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Fujiko se vend pour 60000 yens près de Dotonbori !

1er août :

Après Kyoto, arrive forcément Osaka. Cette fois-ci tous les quatre avec au programme le château d’Osaka (jamais visité) le matin, puis flânerie du côté de Dotonbori, enfin retour pour Takatsuki en fin d’après-midi.

Au château d’Osaka, je craignais un peu la cohue touristique et je l’ai eue. Mais globalement ça s’est plutôt bien passé. En arrivant à la station de métro, il fallut d’abord faire une petite marche de dix minutes dans le parc pour accéder à l’entrée principale. Lueur d’inquiétude alors dans les yeux de Olrik jr et Olrik the 3rd, lueur qui signifiait clairement « Oh non ! Pas encore ! ». Mais nous arrivâmes rapidement au pied du château…

Allez les kids ! Maintenant, il faut escalader !

… et les enfants purent profiter de la clim’ à l’intérieur. Les différents étages sont aménagés de manière à alterner musée historique et vidéos/maquettes pédagogiques. Plutôt bien conçus en fait, même si la foule compliquait parfois la disponibilité pour s’intéresser à tout ce qui était proposé. On pouvait se consoler en se rendant au balcon pour profiter d’une vue faite de vert et de gris :

En sortant, c’était le moment de partir en quête d’un restaurant potable pour le déjeuner. Une fois sustentés, direction Dotonbori en suivant une longue avenue. A un moment, juste après être passé à côté de ce curieux bâtiment…

… alerte ! Olrik the 3rd avait désespérément envie de vider sa vessie. Passant à ce moment-là devant un building où se trouvait une librairie au rez-de-chaussée, Madame y pénétra avec Olrik the 3rd pour chercher des toilettes, tandis que je restai avec Olrik jr dans la librairie à les attendre. Ce fut fort long et limite inquiétant. Apparemment trouver des WC dans ce building nécessitait de suivre tout un jeu de piste assez élaboré et comme ma douce a un sens de l’orientation qui a souvent montré des défaillances (excuse-moi, hein !), ce qui peut être simple peut parfois se transformer en dédale kafkaïen. Moi, pendant ce temps, je trompais mon ennui en contemplant ce magnifique dessin de Fujiko chan :

60000 yens le dessin. Eh oui ! Les boobs de Fujiko, ça se mérite !

Une fois réunis, nous arrivâmes assez rapidement à l’arcade qui descendait vers Dotonbori. Comme toujours, c’est un plaisir d’y flâner un appareil photo à la main. Panasonic vantait les mérites de la stabilisation du GX80. C’était le moment de vérifier cela en faisant des vidéos en marchant. Autrefois, c’était sans intérêt tant les tremblements à chaque pas étaient prononcés et gâchaient tout. Là, effectivement, à moins de chercher la perfection, on peut l’utiliser tel quel sans ajout d’un de ses appareils faisant office de Steadycam, à condition de marcher souplement. Si ça vous intéresse, une petite vidéo résumant la journée et comprenant des séquences faites en marchant se trouve en bas de l’article.

Noyé dans une marée humaine bigarrée, il n’y avait qu’à observer et cueillir les différents papillons que je croisais. Ici un SDF…

… là un vieux salary man grillant une sèche…

… tandis que les touches de couleurs se faisaient de plus en plus flashy au fur et à mesure que l’on s’approchait du fameux pont. Impossible par exemple d’ignorer ces deux vendeuses :

Au pont Ebisubashi, c’était l’habituelle flux de badauds discutant, admirant et se faisant prendre en photo en face du Glico Man :Tout en admirant certaines tenues bien légères…

Glup !

