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Hana-Dama (Hisayasu Sato – 2014)

hana dama

La vie est bien dure pour la jeune Mizuki qui doit subir les petites persécutions d’un quatuor de filles de sa classe. La frêle Kirie ainsi que Shibanai essayent bien de l’aider mais rien n’y fait : Mizuki, tout en sentant une envie de meurtre croissante, patauge dans son petit enfer quotidien, peu aidée par des parents complètement à l’ouest ou par une prof sexy à lunettes plus préoccupée de sa petite apparence que des soucis de ses élèves. Après, on comprend bien que cela ne va pas durer puisque à l’intérieur d’elle, plus précisément dans son crâne, semble pousser une chose qui, lorsqu’elle va éclore, va faire mal, très mal même.

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華魂 (Hana-Dama)

Là, je l’ai un peu cherché. Comme le dernier film de sailorfuku était l’excellent Tag, et comme je sortais d’une mini rétro Kore-eda, il était évident qu’enchaîner directos avec Hisayasu Sato, aka l’abominable homme des pellicules déviantes (déjà maintes fois évoqués lors d’articles drinkcoldesques), était prendre un sérieux risque.

hisayasu sato pour les nuls

Il me reste d’ailleurs à écouler quelques exemplaires de ce remarquable ouvrage. Si vous êtes intéressés, envoyez un chèque de 160€ à l’adresse suivante : Mr. Olrik, chambre 277, hôtel Park Hyatt Tokyo, Tokyo.

Ça n’a pas raté : j’ai tenu les 105 minutes mais c’est bien par politesse envers le père Sato qui a autrefois étanché ma soif de trucs cradingues jusqu’à plus soif. Là, l’effet de contraste a pu donc jouer en sa défaveur mais il y a sans doute aussi autre chose. Le sentiment que Sato, eh bien, c’est fini. Autant on peut rester prudent avec, par exemple, un Kitano, autant là, tout se passe comme si on assistait au chant du cygne d’une réalisateur un peu perdu dans son époque et qui n’a plus grand-chose à nous montrer. Sato, à la base, c’est intimement lié à une qualité d’image dégueulasse liée à des VHS crapoteuses que l’on va louer en loucedé à partir de minuit dans une obscure vidéothèque de Kabukicho. Et ça ne cherche pas à être beau s’il vous plaît. Les acteurs sont laids, les actrices à peine bandantes, les couleurs baveuses, les musiques consternantes et les situations à mater avec une poche à vomi à proximité. Enlevez tout cela et vous supprimez les quatre cinquièmes de l’intérêt de ses films. Et comme celui-ci n’était déjà pas bien élevé, souvent voué à une fatale répétition, vous comprendrez que ce Hana-Dama a tout pour être évité.

Après, le film a paradoxalement le mérite de constituer une porte d’entrée soft dans l’univers moite et collant de Sato. Parfait pour les jeunes gens d’aujourd’hui qui aimeraient s’acoquiner avec quelque chose de vilain pas beau et qui aimeraient le faire partager. Commencez messieurs par Hana-Dama puis basculez vers les réalisations des années 80, la transition sera douce. Pour les connaisseurs, sachez-le, le film peut se regarder avec une poche de popcorn plutôt qu’une poche à vomi, chose impossible avec ses anciens films.

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Une fille qui se marque à la cigarette ? Allons ! on a vu tellement pire !

Après, je ne dirais pas non plus qu’il n’y a pas eu souffrance. Durant une heure et quart, j’ai souffert devant cette histoire d’ijime (nom donné aux persécutions dans un milieu scolaire) archi rebattue. Avec ce genre de canevas scénaristique, on attend au moins que les acteurs jouent bien (ou soient au moins bien dirigés) ou ce qu’on leur fait subir soit marquant, réellement dérangeant pour susciter un malaise indigné. Nous n’avons hélas ni l’un ni l’autre. Les persécutions ne vont pas plus loin que l’enfermement dans des toilettes pour être arrosé au jet d’eau, ou, horreur ! que la décapitation du doudou lapin préféré de Kirie (qui, en tant qu’amie de Mizuki, va elle aussi bénéficier d’un petit traitement de faveur).

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Shibanai se fait quant à lui malmener par deux horrible professeurs. Sans commentaires.

Partant de là, lorsque l’on subit les pleurnicheries de Kirie devant son lapinou maltraité, il est difficile de ressentir quoi que ce soit pour les victimes. Réellement, on se demande ce à quoi a bien pu penser Sato en faisant cette première partie. Susciter la pitié ? Raté. Le malaise ? Raté. Le rire ? Là je dois dire que c’est plus réussi tant les scènes grossièrement caricaturales (la prof sexy qui arrange ses seins à son bureau, les deux professeurs qui violent Kirie…) sont légion. Mais pourquoi ? dans quel but ? Tout se passe comme si Sato se désintéressait d’emblée de son sujet, n’y croyait pas, et nous offrait un salmigondi tragi-comique cheap en espérant que finalement ça donne du style. Remarquez, dans l’absolu, cette perspective n’est pas totalement foirée mais tout le long de cette première partie impossible de ne pas se demander : à quoi bon ?

