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Bulles de Japon se déconfine

Depuis la création de ce site c’est la première fois que la période estivale a été si peu productive. Habituellement, je me love avec délice dans les photos et les vidéos de séjours au Japon afin de restituer certaines expériences, quand je ne suis pas tout simplement au Japon, dans la bicoque belle-familiale de Miyazaki, passant mon temps à faire du vélo, à assister à des matsuris ou à me murger au shochu.

Mais là, je dois dire que le Japon, en dehors bien sûr du regard velouté de Madame Olrik, je m’en suis tenu à la portion congrue durant ces deux mois. Pas le courage de voir le moindre film japonais et encore moins le moindre drama, le moindre anime. Au mois de juin j’étais parti sur une longe de shojos mangas et puis finalement j’ai abandonné. Aussi bien vous comprendrez qu’alimenter ce blog en articles aussi frais que du maguro à Toyosu était du domaine de l’impossible. J’ai suivi avec un certain intérêt le basho d’été qui a vu la victoire du revenant Terunofuji, mais de là à écrire dessus…

Bref, qu’ai-je foutu durant ces deux derniers mois ? Ma foi, j’ai écrit. Plongé dans l’écriture d’un roman qui me permettait de m’évader d’une situation peu avenante, j’ai pissé de la ligne jusqu’à plus soif. C’est qu’il faut vous dire, mes maîtres, que le mois de mars, date du début du confinement, m’a été plus particulièrement traître, avec un important sinistre survenu dans ma maison. Je vous épargne les détails, avec la ribambelle de coups de téléphone et de devis auprès des assurances et des artisans qui ont failli me rendre dingue. J’en suis sorti, Dieu merci ! ou plutôt presque puisque subsistent encore une ou deux opérations pour que tout redevienne comme avant.

Mais c’est là que d’une certaine manière je serai presque reconnaissant à ce coup du sort puisque sans lui je ne me serai jamais plongé avec la même fièvre dans le plaisir de dérouler une histoire et de voir des personnages prendre vie. J’avais bien tenté quelques expériences de ce genre autrefois mais cela n’était jamais allé plus loin que quelques nouvelles, les tentatives de romans ayant toutes lamentablement avorté.

Commencée au mois de mai, la bête s’est achevée hier, avec 750 pages au compteur. L’histoire ? Le genre ? Disons que l’on est dans la chevalerie de fantaisie sérieusement mâtinée de Dumas.  Et le Japon dans tout ça ? Ben, y’en a quand même, que voulez-vous on ne se refait pas, avec deux trois personnages de bijins qui forcément à un moment se trouvent partiellement ou totalement dénudées. Bref le machin est fini dans sa structure, ne reste plus qu’un colossal de travail de relecture. On verra à la fin si cela vaut le coup d’être photocopié pour être envoyé à des éditeurs.

En tout cas petite pause avant de me retrousser les manches de nouveau, et retour au Japon en attendant de savoir si je garde ce site tel quel ou si je le rebascule dans sa forme initiale en wordpress.com.

Pour commencer, je reviens sur une info que j’avais balancée sur FB il y a quelques semaines, celle concernant l’existence d’un bar qu’on aimerait tous avoir à deux pas de chez soi : le Kulture Pop Café, à Saintes. J’ai eu justement habité cette ville il y a maintenant un certain temps mais il m’arrive d’y passe encore de temps à autre. Grâce à la rencontre d’un couple franco-japonais dans ma ville, j’avais appris son existence et il est vite apparu que nous n’avions pas le choix, qu’il fallait absolument prendre la voiture pour découvrir ce lieu. Son principe, à part celui de proposer des boissons ? Être vaste, proposer contre 5€  l’accès durant une heure à des bornes d’arcades, de vieilles consoles et à un étage où se trouvent des milliers de livres (comics ou mangas). Le tout agrémenté d’une multitude de posters, de figurines, d’objets issus de la collection personnelle du patron, collection patiemment constituée au fil de ses nombreux voyages au Japon.

Le gars a ramené pas mal de magazines de mangas, exemplaires qu’il a généreusement mutilés pour faire la déco de comptoir la plus cool de l’ouest !

Bref, vous l’aurez deviné, tout cela fleure bon la passion, comme l’atteste aussi cette vitrine dans laquelle se trouvent l’intégralité des gashapons consacrés à Akira, chose que je n’ai jamais vue, même au Mandarake de Nakano !

Qu’y avait-il encore ? De mémoire une collection invraisemblable de figurines Ultraman, une belle figurine Gavan, le laserdisc original de Ninja Scroll, de chouettes posters en tissu Ashita no Joe, une borne d’arcade avec presque tous les jeux neo geo (gros plaisir tactile à rejouer à KOF 94 !), un distributeur de gashapons (que le maître des lieux m’a avoué avoir acheté sur yahoo auctions), etc. etc. Croyez bien que j’ai passé dix bonnes minutes à tout inspecter avec grand intérêt. Je suis même tombé sur un vieux jouet, une navette spatiale que j’avais quand j’étais encore en maternelle ! De quoi se sentir bien avant de s’installer à une borne pour fritter Olrik the 3rd à Windjammers.

Pendant ce temps Madame Olrik était sortie pour faire quelques magasins et nous a rejoints au bout d’une heure, à la fin du forfait, pour prendre ensemble un verre tout en discutant avec le patron qui, encore une fois, n’a pas construit le projet de ce bar au hasard mais parce qu’il exsudait la passion du Japon par tous les pores. À noter qu’il agrémente la vie de son bar d’activités ponctuelles, comme des tournois de Mario Kart ou la tenue d’ateliers de calligraphie animés justement par la japonaise du couple rencontré par chez nous. Bref, si jamais vous passez du côté de Saintes, vous l’avez compris, le Kulture Pop Café, y’a bon !

Plus apaisé (encore que le café soit calme, le volume des bornes et des téléviseurs accueillant les consoles ayant été réduit chacun au minimum, ce qui est une bonne idée), le Parc Oriental de Maulévrier, près de Cholet, parc ayant la réputation d’être le plus grand jardin d’Europe (29 hectares) d’inspiration japonaise. Ayant souvent l’occasion de me rendre à Saumur où habitent mes parents, j’avais toujours hésité à m’y rendre. D’un côté le site était prometteur. De l’autre, est-ce que cela valait le coup quand on avait goûté à des originaux ? Eh bien après m’y être répondre, je puis répondre, oui, ça vaut le coup.

Du vert, de bleu et le beau rouge d’un tori, allez ! Ça commence pas si mal !

Créé entre 1899 et 1913 puis restauré en 1987, le parc n’a rien de vain dans sa tentative de donner à voir un bout de Japon. Je craignais quelques effets grossiers dans leur exotisme et finalement, je dois bien avouer que tout cela est beau et convaincant. Et agréable car pour avoir arpenté des parcs au Japon l’été, on a ici le plaisir de se ballader et d’admirer sans suer à grosses gouttes au bout de cinq minutes (il est vrai que nous y sommes allées en déhors des journées caniculaires). La parcours fait une grosse boucle autour d’un étang, avant de remonter sur des hauteurs où se trouvent un « pavillon des plantes » où se trouvent une vaste collection de beaux et onéreux bansaïs attendant un acquéreur, mais aussi une « maison de thé » où l’on n’a certes pas le plaisir de se voir offrir un thé vert mousseux concocté par une vieille en yukata mais où l’on peut commander une bière japonaise et la siroter à côté d’un point d’eau dans lequel se trouvent des Koï.

Le petit coin à côté duquel vous pouvez siroter votre boisson.

Enfin l’inévitable boutique avec des souvenirs, de l’encens japonais et des objets de décoration. En poursuivant notre chemin pour gagner la sortie, il y avait aussi une étonnante sculpture représentant deux joueurs de taiko :

Nous n’avons pas fait les nocturnes, pour cela il fallait raquer et surtout rester encore plusieurs heures pour en profiter, chose qui aurait gavé tout le monde à des degré divers. Mais une autre fois, sûrement, le Parc ayant évidemment pour vocation à être exploré de nouveau, surtout à différentes saisons (automne et printemps plus particulièrement). En attendant de vivre un jour un hanami au Japon, j’en tenterai sans doute un à Maulévrier, un jour…

Après l’évocation de ce parc, j’hésite à partager une découverte manga. En fait deux. Bon, je voulais commencer par la plus trash mais finalement, après Maulévrier, je vais d’abord conseiller la lecture de Natsuko no sake :

Créé par Akira Oze et publié entre 1988 et 1991, le manga suit la trajectoire d’une jeune femme, Natsuko, désireuse de reprendre la brasserie de sake familiale afin de produire un des tout meilleurs saké du Japon. Alors que je me baladais dans les rues de Tours et que je furetais dans différentes librairies, je suis tombé sur le tome 2 et j’ai tout de suite été séduit par le dessin, la composition des planches et le propos qui semblait tenir autant du documentaire que de la fresque familiale. Et après m’être procuré le tome 1 et en avoir commencé la lecture, cette première bonne impression a été confirmée. Tout cela sent bon le saké d’exception mais surtout la plongée dans un Japon rural peuplé de personnages hauts en couleurs. L’édition japonaise comprenant douze tankobon, on peut penser que l’édition française comrprendra cinq ou six volumes (le premier tome fait 450 pages). À dix euros le volume, la collec’ de ce titre intéressant se fera sans douleur.

Le deuxième manga, plus trash donc, bien plus trash, est Starving Anonymous. Le propos : au Japon des groupes de personnes entiers se mettent subitement à disparaître. Le personnage principal est l’un de ces infortunés dans un début rappelant celui de Battle Royale. Alors qu’il se trouvait dans un bus pour rentrer chez lui, il s’aperçoit que tout le monde s’évanouit à cause d’un gaz soporifique diffusé à l’intérieur du bus. Il finit lui aussi par tomber dans les bras de Morphée et à son réveil, il s’aperçoit que tout ce petit monde a été transféré dans un gigantesque endroit dans lequel ont lieu… des expériences bizarres et dans lequel vivent des êtres… ben bizarres, quoi !

Je n’entre pas dans les détails pour vous laisser le (dé)plaisir de la surprise. Disons que si vous aimez les délires de Hiroya Oku dans Gantz, il y a des chances pour que vous aimiez. Sexe, violence et imagination macabre à côté de laquelle celle de Go Nagai dans Devilman ferait presque sourire, voilà ce qui vous attend. Série courte en sept tomes, de quoi éviter tout effet de monotonie.

Voilà voilà pour les mangas. Pour les anime, je conseillerai bien Uzaki-chan wa Asobitai pour son fan service :

… même si je sens qu’à la longue cette série va me gonfler.

J’informe sinon au cas où qu’Aggretsuko va revenir pour une troisième saison à la fin du mois sur Netflix :

Si vous ne connaissez pas, vous pouvez y aller, grosses barres de rires en perspective.

Enfin, pas de meilleure conclusion que de rappeler qu’Akira ressort en 4K sur nos écrans. Olrik jr, 15 ans, m’a fait remarquer il y a quelques jours que notre nouveau cinéma le proposait et en VO s’il vous plaît ! J’ai beau le connaître par cœur, je sens que je vais de nouveau succomber à l’ivresse des jegogs indonésiens lorsque la bande de Kaneda va s’occuper des Clowns. Rasera ! Rasera ! Rasera !

 

 

Nihon no oto #8 : contre le boucan des cigales : la fūrin

L’été, on l’a vu, entendre les cigales faire leur boucan n’est pas toujours charmant car cela va de pair va avec une certaine chaleur, chaleur qui n’a rien d’apaisant au Japon.

