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France Cul dégueule de cinéma japonais !

Hier, je revenais en voiture d’une soirée avec des amis. Habituellement, ça ne rate jamais,  je me fais arrêter à un certain rond-point par les keufs pour un contrôle anti-alcoolémie mais là, ça s’est passé autrement. 1H30 du mat’, pas un chat dans les parages, je pouvais glisser jusqu’à mes pénates en écoutant de la bonne musique. Après dix minutes, lassé du programme sur France Musique, je glisse sur France Cul et là, je tombe sur un Japonais parlant du genre documentaire puis sur un Français – manifestement un critique – y allant de son laïus sur le Japon, ses mutations et son cinéma. Absolument passionnant – et fascinant pour vos oreilles quand vous roulez de nuit sur une route de campagne. Et sachant qu’il s’agissait de créneau horaire de Philippe Garbit et de ses « nuits », je me doutais que cela pouvait appeler d’autres émissions comme seule France Cul est capable de les proposer.

Aussitôt arrivé à la maison, je me rue sur internet pour vérifier et là, bingo ! je constate que Garbit a programmé une nuit entièrement consacrée au cinéma japonais. Acrochez vos ceintures, pour cette dernière journée du festival de Cannes qui verra peut-être Naomi Kawase sacrée, ça décoiffe sec !

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Ça commence avec un entretien de Stéphane du Mesnildot, auteur de Fantômes du cinéma japonais, qui nous parle du second âge d’or du cinéma jap’.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

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C’est le documentaire sur lequel je suis tombé en voiture. « Quand Serge Daney rencontrait Shinsuke Ogawa, maître du documentaire japonais ». La rencontre entre les deux hommes a eu lieu en 1989 au festival du film documentaire de Yamagata.

En 1989, Serge Daney était au Japon, à Yamagata, où se tenait la première édition d’un festival international du film documentaire dont il était membre du jury. Un festival qui a perduré, et continue depuis de se tenir tous les deux ans.

L’occasion était belle pour le « ciné-fils » de rencontrer le grand documentariste Shinsuke Ogawa, qui vivait alors à la campagne non loin de Yamagata. Pour « Microfilms », il s’entretenait avec Ogawa de sa pratique de trente années de cinéaste du réel, de la situation de la production et de la diffusion du film documentaire, de son propre rapport à la télévision, à la vidéo, à la fiction. Dans la deuxième partie de l’émission, de retour à Paris, Serge Daney livrait ses impressions et ses réflexions après ce voyage… sur sa rencontre avec Shinsuke Ogawa, sur la première édition de ce festival, sur son palmarès, et plus généralement sur l’état du cinéma japonais à la fin des années 80.

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Boum ! Une rencontre entre Michel Ciment et Kiju Yoshida de 1996, lors du festival du film international de La Rochelle :

En 1996, Kiju Yoshida était l’invité du Festival international de La Rochelle pour une rétrospective de son œuvre. Une rétrospective partielle comme le regrettait Michel Ciment qui, pour Projection privée, s’entretenait à cette occasion avec Kiju Yoshida, entouré du critique Max Tessier et du producteur Philippe Jacquier.

Philippe Jacquier devait produire en 2002 ce qui est le dernier long métrage de Yoshida : Femmes en miroir. Né en 1933, représentant de « La Nouvelle Vague japonaise », avec Femmes en miroir, Yoshida travaillait le traumatisme et la mémoire de la bombe d’Hiroshima. À propos de ce film, il déclarait à Charles Tesson :

« Les gens du cinéma pensent que le cinéma est capable de tout décrire, comme ce qui se passe dans les univers lointains. Mais il y a des choses que le cinéma ne peut pas raconter : par exemple, la bombe atomique ou la Shoah. Ce qui est important dans le cinéma, c’est la manière de filmer ce qu’on ne peut pas filmer ».

« Projection privée avec Kiju Yoshida au Festival international du film de La Rochelle », une émission proposée par Michel Ciment en 1996 sur France Culture.