… un bruit désagréable à prétention musicale se fit entendre. Il s’agissait d’un groupe d’idols qui glapissait des chansons sucrées sur un des bords du canal en face d’une foule d’otakus rigolards et parfois hystériques :

Moi aussi, je me laissai aller à me vider le cerveau quelques minutes devant ce spectacle puis il fallut songer commencer à songer au chemin de retour. Une dernière courte promenade me fit apercevoir des enseignes que je n’avais jusque là jamais remarquées ainsi qu’un curieux endroit souterrain où moyennant quelques centaines de yens on pouvait s’essayer à taquiner le goujon dans une mare artificielle (cf. vidéo). Je connaissais ce type d’endroit à ciel ouvert mais là, dans la furie de Dotonbori, entre un restaurant et un magasin de gashapons, il y avait de quoi être interloqué. Bah ! mieux vaut ça que des lieux nous proposant de buter des lapins au gros plomb. Allez, modeste illustration vidéo de cette journée :

« Excuse me, are you Jim O’Rourke ? »

« Tiens ?! Toi ici ? Ben merde alors !  Le monde est petit ! » Qui n’a pas clamé ce cliché au moins une fois dans sa vie ? Qui n’a jamais été surpris de tomber à la plage sur une connaissance en train de se faire dorer la pilule juste quelques mètres à côté de vous ? Effectivement, à chaque fois on se dit qu’il est petit, le monde, pour que de si faibles probabilités de rencontre se réalisent. Mais tout cela n’est rien par rapport à ce que j’ai expérimenté cet été.

Le premier exemple, sans aucun doute possible le high score de sa catégorie : j’étais à l’entrée du pont de Dotonbori. Je n’explique pas à nouveau ce qu’est Dotonbori, je l’avais déjà fait lors d’un précédent article. Je rappelle juste au passage le côté fourmilière de l’endroit, sorte d’équivalant osakesque de Shibuya. Bref, je me trouvais là, en plein milieu d’après-midi, à shooter des visages intéressants. A un moment un groupe de minettes approche et continue son chemin à ma gauche. Rien d’extraordinaire sauf que l’une d’elle a décroché de son groupe et me regarde, perplexe. Je la regarde aussi, perplexe aussi, me demandant ce que cette jolie fille me veut. Le scène où l’on se regarde ne dure que cinq secondes mais j’ai rarement eu l’impression d’un temps aussi suspendu où l’on sent que quelque chose est en train de se passer. Durant ce court instant elle se rapproche, je vois à certains mouvements imperceptibles de ses lèvres qu’elle brûle de me dire quelque chose mais qu’elle n’est pas encore assez sûre. Elle finit pourtant par la dire sa phrase, ou plutôt son mot : « Olrik ? » (vous aurez évidemment compris que c’est mon prénom qu’elle lâcha, la frêle enfant étant à mille lieues de se douter que je suis l’inénarrable autant que redoutable Olrik).

A ce moment j’étais pas loin d’avoir la mâchoire tombant sur le bitume façon Tex Avery. Je me contins cependant, rassemblai mes souvenirs et essayai de me rappeler qui était cette personne. Ce n’était pas si difficile car cette connaissance datait de l’année précédente. Mais il en va des Japonaises comme de la bonne foi d’une femme : en perpétuel changement. C’était le cas ici avec une nouvelle coiffure et une autre couleur de cheveux qui me mirent en difficulté. Mais l’identité de la personne faillit par me revenir : Il s’agissait de 篝, une étudiante japonaise qui avait séjourné une année durant dans ma ville pour étudier le français. La communauté japonaise y étant maigre, ma femme l’avait invitée plusieurs fois à déjeuner. A la fin de son année d’étude, elle s’en était retournée à son pays, à Tokyo.

Et là, vous voyez en quoi le monde peut effectivement paraître foutrement petit. Il y a même un peu de la Twilight Zone dans ce genre d’expérience. Comme nous, 篝 avait prévu de se rendre à Osaka avec ses amies uniquement pour cette journée du 22 juillet. Comme nous, elle allait passer à Dotonbori. Et comme moi, elle s’est trouvée dans sa déambulation forcément chaotique dans un tel lieu, à l’heure H, à la minute M, et à la seconde S à cet endroit :

Tout petit décalage dans l’espace et le temps et je passais à côté du frisson de tomber sur cette sympathique personne. Frisson que je ne tardai pas à faire connaitre à ma femme, restée à siroter tranquillement au Lotteria juste en face, et à qui j’amenai 篝 sans tambours ni trompettes. Vous me passerez la description de la scène, truffée de grands cris de stupéfaction, de bouche grande ouverte et autres yeux exorbités.

