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Dans l’espace, personne ne vous voit lire Heibon Punch

C’est une des scènes les plus WTF ? d’Alien, et encore plus maintenant pour moi. Jusqu’alors je n’y avais jamais prêté attention mais je viens de remarquer un détail assez énorme.
Ça s’est passé le week-end dernier alors que j’avais enfin réussi à convaincre Olrik jr (désormais 13 ans et demi) de mater Alien en ma compagnie. Il a fallu travailler le bougre pour qu’il accepte puisque le pauvre chéri peut facilement avoir les pétoches et sait surtout combien son taquin de paternel peut user durant la projections de subterfuges pour lui faire subir moult jump scares. Enfin bref, passons les détails, il a fini par céder et quelques mois après avoir vu Shining, il a volontiers admis à la fin qu’il n’avait pas regretté l’expérience (next target : Aliens).
Et donc, de quelle scène, de quel détail s’agit-il ? Et surtout, quel rapport avec le Japon ? Voici : il s’agit de la fameuse scène durant laquelle on apprend qu’Ash n’est en fait qu’un vil robot à la solde de la compagnie qui a engagé l’équipage et qui est prête à les sacrifier pour ramener un échantillon d’alien sur Terre. Vous vous en souvenez peut-être, Ash pète alors méchamment les plombs, s’en prend physiquement à Ripley avant de manger froid lui-même en étant décapité par Parker.
J’ai dû voir Alien une bonne dizaine de fois et je n’y avais jamais prêté attention. C’est lorsque Ripley se prend les premiers coups de la part d’Ash. A un moment, il la saisit par le col et l’envoie valdinguer dans un espace où se trouve une couchette, vraisemblablement la chambre de fortune d’un des membres de l’équipage. On voit ce plan :


Avec sur la gauche toute une iconographie qui attira mon attention. Cet élément isolé, voici ce que cela donne de plus près :

Diable ! Indéniablement cela sentait la gravure idol japonisante des 70’s. Mais pourquoi ? why ? warum ? Je ne tardais pas à avoir ma réponse. Surplombant Ripley allongée sur la couchette et tentant de reprendre ses esprits, Ash se saisit d’un magazine posé sur pile à côté et le roule en rouleau :


Pour lui en donner un coup ? Non, mieux que ça, pour le lui enfoncer dans le gosier ! Et c’est alors qu’arrive cette image :

Au passage merci la magie du HD.

Oui, WTF car là, le doute n’était plus permis, on était face au kanjis du nom de ce doux magazine essentiellement des 70’s, magazine équivalent du Playboy américain, j’ai nommé Heibon Punch.
Dès l’instant où cette stupéfiante révélation m’apparut, inutile de dire que je n’ai plus eu l’esprit à suivre les détails de la lutte entre Ripley et Ash, je n’avais d‘yeux que pour d’autres détails du décor. Quand on revoie le film tranquillement avec moult arrêt sur images, on tombe par exemple sur ceci :

Eh oui, il n’y a pas un mais plusieurs exemplaire d’Heibon Punch. Et en s’arrêtant sur le plan du magazine avant qu’il soit façonné en rouleau on aperçoit un bout de la couverture :


On peut alors faire une recherche sur les couvertures du mag de l’année 1978. et on tombe alors sur ce numéro :

n°702 du 20 mars 1978

Numéro à l’intérieur duquel on trouve ce poster :

