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Ninjas, insectes et poissons

31 juillet :

Quelque peu tancé par Madame la veille lorsqu’elle vit comment je ramenais Olrik jr et Olrik the 3rd tout misérables et crottés du fait de leur longue marche dans Kyoto, il fallut bien faire le dos rond et admettre que j’avais un peu poussée le bouchon un peu loin, même si, même si… après une bonne douche et un bon repas, ils n’avaient pas l’air si misérables sur les tatamis et tâter de la Nintendo trois déhesse :

D’autant que le lendemain ils furent particulièrement fringants pour un programme matinale un peu physique. A la réflexion, je n’avais pas poussé le bouchon « un peu » loin : je ne l’avais pas poussé « assez » loin. Bref, ce dimanche 31 juillet était consacré à une sortie en famille, avec celle de la cousine de ma femme, accompagnée pour l’occasion de son mari et de leur fille. 1ère étape : carrément un camp d’entraînement ninja ! Je suis bien incapable de le retrouver sur Google map. Perdu dans la campagne à une trentaine de kilomètre à l’est de Kyoto, le site, assez rustique, proposait une maison supposée avoir été habitée par d’authentiques  ninja. On y trouve des cloisons secrètes, chose qui évidemment intéressa vivement les enfants. Dans une autre maison, on y découvrait sous verre toute l’armada des ninjas (habits, shurikens variés, katanas, etc.). mais le principal point d’intérêt concernait les épreuves que les enfants pouvaient affronter afin d’obtenir à la fin leur diplôme de ninjas. C’est là que je vis que la marche de la veille ne pesa guère lourd dans les jambes de mes clampins tant ils firent preuve d’un bel entrain pour :

– Escalader la paroi rocailleuse d’un mur de trois mètres.

– Traverser avec une corde et un radeau de fortune (en réalité deux grosses soucoupes sur lesquelles ont posait les pieds) une mare d’une dizaine de mètres).

– Traverser un mur en bois sur sa longueur avec juste ce qu’il faut pour poser les talons.

– Descendre une échelle donnant sur un passage secret.

– Enfin, s’exercer au lancer de shuriken.

Olrik the 3rd, toujours disposé à essayer de faire aussi bien voire mieux que le grand frère, fit belle figure, notamment aux shurikens où il se paya le luxe de battre Olrik jr, à la grande honte de ce dernier. Les voir effectuer toutes ces épreuves était plaisant, mais j’avoue qu’avec leur costume (que l’on pouvait louer dans un local) je ne les enviais pas. La chaleur était étouffante et c’est un peu groggy que je regagnai la voiture sur les coups de 13H pour la suite du programme. Prochaine destination :

Le musée du lac Biwa

Musée consacré à tout l’écosystème du lac (faune, flore, géologie). A priori pas très enthousiasmant mais l »endroit est assez riche et propose pas mal d’activités aux gamins pour les intéresser. On y trouve une palanquée d’insectes mais aussi un aquarium avec quelques beaux spécimens.

A noter aussi une section intéressante faisant un balayage chronologique des objets technologiques ayant accompagné le Japon après la Seconde Guerre Mondiale jusqu’à nos jours, le tout accompagné d’objets pop emblématiques allant des mangas de Tezuka à des 45 tours de Momoe Yamaguchi en passant par des affiches de films. La visite fut finalement assez sympathique même si j’avoue que ce faux rythme où il faut aller à train de sénateur pendant deux heures m’avait un peu épuisé. Pour le coup c’est moi qui rentrai un peu misérable et fatigué. Après un bon repas, une petite promenade digestive dans le quartier en quête de maison inquiétante à photographier me remis d’aplomb. Il le fallait car le lendemain allait être consacré à Osaka.

 

 

Les Aventuriers du salon de thé perdu (part 2)

Résumé de l’épisode précédent : Olrik jr, Olrik the 3rd et votre serviteur font une escapade d’une journée à Kyoto. Après avoir passé la matinée au musée du manga, direction Gion pour admirer les temples, les yukatas et s’enquiller une glace dans un salon de thé de ma connaissance. Problème, les deux clampins n’aiment pas marcher tandis que j’aime au contraire à les faire user leurs sandales. Au bord de l’agonie, nous arrivons malgré tout à destination…

Nous arrivâmes cependant aux portes de Gion. Il ne restait plus qu’à retrouver le salon de thé. Je déposai Olrik the 3rd et essayai de me souvenir où l’établissement se trouvait exactement. Comme j’avais conscience d’avoir un peu tiré sur la corde avec les kilomètres de marche offerts en extra, j’essayai cette fois-ci de ne pas me tromper et c’est plein d’assurance que je repris la marche, invitant la meute à me suivre. Hélas ! (one more time) quelque peu ébranlé par la marche, chargé que j’avais été des kilos supplémentaires de Tanuki Gourmand et n’ayant pu retrouver totalement mes facultés (et peut-être aussi à cause d’un début d’alzheimer), ma localisation du lieu fut quelque peu défaillante, car ce qui aurait dû être notre trajet…

Simple, précis, efficace.

… se transforma en ceci :

?!

Et c’est limite rampants que mes louveteaux franchirent le seuil du restaurant Rakusho. Pour moi, ça allait, délesté de Tanuki Gourmand j’avais pu prendre quelques photos, chose qui permet tout de suite de recharger les batteries. Néanmoins, il était plus que temps de se poser quelque part pour profiter de la clim’ et d’un machin glacé. Aussi c’est bien volontiers que j’y allai de ma tournée générale de kakegori au melon.

Tanuki Gourmand, déjà la cuillère à la bouche, passa outre ma demande d’attendre un peu pour la photo (ça commençait à bien faire !). Sinon pas d’inquiétude, la glace n’est pas radioactive, c’est juste sa couleur normale.

Assis sur les tatamis, nous picorions les bouchées de glace pilée tout en regardant par la paroi vitrée le délicieux jardin :

A noter que si l’on commande par l’entrée principale, il faut ensuite sortir par une porte adjacente puis longer ce décor afin de rentrer de nouveau pour s’installer dans la salle où se trouve les tatamis. Le genre d’endroit dans lequel je pourrais passer des heures à siroter du thé tout en bouquinant. Après une grosse demi-heure passée à se ressourcer, la meute était de nouveau d’attaque. Il était presque seize heures, il nous restait une heure et demie à passer à Gion et au parc Murayama avant de songer à reprendre la direction de la gare. La marche reprit, mais cette fois-ci à un rythme plus apaisé. Il s’agissait de flâner dans ces adorables rues que j’avais déjà largement arpentées mais que je découvrais alors pour la première fois avec la lumière de la fin d’après-midi. Juste en sortant du salon de thé, je tombai sur un jeune yukata le reflex à la main et baignant dans un doux chatoiement de lumière :

Juste à côté, dans la fameuse ruelle constituée d’anciennes maisons de thé, je tombai là aussi sur une ribambelle de yukatas et d’ombrelles pour la mettre en valeur :

L’ambiance était tellement bienfaisante que je me risquais même à prendre des photos de fleurs, chose que je ne fais jamais…

… préférant tout de même celles sur des yukatas bien portés :

Vous vous demandez comment j’ai fait pour obtenir un tel angle de vue ? Facile, je m’étais posté dans une bouche d’égout !

A un moment nous passâmes devant une boutique Ghibli. Evidemment, on me demanda aussitôt d’aller y jeter un œil. Si je n’ai rien contre Ghibli, j’avoue que leur merchandising a fini au fil des voyages par me sortir par les yeux. Mais bon prince, j’autorisai une halte dans ce sanctuaire dont j’étais sûr qu’il allait être infesté de touristes chinois bruyants et sans-gênes. Cela ne rata pas, notamment devant le magnifique Totoro grandeur nature où il fallu attendre cinq minutes qu’une famille finisse de faire et refaire différentes prises. Une fois leur cirque fini, je priai à Tanuki Gourmand d’aller à côté pour prendre la pose. Surprise ! refus du mangeur de kakegori ! J’insiste, il refuse derechef, avec en prime une lueur d’inquiétude dans les yeux. Je commence à comprendre. Quoiqu’ayant vu maintes fois Tonari no Totoro et sachant bien que le gros monstre est inoffensif, le benjamin de la famille avait l’air de s’imaginer que la peluche mahousse était en fait vivante et qu’il courait sans doute le risque de se faire bouffer par elle !

Je crois me souvenir que j’y allai d’une menace pathétique du genre « si tu n’y vas pas, je ne te téléchargerai plus d’épisodes de Doraemon ! » (menace imparable). Je devais sérieusement commencer à fatiguer moi aussi. Sinon ne vous laissez pas berner par le « peasu » effectué : la bobine montre clairement qu’il croit ses derniers instant sont arrivés.

En sortant, nous étions partis pour aller au parc Murayama lorsqu’un bruit emplit tout à coup l’air. Ce n’était pas le concert des sandales qui traînaient sur le bitume et des dents qui grinçaient auquel m’avaient habitué mes deux clampins lors de la marche de la mort. Non, il s’agissait indubitablement du gong d’un temple bouddhiste. Intrigué, je proposai à la troupe d’essayer de voir cela. A ma grande surprise, ils acceptèrent presque de bon coeur. Pas de bol cependant, pour se rapprocher du son il fallait passer par un escalier d’une bonne centaine de marches :

Mais comme c’était aussi l’occasion de s’approcher de la gigantesque statue de Kannon dont nous apercevions la tête au loin, han ! nous y allâmes de notre coup de rein supplémentaire. Arrivés sur l’esplanade où un parking quasiment vidé de voitures nous attendait, nous tournâmes tout de suite à gauche d’où provenait le bruit métallique du gong. Il s’agissait du temple bouddhiste 高台寺 鐘楼. Juste quatre piliers surmontés d’un toit avec au-dessous une immense cloche qu’un prêtre faisait résonner à 17 heures :

Étonnamment aucun badaud pour assister au rituel. C’était le moment de faire une nouvelle pause bienvenue en utilisant notre ultime bouteille d’eau. Pas de clim’ ni de kakegori au melon cette fois-ci, juste le bruit des grillons, la résonance du gong et une légère brise :

Sous le regard bienfaisant de Kannon juste derrière, nous nous assîmes et profitâmes de ces minutes agissant comme un baume aussi bien physique que spirituel. Subitement, les deux louveteaux avaient oublié leurs ampoules. La sueur séchait doucement grâce à la brise, ajoutant certes un peu de crasse à l’épiderme mais nous redonnant un regain de vigueur. Quant à l’esprit, il était en symbiose avec la résonance métallique qui emplissait l’air. Quand le prêtre eut fini son rituel, il quitta le temple gratifiant au passage d’un sourire et d’un petit signe de tête ce public de trois personnes qui avait été particulièrement attentif. Je rangeai mon appareil photo, m’étirai, jetai un coup d’oeil à Kannon, puis regardai la vue de Kyoto encadrée par les rangées d’arbres. Une merveille que j’aurais pu encore admirer longtemps mais le soleil commençait à descendre sérieusement et il allait être de songer au retour, surtout si nous voulions faire un crochet par le parc Maruyama. Surprise ! Au moment de faire cette photo, je m’aperçus que les louveteaux étaient déjà presque arrivés au bas de l’escalier :

Braves petits ! Je les avais sous-estimés. Loin d’être des larves incapables d’assurer une marche digne de ce nom, ils étaient de jeunes pousses pleines de sève et ne demandant qu’à fortifier leur corps. Ce n’était plus Hibou Paisible et Tanuki Gourmand mais Rémi et Joli-coeur, et après avoir endossé le rôle de l’ignoble Tuco, je me pris à songer, presque la larme à l’oeil, que j’étais fait pour être maître Vitalis ! Cela tombait bien : comme je leur avais caché le fait que je comptais bien retourner à la gare en repassant par la Shoji dori, ça allait être l’occasion de refaire une longue marche dans la joie et la bonne humeur avec peut-être au bout, qui sait ? un spectacle devant la gare de Kyoto façon Rémi Sans Famille. Nous n’en étions pas encore là mais ce qui était sûr, c’est qu’ils allaient bien apprécier les takoyakis maison prévus au dîner.

