmoins j’étais vivement inquiet. Pourquoi une telle maladie subite ? Je pense tout à coup à mes photos et au regard du moine : ce con m’avait-il lancé le mauvais œil ? Olrik jr était-il la victime collatérale d’une malédiction pour me punir de mon sans-gêne de gaijin ? Allez savoir ! Moi, en tout cas, j’étais à deux doigts de me jeter au milieu du rituel, de virer tous les bâtonnets d’encens et de brailler : « mais arrêtez votre cirque et aidez-moi plutôt à exorciser Olrik jr ! » Heureusement, cela n’arriva pas. Nous étions à la fin de la cérémonie, les gens se levaient et allaient regagner leur véhicule.

Une demi-heure nous étions revenus à la base. Ba-chan dégaina aussitôt des comprimés de type doliprane pour en gaver Olrik jr qui gagna péniblement la chambre à l’étage afin de rester tranquille. Rien d’autre à faire pour lui : ça sentait l’après-midi moisie passée à dormir pour reprendre des forces tout en essayant de faire baisser la température. Désolé pour lui car me sentant un peu coupable (mais maudit soit ce moine hypnotiseur !), je mangeai tristement mon riz au curry « Lee », en espérant qu’Olrik jr reprenne très vite du poil de la bête, car dans trois jours nous devions nous rendre avec les beaux-parents dans un chouette onsen où beau-papa avait réservé une chambre.

En attendant, la vie reprenait son cours. Olrik jr, tel un chevalier de bronze s’étant pris une branlée contre un chevalier d’or, devait se contenter de reprendre des forces, ce qui n’était pas le cas d’Olrik the 3rd qui était toujours tout pétant de santé et qui allait bien me demander de l’emmener à la plage. Cela ne rata pas. Nous allâmes barboter une petite heure et fîmes quelques magasins, tandis que Madame restait à la maison pour veiller sur le frangin. En fin d’après-midi, j’allai tout de même dans le centre pour essayer de faire quelques photos. J’y récoltai un contre-jour fait « en passant » et pas trop mal composé :

… ainsi qu’un yukata devant une vieille façade et au moment du soleil couchant :

Le besogne accomplie, je retournai en vélo à la maison. Inutile de suivre les jeux Olympiques puisqu’ils étaient chez nous : la fièvre d’Olrik jr atteignait toujours des hauteurs olympiques !

 

11 août :

Le lendemain il fallut se rendre à l’évidence : les cachets et les sirops prodigués par ba-chan ne servaient à rien, il fallait voir un docteur. Malheureusement c’était si je me souviens bien un jour férié (le « yama no hi »), du coup Madame galéra un peu pour trouver une adresse où consulter. elle trouva néanmoins : il s’agissait d’un cabinet de pédiatrie situé tout au sud de Miyazaki. Le dignostic rendu là-bas fut sans appel : Olrik jr avait chopé le « rota virus », forme particulièrement virulente de la gastro. Rien de grave non plus mais le programme pour lui était tout ce qu’il y a de plus simple : médocs et repos de rigueur.

Il était temps de voir un toubib car franchement, la santé physique et mentale d’Olrik jr commençait à vraiment faire peur. Je me souviens en début d’après-midi de quelques mots échangés avec lui avant de partir en vadrouille avec son frère : il m’avait sorti un charabia délirant qui montrait assez combien l’esprit avait besoin de se mettre sur OFF et de laisser les antibiotiques faire tranquillou leur effet. Avec son frère nous allâmes à un Book Off pour lui acheter quelques mangas pour le moment bien sûr où il irait mieux et serait capable de lire car là, c’était pas gagné.

Assez peu de photos cette journée. Je propose juste cette photo d’un couple apparemment sponsorisé par Lee (pas le curry, la marque de vêtements).