 

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Bam ! Il s’agit cette fois-ci de Naomi Kawase reçue en 2014 par Laure Adler dans son émission Hors-Champs pour la sortie de Still the Water.

Lauréate précoce de la Caméra d’or du Festival de Cannes de 1997 pour Suzaku, et récompensée par le Grand Prix en 2007 pour La forêt de Mogari, Naomi Kawase est l’une des très rares réalisatrices de renommée internationale du continent asiatique. Tous genres et continents confondus, elle est aussi considérée comme l’un des cinéastes importants de son temps. La famille, la communauté, l’absence, le deuil, la nature, sont des thèmes centraux du cinéma de Naomi Kawase, dans ses fictions comme dans ses documentaires.

En 2016, quelques temps après la sortie des Délices de Tokyo, elle confiait dans Télérama à Frédéric Strauss :

« Je suis attachée aux choses spirituelles, aux émotions, et, en tant que cinéaste, j’essaie de trouver comment les exprimer d’une manière concrète. Ma façon de faire des films tourne autour d’un rapport entre le tangible et l’intangible. Entre le visible et l’invisible, qui peuvent dialoguer »… « Je suis japonaise et j’utilise donc des éléments de ma propre culture. Mais je me considère d’abord comme une citoyenne du monde, je travaille avec des idées japonaises tout en recherchant une signification universelle ».

Naomi Kawase expliquait sa relation et son travail avec les acteurs non professionnels de son film « La forêt de Mogari » (2007) elle détaillait sa façon de travailler :

Je ne veux surtout pas qu’ils jouent. Je déclenche la scène c’est tout. […] En général je tourne toujours dans l’ordre chronologique. Donc à ce moment-là les acteurs s’approprient le temps qui passe et réagissent en fonction de ce qui s’est passé auparavant. Ils enchaînent les scènes dans leur continuité.

 

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Entretien croisé entre Stéphane du Mesnildot et Demian Garcia, créateur sonore et spécialiste du film de sabre.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

 

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Dans « Surpris par la nuit », en 2004, Serge Toubiana proposait un « Carnet de voyage à Tokyo », qui nous donnait des nouvelles du cinéma japonais à l’aube du vingt-et-unième siècle. Chemin faisant, guidé par le critique Yoichi Umemoto, il croisait le réalisateur Kiyoshi Kurosawa et son ancien professeur, l’éminent universitaire et cinéphile Shigehiko Hasumi, traducteur de Deleuze, Derrida et Barthes, et auteur notamment d’ouvrages sur Ozu, Ford et Renoir.

Comme le voyageur cinéphile de passage à Tokyo ne peut manquer de le faire, ce carnet de voyage faisait une halte à « La jetée », un bar mythique pour les amoureux du cinéma, dont le nom est bien sûr un hommage à Chris Marker. Pour peu qu’ils soient à Tokyo, de ce refuge cinéphilique cher au cœur de Wim Wenders, peuvent à tout moment pousser la porte Coppola, Woody Allen, Tarantino, Léos Carax, Jim Jarmush, Arnaud Desplechin et quelques autres.

« Surpris par la nuit… Tokyo cinéma – carnet de voyage »… c’était en 2004. Cette année-là deux films japonais étaient en compétition au Festival de Cannes : Ghost in the Shell 2 : Innocence de Mamoru Oshii et Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda, pour lequel Yagira Yuya remporta le prix d’interprétation masculine.

 

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De nouveau Michel Ciment avec un numéro de Projection privée de 2010 consacré à Koji Wakamatsu, en compagnie de Julien Sévéon et Jean-Baptiste Thoret :

 

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Encore un Hors-champs de Laure Adler qui reçoit cette fois-ci Kiyoshi Kurosawa. Émission de 2011.