Soit celui que l’on aperçoit en bas de l’image.
Evidemment, je me gardai bien de faire ces remarques à Olrik jr qui de toute façon était dans son coin en train de comater d’effroi. Moi, je comatais de surprise, me repassant dans mon esprit ces mots, essayant d’y trouver un mot : un robot force Ripley à faire une fellation à un numéro d’Heibon Punch ! C’est plus Alien mais Alien VS Blow Up ! Les tentatives d’interprétation s’avéraient rudes, voire impossibles. Le présence de ce magazine dans le futur, à l’intérieur du Nostromo, indiquait en tout cas qu’un des membres de l’équipage avait bon goût. De qui pouvait-il s’agir ? Sans doute Parker, à moins que ça ne soit Brett, le personnage joué par Harry Dean Stanton. Il devait avoir méchamment cassé sa tirelire pour se procurer chez Mandarake cette pile de numéros.
Mais si l’on quitte la diégèse pour s’interroger sur les conditions de réalisation du film, se pose alors cette question : qui a fourni ces exemplaires ? Le chef décorateur ou bien… Ridley Scott lui-même ? Ne pourrait-on pas imaginer après tout Scott amateur de bijins dénudées sur papier glacé, fan hardcore de Pinky Violence et de Roman Porno et abonné de la première heure à Heibon Punch ? Cette passion l’aurait amené à disposer dans le décors les photos de ses bijins préf’ du moment et le fait qu’il ait tourné plus tard Black Rain au Japon pourrait alors être vu comme la démarche d’un fana d’yeux bridés en amandes pour contempler au plus près la cause de ses fantasmes mais aussi afin d’en profiter pour compléter sa collec’ de mags dans les meilleures librairies du Japon. On est libre de ne pas partager mes hypothèses mais pour moi, c’est comme qui dirait cousu de fil blanc et je sais que je ne reverrai plus jamais Alien de la même manière.
Sur ce, je vous laisse, tout cela m’a donné envie de commander un Heibon Punch sur Yahoo auctions. Hum ! Comment s’appelle déjà la douce sur le poster ? Ai Wakasugi ? Allons donc y faire une petite recherche…

Bijins de la semaine (45) Les bijins du numéro 2910 de Playboy

Petite remontée dans le temps aujourd’hui. Direction les Etats-Unis. Epoque : octobre 1982. Imaginez : vous êtes un petit fonctionnaire sortant du bureau et, histoire de décompresser,  vous vous arrêtez à un kiosque pour acheter le dernier numéro de votre magazine favori, je veux parler de ceci :

playboy octobre 1982

Playboy n°2910

Avec en couv’ la délicieuse Tanya Roberts qui nous promet de montrer des endroits plus intimes à l’intérieur, chouette  programme isn’t it ?

Mais avant d’arriver aux roberts de Roberts, bien plus intéressantes (du moins à nos yeux) sont ces pages 97 à 101 dans lesquelles le journaliste nous pond un essai-photo à fort potentiel bijinesque. Ce n’était pas la première fois que Playboy envoyait un photographe pour aller à la rencontre des tétons de sculpturales mousmés de notre bien-aimé pays. Souvenez-vous de cet article du numéro de décembre 1968 dans lequel apparaissait Naomi Tani, LA SM queen de la Nikkatsu. 14 ans plus tard, le merveilleux magazine (un plaisir au passage de feuilleter ces vieux numéros, de zyeuter certes les photos de nu mais aussi ses dessins humoristiques, ses vieilles pubs ou encore ses articles culturels – comme cette interview de Kubrick en septempre 1968), le merveilleux magazine donc remet le couvert avec un article sobrement intitulé :

Playboy-1982-Pages-1-2

Clique pour mieux voir !

Au programme la « disorienting beauty » (joli) de bijins aux noms exotiques : Hiroko Watanabe, Mayako Murata, Natsuko Kann, Michiko Yazawa, Kumiko Kimura, Ron Shina, Michiko Suzuki, Kaoru Ishida, Mieko Isogai, Mutsumi Terashima et Emi Nokayama. Leur métier ? Jeune actrice en devenir, modèle, bunny girl, étudiante, professeur de piano ou institutrice (coquine !).

playboy-bijin

Yuki Ogura, institutrice. Bon, ça va, la compromission est limitée.

Joli éventail de bijins donc, et joli éventail de mises en situation. Toujours un peu facile, mais il faut  bien en donner pour son argent au lecteur. bref on a droit à des corps nus au sento, devant des tatouages de yak’, se trémoussant devant une lanterne japonaise, ou s’épanouissant au milieu d’une rizière. Cliché donc, mais comparées aux modèles occidentaux de l’époque très maquillés et aux épouvantables brushings (eighties oblige), on se dit que nos bijins du jour s’en sortent bien et auraient largement mérité de ravir à Marianne Gravatte le titre de « Miss October » (en particulier Emi Nakayama, la plantureuse créature qui conclut l’article).

Bref voici en exclu les pages restantes de cet article de haute volée. A zyeuter avec respect, retenue, admiration et forcément la marlboro au bec et un glass de Rémy Martin (une pub apparaît dans le numéro) à la main.

pub marlboro

Une marlbroro, un canasson, des photos de bijins à poil… je vais bien.