Les Aventuriers du salon de thé perdu (part 1)

30 juillet :

Nous avons décidé d’occuper cette journée à Kyoto. Je dis « nous » c’est-à-dire moi et les enfants, Madame allant à Kobe en solitaire pour rencontrer et papoter avec une cliente de son entreprise. Me revoilà donc promu chef de meute, bien décidé à faire découvrir à mes deux louveteaux les magnifiques temples de l’ancienne capitale tout en profitant du beau temps avec de belles et vivifiantes marches qui allaient remettre d’équerre leur constitution par trop avachie par les jeux vidéo et les mangas.

Les mangas justement : si leur lecture ne remplace pas un bon footing d’une heure entre deux sessions de lecture d’A l’Ombre des jeunes filles en fleurs  (en ce moment mon programme matinal durant l’été en plus de taper ces articles), je leur reconnais bien volontiers des qualités qui ont su et savent encore faire mon bonheur. Et comme mes deux louveteaux (appelons-les Tanuki Gourmand pour Olrik the 3rd et Hibou Paisible pour Olrik jr) sont particulièrement adeptes de ce style de lecture, je décidai, après avoir tout de même passé un petit quart d’heure dans la majestueuse gare de Kyoto afin d’y prendre quelques photos…

… de prendre le métro pour me rendre là :

C’est-à-dire au…

Bon, pas vraiment une nouveauté en ce qui me concerne, ce devait être la troisième fois que je m’y rendais mais l’endroit est plaisant et comme il y a toujours une exposition, c’est l’occasion d’en profiter. Pour ce qui était de prendre des photos, je déchantais cependant : des panneaux disséminés un peu part tout étaient sans ambiguité : les photos étaient interdites, chose que l’on pouvait faire autrefois. J’ai bien fait du coup d’en prendre lors de mes précédentes visites, cela me permis notamment de garder une trace de la main de Moebius. Durant cet été, le musée consacrait une expo très fournie Eguchi Hisashi, illustrateur que les amateurs d’Otomo connaissent un peu puisque c’est lui qui a dessiné les différentes illustrations pour les posters japonais de Roujin Z :

Intitulée « King of pop », l’expo était donc truffée de jeunes femmes belles et élégantes, stylées vestimentairement et du meilleur effet dans les magazines de mode (pour lesquels Higashi a travaillé ).

Nous restâmes au musée deux bonnes heures, le temps de voir l’expo, de saluer le Phénix de Tezuka :

… mais aussi de bouquiner tranquilou dans la salle de lecture principale.

A la fin, il fallut bien inspecter la boutique du musée pour en rapporter quelques souvenirs. Les kids portèrent leur dévolu sur des médailles-souvenirs du musée (à l’effigie de tezuka et de certains de ses personnages, la classe !) afin de les arborer fièrement autour du cou.

Toutes ces lectures avaient creusé l’appétit. Il fallait donc trouver de quoi nous sustenter avant notre prochaine destination située à quelques kilomètres de marche.  Juste à la sortie j’en profitai pour mettre dans la boite deux cosplayeuses…

Sur le panneau : « veuillez demander aux cosplayeurs la permission avant de les prendre en photo ». Oups ! 

… puis nous allâmes juste en face du musée où je savais que se trouvait ceci :

Un Sukiya, ça ferait largement l’affaire, on n’était pas là non plus pour faire bombance !

Et une demi-heure après nous partîmes pour rejoindre le centre-ville. Quelque peu inquiet, Hibou Paisible me demanda si c’était loin, il eut même l’outrecuidance de s’étonner du fait que l’on ne reprenait pas le métro. Ce à quoi que je répondis que non, nous n’étions pas très loin, qu’il s’agissait juste d’aller au bout d’une avenue avant de rejoindre une arcade commerciale nous permettant d’atteindre le centre. En gros, ça donnait ceci :

Quelques kilomètres en plein air le ventre chargé de gyudon n’ont sûrement jamais tué personne. Mais au bout de cinq minutes, je sentis que ça allait être un sale moment, en particulier pour Tanuki Gourmand qui avait peut-être mangé trop rapidement et qui semblait avoir du mal à digérer. Les premières minutes, l’équipée faisait penser à ceci :

Il faisait chaud, mais la troupe encaissait stoïquement. Les deux louveteaux, dopés par leur repas et leur médaille Tezuka au cou, marchaient crânement et pouvaient faire penser à Kwai Chang Caine au milieu du désert. Empli de fierté, je me comparais mentalement au maître vénérable du « petit scarabée », de quoi vous fouetter l’imagination juste avant d’admirer des temples bouddhiques séculaires. Hélas ! cette impression en dura pas car très vite la marche évoqua plutôt cette scène :

Evidemment moins glorieux, même si j’avoue qu’être dans le rôle de Tuco avait tout pour me réjouir.  A chaque passage piéton, Hibou Paisible se risquait d’un « c’est là qu’on doit traverser, hein ? » que je balayais à chaque fois d’un « nan, c’est le prochain ! », un brin goguenard mais en même temps satisfait de fortifier ces constitutions que notre époque moderne avait beaucoup trop affaibli.

Nous arrivâmes cependant à l’arcade commerciale puis au bout de celle-ci. Comme il était un peu tôt pour faire une pause dans un endroit où se rafraîchir, je proposai de nous rendre à Gion où je savais que l’on pouvait prendre des glaces dans joli endroit de ma connaissance. Problème, j’avoue ici que ma mémoire me joua un tour puisqu’il s’agissait de parcourir cette distance à pied :

Soit deux fois plus que d’après mes souvenirs. Mais bon, il faisait beau et comme la shijo dori avait une activité distrayante, je ne doutais pas que mes clampins allaient oublier leurs ampoules aux pieds. Malheureusement, juste après le pont, alors que nous attendions un feu vert pour traverser, « chute à l’arrière ! » (comme disait Jean-René Godart) :

?!

Alors que nous étions à cet instant entouré de beauté du fait d’une nuée de bijins en yukatas colorés, voilà que Tanuki Gourmand décide de faire la grève de la marche ! Devant son air désespéré et sa breloque pendant lamentablement autour du cou, je m’apitoie un peu, essaye de faire repartir la machine avec quelques mots d’encouragement mais rien n’y fait : Tanuki Gourmand n’a plus de gaz !

Ici le piège se referma quelque peu sur moi puisque la seule solution était de faire un bout du chemin… avec Tanuki Gourmand dans les bras ! J’aurais pu faire une halte quelque part, ce n’était pas les cafés qui manquaient mais comme je tenais à faire la pause dans le salon de thé que je connaissais, je pris le paquet dans mes bras et continuai jusqu’au bout de la shojo dori, ne tardant pas à transpirer plus fort que dans le sauna de mon sento préféré de Miyazaki.

La suite au prochain épisode. Au programme : errance, désespoir et résurrection mystique.

 

Au royaume des sushis, les adultes sont rois

(rappel pour ceux qui prennent le train en marche, il s’agit d’un journal rétrospectif une année jour pour jour après le voyage de 2016).

28 juillet :

Madame étant présente, j’ai dorénavant les ailes libres pour me balader seul, en vélo puis à pied, dans le centre de Miyazaki pour prendre des photos. J’emmène d’abord la meute se rafraîchir à la plage puis, quand arrivent 17 heures, c’est parti pour le trajet bien connu en vélo :


Le ciel est dégagé, le température pas trop caniculaire, allons-y plein pot !

Pas mal de photos ont été prise en une heure et demie ce jour-là. Parmi elles, publions aujourd’hui celle de cet énième chat de gouttière qui a pourtant su préserver un pelage blanc immaculé :

Nota : les habituels parapluies derrière pour protéger les chats des intempéries.

Et, pour rester dans la métaphore animalière du précédent article, cette autre féline qui eut la bonne idée de passer sous mes yeux, telle une apparition, seule et au milieu du réseau de bandes de passages piétons :

Clic !

Toujours très agréable de prendre des photos entre 17H et 18H. On respire un peu plus et avec l’heure de la sortie des bureaux, c’est l’assurance d’avoir un peu plus d’activité qu’en milieu d’après-midi. Dans mon fatras d’images j’ai aussi pas mal de vidéos. Faudra que j’essaye à un moment de faire un montage pour faire sentir l’ambiance.

29 juillet :

Journée importante. comme à chaque séjour au Japon, on fait toujours un voyage dans le voyage. Armés d’un Japan Rail Pass, on file en Shinkansen à Takatsuki (ville située à trente kilomètres de part et d’autre de Kyoto et d’Osaka, le rêve !) où nous accueille la chaleureuse famille de la cousine de Madame. Après un court trajet en taxi nous menant à la gare (trajet de dix minutes durant lequel Olrik the 3rd réussit l’exploit de piquer une ronflette, c’est dire le confort des taxis japonais). D’abord un tortillard jusqu’à Kagoshima, puis shinkansen jusqu’à Osaka (ou peut-être Kyoto, je ne me souviens plus), enfin re-tortillard pour Takatsuki. La première étape est toujours très agréable. D’abord parce que le début est l’occasion de prendre le petit-déjeuner en regardant le paysage. Le gros meron pan et la boisson chocolatée achetés en gare ont alors tout ce qu’il y a de plus doux. Mais le plaisir ne s’arrête pas là puisqu’après un petit somme pour digérer, on se réveille alors que l’on arrive à la baie de Kagoshima. Le train est à ce moment coincé entre les montagne et la mer, et double sans efforts les voitures se rendant en ville :

Et c’est l’occasion de choper entre deux tunnels et deux fils électriques le Sakurajima :

Puis c’est parti pour plusieurs heures de shinkansen durant lesquelles il fallut bien s’occuper :

Quelques sandwichs et un onigiri dans un petit bento composèrent un déjeuner frugal auquel s’ajouta le plaisir de siroter une kirin tout en regardant le paysage et en tapant un article avec du Akiko Yano dans les oreilles. On a connu depuis des voyages plus mouvementés.