 

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Et on termine avec la suite de l’entretien entre du Mesnildot et Garcia :

 

Là, vous vous dites : ouf ! Y’a de quoi m’occuper pour la semaine, merci France Cul ! Ce en quoi vous vous trompez puisque cette nuit qui vient d’avoir lieu n’était que la deuxième des deux nuits consacrée au cinéma japonais ! La première a en effet eu lieu la semaine dernière, avec un programme exclusivement consacré aux classiques. Are you ready for a total madness ? Let’s go one more time !

 

A

Entretien entre Pascal-Alex Vincent qui a dirigé l’édition du coffret « l’âge d’or du cinéma japonais 1935-1975 » et Hervé Pichard pour l’exposition « L’Ecran japonais, 60 ans de découvertes ».

B

Petite plongée dans le temps. On est en 1962, l’émission « Connaître le cinéma » consacrait un numéro à Mizoguchi.

 

C

Ne pas avoir un docu avec la voix de Jean Douchet aurait été étonnant. Dans cette émission de 2007, le critique présentait le cinéma d’Ozu.

 

D

Toujours du lourd avec encore un numéro de « Connaître le cinéma » qui en 1964 explorait le cinéma de Kon Ichikawa.

 

E

Suite de l’entretien entre Vincent et Pichard.

 

F

1985, sortie de Ran en avant-première à Paris. A cette occasion, Serge Toubiana et Hélène Pommier recevait dans « Nuits Magnétiques » le vieux maître pour un entretien. Dois-je en dire plus ? Vous aurez compris que c’est un document évidemment exceptionnel.

 

G

C’est maintenant Oshima qui s’y colle, avec un numéro de « Ciné-Club » de 1998 qui lui est consacré :

 

H

Vous commencez à avoir la gerbe ? Vous trouvez que décidément ça fait beaucoup ? Courage, plus que deux ! Et il serait dommage de passer à côté de ce « Carnet de notes » de 2001 sur la musique de Toru Takemitsu.

 

I

Et enfin, voici la fin du voyage avec la dernière partie de l’entretien entre Vincent et Pichard :

 

Et si après tout ça vous n’êtres pas rassasiés, vous pourrez toujours changer de station pour aller sur France inter et écouter cet entretien dans Boomerang avec Naomi Kawase, à propos de son film en compétition, Hikari. Moi, occupé que j’étais à suivre le Natsu Basho, j’avoue n’avoir pas trop suivi cannes cette année. Aucune idée donc de la valeur du dernier opus de Kawase. On verra cependant ce soir si après Still the Water la réalisatrice sera récompensée. Après 1997 (caméra d’or pour Suzaku) et 2007 (Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari), l’habitude est peut-être prise de récolter quelque chose tous les dix ans. A voir si 2017 sera l’année Kawase…

Du Japon en intraveineuse sur France Cul


Qu’on se le dise, le W-E dernier France Cul a franchement déchiré sa race puisque, en rapport avec le festival du cinéma asiatique de Deauville (avec une grosse actu japonaise) mais surtout la commémoration de Fukushima deux ans après, la station a consacré rien moins que 20 émissions au Japon ! Au programme : nucléaire, voyage, littérature, théâtre, oulipo, cinéma, saké et plein d’autres bonnes choses. Le programme ? Y’a qu’à demander, le voici :

On commence avec l’émission Terre à terre de Ruth Stégassy. Elle y reçoit Jean-Louis Basdevant et l’écrivain Michaël Ferrier pour y causer de Fukushima.

Deuxième émission, Affaires Etrangères de Christine Ockrent pour évoquer les relations compliquées avec le voisin chinois :

Arrive Movimento où les amateurs de Mahabarata, de bunraku, de kabuki, de no et de gagaku trouveront leur bonheur :

On poursuit avec le cinéma : une vie, une œuvre consacre un numéro à Ozu. Passionnant de bout en bout :

Envie de flâner du côté de Kyoto ? Alors l’épisode de Carnet Nomade devrait vous plaire. Au programme, promenades dans les jardins, les temples et les monastères en compagnie de guides qui touchent clairement leur bille en matière de culture bouddhiste. Apaisant.