Mais il est un autre bruit qui, lui, peut avoir l’effet inverse. Imaginez, vous êtes dans le salon d’une maison typiquement japonaise. Vous êtes affalé sur les tatamis essayant de lire un bouquin quelconque mais vous avez bien du mal tant il fait chaud. Vous pourriez mettre la clim’ bien sûr, mais comme il est quinze heures de l’après-midi et que vous êtes tout seul, vous avez quelques scrupules à mettre en branle une débauche d’énergie rien que pour vous. Du coup vous avez mis un ventilateur, ouvert les portes fenêtres en espérant que le vent décide de pénétrer à travers la maison.

Mais rien ne se produit. Il fait toujours aussi chaud et vous en êtes déjà à votre cinquième glace garigari-kun que vous vous mettez illico à transpirer à travers les pores de votre épiderme. Vous êtes sur le point d’angoisser sévère lorsque retentit subitement ce bruit :

Et tout de suite, Ô miracle ! vous vous sentez mieux. Doshite ? Parce que le bruit en question vient d’une fūrin (風鈴, d’après les kanjis signifiant « vent » et « cloche ») qui a été accrochée à proximité d’une des fenêtres que vous avez ouvertes. A l’origine servant à protéger les temples des mauvais esprits, on les utilise maintenant surtout comme un placebo sonore pour vous donner l’illusion de la fraîcheur. Et ça fonctionne assez bien. A l’appel non désiré de la chaleur que ces maudites cigales créent avec leurs cymbales, c’est l’appel bienfaisant du vent qui se lève qu’émettent ces petites cloches que l’on peut acheter en verre, en céramique ou en métal, et desquelles pendent un petit morceau de papier où est inscrit un haïku la plupart du temps.

Moi, quand je les entendais, je savais que je pouvais alors ranger mon bouquin, prendre une part de suika dans le frigo, la déguster tout en savourant les sons aigus de la furin, puis sortir pour une balade en vélo à travers les rizières ou jusqu’au centre-ville de Miyazaki. Il y aurait bien un peu de sueur à pédaler, oui, mais avec la brise détectée par la furin, le plaisir allait presque transformer le vacarme des cigales en douce mélopée.

Depuis le temps, c’est évidemment un petit souvenir que j’ai ramené à la maison. Un peu comme pour le bansho, le temps de sa résonance agit à chaque fois comme un délicieux dépaysement.

Sur ce je vous laisse, j’ai prévu aujourd’hui de faire pour la première fois des melonpans et je vais enregistrer la cuisson avec mon micro afin de voir s’il n’y aurait pas un son pouvant servir de base à un article. Si cela ne donne rien de concluant, j’aurai toujours la consolation de les bouffer.

 

Nihon no oto #7 : la cigale japonaise, Hendrix de la cymbalisation

Impossible de ne pas l’évoquer dans cette série d’articles estivaux. Les concertos, parfois les symphonies que cette bestiole (la « semi », 蝉) concocte avec ses copains constituent à chaque fois le tube de l’été qu’il est bien impossible d’ignorer. Je ne me souviens plus trop vers quelle heure le matin on commence à entendre les premiers accords, mais je crois que vers 8-9 heures, ça cymbalise pas mal (les cymbales étant étant les petits organes situées dans l’abdomen à l’origine de ce bruit). Et dans les heures qui suivent, jusqu’à environ 16-17 heures, cela peut prendre des allures d’orchestre wagnérien :

Difficile alors de dire si ce son est plaisant à entendre tant il est associé à la chaleur ambiante, parfois étouffante. Imaginez : vous vous trouvez dans l’atmosphère climatisé d’une maison, vous vous dites qu’il serait bon de sortir un peu pour vous promener et vous entendez alors ce bruit qui sonne comme un méchant comité d’accueil calorifère. Vous savez alors que vous risquez d’en baver et de fait, surtout entre onze heures et quatorze heures, vous avez l’impression d’être comme David Carradine dans le générique de Kung Fu, alors qu’on le voit traîner ses sandales sur le sable chaud d’un désert :

Régulièrement, on aperçoit sur le bitume la carcasse d’un de ces insectes passablement mahousses :

Une vie de quelques semaines à jouer le gros son de leur musique, et rien que cela, avant de rendre l’âme. Chapeau bas, les artistes !

Nihon no oto #6 : les mélodies pour les aveugles aux carrefours

Au Japon, il n’y a pas que les corbeaux comme volatiles qui emplissent l’air des villes de leur vacarme. Il y a aussi, et surtout, le cri du coucou :

Ainsi que le pépiement joyeux de petits zoziaux :

C’est qu’au Japon, il y a 1900 carrefours avec des passages piétons et comme le pays a toujours été en avance pour aider la vie de ses malvoyants, on a quasi systématiquement de ces carillons synthétiques pour indiquer le moment où le bonhomme passe au vert. « Quasi » car sur ces 1900 carrefours, environ 500 tendent à faire de la résistance en conservant les deux mélodies utilisées depuis la conception de ces signaux sonores. Si vous êtes allés au Japon, impossible que vous ne les ayez pas entendues. Le premier d’abord :

Il s’agit en fait d’une berceuse pour enfants, Tōryanse (通りゃんせ). Qu’elle se retrouve sur les carrefours peut s’expliquer par le fait qu’elle est traditionnellement associées à un jeu d’enfants similaire au jeu anglais London Bridge is Falling Down dans lequel des enfants passent sous une arche formée par les bras de deux enfants se tenant par les mains, arche qui tombe dès que la musique s’arrête pour attraper l’enfant passant juste à ce moment. On voit du coup l’idée de la musique sur le carrefour. Tant que vous l’entendez, avancez, mais dès qu’elle s’arrête, arrêtez vous aussi avant de passer le passage afin de ne pas être « pris ».

Plus surprenante est la deuxième mélodie

 

Elle sonne peut-être plus familièrement aux oreilles anglophones puisqu’il s’agit d’un air folklorique écossais, Common frae the town (aka Comin’ thro’ the Rye):

Ne zappez pas, vous êtes bien toujours sur Bulles de Japon.

Par contre, là, pour donner une explication du pourquoi du comment, le rapport avec un signal pour malvoyants, j’avoue que c’est plus chaud et peut-être, tout simplement qu’il n’y en a pas. La mélodie est simple, accrocheuse, immédiatement reconnaissable, et c’est tout ce qui importait quand elle a été choisie. 

Dans tous les cas, profitons bien de ces mélodies qui vont tendre à disparaître dans les années à venir au profit des pépiement d’oiseaux, jugés moins distrayants et plus efficaces quant à la sécurité. Dommage car durant mes longues promenades au Japon, je les aimais bien, moi, ces mélodies finalement typiquement japonaises. Elles apportaient au moment de traverser le passage piétons une sorte d’entrain, comme un aiguillon chassant la fatigue naissante après une marche fatigante dans la touffeur de l’été. Comme on le voit bien sur la photo qui suit, ça vous donne la pêche quoi !

Groovy baby !

En fait, au Japon, traverser un passage piéton, c’est limite pénétrer sur un dance floor.

 

Nihon no oto #5 : le bonshō

Si vous promenez vos basques aux alentours de 17H à Gion, dans le petit réseau d’échoppes de souvenirs, vous l’entendrez. Quand vous montez l’escalier se trouvant ici :

Vous accédez en face de la grande statue de Kannon (la déesse, pas le chevalier d’Or des Gémeaux) et c’est à votre gauche que vous tombez sur le bonshō, cette cloche bouddhiste en bronze et parfois de taille imposante :

La première fois que je l’ai entendue sonner enfin, je veux dire emplir l’air de son gong ! métallique et grave, c’était il y a trois ans, en compagnie des enfants et après une rude après-midi de marche. Je n’y reviens pas, j’avais déjà détaillé le périple en deux parties (ici et ). Evoquons juste le moment de plénitude lorsque, après avoir gravi les escaliers, nous nous assîmes à quelques mètres du temple où officiait le sonneur de bonshō :

Juste le silence duquel jaillissait à intervals réguliers le gong de la cloche, bruit qui semble au début comme appeler vigoureusement l’âme mais qui, en mourant peu à peu avant de se fondre complètement dans le silence environnant, incite aussi cette dernière à se fondre dans le tout qui l’entoure. La cadre s’y prête, loin du piétinement touristique au bas des escaliers, je me souviens du calme, de la douceur et de la beauté qui se dégageait du lieu et de cet instant. 

On devrait à chaque fin de journée écouter le son du bonshō. A défaut d’en installer un dans mon jardin, je vais essayer de me dégoter un son hd pour le faire retentir à chaque fin de journée, vers 17H, au moment du retour du travail. Ça vaut bien le paracétamol, et ce sera plus économique.

Nihon no oto #4 : la boîte à musique dans l’atmosphère vaporeuse du sento

Difficile de dire dans quelle proportion on retrouve ce genre de musique dans les sentos et les onsens puisque la musique n’est déjà pas systématique dans ce type d’établissement. En tout cas, dans le onsen de centre ville que j’ai l’habitude de fréquenter à Miyazaki, le Tennen Onsen Gorakuyu, elle est indissociable du plaisir de fin de journée que j’y trouve. Je ne reviens pas sur le détails de mes baignades là-bas. Reprécisons juste qu’à l’heure où les sentos tendent à disparaître, cet établissement situé à l’étage au-dessus d’un bowling est précieux. De l’extérieur, c’est évidemment hideux, loin d’un onsen situé dans une auberge en pleine montagne :

Mais une fois à l’intérieur, le côté sas de décompression fonctionne pleinement :

Cela commence dès le guichet avec les jeunes et charmantes caissières, se poursuit avec le corridor qui longe la salle de restauration, le local des massages, et qui se termine avec les vestiaires dans lesquels règne un grand calme quel que soit le nombre de clients. Puis on accède à l’espace couvert où se trouvent les habituelles douches à prendre en position assise et différents bassins pour se relaxer avant ou après les autres bassins situés à l’extérieur.

Bon, ça a l’air le bordel comme ça mais en fait c’est très simple.

C’est dans cet espace intérieur qu’est diffusé ce genre de musique :

Le niveau sonore, peu élevé, est recouvert par la multitude de splash ! de pschiiit ! et autre flosh ! émanant des activités opérées par les clients. Mais on l’entend tout de même et, quand arrive le moment de pénétrer dans l’un des bains après s’être lavé, il faut reconnaître qu’une autre relation au temps s’établit grâce à elle. Non que l’esprit s’intéresse de près aux notes qu’elle diffuse et ne voit pas ainsi le temps passer. Mais associée à l’effet balsamique du bain, elle n’est pas sans aider à décrocher mentalement pour se laisser fondre tranquillement dans l’atmosphère, tel un morceau de sucre dans une tasse de lait chaud, ou plutôt tel un bébé qui téterait sa mère tout en écoutant cette musique pour l’aider à s’endormir. Comparaison incongrue ? A mes yeux elle expliquerait en tout cas pourquoi je ne peux m’empêcher, une fois la baignade terminée, de prendre un de ces flacons de lait que l’on trouve dans le distributeur dans le coin rafraîchissement.

Sinon, pour ce qui est des splash-pschiiit-flosh, vous les entendrez, et avec eux bien d’autres sons, dans ce remarquable clip promotionnel :

Nihon no oto #4 : le jingle Yamada Denki

A l’ère des achats sur internet, je suis toujours surpris de l’existence massive des grands magasins Yamada Denki. Pourtant, à chaque fois que j’y vais, je ne peux pas dire qu’il y ait foule. Souvent il y a moins de clients que de vendeurs. Ces derniers sont toujours souriants, imperturbables, attendant le chaland pour d’éventuels conseils qu’ils sauront prodiguer généreusement.