Bref, après une telle rencontre, on se dit que dorénavant tout est possible. Même rencontrer Sarkozy dans un batting center vous paraît du coup du domaine du possible. C’est dans cet état d’esprit que je débarquai quelques jours plus tard à Tokyo. Après une matinée passée au Ghibli Museum (endroit sympathique mais qui a malheureusement tout de la purge du fait de la masse de touristes que l’on y rencontre. Cool pour les lardons, mais je suis bien décidé à ne plus y remettre les pieds), direction Harajuku pour humer l’air excentrique du lieu et surtout faire le portrait de quelques histrions ainsi que d’utiliser ma steadycam de poing dans la fameuse Takeshita dori.

Le parcours n’avait rien de bien original :

Arrivée par la Yamanote à la station d’Harajuku. On marche un peu pour atteindre le haut de la Takeshita Street. On la descend avec le bain de foule voulu puis on tourne à droite pour rejoindre Meijijingumae. On remonte alors pour emprunter une nouvelle fois la Yamanote et partir pour d’autres aventures.

Cette petite heure passée fut mi-figue mi-raisin. Ma douce et tendre étant quelque peu agacée de devoir se trimballer une poussette dans un lieu qui a tout de l’accélérateur de particules avec des personnes tenant lieu d’atomes, j’ai senti que je n’allais pas pouvoir bénéficier de tout le temps voulu pour prendre des photos tranquillou et qu’il m’allait falloir une nouvelle fois shooter à l’arrache, quasiment sans prendre la peine de s’arrêter pour cadrer. C’est ce qui arrivé et, malgré quelques bonnes prises, c’est un peu morose que je remontai la Meijijingumae.  C’est alors que je vis ceci : 

Une touffe de poils attira en effet mon regard. Non, il ne s’agit pas de celle de la bijin au premier plan mais de celle se trouvant juste derrière elle. Au moment de prendre la photo elle se trouvait juste derrière la femme (on voit un bout du pantalon du gus à côté de la jambe droite de la donzelle), mais quelques mètre plus loin :

WTF ?!

Cette petite taille… cette corpulence grassouillette…. cette barbe… pas de doute, c’était lui ! Oui lui, Jim O’Rourke, LE Jim O’Rourke, l’ex-Sonic Youth, le compositeur de The Visitor, album que j’ai dû écouter une bonne centaine de fois depuis sa sortie, mais surtout le compositeur de Koji Wakamatsu pour United Red Army et l’homme qui fut à l’origine du morceau qui inspira Shinji Aoyama pour faire son Eureka. A cet instant j’avais le choix : ou bien poursuivre mon chemin jusqu’à la Yamanote Line pour clore sans gloire une heure somme toute assez décevante, ou bien rattraper le gars (qui filait à toute allure) pour faire ma groupie (en tout bien tout honneur bien sûr). J’optai pour la seconde. Jim avait pris de l’absence mais c’était mal connaître les capacités athlétiques d’OIrik (vous ai-je dit que j’avais remporté le championnat de course en sac à Chattanooga, Tennessee ?). Avec mon gros sac photo sur le dos, j’eus alors l’air de Tortue Géniale poussant un sprint mais n’importe ! j’arrivai à la hauteur d’O’Rourke et parvins à le stopper non pas par un tacle à la Cantonna mais par un « Excuse me, are you Jim O’Rourke ? ». La réponse ne fut ni un oui ni un non mais un « Oh ! excuse me but I hurt my back yesterday… » passablement essoufflé. C’est en substance ce que disait sa réponse (je cite de visu). Bien content d’apprendre que l’artiste s’était latté le dos la veille, je poursuivis malgré tout. Après l’Olrik en mode Usain Bolt, c’est l’Olrik en mode fanboy qui entra en jeu en bredouillant dans la langue de Vinnie Jones des paroles pleines d’enthousiasme et d’admiration pour l’oeuvre du bonhomme, bonhomme dont la mine fatiguée et soucieuse -sans doute à cause de ce maudit dos – s’éclaira et devint souriante, amusée devant ce grand flandrin à l’accent frenchy en train de lui confier qu’il était un « big fan » de son oeuvre. D’un autre côté, pas sûr non plus que ce genre de rencontre lui arrive souvent. A part des salamy men bourrés et cons comme des manches qui pourraient le prendre pour Jim Morrisson, on a du mal à l’imaginer se faisant alpaguer tous les quatre mètres pour être pris en photo ou se voir demander une dédicace. Il prit en tout cas les quelques secondes de cette rencontre avec simplicité, presque avec timidité. J’ai souvenir d’une voix très humble, finalement la même que l’on entend ici. Souvenir aussi de deux billes bleues perçant au milieu des poils et d’un visage un brin rougeaud. J’aurais aimé les avoir plus longtemps devant moi, avec une bière à portée de de main et un calepin à proximité pour noter des réponses à une interview improvisée que je me serais fait un plaisr de poster ici mais enfin, entre la famille qui attendait en haut de l’avenue et le musicien qui filait d’un pas rapide vraisemblablement à un rendez-vous, il fallait se résoudre à faire court de peur de passer pour un importun. Après d’ultimes paroles d’admiration, je lui tirai le portrait à la va-vite, lui serrai la pogne et repris mon chemin. Grâce à une poignée de secondes et aux mystères des probabilités, cette excursion à Harajuku avait tout de suite une autre gueule.