Arrivés à Takatsuki, il était difficile de faire les malpolis en déposant nos affaire chez la cousine pour repartir aussi sec faire une balade à Osaka ou Kyoto. Du reste c’était le milieu de l’après-midi, ça ne valait plus vraiment le coup. En attendant un dîner en famille dans un kaitenzushi, petite promenade dans le quartier. Pas grand chose à faire, mais un minuscule square avec quelques balançoires et à proximité d’une rizière joliment éclairée par le soleil couchant permit de buller sans trop s’ennuyer.

En exclusivité, pour la première fois ce sur site, je vous offre une photo de la seule, l’unique, l’incomparable Madame Olrik ! Mon amour je t’aime.

18H30, c’était le moment de retrouver la famille de ma cousine, cette fois-ci au complet, le mari étant revenu du boulot, tout comme leur fillette et le fils cadet. Seul manquait l’aîné parti à un camp d’entraînement de foot. Au kaitenzushi nous retrouvâmes l’oncle et la tante de Madame qui avaient fermement décidé de casquer l’addition. C’était parti pour la valse des assiettes qui allaient défiler sous nos yeux. Un plaisir, sauf pour Olrik the 3rd qui aurait bien voulu prendre de lui-même certaines assiettes mais qui s’entendit dire durant cinq bonnes minutes des « non ! Ne prends pas celui-là, tu n’aimeras pas ! », « non ! ne prends pas l’assiette, elle est rouge, c’est une commande pou un autre client » ou encore « non ! attends encore un peu, tes onigiris au saumon vont arriver ! » :

Adieu, veaux, vaches, sushis…

A la fin, n’en tenant plus, il arriva ce qui devait arriver : une terrible chute à l’arrière, avec un Olrik the 3rd pleurant à chaudes larmes, croyant sans doute que ses parents indignes lui interdisaient de manger pendant que son grand frère en était déjà à sa cinquième portion. Mais cet instant de détresse ne dura pas : sa cousine de six ans vint à la rescousse pour lui donner une part de son omelette tandis que les onigiris au saumon firent miraculeusement leur apparition. Sèche tes larmes, mon fils, et prends des forces : tu allais en avoir besoin pour la journée qui t’attendait.

 

Minettes et arbres tordus

25 juillet :

J’ai évoqué dans un article tout le plaisir que je pouvais avoir à me lever très tôt le matin (étonnamment, mon organisme se réveillait de lui-même, sans aucune fatigue, à six heures pétantes) pour aller courir à un charmant parc à quelques kilomètres de la maison. Alors qu’au moment où je tape ces lignes une fichue tendinite m’empêche de mettre à l’épreuve comme je le souhaiterais mon corps d’athlète, c’est presque la larme à l’œil que je compulse ces photos me rappelant des souvenirs faits de petits vieux matinaux et aimables, de grillons jonchant l’asphalte, de temples apaisants et de passages verts et ombragés. Ce jour-là je m’y étais rendu avec les kids pour une simple marche d’une petite heure, alors que la température était encore raisonnable. Après nous être approchés de l’étang pour voir s’il n’y avait pas quelques grenouilles, nous nous dirigeâmes vers l’espace où se trouvaient quelques jeux pour les enfants. Je me retournai pour regarder la vue, la silhouette du vieillard appelait forcément une photo :

26 juillet :

Après avoir fait je ne sais quoi avec les enfants durant la journée (sans doute une partie de plage de 14H à 16H), je les laissai à la maison auprès de Bachan. Pendant ce temps, direction le centre ville a triple galop sur Tornado pour une promenade et un peu de street shooting. Au détour d’une ruelle, je tombe sur cette vue :

Miaou !

La scène me rappela une chanson des Coasters, Three Cool Cats. Je ne sais pas quel était le sexe des deux chats (dont un mal cadré, je sais, la photo a été prise sur le vif sans réfléchir), mais je ne me pus m’empêcher de me dire qu’il y avait là de bien jolies minettes et dont le poil soyeux était fait pour les caresses.

27 juillet :

D’accord, les Japonais ont la tradition (contestable) de massacrer les dauphins dans la baie de Taiji. Mais enfin, on ne peut leur enlever un certain respect pour tout ce qui a des branches et des feuilles. Témoin ce petit arbre que je croisais lors de mes footings matinaux :

Croyez-vous qu’en France on se serait fait ch… à ménager un emplacement sur le bitume pour que cet arbre biscornu et potentiellement dangereux pour le passant continue de croître ? Certes non. Le croiser lors de mes footings matinaux constituait à chaque fois une étape sympathique, apte à surmonter d’éventuels coups de mou. Si ce petit arbre avait pu à tant d’années malgré l’asphalte et une constitution débile, je pouvais bien moi aussi torcher cette heure de course à pied, merde !

Sinon le 27 était une date importante puisque c’est ce soir-là que nous nous rendîmes ici:

C’est en effet ce soir-là que les deux clampins allaient enfin pouvoir retrouver leur chère môman. Finies les interminables marches avec le cruel Otosan (enfin ça, c’est ce qu’ils croyaient), ils allaient enfin pouvoir se la couler douce ! Je ne cherchai pas à leur ôter leurs illusions. Pour l’heure, il s’agissait de profiter des retrouvailles :

Du calme Olrik the 3rd, elle va arriver, elle va arriver…

Quelques embrassades plus tard, nous reprîmes la route pour rentrer aux bercailles et dîner ensemble. Et comme toute bonne histoire se passant à Miyazaki, la journée se termina pour moi avec une bière Yebisu et une portion d’unagi :

Ainsi que des tomates fort juteuses.

Ne restait plus qu’à se rendre au sento du centre pour parachever la journée, ce que je fis. Après cela, mon organisme était fin prêt pour tâter du futon et se réveiller de lui-même le lendemain à six heures.

Erekocha festif avec plein de chou chou minettes en yutaka

22 juillet :

J’ai essuyé un drôle de regard de la part d’une vendeuse qui m’a surpris en train de prendre cette photo. N’importe, les mannequins du rayon lingerie d’Æon attiraient par trop l’œil, surtout vêtus d’une lingerie très « Rose de Versailles » et effectivement très « chou chou minette ».

 

23 juillet :

Et c’est parti pour deux jours d’Erekocha matsuri.

Comme d’habitude le mode opératoire était le même : arpenter inlassablement les avenues principales du centre pour accéder aux différents spots où des groupes de danse faisaientleur numéro. Le tout sous une chaleur écrasante mais avec force stands de bouffe pour recharger les batteries. On allait en avoir besoin puisque Olrik jr et Olrik the 3rd m’accompagnaient jusqu’à 16H30 avant d’être récupérés par « Bachan ». Moins sensibles que moi à la bonne humeur juvénile qui se dégage de ce matsuri, ils risquaient de sérieusement de geindre et de traîner les sandales à mes côtés. Ça n’a pas manqué mais avec quelques pauses savamment placées et accompagnées de kakegori, ça ne s’est pas trop mal passé.

Après les avoir raccompagné au point de rendez-vous où la belle-mère nous attendait avec sa camionnette, je repartis à la Tachibana dori où devait se produire incessamment la grande parade :

Au programme, durant une bonne heure plusieurs milliers de participants dansant à l’unissons sur les airs traditionnels adoptés par le matsuri. D’ailleurs, si vous êtes dans les parages pour la prochaine édition (29 et 30 juillet), vous pouvez toujours vous entraînez chez vous avec les vidéos mises à disposition par le site :

Pour les amateurs de musique d’odori, vous pouvez choper les morceaux sur cette page.

Appareil photo en main, je me place toujours au milieu de l’avenue, pouvant ainsi aller d’un côté ou de l’autre de l’avenue. Le truc est aussi de se placer à l’extrêmité de l’avenue et de la remonter tranquillement, on est sûr alors de voir tous les participants qui sont regroupés selon leur club, leur entreprise, leur style vestimentaire, etc. Guère besoin de demander de prendre la pose, très souvent des participants m’apercevait dans ma frénésie photographique et ma joie d’être là et, grâce à un simple contact visuel, se proposaient illico de prendre la pause, m’invitant d’un geste à les prendre en photo. Ainsi ces deux lascars :

Les inévitables cosplayeurs :

Mais aussi de douces créatures yukatakisées…

Olrik saaan ! Photographie-moi !

ou vêtues d’une tenue sentant bon la vie paysanne :

Après la parade, c’était l’heure de la débandade : les milliers de danseurs quittent l’avenue pour faire comme les spectateurs : bouffer et boire ! Je profitai de l’ambiance encore une bonne heure et demie et retrouvai Tornado pour gagner mes pénates où je retrouvai mes deux clampins profitant de la clim’ et de la bonne nourriture de Bachan. Et moi aussi du coup : la crasse et la fatigue accumulées durant cette après-midi avaient bien besoin de trouver certains médicaments. Une douche et une kirin plus tard, je pouvais attaquer les bons p’tits plats sur la table à manger avant de faire une promenade nocturne digestive dans le calme du quartier.

24 juillet :

Deuxième journée d’Erekocha. Cette fois-ci sans mes deux drôles. Excédée par la longueur de leurs cheveux, Bachan les amena chez son coiffeur pour leur rafraîchir les nouilles. C’est à chaque fois le petit rituel. La grand-mère emmène ses petits-fils chez les coiffeurs, à cause de la longueur des cheveux mais il y a aussi de la fierté à les traîner dans le quartier afin de montrer comme ses petits-enfants franco-japonais grandissent et sont bien beaux.

En tout cas, comme c’était dimanche les deux beaux-parents se proposaient de les garder avec eux pour la journée, ce qui me donnait quartier libre pour profiter du matsuri sans avoir à tenir compte d’éventuelles jérémiades collées à mes basques. L’après-midi fut bien sympa, du moins jusqu’à 16 heures. Car après la météo fut moins plaisante, une pluie continuelle se mit à tomber, me contraignant à rester prudemment sous les arcades longeant l’avenue. Je tins une bonne heure comme cela mais l’intérêt commençait à devenir limité, je changeai mes plans : comme j’étais venu en voiture et que je l’avais garée au parking du sento à l’Aceland, et comme je puais le fennec à cause de l’atmosphère étouffante et humide, aller barboter dans l’eau avant de retrouver la famille était sans doute la meilleure alternative. Un peu à regret je quittai l’animation de l’avenue. Pas si grave, des Erekocha, j’en ferai d’autres.