12 août :

J-1 avant le départ pour le onsen et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Olrik jr allait à peine mieux que la veille. La température était certes moins forte mais toujours bien présente, et son état de forme ne lui permettait pas de faire autre chose que de rester au lit ou d’en sortir un peu pour essayer de manger avant d’y retourner dormir.  Néanmoins en début d’après-midi il avait lu un peu le Slam Dunk que je lui avais acheté. Et en fin de journée, il s’était un peu distrait avec la tablette offerte par Ji-chan. Si Olrik Jr avait les yeux sur un écran, c’est que ça allait un peu mieux. Par contre, pour péter la forme le lendemain au onsen, ce serait sans doute autre chose.

Le valseur de l’hôtesse est-il une illusion d’optique ?

Journées du 6 au 9 août

6 août :

De retour à Miyazaki, besoin de mettre tout de même l’appareil photo de côté, le temps d’alléger des cartes mémoires bourrées jusqu’à la gueule. Point de souvenirs datés du 5 donc si ce n’est cette photo…

Je devais être content de retrouver la passerelle à côté de la maison qui permettait souvent de contempler un de ces ciels spectaculaires, chargés de nuages comme le Japon peut en offrir l’été. Sinon je trouve aussi cette photo…

… qui montre que j’étais aussi content de retrouver la nourriture de belle-maman et la bière de beau-papa.

Le lendemain, je suis cueilli après mon footing matinal par ceci :

Horreur ! le cirque des J.O. commençait ! Au moins j’allais échapper au chauvinisme des journalistes français. Certes, j’aurais à la place celui des japonais mais du moment que j’échappe aux éructations de Patrick Montel au moment de l’athlétisme, ça me convenait.

Pour la suite de la journée, partie de plage avec les enfants avant de se rendre en soirée dans le centre de Miyazaki  pour aller voir le hana bi. Avant cela, dîner prévu dans un petit resto situé sous l’arcade commerciale. L’endroit était sympa de part sa déco vintage :

Pour la nourriture, j’ai trouvé cela plutôt bon, même si Madame a décrété en sortant qu’elle n’y retournerait pas, déçue qu’elle était par les plats proposés.

Il fallait ensuite rejoindre l’autre bout de l’avenue principale afin de trouver une place correcte pour admirer le feu d’artifice. Comme à chaque fois, nous nous y sommes pris trop tard et suivre le spectacle s’est résumé à une opération de marche dans la cohue qui n’a pas rimé à grand-chose. Je vous ferai grâce des vidéos merdeuses que j’ai faites de quelques fusées, et des photos misérables de l’ambiance générale. Un parfait ratage.

Quand une photo floue devient sans sans le vouloir la photo la moins pire d’une série.

 

7 août :

Re-restaurant. Privés durant une semaine de leur fille, de leurs petits-enfants et surtout de leur gendre, les beaux-parents passent l’après-midi avec nous et décide d’offrir le restaurant de type shabu shabu.

Avant cela, on se dirige à un centre commercial au sud de la ville où se trouve une exposition montrant des œuvres en trompe l’œil. Bon, je commence à connaître, je crois que ça fait trois séjours d’affilée que je me cogne ce type d’expo mais enfin, comme c’est le genre de machin toujours payant auprès des kids, c’était donc reparti pour un tour. L’endroit propose une vingtaine d’œuvre, le but ludique étant de trouver le meilleur point de vue photographique pour amplifier le côté en trompe l’œil. Pas toujours évident, surtout avec les éclairages alentours qui empêchant bien souvent la parfaite illusion. Olrik jr était en mode actor studio, motivé pour s’impliquer afin de donner vie aux différentes saynètes. Après, il faudra tout de même quelques kilos en plus pour faire croire qu’il est capable d’envoyer valdinguer un ozeki :

Après l’effort photographique, le réconfort de l’estomac :

Sympa, la marmite compartimentée qui permettait de se goinfrer deux types de plats différents. Au bout d’une demi heure la table ressembla à Fort Alamo ou plutôt à la bataille de Sekigahara :

Et encore, la photo a été prise après qu’une serveuse est passée pour prendre quelques assiettes.

Passablement houblonné, j’entrepris d’enchaîner avec ce saké :

Après toutes ces bonnes choses, j’étais mûr pour aller cuver à la maison sans passer par la case sento. Ce que je fis.

