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Drama Express #5 : Cain to Abel, Suna no tou

La saison des dramas de l’automne s’achève, c’est le moment de proposer une petite sélection parmi le vaste choix de feuilletons que je n’ai évidemment pu tous voir. Commençons par les titres qui ont été impitoyablement éliminés au bout d’un quart d’heure de visionnage :

 

Cabotinage, personnages vides, réalisation clipesque, le genre de drama que je ne cherche surtout pas à poursuivre afin de vérifier si ça s’arrange un peu par la suite. A un niveau supérieur mais à peine meilleur, déplorons aussi ce titre :

The Sniffer

Un drama avec Hiroshi Abe, a priori ça ne se refuse pas. Et le sujet promettait d’être divertissant : dans cette histoire policière, le personnage d’Abe est un peu une sorte de Sherlock Holmes, quelqu’un que la police vient la consulter dès qu’elle se trouve face à un cas qui la dépasse. La différence avec Holmes étant que cet avatar-là est réputé pour son odorat absolument hors norme et lui permettant de reconstituer très facilement la scène d’un crime. Amusant mais lassant, justement à cause d’Abe qui joue une énième fois un personnage mi-bouffon, mi-arrogant. Vivement que je le retrouve dans un vrai rôle avec le dernier Kore-eda.

Autre déception, Cold Case :

Il s’agit de la version nippone de ce classique des séries tv policières américaines. J’avoue que je n’en avais jamais vu le moindre épisode, je ne saurais donc dire si cette version tient la route par rapport au modèle, voire même si elle est meilleure. A priori Cold Case version ricaine avait pour marque de fabrique d’utiliser des chansons bien connues pour illustrer les époques où se sont déroulées ces « cold cases », ces histoires criminelles non résolues. Le procédé est repris dans cette version, ce qui n’est pas sans étonner. On est tellement habitué à subir de la guimauve ou de la Jpop, qu’entendre tout à coup Oasis, Radiohead ou Franz Ferdinand surprend agréablement. Et comme les histoires et la réalisation sont tout de même bien ficelées, on se dit qu’on tient là un solide drama policier. Et pourtant, j’ai moyennement accroché, le tout m’ayant paru trop lisse, trop bien léché, trop sérieux, à l’image du jeu de Yo Yoshida, actrice que je n’ai jamais vu sourire (enfin si, la seule fois étant lors de sa participation au jeu télévisé Nep league, mais cela ne compte pas). Pour ceux qui aiment que des noms du cinéma japonais participent à l’élaboration d’un drama, précisons que Takahisa Zeze a fait partie de l’équipe des scénaristes. Je mets un 5/10 à Cold Case par manque d’enthousiasme, mais je ne doute pas que le drama pourra vraiment plaire aux amateurs de la série originale.

On reste dans les dramas de chez Wowow avec Hippocrates no chikai :

A chaque saison de dramas on a son lot de séries se déroulant dans le milieu hospitalier. Après Fragile et son rugueux médecin du service pathologie, place au service médico-légal d’un hôpital dans lequel la jeune Makoto Tsugano va faire son apprentissage auprès du chevronné Tojiro Kosaki. comme pour Cold Case, on devine qu’on ne va pas rire des masses. C’est sérieux mais du fait d’un format court (juste cinq épisodes) et d’une intrigue finalement intéressante, le drama se laisse regarder. Je conseillerais malgré tout de voir plutôt Fragile.

6/10

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Toujours Wowow, et toujours un drama qui ne fera pas fonctionner vos zygomatiques :

Suishou no Kodou

Il s’agit en fait du sequel d’Ishi no mayu. L’inspectrice Toko Kisaragi s’est remise de sa précédente enquête, mais tout de même difficilement. Et quand elle tombe sur un tueur série qui a la fâcheuse tendance à manipuler des engins explosifs (joujoux ayant donné lieu à une scène traumatisante lors précédent drama), rien ne va plus pour la pauvrette. Il faudra toutes ses ressources et l’aide de ses bienveillants collègues pour mettre le grappin sur le tueur se faisant appeler « OX » et ayant la curieuse habitrude de maculer de peinture rouge les murs des endroits où il commet ses crimes. C’est solide, bien réalisé, dans la continuité d’Ishi no Mayu. Si vous avez aimé ce dernier, vous aimerez Shuishou no Kodou.

7/10

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Changeons de crèmerie, direction Fuji TV avec Cain to Abel :

Takada Real Estate Co est une puissante entreprise qui mise plutôt sur le fils aîné Ryuichi pour reprendre le flambeau que sur le cadet Yu, jeune homme sympathique mais moins expérimenté. Et pourtant, Yu apparaît au fil des épisodes comme quelqu’un disposant d’une spontanéité et d’un instincts exceptionnels qui vont lui faire gravir un à un les échelons de la société familiale, au grand dam du frère qui va se sentir peu à peu dévoré par la jalousie. Toutes proportions gardées, on est un peu dans la version drama de À l’Est d’Eden. On retrouve un fils incompris qui va dépasser le supposé frère modèle de la famille et qui va même parvenir à faire tomber sous son charme la fiancée de ce dernier (magnifique Kana Kurashina). Comme je n’ai pas encore tout vu, je ne sais pas si l’on va découvrir que la maman tient une maison close mais comme on a jusqu’à présent aucune information sur la génitrice, on peut penser que l’on va avoir droit à une révélation spectaculaire. S’ouvrant pompeusement sur une symphonie de Shostakovitch, Cain to Abel tisse une intrigue intéressante sur un sujet vieux comme le monde. C’est plutôt bien interprété, même si la jalousie de Ryuichi, très forcée et un brin incompréhensible, ne permet pas de créer un équilibre des forces et de l’empathie pour les personnages. A noter la présence de ce bon vieux Naoto Takenaka en homme d’affaires repoussant le bling bling dans un kitsch qui laisse rêveur.

7,5/10

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 Terminons maintenant avec le drama qui m’a le plus captivé :

Suna no tou

Aki Takano est une mère de famille ravie à l’idée d’habiter dans une luxueuse tour résidentielle. Mais très vite tout tourne au rêve acide. D’abord à cause des autres mères de familles qui ont une nette tendance à s’immiscer dans la vie des autres et à hiérarchiser leurs rapports en fonctions des étages où elles habitent (plus on est haut dans la tour, plus on paye un loyer élevé donc plus on est riche et puissant). Mais aussi parce que quelqu’un semble prendre un plaisir bien malsain à épier et livrer en place publique des preuves (vidéos ou photographiques) de la mauvaise conduite de certaines mères. Ajoutons à cela une série de kidnappings d’enfants, un fils aîné qui cache un terrible secret et un père de famille s’enfonçant dans un « travail » de plus en plus dangereux, et l’on obtient un excellent drama touchant autant au mélo familial qu’au thriller. C’est certes parfois un peu rocambolesque, on est prié de ne pas être trop regardant sur certains détails. Mais si l’on y parvient, on sera sans doute charmé par la spontanéité de Miho Kanno (on est très loin du masque sérieux de Yuri Ishikawa dans Cold Case) et l’on dévorera ce drama qui multiplie avec succès les différents fils narratifs et qui, lorsque retentit à la fin de chaque épisode la chanson de The Yellow Monkey qui accompagne d’ultimes cliffhangers, fait tout à coup paraître la semaine à venir avant le prochain épisode bien longue.

8/10

[DRAMA] Otoko Meshi (2016)

Avec le voyage au Japon, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de me tenir au courant des dramas de l’été, on fera mieux pour ceux de l’automne. J’ai néanmoins fait l’effort de m’en mater un, intrigué que j’étais par les images promotionnelles montrant un certain visage patibulaire balafré :

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Ça sentait évidemment bon l’histoire de yakuza et, ma foi, s’il fallait consacrer un peu de temps juste à un drama, autant que ce soit ce genre-là. J’entame le premier épisode et là, Ô surprise, le générique me montre ceci :

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Manifestement l’histoire allait nous montrer des yakuzas balançant comme à l’accoutumée une pléthore de mornifles dans la gueule de leurs adversaires mais on allait aussi les voir se mettre à préparer de bons p’tits plats ! On se retrouvait donc face à un drama deux-en-un, à la fois un drama de yakuza et un drama culinaire, genre populaire au Japon mais débouchant parfois sur des séries un brin ronronnantes. Ainsi Kodoku no gurume, pourtant une excellente série mais qui m’a un peu ennuyé lors de la dernière saison malgré sa recette éprouvée. Il faut dire aussi que voir le scénariste Qsumi, habituellement jovial, manger piteusement les plats à la fin de chaque épisode, sans s’enquiller la moindre goutte d’alcool – lui qui finissait si souvent limite rond comme une barrique – contribuait à terminer chaque épisode sur une note morose. Manifestement Qsumi était malade et quelque chose semblait brisé dans cette perpétuelle fête des papilles qu’était Kudoku no Gurume. De même Shinya Shokudo, drama plaisant au début mais parfois franchement soporifique à la longue. Avec un drama culinaire dynamisé par des personnages de yakuzas, au moins, ça promettait d’être un peu plus pêchu :

otoko_meshi

Faites pas chier !

… surtout lorsque ledit drama était estampillé drama24, c’est-à-dire avec peut-être la promesse de voir quelques boobs. Bon, pour cela, autant le dire, l’excitation ressentie est plus en rapport avec les scènes de cuisine qu’avec le personnage d’Haruna, la petite amie du personnage principal. Mais ce n’est pas grave car, après avoir vu hier le dernier épisode, je puis le dire maintenant : Otoko Meshi s’est avéré être un excellent petit drama. D’abord grâce à son improbable histoire :

Ryota, un étudiant avec une bonne tête d’ahuri (il faut dire qu’il est interprété par Tokio Emoto), est désespérément en quête d’un travail sérieux. Revenant un soir d’un entretien d’embauche qui s’est de nouveau soldé par un échec, il tombe sur une méchante rixe entre yakuzas. A deux doigt de se prendre une balle, il est sauvé par l’un deux, Ryuichi Yanagiba. Dans la confusion de l’action, Ryota ramène ce dernier et son compère dans son appartement avant de leur demander de dégager. Mais voilà, recherchés par la police, ils ne l’entendent pas de cette oreille. C’est le début d’une étrange cohabitation entre les trois personnages, cohabitation qui évoluera grâce au don particulier de Yanagiba : sachant qu’il peut mourir à chaque instant, il a décidé que le moindre repas qu’il ingurgiterait dans sa chienne de vie se devait d’être excellent. Formidable cuistot, l’homme est passé maître de transformer le plomb en or, comprenez faire d’une poignée d’ingrédients –plus ou moins de la première fraîcheur – dont on ne sait quoi faire dans le frigo, un plat qui saura regonfler à bloc ceux qui auront le privilège de les déguster.

L’intrigue principale liée au sort des deux yakuzas est soutenue par d’autres intrigues parallèles. Ainsi la capacité de Ryota à mûrir et enfin trouver un travail ainsiotoko-meshi-personnages que sa relation avec la belle Haruna pour laquelle il en pince. Tout cela pour un format de trente minutes contribue à faire d’Otoko Meshi un drama efficace, très plaisant à regarder, et soutenu par une interprétation parfaite. Emoto Tokio trouve un rôle moins ingrat que d’habitude (souvenez-vous, le crétin qui se cure le nez dans la version drama de Minna Esper Dayo, c’était lui) et on a un peu de peine pour son personnage à l’épisode 11 lorsqu’il traverse une phase de dépression.

Rio Uchida dans le rôle d’Haruna est pleine de fraîcheur, en tout cas bien plus fraîche que les denrées utilisées Yanagiba. Il faut dire que la donzelle a aussi une activité de gravure idol ce qui contribue certainement à rendre les chaires appétissantes :

Photo sans rapport avec le drama mais qui présente l’avantage de fournir sans trop se fouler un argument efficace pour le regarder.

Masaki Miura joue le rôle du bras droit de Yanagiba. Son visage m’a parfois évoqué Susumu Terajima en plus jeune. C’est dire si l’homme et ses magnifiquesotoko-meshi-gif chemises (une par épisode) ont su avoir toute ma sympathie. A voir absolument : l’épisode où il prend en charge la scène de cuisine et dans laquelle on le voit balancer des parpaings à de pauvres nouilles déshydratées avant de les mélanger en vrac avec d’autres ingrédients dans un sac en plastique et de les remuer de toutes ses forces pour les servir tels quels aux invités. A la maison, Madame a testé la recette… il s’avère que c’est vraiment excellent !

Enfin, il y a Katsuhisa Namase dans le rôle de Yanagiba. Pas de chemises chamarrées pour lui. Immuable dans sa chemise blanche et l’unique expression de son visage, Namase est parvenu à camper une figure de yakuza convaincante et rassurante. Les autres personnages peuvent être tous en trente-sixième dessous, quand il prononce sa fameuse phrase (« meshi ni suru ka » soit « cuisinons ! ») et qu’il se met à l’œuvre, on n’en mène pas large. On regarde, on admire et on se sent pris d’un grand respect pour ce diable d’homme qui, tout en côtoyant la mort chaque jour à cause de son métier, apparaît comme un magicien qui sait redonner vie aux âmes en plein doute existentiel. J’ai beaucoup donné ces dernier temps avec les dramas dans lesquels jouait Hiroshi Abe. Après Otoko Meshi, j’ai tout à coup l’envie de regarder d’un peu plus près la carrière de Namase.