Peace & Love – Dotonbori style

Drôle de semaine les aminches. C’était pas la première fois que BdJ connaissait des perturbations mais là, chaud ! Et c’est là que je m’aperçois combien ce site est devenu une quasi passion. Plus le goût à rien le père Olrik ! La bouffe, le cinéma, le dormir, la bagatelle, rien. Tout juste si les matchs de l’euro éveillaient un semblant d’intérêt. Enfin, plus de peur que de mal, le problème technique a été réglé et l’on va pouvoir reprendre les choses sérieuses prochainement avec une critique cinoche et le retour de la rubrique « bijin de la semaine ». D’ici là, je poste une simple photo de cette femme arborant sur son tee-shirt un signe bien connu d’une certaine faune évoquée récemment. Là s’arrête le point commun : on est ici plus proche du hype que du hippy. Dotonbori oblige.

Dotonbori : A Light Odyssey

Peu de temps avant que quelque chose ne se détraque, je me trouvais à Osaka pour aller traîner mes guêtres du côté de Dotonbori. Était-ce une bonne idée ? Je l’ignore. On peut aimer livrer son corps à ces bains de foule dantesques que des villes comme Tokyo ou Osaka peuvent offrir, on peut faire ses délices à soumettre ses sens à un maelström de couleurs et de sons, mais se claquer l’esprit, le réflex dans la main droite, la caméra numérique dans l’autre, à essayer de ne faire qu’un avec le décor et de capter tout ce qui bouge dans un état de surexcitation quasi extatique non, c’était décidément décidément pas une bonne idée, surtout lorsque le détraquement en question touchait à la vue…

Bref, après un séjour de trente jours à Miyazaki, à faire les couleuvres chez la belle-famille ou à se distraire aux matsuris d’été, nous devions remonter tranquillement vers Tokyo par le train pour y prendre l’avion. Durant les dix jours qui nous restaient, différentes étapes étaient au programme pour que ma femme puisse revoir quelques uns de ses amis : Fukuoka, Hiroshima puis Osaka qui allait nous permettre de revoir plusieurs connaissances qui avaient assisté à notre cérémonie de mariage. Pour le choix du resto, j’y étais allé de ma petite insistance : il fallait qu’il se trouve dans le quartier de Dotonbori, histoire de profiter pour la première fois de son ambiance nocturne « à la Blade Runner » (dixit le Lonely Planet).

