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Sadako, vingt ans après

Une journaliste, Reiko Asakawa, enquête sur ce qui semble n’être a priori qu’une légende urbaine : l’existence d’une cassette vidéo qui, dès lors que l’on regarde son contenu, fait mourir son spectateur une semaine plus tard d’une crise cardiaque, avec sur le visage tous les indices d’une indicible terreur. Son enquête lui fait suivre la piste d’une bande de quatre jeunes qui lors d’une escapade durant un week-end aurait visionné la cassette qui aurait donc causé leur mort sept jours après.  Alors qu’elle se trouve dans le chalet qu’ils ont occupé, elle tombe sur la fameuse VHS…

Ring (Ringu – リング)
Hideo Nakata – 1998

Dix-huit ans, déjà, presque vingt ans que le film emblématique du renouveau de la J-horror est sorti sur nos écrans. A l’époque, le voir avait été tout de même quelque chose. Si on commençait à être habitué de voir des films de Kitano ou d’autres auteurs tels que Aoyama ou Kawase, il était plus rare de tomber sur des films fantastiques japonais. C’est alors que déboule sur nos écrans ce Ring. Rien que ce mot déjà interpellait. Quoi Ring ? de boxe ? un anneau ? Mais où qu’il est l’anneau sur l’affiche ? Car sur l’affiche, point d’anneau mais juste un visage terrifié et déformé, avec il est vrai une multitudes de cercles superposés. En y scrutant les noms présents, on distingue ce parfait inconnu, Hideo Nakata mais aussi celui-ci : Kenji Kawai, à l’époque le compositeur bien connu de la B.O. de Ghost in the Shell. De quoi tout de même donner sa chance à ce film.

 

La suite, on la connait. Plein de spectateurs la lui ont donnée, sa chance. Le bouche à oreille a tellement bien fonctionné que Ring se taille une jolie carrière internationale et défonce tout au box-office japonais (1 milliard de recettes, record pour un film d’horreur). Surtout, il se taille le luxe d’avoir un personnage iconique de la pop culture en la personne de Sadako, le fantôme du film à l’apparence d’une jeune fille maigre et aux longs cheveux lui cachant le visage. On ne comptera plus désormais les clins d’œil dans les mangas, les dramas ou les films à ce personnage que Nakata réutilisera d’ailleurs dans une suite bien moins intéressante, Ring 2.

Aujourd’hui, qu’en est-il ? Ring vaut-il la revoyure ? Et vaut-il simplement d’être vu pour celui qui serait passé à côté ? L’ayant vu tout de même un petit paquet de fois, notamment lorsqu’il est ressorti chez nous en DVD, je dois dire que l’effet s’est un peu éventé. Je préfère les approche d’un Kyoshi Kurosawa concernant les films de fantômes, ou encore l’atmosphère fantastique et malsaine d’un Audition, sorti une année après Ring. Mais il reste un film très efficace et original dans son désir de créer du fantastique à travers des objets matériels comme une pauvre VHS mais aussi des photos argentiques. Les effets sont parfois appuyés, Nakata usant facilement du jumpscare comme lors de ces moments où l’on découvre des visages de victimes déformés par la terreur. Ces découvertes s’accompagnent alors d’effets sonores concoctés par Kenji Kawai particulièrement efficaces, marquants, et il est difficile de ne pas poursuivre le visionnage sans être hanté par ces visages. On se pose fatalement la question : qu’ont-ils vu ? question suscitant à la fois une intense curiosité et une crainte délicieuse d’assister soi-même à la cause de leur effroi.

La position dès lors devient un peu inconfortable. Non que Ring soit une sorte de train fantôme émotionnel. Mais c’est un film qui, avec la mise en scène relativement sage de Nakata et surtout l’ambiance sonore bruitiste, avec des sonorités métalliques désagréables, de Kenji Kawai, place le spectateur dans une ambiance de malaise qui lui fait suivre avec beaucoup d’intérêt la progression de la journaliste dans son enquête, avec, au bout d’une demi-heure, ce passage :

On ne va pas trop déflorer l’instant avec une flopée de gif animés. Il s’agit du contenu de la fameuse contenu de la VHS. Contenu expérimental et très court puisqu’elle ne dure que trente secondes à peine. Mais à la fin de ces secondes, on est un peu comme Reiko :

Scotché, fasciné et un brin effrayé, on se demande « mais qu’est-ce que je viens de regarder là ? ».  Un peu plus loin dans le film, on aura droit à un flashback retraçant brièvement une partie de l’enfance de Sadako et là aussi, les images bruitées dans un noir et blanc très contrasté ne seront pas susciter le malaise. Comme empoisonné lui aussi par les images, le spectateur est alors mûr pour suivre Maki jusqu’au bout de sa quête pour se délivrer de sa malédiction avec, au bout de la piste, la fameuse scène qui contribuera à faire entrer Sadako dans le panthéon des méchants maléfiques, aux côtés de Freddy Krueger ou de Jason. Pas mal pour un jeune réalisateur qui entamait alors sa troisième année de carrière.

La suite pour Nakata on la connait. Un autre excellent film fantastique (Dark Water) suivi de films plus ou moins mainstream oscillant entre le mauvais et le correct, comme ce fut le cas récemment avec son honorable participation au projet Roman Porno Reboot (son dernier film, Stolen Identity , semble être en revanche raté). De quoi regretter l’époque où Nakata se contentait d’un budget limité mais de quoi donner aussi envie d’explorer les réalisations pré-Ring, notamment ce Joyu-rei, réalisé deux ans plus tôt.