Comme je n’ai rien vu d’autre, je ne dirai pas qu’il s’agit du drama de l’été mais Otoko Meshi est assurément un drama très sympathique et qui vaut le coup d’oeil, avec la promesse de plein de délicieux coups de fourchette (ou coups de baguettes) s’il vous prend l’envie de reproduire chez vous les plats concoctés par Yanagiba-san. A noter que sur le site officiel, on trouve une section détaillant toutes les recettes du drama. Avec tout cela, plus aucune excuse : meshi ni suru ka !

Drama Express #4 : Hiroshi Abe en force !

Un fil conducteur pour choisir ses dramas parmi la pléthore qui existe : regarder ceux où l’on trouve un acteur ou une actrice que l’on apprécie particulièrement. Si le visage d’Hiroshi Abe vous est familier et agréable, il y a tout lieu de penser que les dramas du jour sauront vous plaire…

 

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dragon zakura

Dragon Zakura (TBS – 2005)

Rien ne va plus pour le lycée Ryuzan, un des plus mauvais de Tokyo : couvert de dettes, il risque de devoir fermer ses portes à la fin de l’année scolaire. Avocat envoyé pour officialiser la fermeture, Kenji Sakuragi trouve néanmoins un moyen pour peut-être relancer l’avenir de l’établissement : créer une classe préparatoire permettant de passer le concours d’entrée de Todai, la plus prestigieuse université japonaise. Problème : les élèves de Ryuzan sont particulièrement mauvais…

Vu peu de temps après l’horrible version drama de GTO, j’avais à l’époque rapidement abdiqué, encore contaminé que j’étais par le médiocre Takashi Sorimachi et son interprétation d’Onizuka. Bien des années après je le vois sans déplaisir. Certes, la vision du savoir qui y est donnée n’est guère folichonne puisqu’il s’agit essentiellement d’un savoir utilitariste fait de bachotage qui va transformer de petits singes en merveilleux étudiants todaiesques. Que feront-ils lorsqu’ils auront le métier de leurs rêves ? Continueront-ils à enrichir leur esprit ? En dehors de la jeune Kosaka qui avoue qu’étudier lui est devenu un besoin dans son quotidien, mystère. Peu importe en fait. On est dans la plus pure tradition du nekketsu amenant les personnages à se sublimer pour atteindre un but. Il s’agit ici autant d’enrichir son esprit que d’acquérir les techniques, les astuces permettant de réussir un concours d’entrée. L’intrigue distille progressivement son lot d’étapes permettant aux protagonistes de devenir à chaque fois un peu plus forts et l’ensemble se regarde encore une fois avec un certain plaisir.

Abe est bon dans le rôle de ce super prof froid, autoritaire, en apparence imbuvable mais évidemment touché intérieurement par ces jeunes esprits encore bouffés par les affects de leur âge, et les autres jeunes comédiens parviennent finalement assez bien à rendre sympathiques leurs personnages stéréotypés.

7/10

 

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Shiroi Haru aka White Spring (Fuji TV – 2009)

Sakura Haruo sort de sa neuvième année en prison pour avoir assassiné un chef yakuza. Il a laissé derrière lui une femme malade qui a refait peu après sa vie avec un boulanger avec lequel elle a eu une petite fille, Sachi. Cela, c’est un ancien ami yakuza qui le lui apprend. Suspectant que l’argent récolté par l’assassinat du yakuza ait été détourné de son but premier (il était destiné à payer une opération à sa femme) pour permettre la construction de son commerce de boulanger, il se rend à la boulange, bien décidé à récupérer son dû. Mais très vite, il s’aperçoit que cette petite fille n’est peut-être pas celle qu’il croyait. Tout porte en effet à croire qu’il s’agit de sa propre fille. Commence alors un curieux exercice de style : devnu employé à la boulangerie, Haruo va côtoyer et se faire aimer de sa petite fille, tout en s’efforçant de ne rien révéler sur le lien qui les lie…

shiroi haru personnages

Un mélo, oui, mais un mélo de qualité, porté par un Abe impassible et un Endo Kenichi en père adoptif farouchement protecteur mais ne pouvant non plus s’empêcher de ressentir de la sympathie pour cet homme qui s’est lamentablement sacrifié pour l’amour de la femme qu’il aimait. C’est donc une guerre des pères à laquelle le drama nous convie. Guerre tout d’abord sordide, Haruo suspectant le boulanger d’avoir utilisé malhonnêtement l’argent, et ce dernier voyant l’ancien yakuza comme un fauteur de troubles ne cherchant qu’un prétexte pour lui extorquer de l’argent. Peu à peu les deux hommes vont apprendre à se connaître, à s’apprécier et même à avoir de l’estime l’un pour l’autre.

C’est tout un cocktail de bons sentiments donc, mais le tout est servi avec un humour qui contribue à faire de cette série quelque chose d’aussi douillet qu’irrésistible. Irrésistible comme Abe et sa silhouette d’homme en noir claudiquant et destiné à porter sa croix jusqu’au bout (l’issue est assez surprenante et a totalement déjoué mes prédictions).

8/10

 

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kekkon dekinai otoko

Kekkon Dekinai Otoko aka L’Homme qui ne pouvait se marier (Fuji TV – 2006)

Shinsuke Kuwano, talentueux architecte de 40 ans, semble être plus habile pour construire des environnements épanouissant pour les autres que pour construire sa propre vie, même si ce qu’il a jusqu’à présent construit pour lui-même lui suffit amplement. D’une arrogance de tous les instants, l’homme se plait en effet à mener sa vie comme il entend, c’est-à-dire rester seul dans un appartement bien rangé et immaculé, se cuisiner d’exquis petits plats et écouter des œuvres symphoniques sur sa platine dernier cri tout en se donnant l’illusion qu’il en est le chef d’orchestre. Bref, toutr va bien pour lui finalement mais un soir, alors qu’il est pris d’une terrible douleur à l’estomac et qu’il est amené aux urgences par sa voisine, il rencontre le docteur Natsumi Hayasaka. La quarantaine comme lui, d’un caractère aussi bien trempé… et célibataire.

On est sur le vieux motif du couple que tout oppose et qui justement à cause de cela est fait pour s’entendre. Tout le long des 12 épisodes on se délecte donc des paroles aigres-douces que les personnages s’échangent tout en se doutant que l’issue sera inéluctable : ces deux-là finiront bien par se marier (même si l’évocation du happy end se fait en deux temps et d’une manière joliment métonymique). Pour inciter malgré tout le spectateur à suivre une histoire dont l’issue est connue à l’avance, il fallait un bon casting général et surtout deux acteurs formant un couple parfait, à la fois drôle et touchant. Ici, impossible de faire mieux que le duo Hiroshi Abe – Yui Natsukawa, et il n’est pas excessif d’imaginer que Kore-Eda les aient vus dans le drama et qu’il ait été incité à les choisir pour Still Walking.

On se délecte donc à chacune des apparitions du couple et surtout on se délecte de l’interprétation par Abe de son personnage. Si on vous demande un jour de donner un exemple de personnage de vieux gars porté à l’écran, ne cherchez pas, c’est Hiroshi Abe qu’il conviendra de citer en premier.

L’excellent thème associé au personnage principal. 

Moi qui n’ai été jusqu’alors jamais convaincu par les prestations comiques d’Abe au cinéma, impossible ici de ne pas sourire devant cette foutue tête à claques satisfaite d’elle-même. D’une culture à toute épreuve (à côté du classique, on apprend par exemple qu’il a vu les 48 films de la série des Tora san), bien content de la déballer, méprisant ceux qui s’abaissent aux plaisirs vulgaires comme collectionner les femmes (tel un de ses concurrents architectes, mais cela ne l’empêche pas d’être fasciné par les mises à jour du site internet de ce rival et surtout d’emprunter – enfin, essayer d’emprunter, vous verrez pourquoi – des DVD d’AV) et refusant surtout d’admettre l’évidence : cette femme en blouse blanche qui se fout régulièrement de sa gueule lui plaît. Kekkon Dekinai Otoko, c’est véritablement le drama familial à son meilleur.

9/10

 

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mouchoir jaune

Shiawase no kiiroi hankachi aka Le Mouchoir jaune (NTV – 2011)

Shima Yusaku sort de prison et se rend à Hokkaido pour y retrouver, peut-être, celle qu’il aimant avant d’avoir été incarcéré. Peut-être car sans nouvelles d’elle, il a peur de se confronter une réalité désespérante, à savoir tomber sur une femme qui aurait refait sa vie avec quelqu’un d’autre. Sur sa route, il rencontre deux jeunes gens encore à leur éveil amoureux qui vont l’aider à surmonter sa crainte…

Les amateurs de Yoji Yamada auront bien sûr reconnu l’histoire qui a montré à l’écran en 1977 un fabuleux couple : Ken Takakura et Chieko Baisho. Nous sommes donc en présence d’un remake sous forme de téléfilm qui, sans être indigne, est tout de même un peu décevant. Sans doute soucieux de retrouver la magie de Kekkon dekinai Otoko, NTV a choisi d’utiliser à nouveau le couple Abe / Natsukawa. Cela fonctionne, mais moins que pour Kekkon dekinai Otoko et surtout sans comparaison possible avec le duo Takakura/ Baisho. Même chose pour les deux jeunes protagonistes, avec notamment un Kinya Hanada assez horripilant dans le rôle du jeune homme. On l’aura compris, l’original est largement à préférer à la copie.

5/10

mouchoir jaune drama mouchoir jaune original

 

Drama Express #2 : Dos Deka, Shitamachi Rocket et Suteki na sen TAXI

dos deka

DoS Deka

Pas de bol pour Shusuke Dankanyama : ce jeune flic doit faire équipe avec Maya Kuroi, inspectrice bien connue pour son caractère difficile et son goût pour faire souffrir les criminels. Elle se déplace toujours avec un fouet (qu’elle utilise au moins une fois par épisode) et une arrogance bien prononcée en bandoulière qui lui fait dire toutes les quinze minutes sa phrase fétiche :

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Tu es crétin ?

On le sait, depuis Holmes et Watson le duo d’enquêteurs que tout oppose a largement fait ses preuves. On retrouve donc la recette dans Dos Deka avec cette miss sadique et son candide de partenaire. Si certains épisodes n’excluent pas une certaine gravité, le ton est essentiellement humoristique. Le dosage m’a paru agréable, plus appréciable en tout cas que le pénible Sherlock et sa propension à déverser une auto-parodie constante et fatigante.

J’ai par ailleurs apprécié de voir comment les deux personnages principaux n’étaient pas cantonnés à un rôle. Daikanyama dépasse son apparence de débile profond et parvient à malicieusement titiller l’amour propre de Maya Kuroi. Quant à cette dernière, il est amusant de voir combien cette apparence quasi granitique de femme sérieuse et impassible s’effrite à la moindre contrariété. C’est un des petits plaisirs du show : voir le petit minois mutin de Mikako Tabe s’animer pour un oui ou pour un non d’une multitude d’expressions. Ici un sourcil froncé, là une moue enfantine ou un rictus sardonique.

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Dos Deka est une petite série policière agréable, pas révolutionnaire mais encore une fois bien conçue dans ses intrigues, son dosage d’humour et par ses personnages plutôt bien campés.

3/5

+

– Tabe Mikako et sa palette d’expressions.

– les relations aigres-douces entre Maya et son adjoint.

– Des histoires parfois bien barrées.

– Si l’humour peut servir d’excuse, on peut regretter que le personnage de Maya n’ait pas davantage été creusé.

– Le sadisme du personnage est bien gentillet.

dos deka personnages

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Shitamachi Rocket

Shitamachi Rocket

Kohei Tsukuda est un ingénieur qui a repris l’entreprise de son père spécialisée dans la fabrication d’objets de très haute technologie. Parmi ses chefs d’oeuvre, une petite valve destinée à être intégrée au moteur d’une fusée spatiale. Malheureusement, après l’explosion d’une fusée à cause de cette pièce, Tsukuda se retrouve au bord de la faillite. Les banquiers le considèrent comme de la merde et un ignoble concurrent copie sans scrupule la fameuse valve. Il refuse d’ailleurs de rester sur un échec. Bien décidé à poursuivre son rêve spatial, Tsukuda est bien décidé à améliorer sa valve pour la proposer à un ambitieux programme spatial de la Teikoku Heavy Industries…

Shitamachi Rocket, c’est un peu l’étoffe des héros mais cette fois-ci du côté des mécanos. A priori moins séduisant et pourtant, je serais bien hypocrite en disant que je n’y ai pas trouvé le moindre plaisir à cette histoire où foisonnent ingénieurs, banquiers, avocats, scientifiques et entrepreneurs de haute volée.