22 heures, c’était l’heure de Mauvais Genres qui a fait la part belle à Mamoru Oshii et Sion Sono, le tout en présence de Julien Sévéon, auteur d’un livre sur Oshii. Emission intéressante mais mal équilibrée : une heure pour Oshii et une pauvre demi-heure pour Sono, ça ne va pas du tout. Oshii a été grand, mais sa filmo actuelle devient un peu moribonde, chose que je ne dirais pas de la production sonoiesque. Frustrant donc, d’autant qu’Angelier et Thoret sont apparemment tout acquis à la cause de Sono. Du coup, son œuvre est passée à la moulinette à vitesse grand V alors que l’on aurait aimé qu’ils s’attardent sur quatre ou cinq films représentatifs de son œuvre. Peut-être pour une autre fois…

Arrivés là vous vous dites peut-être que ça fait beaucoup. Envie de souffler ? D’accord, tenez, c’est pour vous :

Une photo de Sion Sono c’est bien. Une photo de Sion Sono avec Megumi Kagurazaka, c’est mieux.

Si vous êtes un habitué de France Cul, cous connaissez sans doute les Nuits de France Culture qui, de minuit à 6 heures du matin, rediffusent des archives de la maison. Malheureusement, difficile si l’on n’est pas somnambule de les écouter car cette émission ne dispose pas de podcast. Or, exceptionnellement, les six émissions sont écoutables ! Et là aussi, c’est du lourd. Ça commence avec une vieille émission de 1957 intitulée Images d’extrême-orient : les villes japonaises. Visite délicieusement surannée du Japon de l’après-guerre. « Pachinka » visite du quartier d’ « Akaska » de Tokyo, de « Guionne » à Kyoto, et rencontre de « gueilleshas » vous attendent, le tout porté par la voix de l’excellent Robert Martin :

Puis à nouveau un épisode d’Une vie, une œuvre, cette fois-ci consacrée à Mishima :

Bon, une émission d’une heure et demie consacrée à Mishima, on se doute qu’elle va pas faire danser la polka à nos zygomatiques. Ce ne sera pas le cas de l’émission suivante mais du moins y trouvera-t-on un peu de légèreté à travers la sympathique voix de la poétesse Ryoko Sekiguchi qui va vous faire goûter des kakis pour vous faire comprendre toute la subtilité de la notion d’astringence :

Puis à nouveau un écrivain. Ici, on applaudit France cul qui va nous chercher un drôle de zig qui tranche avec les habituels Mishima, Kawabata, Tanizaki et Murakami, je veux parler d’Akiyuki Nosaka, l’auteur du Tombeau des Lucioles et des Pornographes, porté à l’écran par Imamura.

Aérons-nous maintenant les neurones avec Cerisiers en fleurs à Kyoto. Bon, les plus ou moins habitués du Japon parmi vous auront l’impression d’un voyage qui sent un peu le déjà vu mais enfin, entendre une heure durant parler hanami avec en fond sonore des bruits de Kyoto est toujours plaisant :

Enfin, les Nuits terminent leur programme en fanfare avec une excellente émission consacrée à Mizoguchi. Ozu, Oshii, Sono, Mizoguchi… les cinéphiles japonophiles ont dû bien bicher. Et le pire c’est que ce n’est pas fini ! Du coup à quoi bon se casser le cul à aller au festival de Deauville, je vous le demande !

Fatigués après tout ça ? Envie de vous pieuter ? Attendez, z’allez tout de même pas partir avant de boire un p’tit coup ! C’est Toshiro Kuroda, spécialiste du saké, qui vous paye sa tournée dans ce nouveau numéro d’ On ne parle pas la bouche pleine en faisant une excellente présentation du saké.