 

Un sirop de pêche pour la chasse au chat

19 juillet :

Toute la détermination sur cette photo d’un clampin de cinq ans tentant désespérément d’atteindre le bouton permettant de s’enfiler une canette de sirop de pêche alors qu’il fait 35°C à l’ombre. La bijin sur la pub peut bien essayer d’aguicher le passant : le père Olrik the 3rd n’en a rien à cirer ! Seul comptait à cet instant un machin sucré et glacé dans l’estomac pour tenir le coup.

 

20 juillet :

Chez beaucoup de bijins, le balancement franc du bras qui ne tient pas une ombrelle ou un keitai est quasi une norme. De quoi donner une certaine détermination à la démarche, propre à décourager les hôtes recruteurs de jolies filles dans le centre ville.

 

21 juillet :
Promenade avant l’apéro dans le quartier de la belle-famille. Coincé entre deux maisons :


… j’aperçois un chat tigré qui me regarde. Je m’approche et je sens l’animal qui hésite : doit-il rester ou partir devant le potentiel danger que je représente ? Il opte pour une troisième solution : des pattes à l’avant permettant de lui donner une posture aux aguets, prompte à réagir, tandis que l’arrière-train permet de conserver un laisser-aller bienfaisant, à une heure de la journée où une certaine fraîcheur commençait à arriver. Finalement pas bien farouche le matou, il se laissa mitrailler une bonne minute sans vraiment s’inquiéter. Tout juste s’il ne se gratta pas une balloche durant l’opération.

Back to the summer 2016

Ceux qui suivent ce site depuis un certain temps le savent, l’été, une fois sur deux, c’est soit la joya parce que je suis au Japon, soit la soupe à la grimace parce que je n’y suis pas. Mais ce type d’été n’est pas totalement amer puisque c’est à chaque fois l’occasion d’explorer la provision de photos et de vidéos faites durant l’été précédent.

L’été 2017 sera donc un été de tri photographique qui reprendra une recette éprouvée déjà deux fois : publier systématiquement une photo prise lors d’une journée passée au Japon un an plus tôt jour pour jour. On commence avec les journées du 16 au 18 juillet 2016.

16 juillet

Arrivé la veille, j’avais hâte de retrouver le centre ville de Miyazaki pour y reprendre mes marques. Madame n’était pas encore avec moi, elle devait nous rejoindre début août. Par contre, puisque je dis « nous », il faut bien comprendre que j’étais condamné à avoir collé à mes basques Olrik Jr et Olrik the 3rd. Prendre des photos tout en entendant gémir derrière moi parce que je suis un marcheur fou pas du genre à ménager l’endurance des troupes… le séjour promettait de commencer de manière crispante. Mais enfin, comme il ne faisait pas très beau, nous embarquâmes dans Fujiko chan et allâmes dans le centre. Direction le parking du bâtiment où se trouve l’Aceland pour une première baignade dans le sento qui s’y trouve :

Gloria Hallelujah ! 

Mais avant cela, marche forcée durant une heure dans le centre, histoire de bien transpirer sous les aisselles pour bien profiter par la suite des bains chauds. Quand on comprit à côté de moi que la baignade allait être la conclusion d’une promenade qui pouvait être potentiellement longue, on tira un peu la tronche mais enfin, comme l’accession au bienfaisant sento (avec une partie à l’extérieur reproduisant l’atmosphère des onsens) dépendait des précieux yens du chef de famille, il était inutile de faire des caprices. Et puis, j’avais hâte aussi de tester mon nouveau Panasonic DMC-GX80 fraîchement acquis. En conclusion, en avant, marche (et avec coups de pied au cul encore !) !

Le centre n’avait pas vraiment changé. Mêmes ruelles, mêmes parkings à vélos surchargés, à peu près les mêmes magasins, toujours des chats plus ou moins lamentables (mais sympathiques), gavés par des mémères aux petits soins pour eux, et pleins d’autres détails qu’il était bon de retrouver.

Après un misérable quart d’heure de marche, ça commençait déjà à claudiquer et à souffler pas mal à côté de moi. C’est alors que je tombai sur cette petite vieille :

Je crois qu’il n’y a pas un séjour à Miyazaki sans que je l’aperçoive. Voûtée, marchant avec beaucoup de peine, cette brave petite vieille annonçait le supplice qu’allaient connaître mes deux clampins quelques jours plus tard lors d’une journée passée à Kyoto mais chut ! ne déflorons pas trop le plaisir. Il était en tout cas plaisant de retrouver cette vieille, tout comme il le fut de se baigner de nouveau dans le sento de l’Aceland, tout comme ensuite d’être invités dans un resto pour s’empiffrer de bonnes choses afin de fêter dignement mon anniversaire. Allez ! si toutes les journées allaient être comme ça, se coltiner Olrik jr et Olrik the 3rd promettait de n’être pas trop douloureux.

 

17 juillet

Normalement, entre le 15 et le 20 juillet a lieu le matsuri sur une des avenues principales menant au centre de Miyazaki. Rien de bien exceptionnel : des stands de bouffe, des jeux pour les enfants, des démonstrations de danse, des concerts de taiko et un flux de personnes dense et stimulant pour l’appareil photo. Le temps était magnifique, j’avais chaud, mais je mesurais de nouveau combien les rédacteurs des guides de voyage qui conseillait d’éviter de se rendre au Japon l’été sont des imbéciles. Si tu ne termines pas ta journée avec un t-shirt maculé de taches de sel à cause de la transpiration, et après des heures passées à humer de violentes odeurs de bouffe et à admirer les filles dans des yutakas colorés, c’est que tu ne sais pas ce qu’est le vrai plaisir au Japon.

 

18 juillet

Le matsuri se déroule toujours sur deux jours. Il commence aux alentours de 17 heures et se termine vers 23. Pour cette deuxième session de plaisir synesthésique, je demandai au beau-père de rabouler en voiture les enfants à 17H30 puis de les récupérer deux heures plus tard. Habillés de leurs jolis jinbei, les kids comprirent vite que cette promenade allait être plus intéressante pour eux que la précédente. Ils profitèrent surtout du concert de taiko, totalement nouveau pour eux. Olrik jr en avait bien vu un mais c’était lorsqu’il très gros et très gras à la fin de la première année de son existence. Il avait assez kiffé les percussions mais neuf années plus tard n’en avait évidemment conservé aucun souvenir. Le compteur avait donc été remis à zéro et c’est intéressés et un brin fascinés qu’ils assistèrent à une demi-heure de furia sonore. Un quart d’heure plus tard, « jichan » récupérait ses petits-enfants pour dîner à la maison, me laissant seul comme un chien, mais aussi comme un bienheureux à l’idée de rester et transpirer pour encore deux bonnes heures de magie matsuriesque.

 

Désir de vert

parc foret 2

Mercredi 27 juillet

Je me souviens que lors de mes premiers voyages au Japon l’été, je revenais en France efflanqué mais en pleine forme, essoré de quelques kilos superfétatoires durant plusieurs semaines passées à crapahuter en pleine chaleur. A quarante berges maintenant, cette période paraît bien loin. Avec ce que je mange et siffle le soir, je suis sûr que ce n’est pas une baignade dans la mer l’après-midi avec les enfants qui va me permettre d’être un peu plus affûté. Or, j‘aime ça moi, profiter des vacances pour revigorer le corps avant de retrouver la cadence monotone du boulot. Pour le moment je lui ai offert les délices du sento/onsen, la deuxième étape est maintenant de le remettre un peu à l’épreuve. Le genou gauche et son ménisque vont mieux, je puis maintenant songer à reprendre les baskets afin de faire quelques footings aux aurores. Autre circonstance motivante : l’arrivée imminente de Madame à laquelle je n’ai pas envie de montrer un corps bedonnant du fait d’une surconsommation de boissons frelatées, mais un corps bien taillé, aux mollets finement dessinés et aux bras vigoureux qu’elle sera fière de tenir lorsque nous nous promènerons ensemble. Du coup tout les matins, c’est un peu ça :

… dans une moindre mesure évidemment (mais juste un peu).

En fait j’avais déjà tenté des essais de footing au Japon mais sans succès. Les dernières fois c’était dans le quartier familial, je m’étais dit que courir dans ce réseau de rues minuscules pouvait avoir du charme. Et  puis en fait non, pas tant que ça. Dès 8 heures, ça cogne méchamment, et courir sur le bitume, sans arbres à proximité, n’est pas mon truc. Aussi a-t-il fallu cette année revoir les plans. Comme se réveiller comme une rose à six heures ne me pose pas de problème ici (chose impensable en France), je jaillis du futon pour enfiler un short, un débardeur et ma paire d’Adidas afin de me rendre à un petit temple à cinq minutes en voiture :


Le temple se trouve sur la droite. Quand elle est au Japon, ma douce à l’habitude de s’y rendre. C’est un peu le temple qui a son dévolu, l’apparence, le cadre, les couleurs, il y a là de bonnes vibrations qui lui permettent de donner à son recueillement d’un instant une certaine plénitude :

panorama temple

Petite note technique au passage : la fonction panorama du GX 80 est totalement efficiente.

Un peu plus loin, à une petite centaine de mètres, se trouve un parking :

Et là, les choses sérieuses commencent. Je m’y gare, fais quelques étirements, et commence alors le footing dans un lieu tenant autant de la forêt que du parc aménagé. Aménagé parce que l’on y trouve quelques jeux pour le enfants et les sentiers sont goudronnés. Mais c’est un aménagement à la Japonaise, qui cherche à trouver un équilibre entre un façonnement de la nature pour être agréable à l’homme, et une manière de laisser malgré tout la nature agir à sa guise. Ainsi ce petit arbre que je suis à chaque fois charmé de croiser sur mon chemin :

parc foret 1

Que s’est-il passé ? Ceux qui ont coulé le bitume ont-ils décidé de l’épargner, touchés par sa forme  étrange, ou celui-ci a-t-il réussi à percer l’asphalte pour, dans une volonté de puissance toute nietzschéenne, survivre envers et contre tout ? Impossible à dire. Dans tous les cas on voit beaucoup au Japon de tels arbres. A quelques rues de notre maison, je ne manque jamais, lorsque je fais des promenades alentours, de passer devant cet autre cas :

arbre quartier

Bitume devant, façade derrière, rien à foutre, ce petit arbre a décidé que le coin était parfait pour lui et il a l’air de bien se porter.