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le ZOOM n°96 de mars 1982 (spécial Japon)

« Dans la famille ZOOM spécial Japon, je demande le n°96 de mars 1982. »

Gagné ! C’est reparti pour une présentation d’un vieux numéro de ZOOM, l’excellente revue de photographie des années 70 et d’une partie des 80’s. Je ne pense pas vraiment tirer sur la corde, je suis sûr que certains parmi vous n’ont pas hésité à se procurer les deux précédents numéros (hein Bouffe-tout ?). Pour ce nouveau spécial Japon, voici ce qui vous attend : Lire la suite le ZOOM n°96 de mars 1982 (spécial Japon)

le ZOOM n°45 de juillet 1977 (spécial Japon)

Présentation du n°45 de ZOOM sorti en juillet 1977. A nouveau du lourd puisque la revue propose un coup de projecteur sur rien moins que 11 artistes, le tout complété de plusieurs articles instructifs sur différents arts.

Pour ce numéro, carte blanche a été donné à Shuji Terayama qui se fend d’un édito (matez au passage le sommaire) :

Cliquez sur l’image pour mieux voir. Oui, je suis comme ça moi, je prends soin de la vue de mes chers lecteurs.

Précisons que le sommaire ne mentionne pas huit articles en début de revue, notamment un écrit par le génial Toshio Matsumoto (the Funeral Parade of Roses) qui s’enthousiasme de la grande prolixité du cinéma japonais expérimental de l’époque, ainsi qu’un autre d’un journaliste japonais livrant quelques réflexions sur Obayashi, Terayama et Sakumi Hagiwara.

Evoquons aussi un article intitulé « Dracula, vampirisme dans l’art japonais » ainsi qu’un article à la fois et succinct et complet sur le mangaka Kazuo Kamimura. Ça fait toujours plaisir de voir que des journalistes pouvaient écrire des choses intéressantes sur les mangas dans la presse française au début des 80’s (il est vrai que le journaliste est lui aussi japonais).

Puis arrivent les portfolios des onze photographes (plus précisément « créateurs d’images ») :

Il est intéressant d’accéder en 2011 au travail de onze créateurs d’alors. Certains sont restés connus, d’autres -à ce qu’il m’a semblé du moins – sont tombés dans l’oubli. Il faut dire que leurs oeuvres, pour le moins hétéroclites, n’ont pas toutes gardé la même modernité. Si la série d’un Shinoyama sur les tatouages des yakuzas :

et surtout de ceux de leurs femmes !!

… a encore beaucoup de gueule, on ne peut pas en dire autant d’un Hajime Sawatari qui nous fait le coup des compositions oniriques avec des fillettes davidhamiltonesques. A chacun de voir en fait. Ce qui est sûr, c’est que l’on en ressort avec tout de même quelques bonnes surprises. Voir gicler sur une grande page une œuvre de Tadanori Yokoo :

… donne toujours un plaisir visuel particulier. Il en va de même des œuvres de Terayama himself :

… et de celles d’un Masayoshi Sukita, spécialisé dans les portraits de musiciens (et chargé des prises de vue dans le film de Terayama Jetons les livres, sortons dans la rue) :

Bref, quoique inégal, vous aurez compris que ce n°45 est du même tonneau que le n°95 évoqué précédemment,  les deux formant une passionnante plongée dans une effervescence créatrice et avangardiste du Japon de la fin des 70’s et du début des 80’s. On ne peut que regretter que cette revue de qualité, arrêtée (du moins en France) au milieu des années 80, n’ait pas d’équivalent de nos jours.

prochain numéro qui sera présenté en ces pages : le n°96.

Couverture signée Kishin Shinoyama

le ZOOM n°95 de janvier 1982 (spécial Japon)


Pour autant que je me souvienne, j’ai toujours associé la revue ZOOM aux femmes à poil. Que voulez-vous, votre serviteur n’était à l’époque qu’un écolier, et si les filles lui étaient plus un poison qu’une douce potion, il n’en restait pas moins que le corps féminin lui suscitait déjà une certaine curiosité, curiosité que ZOOM satisfaisait assez bien.