Voilà, maintenant vous pouvez aller brailler Nuits du Japon avec ces deux drilles:

Reposez-vous bien car après c’est prise de tête au réveil avec les Papous dans la Tête spécial Japon. Ça fait bien longtemps que les facéties pataphysiciennes de l’émission ne m’amusent plus mais pour ceux que ça intéresse…

On reste dans la littérature avec Tire ta langue qui consacre un numéro à Akira Mizubayashi et son amour pour sa chienne. Ici vous vous dites sûrement : « Oh bin voui ! Ça va être un rien chiant ton truc ! ». Mais attendez un peu. C’est aussi ce que j’ai pensé au début et puis, force est de constater que la stupéfiante perfection du français de l’auteur, sa voix et sa sensibilité m’ont rapidement donné envie de lire son livre sur son canidé :

D’ailleurs, pendant que j’y suis, voici d’autres émissions plus anciennes sur l’auteur :

Puis c’est au tour de Ville-monde de consacrer une nouvelle fois un numéro à Tokyo. Une deuxième fois car la semaine dernière une émission s’intéressait aux sons de Tokyo :

Emission intéressante par sa thématique et la diversité des intervenants. Il n’en va pas autrement avec la deuxième émission qui s’intéresse à un Japon moins touristiques, celui des interstices, des petites rues, des quartiers pauvres et des yakuzas. Et là, les cinéphiles vont à nouveau tendre une oreille attentive puisque parmi les intervenants on trouve Shinji Aoyama, Kiyoshi Kurosawa et Jean-Pierre Limosin. Et la photographie n’est pas en reste puisque Masakata Nakano, l’auteur du fameux Tokyo Nobody, nous explique sa vision de Tokyo. Là aussi, une excellente émission :

Littérature encore, avec une émission sur Machi Tawara, la poétesse auteure de l’Anniversaire de la salade, livre qui a su donner un coup de kärcher sur les tankas.

Encore un effort, on y est presque ! Le dimanche soir était réservé au théâtre. D’abord à travers le portrait d’Oriza Hirata, auteur d’une trentaine de pièces :

Ensuite avec une représentation en direct de Chant d’adieu dudit Hirata :

Et ne croyez pas que je vais vous laisser partir comme cela puisque tout le long de la semaine Micro Fictions a diffusé Sur les traces de Godzilla, de Christophe Fiat. Voici le topo : « Guy Commerçon, écrivain, atterrit à Tokyo, un mois après la catastrophe de Fukushima. Il est là pour un séjour prévu de longue date, afin d’enquêter sur Godzilla, pour son prochain roman. A ses recherches sur Godzilla vont ainsi se mêler la réalité de la tragédie, le témoignage des rescapés, la menace du nucléaire, les monstres d’hier et les fantômes d’aujourd’hui… »
Et voici les épisodes :

Sur ce je vous laisse, écouter et mettre en page tout ceci m’a considérablement donné la migraine, m’en vais aller boire quelques verres de saké conseillés par Toshiro.

Du cul sur France Cul

Cette semaine l’émission Culturesmonde se consacrait à un cycle « Sexe et porno : la fabrique des désirs ». Vaste programme dont il y avait fort à parier qu’une petite incursion du côté d’un certain pays allait être commise. Ce fut chose faite dès la deuxième émission avec pour intervenante l’inévitable Agnès Giard. Pas renversant renversant mais enfin, après trois semaines d’absence, il faut bien se décider à relancer gentiment la machine…

Leiji Matsumoto et Naoki Urasawa sur France Cul

Cela faisait longtemps que l’émission Mauvais Genres n’avait pas consacré un numéro aux mangas. Peut-être trop longtemps car l’émission de samedi dernier m’a paru finalement assez peu intéressante, bien moins en tout cas que d’autres consacrées à des thèmes et éclairées par Jean-Marie Bouissou. Après, comme on n’a pas non plus tous les jours l’occasion d’entendre le père d’Harlock (invité d’honneur à Angoulême cette année) et celui de Monster sur nos ondes, c’est toujours bon à prendre.