 

8 août :

Il devait pleuvoir pas mal cette journée car je ne trouve aucune photo à part celles prises à partir de 19 heures de ces nuages :

Ça sent le ciel qui se purge après une journée pluvieuse. Sans doute pour rattraper le coup, je me rendis après dîner dans le centre de Miyazaki pour y capter quelques fêtards, des salary men saouls ou encore des hôtesses escortées d’un club à l’autre par une présence masculine susceptible de repousser les tentatives des fâcheux. Il faut ici reconnaître que tomber par hasard dans la rue sur une de ces sirènes fouettent illico les sens. Alors que je remontais l’arcade commerciale, je vis juste devant moi deux de ces créatures débouler d’une des rues adjacentes pour monter juste après l’escalier menant à un club. Impossible de ne pas tourner la tête (et l’objectif) en passant devant l’entrée :

Stairway to heaven.

A part ça je ne me suis pas fait péter la gueule par un escort boy qui m’aurait aperçu. Ça aurait pu, et évoquer le sacro saint « instant décisif » à la Cartier-Bresson aurait été piètrement utile. Moins risquée était cette ruelle truffée de petits bars qui pouvait évoquer la Golden Gai :

9 août :

Amas de vélos puissamment surveillé par un félin que l’on devine aux aguets et prêt à bondir. Voilà peut-être la formule idéale pour laisser son vélo en ville sans craindre qu’on ne le vous barbote.

 

 

Des pirates à Canal City !

4 août :

Après le joli souvenir nocturne du deuxième étage de la Tokyo Tower, je pouvais partir avec le sentiment du devoir accompli. La valise faite, je repris le chemin de la gare de Tokyo. Un dernier regard derrière moi…

A la prochaine Minami Senju !

… et c’était parti pour de nouvelles aventures, aventures à deux doigts de connaître dès le début un sérieux couac. Partant bien en avance pour être sûr de ne pas rater le shinkansen m’amenant à Osaka où je devais retrouver la famille, je me suis retrouvé bloqué plusieurs minutes à une station. Pensant que le train allait repartir d’un instant à l’autre, j’attendais sans trop m’inquiéter sauf que le train s’est bel et bien mis à repartir, mais dans le sens inverse ! Une annonce avait dû être faite en nippongo, annonce indiquant qu’il fallait changer de train pour atteindre la gare. Quoi qu’il en soit, me voilà reparti dans l’autre sens avec en plus dans les bagages une bonne grosse dose de stress. J’ai pu malgré tout chopper le shinkansen mais ç’a été ric-rac. J’en atais quitte pour un énième t-shirt trempé de sueur.

Dans le train, comme à mon habitude, j’ai pu déguster une cannette de café au lait accompagné d’un ou deux melonpans. Et comme j’étais du côté qui allait me permettre de voir le mont Fuji, je gardais l’appareil photo à portée de main pour essayer de le saisir entre deux tunnels (comme d’hab’ maintenant, vous devez commencez à connaître, une vidéo en fin d’article résume la journée).

A la gare d’Osaka, changement de shinkansen pour se rendre à Fukuoka où Madame avait envie de passer quelques heures (Fukuoka étant la ville où elle a fait ses études et où elle a travaillé). Au milieu du quai bondé, il était amusant de voir arriver au loin les bouilles d’Olrik jr et Olrik the 3rd accompagnés de leur mère. La Delta Force étant au grand complet, Fukuoka n’avait plus qu’à bien se tenir.

Rien d’extraordinaire durant ces quelques heures à Fukuoka avant de reprendre le shinkansen jusqu’à Kagoshima (puis un ultime train pour Miyazaki). Après Kyoto, Osaka et Tokyo, on redescendait nettement d’un cran et la fatigue de six journées bien remplies aidant, c’est un peu détachés et sans but que nous y passâmes l’après-midi. Il s’agissait de traînailler dans le rues, le but allant être le centre commercial Canal City susceptible de distraire les enfants, avant de retourner tranquillou à pied à la gare.