Bref, on aura compris qu’entre courir dans un quartier populaire et parmi ces arbres biscornus, la deuxième solution est définitivement la meilleure. Au moins on est un peu plus la fraîche et la compagnie de ces arbres vaut mieux que les voisins dans leurs bagnoles se rendant au boulot. Et si le rythme est encore hésitant, plus vraiment habitué que je suis à tenir la cadence de plusieurs dizaines de minutes sans m’arrêter, ce n’est pas si grave, les courtes pauses que je m’octroie en marchant ont toujours lieu lorsque je vois apparaître ceci :

panorama temple 2

… ou cela :

parc foret 4

… et à la fin de cette heure sportive, je remarque avec satisfaction que malgré la fraîcheur matinale et les quelques minutes de marche qui ont émaillé le parcours, je dégouline de sueur, suscitant l’amusement des quelques promeneurs que je croise. À cette heure pas de bijins en basket pratiquant leur footing, juste des corbeaux, des bestioles :

parc foret 6

… ainsi que des petits vieux promenant leur minuscules chiens ou des couples bienveillants de sexagénaires, à la fois surpris et amusés de voir un gaijin tout ruisselant en train de courir. A chaque fois j’ai droit à un chaleureux « ohayo gozaimasu », mots auxquels je mets un point d’honneur à répondre avec la même affabilité. A la fin il n’y a plus qu’à marcher tranquillement et à se désaltérer au robinet à côté du toboggan :

parc foret 5

…puis à remonter dans la voiture pour prendre une douche à la base. Sur le chemin une petite halte devant ce qui m’attend l’après-midi avec les enfants :

panorama plage

Allez, quelques centaines de mètres à la nage et je serai au top pour aller cueillir ma dame à l’aéroport.

aeroport arrivee

Du bain de foule au bain glacé

Erekocha 2016 1

Dimanche 24 juillet

Le W-E vient de s’achever et avec lui l’Erekocha matsuri, ce festival de danse que je me fais à chaque fois une joie de suivre mais qui cette fois-ci s’est quelque peu dérobé à mes attentes. D’abord parce que lors de la première journée, j’ai dû me coltiner Olrik jr et Olrik the 3rd de midi à 16h30. Or, j’ai très vite compris combien le festival n’allait que médiocrement les intéresser. Du coup il a fallu ménager des pauses kakigori et une halte au mr Donut du coin afin de ne pas les laisser sombrer dans le plus noir désespoir. Bien joli mai ce n’est pas cela qui allait me laisser les coudées franches pour faire des photos comme je voulais.

Erekocha 2016 2

« Laisse tomber les photos Olrik kun, et viens plutôt faire un duel de verres de shochu avec moi ! »

Quant à aujourd’hui, déception à nouveau du fait d’une maudite pluie qui s’est déclenchée vers 16 heures et qui a fini par avoir la peau de ma patience. A 18H30, de guerre lasse, j’ai rangé l’appareil photo et me suis rendu au sento afin de racler la crasse et rentrer frais et dispo à la maison où la dégustation d’une bière achèverait de me retaper.

Erekocha 2016 3

« Kami Sama ! Bulles de Japon est à Erekocha matsuri ! Saluons ses lecteurs ! »

Malgré cela, la provision de photos et de vidéos a été faite. Reste à éplucher le résultat, chose que je ferai en rentrant en France. Pour le moment, petite pause, on empoignera frénétiquement l’appareil très bientôt puisque the Olrik family va être « on tour » le temps de déclencher un Japan Rail Pass d’une semaine pour un périple qui nous enverra du côté de Takatsuki, d’Osaka, de Kyoto et de Tokyo, avec pour cette dernière un passage de deux jours pour mézigue façon loup solitaire.

Petite déception l’Erekocha de cette année donc, mais pour la première fois, je me rends compte que je glisse sur cette petite avanie. Il faut vous dire ici que lorsqu’il se trouve au Japon, le père Olrik est une sorte d’Harpagon terriblement avare de son temps. La moindre journée, la moindre heure, la moindre minute devant êtres mises à profit afin de retourner en France sans la moindre once de regret, état d’esprit qui m’a parfois amené, j’avoue, à être un tantinet infect, m’amenant à refuser en bloc des visites organisées par ma femme sous prétexte que je ne voyais en elles aucun intérêt et surtout pas un intérêt photographique.

Tout cela pour dire qu’en temps normal, j’aurais été d’une humeur massacrante. Mais là, serein je suis, sans doute parce que la fièvre de ce festival causée par la chaleur, la fatigue et ces numéros de danse, est tout de même bien présente. Ensuite parce que les deux journées se sont conclues ICI, et que je ne connais pas de meilleurs moyens pour effacer toute aigreur de l’âme et ce sentiment de fatigue qui peut surgir lorsque l’on se trouve noyé par l’effervescence d’une foule japonaise compactée sur des trottoirs. Oui, sur le coup de 18H30, je sentis qu’il était définitivement temps de changer de type de bain.

bijin onsen

A partir de cet instant commence la deuxième partie de l’article. Evidemment, comme  je n’ai pu entrer avec mon appareil (pas le génital, l’autre, le GX80), je vais illustrer l’article avec des photos prises sur le net. Evidemment – vous vous en doutez bien – elles ont été choisies selon leur pertinence informative. Ainsi cette photo où vous pouvez apercevoir en bas, près du bord du bassin, un de ces petits seaux qui permettent de se mouiller avant de pénétrer dans l’eau.

Ce sento est de ces sentos hybrides qui possèdent des bassins intérieurs mais aussi une partie à l’extérieur essayant de restituer l’atmosphère des onsens. Je me souviens de mon émerveillement lors de ma première visite dans ce type d’établissement. Après s’être délesté de ses affaires mises dans un casier, on file tout nu dans la partie intérieur où l’on va se décrasser, assis sur un petit tabouret en plastique, en usant du savon et du shampoing fourni par la maison et surtout la douchette située à cinquante centimètres du sol. Je rêve du jour où cela sera la norme en France. Qu’on se le dise, la douche est un moment qui doit se vivre assis et non debout, meilleure position pour se frotter partout sans risquer de sa casser la gueule et surtout pour pleinement se décontracter.

Tellement plus plaisant.

Une fois l’opération terminée, on peut s’essayer aux différents bassins proposés : bassins d’eau chaude, d’eau glacée, d’eau tempérée, d’eau envoyant de petites décharge électriques, d’eau parfumée, d’eau envoyant des jets à forte pression pour faire leur fête aux bourrelets, il y en a pour tous les goûts. Personnellement, je tâte de tout excepté du bassin Claude François. Se détendre dans de la flotte qui vous balance des décharges, merci bien !

L’endroit le plus apaisant est bien sûr l’extérieur. D’abord à cause du soin qui a permis de recréer l’atmosphère d’un onsen (tout cela fait un peu artificiel, certes, mais on s’y sent tout de suite bien), ensuite pour le calme qui y règne, l’intérieur résonnant souvent du bruit des multiples douches prises au même moment. A l’extérieur, sauf lorsqu’il y a quelques enfants, les gens ne se parlent pas, ou alors en toute discrétion. On n’est clairement pas là pour rigoler mais pour se laver, non pas le corps, opération effectuée au tout début à l’intérieur, mais l’esprit. Pour cela, chacun semble avoir ses moyens de prédilection. J’ai vu des hommes qui passaient moins de temps dans les bassins que sur les chaises en plastiques à disposition, le regard absent ou les paupières fermées, perdus dans une longue inaction que l’on suppose être la parfaite antithèse du travail effectuée dans la journée.

Pour moi qui ne suit qu’en vacances, occupé à sillonner des matsuris pour prendre des photos, c’est autre chose. Mais après le tourni causé par un matsuri brassant des dizaines de milliers de personnes, il y a aussi le besoin de se régénérer afin de ne pas décevoir Madame qui ne retrouverait plus son héros mais à la place une sorte de larve indigne. Pour cela, j’ai trouvé la combinaison ultime qui me permet à chaque fois de ressentir ce qu’a pu éprouver Ulysse après avoir été baigné par les Phéaciennes et avec les bons soins d’Athéna. Pour ceux qui projetteraient un jour de se rendre au japon et de tenter l’aventure dans ce type d’établissement, c’est le moment de sortir votre calepin à spirales. Notez bien :

sauna

1) Le sauna

Tous les onsens et les sentos n’en disposent pas mais celui-ci, si (au pire, allez dans le bassin le plus chaud). On passe une porte pour pénétrer dans une antichambre qui donne déjà une solide idée de l’enfer qui vous attend. Un petit jet d’eau est gentiment mis à disposition pour vous rafraîchir le gosier. Un conseil : ne le snobez pas, une gorgée ou deux d’eau bien fraîche est le meilleur moyen de faire long feu (c’est le cas de le dire) dans l’endroit  qui vous attend. Vous passez alors par la deuxième et dernière porte et là, vous comprenez illico que vous allez morfler (si j’ai bien lu la pancarte sur la porte, les enfant de moins de douze ans sont priés de rester en dehors, tu m’étonnes, John !). L’endroit présente quatre grosses marches en bois recouvertes de serviettes éponges sur lesquelles on est prié d’aller disposer un postérieur déjà ruisselant de sueur par tous ses pores. C’est bien simple : tout vous brûle. La peau, les yeux, la gorge, les poumons, le zob et même les cheveux ! on a aussitôt envie de repartir mais comme on s’appelle Olrik et qu’il y a déjà à l’intérieur des habitués qui endurent stoïquement leur combustion, on se dit qu’allez ! on va faire un effort, qu’on va s’asseoir dignement et se fixer un objectif de quelques minutes. Fort opportunément une horloge se trouve à l’un des murs pour vous aider à atteindre cet objectif. Sauf que cet outil se transforme très vite en instrument de torture. Vous fermez les yeux pour oublier le temps qui passe puis vous les ouvrez pour vérifier l’heure mais là, stupeur ! c’est pour constater que seules dix secondes se sont écoulées. Autant dire que les dix petites minutes que vous vous êtes fixées comme objectif ont alors l’apparence du doux rêve et que ce sera plutôt cinq que dix.

bijin onsen 4

Pendant ce temps, de l’autre côté de la palissade séparant les bassins des hommes de ceux des femmes, ça papote et ça met la clim’ à donf !