Dotonbori est le pendant osakesque de Shibuya. Le jour, c’est magnifique. La nuit, c’est époustouflant. Et peut-être un peu écrasant aussi. On y trouve la même impression grisante qu’à Shibuya, celle de se laisser porter par des bruits et des lumières. On est un peu abruti mais aussi un peu sur un nuage, subjugué par ce royaume de la consommation et du divertissement. Et subjugué par la déferlante d’images qui vous tombent dessus. Inutile de sortir votre planche pour essayer de surfer dessus, vous êtes sûr de boire la tasse et c’est finalement ça qui est bon.

Spatialement, c’est plus basique que Shibuya : deux artères perpendiculaires qui se rejoignent par un pont. Les connaisseurs crieront sans doute à la simplification extrême et ils n’auraient pas tort car je suis sûr que Dotonbori recèle une multitude de ruelles sans prétention tout à fait aptes à procurer de délicieuses promenades.  Et pourtant, c’est bien cette géographie rudimentaire qui s’impose et qui reste à l’esprit de celui qui arpente le quartier pour la première fois. Shibuya est différent : on y pénètre comme dans un entonnoir à partir de la place de la gare et après, à vous de voir quelles veines ou quels vaissaux capillaires vous allez vous emprunter pour vous perdre dans ce quartier où la vie semble pulser dans la moindre parcelle d’asphalte. Pourtant doté d’un très correct sens de l’orientation, je ne m’y suis jamais fait et plus d’une fois je me suis surpris à repasser pour la troisième fois dans la même rue en moins d’un quart d’heure alors que je voulais seulement regagner la gare. Avec Dotonbori, aucun risque : il suffit de marcher droit dans un sens ou dans l’autre, on finit toujours par retrouver le pont. Ça peut paraître plus monotone mais si pour vous photographie et grouillement de vie font bon ménage, ça ne l’est pas. Un peu comme un chasseur de papillons sur lequel foncerait un nuage de lépidoptères. Les bestioles passées, il y aura sûrement des pertes, le chasseur n’ayant évidemment pu toutes les capturer. Mais s’il a su élever au maximum son adresse et la perception du mouvement, il peut prétendre à une jolie moisson. Autant dire qu’à ce petit jeu, Dotonbori apparaît comme l’acmé du genre. Foule bigarrée, touristes sidérés, habitués indifférents, coquettes aux longues jambes ou jeunes machomen qui viennent chasser, on en vient rapidement à oublier le temps qui passe, on pourrait y passer des heures bien que l’esprit en alerte ait une parfaite conscience de la moindre seconde tant les yeux analysent, décortiquent le décor, à l’affut d’une scène fugitive, d’une silhouette en mouvement qui, pour peu qu’elle passe devant l’objectif et qu’elle ne soit pas empêchée par le passage inopportun d’un autre papillon, donnera cette satisfaction particulière du bruit du déclencheur.

Clic !

Enivrant mais fatigant. Dès le début Osaka nous avait donné l’impression que ça allait être différent de Tokyo. Du monde, de l’effervescence, d’accord. Mais un je ne sais quoi de turbulent, de brouillon, d’encore plus chaotique par rapport à l’ambiance tokyoïte. Et l’environnement urbain n’était pas sans corroborer cette impression avec des bâtiments WTF? en diable :

Aperçu du quai de la station de Shinimamiya, il s’agit du Festival Gate, un parc de loisirs (détruit depuis peu je crois) avec ses montagnes russes qui serpentent entre les bâtiments et au-dessus des magasins. Tellement à l’image de cette ville et de ses innombrables blocs de bétons à travers lesquels allait se faufiler le train que j’attendais. Il se dégage de ce fatras architectural une certaine laideur. Une certaine précipitation. Comme si la ville avait voulu en remontrer à sa grande soeur de Tokyo en lui prouvant qu’elle aussi avait de beaux atouts en matière de grandiloquence urbaine. Mais tout cela est désordonné, quasiment rasée par les bombardements durant la guerre, Osaka semble avoir voulu se relever de manière irréfléchie. Les bâtiments ont alors poussé comme des champignons et se sont répandus comme une gangrène. Vue de ma fenêtre alors que je me trouvais dans le train de la « Loop Line » (ligne circulaire à l’exemple de la Yamanote de Tokyo. Très pratique) qui allait me rapprocher de Dotonbori, je me rappelle de m’être demandé quel plaisir j’allais bien y trouver. Pour un ancien quartier des plairs, c’eût été le comble de n’y éprouver aucun.