Quand on est au Japon, il y a toujours quelques virées au Yamada Denki du coin. Les enfants filent explorer les rayons jouets et jeux vidéo tandis que je flâne à celui consacré aux appareils photos et aux caméras. Je me suis bien calmé dans ce domaine, ça fait maintenant pas mal d’années que je me contente de mon hybride Panasonic sans que je ressente le besoin de changer de modèle. Néanmoins, comme ces magasins permettent d’essayer en libre service de luxueux joujoux, j’aime bien y passer un peu de temps pour voir cela. Mais attention ! pas trop longtemps non plus. Car pour revenir à la posture impeccable des vendeurs, je ne sais pas comment ils font pour garder leur calme. La faute à un jingle obsédant comme seuls les Japonais savent les créer et qui retentit toutes les deux minutes. En voici un petit éventail de versions :

Je me souviens qu’Olrik jr, à l’époque où il avait 3-4 ans, adorait y aller. La faute au rayon jouets sans doute mais sans doute aussi au combo clim-jingle. Manquait plus qu’un employé en train de faire le con dans un gros costume de mascotte pour avoir l’impression d’être dans une sorte de mini parc d’attraction. Ce n’est pas Darty. C’est pas Disneyland non plus, c’est quelque chose entre les deux.

Et inutile de songer à changer de crèmerie pour moins morfler auditivement. Chez l’autre grand concurrent, Kojima, c’est pas vraiment un Nocturne de Chopin qu’on vous sert :

Nihon no oto # 3: le vendeur de tofu

A l’origine, j’ai entendu ces trois notes dans des épisodes de Maison Ikkoku. Toujours les mêmes, avec cette même lenteur un poil lugubre. Je ne savais pas à quoi elles renvoyaient car à chaque fois on les entendait sans que l’on sache qui était à leur origine. Mais dans mon esprit elles étaient indissociablement liées au Japon.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris leur fonction. Alors que je lisais un matin dans le salon de la maison des beaux-parents, je les ai entendus retentir dans le quartier, se rappelant à mon bon souvenir. Je demandai alors à Madame de quoi il s’agissait. « Oh ça ? C’est le marchand de tofu. » Je n’allai pas jusqu’à quitter la maison pour affronter la chaleur qui claquait bien déjà et vérifier, je la crus sur parole.

En allant par la suite à la pêche aux infos, j’ai appris qu’une version se contentant des deux premières notes existait. Apparemment c’est la version avec les deux notes qui est la plus répandues puisque les deux notes  seraient supposées évoquer les deux syllabes du mot tofu.

Avec la troisième note, ça donne ceci :

On notera l’absence de charme rétro du vendeur puisqu’il s’agit d’une bête camionnette. C’est que se coltiner ce genre d’engin rescapé de l’ère Showa (et sûrement pesant son poids), ce n’est plus tellement d’actualité, même si…

Et oui, des petites remorques en métal trimbalées par un vendeur soufflant dans sa cornette peuvent encore être croisées. Un jour, quand j’entendrai retentir dans le quartier le bruit du marchand de tofu, j’essaierai de prendre mon courage à deux mains pour aller vérifier son apparence. Mais ces deux-trois notes ont un tel pouvoir soporifique que ce n’est pas gagné…

Nihon no oto #2 : le carillon des conbinis

J’aime bien les conbinis. Autant je n’ai rien à carrer des supérettes françaises, autant faire une petite halte dans un convenience store japonais lors d’une balade à pieds ou en voiture, c’est à chaque fois un petit plaisir l’été, une petite parenthèse de clim’ où il s’agira la plupart du temps de se prendre une canette fraîche, une glace tout en glissant un œil au passage sur la bijin en couverture de Weekly Playboy (en ce moment c’est elle ). Avec dès l’entrée ce petit détail sonore, un son synthétique, parfois une mélodie qui annoncent l’entrée d’un nouveau client. La perception du son s’accompagne illico de la sensation de fraîcheur liée à la climatisation ainsi que des formules de politesse que les employés affairés ne manqueront pas de dire. Le bruit synthétique qui retentit n’a rien de beau mais constitue une césure entre l’extérieur chaud et bruyant et l’intérieur frais et calme, toujours vectrice d’un certain plaisir.

 

Nihon no oto #1 : le bruit de la canette qui tombe de la machine

Nouvelle série d’articles sur BdJ. Habituellement, l’été arrivant c’est le moment pour moi de reconstituer des souvenirs à partir de photos ou de vidéos prises lors de séjours ultérieurs. Sans doute y aura-t-il quelques articles de ce type dans les deux prochains moins mais je vais surtout essayer de farfouiller dans mes captations vidéos pour y trouver ces « Nihon no oto », ces bruits du Japon qui éveillent pour moi un plaisir immédiat.

La chaleur estivale aidant, je commence aujourd’hui avec ce bruit qu’il est rare de ne pas entendre au Japon au moins une fois dans la journée, surtout lorsque l’on s’y trouve l’été. Matin, après-midi, soir, peu importe, c’est un de ces rituels que l’on fait sans trop réfléchir, juste pour le plaisir d’appuyer sur un bouton et de se mettre dans le gosier une boisson fraîche. Dans la vidéo qui suit, j’étais surtout repu de bonne nourriture, de bière et de shochu après un dîner familial mais peu importait, me rendre en claquettes au distributeur de boissons à côté pour humer un peu la fraîcheur nocturne tout en dégustant un café au lait glacé était le moyen de dessaouler gentiment avant de rejoindre la clim de la chambre conjugale.

Le bruit que j’associe infailliblement à ce rituel est le clonc ! que fait la canette en tombant. Bruit bref, comme le sera l’ingurgitation du breuvage – les canettes de café n’étant pas vraiment mahousses. Mais bruit consolatif car annonciateur d’un plaisir sucré et rafraîchissant, toujours appréciable dans un pays où les grillons jouent des symphonies à la puissance toute wagnérienne…

 

En attendant que le temps se purge

Aeon un dimanche matin

Dimanche 22 octobre

C’était donc bel et bien reparti pour des aventures japanisthanaises. Mais attention ! fallait voir à ne pas aller trop vite pour ne pas se claquer. Raisonnablement (et un peu lâchement), je décidai de ne pas chausser mes baskets pour aller courir sous la pluie. A la place, j’optai pour me rendre en famille au grand Aeon en famille, histoire d’aller voir l’actualité de choses aussi essentielles que les films alors programmés au cinéma, quels étaient  les KitKat de la saison, s’il y avait de nouveau trucs sympa à becqueter ou à boire, dénicher des gashapons cool bref, occuper mon temps de manière intelligente.

Highway to consumerism

Arrivés là-bas, nous mîmes un peu de temps à nous garer. Le dimanche, c’est un peu la journée à éviter, a fortiori quand le temps n’est pas à la fête, ce genre de complexe commercial ayant tendance à devenir le véritable centre ville, condamnant l’ancien à n’exister qu’à travers les bars et les restos. Quoi qu’il en soit, de nouveau en pleine possession de mes moyens, mes super réflexes en action, je fondis comme l’aigle royal sur la première place libérée, n’en pouvant plus d’attendre de retrouver l’atmosphère mercantile du lieu.

A l’intérieur, en passant devant les films à l’affiche au cinéma situé à l’étage, je tombai sur cette bobine bien connue :

Beat était dans la place avec Outrage Coda, dernier volet de sa trilogie des « Outrage ». Aller le voir en avant première était tentant, même s’il était sans doute plus raisonnable sa sortie en France pour profiter des sous-titres, plutôt essentiels pour ce type de film. Bon, on verrait cela plus tard (je rappelle sinon que le film sortira en France le 1er décembre sur e-cinema.com).

Plus loin, au magasin Jusco, à la redoutable section des machines d’arcade pour les enfants, les kids décident de se payer une partie de Dragon Ball Heroes. C’est le drame ça, Dragon Ball Heroes. Cela condamne un parent à attendre à proximité que son mouflet ait terminé sa partie dans une atmosphère de bruits particulièrement agressive, le tout multiplié par deux quand on a le malheur d’être dimanche. Mais Olrik the 3rd était tellement et fier de faire ses toutes premières parties (au précédent voyage il s’était contenté de regarder jouer le grand frère), que je l’observai patiemment mettre au point sa stratégie pour latter du méchant :

Pour ceux qui ne connaîtrait pas, c’est LE jeu d’arcade pour les shonen boys. Il se joue avec des cartes qui représentent des personnage de la série. On les dispose sur l’écran-table (c’est la nouveauté, il y a un an, c’était juste un plateau) et Ô surprise ! ils apparaissent sur l’écran du haut. Le joueur peut alors affronter une troupe d’adversaires en changeant les cartes de place pour effectuer de savants tours tactiques afin d’augmenter la puissance de son équipe, et en appuyant au bon moment sur un gros bouton pour être sûr que les coups envoyés fassent le plus de dégâts possibles.  Simple, précis, efficace, addictif. Bref, japonais.

Quinze minute de tumulte plus tard, direction le rez-de-chaussée. A la boulangerie, une pancarte me rappela que j’allais découvrir les joies d’Halloween au Japon…

… tandis qu’une autre indiquait qu’attention ! le Beaujolais nouveau, c’était pour bientôt !

Le cocktail zombie et gros pif promettait d’être explosif.

De l’humidité du typhon à l’humidité houblonnée

C’en était tout pour la première incusion à Aeon. L’après-midi, direction le centre-ville. La Delta Force se scinda en deux : Madame et Olrik Jr allèrent à la librairie Tsutaya tandis que j’emmenai Olrik the 3rd redécouvrir les plaisir du sento à l’Aceland. J’ai déjà raconté les plaisirs du lieu, je ne vais pas m’appesantir. L’endroit était toujours aussi relaxant et vivifiant, mais j’avoue que faire le combo sauna + bassin d’eau froide a été plus intimidant cette fois-ci. Autrefois j’y allais façon samouraï de l’ère Edo. Choc thermique de l’extrême ? Rien à cirer, j’étais un putain de dur ! Là, avec le petit air frais automnal, ça ajoutait en difficulté. Prudemment, je me contentai d’immerger les cannes, on ferait mieux plus tard.

Regaillardis, nous rejoignîmes Madame et le grand frère à Tsutaya. Fatalement, nous retrouvâmes ce dernier à l’étage, là où se trouvaient les rayons mangas mais aussi ceux des jeux vidéo. Tout à son excitation de bientôt posséder la Switch, il explorait soigneusement le rayon consacré à cette console afin de fantasmer sur les jeux qu’il se promettait bien d’avoir dans un proche avenir.

De mon côté, je fantasmai un peu sur ça :

Un jeu PS4 qui allait sortir, un cross over entre l’univers d’Hokuto no Ken et le système de jeu de l’excellente série des Yakuza. Depuis la PS2 j’avais tenu bon, j’avais toujours résisté à l’envie de me procurer la PS3 et la PS4 mais là, tenir le coup en 2018 promettait d’être duraille.

Pendant que tout le monde continuer de bouquiner à la librairie, je m’extirpai de Tsutaya pour me faire un petit quart d’heure de ballade en solo dans les rues du centre. Ambiance aussi lugubre qu’irréelle. Les restes d’un typhon avaient fait leur œuvre. Ici des vélos renversés sur un parking…

… là des enseignes lumineuses essayant péniblement de donner signe de vie au milieu de magasins fermés et d’une absence d’animation qui contrastait avec la frénésie de l’Aeon.

De quoi refroidir les ardeurs et se dire que le Japon durant l’automne, ça n’allait pas être la joie. Mais c’était sans compter sur les ressources de la belle-famille qui, puisque nous étions depuis la veille entièrement réunis, avit projeté d’offrir un resto dans un établissement spécialisé dans le shabu shabu. Le temps de rentrer et de repartir tous les six afin de se remplir la panse (prélude à qui allait devenir la norme durant quinze jours), je me retrouvai ainsi face à une couleur que je connaissais par cœur…

Ainsi qu’une multitude d’ingrédients qu’il fallait disposer dans un plat séparé en deux compartiments (un pour le shabu shabu, l’autre pour le sukiyaki). J’ajoute que nous disposions d’une bonne heure afin de commander à volonté (excepté les boissons qu’il fallait payer en sus) tous les plats désirés :

Assez vite je fus gagné par cette sensation de bien être consistant à remplir l’estomac de tout plein de saines choses tout en détendant l’esprit avec force rasade de bière puis de shochu. La mauvais temps dehors n’avait alors plus d’importance. Décidément, le Japon l’automne, finalement ça promettait.