Et le téléviseur placé derrière une paroi en plexiglas pour vous distraire n’y change rien. Il est certes trippant de voir des matchs de sumo dans cet endroit, mais il n’empêchera en rien le moment où votre corps l’emportera sur votre volonté et se lèvera pour sortir. On descend les marches d’un pas qui se veut assuré pour montrer quel cador vous avez été mais en fait, c’est avec la conscience qu’il s’en faudrait de peu pour que vous trébuchiez devant tout le monde et que vous étaliez piteusement comme un sumo novice devant un yokozuna. Vous repassez par l’antichambre et là, en reprenant au passage une gorgée d’eau, vous comprenez qu’il n’y a finalement pas que la bière dans la vie et que l’eau, c’est quand même pas mal. Vous repassez par la première porte, avalez de larges goulées d’air frais, vous êtes maintenant prêts à tenter…

bijin onsen 6

2) Le bassin du zéro absolu

Oui, souvenez-vous du zéro absolu dans certains épisodes de Saint Seiya, c’est l’expérience qui vous attend. Le bassin fait autour de 10° mais après l’enfer du sauna, autant dire que le choc thermique vous donne l’impression de plonger dans un lac de Sibérie. Avant cela, un petit tonneau rempli d’une eau plus chaude de quelques degrés vous invite à vous en asperger avant de connaître les délices de la glace liquide. Le bassin fait à peu près deux mètres de diamètre et est constitué de rochers habilement disposés, certains permettant de s’asseoir, le temps de mouiller les jambes avant de tenter l’immersion totale. C’est ce que je fais, le misérable gaijin que je suis n’a pas encore la force d’airain de certains homo japonicus faisant limite un triple salto arrière dans ce bassin juste après le sauna.

Une fois immergé, c’est le panard total. Cette fois-ci pas de problème avec le temps. Au sauna il ne passait pas assez vite, là il pourrait se passer une heure qu’on aurait l’impression d’y avoir passer seulement une poignée de minutes. C’est de nouveau une sensation d’engourdissement mais bienfaisante celle-ci, pas agressive comme l’autre vécue au sauna. L’effet reste cependant le même : qu’il faille descendre des marches ou en monter pour en sortir, le pas sera hésitant. Et quand vous en serez sorti, il sera même quelque peu défaillant. Si dans le sauna le corps criait son envie de sortir, après le bain froid il semble vous susurrer, totalement inerte, qu’il serait bon de le laisser se reposer quelques instants dans un endroits adaptés. Inutile de discuter, vous voyez bien que ça commence à tourner autour de vous et en ce qui me concerne, c’est quasiment en rampant que je me traîne jusqu’aux…

onsen bijin 8

3) Pierres de réconfort

Ce n’est pas une invention des Japonais à destination de la Corée mais bien du meilleur moyen de remplir les batteries mentale et physique de votre organisme. Il s’agit en fait de pierres chauffantes. Rassurez-vous, ce n’est pas l’horreur du sauna qui recommence, les pierres sont juste un peu chaudes, pas brûlantes. On met un peu d’eau dans un petit récipient, on balance le tout sur la place où on veut s’allonger, puis, justement, on s’allonge et on attend. Avec pour ma part à chaque fois le même effet en pierre chauffantesdeux temps. D’abord l’impression d’être au centre de tout et que tourne autour de moi. Dans le sens physique de l’expression : si j’ouvre les yeux je m’aperçois que ces derniers ont bien du mal à accrocher les détails visuels devant eux, ceux-ci dansant une sarabande inquiétante. Mais ce n’est pas grave : on ferme les yeux et on laisse s’égrenner les minutes. Pensez à ce que vous voulez, l’issue sera inéluctable : après le zéro absolu, c’est l’éveil au septième sens que vous atteindrez. Moi, je pense seulement au plaisir de me trouver là. Après quelques minutes je lève les paupières : la sarabande s’est arrêtée. Je reste encore un peu pour la forme, histoire de penser à la chance d’avoir fait ce premier voyage douze ans plus tôt, d’y avoir rencontré ma femme et d’avoir continué depuis à faire ces séjours ponctuant une parenthèse existentielle qui semble vouée à ne pas connaître de fin.

Pour le sento/onsen, il y a en revanche bien une fin. En quittant les pierres chauffantes, je m’aperçois que je ne sais trop si je suis chaud à l’extérieur et froid intérieurement, ou si c’est l’inverse. Une chose est sûre : ma carcasse est alors un cocon sur lequel glissent les éléments extérieurs. Il n’a plus qu’à se rhabiller, à déguster une de ces petites bouteilles de lait vendues à l’entrée puis à regagner la maison. Tout à l’heure la surexcitation y régnait du fait d’une après-midi passée entre grands-parents et petits-enfants. Il n’y restait plus qu’à siroter une bière fraîche et à profiter béatement de l’atmosphère en se disant que ouais, cet erekocha matsuri un peu raté, ce n’était pas si grave.

 

Sept pour la quarantaine

avion jal

Etrange sensation que de se connecter pour voir les infos en France, alors que l’on se trouve à des milliers de kilomètres, et de tomber sur un macabre rodéo exécuté par un demeuré avec un quinze tonnes. Forcément, il y a de quoi interpeller l’esprit et d’être tenté de pousser un peu plus lon la pêche aux infos et puis, alors qu’il est ici, à Miyazaki, sept heures du matin et que j’entends les enfants descendre pour prendre leur bol de chocolat et se préparer à vivre une nouvelle journée au Japon faite de petits plaisirs simples (shopping, plage, glaces, sento, batting center du coin…), la lassitude me gagne et je crois que non, décidément je ne vais pas m’enliser dans cette horreur, et que je vais moi aussi me préparer à vivre cette journée avec l’esprit infusé dans le quotidien japonais et ses sollicitations sensorielles de tous les instants (un corbeau, qui vient à l’instant de passer à côté de ma fenêtre en croassant, vient de me les rappeler) plutôt que projeté sur ce qui se passe en France. Que les victimes reposent en paix, que leur meurtrier pourrisse dans quelque recoin du septième cercle de l’Enfer et voilà, on n’en dira pas plus. Exit le feu d’artifice sanglant de ma mémoire (je n’en ai que trop vu), place au perpétuel hana bi de ce voyage au Japon, septième du nom.

Pour cette fois, j’ai dû voyager flanqué de mes deux clampins sans madame, restée en France pour une douzaine de jours à cause de son travail. Du coup me voilà transformé en G.O. de tous les instants, devant mettre en veille mes velléités de promenades en solitaire pour prendre un max de photos. Mais comme Olrik jr et Olrik the 3rd sont de le même eau que leur créateur (c’est-à-dire plutôt cool), les journées à venir promettent de ne pas se transformer en corvée. Et quand bien même, je sais qu’un bon dîner m’attendre la soir à la maison des beaux-parents et que tous mes soucis s’envoleront après force rasades houblonnées. Bref, ça sent quand même pas mal la clim’ et ma carcasse de quasi quarantenaire (plus qu’une question d’heures) devrait assez bien supporter les six semaines à venir.

Pour le moment, il faut surtout essayer de dérouiller le clavier. Quand je suis au Japon, l’écriture d’articles passe au second plan mais comme je sens que les réveils vont être cette année très matinaux (réveil au champ du coq, littéralement, puisque des voisins possèdent un poulailler), il est possible que je me fende de quelques articles en complément avec les bidules postée sur la page Facebook du site. En tout cas il y a une envie de faire vivre un minimum ce site, habituellement laissé en veille lorsqu’il y a voyage au japon. N’attendez rien d’extraordinaire non plus, ce sera pas le dépays II, le retour, juste un journal informe de ce séjour où, vous vous en doutez, mon activité n’aura qu’un seul objectif : buller du Japon.

 

Des vélos bleus pour des jambes arquées

Journée du 11 août

Retour à Miyazaki. Alors qu’Olrik jr et Olrik the 3rd continuent inlassablement d’acheter des conneries estampillées « Yokai Watch » (je reviendrai plus tard sur cette engeance (Yokai Watch, pas mes kids) :

olrik jr youkai watch

600 yens qui partent de nouveau en fumée, amen !

… je tombe sur le flyer de Tokyo Tribe, alors dans les salles et, après une après-midi tranquille, je descends dans le centre en vélo histoire de faire un peu de photo de rue (pour changer). Pour l’ambiance Tokyo Tribe, on repassera. La seule tribu que j’ai croisée était constituée d’une bande de groupie devant un zicos à la voix chaude :

musicien groupies

Sinon là une demoiselle stylée attendant probablement son Jules dans une obscure ruelle (ISO poussé à 3200, le petit Fujifilm X-M1 se débrouille assez bien) :

fille keitai scooter

Et là encore un petit coin de rue surchargé de signes comme je les aime :

rue enseignes nuit

C’était bon, j’avais mon quota de photos fraîches. Après une petite halte à l’étonnante cave située à côté de l’arcade :


… je pouvais regagner mes pénates après une ultime épreuve :

parking bleu vélos

Euh… mais au fait je l’ai mis où, mon vélo ?

Le Musée Tezuka

Il faut arrêter avec le musée Ghibli. Tous les touristes y sont allés, cela n’a plus rien d’original et je dirais même que cela commence à faire miteux quand on voit la trajectoire crépusculaire du studio. Non, quitte à visiter un truc cool qui sent bon le manga et l’anime, truc beaucoup plus confidentiel et partant moins encombré par des hordes de touristes trainant une marmaille hurlante, autant aller du côté de Takarazuka. Moi, en tout cas, en ce début de journée du 9 août 2014, alors qu’il y avait un temps dégueulasse du fait d’un typhon rôdant dans le coin et qu’il fallait bien divertir les chères petites têtes brunes en vacances, je n’hésitai pas : direction Takarazuka non pas pour voir la célèbre troupe théâtrale mais le musée Tezuka.

Arrivés à la station après une demi-heure de train à partir de Takatsuki, il faut suivre le parcours fléché constitué de pancartes où figurent Atomu ou princesse Saphir. Facile, même pas besoin de consulter un plan, il faut compter dix minutes / un quart d’heure pour joindre le musée. Facile mais dans notre cas épique puisque l’averse qui nous accompagna tout le long du trajet nous fit arriver trempés comme des soupes malgré nos deux parapluies. Deux pour trois personnes : Olrik jr, Olrik the 3rd et moi-même, Madame nous ayant bassement abandonnés pour aller voir une amie du côté de Kobe durant la matinée. Je ne ferai pas plus de commentaires…

musée tezuka 1 musée tezuka 2 musée tezuka 3

Bref pas trop le temps d’admirer de près la statue de Phénix ou les colonnes extérieures et leurs beaux médaillons sculptés représentant des personnages emblématiques de l’univers de Tezuka. Arrivés dans le hall d’entrée un jette un œil à la déco et on se dit tout de suite que la visite ne devrait pas trop mal se passer :

musée tezuka 4 musée tezuka 5

Le temps de se sécher un peu et d’acheter les tickets, on jette d’abord un œil à la grande salle du rez-de-chaussée consacrée à la vie de Tezuka. Au programme objets en tous genres, belles figurines représentants le maître ou encore mangas dessinés dans sa jeunesse.