Une demi heure plus tard, arrivée à la station de Namba. Au détour d’ubn corridor, on tombe sur un mur ondoyant d’une quarantaine de mètres tapissé de petits carreaux à travers lesquels un jeu de lumières fait défiler un continuel dégradé de couleurs :

Tout simplement beau. Et étrange : fallait-il donc être sous terre pour avoir sous les yeux autre chose que de la laideur en béton cellulaire ? Le retour à l’air libre allait me fixer sur ce point puisque la sortie débouchait sur une petite place où de jeunes danseurs de rue esquissaient des chorégraphies tandis que des semi-ganguros palabraient sur les détails d’une prochaine danse :

L’ambiance était au calme, portée par ces jeunes gens appliqués, pas rebelles pour deux yens ainsi que par ce gros miroir en forme de boule planté au milieu de la place et entouré de plusieurs arc-de-cercles métalliques et colorés. Deuxième fois en moins de cinq minutes que je voyais des lignes courbes apaisantes. Allons, la ballade à Dotonbori partait sous de bons auspices.

Quelques rues plus loin on arrive à l’entrée de l’antre :

L’entrée de l’entrée précisément puisque pour gagner le fameux pont Ebisu, le centre névralgique du quartier, il faut d’abord suivre sur trois cents mètres une rue avec une ribambelle de magasins fermés. Ici des statues incongrues…

là un couple à vélo bienheureux …

… achèvent de me faire oublier la sinistrose de tous ces cubes de béton aperçus depuis le train. Après avoir traversé l’avenue Mido-suji et sa bordée de buildings assez spectaculaires, on reprend un tronçon de la rue menant à Dotonbori. Cette fois-ci, c’est la bonne, on croise de plus en plus de gens provenant d’un croisement un peu plus loin. Les enseignes des magasins sont plus tape-à-l’oeil et la densité de bijins au mètre carré monte d’un cran. On tourne à gauche et là, on comprend qu’il n’y a plus qu’une seule chose à faire :

… risquer le torticolis à regarder en l’air. Regarder quoi ? Ceci :

Vue du pont Yebisu. En couleurs ou en noir et blanc, ça claque de même.

Un bordel de gigantesques enseignes publicitaires. Devant, derrière, à droite et à gauche. On se sent comme au musée à part que l’on n’est pas dans un lieu clos à regarder des Rembrandt mais à ciel ouvert à contempler des publicités. Dotonbori ou l’ultime démonstration que la pub peut être un art urbain. Infailliblement ce patchwork monumental de kanjis, de katakanas et de romajis vous procure un frisson de plaisir et l’on se dit vivement le soir que l’on assiste à l’acte II afin de voir à l’œuvre les milliers de lumières connectées aux panneaux. D’ici là, la ballade continue avec l’arcade commerciale de Shinsaibashi-suji. On dit y faire du 2 km/h tant il y a du monde. Largement assez pour qu’aucune des devantures de magasins ne passent inaperçues, encore moins les plus virils :

On va malgré tout jusqu’au bout pour la gloire (500 mètres) mais au retour, on en a plein la tête et les guibolles, surtout madame qui émet le souhait de se reposer en sirotant quelque chose au premier café venu. La laissant avec une tisane et un Olrik jr devant une tasse de chocolat, je retournai dare-dare du côté de pont yebisu pour une séance de street shooting en solo, occupation bien plus tonique qu’une tisane. Plus corsée surtout, Dotonbori donnant comme je l’ai dit peu de répit au photographe. Très vite on a la tête qui tourne, ivre d’images, de mouvements, de superpositions d’intéressants specimens du Japon sur un fond de publicité dantesque. Ici je vais m’économiser en m’abstenant de retoucher une fournée de photos supplémentaires pour vous en donner une idée. La vidéo que vous trouverez plus bas vous fera aisément comprendre combien peut être un fabuleux terrain de jeu.