Shitamachi Rocket personnages

Précisons que si on est réfractaire aux bons sentiments, on risque de méchamment souffrir au visionnage. Car si les personnages masculins sont des durs, ils le sont aussi par leur manière de montrer leurs affects par une voix rugissante et des yeux perpétuellement rougis par les larmes. Loyauté et dévouement envers le shacho (le patron), le tout avec moult ganbaro, tel est le quotidien de ces admirables employés qui n’hésitent pas à faire des heures sup’ toute la nuit sans avoir l’audace de demander une augmentation, et encore moins d’en parler à leurs syndicats (de toute façon absents de l’histoire). A tenter surtout si, comme moi, vous avez un faible pour Hiroshi Abe.

3,5/5

+

– Hiroshi Abe en chef d’entreprise.

– Grosse classe de Koji Kakkawa en costard cravate.

– La série est conçue suivant deux arcs de 5 épisodes chacun. Ça permet de tenir facilement la longueur.

– J’eusse aimé un personnage franco-japonais de représentant syndical.

– Si pour vous bons sentiments et ridicules vont de pair, vous allez souffrir.

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Suteki_na_Sen_TAXI

Suteki na sen TAXI

Dans la vie, c’est bien connu, il y a des hauts et des bas. Mais il y a aussi des moments où il faut faire des choix qui peuvent avoir des conséquences cruciales sur le reste de votre vie. Les personnages du drama en font l’amère expérience un jour. Mais le hasard fait que dans leur malheur ils tombent sur un bien étrange taximan. Moyennant une somme rondelette, cet homme, grâce à son véhicule, leur permet rien moins que de revenir dans le passé juste avant où un fâcheux choix a été fait. Génial, sauf que modeler sa vie en rejouant une partie comme un simple jeu vidéo s’avère particulièrement délicat…

J’ai me beaucoup celui-ci. D’abord parce que Yutaka Takenouchi en taximan moustachu a la classe (les chauffeurs parisiens peuvent d’ailleurs essayer de s’aligner, ça ne leur fera pas de mal). Ensuite parce que l’on retrouve à l’épisode 5 la pulmonée Maya Koizumi (souvenez-vous). Enfin parce que chaque intrigue, avec ses multiples retours en arrière pour essayer d’améliroer les choses, est parfaitement menée. Cela pourrait être lassant au bout d’un certain nombre d’épisodes mais les scénaristes ont habilement su varier les situations pour empêcher tout sentiment de redite. Mention spéciale à l’épisode de l’employé viré qui tombe sur un billet de loterie gagnant et qui va tout faire pour le valider avant la date buttoir.

4/5

+

– Le propos, simple mais efficace.

– l’interprétation sobre et amusante de Yutaka Takenouchi.

– Des rebondissements qui relancent les flashbacks de manière ludique.

– Maya Koizumi largement sous-exploitée dans l’épisode 5 !

suteki na sen taxi personnages

Rivers Edge Okawabata Detective Agency

Rivers Edge

Normalement, après réveillon, les propabilités sont fortes pour que l’on se trimbale la même tête de déterré que Joe Odagiri dans le drama qui va ouvrir l’année pour BdJ. Mais là, pour une fois, tout s’est bien passé. Vautré dans le canapé à alterner quelques pages du tome 2 de Midi-Minuit Fantastique (que le père Noël m’avait judicieusement offert une semaine plus tôt) avec des épisodes de Rivers Edge, le tout accompagné de force chocolats et tasses de café, je n’ai pas mis longtemps à me refaire la cerise, bien aidé en cela par le sympathique générique :

On le devine, River’s Edge Okawabata Tanteisha est une série policière qui fera dans l’humour et, si l’on a bien vu Maya Koisumi à 0:44 en train de recaler ses énormes seins d’ex gravure idol, sexy. Le propos ? Okawabata Tanteisha est une miteuse agence de détectives située le long de la rivière Sumida. Miteuse mais tellement compétente qu’elle parvient à résoudre n’importe quelle demande de ses clients, y compris les plus farfelues. Pas d’histoire qui va être développée sur une saison, chaque épisode se consacre à une histoire traitée en une petite demi-heure. Un peu dubitatif lors du premier épisode, je suis très vite devenu accro, un peu comme pour ces dramas courts et reprenant toujours une même formule saison après saison (Shinya Shokudo ou Kodoku no Gurume).

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Le détective (Joe Odagiri), le patron (Renji Ishibashi), la secrétaire (Maya Koizumi)

Le schéma est le même : on commence dans l’agence où se trouvent le directeur de l’agence toujours concentré dans un travail important (finir une maquette d’avion, un puzzle…), la sémillante et pulpeuse Megumi plongée dans une occupation si possible bruyante et perturbante pour son patron :

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Par exemple lui montrer sa nouvelle tenue pour son petit boulot de serveuse dans un « milk bar » (pas besoin d’expliquer je crois) alors même qu’il s’apprêtait à coller la pièce 7b, véritable clé de voûte de sa maquette en cours.

… et enfin Muraki, plongé dans une sieste sur le canapé, sieste qui lui fait voir toujours en rêve le motif de l’arrivée imminente d’un client (ici petite touche Twin Peaks). Et quand ce dernier arrive, on n’est pas déçu, c’est toujours l’assurance d’être intrigué, voire de se payer une bonne tranche de rigolade devant le motif de la visite.

Entrée fracassante d’une cliente.

Ainsi, pêle-mêle, on a un ridicule duo de manzai, une femme cherchant une chambre de love hotel avec une caractéristique particulière, une sorte d’otaku qui, tombé amoureux de la voix féminine qui retentit dans les annonces d’un parc d’attraction, demande à l’agence d’identifier coûte que coûte la personne. Ou alors un salary man quadragénaire qui ne s’est pas lavé la main droite depuis 20 ans parce que cette dernière a serrée autrefois celle de son idole, idole qu’il aimerait revoir et remercier afin de tourner cette page de son existence (et laver à nouveau sa main). Exceptionnel aussi est ce boulanger dont le visage terrifiant et barbu le fait surnommer par ses clients le « boulanger terroriste » et qui a entendu parler d’un « concours de la tête la plus effrayante ». Terminons enfin avec cette femme qui, de son balcon, s’est amusée à chronométrer le parcours d’un jogger faisant sans cesse des boucles de 500 mètres, et a dressé cet effarant constat : cet inconnu (dont elle souhaite à tout prix connaître l’identité) est un exceptionnel athlète qui bat incognito tous les records du monde : marathon, 15000 mètres et 10000 mètres.

Le déroulement de l’enquête importe peu, il est souvent vite expédié, donnant lieu parfois à quelques effets de style autour de la silhouette nonchalantede Muraki. De temps en temps, c’est son boss qui joue de ses réseaux pour faire avancer l’enquête. Et parfois aussi, c’est Megumi qui joue de sa gouaille et de son charme pour épauler Muraki.

Enfin pas toujours, la douce enfant sait aussi jouer de son doigt.

La fin est toujours la même : le client obtient une réponse à sa demande mais est évidemment toujours bien différente de ce à quoi il s’attendait.

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River’s Edge Ookawabata Tanteisha est une petite série réellement pleine de charme que l’on aimerait bien voir réapparaître pour une deuxième saison. Ce qui est particulièrement réussi dans ce drama, outre ce concept du motif d’enquête totalement WTF, c’est la parfaite complicité qui transparaît à l’écran entre les trois acteurs principaux. Joli travail ici de Maya Koizumi qui, en plus d’en mettre plein les mirettes avec un appréciable fan service, apparaît comme un petit ouragan dans cette agence trop tranquille et parvient à susciter chez les visages austères de ses collègues des réactions parfois franchement impayables. Nulle violence ici (à deux exceptions près, je vous laisse les découvrir), juste des codes propres au polar dans un univers sous-terrain faussement ténébreux et dans lequel s’agitent dans leur quête d’équilibre des créatures aussi risibles qu’attachantes. Et lorsque retentit la musique du générique de fin, difficile de se retenir d’enquiller avec un autre épisode tant on s’est finalement senti plutôt à l’aise dans le décor foutraque de l’agence, en compagnie de ses sympathiques occupants. Probablement le meilleur « drama24 » de l’année 2014.

Sur ce je vous laisse. C’est parti pour une nouvelle année 2016, année qui devrait me voir repartir pour un certain pays durant l’été. En attendant cela la fine équipe de l’agence Okawabata se joint à moi pour vous souhaiter…

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あけまして おめでとう !

Drama Express #1 : Ishi no Mayu, Mutsu, Siren et Prison School

Envie de vous mater un drama mais vous ne savez que choisir parmi la pléthore de titres que produisent chaque année les chaînes japonaises ? Pas de panique, l’ami Olrik est là pour vous aider. Tel Bernard Pivot à l’époque d’Apostrophes, je n’ai qu’à taper du côté des fiches que me prépare Ayumi, ma studieuse collaboratrice aux capacités de lecture sans pareilles, pour vous informer de ce qui se fait de mieux du côté du petit écran. Ne vous attendez pas à des critiques détaillées, juste de courtes notices sur des dramas qui m’ont paru valoir le visionnage.

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Ishi no mayu (le Cocon de Pierre)

On a retrouvé dans le sous-sol d’un building le corps d’une victime recouverte de mortier. Le meurtrier contacte peu après au téléphone la police et la nargue en lui annonçant un deuxième cadavre à venir. Toko Kisaragi, jeune détective charmante mais ayant du mal à percer avec tous ces collègues masculins la prenant quelque peu de haut, va mener l’enquête…

On est dans un drama policier relativement bien ficelé et sérieux, très sérieux. Ici  pas de personnages de bouffons pour détendre l’atmosphère entre deux scènes chocs. Concentrée en cinq épisodes seulement, l’intrigue va à l’essentiel et déroule une progression intéressante mais pas non plus passionnante.

2,5/5

+

– Une volonté d’instaurer un climat malsain à base de crimes tordus et de morbidité. Pas non plus le Silence des Agneaux mais dans l’univers acidulé des dramas, ça m’a paru intéressant.

– 5 épisodes, ça va, c’est ce qu’il fallait.

  • Pas non plus ronronnant mais  je ne peux pas dire que je me suis enchaîné les épisodes avec la fièvre de savoir ce qui allait se passer.

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Mutsu (Indolore)

Eisuke Tameyori est un docteur avec un pouvoir bien pratique : il peut d’un simple coup d’œil détecter quelle est la maladie d’un patient. Surtout, il arrive à repérer des « marqueurs de criminalité », comprenez des signes physiques annonçant chez la personne qui en est atteinte une volonté de tuer. En découvrant cela, l’inspecteur Junichiro Hayase a tôt fait de venir voir le bon docteur pour lui demander son aide sur certains cas. Le problème est qu’Hayase lui-même n’est pas sans montrer certains de ces « marqueurs »…

On monte d’un cran. là aussi, le ton est essentiellement sérieux malgré la présence d’Ito Atsushi. Souvenez-vous, dans Densha Otoko c’était ce gus :

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Qui a dit : « on dirait Olrik tapant un article ! » ?

Forcément, le voir dans le rôle de l’inspecteur Hayase incite d’abord à la prudence. Mais Atsushi se démerde assez bien et sa composition d’un inspecteur hargneux et torturé se tient. De même que l’ensemble des acteurs finalement. C’est le gros plus par rapport à Ishi no Mayu. Autant dans ce dernier les personnages secondaires m’indifféraient, autant là, on a droit à une galerie de personnages qui donnent envie d’en savoir plus sur leur compte. Le fil rouge de l’intrigue est la sombre histoire d’une famille massacrée. Le soupçon se porte d’abord sur une jeune autiste dont s’occupe à l’hôpital la belle Namiko Takashima mais on se doute qu’il s’agit d’une fausse piste. L’évolution de l’enquête, associée aux affres de l’inspecteur d’Hayase ainsi que celles du docteur Tameyori qui ne sait pas s’il dit s’associer au prestigieux docteur Shiragami, ou encore celle de Takashima persécutée par un stalker, tout cela fait que le drama se laisse très facilement regarder.

3,5/5

Drama en 8 épisodes toujours en cours de diffusion.

+

– Une interprétation globale très correcte.

– Une intrigue générale et plusieurs sous-intrigues bien gérées.

– Une certaine noirceur (twist inattendu à la fin du 5ème épisode).

– Visionnage toujours en cours, difficile pour moi de voir des points négatifs. S’il y en a, je pense qu’ils seront à relier à la cohérence de l’intrigue et à son dénouement. Pour l’instant, après cinq épisodes, tout se tient.

mutsu personnages

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Siren

Shinobu Satomi et Yuki Inokuma sont policiers le jour… et amants la nuit. S’étant promis de se marier dès que l’un des d’eux accédera à la prestigieuse première division, ils rongent leur frein pour le moment et gardent secrète une liaison qui pourrait leur nuire professionnellement. Tout s’emballe lorsque leur chemin croise au détour d’une enquête la sublime Kara Tachibana qui n’est autre qu’une redoutable tueuse en série. Semblant porter un intérêt tout particulier à Yuki, l’araignée tisse sa toile et finit par s’approcher dangereusement de la jeune femme…

Je l’aime bien celui-là. Là aussi, on est surpris par certaines scènes violentes qu’il y a quelques années encore j’aurais cru incompatibles avec l’esthétique drama. Le couple Shinobu / Yuki fonctionne bien à l’écran, les rodomontades du commissaires Ando Minoru sont drôles (énorme chieur !) et la plastique longiline de la gravure idol Nanao dans le rôle de Kara, lui confère des allures de mante religieuse et parvient à lui donner à l’écran une présence menaçante assez convaincante.

