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Asakusa’s Lollipop

La dernière fois que j’ai chialé ma mère ne remonte pas à l’école primaire mais à 2006, lorsque mon disque dur externe rendit l’âme et emporta avec lui – la raclure – un nombre non négligeable de photos prises lors de mon 3ème voyage au Japon ainsi que plein de photos d’Olrik Jr époque couches et bourrelets.

Fort opportunément j’avais conservé les cd gravés au Japon (ouais, j’avais pas encore de mini disque dur externe) sur lesquels figuraient 90% de mes fichiers RAW. Restaient les 10% et là, force me fut d’admettre que je l’avais un peu dans l’os. Un peu car j’avais posté un certain nombre de ces photos perdues sur un site de photographie et c’est ainsi que je retrouve cette suceuse de sucette rencontrée au Senso Ji. Le bâtonnet n’est pas RAW mais malgré tout bien raide entre ces doigts graciles.

Une histoire de jambes

 

À ma gauche, des jambes athlétiques, puissantes, tannées et surmontées d’un fessier musclé, sans la moindre trace de graisse du fait de dizaines de kilomètres à trimballer un pousse pousse sur l’asphalte de Tokyo.

A ma droite, des jambes graciles, immaculées et surmontées de ce que l’observateur masculin appellerait volontiers « petit cul » plutôt que « fessier ». Sans doute assez peu de graisse aussi. Mais peu de puissance non plus, entre s’acharner sur un rickshaw et tenir un keitai qui voltige élégamment au niveau d’un volant assez court pour laisser voir un popotin moulé comme il faut dans un short, il y a un monde.

J’aurais bien aimé voulu connaître les pensées de la jeune pousseuse qui regardait ces gambettes. Sans doute y avait-il un peu d’aigreur mais qu’elle se console : plus tard, elle et son alter ego sur talons aiguilles seront sur un parfait pied d’égalité. Il ne sera plus question de tirer un rickshaw ou un petit ami sur le bitume, mais de se faire tirer par un fiston agacé de se coltiner une vieille obasan toute flageolante.

 

Bouddha curatif

Photo prise à Asakusa, à un moment où la santé n’allait pas fort. Tellement pas fort d’ailleurs que j’ai bien cru que le Japon, après m’avoir tout donné, allait tout me reprendre en moins de dix jours. Eh oui, après m’avoir fait passer les plus beaux moments de ma vie, ce pays peut se targuer de m’avoir fait connaître le pire. Notez que je ne lui en tiens pas rigueur, le mauvais moment est passé et je suis plus que jamais gonflé à bloc, prêt à y retourner pour prendre ma revanche.

Mais c’est ça de s’engouffrer spirituellement et sensoriellement dans un pays sans en calculer les conséquences. On se tue la gueule à nager dans le bonheur, à enchaîner ou plutôt à absorber le plus grand nombre d’expériences visuelles, gustatives (etc, etc.) possibles, mais lorsqu’arrive un clou inattendu, l’esprit et le corps se dégonflent à une vitesse qui vous fait vous demander si vous allez retrouver sain et sauf la France.

Je cherche encore quel a pu être ce clou puisque la médecine a été incapable de m’apporter une réponse. En guise de signes peut-être annonciateurs, je me souviens d’une sorte de lassitude inhabituelle, presque un dégoût teinté d’effroi vis-à-vis de ce pays survitaminé et donnant parfois l’impression de ne jamais s’arrêter. Moi, en tout cas, je me suis arrêté et les dernières journées passées à Tokyo ont été un mélange assez croquignole d’enthousiasme et d’inquiétude.

Je n’ai pas moins essayé de prendre des photos et je suis surpris de voir aujourd’hui, malgré le handicap qui me pourrissait mes journées, combien certaines photos tiennent assez bien la route. Peut-être pas le cas de cette photo mais ce bidouillage avec mon objectif, testé sur la personne de Bouddha, résume assez bien ces journées qui avaient du plomb dans l’aile.

Bouddha ne m’a pas guéri illico, malheureusement, mais, le temps d’une ou deux minutes pour faire mes essais, il m’a au moins permis d’oublier ce que j’avais. Précieux moment qui, multiplié par les centaines de fois où j’ai appuyé sur le déclencheur durant ce court séjour tokyoïte, en a finalement fait un semi-cauchemar au lieu d’un cauchemar. C’était déjà pas si mal.