Un grand merci à mon papa donc pour, outre un certain nombre de GÉO, possédait rangée dans son bureau une bonne vingtaine de numéros de cette somptueuse revue de photographie. Je me revois encore pénétrer dans son bureau, tout pantelant d’émotion et les mains moites, pour aller admirer ces admirables corps de femmes que je ne risquais pas de rencontrer dans ma cambrousse. N’allez point imaginer des choses, le feuilletage des livres se faisait en toute décontraction, loin de toute pratique douteuse. Oui, à cette époque, j’étais pur, innocent, le coeur sur la main je ne rechignais jamais à aller faire des commissions :

Avec le recul, l’image que j’en ai est donc sensuelle mais aussi très artistique. OK, il y a de la femme à poil mais attention, on n’est pas dans Playboy. Si ZOOM faisait assez souvent la part belle au nu, cette revue était de manière générale une revue sur la photographie en tant qu’art. Pas de place pour une rubrique amateur à la Chasseur d’Images, ici on a affaire uniquement à du pro, qu’il soit européen, américain ou asiatique. Le tout dans un grand format assez chic et avec moult infos parfaitement documentées et souvent d’un aspect très technique. Je me rappelle ici d’un numéro dans lequel deux ou quatre pages, je ne sais plus, étaient consacrées à la photographie dans Barry Lyndon et notamment à ce fameux objectif Zeiss que Kubrick alla dégotter auprès de la NASA. Bref, pas une revue de branques vous pouvez me croire, tellement de qualité que les collectionneurs sont prêts à débourser plusieurs dizaine d’euros pour se les procurer. J’aurais d’ailleurs bien voulu faire main basse sur la collec’ de mon père, malheureusement, cela fait belle lurette qu’ils ont été vendus ou peut-être même jetés…

Perdus ces bouquins, mais pas mes souvenirs de cette revue. En y repensant dernièrement à je ne sais plus quelle occasion, une idée, toute bête, m’est venue: et si le magazine avait consacré des numéros intégralement consacrés à la photographie japonaise ? Une rapide petite recherche et là, bingo ! je tombe sur ça :

OMG !

Le temps d’aller prendre ma carte bleue pour sauter sur l’occasion (quelques euros sur Priceminister), et le temps aussi d’attendre quelques jours à guetter l’arrivée de ma factrice, je le reçois enfin, ce matin précisément, le cœur battant aussi fort qu’à l’époque de mes équipées dans le bureau de mon père. Allais-je être déçu ? Que non pas, ce numéro tenait au contraire toutes ses promesses, jugez plutôt du programme :

Oui, je sais, c’est une photo. Désolé mais le bouquin était trop grand pour mon scanner et j’avais pas envie de me prendre la tête à faire des collages.

On commence gentiment avec un article sur les premières décennies de la photographie japonaise :

Le texte de ces douze pages est somme toute succinct mais efficace. On y apprend que la première photographie prise par un Japonais date de 1857 (il s’agit d’un portrait du seigneur Shimazu Nariakira), que Ueno Hikoma et Shimooka Renjo, les deux premiers photographes professionnels, ont ouvert chacun leur studio en 1962 ou encore que les premières cartes postales que les commerçants occidentaux étaient tout contents de se procurer sont apparues dès 1970. Sont évoqués aussi les premières « photos d’art » qui apparaissent dès la fin du XIXème siècle ainsi que la récupération de la photographie de terrain par le gouvernement à des fins propagandistes. Le tout avec force illustrations bien sûr, photos parfois connues, souvent nettement moins.

Suivent sept interviews de photographes qui sévissaient à l’époque (et encore aujourd’hui pour certains). Là aussi, si le nom de l’excellent Kishin Shinoyama était loin de m’être inconnu, je ne peux en dire autant des autres. Ainsi Masaaki Nakagawa :

Yoshihiro Tatsuki :

ou encore Hideki Fujii :

Gosh !

Je ne rentre pas trop dans les détails car je me promets bien de réactiver prochainement le filon d’articles sur les photobooks en revenant très probablement sur ces artistes dont on a à chaque fois en pleine page plusieurs exemples du travail. Les pages sur Kishin Shinoyama sont assez surprenantes : surtout connu à l’époque pour ses photos de nus, son actualité d’alors consistait en des photographies de voyage. « Je n’ai jamais voulu me spécialiser dans tel ou tel domaine, explique-t-il, pour moi, photographier, c’est vivre au présent, s’intéresser à son siècle, être au courant de tout, ou au moins vouloir tout découvrir ». Les huit clichés gracieusement offerts par GEO en sont une belle illustration :

J’ai déjà vu cette tête, mais où ?