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Prenant et sexy, Siren est le drama que je suis en ce moment avec le plus d’assiduité.

3,75/5

+

– Le couple de flics.

– Le personnage de Kara Tachibana.

– Des épisodes de 45 minutes qui défilent assez vite.

– Pas mal de bijins à l’écran, ça ne mange pas de pain.

– Pourquoi Satomi enquête-t-il sur Kara sans rien dire à sa copine ? Pour ne pas la rendre jalouse ? Mouais, un peu faible…

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Prison School

Kiyoshi Fujino et ses quatre comparses sont des gars heureux : ils ont la chance d’être les seuls mâles dans un lycée essentiellement féminin. Reluquer ici et là est un full time job mais tout s’écroule lorsqu’ils sont surpris à mater les filles au onsen (oui, c’est un lycée avec un magnifique onsen). La punition prévue par le règlement intérieur est terrible : durant un mois, ils vont être faits prisonniers et devoir obéir aux pires ordres de leurs matons en jupette…

Vous avez aimé Minna Esper Dayo, le drama de Sion Sono (pour rappel, on y voyait ce type de scène) ? Surtout, vous n’avez pas eu honte d’avoir aimé ? Ne cherchez plus, vous êtes mûrs pour mater Prison School. Adapté d’un manga, le drama enfile avec une belle constance les plans sur les boobs, sur les petites culottes, le tout recouvert d’une épaisse nappe d’humour débile à souhait. On est dans la plus pure tradition de Kimengumi, d’Harenchi Gakuen ou encore de Maicching Machiko Sensei. De quoi se détendre après les trois dramas policiers précédents. Pas de scènes violentes à redouter. En fait on serait plutôt dans une sorte d’anti-Daesh. Ici pas d’hommes supérieurs et petites bites obligeant les femmes à camoufler leurs lolos et leurs dessous. Dans ce monde, les hommes sont de sublimes fiottes qui sont au contraire prêts à tout pour mater ça :

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et encore plus ça :

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… prêts à tout y compris à se mettre minables, par exemple en léchant les bottes (au sens propre) de leur blonde tortionnaire. Ah ! Si la Terre pouvait être une gigantesque Prison School, je dormirais plus tranquille !

la note : selon les goûts, c’est 0 ou 5

+

– Des boobs et des culottes.

– De l’humour débile.

– Pas franchement la gloire si on se fait surprendre à regarder ce truc.

LIQUID (2015)

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Sagara Shuichi, banquier à Tokyo, décide de démissionner alors que sa vie connaît un important tournant. Sa femme est partie vivre avec sa fille, agacée de voir un mari absorbé par son travail et pas assez concerné par l’idée de famille. Et cette idée prend encore plus de plomb dans l’aile lorsqu’il apprend que sa mère vient de décéder. Comprenant que sa vie a alors un arrière-goût de ratage dans les grandes largeurs, il décide de tout plaquer pour reprendre la distillerie familiale et fabriquer un saké qui doit atteindre des sommets. Pour cela, il fait appel à une vieille légende du saké, Washio Yusaku dit « le Démon »…

Après les aventures gastronomiques de Goro Inogashira, il me fallait bien enchaîner avec un drama consacré cette fois-ci à la pichte. Je n’eus pas longtemps à chercher si un tel drama existait puisque je m’aperçus que la NHK avait diffusé en avril une mini-série (seulement trois épisodes) intitulé LIQUID.

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Les 7 Mercenaires du saké

Ça tombait bien mais attention car celui qui espérerait retrouver l’esprit malicieux de Kodoku no Gurume tomberait de haut. Car on ne déconne pas avec l’alcool et encore moins avec le seigneur des breuvages du soleil levant, à savoir le saké.  D’humour, nous n’en aurons pas la moindre once, de la gravité et du didactisme (rien ne sera oublié concernant les différentes étapes de fabrication du saké), ça oui, la mini-série en offrant jusqu’à plus soif. Pas sérieux s’abstenir donc. Mais si vous êtes paré pour un trip hivernal pour suivre la quête sacrée d’une poignée de fous furieux dingues de l’art ancestral du saké, il y a de quoi rester charmé devant son écran et savourer ces plans nous montrant un liquide transparent et mystérieux et dont on devine qu’il y a dans son arôme et son goût un quelque chose qui le rapproche d’une boisson divine.

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On est dans la même approche que celle du manga la Goutte des Dieux, l’alcool comme breuvage incarnant une idée de perfection et agissant comme un révélateur de la personnalité de celui qui le goutte et, en l’occurrence pour LIQUID, qui le fabrique.  Sagara comprend l’importance qu’ont pour lui sa femme et sa fille, tandis que Washio Yusaku, en trouvant l’étape ultime de sa carrière , jettera un regard sur ses erreurs passées et fera oublier son surnom de « Démon ».

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C’est court donc, seulement trois épisodes qui, associés à l’excellent casting (mention spéciale au vétéran Tsugawa Masahiko, parfait en patriarche atrabilaire de l’alcool), à l’ambiance hivernal et feutrée ainsi qu’à une musique traditionnel alternant cordes et percussion (magnifique générique de fin !), on est finalement sous le charme de ce qui, comme pour Kodoku no Gurume mais d’une manière radicalement différente, constitue un spectacle sensoriel qui, le générique terminé, donne aussitôt envie de se mettre à table. Seul regret finalement, qu’il n’y ait que trois épisodes. Mais à l’image du saké « Yuki Otomé » que l’équipe de Sagara parvient à élaborer, le plaisir n’est pas toujours lié à la quantité qu’on s’ingurgite.

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Ghost Writer (2015)

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Risa Touna, auteur de best-sellers au sommet de sa carrière, doit maintenant faire face à la perte de créativité. Le hasard met sur son chemin Yuki Kawahara, jeune provinciale talentueuse qui se donne un an à Tokyo pour devenir romancière. Rêve qui pourrait devenir réalité si elle ne se heurtait pas à un monde de l’édition peu enclin à prendre des risques financiers avec de jeunes auteurs inconnus. Néanmoins, elle va pouvoir écrire grâce à sa rencontre avec Hayato Oda, jeune cadre travaillant chez l’éditeur publiant les livres de Touna. Il s’avère qu’il cherche quelqu’un pour être l’assistant de la grande romancière. Yuki accepte le job et, si son rôle se limite d’abord à apporter le thé, elle ne tarde pas de fil en aiguille à mettre en valeur ses compétences d’écrivaine, tant et si bien que Touna, après quelques réticences, finit par lui proposer de devenir son nègre…

 Drama très recommandable que ce Ghost Writer. Si la rivalité entre deux femmes est un motif pour le moins banal, choisir le cadre du métier d’écrivain et la question de savoir qui, de l’auteur à succès au nègre, est la béquille de l’autre, l’est moins. Au début, un peu à la manière d’un Dumas avec le trvail d’Auguste Maquet, Risa se contente de retoucher les manuscrits que lui apporte Yuki, d’y apporter sa patte. Et puis, assez vite, elle se contente d’y apposer sans vergogne sa signature et continue de jouer sans aucune gêne le jeu des médias, très à l’aise dans des mensonges qui vont peu à peu décevoir Yuki et l’inciter à changer cette situation. Des frictions vont apparaître entre les deux femmes et l’évolution de la confrontation de leur personnalité promet dès le deuxième épisode d’être passionnante.

On apprécie le travail des deux actrices qui ont su donner à leur personnage des facettes contribuant à effacer tout manichéisme. Ce n’est en effet pas d’un côté la gentille jeune romancière contre la méchante auteure de best-sellers. Risa est froide et assez peu sympathique mais à aucun moment elle ne se rend haïssable. Au contraire, on aurait même parfois  un sentiment de pitié envers cette femme arrogante qui semble tout maîtriser mais qui en fait ne maîtrise  rien : son inspiration lui échappe, tout comme sa vie privée avec un fils lycéen qu’elle a bien du mal à élever et une mère atteinte d’Alzheimer, source de soucis dans le présent mais aussi de rancoeurs liées au passé. Pour sa vie intime, ce n’est guère mieux : sa liaison avec son rédacteur en chef, joli crapule surtout préoccuper à veiller sur la poule aux œufs d’or, n’a rien de vraiment réconfortant.

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La vie aseptisée de Risa Touno

Quant à Yuki, si sa colère est bien compréhensible, elle fait aussi montre parfois d’un esprit calculateur qui rend volontiers des points à celui de Risa. Admiration et haine mutuelles vont peu à peu se mêler et tisser une intrigue sur sept épisodes très prenante. Les trois derniers prendront une tournure différente mais assez réussis dans l’orientation choisie pour poser la fin.

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La vie plus ordinaire de Yuki. À noter que l’inspiration créatrice est symbolisée par cette prolifération de phrases dans l’environnement de l’artiste. 

Au-delà de cette rivalité, la série s’essaye aussi de donner une idée sur la réalité du milieu de l’édition japonais. Difficile de dire jusqu’où va le réalisme, mais il est intéressant de noter cette pratique de la prépublication de romans dans des magazines, un peu comme ce qui se fait du côté des mangas avec Young Jump et consorts. Avec un même point commun : on peut être une star dans son domaine, et en tant que tel on aura droit à certains égards, il n’en reste pas moins qu’on se doit d’être pro : comprenez de respecter les délais et de faire vendre. Oublier une deadline n’est pas un simple incident, c’est une faute qui tout de suite va égratigner votre réputation. Prendre son temps pour mûrir un roman, travailler le style ? Cela semble impossible tant l’écrivain semble être pris dans un engrenage qui l’identifie au bout du compte à une marque, un produit marketing qu’il se doit d’honorer. C’est ce qui ressort du personnage du rédacteur en chef et du patron du magazine pour lequel Risa travaille et pour lesquels un écrivain est quelque chose de jetable dès qu’il ne répond plus aux attentes.

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Plongée intéressante dans le milieu de l’édition donc, même si l’on se dit que l’on aurait pu y trouver des personnages qui auraient encore pu l’approfondir. La critique littéraire est par exemple limitée à des commentaires d’internautes sur twitter ! On aurait pu imaginer autre chose, par exemple le critique littéraire langue de pute ou le critique éclairé qui, par sa sagacité, aurait pu suspecter des faits de langue dans les livres de Risa susceptibles d’éveiller ses soupçons. Même chose avec les personnages d’écrivains. En voyant cette série on a l’impression que pour être un auteur à succès au Japon, il faut avant tout porter un tailleur et des escarpins. On aura compris que Risa et Yuki ne sont pas vraiment le genre Charles Bukowski. Ce côté policé est un peu dommageable, donnant une certaine fadeur à la figure d’écrivain. Il y en a bien un autre, un jeune romancier primé, mais le personnage est insignifiant, caricatural et n’a aucun impact sur l’intrigue. De même la rivale de Risa apparaissant au premier épisode : tailleur et escarpins de rigueur et, si l’on se dit qu’il y a chez elle un potentiel de peau de vache, le personnage est finalement abandonné.

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La table de corrélation des persos : on en a connu de plus fournies dans les dramas.

Du coup on se dit que la série souffre peut-être aussi de son calibrage en dix épisodes. Certaines scènes laissent parfois sur notre faim (un procès qui tourne court), certains aspects auraient pu être développés (le poids d’internet et des réseaux sociaux) mais pour cela, il aurait probablement fallu deux saisons au lieu d’une. Il n’importe, Ghost Writer reste encore une fois un bon drama qui réserve à chaque épisode son lot de surprises, à condition d’arrêter une minute avant la fin pour échapper aux insupportables teasers bien trop explicites. D’ailleurs, à ce sujet, il faut aussi évoquer le gimmick de l’anticipation au début de chaque épisode avant d’enchaîner avec un flashback. On imagine les scénaristes influencés par Breaking Bad mais là où cette série parvenait à révéler sans trop en dire, à conserver du mystère, à susciter l’inquiétude du spectateur, il faut reconnaître que cette technique dans Ghost Writer est un peu faite avec des gros sabots et contribue à atténuer le plaisir. L’effet de style est là, mais pour arriver à l’excellence made in Vince Gilligan, il y a encore du boulot.