18H30 arrive, c’est le moment de retrouver ma tisanière et mon lardon. J’arrive au café et là qu’est-ce que je vois ? Olrik Jr en train de faire de l’oeil à deux créatures :

Brave Olrik Jr ! Dans mes bras mon petit ! Que voilà le digne fils de son père !  Je l’aurais volontiers félicité en casquant une deuxième tasse de choco pour sa fraise mais l’heure tournait et le rendez-vous au restaurant approchait à grands pas. Direction le sud à pleine voile vers l’autre arcade commerciale, Sennichi-mae. Je n’ai absolument aucun souvenir de ce que l’on y a mangé. Peu importe en fait : les seuls plats qui me sont restés précieusement en mémoire sont des amis chaleureux, de jolies, filles, un Olrik Jr faisant fureur, des éclats de rire et de l’alcool, beaucoup d’alcool.

Choisir le bon ISO sous alcool, tout un art.

La journée à Dotonbori se terminait bien. Restait à l’achever en apothéose avec l’orgie de lumières à l’Ebisu bashi. Avant même d’y être, on ne pouvait nier aux rues de Dotonbori d’avoir bien effectué leur métamorphose pendant que nous étions au restaurant. Le Lonely Planet n’avait pas tout à fait tort lorsqu’il évoquait Blade Runner même si, pour ma part, les effets des bières ingurgitées me firent penser à une autre référence…

Dotonbori : A Space Odyssey

Les yeux revenus en face des trous, je suivis émerveillé le jeu de piste que me proposaient les enseignes :

Sortant d’une légère ivresse houbloneuse, je tombai alors dans une réelle ivresse à me promener submergé par des signes dont je ne connaissais pas la signification. Étrange utilité de ces panneaux censés attirer le chaland mais qui finalement n’arrivent qu’à retenir le promeneur sans but dehors, dans une transe contemplative devant un spectacle où le signifiant n’a d’autre utilité que d’en foutre plein la gueule. J’aurais certainement pu rester des heures à sillonner les moindres ruelles pour collectionner sur mes rétines la moindre enseigne, même la plus insignifiante…

n’eussent été d’autres signifiants qui me ramenèrent à un monde plus terre-à-terre quoique tout aussi contemplatif – et admiratif.

Restait à voir, donc, la vue sur le fameux pont. L’enseigne Glico avec le sprinter aux bras levés notamment, ou encore la façade invraisemblable du Don Quixote. Arrivé sur place, je me posai. Effectivement, ce n’était pas dégueulasse. C’était même très beau. Mais je ne sais pas, j’ai alors eu l’impression que cette surenchère atteignait ses limites et qu’elle n’était pas si loin de me donner de cet effroi ressenti peu auparavant devant le chaos de cubes en béton. On se sent un peu frêle devant ces panneaux gigantesques plantés à quelques mètres de soi. La place principale de Shibuya donne-t-elle au moins un peu de recul au passant qui n’est alors qu’un simple spectateur émerveillé. A Dotonbori, on est pas loin de songer que l’on est une sorte d’acteur magnétisé, un figurant dans le délire cyberpunk d’un Cécile B. de Mille sous acide. On reste sur ce pont une minute, puis deux, puis trois. On aimerait partir, après tout on a fait son travail, on a bien admiré, on a pris des photos. Mais d’un autre côté on se dit merde ! c’est quand même le Ebisu bashi la nuit, c’est énorme, c’est sublime, c’est époustouflant, on ne voit pas ça tous les jours quoi ! Et l’on regarde encore, comme prisonnier du plateau en attendant que le metteur en scène donne l’ordre de lever le camp. Finalement l’ordre est venu de ma femme. Il était un peu tard et il aurait été malséant d’arriver trop en retard chez sa cousine de Takatsuki qui avait la gentillesse de nous héberger. The longest day must have an end…