Reste que les interviews (on n’ose pas appeler cela des entretiens) sont bien courtes, trop courtes pour prétendre à donner une bonne idée des deux bonhommes et de leurs oeuvres. Et puis, il y a Urasawa. Systématiquement maintenant, on lui accole les adjectifs de « grand », « surdoué » ou même « mythique ». Une sorte de nouveau Tezuka dont il faudrait bien qu’on m’explique un jour ce qu’il a fait pour prétendre à cette comparaison dithyrambique  Je vous le dis tout de suite, ce n’est pas dans cette émission qu’on l’apprendra. Une fois n’est pas coutume, on y apprendra en revanche que le sieur est un guitareux qui aime de plus en plus à pousser la chansonnette. On est bien content de l’apprendre mais ce n’est pas ce qui m’aider à apprécier son oeuvre. Quant à l’évocation de T-Rex dans 20th Century Boys, ça me fait le même effet que ces romanciers japonais qui distillent dans leurs oeuvres des références américaines et européennes. Ça fait stylé, mais pour ce qui est de faire sens, c’est une autre histoire.

Ce qui m’énerve chez Urasawa, c’est qu’il a tout du mangaka installé qui maintenant va s’appliquer à utiliser ad nauseam les mêmes recettes qui ont fait ses succès (et le pire c’est que ça marche !). Ce qui rend la comparaison caduque avec Tezuka puisque chez ce dernier on avait au moins une grande variété dans la palette graphique, variété qui pouvait aller d’un certain réalisme à un trait naïf qui parfois fleurait bon le foutage de gueule. Et je ne parle pas des variétés de tons et des thèmes. On arguera puisque de toute façon il était le grand Tezuka, il pouvait se permettre des prises de risques avec des mangas bien hasardeux mais enfin, puisque Urazawa est, à ce qu’il paraît, « grand » et qu’il amassé une fortune considérable, on aimerait bien le voir ajouter plusieurs nouvelles cordes à son arc, si tant qu’il en soit capable. Mais je crains bien qu’il ne le soit pas et qu’il nous condamne la même soupe faussement originale.

Ça n’est pas du tout marqué par ce que peut avoir par moment de déplaisant et systématique et mécanique les codes graphiques du manga.

Dixit François Angelier dans l’émission. On va pas trop le chercher en lui demandant à quels « codes graphiques » il pense mais on va plutôt répondre en soulignant qu’en matière de traits « systématiques » et « mécaniques », Urasawa se pose là.  C’est bien dessiné, pour sûr ! mais sans surprise, sans le plaisir de constater une réelle évolution dans le style, une volonté d’essayer de faire quelque chose d’autre. Remarquez, c’est le cas de beaucoup de mangakas, mais ce qui me gêne chez Urasawa c’est que cela va de pair avec des ficelles narratives qui semblent elles aussi être les mêmes d’un manga à l’autre. Loin d’être le génie du neuvième art chanté aux quatre coins du monde, je vois plutôt en Urasawa un petit malin qui a habilement su jouer sur le tableau du Shonen et du manga destiné à un public plus adulte. On peut y voir des choses profondes dans son oeuvre, je n’y vois pour ma part que des choses qui ont l’apparence de la profondeur et qui peinent à mener à bon port une intrigue souvent passionnante au début, mais au fil des pages aussi navrante que le soufflé de Gaston.

Bon, il faut ici que j’avoue quelque chose : je pardonne difficilement à Urasawa de m’avoir fait raquer les 18 tomes de Monster pour une fin aussi merdique !

Parfait pour les jeunots ou les vieux novices qui veulent s’encanailler en lisant des mangas « originaux » et « intelligents » mais, pour ma part, je préfère encore lire un shonen comme One Piece. Systématique et mécanique comme une recette mille fois éprouvée mais j’y trouve parfois une fantaisie et un goût de l’aventure qui me renvoient délicieusement au temps de mes premières lectures. Ou comme Harlock tiens ! J’avais beau être plus Goldorak qu’Albator, j’ai toujours eu l’impression que Matsumoto, comme Go Nagai, faisait partie de ces auteurs hors normes qui ont su apporter une pierre bien massive à l’édifice du manga. Pour Urasawa, j’ai plutôt l’impression pour le moment d’une pierre en chocolat. Auteur à suivre quand même, qui sait ?