Xenos (2007)

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Pas de chance pour Ishibashi Naoto : alors qu’il vient de se marier avec Saki, somptueuse créature apparemment bien sous tous rapports, voilà que celle-ci disparaît purement et simplement sans laisser de trace. Pire, alors que le jeune journaliste mène l’enquête, il s’aperçoit que l’identité de sa femme était fausse. A cela s’ajoutent rapidement des menaces de mort, une femme détective sexy mais guère rassurante, un politicien véreux et un étrange club, le Xenos, dans lequel des femmes sont mises aux enchères pour faire certaines choses…

On aura compris que l’intrigue de Xenos s’avère particulièrement abracadabrantesque et qu’il ne vaut mieux pas avoir l’esprit cartésien pour apprécier le visionnage de ces douze épisodes d’une demi-heure chacun. On est en plein roman feuilleton, avec des retournements de situations et des révélations savamment disséminées pour relancer l’intérêt d’une intrigue qui dans l’ensemble se tient agréablement. Assez vite le spectateur découvre (sans trop de surprise) qui est la méchante femme qui a kidnappé la belle Saki mais beaucoup de questions restent encore à élucider, notamment celle consistant à savoir qui est ce mystérieux monstre aux trois yeux, traumatisme d’enfance qui pollue l’esprit de Naoto. On songe ici à 20th Century Boys et sa bande de héros ayant un secret bien enfoui dans leur enfance. L’intrigue est ponctuée de plusieurs flashbacks qui permettront de découvrir quelle grosse bêtise Naoto et ses amis ont pu bien faire quand ils étaient gamins et surtout quels liens avec le présent le héros pourra tisser pour découvrir l’identité du coupable (l’enlèvement de Saki étant le moindre des crimes commis tout le long de la série).

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Après, là s’arrête le point commun avec 20th Century Boys car à la lecture du pitch vous aurez sans doute compris que Xenos, tout comme Mina Esper Dayo! de Sion Sono, fait partie des « drama 24 », ces dramas diffusés sur TV Tokyo le vendredi soir à minuit pour cause de violence et de nudité prononcés (enfin pas toujours). Et, il faut bien le reconnaître, ce sont bien ces deux ingrédients qui donnent tout son sel et son intérêt à cette série qui va gentiment contraster avec le tout-venant de la production drama de la TV japonaise. Pas non plus de quoi s’accrocher aux accoudoirs de son fauteuil mais enfin, l’intrigue baigne dans une ambiance dangereuse qui ponctue son développement d’assassinats aux moyens variés (arme blanche, asphyxie, strangulation, incendie, etc.).

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Mais surtout, il y a des boobs…

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… beaucoup de boobs :

Et éventuellement des auto-léchages de lèvres qui n’augurent jamais rien de bon pour le héros :

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Regarder Xenos, c’est un peu comme regarder Cocoricocoboy à l’époque le samedi soir, on savait qu’à un moment allait apparaître la « playmate du samedi soir ». C’est la même chose ici puisque à un moment ou à un autre, on sait que le réalisateur nous offrira une petite escapade au sein (c’est le cas de le dire) du club Xenos où l’on assistera aux éructations d’un public masqué et décérébré en train de hurler des enchères pour se procurer les services d’une donzelle sans doute recrutée dans les meilleurs clubs de Kabukicho ou dans le circuit de l’industrie AV (Sena Ayanami). Evidemment aucun intérêt pour l’intrigue mais comme cette dernière est bien souvent insoutenable, il faut bien reconnaître que la vue que d’une bijin arborant fièrement ses tétons à de quoi décompresser le spectateur mâle, tout comme d’ailleurs la belle densité de bijins à la minute carré. Nues, en sous-tifs, habillées, attachées, avec un fouet ou courant dans la rue uniquement vêtue d’une robe déchirée et tâchée de vin, des rôles principaux aux figurantes on ne trouve pas un seul laideron ! C’est ça la magie des « drama 24 » qui fait que, conjugué à une mise en scène à la fois formaté mais soignée (avec des plans parfois pas dégueulasses, et pas uniquement ce genre-là !), Xenos apparaît somme toute comme un thriller érotique relativement intéressant et parvenant à conserver des révélations jusqu’au dernier épisode.

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Kodoku no gurume (le Gourmet Solitaire)

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Après le froid, la neige et l’alcool, c’est le moment d’évoquer le quatrième élément pour achever de faire de cette période de fêtes une période gagnante, je veux bien sûr parler de la bouffe. Et là, quoi de mieux, entre deux réveillons, histoire d’entretenir l’appétit, que de se mater des épisodes de Kodoku no gurume ?

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Le héros du jour. Ne pas se fier aux apparences fluettes : cet homme est un gouffre.

Drama adapté du manga de Jirô Taniguchi, le Gourmet Solitaire, KNG en est à sa quatrième saison et propose à chaque fois la même formule : un salary man, Goro Inogashira (joué par Matsushige Yutaka), atterrit dans un quartier de Tokyo ou dans une ville plus éloignée pour un motif quelconque. En fait on ne sait pas trop en quoi consiste son boulot et on s’en tape complètement. Tout n’est qu’un prétexte, prétexte à le voir sortir d’une station de métro ou de train (on sait combien la thématique ferroviaire participe à une géographie culturelle toute japonaise), d’arpenter un quartier, d’entrer dans des magasins (au sens large : de l’épicerie de quartier à la galerie d’exposition en passant par le club de danse) et, à un moment, de sentir les affres de la faim :

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A chaque fois on a droit à ces quatre plans successifs qui vont s’élargissant et qui font comprendre au spectateur, après les amuse-gueules que sont les petites découvertes que fait Goro dans le quartier du jour, qu’arrive le plat de résistance de l’épisode, à savoir la recherche du lieu qui va lui permettre de surmonter sa fringale. C’est le début d’une quête du plaisir gustatif. Au-delà des plats qu’il va s’enquiller, ce qui compte tout autant sont ces instants qui précèdent le moment où les baguettes vont offrir la première bouchée à son palais de gourmet/and. Recherche du restau donc, avec les inévitables tergiversations :

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Entrer ou ne pas entrer ? That is ze question.

Puis arrive l’entrée dans le lieu élu, avec la découverte visuelle de l’endroit et les sentiments (soit Goro est charmé, soit il est un peu dubitatif, voire inquiet) qui l’accompagne.

Suit l’observation des éventuels clients :

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… de ce qu’ils ont dans leur assiette :

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et bien sûr de la carte qui peut être basique, limitée à une spécialité, ou particulièrement fournie, comme c’est le cas de ce restaurant de cuisine chinoise dans le premier épisode de la saison 2 :

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Dans ce restaurant illustré par les screenshots de l’article, on voit combien on est ici plus proche d’une cantine que d’un restaurant trois étoiles. Cela n’a aucune espèce d’importance puisque ce qui compte, c’est la découverte d’un lieu qui saura procurer une nourriture simple mais bonne, et surtout révélatrice d’un plaisir particulier liée au passé de gourmet de Goro. Très souvent en effet, les plats choisis réactivent des souvenirs et décuplent du coup le bonheur d’être atterri dans tel restau. Envoyer le personnage dans un restau français trois étoiles n’aurait pas de sens : ce qui compte c’est l’immersion dans un présent gustatif qui va fusionner avec  un passé rassurant qui montrera que le Japon, en dépit de ses mutations (Goro est souvent surpris au début d’un épisode de voir combien le quartier où il se trouve a changé par rapport au souvenir qu’il en a), reste attaché à des valeurs communes au sommet desquelles on trouve la nourriture japonaise dans ce qu’elle peut avoir de plus varié, sain, goûtu et accessible. Vision simple mais, pour qui en a déjà fait l’expérience au Japon, particulièrement vraie. S’aventurer dans un restaurant qui ne paye pas de mine a souvent bien des chances de s’avérer fructueux.

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Bref arrive LE moment décisif pour Goro, celui où il va connaître joie ou désillusion, le moment où la première bouchée va sa confronter à son palais de fin gourmet (qui, notons-le, sera pure de toute effluve alcoolisée puisque Goro, tout le long du drama, ne boit pas la moindre goutte d’alcool). On s’en doute, il n’y a guère de suspense puisque le drama se veut très positif dans la présentation de petits restaus qui existent réellement (intérêt supplémentaire pour le téléspectateur qui habite la capitale et qui peut ainsi découvrir des perles insoupçonnées). Succombant à l’enthousiasme, Goro, ce personnage au visage émacié, se transforme alors en un ogre prêt à commander une deuxième voire une troisième fois pour découvrir au maximum que lui permet son estomac les arcanes du menu proposé. Les images alternent les plans rapprochés des mets qu’il s’ingurgite avec ceux de son visage ne s’embarrassant d’aucune retenue.

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Le bonheur se lit sur son visage et le spectateur ne tarde pas à être lui aussi bêtement heureux de voir quelqu’un en train de prendre son pied à se remplir la panse. Les « umai ! », « oishi ! » et autre « ii na ! » se mettent à fuser tout comme les métaphores qui donnent alors à la scène des allures de bataille épique. Pas le temps de parler avec les voisins (ou alors de façon sporadique) : Goro est trop occupé à se parler à lui-même, à faire des commentaires sur un lieu et une nourriture avec lesquels il est en parfaite communion. Plus qu’un simple lieu de restauration, le restaurant du jour est un ami avec lequel Goro va dialoguer mentalement et gustativement, et c’est repu de cette nouvelle amitié qu’il pourra quitter l’endroit au générique de fin, accompagné d’une délicieuse musique scandant son prénom.

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ごちそうさまでした !

Pour le spectateur, en revanche, c’est le moment délicat car le visionnage de ces délices gustatifs sonnent souvent pour lui le début d’une horrible fringale. Les émotions télévisées, quand elles sont de cette qualité, ça creuse.

A noter que chaque épisode se termine avec un mini reportage dans lequel on voit Kusumi Masayuki (Qusumi pour les intimes) le scénariste du drama (mais aussi l’un des concepteurs de l’excellente B.O. du drama) retourner au restau du jour pour y tester lui aussi la nourriture (et la boisson car contrairement à Goro, le gars a la descente facile). Petit contrepoint sympathique qui permet de voir le visage des tenanciers de l’endroit et de prendre la température du lieu en live.

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On peut parier que le drama culinaire est un genre qui n’en est pas à ses débuts et j’avoue humblement que je n’en suis pas un spécialiste. Néanmoins, Kodoku no Gurume est le drama à voir pour peu que l’on ait une petite provision mentale de souvenirs liés à Tokyo et à la bouffe japonaise. Evidemment le plaisir est augmenté pour peu que l’on soit un peu connaisseur de cette dernière. Pour les béotiens, laissez-vous tenter tout de même, ne serait-ce que pour constater que l’addiction à une série TV n’est pas nécessairement liée à une profusion de personnages ou à une intrigue avec rebondissement à gogo. Un homme, un restaurant, un plat concocté avec amour, telle est la recette pour vous scotcher à l’écran une demi-heure durant.

Enfin, pour les fans du drama qui désespèrent à l’idée d’attendre une année avant de se mettre dans la panse une nouvelle saison, je fais suivre le conseil d’une Japonaise de mes amies. Shinya Shokudo, dans lequel joue Matsushige Yutaka, semble valoir le coup d’œil.

Et ici s’achève le dernier article de l’année 2014. Bulles de Japon reprendra autour du 10 janvier, le temps de bien digérer (dans tous les sens du terme) le début d’année. D’ici là, Hiroko Kumata se joint à moi pour vous offrir des bulles d’un autre type que les miennes et vous souhaiter un excellent réveillon.

meilleurs voeux

House of Bugs (Kiyoshi Kurosawa – 2005)

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Avant Shokuzai, Kurosawa avait déjà fait plusieurs incursions dans le monde du drama. Ainsi ce Kazuo Umezu’s Horror Theater tout à la gloire du maître du manga d’horreur :

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Le résultat sachant que Kurosawa est un fan de l’œuvre du maître ? Ce House of bugs parfaitement maîtrisé, un petit joyau de 59 minutes à la construction narrative disloquée mais imparable.

En apparence, Renji et Ruiko forme un couple sans histoire. En apparence seulement car derrière la façade, Renji s’avère être un mari jaloux qui n’a qu’une obsession : que sa femme reste cloîtrée à la maison, persuadé qu’il est qu’elle l’a déjà trompé plein de fois. C’est en tout cas la version que Ruiko donne à son cousin venu chez elle pour lui demander ce qui ne va pas. Pendant ce temps, Renji est sur le chemin de la maison, en compagnie de sa maîtresse, et donne à cette dernière une tout autre version : si Ruiko ne sort pas de chez elle, c’est parce qu’elle l’a bien trompé, qu’ils ont déjà eu à des disputes à ce sujet et qu’elle s’est enfermée depuis dans un monde imaginaire.

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Renji et Ruiko

A cela s’ajoutent deux interprétations de la Métamorphose de Kafka que donnent chacun de leur côté les personnages. Pour Ruiko, Gregor Samsa se transforme en insecte à cause de son environnement familial hostile, de la rigidité paternelle notamment. Pour Renji, c’est à cause de Gregor lui-même, personnage fuyant la réalité et s’enfonçant dans son monde imaginaire. Qui donne la bonne interprétation ? Qui ment ? Qui dit la vérité ? Autant de questions auxquelles il faudra vite répondre avant que Ruiko ne se transforme pour de bon elle aussi en insecte, à moins que ce ne soit déjà fait.