7,5/10

White Lily (Hideo Nakata – 2016)

Une année après leur sortie au Japon, il est temps maintenant de songer à faire un retour des cinq films chargés de faire l’opération « Roman Porno Reboot » de la Nikkatsu. Commençons avec White Lily, de Hideo Nakata :

Après la mort tragique de son mari, Tokiko, une potière réputée, continue de vivre dans son atelier et à donner des cours à des élèves en compagnie de Haruka, jeune femme qu’elle a recueilli à l’époque de son mari et avec laquelle elle entretient désormais une liaison. Mais de tempérament volage, cela ne l’empêche pas de tomber dans les bras d’un homme quand ça lui chante. Ainsi, quand arrive un beau jeune homme à qui elle propose de vivre chez elle le temps de son apprentissage, Haruka commence sérieusement à paniquer…

A priori, rien de commun avec le réalisteur de Ring et de Dark Water avec des films de fesses et pourtant, ce serait oublier que des cinq réalisateurs choisis pour l’opération Reboot, il est sans doute celui qui connait le mieux la geste nikkatsesque du film rose. Il a en effet  réalisé un documentaire sur la question, Sadistic & Masochistic, et, surtout, a été dans sa jeunesse l’assistant de Masaru Konuma, un des maîtres du genre. Bref avec un tel pedigree, on peut penser que Nakata a dû se sentir tout auréolé d’un immense honneur d’avoir été choisi pour réaliser un film.

Tourner des scènes de cul avec de magnifiques actrices, je kiffe !

Honneur et respect car au visionnage de ce White Lily, on sent qu’il n’a pas été question pour lui de faire quelque chose de neuf et de radical. Inspiré d’un film de Konuma sur le lesbianisme (Lesbian World : Ecstasy), le film exploite la thématique sur le schéma du triangle amoureux constitué d’un jeune homme et de deux femmes dont l’une expérimentée, triangle largement éprouvé dans les roman porno (je songe à Kashin no Irezumui : Ureta Tsubo). J’ai pu voir pas mal de critiques lui reprochant son aspect sage, très éloigné des approches plus audacieuses (notamment Sono avec Antiporno) effectuées par les autres réalisateur du Roman Porno Reboot. Cela a du sens si l’on considère que ces nouveaux films se devaient forcément de repousser les codes du genre, mais après, si l’on a juste envie de s’asseoir confortablement dans son canapé pour voir un roman porno qui n’invente rien mais qui se contente d’utiliser avec application des recettes éprouvées, avec des acteurs  convaincants et des scènes érotiques bien réalisées, White Lily peut suffire à votre plaisir.

Et si les horribles scènes de poterie dans un certain film de Sono vous ont dégoûté de cet art ancestral, c’est l’occasion de le réhabiliter à vos yeux en admirant la confection d’un objet sous les doigts graciles d’une bijin.

Pour reprendre une expression à la mode (seule et unique fois sur ce site, promis !) : Nakata a fait le job. Sans doute les autres réalisateurs ont-ils pris plus de risques, mais son White Lily n’a rien de déshonorant et est même plus intéressant qu’une pléthore de roman pornos réalisés autrefois. Nakata a très bien choisi ses actrices, notamment Kaori Yamaguchi qui, avec ses 43 ans bien conservés, sait donner à Tokiko une séduction et une énergie sexuelle qui rend parfaitement crédible sa liaison avec un jeune homme qui pourrait être son fils.

A noter qu’en femme d’expérience qui à l’oeil, son personnage a vite fait de repérer combien l’agilité digitale de son élève peut être appliquée – avec bénéfice – à un autre type de vase.

Evidemment, on songe à Naomi Tani et sa plastique indépassable mais enfin, il fait reconnaître que Yamaguchi, avec un corps bien moins voluptueux que celui du glorieux modèle, charme favorablement les pupilles du spectateur. A cela s’ajoute des scènes de fesses particulièrement soignées, notamment celle donnant au film son titre. Le « white lily » en question, c’est évidemment la délicate fleur du sexe féminin que les deux femmes du film vont humer et lécher lors d’une scène baignant dans un blanc onirique et sur un sol recouvert de lys blanc. Là aussi, c’est un délire visuel parfaitement raccord avec ce qui a pu être fait dans certains vieux roman porno (1).

Le film fait 80 minutes (c’était un critère imposé par l’opération Reboot) et parvient à tenir éveillé l’attention du spectateur sans problème, alors même que les scènes érotiques sont en nombre limité. Il me reste à voir maintenant les quatre autres films pour pouvoir comparer mais White Lily peut d’ores et déjà apparaître comme une entrée en matière sage, faite d’un certain conservatisme mais d’un conservatisme à l’image des lys du film…

bien léché.

De quoi donner envie de voir d’autres films du genre signé Nakata, et si possible d’autre incursions de Kaori Yamaguchi dans l’univers du pinku.

7/10

(1) A comparer aussi avec le Lesbian World : Ecstasy de Konuma, qui possède peut-être une scène de ce type. Du reste je ne sais pas si White Lily est un hommage ou un remake de ce film.