Eventuellement, au détour d’une rue il s’agissait pour moi de capter un exemplaire des fameuses « Hakata bijins »…

… ou des silhouettes haut perchées sur de miniscules vélos…

… les trois maikos que je ne manque pas de saluer à chacun de mes passages à Fukuoka…

… ou encore un taxi passant juste à côté d’un jeune homme cool sur un scooter :

Mais sinon, après la furya shibuyesque, l’heure était au repos de l’obturateur. Je retrouvai non sans joie les bonnes vieilles plaintes des clampins concernant la marche et profitai de la tranquillité du bord de la Nakagawa. Au Canal City, nous fîmes une pose glace et nous rendîmes à l’étage où se trouvaient le magasin tout à la gloire de Jump Comics ainsi que celui consacré à Ultraman :

Dilemme : dois-je acheter cette onéreuse bouteille de limonade Ultraman pour être heureux ? Mon coeur de fan me dit que oui, mais mon portefeuille me souffle l’inverse.

Mais la bonne surprise vint de la terrasse au rez-de-chaussée :

Mais où donc ai-je déjà vu ce joufflu bien modelé ?

Vous la reconnaissez cette rousse crinière, cette silhouette racée et ce bikini bleu des îles ? Non ? Mais enfin, c’est elle voyons !

On ne le dira jamais assez : vive le fan service !

Eh ouais, Nami chan était dans la place puisque le rez-de-chaussée était aménagé en une sorte de mini parc à thème One Piece. Au rpogramme : magnifiques statues grandeur nature, aire de jeux où le lardons se faisaient arroser par des canons à eau et autres joyeusetés encore. Je vous épargne la photo où j’apparais à côté de Nami et où l’on me voit glisser discretos derrière son dos une main bien placée. Juste pour dire que les papas pouvaient eux aussi trouver leur compte dans cette belle initiative de Canal City.

Mais les meilleures choses ont toujours une fin dans ce monde pourri. Il fallut rejoindre la gare à pied. Quarante minutes plus tard, nous étions dans notre rame prêts à entamer l’apéritif avant de grignoter un dîner de fortune :

Une famille, une bière dans un shinkansen, un paysage japonais qui défile sous les yeux, le bonheur tient parfois à peu de choses.

 

La vidéo du jour :

Les lumineux dessous d’une vieille dame

3 août :

 

L’avantage de Minami Senju est que c’est à un quart d’heure à pied d’Asakusa. Aussi y allai-je au saut du lit y passer une bonne heure. Evidemment pas mal de touristes s’y trouvaient déjà et il allait falloir slalomer dans la longues allée des échoppes. Au temple principal, Les pièces balancées à l’autel pour y aller de sa prière allaient bon train. Le temps de prendre quelques photos…

… je redescendis pour m’approcher de l’autel à encens dont il convient de respirer les vapeurs pour  être accompagné d’une bonne fortune bouddhique :

Au passage un manège attira mon attention, manège que j’avais déjà aperçu plusieurs fois à Dotonbori. De jeunes touristes occidentaux demandant à des minettes en yutakas de se faire prendre en photo ensemble afin d’avoir un souvenir « couleur local » élégant et sans doute cool à montrer plus tard aux copains. Hilarité des demoiselles qui acceptent la demande inoffensive. Le problème est que dès qu’une photo est prise, un autre groupe, tenté à l’expérience, s’immisce pour demander lui aussi une photo. Puis arrive un troisième groupe. Puis un quatrième, etc. Le spectacle devient très vite agaçant à voir car révélateur d’un certain sans-gène gaijinesque qui profite allègrement de la politesse de l’autochtone. Evidemment, des jeunes filles qui se font belles et vont en ville en groupe et en yutaka le font un peu pour être regardées. Après, le font-elles pour se faire photographier à tire-larigot par une meute de blancs poilus en short et malodorants ? J’en doute.