Autumnal Mystery Tour in Japan

Allez, c’est le moment de reprendre les rênes de ce site, après une absence de plus de trois semaines, because voyage au Japon. Remarquez que j’aurais pu me fendre de quelques articles durant le voyage, comme je l’avais fait lors du précédent, mais je ne sais trop pourquoi, il m’a cette fois-ci été impossible d’achever là-bas un quelconque article. Sans doute parce que le séjour durait bien moins longtemps que les précédents (quinze jours au lieu de quarante) et qu’il m’importait de faire autre chose que d’être devant un écran à empiler des lignes. Et puis, tout bêtement, il y avait aussi une question de plaisir. Autant la dernière fois il y avait eu plaisir à raconter au plus près des choses vécues, autant là, j’ai senti qu’il serait plus vif en décalant la rédaction.

Bref, une semaine après un retour qui a été bien moins cauchemardesque que le précédent, me revoici devant mon écran pour tenter de relater ce huitième voyage au Japon, voyage sous couleurs (presque) automnales, une première pour moi.

Mon beau-père est un génie du mal

Prévu depuis cinq mois, aidé financièrement par des beaux-parents qui se languissaient à l’idée de devoir attendre une année de plus avant de voir leurs petits-enfants et qui étaient prêts à raquer les billets d’avion pour raccourcir notre retour, ce séjour devait se faire durant la Toussaint, avec un aller se faisant un deux fois. D’abord, dès le mardi avant les vacances, Madame partait flanquée des enfants, histoire de gratter quelques journées en plus avant les vacances, puis moi en solo dès le vendredi.

Le voyage ne fut pas totalement sans histoire pour Madame Olrik puisque son avion, accusant au départ de Roissy un retard de quatre heures, arriva à Tokyo avec autant de retard, la condamnant à se rendre à un hôtel avec les enfants pour prendre le lendemain matin le premier avion pour Miyazaki. Mais les merveilles de la technologie étant ce qu’elles sont maintenant, je pus suivre via Skype le déroulement des opérations et être rassuré.

Moins rassurant en revanche était la capacité de mon beau-père à entreprendre des trucs en mon absence. Pour faire simple, adorant ses petits-fils, il a déjà cette capacité à faire sortir comme Garcimore des billets de dix mille yens de ses poches pour ensuite les filer à Olrik jr et Olrik the 3rd, public forcément tout acquis à ce type de spectacle. D’un côté, ça leur fait plaisir, de l’autre, merde ! s’il s’agit de les pourrir pour les transformer en Abdallah comme dans Tintin, moi je dis stop !

Du coup, avec l’arrivée de l’anniversaire d’Olrik jr, je me méfiais. Méfiance légitime car c’est le jeudi que j’appris via Skype que le beau-père, en discutant avec Olrik jr afin de connaître quel serait son souhait de cadeau, lui proposa le choix entre… la Nintendo Switch ou la PS4 !

A gauche, la peste, à droite, le choléra.

Il faut vous dire ici un truc : je n’ai rien contre les jeux vidéo. Ce serait d’ailleurs bien hypocrite de ma part  puisque ayant eu ma première console à l’âge de sept ans (un Atari 2600), j’ai toujours eu jusqu’à ma post-adolescence un joujou de ce type (un Amstrad CPC 464, une Mégadrive puis un PC) me permettant de cocooner avec délices dans des bulles de temps devant un écran. Est-ce que je le regrette ? Je ne sais pas trop à vrai dire. Ce qui est sûr, c’est que j’ai pris mes distances avec les jeux vidéo, jugeant qu’en termes d’enrichissement et de plaisir, rien ne remplace un bon livre ou un bon film. Du coup, j’ai à cœur de contrôler le temps que passent les enfants devant des jeux. Je puis même aller jusqu’à dire que j’ai parfois des allures de Kapo lorsque je patrouille dans la maison pour surprendre les kids en train d’essayer de jouer en cachette, alors qu’ils ont épuisé leur temps de jeu quotidien. Cela donne alors lieu à des scènes bien hypocrites, je le reconnais, scènes ressemblant parfaitement à ça :

Connaissez-vous le blog de Morgan Navarro ?

Bref, en plus d’une tablette (là aussi, offerte par mon beau-père – le démon ! – lors du voyage 2017), d’une PS2 (la dernière console que j’ai achetée pour moi-même, j’avoue, machine acquise après mon deuxième voyage afin de pouvoir jouer à Taiko no Tatsujin – puisque j’avais récupéré à Tokyo deux « tatacons » – le taiko miniature pour pouvoir y jouer), d’une Nintendo DS light et d’une 3DS, on allait devoir se coltiner une nouvelle console. Un espoir cependant : il n’y avait rien d’encore acheté puisque Madame, ne sachant pas trop si une Switch japonaise (apparemment Olrik jr avait jeté son dévolu sur cette console) pouvait fonctionner en France avec des cartouches françaises, avait conseillé à son père d’attendre mon arrivée pour voir cela avec lui. Je me faisais fort alors de le baratiner pour l’enjoindre à abandonner ce projet et acheter quelque chose de plus utile (par exemple un beau vêtement, une belle paire de chaussures, un beau plumier, etc.). Las ! Une heure plus tard je reçois sur Skype un autre message : profitant que ma douce était occupée à prendre son bain, et sans doute aussi un peu ivre de plusieurs verres de shochu (je le connais, hein !) et d’avoir ses petits-fils à proximité, le beau-dab s’était empressé d’aller sur Amazon pour commander en loucedé la Souitche. Moi qui comptais lire là-bas tranquillement A l’Ombre des jeunes filles en fleurs dans le salon baigné par la douce lumière automnale, j’en allais être pour mes frais…

Hakuho me souhaite la bienvenue !

Le lendemain, direction Roissy. Une amie vint nous prendre le matin, moi et mes valises, avec son mini-van vert pour me déposer à la gare de ma bourgade. Un TER et un TGV plus tard j’arrivai à l’aéroport avec quelques heures à tuer avant le départ prévu à 20H30. Pas de retard cette fois-ci, je ne risquai pas de connaître la même déconvenue que Madame à Tokyo. Dans l’avion j’inspectai la liste des films que le serveur vidéo-ludique proposait. Quoique assez peu friand du sieur Tatsuya Fujiwara, je tentai ceci :

Memoirs of a murderer

Remake d’un film coréen, le film raconte l’histoire d’un serial killer qui attend sagement la période de prescription de ses crimes pour sortir en librairie le récit de ses exploits sanglants. N’étant pas toujours particulièrement attentif lorsqu’il s’agit de suivre un film avec des sous-titres anglais, alors que je suis occupé à gérer devant moi un plateau repas japonais avec plein de petits plats, Il m’a semblé que le film n’étais pas trop mauvais et qu’il mériterait plus tard un autre visionnage.

Arrivé à Haneda je retrouvai les premiers contacts sensoriels avec le Japon. Ceux des corridors moquettés de l’aéroport. Baignés par la lumière permise par les grandes parois vitrées donnant à voir l’activité du tarmac, ils me permettent à chaque fois de sortir en douceur de l’avion, de retrouver mes forces et de sourire en apercevant ces premiers signes d’un Japon retrouvé. Ici une affiche publicitaire avec Hiroshi Abe, là le visage renfrogné d’un agent de sécurité. Et une ambiance cotonneuse faite d’une discipline toute japonaise (les gens ne parlent pas, ils marchent et c’est tout) annonçant plus tard une tout autre ambiance, celle des rues, des magasins aux incessants jingles, des restaurants aux serveurs parfois braillards. En attendant de les retrouver pour de bon, il fallait enchaîner avec mon avion pour Miyazaki. Là aussi, RAS. Attendant dans la porte d’embarquement, j’insérai ma première pièce de cent yens dans une machine à canettes pour déguster mon premier café BOSS du séjour, un peu groggy par mon voyage de presque vingt heures (avec le train) mais aussi perplexe par ce ciel chargé qui annonçait un voyage automnale sans couleurs. Deux heures plus tard, c’est un ciel nocturne et légèrement pluvieux qui m’accueillit à l’aéroport de Miyazaki. De quoi faire la grimace néanmoins, alors que j’attendais mes bagages, la vision d’un visage bien connu me redonna le sourire :

Oui, voir le visage de Hakuho faisant la promo d’une marque de shochu me parut subitement des meilleures auspices pour les deux semaines à venir, et voir juste après celui de ma femme venue me chercher acheva de me regaillardir. Le retour à la maison des beaux-parents se fit dans la petite voiture que nous utilisons à chaque séjour. Madame était venue du coup seule, le véhicule étant un peu juste pour caser ma grosse valise dans le coffre sans plier les sièges arrière. Curieuse arrivée : il était 19H30, il faisait déjà nuit noire et il pleuvouillait donc, manifestation d’un typhon passant bien au large de Miyazaki mais qui promettait d’après la météo un lendemain très pluvieux et un peu agité.

Arrivé devant la maison, j’aperçois une bouille bien connue qui, au bruit du moteur de la voiture, s’était précipitée sur le seuil pour me voir arriver et me souhaiter le bonjour : c’est Olrik the 3rd, tout sourire et apparemment épanoui d’avoir retrouvé ses marques au Japon, suivi d’Olrik jr puis des beaux-parents. On se salue puis, comme il est vingt heures et que l’on m’attendait pour manger, on ne tarde pas à se mettre à table. Je n’ai pas forcément grand faim après le trajet en avion mais enfin, devant les mets préparés par la belle-mère, je sens poindre dans mon estomac un deuxième souffle. Et comme le beau-père décapsule une bière japonaise pour m’en remplir un verre afin de trinquer, je sens que les morceaux de poisson au curry n’auront qu’à bien se tenir.

Une heure plus tard, après avoir bien mangé, bien bu, bien discuté, alors que Madame est en train de parler à son père, je dodeline, je peine à maintenir les paupières ouvertes, très pilier de comptoir après cinq bocks dans le buffet. Me voilà tout à coup rattrapé par la fatigue du jet lag et je sens qu’une bonne nuit après une bonne douche s’impose. Un peu dans le cirage, ma perception du Japon est encore incrédule. En retrouvant cette salle de bain et ses tabourets en plastique pour se doucher au niveau du sol, j’ai un violent sentiment de familiarité, de proximité temporelle. Cela fait vraiment quatorze mois que l’on a quitté le Japon ? J’ai l’impression que c’était la semaine dernière. Et c’est le même sentiment quand je vois les futons disposés dans la chambre du haut dans laquelle moi, Madame et éventuellement les kids quand ils n’ont pas décidé de dormir en bas avec leur grand-père, passons nos nuits. Me glissant dans celui disposé au milieu, je ferme les paupières et m’endors instantanément. Quelques heures plus tard, à exactement quatre heures du matin, je les rouvre, conscient qu’il me sera absolument inutile de tenter de prolonger la nuit. Me saisissant de ma tablette, je passe adroitement par-dessus Olrik jr en train de pioncer puis me rend à la chambre d’à côté. Je passe le temps à regarder des épisodes d’une série et à lire. La fatigue se fait de nouveau sentir, j’ai limite envie de retourner au futon. Et puis, vers sept heures, j’entends les premiers bruits d’activité en bas. C’est ba-chan qui s’active. Habituellement c’est à 6H30 mais comme on est dimanche, il y a eu un extra au lit. Dehors le ciel commence à s’éclairer, chose qu’il aurait faite depuis belle lurette en été. J’ouvre la porte fenêtre pour aller humer l’air tout en regardant ces toits bien connus de ce quartier populaire :

Tout cela était encore un peu gris, un peu humide mais peu importe, le Japon était là. C’était parti pour quatorze jours d’habitudes familières dans l’atmosphère de l’automne…

Joyeuse mélancolie

Journées du 15 au 21 août

Et nous voici donc arrivés aux ultimes journées de notre séjour.