Sans être un chef d’œuvre, House of bugs m’est donc apparu comme une jolie petite chose à la construction narrative intéressante. Kurosawa joue sur quatre fils narratifs alternant savamment l’un après les autres et titillant suffisamment la curiosité du spectateur pour ne pas lui faire voir passer les 59 minutes. Pour filer la métamophore des insectes, Kurosawa tisse parfaitement sa toile en jouant de quatre strates temporelles :

1) les malheurs passés de Ruiko se confrontant à la jalousie maladive (et parfois violente) de son mari.

2) les malheurs passés de Renji devant faire face aux infidélités de sa femme.

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3) Ruiko accueillant son cousin pour lui raconter ses malheurs.

4) Renji, à bord de sa voiture avec sa maîtresse, racontant les siens.

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On comprend que lorsque Renji arrivera chez lui nous aurons droit au dénouement qui révélera lequel des deux, de Ruiko ou de Renji, a fourni la bonne interprétation de la Métamorphose.

Une fois n’est pas coutume, on retrouve pas mal de détails appartenant à l’esthétique de Kurosawa. Ainsi la femme vêtue de rouge :

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Evidemment, il s’agit de Ruiko, femme trouble et inquiétante derrière une façade angélique.

Les appartements sombre, puant la solitude et dont la seule animation provient d’un rideau blanc s’agitant faiblement :

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Ou encore ces plans nous montrant les deux personnages discutant à bord d’une voiture. On pense ici à certains plans de Real qui ne se cachaient absolument pas de montrer que ces plans avaient été tournés en studio devant une rétroprojection.

Real est d’ailleurs un film avec lequel House of Bugs entretient beaucoup de points communs. De par sa construction narrative imbriquée, mais aussi par sa porosité entre réalité et surnaturel (dans Real, on pense aux scènes dans l’appartement de la mangaka) et, sans trop dévoiler, un petit retournement final qui montre que le personnage le moins armé pour capter la réalité n’est pas celui que l’on croit. Au-delà de Real, on peut aussi rattacher House of Bugs au premier épisode de Shokuzai (avec la jeune épouse obligée de rester chez elle par un mari possessif) ainsi que le troisième avec la « fille ours » cloîtrée chez elle et pas non plus étrangère aux insectes :

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Dans tous les cas, House of Bugs confirme une chose propre à l’univers de Kurosawa : la vie de couple y est quasi impossible tant chacun des membres peut apparaître pour l’autre comme un fantôme. Ce qui n’est guère surprenant pour l’auteur de Kairo.

Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa – 2012) 5/5

Dernière étape de notre série sur Shokuzai et là, ami lecteur, un choix difficile s’offre à toi : ou bien tu décides de lire l’article qui suit mais alors sois avisé que des spoils risquent de te sauter à la gueule (mais je ne raconte pas tout non plus, je le jure!), ou bien tu décides courageuesemnt de zapper cet article et d’attendre mon prochain qui de toute façon déboulera dans deux jours ou trois. A toi de voir, mais si jamais tu optes pour la deuxième, ce que je comprends parfaitement, accepte quand même de lire les premières lignes. J’y parle de l’actrice du jour :

Kyoko Koizumi (voilà ce que j’appelle ferrer le lecteur)

Kyoko Koizumi fait partie de cette armée de lolitas qui ont commencé leur carrière en poussant la chansonnette (1) ou/et en se faisant prendre en photo pour des publications à la Shonen Jump

Kyoko, période bikini idol.

… puis, éventuellement, à faire des apparitions dans des dramas et dans des films avec souvent une réussite mitigée (on pense à Momoe Yamaguchi et à ses films maintenant quasi irregardables). A cela s’ajoute les inévitables campagnes publicitaires :

Photographiée ici par Kishin shinoyama pour JVC.

… et le squat plus ou moins important des rubriques « carnet rose » des magazines people :

Elle épouse en 1995 l’acteur Masatoshi Nagase (et divorce en 2004)

Kyoko Koizumi fait donc partie de cette armée d’idolus que l’on voit souvent en bikini en début de parcours, mais aussi et surtout à une minorité d’anciennes idolus qui ont su bâtir une carrière convaincante sur le grand écran. Sans non plus trop entrer dans les détails de celle-ci, focalisons-nous juste sur ses récentes participations qui montrent une constante, celle de jouer quasiment à chaque fois des rôles de mère. Ainsi tout récemment on a pu la voir dans Kaasan Mom’s Life de Seitaro Kobayashi, où elle joue le rôle d’une mère mangaka pleine de vie devant faire face à son travail, à ses enfants et surtout à son mari qui a une petite tendance à l’auto-destruction.

A noter que l’acteur qui tient le rôle du mari n’est autre que Nagase Masatoshi. Choix parfait puisque le couple à l’écran parvient à donner une impression de mécanique conjugale à la fois bien huilée et en même temps ayant subi les aléas du temps. Kyoko Koizumi apparait en tout cas parfaitement dans son rôle de mère de famille aimante et dynamique.

Mais ce rôle est un peu une exception dans sa récente carrière. Souvenez-vous ainsi de Kuchu Teien :

La maman qu’elle y interprète, toute de rose vêtue, est en apparence un modèle de mère de famille. En apparence seulement car on découvre que cette femme, très malheureuse dans son enfance, a décidé un beau jour de surmonter son traumatisme en étant coûte que coûte heureuse. Comprenez, en se fabriquant une famille comme on construirait une étagère tout juste achetée à Ikéa.

Le film est de 2005. En 2007, chef d’œuvre ! Tokyo Sonata, réalisé par Kiyoshi Kurosawa (tiens donc) sort sur les écrans :

La bande-annonce le suggère : Kyoko, à l’image de la famille du film, y joue le rôle d’une mère aimante. Réellement, qui ne l’est pas artificiellement comme dans Kuchu Teien. Mais le problème qui se pose pour son personnage est celui de l’incommunicabilité au sein d’une famille, du refus de se parler et de s’avouer ses fautes. Face à la dérive dans laquelle part le rafiot rafistolé de sa famille, elle sera quelque peu dépassée et exprimera un ras-le-bol symbolique en partant en compagnie d’un cambrioleur, avant de se raviser et de revenir chez elle. Ce sera un bon choix : sa présence à la maison agira comme une sorte d’aimant salvateur qui fera revenir aux bercailles le fils cadet et le père.

Il faut croire qu’il y a chez Kyoko Koizumi la tête de l’emploi pour ce genre de rôle. D’un côté, il y a une indéniable douceur qui émane des traits de son visage. Mais de l’autre, cette même douceur n’est parfois pas sans receler des failles voire basculer dans une certaine dureté. Ainsi cette scène de Kuchu Teien (passage à 6’00. Vérifiez que vos éventuels lardons ne sont pas à proximité) :

Ce mélange de dureté et de douceur apparaît dès le premier épisode de Shokuzai, lorsque Asako reçoit les quatre amies d’Emiri pour commémorer sa disparition. Tout sourire lorsqu’elle les accueille sur le seuil, le visage se durcit à l’intérieur lorsqu’il s’agit de les accuser d’avoir été incapables de donner le moindre renseignement à la police. Le ton est d’emblée donné : cette femme aussi est à jamais traumatisée par ce qu’il s’est passé. Elle aussi va voir sa personnalité se modifier suite au fait divers. Elle est devenue une femme dure, impitoyable, comme en témoigne sa confrontation lors d’une scène avec Yuka. C’est du moins ce que l’on croit tout le long du drama jusqu’à cet ultime épisode. Riche en révélations, ce dernier nous apprend ainsi quel type de femme elle était lorsqu’elle n’était alors qu’une étudiante. Délicat ici de trop entrer dans les détails, disons juste que le meurtre d’Emiri trouve ses ramifications dans le passé d’Asako, plus particulièrement dans un triangle amoureux qui s’est tragiquement terminé, triangle dont le protagoniste masculin fut cet homme :

Le familier de l’oeuvre de Kurosawa reconnait là le visage particulier de Teruyuki Kagawa, l’acteur jouant le père dans Tokyo Sonata. Que l’on retrouve dans Shokuzai le couple du précédent film de Kurosawa est intéressant. Ce couple-ci devient une sorte d’écho dont on ne saurait dire s’il constitue un double inversé, machiavélique, ou un équivalent avec une simple variation. La sublime scène finale nous montrait une famille à trois fonctionnant enfin à l’unisson, avec un père faisant un geste affectueux à son fils :

 

Shokuzai nous montre un couple (ou plutôt ex couple) dont les deux membres vont chercher mutuellement à se détruire. Et au geste affectueux du père donné sur le parquet d’une salle de concert répond le geste terrible d’un « père » sur celui d’un gymnase : un viol et un meurtre. Comme si Tokyo Sonata, avec la grâce de sa scène finale, n’était finalement qu’une parenthèse, un rêve dans la filmographie terriblement sombre de Kurosawa. Comme si, aussi, tout n’était finalement qu’apparence, chose que les quatre précédents personnages féminins n’auront d’ailleurs eu de cesse de démontrer. Chaque être, chaque couple, chaque famille peut montrer un visage rassurant, ça ne l’empêchera pas de s’écrouler un jour ou l’autre et de montrer son vrai visage.

Une famille tranquille

Chose curieuse, en voyant cet épisode je n’ai pu m’empêcher de penser à Alexandre Dumas. Pas le Dumas des Mousquetaires, plutôt celui de Monte-Cristo, le Dumas des secrets de famille, le Dumas des infanticides et des vengeances venues d’outre-tombe, en un mot le Dumas du « bousillage de l’existence », pour reprendre son expression, celui de ces familles, de ces êtres en apparence bien sous tout rapport mais dont la façade rassurante cache souvent un sombre cloaque. Cette scène en particulier m’y a fait penser :

Allez, je ne vais pas être méchant, je vais vous laisser la surprise de la scène. Disons juste qu’il se passe alors un hasard extrraordinaire, quelque chose de complétement invraisemblable, qui n’a qu’une chance sur un milliard de se produire mais qui se produit quand même. Un de ces hasards de roman feuilleton qui va être le point de départ d’une vengeance qui aura pour victime Emiri.

Une nouvelle fois chez Kurosawa ce hasard qui pourrait être perçu comme ridicule s’il ne donnait l’impression d’une main invisible qui s’amuse de ces êtres compliqués et besogneux que sont les humains. Plus que jamais dans cette scène, on songe au thème de la force maléfique, du fantôme. Et l’on sait chez Kurosawa combien le mal trouve un récéptacle accueuillant dans l’âme humaine. Ainsi Cure et son personnage de criminel surnaturel insufflant de manière invisible à ses victimes des envies de meurtre ou de suicide. Il y aura chez Asako et Aoki (le personnage joué par Kagawa) de cette tension dans les agissements, une tension puant l’outre-tombe et que confirmera, hélas pour l’un des deux ennemis, l’ultime plan du drama.

(1) Expression un peu injuste dans son cas puisque miss Kyoko a tout même sorti une vingtaine d’albums. On est loin de ces idolus à la carrière musicale aussi personnelle qu’éphémère.

Shokuzai est sorti en coffret au Japon avec des sous-titres que j’imagine malheureusement japonais (impossible de trouver l’info précise). Il existe sinon une édition chinoise avec des sous-titres anglais, si le coeur vous en dit.

Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa – 2012) 4/5

Avant-dernier épisode de Shokuzai et dernière chance pour Asako, la maman d’Emiri, de trouver une piste afin de venger le meurtre de sa fille. Au programme aujourd’hui : Yuka, la quatrième des fillettes amie d’Emiri et, devinez quoi ? elle non plus n’est pas vraiment bien dans sa peau.

Mais avant toute chose, LA question : qui est l’actrice qui joue Yuka ? Est-elle une idole, une bikini idolu, une gravure idolu, en un mot une bijin ? La réponse est :

OUI !

Mais attention : sans être aussi négligée que Sakura Ando version Hikikomori, Chizuru Ikewaki reste un cran en-dessous de Yu Aoi et d’Eiko Koike. Dans cet épisode, elle est l’incarnation d’une femme banale dont le but dans la vie est non moins banal : épouser quelqu’un et avoir un enfant.