Bref, je poursuivis ma route, retournai à Ueno une heure, puis allai faire un tour à Akihabara qui n’était pas loin. Rien de neuf à raconter, le quartier des geeks n’est finalement pas le quartier que je préfère, possible que je n’y mette plus les pieds.

Puis direction Nakano pour me rendre là :

Le Nakano Broadway où se trouvent une multitude de magasins Mandarake. Je m’y étais rendu lors de mon tout premier voyage. Treize ans plus tard, rien n’a changé : le bâtiment est toujours aussi monstrueux et chronophage à parcourir. Un œil sur ma montre, je parcourus les différents étages et entrai dans certaines boutiques vintage et surtout dans celles où l’on pouvait être sûr de trouver de bons photobooks. Je trouvai à un bon prix un livre de Kishin Shinoyama mais je fis l’impasse sur le Izumi, this bad girl, d’Araki :

Une poil cher et surtout mahousse (comme la plastique d’Izumi), difficile à caser dans le petit sac que je portais.

La prochaine fois, j’y retournerai avec les kids le temps de deux grosses heures, histoire de leur en mettre plein la face. Testujin n°28, prépare-toi à les accueillir dignement ! Je compte sur toi !

No problemo !

Après Nakano, direction…

Harajuku

Je ne savais pas si j’allais retomber sur Jim O’Rourke, mais sur un bain de foule, ça oui. Le temps de faire plusieurs fois la Takeshita street l’appareil photo à la main, j’allai voir l’entrée aux mille miroirs du Tokyu Plaza, entrée dont je connaissais l’existence mais que j’avais jusqu’à présent toujours omis de contempler. Quand on arrive en haut du premier escalator, on se retourne et on se trouve face à un kaleidoscope réfléchissant le kaleidoscope humain des passants au rez-de-chaussée. Descendre l’escalator en passant des images réfléchies qui vous entourent à l’image unique de la frénésie de l’activité sur cette place qui est un peu un Shibuya en miniature, est assez saisissant.

Comme j’étais à une station de Shibuya, je repris la Yamanote Line. Chose amusante, je tombai sur une rame qui allait assez bien avec la station de Harajuku :

Rien de neuf à Shibuya depuis la veille. J’observais et je mitraillais. L’esprit était en fait déjà à la prochaine étape de la journée qui, elle, allait être tout ce qu’il y a de plus neuf. Sur les coups de 19 heures, je repris le train pour rencontrer une créature élancée du côté de Minato. Pas vraiment du genre de celles que j’avais pu croiser à Harajuku :

Plutôt en fait dans ce style :

Tout au fond, pas au premier plan.

Eh oui, à l’heure où il n’y en a plus que pour le Tokyo Sky Tree, je m’étais dit que c’était le moment de se décider à enfin aller voir la vieille dame de Tokyo. Pas d’inquiétude pour elle, elle est encore pimpante et reçoit encore de nombreuses visites. J’étais allé la voir là aussi lors de mon premier voyage mais je c’était en plein jour et je m’étais contenté de l’extérieur, encore un peu intimidé. Là, j’étais fermement décidé à entrer sous ses jupes et à connaître ce septième ciel qu’elle était capable, disait-on, de faire atteindre sans aucune difficulté. Et comme j’avais entendu dire qu’avec elle, la nuit était bien meilleure que le jour, me voilà donc à la station Hamamatsucho pour connaître cette expérience. Un peu en avance, j’allai d’abord au parc du Zojo-ji par lequel j’avais lu qu’il était était chouette de venir pour se rendre à la Tokyo Tower. Effectivement, avec l’obscurité naissante, la silhouette de la tour derrière le temple était loin d’être vilaine à voir.