Terminons enfin avec un article sur l’Asahi Shimbun :

Doyen des journaux japonais (il fut crée en 1879), l’Asahi est une formidable machine, un poids lourd alors en avance sur son temps (l’article explique comment le travail des journalistes est informatisé de A à Z, chose inédite à cette époque) et surtout « un des plus vastes magasins d’images du monde ». Les trente photos qui accompagnent l’article donnent en effet cette impression.

Entraînement d’écoliers de Tokyo en cas d’alerte au séisme, le 1er septembre 1981 (jour anniversaire du tremblement de terre de 1923) Photo de Makoto Sugaya.

Terminons enfin avec l’article pour les hard fans de la technique, celui intitulé « Nikon Story » et retraçant en 33 pages touffues la chronologie détaillée de l’histoire de Nikon :

Assurément l’article le plus WTF? du numéro. On y apprend notamment que le Reflex-NIKKOR 500 mm f/8 était en 1968 la…

version compacte du 500 mm f/5 par réduction de l’ouverture annulaire et variation du tirage par translation du groupe frontal. Formule catadioptrique du type MANGIN 5 lentilles en 3 groupes avec 2 miroirs. Ouverture fixe f/8 modifiable pour la lumination par filtre gris atténuateur. Distance mini 4m. Dimensions 93 x L 139 mm. Remarquablement petit le 1/3 de sa focale ! Poids 1 kg ».

Il en faut pour tous les goûts : ceux qui ont un durcissement caverneux devant de jolies poupées et ceux qui l’ont devant de tels descriptifs. Pour ma part, j’ai assez vite passé mon chemin même si je dois avouer que le travail de fourmi du journaliste force le respect.

Bref, si comme moi vous aimez la photo et que vous avez une tendance un peu monomaniaque à acheter sans réfléchir de vieilles revues en rapport avec le Japon, n’hésitez pas, ce ZOOM n°95 est fait pour vous, l’essayer c’est l’adopter. Et vous savez quoi ? C’est que ce n’est pas fini puisque très prochainement j’évoquerai le contenu du ZOOM n°96, lui aussi intégralement consacré au Japon bordel à queues ! Merci qui ?

« MERCI OLRIK ! »

PS : j’offre un shochu à celui qui me dit qui est cette mystérieuse femme.

Bijin de la semaine (22) : Naomi Tani dans un numéro de Playboy (collector!)

Playboy est un grand magazine de charme. Enfin, « était » car je me retrouve moins aujourd’hui dans ce qu’il propose : Photoshop est passé par là et on se retrouve maintenant devant d’étranges pin up, quelque part entre des filles réelles et les créations de Gil Elvren, encore que ces dernières aient une fraîcheur indémodable qui fait défaut aux donzelles numérisées d’aujourd’hui. Elles sont lisses, parfaites, interchangeables de corps. On chercherait en vain le moindre défaut, il n’y en a pas, ils ont été annihilés par un des innombrables filtres et autres plugins du logiciel d’Adobe, et on ne sait plus trop si l’on se trouve devant une photo ou une peinture réalisée sur ordinateur. On peut aimer, moi ça me laisse totalement froid.

C’est pourquoi le Playboy des années 50, 60 et (un peu moins) 70 me semble imbattable (les 80’s, avec leurs filles surmaquillées, limite vulgaires, me font quant à elle frémir. On glisse déjà un peu vers la sophistication à outrance) en terme d’érotisme photographique – j’entends dans le domaine des magazines de charme. Le corps n’y est pas passé à la moulinette de la numérisation, seuls comptent la plastique de la fille et le savoir faire du photographe qui va se débrouiller pour valoriser au maximum ce qu’il a sous les yeux, pendant la prise de vue puis dans la chambre obscure. Si trucage il y a, ce ne sera pas tant pour raboter un menton disgracieux ou gonfler des seins, mais pour faire preuve de créativité en réalisant une situation originale. Ainsi cette photo, tirée d’une série de 1968 sur les signes du zodiaque :

Le cancer (Michelle Angelo). Les gros seins sont d’origine.