Olrik jr m’assaillait de perpétuels « déjà ! », « c’est passé vite ! » et autre « j’aimerais bien rester au Japon ! ». C’est toujours la même chose. Au début, alors que l’on entame doucement les quarante journées prévues au Japanisthan, on se dit que l’on va en profiter, que l’on sera bien rassasiés et que l’on ne regrettera rien quand viendra le moment d’entrer dans l’avion à l’aéroport de Miyazaki.

Et puis, quand arrivent ces dernières journées se fait invariablement ressentir un sentiment de verre à moitié plein. Les journées ont pourtant été largement mises à profit. On a bien mangé, on s’est promenés dans des endroits magnifiques, la couenne a été attendrie dans les onsens un nombre appréciable de fois, donc à quoi bon se lamenter ? C’est pourtant ce qui se fait insidieusement lors de cette fin de séjour.

C’est que jusqu’à présent le voyage avait  été une continuelle illustration du « Fay ce que vouldras » rabelaisien et que nous allions dans quelques jours devoir subir une contrainte, celle de quitter ce cocon doucereux fait de gentillesse familiale, de plats amoureusement cuisinés, d’alcools généreusement offerts, de virées à la plage ou au sento, de shopping à toute heure de la journée, de quitter cela pour retrouver des pénates françaises qu’il serait aussi agréable de retrouver mais qui allaient aussi signifier le début d’une nouvelle longue attente avant de pouvoir réentendre en live le chant des grillons japanisthanais.

Déjà l’ambiance lors des dîners se teintait d’une légère mélancolie. Les beaux-parents avaient beau faire comme si de rien n’était, je sentais bien derrière des regards et des sourires sa cachait une sorte de stupeur mélancolique, celle de se dire que les adorables bobines de leurs petits-enfants ne seraient bientôt qu’aperçus que par le biais de Skype.

Aussi bien je décidai de profiter tout seul du sento de Aceland après les dîners. J’aurais bien emmené les enfants avec moi et puis, comme ils n’étaient pas sevrés de baignade puisque nous continuions d’aller à la plage l’après-midi, je me dis qu’il était préférable qu’il reste à la maison pour chahuter avec leur grand-père dont la légère ivresse émanant des verres de shochu ingurgités durant le dîner se mariait bien avec celle de jouer, de faire n’importe quoi dans le salon avec Olrik jr et Olrik the 3rd.

Légère tristesse donc, mais cela n’empêcha pas de m’en tenir à mon habituel emploi du temps. Pour les dernières fois je me rendais dès 7 heures du matin à côté du Heiwadai koen pour mon footing :

Pour les dernières fois je faisais les magasins pour éventuellement acheter des cadeaux à offrir à des amis :

Vu dans un Don Quixote : j’ai beaucoup hésité à acheter un de ces slips estampillés Taka Kato, le harder aux doigts magiques.

Pour les dernières fois j’allais entendre et parfois voir ces grillons golgotesques sur le bitume :

Pour la dernière fois j’allais apprécier le boucan des taikos lors d’un ultime matsuri en ville :

Pour les dernières fois j’allais traîner mes sandales dans le centre pour capter des yukatas virilement portés :

Ou plus bijinement :

Et pour les dernières fois j’allais rentrer à la base sur mon vélo, essoufflé et ruisselant de sueur, mais juste à temps pour profiter du calme de notre quartier et du ciel japonais :

De quoi mieux faire passer la pilule et se dire que de ces « dernières fois » aux « prochaines fois » il allait y avoir un lap de temps que ces innombrables photos glanés durant le séjour permettraient de faire passer plus vite. Voyageur en sandales, il allait falloir endosser le costume de voyageur en robe de chambre en se plongeant de temps en temps dans l’écran du pc afin de revivre par procuration, et parfois découvrir des choses oubliées. Le remède est plutôt efficace. A quelques semaines d’un huitième voyage qui sera fait exceptionnellement durant l’automne, je puis en effet dire maintenant comme Olrik jr : « c’est vite passé ! ».

Eveille ton septième sens Olrik jr !

13 et 14 août :

Je n’entre pas dans les détails sur une journée que j’avais déjà largement développée il y a un an.

Malgré l’état toujours lamentable d’Olrik jr (avec tout de même une amélioration), nous décidâmes de nous rendre à l’hôtel. Annuler n’aurait pas eu de sens : puisqu’il fallait du repos à Olrik jr, il pouvait tout aussi bien le faire, voire mieux, dans une confortable chambre d’hôtel avec une vue magnifique sur un paysage montagneux, que dans sa chambre à la maison. Pour lui, le calvaire fut surtout la bonne heure qu’il nous fallut pour nous rendre en voiture à l’hôtel. Comme à chaque fois que nous faisons un séjour quelque part avec les beaux-parents, le GPS indiqua une de ces routes serpentines et en hauteur assez dangereuses. Madame à l’arrière fermait prudemment les yeux pour ne pas voir sa dernière heure arriver, Ba-chan et Olrik the 3rd dormaient, Olrik jr était dans le cirage, je serrais les mâchoires tandis que Ji-chan semblait se trouver des dons de conducteur de rallye.

Nous arrivâmes cependant sains et saufs et pûmes nous installer et rapidement nous prélasser. Dès les premiers pas dans la chambre, Olrik jr, encore un peu groggy par le voyage en voiture, sembla se trouver mieux, le pouvoir bienfaisant du lieu lui donnant sans doute un regain d’énergie pour essayer de bien profiter de la fin de journée malgré son état. Ces derniers jours il avait passer son temps à brûler son cosmos avec du 39-40°C de fièvre, il lui fallait dorénavant s’éveiller au septième sens pour ne pas rendre trop frustrant ce bref séjour. Il passa les dernières heures de l’après-midi tranquillement allongé sur les tatamis, regardant la TV avec sa mère et ses grands-parents et sirotant avec prudence quelque soda. Allons ! il était sur la bonne voie et c’est l’esprit tranquille que je pus aller jouer à l’homme de l’Atlantide en compagnie d’Olrik the 3rd dans les bassins du onsen :

Le dîner eut le même effet balsamique. Devant tous les mets proposé par le buffet, il était rageant pour lui de se contenter d’un maigre bol de riz. Son état ne lui permettait pas de se goinfrer et de dégueulasser sa table comme son frère, mais il tenta volontiers plusieurs plats. Indéniablement, ça allait nettement mieux, à tel point qu’il se décida à nous rejoindre au bassin familial que nous avions réservé de 20H à 21H. Peut-être pas le meilleur bassin pour se remettre en selle car je me souviens que l’eau était vraiment trop chaude. Mais là aussi, l’expérience d’une baignade familiale joua sur le corps et l’esprit, à tel point qu’après une nuit réparatrice, c’est un Olrik jr revenu à 60% (ou peut-être bien 62%) de ses capacités qui alla prendre son petit-déjeuner à la salle de repas et qui décida tout de même de tester les bassins du onsen avec moi et son frère, avant de repartir de l’hôtel à dix heures.

Par la suite, avant de retourner à Miyazaki nous fîmes une halte au temple Udo, temple incrusté dans une falaise :

S’y rendre à midi en plein cagnard n’était pas forcément une bonne idée, mais les enfants purent au moins tester leur adresse avec le jeu consistant à balancer de la main gauche des petites pierres sculptées (les undama, les pierres porte-chance) pour qu’il atteignent la petite mare entourée par la grosse corde :

Si vous y parvenez, bingo ! c’est votre jour de chance. Olrik jr y arriva du premier coup, la maladie allait bientôt être définitivement boutée hors de son corps.

 

15 août :

Footing matinal précédé d’une courte promenade photographique sur le site du Heiwadai koen :

Au retour, petit déjeuner puis glandouille dans le salon à attendre l’exploit de cet homme :

Sinon rien de particulier concernant la journée. Dans le centre, je tombe subitement sur Naomi Tani scotchée à une porte d’un magasin vendant d’étranges DVD…

… et non loin sur un scooter et une ombrelle :

Le soir il n’y avait plus qu’à déguster tranquillement une Master’s Dream (bière qui porte bien son nom, vraiment succulente) en rêvant aux ultimes journées qu’il restait à faire à Miyazaki.

Il faut exorciser le soldat Olrik jr !

Journées du 10 au 12 août :

10 août :

On se rend en fin de matinée à une cérémonie « o-bon » pour les morts. Les enfants ne sont guère enchantés à cette perspective. Je ne le suis pas non plus forcément, mais du moins je suis assez intrigué et motivé pour tenter d’y prendre quelques photos et vidéos. Arrivés au temple, il faut d’abord s’escrimer pour tenter de trouver une place où se garer. Pour cela, pas d’autre choix que d’aller au parking juste à côté :

Il faut ici imaginer un préposé donnant des directives pour se garer aux personnes désireuses d’assister à la cérémonie. Il s’agit de remplir le moindre mètre carré d’un morceau de tôle automobile. A la fin le parking était bourré de voitures, sans la moindre issue pour le pauvre type qui aurait garé sa caisse tout au fond et qui aurait besoin de repartir pour une urgence.

Juste à côté se trouvait donc le temple :


A l’intérieur, on se déchausse avant de pénétrer dans le temple. Il y a déjà pas mal de monde au milieu duquel je fais inévitablement tache car pas vraiment habillé pour l’occasion. Tout le monde est bien habillé tandis que j’ai opté pour un short et un t-shirt Black Jack particulièrement seillant. Mébon, comme ma gaijinitude se lit sur mon visage et que Madame m’accompagne, je suppose que je suis une fois de plus tout excusé.

Dans le temple, on vire tout de suite à tribord pour s’installer au bas d’un mur. De là je parviens à prendre quelques clichés :

Les moines arrivent les uns après les autres, la cérémonie commence et avec elle d’entêtantes psalmodies dont les effets conjugués à une forte odeur d’encens (des dizaines de bâtonnets brûlent en même temps) ne tardent pas à se faire sentir. Je ne dirais pas que dès cet instant je suis entré en lévitation mais très certainement que j’ai eu la sensation d’être dans un lieu coupé du monde avec son propre écoulement du temps. Pas la Black Lodge (les amateurs de Twin Peaks comprendront) mais plutôt une « Monk Lodge » qui nettoie l’âme tout en saturant les sens (surtout olfactif et auditif). J’ai plutôt aimé, et lorsque j’aime une chose au Japon, cela donne invariablement lieu à une captation avec un de mes gadgets, appareil photos voire micro enregistreur portatif pour capter l’ambiance sonore.

Alors que je filmais une sorte de ronde que faisaient les moines tout en psalmodiant, je vis l’un d’eux glisser quelques mots à l’oreille de son voisin. J’imagine qu’il a dû lui dire quelque chose comme « chef ! il y a un connard de gaijin derrière nous qui filme sans autorisation ! » car aussitôt le voisin se retourna pour regarder dans ma direction ! A ce moment je tenais mon appareil, l’air de rien, au niveau de ventre. Je fis mine de regarder à un autre point de la ronde mais le gus restait braqué dans ma direction ! Cherchait-il à m’hypnotiser par je ne sais quelque obscur pouvoir chamanique ancestral ? je n’en sais rien mais en tout cas je fis désormais gaffe. Posant mon appareil, mais gardant le micro ouvert, je profitai du rituel sans chercher coûte que coûte à prendre des photos (l’intérêt était de toute manière limité puisque j’étais cloué à une position et que la faible lumière ne permettait de prendre des clichés bien nets).