Enfin une fille normale ! pourrait-on se dire. Et pourtant non : une nouvelle fois dans ce drama, cette conception de la vie est parasitée par le traumatisme initial. On se rappelle qu’à la découverte de la mort d’Emiri, chacune des petites filles avait à s’acquitter d’une mission particulière : surveiller le cadavre, prévenir la mère, la maîtresse. On devine assez bien à quelle tâche la petite Yuka a été assignée : courir au poste de police le plus proche pour radiner avec des keufs. Ou plutôt, un keuf :

Pas vraiment Steve McQueen dans sa Ford Mustang. Mais n’importe, dans l’expérience traumatisante que constitue le meurtre d’Emiri, la rencontre avec le policier constitue une expérience marquante, au sens positif du terme :

Complètement amoureuse qu’elle tombe, la Yuka ! Ce qui donne d’emblée à l’épisode une atmosphère de conte de fées. Le policier, c’est l’incarnation du prince charmant, entité fantasmée que Yuka attendra durant quinze bonnes années de sa vie. Ajoutons à cela, pour compléter le tableau cendrillonnesque, que Yuka n’est pas enfant unique, elle a en effet une soeur :

Mayu

Le motif du double apparaît, motif éminément kurosawaïen quond on y pense. Seulement ici, pas de double fantômatique mais bien un double en chair et en os, bien présent, trop présent. Les exemples dans la littérature fantastiques ne manquent pas (William Wilson, les Elixirs du Diable…) pour montrer combien le double apparaît comme l’autre qu’il faut éliminer pour espérer avoir une vie supportable. Techniquement, Yuka ne s’y prendra pas en employant la manière forte. Mais laissons-cela pour l’instant, concentrons-nous sur ce double. Un double malade, cloué dans un fauteuil, et par cela même terriblement empoisonnant :

On l’aura compris à la vue de ce screenshot, Mayu, c’est l’ange en présence de sa mère, le petit démon dès qu’elle se retrouve seule avec sa soeur. Tout lui est accordé, en particulier ce que l’on refuse à Yuka comme la dernière poupée à la mode. Difficile ici de ne pas penser à Cendrillon et à ses peaux de vaches de belles-sœurs. Oui, il va falloir souffrir, être patiente pour enfin rencontrer son prince charmant. Quinze années plus tard, elle le trouve :

Euh… enfin, pas complètement. Employée dans un magasin de fleurs (Yuka, la petite marchande de fleurs, ça pourrait être un bon titre de conte de fées ; au passage, on apprécie les couleurs désaturées de l’endroit qui rappellent le premier épisode), Yuka est outrageusement draguée par un patron aux mains balladeuses. Le prince n’est pas encore pour maintenant. Du moins presque puisque la jeune femme voit un jour débouler dans son magasin cette personne :

Mayu. belle, bien portante, rayonnante de bonheur accompli. Elle est mariée et vit dans une belle maison. Elle a trouvé son prince charmant, elle, et doublement puisque son mari est jeune, beau… et flic.

Dès cet instant, l’histoire va opérer un retournement. Mayu était autrefois son double qui lui pourrissait la vie, elle va devenir le sien. Elle lui volait ses jouets, elle lui volera son mari. Invitée à déjeuner à la maison (Mayu semble ne plus avoir ce côté vachard), Yuka ne tarde pas à établir un lien complice avec le jeune homme. Tellement complice que quelques jours plus tard, elle n’hésite pas, en l’absence de sa sœur, à s’inviter chez lui pour lui préparer un bon p’tit plat et le faire monter dans la chambre conjugale :

Pour lui préparer un bon p’tit numéro de bête à deux dos.

Ça va être brutal, sensuel, passionné…

puis triste.

Le jeune homme aura la nette impression d’avoir commis une boulette. il n’aura pas tort puisque quelques semaines Yuka découvrira qu’elle est enceinte. « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Revisité par Kurosawa, cela donne « ils copulèrent et eurent un lardon ». On pourrait croire finalement que pour Yuka, tout est bien qui finit bien puisque son vieux fantasme a enfin été exaucé. Mais elle ne l’entend pas de cette oreille, bien décidée qu’elle est à posséder totalement son beau-frère, malgré l’horreur qu’elle suscite à la fois chez ce dernier et chez sa sœur.

On l’aura compris, des quatre personnages de Shokuzai, Yuka est la plus sombre, la plus perverse. Et d’une certaine manière, elle boucle la boucle : on avait commencé avec Sae, jeune femme fragile, décidée à ne pas grandir, à rester toute sa vie une femme poupée. Elle a été exaucée puisqu’elle a rencontré un mari décidé à la voir comme un objet délicat manipulable à volonté. Ici, c’est la même chose mais de manière inversée  Yuka, c’est la petite fille mal-aimée qui rattrape son retard dans le bonheur qu’est supposée apporter la vie en se constituant un univers de maison de poupées. Elle n’est pas une poupée mais une petite fille capricieuse qui veut disposer de ses nouveaux jouets : sa sœur et son policier de mari, que ça leur plaise ou non.

Jusqu’à présent, les personnages féminins, malgré leurs erreurs, inspiraient tous une certaine bienvillance. C’est bien moins le cas puisque Yuka agrave son cas le jour où elle entend à la radio, par hasard, une voix. Pas n’importe quelle voix : s’extirpant des limbes de ses souvenirs, cette voix, elle en est sûre, est celle du meurtrier d’Emiri. Dès lors un vieux fil narratif, quelque peu oublié, refait surface :

celui de la mère d’Emili et de sa soif de vengeance.

Problème : Yuka n’est pas disposée à lui révéler gratuitement l’identité du coupable, il va d’abord falloir passer à la caisse. Mais problème aussi, cette fois-ci pour Yuka, Asako san, toute de noir vêtue, c’est un peu la vieille marraine maléfique à qui on ne joue pas de mauvais sorts. Dans une scène assez cruelle pour la jeune femme (et surprenante pour le spectateur), elle comprendra amèrement qu’il ne vaut mieux pas poursuivre dans cette voie-là.

L’identité, Asako l’obtiendra malgré tout à la fin, et de la propre bouche de yuka. La vengeance pourra enfin s’accomplir (ou pas) dans le dernier épisode. Mais ce quatrième opus de Shokuzai ne lasse pas de laisser une impression amère, celle de sentir confusément que cette histoire est peut-être plus complexe qu’un simple maniaque pédophile et que la frontière entre bien et mal est, décidément, plus incertaine que le manichéisme d’une histoire à la Blanche-Neige. Comme ses trois amies, Yuka accomplira à la fin un acte gravissime. Mais, contrairement aux autres, elle ne sera pas punie. Elle accouchera tranquillement et poursuivra tranquillement sa vie. Mauvaise graine qui survit envers et contre tout en se nourrissant de ses illusions. Indéniablement la noirceur monte d’un cran et laisse augurer d’un final oppressant. Il le sera.

Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa – 2012) 2/5

Dans le deuxième épisode de Shokuzai, on ne quitte pas l’univers scolaire puisque l’héroïne du jour, Maki, est devenue 15 ans plus tard une institutrice compétente et respectée. Enfin, jusqu’au jour où la petite musique du chaos propre à Kurosawa ne se mette en marche. Aussi sombre que le premier quoique dans un autre style, cet opus emmène le spectateur dans l’enfer de la hiérarchie de l’institution scolaire et des associations de parents d’élèves.

Maki, la maîtresse modèle qui frappe ses élèves

(article un peu duraille si l’on a pas lu la première partie de l’article)

Le traumatisme originel de Maki est à mettre en relation avec la mission qui lui est confiée lorsque les quatre amies découvrent le corps inerte d’Emiri : aller prévenir la maîtresse. Mission vaine puisque la fillette désespérée ne trouvera nul adulte dans l’école. D’emblée, l’enseignant apparaît sous le coup d’une faillite : comment peut-il prétendre à enseigner à des enfants puisqu’il n’est même pas capable de les protéger, d’être là quand on a le plus besoin d’eux ?

Comme pour réagir à ce naufrage, à cette honte, Maki sera donc plus tard une maîtresse d’école. Et du genre stricte, rigoureuse, attentive aux moindres débordements susceptibles de portrer atteinte au bon épanouissement de l’enfant. Ainsi confisquer une jolie agrafe à cheveux ne l’effraie pas puisqu’une jeune élève ne devrait pas attirer inutilement l’attention des hommes. On voit assez comment le traumatisme du grand méchant loup est toujours bien ancrée en elle.

Reste que cette sévérité n’est pas du goût de tout le monde. Et c’est ici qu’intervient pour la première fois la voix des parents d’élèves, voix relayée par le vice principal qui lui signale qu’elle est peut-être trop dure. L’épisode n’aura de cesse de développer un renversement des valeurs. Tout ce qui peut apparaître potentiellement positif sera grignoté par l’égoïsme et la rancoeur de l’autre.

A tout seigneur tout honneur, il y a donc avant tout ces parents du PTA (Parents Teachers Association, équivalent de nos assos de parents d’élèves). Des chieurs, des vrais. Avec eux, l’enfant est une sorte de client qui est roi et les profs des loufiats qui font forcément mal leur boulot. Après un mauvais tour joué par trois méchants drôles à une élève de Maki (ils l’ont bombardée de plumes d’oreiller), cette dernière se fera publiqument tirer l’oreille par les parents et sa hiérarchie, grotesquement, ne trouvera rien de mieux que d’encaisser en faisant des courbettes d’excuses. Seul un des collègues de Maki, Tanabe sensei, interviendra énergiquement pour protester que les uniques fautifs sont les trois garnements.

Tanabe, c’est un peu l’archétype du prof idéal. Celui que l’on voit dans certains mangas, proche des élèves, toujours à jouer avec eux au moment de la récré alors qu’il pourrait être en salle des profs à siroter un p’tit noir. En bref, le prof qui n’existe pas dans la vraie vie. Un cliché idéalisé du cinéma. En tout cas un soutien de poids pour Maki, d’autant que l’on devine qu’il en pince secrètement pour elle. Malheureusement, arrive ce jour fatidique de la séance à la piscine.

Ça se passe bien, les mouflets sont évidemment excités à l’idée de barboter. Peut-être trop excités : le boucan qu’ils font indispose un curieux personnage, un pauvre type manifestement attardé qui décide de pénétrer à l’intérieur de la piscine, un couteau à la main, pour déverser sa rage. Illico il fait fuir les gosses qui se précipitent au milieu du bassin, et blesse dans la foulée un des accompagnateurs. L’exemplaire Tanabe sensei ? Il fuit bassement et se précipite itou dans le bassin.

Maki ? Elle chope un bâton et met en application ce que lui ont appris ses cours de kendo : la correction est spectaculaire et le quidam termine inanimé dans le bassin.

A l’opposé de la maîtresse qui autrefois avait été aux abonnés absents lors de l’agression de la petite Emiri, Maki devient alors la prof ultime. Une scène nous la montre recevoir un papier ronflant, sorte d’équivalent de nos palmes académiques.

A l’opposé aussi, pas de pitié pour le lâche Tanabe qui s’excuse en vain devant ses collègues et se voit ridiculisé sur le net par des parents courroucés.

Seulement voilà : aussi bien pour Maki que pour Tanabe, la frontière entre paradis et enfer est mince, très mince. Ou plutôt, la frontière qui permet de contenir une rage, une folie intérieure. Et ici, on peut penser à Cure, avec son personnage de psychopathe qui fait basculer ses victimes dans le suicide ou le meurtre. Prise métaphoriquement, l’histoire de Cure nous montre une société ou tout un chacun, inexpliquablement, peut du jour au lendemain dérailler. Il n’en va pas autrement dans Toyko Sonata avec le personnage du cambrioleur qui visite la maison des personnages principaux de manière instinctive et irraisonnée (de même la fuite imbécile du mari en tenue de technicien de surface lorsqu’il tombe nez-à-nez avec sa femme). Le premier épisode de Shokuzai avait montré un appartement lisse et rassurant pour l’héroïne. Mais derrière, dès qu’on commençait à grater cette illusion, on s’apercevait combien la folie, celle de l’époux, pouvait apparaître comme une menace.

Dans ce deuxième épisode, Tanabe basculera dans une lâcheté elle aussi instinctive. Il sera totalement grillé au sein de son école et n’aura d’autre choix que d’aller se faire pendre ailleurs. Mais avant cela, il exprimera à Maki un étrange désir pour un personnage jusqu’à présent tellement zen : balancer son poing dans la gueule du vice principal qu’il soupçonne (à raison) d’avoir écrit par pure jalousie tous les commentaires désobligeants à son égard sur internet. Là aussi, un nouveau basculement, cette fois-ci vers la folie, est en train de se dessiner et s’accomplira de façon fort surprenante. Un peu ridicule, grotesque diront certains. Et pourtant c’est du même type de « grotesque » que l’on a pu voir à la fin de Tokyo Sonata, lorsque le film dérape et sombre dans une cascade de mésaventures improbables. C’est que chez Kurosawa, le fantastique n’est pas qu’une affaire de fantôme. C’est aussi une histoire de grain de sable qui donne une impression de réel irréel. On est aux limites du vraisemblable, de ce que l’on peut accepter du réel. C’est en fait, plutôt que du fantastique, ce que Todorov nomme « l’étrange ». Pas d’éléments matériels qui questionnent les notions de naturel et de surnaturels, juste des éléments choquants, surprenants, secouant les personnages, mais qu’aucune explication surnaturelle ne viendrait étayer.

Pour Maki, l’étrange, le grain de sable, le basculement dans la folie, ou plutôt la rage, se fera en trois temps. Tout d’abord, elle rencontrera la mère d’Emiri, rencontre qui fera revenir à la surface de douloureux souvenirs.