Mais il se faisait 19H30 et la journée avait été bien remplie. Il convenait maintenant de remplir l’estomac, le temps que l’obscurité se fasse totalement pour préparer le spectacle à 333 mètres d’altitude. Revenant un peu sur mes pas, je tombai sur un restaurant de ramen. Ça tombai bien, même si l’été je ne suis pas forcément tenté à l’idée de m’enquiller un gros bol bien chaud rempli de choses succulentes, j’en avais alors envie depuis quelques jours :

Voilà pour le visuel. Pour le goût, imaginez, et pour le son, mettez-vous dans les esprit de gras sluuurp ! accompagnés des braillements des serveurs souhaitant à pleins poumons la bienvenue aux nouveaux clients ou saluant ceux quittant le restaurant.

Bien regaillardi, je quittait l’établissement pour rejoindre la dame. L’obscurité commençait à se faire :

Et un quart d’heure de marche après, c’était gagné :

Encore cinq minutes plus tard, j’arrivai au pied, achetai mon billet, pénétrai dans l’ascenseur et accédai au premier niveau. Je me précipitai à la première paroi vitrée venue et je compris pourquoi il était plus conseillé de venir la nuit plutôt que le jour. Ce qui n’aurait été dans la journée qu’un gigantesque et monotone amas de bâtiments gris était à ce moment une époustouflante matière noire illuminée d’une kyrielle de lumières en tout genre. La voûte céleste n’était pas forcément qu’au-dessus de nous. Elle semblait aussi se trouver au-dessous, avec des étoiles à profusions et les nébuleuses orangées de l’éclairage urbain.

Autant vous le dire, après une bière et un bon bol de ramen on se sent bien face à un tel spectacle. Mais on pouvait faire encore mieux. Muni de mon ticket me permettant d’accéder au deuxième niveau, je pris un petit escalator pour prendre l’ascenseur du septième ciel. Bleuté, le septième ciel, puisqu’à la sortie de l’ascenseur, je fus accueilli par un éclairage bleu garni çà et là de rivières de petites lumières. Là, on avait l’impression d’être à la fois au-dessus du cosmos et à l’intérieur d’un sapin de Noël. Et ce en musique puisqu’un groupe doucereux de jazz interprétait quelques chansons non loin. Stupéfait, éberlué, absolument ravi, je fis le tour de l’observatoire l’appareil photo à la main pour faire quelques vidéos (que vous retrouverez dans le montage de cette journée à la fin de l’article). A un moment je vis au sol une vitre donnant à voir le gouffre de trois cents mètres et sur laquelle on pouvait marcher pour se donner des sensations. Pour le coup, marcher dessus aurait été plus impressionnant le jour car là, il n’était pas forcément évident de bien distinguer et ‘avoir une estimation vertigineuse de la profondeur. Et puis je ressentais alors un tel bien être avec cette lumière, ces airs jazzy, et cette vue dont je ne me lassais pas, qu’il n’y avait aucune place intérieurement pour la moindre once de sentiment de vertige.

Bref, vous l’aurez compris, monter la nuit dans la Tokyo Tower, c’est quelque chose. Un peu à contre-coeur, il fallut bien décarrer. Comme les Japonais savent comment s’y prendre pour faire raquer le visiteur jusqu’au bout d’une visite, l’ascenseur qui menait à la sortie ouvrait ses portes à l’inévitable boutique de la Tour mais aussi à une gigantesque boutique consacrée au merchandising One Piece (je crois qu’il y a un musée One Piece au pied de la tour mais c’est à vérifier).

Après une telle débauche de féerie, je pouvais retrouver la famille le lendemain l’esprit tranquille. Les deux journées à Tokyo avaient été pleines et avait trouvé leur point d’orgue. Avant de retourner à Minami Senju, j’allai une dernière fois à Shibuya. Voir le cosmos à 333 mètres de haut est sympa. Mais y naviguer à l’heure où Shibuya est en mode « Rencontre du 3ème Type » l’est tout autant. Un vaisseau spatial plus mouvementé que le deuxième étage de la Tokyo Tower

Voici le vidéo résumant cette deuxième journée. J’ai triché un peu en insérant quelques passages déjà aperçus dans la précédente vidéo car je manquais de matière pour être parfaitement raccord avec un thème musical.

Titres utilisés : Kono sakamichi no tochuu de UA et The Visitor de Jim O’Rourke.