Yohji Yamamoto sur France Cul (entre autres choses)

Une fois n’est pas coutume, j’informe mon cher lectorat de quelques news japonisantes sur les ondes de notre France Culture bien-aimée. Et une fois n’est pas coutume encore, c’est à Laure Adler, qui décidément a le chic pour faire venir chez elle des gens de bonne compagnie, à qui l’on doit une nouvelle émission plutôt intéressante avec cette fois-ci pour invité Yohji Yamamoto :

http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/11189-05.06.2012-ITEMA_20374501-0.mp3

Le maître y parle de son enfance, son rapport à l’identité japonaise, ses débuts dans la mode, sa conception de la mode, ses réticences vis-à-vis d’elle, etc. 45 minutes ma foi assez plaisantes à écouter, même pour quelqu’un comme moi qui a priori se tamponne pas mal de ce milieu.

Mais de belles photos comme celle-ci me donnent tout à coup envie de m’y intéresser (Three White Shirts, Yohji Yamamoto)

Tout cela vous paraît malgré tout un peu léger ? Pas assez couillu du cortex ? Je peux comprendre. Aussi ne saurais-je que trop vous conseiller de vous rendre au Collège de France pour écouter Jean-Noël Robert, professeur émérite à la chaire « philologie de civilisation japonaise ». Là 12 cours magistraux vous attendent sur les poèmes bouddhiques japonais.

Envie de décompresser après ça ? Allez, sans rapport avec le Japon mais bien passionnant, l’émission de Mauvais Genres sur la saga Alien donne bien envie de revoir le premier opus et de voir le dernier actuellement sur les écrans

Et pour terminer, la vidéo qui tue, pour peu qu’il y ait un collectionneur fétichiste qui sommeille en vous.

Yohji Yamamoto & Max Vadukul

Ryoko Sekiguchi (et d’autres) sur France Cul

Un an après Fukushima, on pouvait s’attendre à une foultitude d’hommages plus ou moins médiatisés, le dernier en date étant le salon du livre avec le Japon en invité d’honneur. A côté de cela, certains magazines en kiosque n’ont pas hésité à profiter de l’occasion pour sortir un numéro spécial Japon. Le genre d’initiatives dont je suis revenu – trop acheté de choses de ce genre pour m’apercevoir après que leur lecture ne me passionnait que médiocrement. Cela dit, pour ceux qui seraient intéressés, je rappelle donc que Lire a sorti un numéro sur la littérature japonaise et Courrier international, un numéro « un an après la catastrophe ». Lire la suite Ryoko Sekiguchi (et d’autres) sur France Cul

Naomi Kawase sur France Cul

Du 5 au 9 décembre, Laure Adler a reçu à son émission Hors Champs quatre artistes japonais et un écrivain français vivant au Japon afin d’évoquer le terrible événement qu’a connu cette année leur pays ainsi que les conséquences sur différents aspects de la vie quotidienne, notamment les rapports sociaux. Parmi ces artistes, les lecteurs férus de ciné japonais contemporain seront sans doute intéressés par l’intervention de Naomi Kawase lors de la 4ème émission. Elle y explique ce qu’elle faisait au moment de la catastrophe et ce que cette dernière  a changé en elle dans sa perception des choses. Emission intéressante ponctuée d’extraits de ses films. À écouter ici : Lire la suite Naomi Kawase sur France Cul

Rudyard Kipling sur France Cul

Au cas où vous ne le sauriez pas, 2011 est l’année Kipling et France Culture lui a récemment rendu hommage. « Et alors ? me direz-vous, qu’est-ce qu’on en a à carrer ? ». On en a à carrer ceci : Kipling n’est pas que l’immortel romancier qui écrivit le Livre de la Jungle et qui fut un des précurseurs de la S-F, celui qui fit dire un jour à Henry James :

« Kipling me touche personnellement comme l’homme de génie le plus complet que j’aie jamais vu ».