Puis, il y aura la scène de la piscine où Maki revivra en quelque sorte, et avec succès cette fois-ci, la scène où Emiri fut assassinée par un maniaque. Passé et présent, regret de ce qui a été et fantasme de ce qui aurait dû être commencent à se mêler. En soi, l’affrontement victorieux aurait pu l’aider à exorciser définitivement ses vieux démons, mais c’est sans compter sur la pression de la promesse faite à la maman d’Emiri quinze ans plus tôt. Botter le cul d’un taré est une chose, retrouver le meurtrier d’Emiri en est une autre. Aussi le malaise grandit-il chez Maki. D’autant que l’on chuchote dans son dos est qualifiée d’auto-défense excessive. N’a-t-telle pas trop usé de sa force à la piscine ? N’aurait-elle pu se contenter de faire fuire l’agresseur ? Les soupçons à son égard ainsi que sa frustration se révéleront pleinement dans une troisième scène :

Superposant l’image de son adversaire (une gamine) à celle de l’agresseur de la piscine, elle lâche les chevaux et se rue sur la fillette pour lui régler son compte à grands coups de sabre sur la tête. Il s’en faudra de peu pour que l’incident dégénère en meurtre. Mais dès cet instant, on devine que la carrière de Maki est brisée.

Dans une ultime et très belle scène, Maki s’expliquera dans une ultime rencontre avec les parents d’élèves pour s’excuser de son comportement. Sans trop en dire, on est alors dans une scène typiquement kurosawaienne (ouch!). On pense ici à l’ultime récital de Tokyo Sonata. On n’assiste pas ici à l’éclosion d’un génie mais à celle d’une confession. Dans les deux cas, on baigne dans une ambiance quasi fantastique, en dehors du monde. Comme le garçon prodige de Tokyo sonata, Maki a alors des allures d’être venu d’ailleurs (Kurosawa joue alors sur les éclairages et sur une atmosphère sonore minimaliste et d’outre-tombe que l’on a déjà entendu dans certains de ses films), dépassant les limites de la compréhension du quotidien. Elle est pour ainsi dire un être fantômatique qui, comme le garçon, instaure une limite définitive entre elle et les autres. Comme lui, elle n’aura plus qu’à quitter la salle. Détail signifiant :

… l’autre être « net » sera Tanabe venu l’écouter discrètement. Lui aussi, il n’existe plus aux yeux des autres, il est un fantôme (sa position à l’arrière-plan n’est d’ailleurs pas sans évoquer tous les fantômes aimant se fondre dans le décor propres aux films fantastiques de Kurosawa). Même si le spectateur peut être amené à se demander si les véritables fantômes ne sont pas ces parents dans le flou au premier plan. Esquisses grotesques d’êtres qui passent dans la vie totalement déconnectés de ce qui est bien ou mal, tous engoncés dans l’égoïsme et la platitude de leur quotidien.

Le dénouement sera terrible. Et Asako, venue elle aussi écouter Maki, ne pourra que nourrir des regrets. Restent cependant deux anciennes fillettes à découvrir…

 

***

Pour terminer de manière plus légère, histoire de se relâcher le cortex et pour le cas où vous hésiteriez encore à vous mater cet excellent drama, je précise ici que Maki est interprétée par Eiko « omoi boobs » Koike :

si après ça vous hésitez encore…

Shokuzai (Kiyoshi Kurosawa – 2012) 1/5

Ou je me trompe, ou la récente rétro Kurosawa à la Cinémathèque a mis de côté Shokuzai. C’est bien dommage car depuis 2008, date de la sortie du sublime Tokyo Sonata, l’auteur, pourtant prolixe, s’est tu. Et c’est avec curiosité que l’on attendait ce retour à la réalisation avec non pas un nouveau film mais une incursion dans le monde sirupeux du drama. Le résultat, sans être à la hauteur de ses films, reste tout à fait convaincant et apporte une nouvelle pierre intéressante à son oeuvre. Prêt à plonger dans une sombre histoire de fillette violée et assassinée ? Alors on y va…

Le drama est on ne peut plus simple dans sa structure : 5 personnage, 5 épisodes, et c’est fini.

La petite fille en haut, Emiri, débarque en pleine année dans une nouvelle école. Très vite, la fillette se fait quatre amies :

Mais très vite aussi, elle meurt. A cause de ce type :

On ne verra pas son visage. Devant soi-disant réparer un ventilateur dans le gymnase de son école, il y attirera Emiri, la violera et la tuera. Les quatre autres fillettes ont vu son visage mais, un brin traumatisées, elles seront incapables de donner le moindre élément signifiant pour aider la police. Cela, Asako, la mère d’Emiri (jouée par une Kyoko Koizumi glaçante de dureté et de détermination) ne l’encaissera pas. Lors d’un goûter pour commémorer l’anniversaire de la disparition d’Emiri, elle leur dira qu’elle ne leur pardonnera pas tant qu’elles ne l’aideront pas à trouver et châtier le coupable. Et si elles n’y parviennent pas, eh bien elle devront payer, expier (shokuzai signifiant « expiation »).

Twin Peaks Kurosawa’s style

Puis quinze années passeront, années durant lesquelles chacune aura puirsuivi sa vie avec plus ou moins de succès. Mais aussi, surtout avec un traumatisme matriciel dû au terrible fait divers et qui aura conditionné leur existence. La première partie du drama pourrait être intitulée « portraits de 4 femmes ». Il s’agit des quatre premiers épisodes, épisodes qui donnent chacun à voir la vie de Sae, Maki, Akiko et Yuka. Ce sont des épisodes quasiment interchangeables, des mini-films qui rappellent à chaque fois le fait divers et qui se terminent à une conclusion qui peut donner autant l’impression d’avoir vu un moyen métrage qu’un épisode d’une série. Avec à chaque fois une certaine variété dans l’approche thématique, chaque jeune femme étant rongée par un mal bien particulier.

Ce chiffre quatre m’a fait penser à Tokyo Sonata. Dans ce film, Kurosawa faisait le portrait de quatre personnages au sein d’une même famille. Ici, ce sont quatre personnages à la fois issus de familles différentes et appertenant à une même famille, celle des proche de la famille. Par ailleurs, ce sont des personnages eux aussi plus ou moins déglingués. Enfin « déglingués », disons plutôt inadaptés, insatisfaits du fait d’un monde aliéné et fantômatique :

Plan que l’on pourrait croire venir tout droit de Kairo

Tout comme dans Tokyo Sonata, notamment quand on a en tête le personnage du père de famille joué par Teruyuki Kagawa (que l’on retrouve dans Shokuzai), les personnages sont victimes d’un réel qui leur impose une fuite. Devant l’insupportable (ici non pas un licenciement mais le meurtre d’une amie), les quatre personnages vont essayer de trouver une solution pour rendre leur existence vivable et surmonter le traumatisme.

Cet article est le premier d’une série de cinq qui proposeront un rapide résumé de chaque épisode (sans spoil, n’ayez crainte) et quelques pistes interprétatives, un de ces vagabondages thématiques dont j’use régulièrement et qui, j’espère, donnera l’envie de vous mater cet excellent drama. 1ère étape :

Sae, French Doll

Le traumatisme de la première des quatre fillettes est lié à cette scène :

 Quand les quatre fillettes découvrirent dans le gymnase que ça s’était mal passé pour Emiri, elles se répartirent aussitôt entre elles les tâches pour tenter de lui venir en aide. Pendant que ses camarades partaient pour prévenir des secours, Sae avait pour mission de surveiller Emily dans le gymnase. Rude épreuve, d’autant que Kurosawa est passé maître dans l’art de donner une impression de présence dans un lieu vide. Terrorisée, Sae ne s’en remettra jamais : elle n’aura jamais ses règles, figée à jamais dans un état de poupée qui refuse de grandir et qui n’aura probablement jamais de relations avec des hommes. Lors d’une scène, alors qu’elle rentre chez elle, elle tombe sur deux salarymen bien éméchés qui tente de l’alpaguer. Pas bien méchant mais sa fuite apeurée montre combien la perception des hommes semble chez elle dénoter la terreur d’avoir à faire à un violeur/meurtrier. Ajoutons à cela qu’elle est infirmière :

L’imagé, très désaturée, donne évidemment l’impression d’un univers clinique et comme vidé de toute vie. Qu’un beau brin de fille tel que Yu Aoi soit solitaire à ce point fait tout de même un peu de peine, et l’on est finalement satisfait d’apprendre que Sae va se rendre, bien malgré elle, à un omiai (rencontre arrangée entre deux personnes cherchant à se marier) pour y rencontrer un jeune homme bien sous tout rapport :

L’image est un peu plus saturée mais que l’on ne s’y trompe pas : le futur couple, malgré des dehors séduisants, sera voué à être aussi aseptisé et faussement chaleureux que le décor de ce restaurant. Il n’en va pas autrement de l’appartement du jeune homme :

Pas de poussière, de toiles d’araignée et encore moins de trace de doigt sur l’inox immaculé de la cuisine : tout semble sorti tout droit de cartons en provenance d’Ikéa. Malgré cela, Sae est heureuse, vautrée dans cette désespérante propreté :

C’est que cet état est la garantie pour elle de gagner sur les deux tableaux : d’un côté elle préserve sa pureté de poupée, de l’autre elle se plie à la pression des exigences sociales. Enfin on finira de la barber avec l’urgence de se marier quand on a son âge ! Cerise sur le gâteau : son mari est indifférent à la sexualité, pas de problème donc pour cette physiologie de petite fille qu’elle entend préserver. Reste que cette position sur le parquet fait écho à une autre :

Celle d’Emiri

La fillette fut souillée à un âge où on ne doit pas l’être. La grande petite fille a quant à elle atteint un âge où cela fait normalement belle lurette que l’on a perdu son pucelage. Dans les deux cas, la situation est sinistre, à des degrés divers bien sûr, mais sinistre. D’autant que le mari de Sae avoue avoir en sa possession cet objet :

Une poupée française vêtue des mêmes vêtements dont il a revêtu Sae, et à laquelle il explique que c’est la même poupée qui fut volée à la famille de Sae il y a quinze ans, le jour même de la disparition d’Emiri. Cette confession opère alors un retournement en faisant revenir au bon souvenir de Sae son passé. Elle comprend surtout l’artificialité de sa volonté de rester une poupée. Elle n’est pas une femme, une épouse, mais ni plus ni moins qu’un objet aux yeux d’un mari qui ne voit sans doute en sa compagne qu’une version de chair de son mobilier sans éraflure :

« Ce soir, chouette programme, je regarde ma femme. »

Le mari ne semble trouver un but existentiel qu’à travers un besoin de posséder et de maîtriser : voiture, appart’ chic, mobilier et femme. C’est le matérialisme fait religion. En cela, ce premier épisode est le plus glaçant sur le plan visuel. L’absence d’émotion et le vide sont omniprésents, chacun semblant muré dans son propre univers, insouciant des autres :

D’emblée, pour ceux qui douterait de la capacité de Kurosawa à exploiter sa stylistique dans un drama, l’épisode les rassure en leur montrant combien ils sont en terrain connu. La silhouette filiforme et les bras ballants évoquent tout de suite les multiples fantômes féminins qui hantent ses films. Un de plus, sauf que celui-ci est bien vivant.

Non, la pureté n’est finalement pas la solution et Sae verra son corps réagir peu à peu devant ce vide. Et ses sentiments, aussi, devant certaines paroles égoïstes et injustes de son mari. Ce sera d’ailleurs le dénouement de l’épisode, dénouement qui, conjugué aux retrouvailles de Sae avec la mère d’Emiri, donnera la pleine mesure au titre du drama. La quête pour retrouver le meurtrier d’Emiri est encore loin d’être achevée.

***

Des cinq épisodes, le premier est de très loin le plus sobre, le plus lent, le plus glacé. Baignant dans une photographie aux tonalités froides et délavées, le spectateur y découvre une humanité vide, incapable de ressentir des sentiments. Ou du moins, si sentiments il y a, ce sont des sentiments à l’origine suspecte. Le mari est heureux parce qu’il a un nouveau jouet, l’épouse est heureuse parce qu’elle peut préserver se virginité de poupée. Un plan en dira long sur la fausse complicité du couple :

Ils jouent. A quoi ? Au solitaire à deux. 

D’emblée, Shokuzai frappe par la maîtrise de l’esthétique (chaque plan est aux petits oignons) et l’originalié du propos de cette histoire de vengeance (1). Pour ceux qui, comme moi, seraient réfractaires aux dramas, on a justement pas l’impression d’être devant un drama. Et l’on pourrait dire la même chose aux réfractaires à Kiyoshi Kurosawa : on est face à un juste milieu qui permet de se plonger de manière « légère » dans l’univers du maître.

On est donc dans un entre-deux réussi, convaincant, qui ne donne pas l’impression d’avoir affaire à un Kurosawa light. Ou si on l’aperçoit comme tel (car après tout, on est tout de même loin de l’aridité d’un Charisma), on ne saurait lui en tenir rigueur tant ce voyage au cœur d’une affaire criminelle et de la psyché de ses protagonistes paraît passionnante et variée. Le prochain épisode confirmera cette bonne première impression…

(1) A ce sujet, précisons que l’histoire est une adaptation d’un roman de Kanae Minato, le même auteur à l’origine du récent Confessions de Tetsuya Nakashima. Une rumeur fantaisiste prétendait d’ailleurs à un moment que Shokuzai en était une sorte de prequel. Les deux oeuvres, mis à part le fait qu’on y trouve des personnages de mère voulant venger leur fillette assassinée, n’ont en fait aucun rapport.