Vous me direz qu’avec un tel modèle, pas vraiment besoin d’atténuer les défauts puisqu’il n’y en a pas (encore qu’il faille aimer les larges aréoles). Mais cela serait oublier un peu vite le côté « mondo sexy » de la revue qui va aux quatre coins du monde prendre des clichés de barmaids, de stripteaseuses ou de simples playmates en herbe, bref de femmes certes girondes mais dont la plastique présentant quelques aspérités ne leur permet pas forcément de postuler au glorieux rang de Playmate du mois. Elles ne sont pas parfaites : la poitrine peut être un peu tombante, la croupe un peu trop généreuse, qu’importe ! au moins a-t-on l’impression de se trouver face à de vraies femmes, de celles que l’on pourrait croiser dans la rue, et c’est ce que j’aime dans ces reportages. Ainsi Muneko Nishi que j’ai évoquée il y a deux semaines mais aussi les femmes de ce numéro de décembre 1968 dans un article que j’ai cherché en vain durant des années et que j’ai enfin déniché seulement la semaine dernière, article sobrement intitulé « Girls of the Orient ».

Un bien joli reportage qui aligne des photographies de jeunes femmes asiatiques de toutes origines et dans des postures parfois « acrobatiques » :

La délicieuse (mais inconnue au bataillon) Philomena Tan. On apprécie au passage le symbolisme phallique simple mais toujours efficace.

Le corps ne cherche pas à gicler en gros plan à la face du lecteur comme c’est trop souvent le cas dans les Playboys (et autres revues de charme) actuels. Le photographe aurait pu le faire et on peut être sûr que les photos auraient contenté les camionneurs ou les ados prêts à consommer tout de suite. Au lieu de cela, il s’est enquiquiné à enrouler un poteau d’un joli tissu et à y faire grimper la donzelle. Le corps est alors un élément du décor qui étonne par sa position et qui émoustille : perfection de l’arrondi et de la blancheur de ce popotin qui jailli du maté de la peau. Et tant pis si on ne voit pas le côté pile de la dame, cette petite portion de chair lisse au milieu de ces poteaux rugueux et de cette atmosphère maussade suffit amplement à contenter à la fois l’érotomane et l’amateur de photographie, et à leur tirer un « wow ! » d’admiration satisfaite.

Autre exemple :

La seule, la grande, l’unique Lin Su Tuan. Vous ne connaissez pas ? Ne vous en faites pas, c’est normal.

Visage joli mais sans plus, côtes un peu seyantes et poitrine pas loin d’être plate. Loin des canons bunnygirlesques chers à Hugh Hefner. Mais portrait original utilisant un filtre orange. Les cheveux filasse donnent comme une impression de vouivre venue de l’enfer. Il faut aimer mais une fois encore, l’effort artistique sort des sentiers battus, et pas besoin de retouche digitale.

Poursuivons :

Grace Gao

Là, on est quasiment dans le photoreportage. On en est d’ailleurs à se demander si c’est bien un exemplaire de Playboy que l’on a entre les mains. N’était le « Playboy » en bas à gauche, on m’aurait dit qu’il s’agit d’une photo prise par untel, grand reporter des 60’s, je l’aurais cru volontiers. Même si le modèle est de connivence, il y a ici ce côté « instant décisif » bressonesque qui, conjugué à un joli rendu des couleurs, un bokeh qui enveloppe magnifiquement le sujet et une composition fourmillant de détails, nous fait comprendre que certains photographes chez Playboy étaient loin d’être des manchots et des coquilles vides niveau imagination. Et le tout habillé s’il vous plaît ! Difficile d’imaginer qu’une telle photo soit possible à notre époque où gros nibards et toison désespérément épilée au poil près sont le minimum minimorum des magazines érotiques sur papier glacé.

Achevons :

Comment ? Vous ne reconnaissez pas Metta Roungrat ? Mais sortez de votre grotte que diable !

Photojournalisme, one more time. Et là, le modèle ne regarde même pas vers l’objectif. L’instant semble volé au quotidien et la rencontre avec la jeune femme totalement le fruit du hasard. Elle est sans doute belle mais son profil laisse supposer une beauté ancrée dans son monde, loin, très loin derrière des playmates telles que China Lee, Diane Chandler ou Susan Bernard (cliquez, n’ayez pas peur, c’est du miel pour vos petits yeux). Et habillée une fois de plus. Pas grave : elle tient de bien jolies bananes.