Bien avant cela, il fut un jeune homme qui entreprit de faire un voyage à la Lucien de Rubempré pour aller vivre dans une des glorieuses capitales littéraires d’Europe, Londres. En bisbille avce le journal dans lequel il travaillait (The Pioneer), il décida en 1889 d’utiliser sa prime de licenciement pour mettre son projet à exécution. Ah ! J’ai omis de préciser que Kipling n’habitait pas alors à Sainte-Geneviève-des-Landes mais au Rajasthan. Et plutôt que d’aller vers l’ouest, il préféra faire un détour pour les States où il serrera d’ailleurs la louche à Mark Twain. Direction : Frisco. Mais avant cela, comme l’homme était manifestement désireux de faire le voyage de sa vie avant de se fondre dans sa carrière d’écrivain, il en profita pour faire un crochet par… le Japon, évidemment.

Le choc est total et absolument enchanteur. Kipling est d’emblée émerveillé par l’âme de ce pays et se prend l’envie de croquer sur le vif des instants de ses pérégrinations au Japon. Il en est ressorti un livre, les Lettres du Japon :

Je ne l’ai pas lu, mais l’adaptation que vient d’en faire France Culture à travers une fiction radiophonique m’en a clairement donné envie. Comme toujours, on y retrouve les qualités de la maison : excellence des lecteurs, mise en scène sobre mais efficace, qui sait créer avec deux-trois effets une ambiance. Entre deux passages de narration, vous fermez les yeux et vous entendez alors des chansons traditionnelles qui vous donnent l’impression d’être plongé dans le Japon de l’ère Meiji en compagnie d’un merveilleux guide, un touriste incisif et amusé nommé Kipling. De quoi passer un dimanche après-midi dépaysant.

La fiction (en 5 parties), se trouve ICI.

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Pendant que j’y suis, et avant d’aller prendre l’apéro, je vous signale actuellement dans les kiosques la présence de ce magazine :

Avec ce bon vieux Paulo en couverture.

Je dis « magazine » car il faut bien l’avouer, Polka n’est pas ZOOM et ne mérite pas comme elle le titre de « revue », plus classieux dans mon esprit. Mais enfin, on y trouve toujours des choses intéressantes à picorer, notamment dans ce numéro d’été où l’on a 24 pages sur le Japon. Le premier article livre quelques photos de Kosuke Okahara de l’enfer de Fukushima ainsi qu’un texte intéressant de Claude-Marie Vadrot, journaliste-reporter aguerri aux dangers du terrain mais qui raconte comment le courage n’a plus lieu d’être dès qu’il s’agit de faire face à l’atome.

L’autre article est ZE article de ce numéro : un portfolio de 14 pages consacré au grand Daido Moriyama! On y trouve notamment une photo en double page une photo volée de Japonaises dans un bain public assez excquise. En bonus, un texte limpide de Jean-Kenta Gauthier retraçant la carrière et la spécificité de l’oeuvre de Moriyama. Bref, tout cela vaut bien 5 euros.

Kiyoshi Kurosawa sur France Cul

Voilà un post à peu de frais mais enfin, c’est pas tous les jours qu’on entend Kiyoshi Kurosawa sur France Culture. Il s’agit d’Hors Champs, l’émission de Laure Adler, laquelle semble connaître et aimer la filmo du cinéaste mais qui alterne le bien vu au burin dans ses approches des films. Pas sûr que cela donne envie de les découvrir à ceux qui ne les connaîtraient pas, et pas sûr non plus que les aficionados y découvrent grand chose. Restent quelques remarques intéressantes et le frisson d’entendre le Clair de Lune de Débussy tout en se remémorant une sublime scène.