J’entrai donc en communication divine avec Bouddha, ou du moins je tentai de le faire car assez vite quelqu’un sur ma droite me dérangea dans ma méditation mystique. Il s’agissait d’Olrik jr qui se plaignait d’avoir froid. Certes, la clim’ était un peu forte mais enfin, ce n’était pas la première froid que l’on essuyait ce genre de blizzard en plein été au Japon. Je lui glissai donc un « c’est bon, ça va aller » et retournai à ma communication spirituelle. Mais cinq minutes plus tard, je jette de nouveau un œil à Olrik jr, et j’ai la stupeur de voir que ça ne va plus du tout. Couché en chien de fusil (je précise que nous étions assis au départ à même le sol), il était blotti sur lui-même et grelottait de toutes ses quenottes ! Je mets la pogne sur son front : je la retire aussi rapidement que si je l’avais posé sur un fer à repasser (j’exagère, mais à peine). Je ne pige pas du tout. Il y a une demi-heure il était frais comme un gardon et là, c’est une sorte de poisson resté trop longtemps sur un étal à 40°C. Evidemment, partir aussitôt était inimaginable because le parking bondé qui nous obligeait à rester jusqu’à la fin. D’ailleurs, il n’y avait plus qu’un quart d’heure à attendre. Néanmoins j’étais vivement inquiet. Pourquoi une telle maladie subite ? Je pense tout à coup à mes photos et au regard du moine : ce con m’avait-il lancé le mauvais œil ? Olrik jr était-il la victime collatérale d’une malédiction pour me punir de mon sans-gêne de gaijin ? Allez savoir ! Moi, en tout cas, j’étais à deux doigts de me jeter au milieu du rituel, de virer tous les bâtonnets d’encens et de brailler : « mais arrêtez votre cirque et aidez-moi plutôt à exorciser Olrik jr ! » Heureusement, cela n’arriva pas. Nous étions à la fin de la cérémonie, les gens se levaient et allaient regagner leur véhicule.

Une demi-heure nous étions revenus à la base. Ba-chan dégaina aussitôt des comprimés de type doliprane pour en gaver Olrik jr qui gagna péniblement la chambre à l’étage afin de rester tranquille. Rien d’autre à faire pour lui : ça sentait l’après-midi moisie passée à dormir pour reprendre des forces tout en essayant de faire baisser la température. Désolé pour lui car me sentant un peu coupable (mais maudit soit ce moine hypnotiseur !), je mangeai tristement mon riz au curry « Lee », en espérant qu’Olrik jr reprenne très vite du poil de la bête, car dans trois jours nous devions nous rendre avec les beaux-parents dans un chouette onsen où beau-papa avait réservé une chambre.

En attendant, la vie reprenait son cours. Olrik jr, tel un chevalier de bronze s’étant pris une branlée contre un chevalier d’or, devait se contenter de reprendre des forces, ce qui n’était pas le cas d’Olrik the 3rd qui était toujours tout pétant de santé et qui allait bien me demander de l’emmener à la plage. Cela ne rata pas. Nous allâmes barboter une petite heure et fîmes quelques magasins, tandis que Madame restait à la maison pour veiller sur le frangin. En fin d’après-midi, j’allai tout de même dans le centre pour essayer de faire quelques photos. J’y récoltai un contre-jour fait « en passant » et pas trop mal composé :

… ainsi qu’un yukata devant une vieille façade et au moment du soleil couchant :

Le besogne accomplie, je retournai en vélo à la maison. Inutile de suivre les jeux Olympiques puisqu’ils étaient chez nous : la fièvre d’Olrik jr atteignait toujours des hauteurs olympiques !

 

11 août :

Le lendemain il fallut se rendre à l’évidence : les cachets et les sirops prodigués par ba-chan ne servaient à rien, il fallait voir un docteur. Malheureusement c’était si je me souviens bien un jour férié (le « yama no hi »), du coup Madame galéra un peu pour trouver une adresse où consulter. elle trouva néanmoins : il s’agissait d’un cabinet de pédiatrie situé tout au sud de Miyazaki. Le dignostic rendu là-bas fut sans appel : Olrik jr avait chopé le « rota virus », forme particulièrement virulente de la gastro. Rien de grave non plus mais le programme pour lui était tout ce qu’il y a de plus simple : médocs et repos de rigueur.

Il était temps de voir un toubib car franchement, la santé physique et mentale d’Olrik jr commençait à vraiment faire peur. Je me souviens en début d’après-midi de quelques mots échangés avec lui avant de partir en vadrouille avec son frère : il m’avait sorti un charabia délirant qui montrait assez combien l’esprit avait besoin de se mettre sur OFF et de laisser les antibiotiques faire tranquillou leur effet. Avec son frère nous allâmes à un Book Off pour lui acheter quelques mangas pour le moment bien sûr où il irait mieux et serait capable de lire car là, c’était pas gagné.

Assez peu de photos cette journée. Je propose juste cette photo d’un couple apparemment sponsorisé par Lee (pas le curry, la marque de vêtements).

12 août :

J-1 avant le départ pour le onsen et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Olrik jr allait à peine mieux que la veille. La température était certes moins forte mais toujours bien présente, et son état de forme ne lui permettait pas de faire autre chose que de rester au lit ou d’en sortir un peu pour essayer de manger avant d’y retourner dormir.  Néanmoins en début d’après-midi il avait lu un peu le Slam Dunk que je lui avais acheté. Et en fin de journée, il s’était un peu distrait avec la tablette offerte par Ji-chan. Si Olrik Jr avait les yeux sur un écran, c’est que ça allait un peu mieux. Par contre, pour péter la forme le lendemain au onsen, ce serait sans doute autre chose.

Le valseur de l’hôtesse est-il une illusion d’optique ?

Journées du 6 au 9 août

6 août :

De retour à Miyazaki, besoin de mettre tout de même l’appareil photo de côté, le temps d’alléger des cartes mémoires bourrées jusqu’à la gueule. Point de souvenirs datés du 5 donc si ce n’est cette photo…

Je devais être content de retrouver la passerelle à côté de la maison qui permettait souvent de contempler un de ces ciels spectaculaires, chargés de nuages comme le Japon peut en offrir l’été. Sinon je trouve aussi cette photo…

… qui montre que j’étais aussi content de retrouver la nourriture de belle-maman et la bière de beau-papa.

Le lendemain, je suis cueilli après mon footing matinal par ceci :

Horreur ! le cirque des J.O. commençait ! Au moins j’allais échapper au chauvinisme des journalistes français. Certes, j’aurais à la place celui des japonais mais du moment que j’échappe aux éructations de Patrick Montel au moment de l’athlétisme, ça me convenait.

Pour la suite de la journée, partie de plage avec les enfants avant de se rendre en soirée dans le centre de Miyazaki  pour aller voir le hana bi. Avant cela, dîner prévu dans un petit resto situé sous l’arcade commerciale. L’endroit était sympa de part sa déco vintage :

Pour la nourriture, j’ai trouvé cela plutôt bon, même si Madame a décrété en sortant qu’elle n’y retournerait pas, déçue qu’elle était par les plats proposés.

Il fallait ensuite rejoindre l’autre bout de l’avenue principale afin de trouver une place correcte pour admirer le feu d’artifice. Comme à chaque fois, nous nous y sommes pris trop tard et suivre le spectacle s’est résumé à une opération de marche dans la cohue qui n’a pas rimé à grand-chose. Je vous ferai grâce des vidéos merdeuses que j’ai faites de quelques fusées, et des photos misérables de l’ambiance générale. Un parfait ratage.

Quand une photo floue devient sans sans le vouloir la photo la moins pire d’une série.

 

7 août :

Re-restaurant. Privés durant une semaine de leur fille, de leurs petits-enfants et surtout de leur gendre, les beaux-parents passent l’après-midi avec nous et décide d’offrir le restaurant de type shabu shabu.

Avant cela, on se dirige à un centre commercial au sud de la ville où se trouve une exposition montrant des œuvres en trompe l’œil. Bon, je commence à connaître, je crois que ça fait trois séjours d’affilée que je me cogne ce type d’expo mais enfin, comme c’est le genre de machin toujours payant auprès des kids, c’était donc reparti pour un tour. L’endroit propose une vingtaine d’œuvre, le but ludique étant de trouver le meilleur point de vue photographique pour amplifier le côté en trompe l’œil. Pas toujours évident, surtout avec les éclairages alentours qui empêchant bien souvent la parfaite illusion. Olrik jr était en mode actor studio, motivé pour s’impliquer afin de donner vie aux différentes saynètes. Après, il faudra tout de même quelques kilos en plus pour faire croire qu’il est capable d’envoyer valdinguer un ozeki :

Après l’effort photographique, le réconfort de l’estomac :

Sympa, la marmite compartimentée qui permettait de se goinfrer deux types de plats différents. Au bout d’une demi heure la table ressembla à Fort Alamo ou plutôt à la bataille de Sekigahara :

Et encore, la photo a été prise après qu’une serveuse est passée pour prendre quelques assiettes.

Passablement houblonné, j’entrepris d’enchaîner avec ce saké :

Après toutes ces bonnes choses, j’étais mûr pour aller cuver à la maison sans passer par la case sento. Ce que je fis.

 

8 août :

Il devait pleuvoir pas mal cette journée car je ne trouve aucune photo à part celles prises à partir de 19 heures de ces nuages :

Ça sent le ciel qui se purge après une journée pluvieuse. Sans doute pour rattraper le coup, je me rendis après dîner dans le centre de Miyazaki pour y capter quelques fêtards, des salary men saouls ou encore des hôtesses escortées d’un club à l’autre par une présence masculine susceptible de repousser les tentatives des fâcheux. Il faut ici reconnaître que tomber par hasard dans la rue sur une de ces sirènes fouettent illico les sens. Alors que je remontais l’arcade commerciale, je vis juste devant moi deux de ces créatures débouler d’une des rues adjacentes pour monter juste après l’escalier menant à un club. Impossible de ne pas tourner la tête (et l’objectif) en passant devant l’entrée :

Stairway to heaven.

A part ça je ne me suis pas fait péter la gueule par un escort boy qui m’aurait aperçu. Ça aurait pu, et évoquer le sacro saint « instant décisif » à la Cartier-Bresson aurait été piètrement utile. Moins risquée était cette ruelle truffée de petits bars qui pouvait évoquer la Golden Gai :

9 août :

Amas de vélos puissamment surveillé par un félin que l’on devine aux aguets et prêt à bondir. Voilà peut-être la formule idéale pour laisser son vélo en ville sans craindre qu’on ne le vous barbote.

 

 

Des pirates à Canal City !

4 août :

Après le joli souvenir nocturne du deuxième étage de la Tokyo Tower, je pouvais partir avec le sentiment du devoir accompli. La valise faite, je repris le chemin de la gare de Tokyo. Un dernier regard derrière moi…

A la prochaine Minami Senju !

… et c’était parti pour de nouvelles aventures, aventures à deux doigts de connaître dès le début un sérieux couac. Partant bien en avance pour être sûr de ne pas rater le shinkansen m’amenant à Osaka où je devais retrouver la famille, je me suis retrouvé bloqué plusieurs minutes à une station. Pensant que le train allait repartir d’un instant à l’autre, j’attendais sans trop m’inquiéter sauf que le train s’est bel et bien mis à repartir, mais dans le sens inverse ! Une annonce avait dû être faite en nippongo, annonce indiquant qu’il fallait changer de train pour atteindre la gare. Quoi qu’il en soit, me voilà reparti dans l’autre sens avec en plus dans les bagages une bonne grosse dose de stress. J’ai pu malgré tout chopper le shinkansen mais ç’a été ric-rac. J’en atais quitte pour un énième t-shirt trempé de sueur.