Dans ces conditions, vous comprendrez que c’est tout fébrile que je m’empressai d’admirer dans cet article une photo mythique et fantasmée depuis longtemps : rien moins que l’unique photo de Naomi Tani pour Playboy ! Je ne vais pas présenter Tani à nouveau, je l’avais déjà fait pour Drink Cold.  Faisons court, on palabrera après. La voici, on se tait, on admire :

100 vues du mont de Vénus de Naomi Tani

Mon premier sentiment a été d’être un peu déçu. Habitué à voir des photos de la Rose Noire offrant sa chair généreuse au plus près de l’objectif, je m’attendais, j’espérais une photo de Tani à la sauce « Playmate of the Month », c’est-à-dire un portrait en pied absolument imparable, donnant envie de scruter le moindre centimètre carré de sa peau. Dans cette optique, on en est évidemment pour ses frais. Réduite comme Philomena Tan à un simple élément du décor, il faut un peu écarquiller les yeux pour voir qu’il s’agit bien de Naomi Tani. On est donc d’abord un peu dubitatif. Et puis, je ne sais pas, il me semble qu’il y a tout de même quelque chose qui se dégage de l’ensemble. Quelque chose d’original. Habituellement, Tani est un peu la bête de sexe, l’épouse modèle qui se transforme en mère dépravée dès qu’on l’attache et la fouette, bref une icône du roman porno made in Nikkatsu. Rien de tel ici. On pourra trouver clichés ce kimono, ce soleil levant et ce Mont Fuji mais c’est justement ce que j’aime. Tani est ici montré comme un archétype, celui de la belle femme japonaise, à l’opposé de toutes les déviances qui émaillent ses films. Il y aurait même du yokai érotique dans l’apparition de cette bijin dénudée dans ce trou du cul du monde uniquement composé de mauvaises herbes, de cailloux et de bancs ancestraux. Méfiance, cela cache quelque chose, et puisqu’elle nous cache son mont de Vénus, contentons-nous donc de l’imaginer par la présence ironique du mont Fuji qui, lui, ne fait rien pour se cacher.

Non, vraiment, à la réflexion, dans le style érotique fantasmatique, une chouette photo. Merci Monsieur Hefner.

De rien gamin !

À propos d’un vieux numéro de GÉO

Quand je cherche ce qui a provoqué en moi ce virus pour le Japon, je n’ai pas à chercher trop longtemps. Ce n’est pas très original, je n’ai que l’argument du manga et de l’animation comme prémisses puis comme catalyseurs à une envie de découvrir ce pays. Cela n’a pas toujours été, il y a eu des périodes d’éloignement, de lassitude voire de dédain vis-à-vis de cet intérêt. Mais ce dernier est toujours revenu plus prononcé que jamais et a fini par s’installer définitivement.

Merci aux mangas et aux dessins animés donc (et puis, quand même ! au cinéma). Et pourtant, en tombant dernièrement sur un magazine chez un bouquiniste, je me suis demandé si mon intérêt ne devait pas non plus quelque chose à cet ouvrage :

Ce magazine, c’est le n°49 de GÉO, publié en mars 1983, et comprenant un reportage de 40 pages sur le Japon moderne. C’est l’époque des débuts de ce magazine qui, alors qu’il venait d’achever sa quatrième année, était en vogue et s’affichait déjà comme le magazine de voyage incontournable. J’ignore où il en est maintenant mais à l’époque, j’ai souvenir d’un photojournalisme de qualité. En tout cas percutant aux yeux d’un gamin qui allait à l’école primaire. À l’époque, mon paternel avait été séduit par le mag et s’était abonné. Habitant alors dans un échantillon de la cambrousse bretonne, j’aimais bien cette fenêtre mensuelle sur le monde, tout ne me parlait pas mais il y avait toujours un reportage qui pouvait m’intriguer voire me laisser une vive impression ; aujourd’hui encore, je suis surpris, lorsque je tombe sur des vieux numéros au hasard d’une brocante ou sur l’étale d’un bouquiniste, de voir combien les photos de couverture me paraissent familières.