Puis direction le sous-sol. Avant cela direction les toilettes pour Olrik the 3rd, petit détour par un couloir qui a permis de voir que même les endroits les moins intéressants n’ont pas été oubliés :

musée tezuka 10 musée tezuka 11

Au sous-sol, c’est l’atelier manga et dessin animé :

musée tezuka 12

Autant dire un endroity très intéressant pour les lardons puisque avec ce décor de S-F et tous ces ordis avec des applications ludiques à disposition, c’était l’assurance de claquer du mulot et de cliquer du bouton, activités qui ont au moins le mérite de laisser les parents tranquilles un moment.

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clic… clic… clic… clic…

Les laissant découvrir les jeux un quart d’heure, j’allai près de saint Osamu pour y aller de ma petite prière :

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La période vidéo-ludique terminée on prend l’ascenseur pour filer au premier étage. Une exposition peu intéressante nous y attend.

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Certes il y avait quelques beaux dessins, comme celui-ci, mais le reste était consacré à un mangaka contemporain qui avait réalisé des dessins en rapport avec l’univers de Tezuka. Sur la papier on se dit que ça pouvait être intéressant, le résultat m’a laissé totalement indifférent. L’expo (assez petite) a donc été balayée rapidement et je rejoignis la chair de ma chair…

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En train de cliquer du mulot !

Très bien, ça me laissait toute lattitude pour inspecter tranquillou les autres espaces du premier étage.

 Ici l’atelier dessin animé :

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… avec derrière tout plein de vitrines remplies de belles pièces :

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Là le coin lecture où j’imagine que l’on peut trouver l’intégralité de l’œuvre de Tezuka :

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Juste à côté le café pour y siroter une boisson avec le roi Léo et ses potes :

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Enfin (et bien évidemment) la boutique du musée :

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Hum ! Vais-je être raisonnable ou pas ?

On y trouve une marchandise est très accessible, on n’est pas dans le merchandising Ghibli souvent très onéreux. Des babioles (porte-clés, badges, cartes postales, gâteaux et bonbons, protège-documents, t-shirts, gashapons, posters…) mais des babioles joliment faites. Et pour celui qui veut ramener des cadeaux qui déchirent, il y a aussi de quoi aussi satisfaire son vice (figurines en édition limitée, jolies reproductions…).

Après être passé à la caisse, direction le rez-de-chaussée pour la salle de cinéma :

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Comme pour le musée Ghibli, il y a un roulement de plusieurs courts-métrages (quatre en tout). Là, on est tombé sur Osamu to Musashi (Osamu et l’insecte), petit film centré sur l’intérêt de Tezuka pour les insectes mais aussi sur ses débuts de mangaka. Simple, intégralement musical, le film a un petit côté Fantasia de par sa thématique et la qualité de la réalisation (Rintaro aux commandes, tout de même).

J’aurais préféré voir sur grand écran un court métrage réalisé par Tezuka lui-même mais enfin, on aurait pu plus mal tomber. Le programme plut en tout cas sans problème aux enfant et c’est ravis que nous sortîmes de la salle puis du musée pour… nous refarcir les quinze minutes de marche sous une pluie toujours bien atroce. Direction Osaka pour rejoindre Madame du côté du grand magasin Hankyu et déjeuner ensemble. Histoire de vaincre définitivement l’humidité qui était en train de ronger mes vieux os, un steak frites vint bien opportunément à la rescousse.

steak frites

Il fallait bien cela pour reprendre des forces. J’allais en avoir besoin puisque je fus à ça de paumer Olrik jr dans Dotonbori. Mais ça, c’est une autre histoire…

BONUS ! Envie de tester la marchandise avant d’acheter ? Simple étudiant qui n’a même pas une thune pour se payer une roteuse (alors, un voyage au Japon, vous pensez !) ? Pas de panique voilà de quoi saliver « comme si on y était ». On ne peut pas encore acheter les produits de la boutique ou tailler une bavette avec la serveuse du bar mais patience ! sûr que dans quelques années ce sera jouable.

 

 

 

Tenue ascétique exigée

Journées du 6,7 et 8 août

Certains ont la permission de minuit, moi j’ai eu la permission de Tokyo : Madame a accepté que je passe trois jours dans la capitale, seul, mais ce qui s’appelle être vraiment seul : c’est-à-dire sans avoir des clampins dans les jambes qui, quoique bien gentils, ont un gros impact sur l’emploi du temps quotidien, et sans Madame qui, là aussi, malgré toute les qualités dont elle fait montre est une bien piètre marcheuse et a souvent pollué mes marches de pauses excessives.

A moi la liberté donc, et c’est tout fébrile d’excitation que je descendis du Shinkansen pour retrouver, dix ans plus tard, les délicieuses sensations qui m’avaient assailli lors de mon premier voyage au Japon. Ce ne fut pas aussi intense, la familiarité ayant remplacé la surprise, mais extrêmement agréable quand même. Je n’entre pas dans les détails de ces trois journées, certains épisodes ayant ayant été évoqués (Jimbocho et la Golden Gai). Disons juste que les kilomètres à pied ont été dignement enquillés, l’œil à l’objectif, le sourire aux lèvres et fatalement avec un goût de reviens-y.

Le 8 je repris le Shinkansen pour rejoindre la tribu à Takatsuki. Finie la tranquillité mais revoir certaines bouilles m’allait bien aussi. Fini aussi le beau temps, un typhon étant de passage dans la région d’Osaka. De quoi pourrir le programme du lendemain et me faire regretter amèrement l’asphalte tokyoïte et pourtant, c’était mal connaître Olrik, cet homme décidément plein de ressources qui sut parfaitement deviner quel pouvait être la meilleure sortie à faire avec un temps de gogue et flanqué de deux lardons…

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Clochard à Shibuya (qui chercha à me taxer un coca cola)

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Panneaux publicitaires à Harajuku.

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Bonze à Ueno

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Mandarake : le seul endroit au monde où l’on peut acheter une figurine de maître Vitalis.

La Guerre des Jouets n’aura pas lieu

Journée du 5 août

Décidément bien trop de photos à trier et j’ai bien trop de choses à faire (visionnage d’épisodes, aller à la piscine, faire du jardinage, lire 50 pages quotidiennes de Balzac…) pour faire des articles allant dans le détail de mes journées lors du dernier voyage, a fortiori lorsqu’il s’agit d’une journée passée à Kyoto. Voici donc pêle-mêle une poignée de photos prises dans une poignée d’endroits. Je passe sur le Fushimi Inari Taisha et ses tunnels aux innombrables torii. J’avais vu trop de photos sur le lieu et cela a enlevé pas mal de magie, surtout lorsque ont débarqué des hordes de touristes chinois qui, avec la classe pas du tout sans-gêne ni bruyante dont ils sont coutumiers, m’ont pourri la moitié de mes photos et mon appréciation du site. Une autre fois, peut-être, mais surtout pas l’été.

Après cette déception, on chope le premier train venu…

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Calpis VS legs

… direction le nord de Kyoto pour y dénicher la mythique boutique Tozando. Mythique car le praticien d’arts martiaux sait combien le nom de cette enseigne réputée peut sous-entendre de beaux objets qu’il a peu de chance de voir en France et encore moins de tenir entre ses mains. Il s’agissait pour moi de me procurer un nouveau iaito (katana non tranchant) pour ma pratique du iaido. Après vingt bonnes minutes de marche à la sortie de la station Muratamachi, j’entrai dans le magasin :

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Yokoso !

Du choix mais pas tant que ça : par rapport à ma taille il y avait peu de iaitos avec la bonne longueur et ceux qui étaient dispos affichaient un prix dissuasif. Quant à le faire fabriquer avec ce que cela suppose de délais, il n’en était pas question. Il s’agissait surtout pour moi de prendre en main (indispensable pour ce genre d’achat) quelques modèles pour repérer ceux avec un bon équilibre afin d’acheter ailleurs à meilleur marché celui sur lequel j’allais jeter mon dévolu. Au fond on aperçoit un petit jardin permettant de manipuler tranquillement les objets convoités, sympa.

Après cette petite halte de quand même trois quarts d’heure (beaucoup d’explications du vendeur disponible que madame devait me traduire) il commençait à faire faim. En descendant la Higashioji-dori en quête d’un restau, on tombe sur ça :

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Un magasin de jouets vintage avec un Tetsujin 28 trônant fièrement dans le bordel entassé au premier étage toit ? Il n’en fallais pas plus pour qu’Olrik jr traverse fièfiévreusement (un peu mon cas aussi, j’avoue) la rue pour jeter un oeil à ses trésors :

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Une figurine d’Antonio Inoki ?! Y’a pas, ce magasin est un bon magasin.

Néanmoins difficile de poursuivre plus avant notre exploration du lieu car à l’entrée…

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… le sympathique vendeur, engoncé dans le recoin que le gigantesque bordel lui laissait, empêchait toute progression. J’aime bien le concept : tu baves mais tu n’entres pas. Un peu comme les maisons de thé avec geishas en somme. Bon, après, j’imagine que quelques billets de mille yens dépensés en trucs dispensables ont été ainsi épargnés, ce qui n’est pas plus mal.

Pour le reste, Gion essentiellement et pause goûter dans un fort joli salon de thé. Puis retour en début de soirée à Takatsuki. Pas trop le temps de veiller, le lendemain l’appel de Tokyo allait me réveiller assez tôt…

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Pas de rudbeckies autour du toboggan

Journées du 1 au 4 août 2014.

1er août

tsuno-mikoshi

Retour au petit matsuri de Tsuno où des jeunes mâles montrent aux donzelles de la petite ville de quel bois ils sont fait. Ça braille, ça éructe, ça fait le fier… et c’est au bout du compte lamentable et drôle puisqu’à force de faire les cakes les mecs ont brûlé leur réserve d’énergie en cinq minutes et se sont traînés tout le long du parcours à faire des pauses de deux minutes tous les dix mètres. Comme je disais, lamentable mais drôle.

2 août

Pluie :

pluie

 

3 août :

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A Miyazaki, on a le souci du bonheur des enfant. Ainsi ce magnifique toboggan qui, enfoui au beau milieu de mauvaises herbes, donnera l’impression aux mômes de vivre pour de vrai un épisode d’Indiana Jones.

Dans la journée petite halte au Yamada Denki pour une petite séance de fauteuil masseur :

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Et puis on y trouve de beaux spécimens de fleurs. J’adore les rudbeckies.

Le soir, dîner dans un restau où l’on paye un forfait pour y rester une heure et demie et bouffer tout ce que l’on veut. Avec un rayon vianda assez bien achalandé :

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De beaux spécimens de viande.