Dans le train, comme à mon habitude, j’ai pu déguster une cannette de café au lait accompagné d’un ou deux melonpans. Et comme j’étais du côté qui allait me permettre de voir le mont Fuji, je gardais l’appareil photo à portée de main pour essayer de le saisir entre deux tunnels (comme d’hab’ maintenant, vous devez commencez à connaître, une vidéo en fin d’article résume la journée).

A la gare d’Osaka, changement de shinkansen pour se rendre à Fukuoka où Madame avait envie de passer quelques heures (Fukuoka étant la ville où elle a fait ses études et où elle a travaillé). Au milieu du quai bondé, il était amusant de voir arriver au loin les bouilles d’Olrik jr et Olrik the 3rd accompagnés de leur mère. La Delta Force étant au grand complet, Fukuoka n’avait plus qu’à bien se tenir.

Rien d’extraordinaire durant ces quelques heures à Fukuoka avant de reprendre le shinkansen jusqu’à Kagoshima (puis un ultime train pour Miyazaki). Après Kyoto, Osaka et Tokyo, on redescendait nettement d’un cran et la fatigue de six journées bien remplies aidant, c’est un peu détachés et sans but que nous y passâmes l’après-midi. Il s’agissait de traînailler dans le rues, le but allant être le centre commercial Canal City susceptible de distraire les enfants, avant de retourner tranquillou à pied à la gare.

Eventuellement, au détour d’une rue il s’agissait pour moi de capter un exemplaire des fameuses « Hakata bijins »…

… ou des silhouettes haut perchées sur de miniscules vélos…

… les trois maikos que je ne manque pas de saluer à chacun de mes passages à Fukuoka…

… ou encore un taxi passant juste à côté d’un jeune homme cool sur un scooter :

Mais sinon, après la furya shibuyesque, l’heure était au repos de l’obturateur. Je retrouvai non sans joie les bonnes vieilles plaintes des clampins concernant la marche et profitai de la tranquillité du bord de la Nakagawa. Au Canal City, nous fîmes une pose glace et nous rendîmes à l’étage où se trouvaient le magasin tout à la gloire de Jump Comics ainsi que celui consacré à Ultraman :

Dilemme : dois-je acheter cette onéreuse bouteille de limonade Ultraman pour être heureux ? Mon coeur de fan me dit que oui, mais mon portefeuille me souffle l’inverse.

Mais la bonne surprise vint de la terrasse au rez-de-chaussée :

Mais où donc ai-je déjà vu ce joufflu bien modelé ?

Vous la reconnaissez cette rousse crinière, cette silhouette racée et ce bikini bleu des îles ? Non ? Mais enfin, c’est elle voyons !

On ne le dira jamais assez : vive le fan service !

Eh ouais, Nami chan était dans la place puisque le rez-de-chaussée était aménagé en une sorte de mini parc à thème One Piece. Au rpogramme : magnifiques statues grandeur nature, aire de jeux où le lardons se faisaient arroser par des canons à eau et autres joyeusetés encore. Je vous épargne la photo où j’apparais à côté de Nami et où l’on me voit glisser discretos derrière son dos une main bien placée. Juste pour dire que les papas pouvaient eux aussi trouver leur compte dans cette belle initiative de Canal City.

Mais les meilleures choses ont toujours une fin dans ce monde pourri. Il fallut rejoindre la gare à pied. Quarante minutes plus tard, nous étions dans notre rame prêts à entamer l’apéritif avant de grignoter un dîner de fortune :

Une famille, une bière dans un shinkansen, un paysage japonais qui défile sous les yeux, le bonheur tient parfois à peu de choses.

 

La vidéo du jour :

Les lumineux dessous d’une vieille dame

3 août :

 

L’avantage de Minami Senju est que c’est à un quart d’heure à pied d’Asakusa. Aussi y allai-je au saut du lit y passer une bonne heure. Evidemment pas mal de touristes s’y trouvaient déjà et il allait falloir slalomer dans la longues allée des échoppes. Au temple principal, Les pièces balancées à l’autel pour y aller de sa prière allaient bon train. Le temps de prendre quelques photos…

… je redescendis pour m’approcher de l’autel à encens dont il convient de respirer les vapeurs pour  être accompagné d’une bonne fortune bouddhique :

Au passage un manège attira mon attention, manège que j’avais déjà aperçu plusieurs fois à Dotonbori. De jeunes touristes occidentaux demandant à des minettes en yutakas de se faire prendre en photo ensemble afin d’avoir un souvenir « couleur local » élégant et sans doute cool à montrer plus tard aux copains. Hilarité des demoiselles qui acceptent la demande inoffensive. Le problème est que dès qu’une photo est prise, un autre groupe, tenté à l’expérience, s’immisce pour demander lui aussi une photo. Puis arrive un troisième groupe. Puis un quatrième, etc. Le spectacle devient très vite agaçant à voir car révélateur d’un certain sans-gène gaijinesque qui profite allègrement de la politesse de l’autochtone. Evidemment, des jeunes filles qui se font belles et vont en ville en groupe et en yutaka le font un peu pour être regardées. Après, le font-elles pour se faire photographier à tire-larigot par une meute de blancs poilus en short et malodorants ? J’en doute.

Bref, je poursuivis ma route, retournai à Ueno une heure, puis allai faire un tour à Akihabara qui n’était pas loin. Rien de neuf à raconter, le quartier des geeks n’est finalement pas le quartier que je préfère, possible que je n’y mette plus les pieds.

Puis direction Nakano pour me rendre là :

Le Nakano Broadway où se trouvent une multitude de magasins Mandarake. Je m’y étais rendu lors de mon tout premier voyage. Treize ans plus tard, rien n’a changé : le bâtiment est toujours aussi monstrueux et chronophage à parcourir. Un œil sur ma montre, je parcourus les différents étages et entrai dans certaines boutiques vintage et surtout dans celles où l’on pouvait être sûr de trouver de bons photobooks. Je trouvai à un bon prix un livre de Kishin Shinoyama mais je fis l’impasse sur le Izumi, this bad girl, d’Araki :

Une poil cher et surtout mahousse (comme la plastique d’Izumi), difficile à caser dans le petit sac que je portais.

La prochaine fois, j’y retournerai avec les kids le temps de deux grosses heures, histoire de leur en mettre plein la face. Testujin n°28, prépare-toi à les accueillir dignement ! Je compte sur toi !

No problemo !

Après Nakano, direction…

Harajuku

Je ne savais pas si j’allais retomber sur Jim O’Rourke, mais sur un bain de foule, ça oui. Le temps de faire plusieurs fois la Takeshita street l’appareil photo à la main, j’allai voir l’entrée aux mille miroirs du Tokyu Plaza, entrée dont je connaissais l’existence mais que j’avais jusqu’à présent toujours omis de contempler. Quand on arrive en haut du premier escalator, on se retourne et on se trouve face à un kaleidoscope réfléchissant le kaleidoscope humain des passants au rez-de-chaussée. Descendre l’escalator en passant des images réfléchies qui vous entourent à l’image unique de la frénésie de l’activité sur cette place qui est un peu un Shibuya en miniature, est assez saisissant.

Comme j’étais à une station de Shibuya, je repris la Yamanote Line. Chose amusante, je tombai sur une rame qui allait assez bien avec la station de Harajuku :

Rien de neuf à Shibuya depuis la veille. J’observais et je mitraillais. L’esprit était en fait déjà à la prochaine étape de la journée qui, elle, allait être tout ce qu’il y a de plus neuf. Sur les coups de 19 heures, je repris le train pour rencontrer une créature élancée du côté de Minato. Pas vraiment du genre de celles que j’avais pu croiser à Harajuku :

Plutôt en fait dans ce style :

Tout au fond, pas au premier plan.

Eh oui, à l’heure où il n’y en a plus que pour le Tokyo Sky Tree, je m’étais dit que c’était le moment de se décider à enfin aller voir la vieille dame de Tokyo. Pas d’inquiétude pour elle, elle est encore pimpante et reçoit encore de nombreuses visites. J’étais allé la voir là aussi lors de mon premier voyage mais je c’était en plein jour et je m’étais contenté de l’extérieur, encore un peu intimidé. Là, j’étais fermement décidé à entrer sous ses jupes et à connaître ce septième ciel qu’elle était capable, disait-on, de faire atteindre sans aucune difficulté. Et comme j’avais entendu dire qu’avec elle, la nuit était bien meilleure que le jour, me voilà donc à la station Hamamatsucho pour connaître cette expérience. Un peu en avance, j’allai d’abord au parc du Zojo-ji par lequel j’avais lu qu’il était était chouette de venir pour se rendre à la Tokyo Tower. Effectivement, avec l’obscurité naissante, la silhouette de la tour derrière le temple était loin d’être vilaine à voir.

Mais il se faisait 19H30 et la journée avait été bien remplie. Il convenait maintenant de remplir l’estomac, le temps que l’obscurité se fasse totalement pour préparer le spectacle à 333 mètres d’altitude. Revenant un peu sur mes pas, je tombai sur un restaurant de ramen. Ça tombai bien, même si l’été je ne suis pas forcément tenté à l’idée de m’enquiller un gros bol bien chaud rempli de choses succulentes, j’en avais alors envie depuis quelques jours :

Voilà pour le visuel. Pour le goût, imaginez, et pour le son, mettez-vous dans les esprit de gras sluuurp ! accompagnés des braillements des serveurs souhaitant à pleins poumons la bienvenue aux nouveaux clients ou saluant ceux quittant le restaurant.

Bien regaillardi, je quittait l’établissement pour rejoindre la dame. L’obscurité commençait à se faire :

Et un quart d’heure de marche après, c’était gagné :

Encore cinq minutes plus tard, j’arrivai au pied, achetai mon billet, pénétrai dans l’ascenseur et accédai au premier niveau. Je me précipitai à la première paroi vitrée venue et je compris pourquoi il était plus conseillé de venir la nuit plutôt que le jour. Ce qui n’aurait été dans la journée qu’un gigantesque et monotone amas de bâtiments gris était à ce moment une époustouflante matière noire illuminée d’une kyrielle de lumières en tout genre. La voûte céleste n’était pas forcément qu’au-dessus de nous. Elle semblait aussi se trouver au-dessous, avec des étoiles à profusions et les nébuleuses orangées de l’éclairage urbain.

Autant vous le dire, après une bière et un bon bol de ramen on se sent bien face à un tel spectacle. Mais on pouvait faire encore mieux. Muni de mon ticket me permettant d’accéder au deuxième niveau, je pris un petit escalator pour prendre l’ascenseur du septième ciel. Bleuté, le septième ciel, puisqu’à la sortie de l’ascenseur, je fus accueilli par un éclairage bleu garni çà et là de rivières de petites lumières. Là, on avait l’impression d’être à la fois au-dessus du cosmos et à l’intérieur d’un sapin de Noël. Et ce en musique puisqu’un groupe doucereux de jazz interprétait quelques chansons non loin. Stupéfait, éberlué, absolument ravi, je fis le tour de l’observatoire l’appareil photo à la main pour faire quelques vidéos (que vous retrouverez dans le montage de cette journée à la fin de l’article). A un moment je vis au sol une vitre donnant à voir le gouffre de trois cents mètres et sur laquelle on pouvait marcher pour se donner des sensations. Pour le coup, marcher dessus aurait été plus impressionnant le jour car là, il n’était pas forcément évident de bien distinguer et ‘avoir une estimation vertigineuse de la profondeur. Et puis je ressentais alors un tel bien être avec cette lumière, ces airs jazzy, et cette vue dont je ne me lassais pas, qu’il n’y avait aucune place intérieurement pour la moindre once de sentiment de vertige.