Il en a été ainsi lorsque je suis donc tombé récemment sur ce n°49. Je me suis aussitôt rappelé de ce visage lunaire en couverture. Et quand j’ai ouvert le mag, je suis tombé sur ça :

Street shooting conceptuel dans le Roppongi  des 80’s ! Moi, je kiffe.

Double page familière, oui. Mais pas dans le même sens que d’autres articles de GÉO. Familière parce que je me suis alors souvenu combien mes yeux d’enfant s’étaient écorchés à parcourir encore et encore ce fascinant reportage. Je n’ai aucun souvenir du texte que je n’avais vraisemblablement pas lu. Pas de regret, en le lisant aujourd’hui je m’aperçois qu’il n’y a guère de changements par rapport à aujourd’hui en ce qui concerne les thèmes abordés et ce que l’on en dit. Mais pour ce qui est des photos, j’ai été soufflé de voir comment la moindre image s’était inscrite dans ma mémoire. Je n’ai pas souvenir d’un reportage de GÉO aussi riche en photos. Pas loin de 70 images vous sautent à la gueule, le mot n’est pas trop fort, tant on a l’impression en feuilletant les pages de voir défiler un gigantesque Luna Park. « Mais c’est quoi ce pays ? » me suis-je sûrement demandé devant ces situations, ces trognes, ces accoutrements hors norme. Ici un couple dans un love hotel se jetant un coussin avant de passer à l’acte, là une geisha jouant au bowling. Et encore un sumo levant la jambe face à une grosse voiture, comme prêt à lui pisser dessus, un scène d’hanami bourrée jusqu’à la gueule de Japonais piqueniquant, des salary men s’entraînant en masse au golf, des catcheuses s’agrippant dans la boue, des employés faisant des exercices de gym avant de se mettre au travail, des enfants à des cours de piano, des enfants à des cours de calligraphie, des punks, des épouses dociles, des manifestants, des rockers, des courbettes, des buildings, des lumières. Et une imparable fascination pour le lecteur, a fortiori quand il n’est qu’un écolier qui en est encore à mater Téléchat en bouffant sa tranche de Nutella pour le goûter. Remarquez, je dis ça, mais c’était cool Téléchat.

Et Léguman for ze ouinne!

Difficile de dire quelle trace ce numéro a pu laisser dans mon esprit et surtout s’il a joué une part dans ma passion pour le Japon. Mais quand je pense à mon goût quasi exclusif pour la photographie exercée là-bas – et en particulier dans les villes, je ne peux m’empêcher de faire un lien. Si je goûte volontiers à une ballade dans des coins champêtres ponctués d’improbables torii et recouverts du bruit assourdissant du chant des grillons, je préfère l’ivresse du maelström humain qu’offrent les villes japonaises. Et pas forcément besoin de le comprendre dans ses spécificités, ses contradictions : la capter avec un objectif suffit largement à mon bonheur. Il en va de même avec ce kaléidoscope de quarante pages : une jubilatoire claque dans la gueule. Peut-être clichée maintenant tant on l’habitude de peindre le Japon comme le pays de tous les excès.  Mais il y a 25 ans, c’était sans nul doute puissamment exotique. Si on m’avait dit à l’époque que ce serait plus tard d’une familiarité de tous les instants…

Bijins de la semaine (13) : Reiko Ike & Miki Sugimoto dans un numéro de Heibon Punch de 1971

Un petit rail de bijin aujourd’hui mais alors, juste pour la forme, avec des images et peu de texte. Parce que là, si je dois m’appesantir sur la carrière de ces deux filles, j’ai pas fini. Sans doute ferai-je un jour un article pour chacune d’elle, un de mes buts avoués est d’ailleurs de faire l’article définitif sur Reiko Ike. Malheureusement, la masse de travail est à l’image de sa poitrine, énorme, et je vais pour l’instant me contenter de dire que ces pin up sont deux des grandes figures de proue d’un genre de film particulier : le pinky violence, comprenez le film de loubardes dans lequel les scènes de crêpage de chignon alternent avec des scènes plus ou moins épicées. Vous trouverez un exemple à la fin de mon article sur Yayoi Watanbe(féministes s’abstenir) Lire la suite Bijins de la semaine (13) : Reiko Ike & Miki Sugimoto dans un numéro de Heibon Punch de 1971