4 août

Début de l’habituel trip dans le trip, voyage de sept jours, le temps d’activer le Japan Rail Pass, qui va nous faire remonter vers Takatsuki puis aller à Osaka, Kyoto, Tokyo et d’autres destinations. 1ère étape à Takatsuki située entre Kyoto et Osaka (le rêve) et qui va constituer notre base puisque y habite lafamille de la cousine de Madame. L’occasion aussi de revoir sa grand-mère, vénérable vieille dame de 100 ans qui nous a quitté il y a quelques mois. Une belle mort comme j’aimerais en avoir : pas de maladie, pas de sénilité prononcée, juste une mort de vieillesse sans souffrance avec un visage d’une incroyable sérénité.

Avec le trajet en train, la visite à la maison de retraite et la soirée chez la cousine une journée des plus calmes donc. Le soir mini ballade dans les rues du quartier pour capter l’atmosphère de ces éclairages et de ces maisons qui donnent parfois l’impression que vous allez tomber sur un de ces yokai ou obake dont raffolent les légendes urbaines nippones.

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Profusion d’escaliers, de mangas, d’anguilles et de breuvages alcoolisés

Journées du 28 au 31 juillet 2014.

28 juillet

Journées bien tranquilles après la furie de l’Erekocha matsuri. Shopping, jeux avec les enfants et promenade en solitaire dans le quartier constituèrent le programme de la journée. Je rencontrai et saluai un vieux vélo sans selle, les pneus à plat et avec des début de contamination rubigineuse :

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Je lui donnai une pièce de cinquante yens pour l’aider à surmonter un peu mieux son quotidien et poursuivis ma route, le coeur navré mais édifié par la surprenante sagesse qui se lisait dans le regard de son feu avant.

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Retour au pont suspendu non loin de la petite ville d’Aya :

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Comme à son habitude, Madame, sujette au vertige comme pas deux, nous laissa traverser le pont tout seuls. Olrik the 3rd était un peu moins jouasse, il est vrai, mais la traversée, pour familière qu’elle soit (c’était la troisième fois qu’on y allait), procura le même plaisir devant le décor majestueux. A l’autre bout, l’aventure continuait avec un escalier de la mort qui offrait un périlleux mini-circuit :

tori-escaliers

Ce sera pour la quatrième visite du site, lorsque Olrik jr et Olrik the 3rd auront fortifié leurs mollets. Plutôt que d’entendre d’interminables plaintes (du genre « c’est long ! », « bon, on fait demi-tour ? »), je préférai tourner les talons, d’autant qu’il était midi et que Madame voulait nous offrir un restau situé dans la distillerie d’Aya.

Endroit sympathique d’ailleurs que cette distillerie, le magasin du site proposant une dégustation à volonté d’une jolie quantité d’alcools divers et variés (vin blanc, saké, shochu, whisky).

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Use at your own risk

Je me donnai bien pour goûter un maximum  et j’avoue que c’est le pas un peu tremblant que je gravis les escaliers menant au restaurant.

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Woopee !

Arrivé à l’étage, je sus néanmoins que le cadre allait être propice à un cuvage qui allait bien se passer :

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Et de fait, l’anguille passa le mieux du monde :

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30 et 31 juillet

Temps de chien, donc shopping et farniente. Petite virée au magasin de sport à l’Aeon du coin pour acheter un gant de baseball :

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… mais devant tant de choix et surtout de tarifs faisant dans le home run, j’abandonnai l’idée. Dans une librairie Olrik the 3rd essayait pendant ce temps de dégoter un bon Tezuka :

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« Eto… »

Librairie dans laquelle une marionnette de chat sadique me faisait de l’œil. J’imaginais toutes les belles histoires que j’allais pouvoir raconter le soir à Olrik the 3rd pour s’endormir mais là aussi, le prix prohibitif me donna quelques suées et je laissai tomber la belle marionnette.chat-marionnette

Nous rentrâmes les mains vides mais n’importe, c’était l’assurance de compenser en se remplissant le ventre de, devinez quoi ?

anguille-maisonD’anguille pardi !

 

Glace et mouchoir sexys sur le trottoir

Triste W-E pour moi puisque au même moment se tenait à des milliers de kilomètres l’Erekocha matsuri de Miyazaki. je n’explique pas à nouveau de quoi il s’agit, voyez ici ou matez cette vieille vidéo concoctée il y a quatre ans par mes soins (faites excuse pour la qualité de l’image, c’était avec une petite caméra de poing assez minable) :

A chaque fois que se tient le festival de danse, même si c’est toujours un peu la même chose, j’avoue être tout fébrile d’excitation lorsqu’on approche les dates se tenant fin juillet début août. D’ailleurs j’étais tellement excité la dernière fois que j’en suis tombé malade comme un  chien! Ça explique pourquoi on saute les dates du 24 et 25 juillet, bien mal qu’il était le père Olrik ! J’avais toutes les peines du monde à tenir une promenade de cinq minutes et encore plus un bon repas ou – l’horreur ! – une bière fraîche ! C’est dire si ça allait mal et j’ai bien cru quej’allais devoir faire une croix sur le matsuri.

Heureusement il n’en a rien été et c’est presque alerte (il y avait encore un peu de faiblesse) que j’ai pu enfoucher Tornado, mon fidèle destrier :

vélo

… pour rejoindre le matsuri. Au programme : numéros de danse, couleurs, costumes, chaleur lénifiante mais agréable, boissons fraîches toutes les demi heures et environ deux mille photos. Un léger tri a été effectué mais je suis encore loin du compte. Voici en tout cas six photos qui sont sorties de ce premier tri.

Journées du 26 et 27 juillet.

On commence avec une jeune fille rêveuse qui sirotait tranquillement son pot de glace pilée :

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Qui dit matsuri, dit bien souvent taiko :

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Vingt minutes de bruit et de fureur à la fin desquelles les musiciens finissent souvent exténués.

Preuve que ça allait mieux en ce qui me concerne, cette photo où une seconde après le drame de cette glace qui s’échoue lamentablement sur le bitume, j’ai dégainé le réflex pour choper la belle tache mais aussi les belles gambettes paniquées de l’acheteuse.

glace-velo-jambes

Moi, d’ordinaire, je suis le chevalier servant de ces dames. Un mouchoir qui tombe et, tel Gauvain, je me rue pour ramasser le délicat tissu. Après, il y a des circonstances qui font que je peux m’abstenir de toute galanterie. Assis sur un banc à vérifier les dernières photos, une bijin fait tomber son mouchoir, le ramasse, moi je dis : photo ! (et le mec derrière semble s’être aussi offert la sienne mentalement).

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Le soir, promenade dans l’arcade commerciale, évidemment bondée de monde :

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Même si ce vendeur, posté en face de son magasin de vêtements, semblait parfois bien seul :

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Seul aussi devait se sentir ce sashimi de cheval au bout de mes baguettes, alors que j’avais été rejoint par la famille pour passer un moment dans un izakaya. Son supplice ne tarda pas. Généreux, j’abrégeai ses souffrances en lui octroyant le droit de rejoindre dans mon estomac d’autres de ses camarades baignant dans de larges rasades de bière. Ouais, ça allait définitivement mieux.

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Un jouet pour les épouvantails qui ont gagné la bataille de mikoshis

Journées du 21, 22 et 23 juillet 2014

21 juillet

matsuri-bataille-mikoshiComme disaient les Musclés, c’est la fête au village ! Plus précisément à Sadowara, à quelques dizaines de kilomètres au nord-ouste de Miyazaki. Au programme : bataille de mikoshis ! A ma gauche l’équipe bleue, à ma droite la rouge. Le but ? Renverser le mikoshi adverse pardi ! Après, les bidules sont tellement lourds que j’ai peine à imaginer que cela ait pu arriver, on peut penser qu’il s’agit surtout de bloquer et de malmener au maximum l’adversaire. Une chose est sûre : les participants en chiaient comme des Turcs ! Un peu moins les chefs au-dessus, il est vrai, donner des coups de sifflet ou d’éventail faisant assurément moins transpirer. Si j’ai bonne mémoire ce sont les bleus qui ont gagné. Mais le combat n’était pas fini puisque j’enchaînai avec Madame dans une de ces virulentes disputes dont nous avons le secret et dont vous me pardonnerez de ne pas révéler la futilité de la cause.

22 juillet

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J’ignore si les épouvantails sont réellement efficaces avec les piafs. Il faut cependant reconnaître que ceux à visage d’enfant d’être assez inquiétants.

Le matin, petite incursion dans l’école où Olrik jr bossait pour la semaine. L’occasion de faire à la bibliothèque une belle découverte, mille sabords !

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23 juillet

toysrus-lyceennesAprès m’avoir tanné dix jours durant j’ai fini par céder : direction le Toysrus de Miyazaki. A défaut d’être en âge pour serrer tendrement dans ses bras une lycéenne, Olrik the 3rd jeta son dévolu sur un autre type de rondeurs…

Salutations à Ronald qui s’est fait foutre de lui au matsuri

Journées du 18, 19 et 20 juillet 2014

18 juillet

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Suite du matsuri du jour précédent. Comme le mauvais goût peut surgir n’importe où au Japon, le Mac Do de l’avenue où se déroulait le matsuri, en bon sponsor des festivités, avait installé une scène à côté du magasin sur laquelle se produisaient différents artistes. Parmi eux, Monsieur Padebol à qui il était échu la dure tâche d’endosser le costume de Ronald Mac Donald pour faire rire (enfin, tenter de) une foule franchement indifférente. Quelques donzelles le prirent bien après en photo, mais que le consolation fut maigre en comparaison des collégiens qui, hilares, lui lancèrent moult quolibets et plaisanteries blessantes. Il était très facile dès lors de lire sur le visage de l’artiste : « putain ! qu’on en finisse ! ». Dur d’être un clown has been…

19 juillet

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Parfois, l’été, on a l’impression que les matsuris ne s’arrêtent plus. Dès le lendemain, nouveau matsuri, cette fois-ci à deux pas de la maison, à l’école où Olrik Jr avait bénéficié d’une petite semaine d’étude histoire de bénéficier d’expérience totalement immersive avec des gosses de son âge. Je m’y rendis tout seul, le reste de la tribu ayant décidé de faire les feignasses sous air conditionné à la maison. Je fis bien, à un moment du matsuri les spectateurs avaient la possibilité de s’approcher de la scène afin de taquiner les taikos. Ça me changeait de Taiko no Tatsujin sur PS2. Genre de petite expérience toute conne mais que j’ai tendance à apprécier avec le même enthousiasme qu’un gamin.

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20 juillet

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Tournoi de baseball le matin à la même école avec le même rituel à la fin : les salutations entre les deux équipes suivies de celles au public. Le jour où l’on verra des mômes s’insulter où se foutre sur la gueule sur un terrain de yakyû n’est pas encore arrivé.