Bref, vous l’aurez compris, monter la nuit dans la Tokyo Tower, c’est quelque chose. Un peu à contre-coeur, il fallut bien décarrer. Comme les Japonais savent comment s’y prendre pour faire raquer le visiteur jusqu’au bout d’une visite, l’ascenseur qui menait à la sortie ouvrait ses portes à l’inévitable boutique de la Tour mais aussi à une gigantesque boutique consacrée au merchandising One Piece (je crois qu’il y a un musée One Piece au pied de la tour mais c’est à vérifier).

Après une telle débauche de féerie, je pouvais retrouver la famille le lendemain l’esprit tranquille. Les deux journées à Tokyo avaient été pleines et avait trouvé leur point d’orgue. Avant de retourner à Minami Senju, j’allai une dernière fois à Shibuya. Voir le cosmos à 333 mètres de haut est sympa. Mais y naviguer à l’heure où Shibuya est en mode « Rencontre du 3ème Type » l’est tout autant. Un vaisseau spatial plus mouvementé que le deuxième étage de la Tokyo Tower

Voici le vidéo résumant cette deuxième journée. J’ai triché un peu en insérant quelques passages déjà aperçus dans la précédente vidéo car je manquais de matière pour être parfaitement raccord avec un thème musical.

Titres utilisés : Kono sakamichi no tochuu de UA et The Visitor de Jim O’Rourke.

Attention passages de jeunes mariés fréquents !

2 août :

Comme deux année auparavant, j’utilise les dernières journées de mon Japan Rail Pass pour me rendre à la capitale afin d’y passer deux journées en solo. Peut-être une des dernières fois que ce type d’excursion me sera permise car pour les prochains séjours l’intérêt sera tout de même d’embarquer Olrik jr et Olrik the 3rd afin de leur en mettre plein les mirettes.

En attendant cela, je savoure le voyage en shinkansen et réfléchis à ce que sera le programme du jour : Minami Senju pour déposer mes maigres bagages, puis Ueno, Jimbocho, Shibuya et Shinjuku. Du réchauffé mais peu importe, seul compte le plaisir de marcher avec l’appareil photo à la main. Pas de restaurant qui tue au programme : je me contenterai de rapides haltes à des Yoshinoya. En revanche, réessayer La Jetée, après un échec lors d’un précédent séjour, me tente assez.

Je l’ai déjà écrit maintes fois sur ce blog, le quartier de Minami Senju n’a rien pour lui. J’y retourne uniquement pour essayer d’y retrouver le plaisir qui avait été le mien treize ans auparavant, lorsque lors de mon premier séjour au Japon, les pas que je fis dans ce quartier furent les premiers effectués dans ce pays que j’allais retrouver par la suite six fois. Il y a encore un petit charme nostalgique à traverser le pont suspendu au-dessus des voix ferrées et à gagner la longue avenue menant à l’hôtel. Avec en prime la vue au loin du Tokyo Sky Tree qui entre-temps s’est imposé au paysage.

Ueno était relativement tranquille. Après quelques photos à Ameyoko et une halte au grand magasin de jouets Yamashiroya, je retourne à la gare du coin pour me rendre à Jimbocho. Là, je vois un bonze juste devant moi qui s’y rend aussi sans doute pour gagner un autre point pour y quêter. Je l’ai discrètement suivi jusqu’à la billetterie automatique afin de glaner quelques photos peut-être intéressantes.

Je ne te lâcherai pas d’une geta !

Là, une vieille femme habillée de manière voyante, vraisemblablement pour cacher une misère que l’on pouvait deviner à certains détails, s’approche et lui demande quelque chose. Sans sourciller, le moine se retourne et lui file un bifton de 5000 yens ! Ainsi sont les moines bouddhistes. Le cœur et l’oseille à la main.

A Jimbocho, je me rends à mes librairies préférées afin de faire une petite provision de photobooks et d’affiches de films. L’heure passe vite et il est temps de retrouver Shibuya et son essaim de Tokyoïtes et de touristes. Au carrefour, un couple de jeunes mariés s’escriment avec un photographe professionnel venu avec ses deux employés à prendre des photos au milieu du passage, durant le temps  autorisé pour les piétons.

Vous vous demandez si la mariée est belle ? Jetez un œil à la vidéo en bas de l’article.

Autant dire que c’est du sport, d’autant que les badauds curieux qui les mitraillent autour d’eux (dont je fais partie) ne leur facilitent pas la tâche. Quelques instants plus tard je tombe sur une autre créature, cette fois-ci toute de rouge vêtue :

Là aussi, ça sentait la tenue préparée pour un shooting au milieu du carrefour et effectivement, je vis à proximité deux personnes chargées de l’opération.

Après vingt minutes passée à flâner sur le carrefour, il n’y avait plus qu’à pénétrer dans le quartier. Après une halte au Book-Off et au Mandarake où je chargeai un peu plus mon sac à dos de livres…

Je n’allai cependant pas jusqu’à acquérir celui-ci, trop cher !

… je fis une halte au Yoshinoya avant de me rendre à Shinjuku. Le temps de prendre au passage quelques ultimes photos…

… je rejoignis donc la Yamanote et quelques minutes plus tard arrivai à Shinjuku, bien décidé à retourner à la Golden Gai pour tenter ma chance à la Jetée.

Une fois dans les petites ruelles au mille bars, je m’aperçois que cette fois-ci, il n’y a pas à la porte du bar de mot accroché indiquant que la patronne est en vacances. Je prends donc mon courage à deux mains et gravis l’escalier très étroit permettant d’accéder au bar. J’ouvre la porte et là, surprise ! en plus d’être minuscule (je m’en doutais un peu mais pas à ce point), le bar est déjà occupé par pas mal de clients (que des étrangers). Un peu mal à l’aise par cette arrivée qui forcément dans un tel lieu attire tous les regards, je me vois cependant invité par la patronne à entrer et à prendre place sur un tabouret. Bon, cela n’allait pas être particulièrement confortable mais au moins je ne me cassais pas les dents une seconde fois.

J’y passai une heure, profitant de la décoration, de l’éclairage jaune, de la musique choisie par la patronne et essayant tout de même de discuter avec cette dernière puisqu’elle a la réputation de très bien parler français. Inévitablement j’évoquai Chris Marker mais je me souviens que nous parlâmes aussi cinéma et que Proust s’immisca aussi dans la conversation. Pour ce dernier, il s’agissait peut-être de mots échangés avec une cliente présente qui s’avérait être la traductrice de Chris Marker. Bref ce fut un moment plaisant, même si la forte présence de clients étrangers (des étudiants anglophones, un producteur de série pour Canal +) atténua le dépays-ement que j’attendais en venant poser mes fesses dans ce bar.

A la fois satisfait et maussade, je demandai à la patronne la permission de lui tirer le portrait puis je mis les adjas. En traînant une dernière fois dans les ruelles de la Golden Gai, je tombai sur cette porte engageante :

La bar avait-il été le bar de prédilection de Tetsuya Chiba ? Ceci appellera bien une vérification pour un voyage ultérieur.

Résumé de la journée en image et en musique (morceau : Asha, de Pantha du Prince) :

Fujiko se vend pour 60000 yens près de Dotonbori !

1er août :

Après Kyoto, arrive forcément Osaka. Cette fois-ci tous les quatre avec au programme le château d’Osaka (jamais visité) le matin, puis flânerie du côté de Dotonbori, enfin retour pour Takatsuki en fin d’après-midi.

Au château d’Osaka, je craignais un peu la cohue touristique et je l’ai eue. Mais globalement ça s’est plutôt bien passé. En arrivant à la station de métro, il fallut d’abord faire une petite marche de dix minutes dans le parc pour accéder à l’entrée principale. Lueur d’inquiétude alors dans les yeux de Olrik jr et Olrik the 3rd, lueur qui signifiait clairement « Oh non ! Pas encore ! ». Mais nous arrivâmes rapidement au pied du château…

Allez les kids ! Maintenant, il faut escalader !

… et les enfants purent profiter de la clim’ à l’intérieur. Les différents étages sont aménagés de manière à alterner musée historique et vidéos/maquettes pédagogiques. Plutôt bien conçus en fait, même si la foule compliquait parfois la disponibilité pour s’intéresser à tout ce qui était proposé. On pouvait se consoler en se rendant au balcon pour profiter d’une vue faite de vert et de gris :

En sortant, c’était le moment de partir en quête d’un restaurant potable pour le déjeuner. Une fois sustentés, direction Dotonbori en suivant une longue avenue. A un moment, juste après être passé à côté de ce curieux bâtiment…

… alerte ! Olrik the 3rd avait désespérément envie de vider sa vessie. Passant à ce moment-là devant un building où se trouvait une librairie au rez-de-chaussée, Madame y pénétra avec Olrik the 3rd pour chercher des toilettes, tandis que je restai avec Olrik jr dans la librairie à les attendre. Ce fut fort long et limite inquiétant. Apparemment trouver des WC dans ce building nécessitait de suivre tout un jeu de piste assez élaboré et comme ma douce a un sens de l’orientation qui a souvent montré des défaillances (excuse-moi, hein !), ce qui peut être simple peut parfois se transformer en dédale kafkaïen. Moi, pendant ce temps, je trompais mon ennui en contemplant ce magnifique dessin de Fujiko chan :

60000 yens le dessin. Eh oui ! Les boobs de Fujiko, ça se mérite !

Une fois réunis, nous arrivâmes assez rapidement à l’arcade qui descendait vers Dotonbori. Comme toujours, c’est un plaisir d’y flâner un appareil photo à la main. Panasonic vantait les mérites de la stabilisation du GX80. C’était le moment de vérifier cela en faisant des vidéos en marchant. Autrefois, c’était sans intérêt tant les tremblements à chaque pas étaient prononcés et gâchaient tout. Là, effectivement, à moins de chercher la perfection, on peut l’utiliser tel quel sans ajout d’un de ses appareils faisant office de Steadycam, à condition de marcher souplement. Si ça vous intéresse, une petite vidéo résumant la journée et comprenant des séquences faites en marchant se trouve en bas de l’article.

Noyé dans une marée humaine bigarrée, il n’y avait qu’à observer et cueillir les différents papillons que je croisais. Ici un SDF…

… là un vieux salary man grillant une sèche…

… tandis que les touches de couleurs se faisaient de plus en plus flashy au fur et à mesure que l’on s’approchait du fameux pont. Impossible par exemple d’ignorer ces deux vendeuses :

Au pont Ebisubashi, c’était l’habituelle flux de badauds discutant, admirant et se faisant prendre en photo en face du Glico Man :Tout en admirant certaines tenues bien légères…

Glup !

… un bruit désagréable à prétention musicale se fit entendre. Il s’agissait d’un groupe d’idols qui glapissait des chansons sucrées sur un des bords du canal en face d’une foule d’otakus rigolards et parfois hystériques :

Moi aussi, je me laissai aller à me vider le cerveau quelques minutes devant ce spectacle puis il fallut songer commencer à songer au chemin de retour. Une dernière courte promenade me fit apercevoir des enseignes que je n’avais jusque là jamais remarquées ainsi qu’un curieux endroit souterrain où moyennant quelques centaines de yens on pouvait s’essayer à taquiner le goujon dans une mare artificielle (cf. vidéo). Je connaissais ce type d’endroit à ciel ouvert mais là, dans la furie de Dotonbori, entre un restaurant et un magasin de gashapons, il y avait de quoi être interloqué. Bah ! mieux vaut ça que des lieux nous proposant de buter des lapins au gros plomb. Allez, modeste illustration vidéo de cette journée :