Dans le train de la Kyoto Line, je regarde les photos prises sur l’écran de mon Nikon. La moisson a été très correcte. Et j’ai une photo souvenir du Glico Man illuminé. Bonne chose ça, voilà de quoi me rappeler plus tard que j’y étais et que c’était franchement énorme. Pour l’heure, la torpeur du wagon peuplé de passagers exténués et le roulis de cette ligne magique qui joint à 70 kms de distance deux putains de villes me plongèrent dans un semi sommeil où je songeai confusément à la chaleureuse famille qui nous attendait à Takatsuki. Exit Osaka. Prochaine étape : Tokyo. Entre ces deux, l’ombre lénifiante de Miyazaki nous couvrait le temps de deux journées. Ce n’était pas plus mal.

**

*

Je termine avec une nouvelle vidéo qui résume le contenu de l’article. Comme toujours, compte tenu de mon noviciat en la matière, j’ai essayé de faire au mieux. Il me manque encore des connaissances pour parer à certains défauts, notamment la stabilisation mais enfin, le truc donnera une idée relativement correcte du lieu, ce qui est l’essentiel :

Smile and Smileys

Un caleçon avec des smileys, c’est sympa. Mais maintenant, je suis d’avis qu’il faudrait faire autre chose de tes mains mon garçon. Il est des regards et des sourires bien plus gracieux que ceux d’un smiley et qu’il ne sert à rien de questionner bien longtemps.

Fraîcheur d’un jeune couple au milieu de l’effervescence de la Dotombori Dori d’Osaka. J’y reviendrai prochainement.

Christmas tree, Dotonbori Style

Pas facile de poster une photo de circonstances quand on n’a jamais mis les pieds au Japon durant les fêtes. En  fait, ce n’est pas si grave. Si je n’ai pas eu la chance d’admirer le clinquant d’un gigantesque arbre de Noël dans un grand magasin tokyoïte, du moins ai-je eu celle de contempler la façade du Don Quixote de Dotombori à Osaka, en plein été. Des lumières, des boules, des petits personnages sympathiques, notamment le vieil ivrogne espiègle des bières Yebisu à la place du père Noël : que demander de plus ?

Ainsi est le Japon des grandes villes : dans certains quartiers, il y a un peu de Noël chaque soir. « Pour que la ville soit gaie, il la lui faut kermesse. » écrit Michaux dans un Barbare en Asie à propos des Chinois et de leurs villes. La formule convient assez bien à ces quartiers qui consomment chacun en lumière, en couleurs et en odeurs de bouffe ce que l’on trouverait dans une ville européenne de taille respectable.

Cet arbre de Noël tout en béton et en néons va trôner quelques jours en haut de ce blog, le temps pour moi de gérer vaillamment les agapes à venir et surtout découvrir certains cadeaux que ne va pas manquer de m’apporter le Père Noël. Malgré quelques facéties drinkcoldiennes, je crois en effet avoir été sage cette année, je mérite amplement ces livres, ces cd, ces DVD que je ne manquerai pas de chroniquer prochainement en ces pages.

D’ici là…

Peasu serie (1/?) : Dotonbori

Photo qui inaugure une série sur le fameux geste que dégaine un(e) japonais(e) une fois sur deux lorsqu’il se fait prendre en photo, geste que ne manquent pas certains de trouver niais, gonflant, cucul la praline et tout le toutim, mais qui ne m’a pour ma part jamais dérangé. J’ai parfois l’impression que voir des Japonais se faire photographier sans dégainer ce geste n’aurait plus le même charme. En tout cas, il me semble que l’on peut trouver pire comme manie.

Bref.

La photo a été prise à Dotombori, la dantesque avenue commerçante dans le centre d’Osaka. Ce groupe de jeune filles peut paraître insolite, elle ont l’air à la fois de prendre en photo quelque chose et de se faire prendre photo. En fait c’est exactement ça : une caméra posée quelque part sur la façade d’un mur filme les passant et diffuse leur image sur un écran géant, le tout accompagné d’animations humoristiques pour se moquer gentiment de celui qui se fait tirer le portrait.