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A quoi bon par exemple nous montrer, alors que Kirie se suicide, son doudou à longues oreilles voltigeant dans le vide ? (autre exemple mais là, je n’en montre pas plus : une certaine scène avec un parapluie).

On peut tenir malgré tout durant ces 75 minutes si l’on est poussé par la curiosité de savoir ce qui se trame physiquement à l’intérieur de Mizuki. Bon, puisque le trailer spoilait déjà un peu l’affaire, et comme vous avez compris qu’il ne s’agit pas du chef-d’œuvre du siècle, je ne vais pas me priver : une sorte de fleur hideuse pousse à l’intérieur de son cerveau et, dès qu’elle éclora, lui donnera un fabuleux pouvoir (là, je ne vous dis pas lequel).

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C’est fou comme une grosse fleur sur la tronche peut tout de suite vous embellir.

Autant le dire : l’idée est totalement WTF et ce sur quoi elle va déboucher l’est tout autant. A la rigueur, on se dit pourquoi pas ? ça change de la méthode Sato habituelle qui consiste à prendre une déviance et à l’illustrer une heure durant avec souvent d’inévitables longueurs pour le spectateur (c’est d’ailleurs le cas ici à partir du moment où l’on considère l’ijime comme une perversion). Dépasser ceci par une idée mi-fantastique mi-symbolique est à ma connaissance une nouveauté dans sa filmographie. Du coup j’ai plutôt apprécié ces plans permettant, en plus de voir Rina Sakuragi à poil, de montrer l’éclosion de son nouveau pouvoir. Voir l’actrice marcher nu au milieu d’un sordide corridor en béton participe inévitablement d’une esthétique Sato qui mêle inextricablement chair et éléments urbains.

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Bon, après, avec une fleur parasol sur la cafetière, ça fait pas trop Daido Moriyama.

Tout cela est cohérent et avec une pointe de renouvellement fantastique qui m’a fait bonne impression. Et puis, arrive l’ultime scène dans la salle de classe. En gros, en une poignée de minutes on a une sorte de condensé de toute le filmo de Sato. On m’aurait dit que le gars s’est suicidé après avoir tourné cette scène en disant : « je puis mourir heureux maintenant, j’ai tourné la scène qui résume le mieux ma carrière », je l’aurais cru.

On comprend que toute la mollesse de ce qui précède (ah ! j’allais oublier : les coups de genou flanqués dans l’estomac des protagonistes sont magnifiques de réalisme) n’avait d’autre but que d’amener à cette scène et, par effet de contraste, d’accentuer le côté feu d’artifice final. Mais même cela, on le suit les yeux écarquillés tant on se dit que c’est finalement, aussi, raté. Je brûle de dégainer les screenshots mais ce se serait mal car si vous avez le courage de voir malgré tout Hana-Dama, il serait bon que vous vous en payiez une tranche en découvrant les trucs et les machins WTF de cette scène.

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Bon, juste un screen alors, mais c’est bien parce que vous avez été sages.

Allez, si on est gentil, on dira que tout cela est fait exprès et participe d’une vision caustique et volontairement maladroite :

1) Des films trashs, autrefois sans concession, réellement dérangeants, maintenant n’arrivant plus à la cheville de ce que faisait Sato.

2) De clichés largement répandus dans une esthétique manga-drama.

3) (avec une voix de pédant) De l’hypocrisie d’une société diaboliquement déstructurante en terme d’affects et de psyché qui amène l’individu à évacuer la pression en faisant tomber le masque et en se livrant aux pires atrocités.

4) Du cinéma lui-même.

5) En fait de tout.

Que Sato semble filer un mauvais coton n’est pas peu dire. Hana-Dama m’a semblé la tentative nimportenawak pour essayer de se renouveler. On met tout dans le mixeur (sérieux, humour, nunucherie, atrocités), on mélange et on sert en espérant que ce sera stylé, sinon un minimum digeste. Finalement le but est accompli mais avec aussi de gros doutes concernant l’intérêt de la suite de sa carrière. Le précédent avait été le correct (dans mon souvenir du moins) Love & Loathing & Lulu & Ayano, sorti en 2010. Et Shisei était sorti quant à lui en 2006. Comme on semble être parti pour des cycles de quatre années avant la sortie d’un nouveau métrage, il nous faut selon toute probabilité attendre 2018 pour constater l’étendue du désastre ou une salvatrice reprise en main. Suspense…

3,5/10

Pleasure Masturbation : New Wife Version, d’Hisayasu Satô (1993)


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Ne vous moquez pas. Ces dames respectables sont les membres du SJTMFC (Seniors Japanisthan Trash Movies Fan Club). Ayant apprécié mes deux précédents articles sur Hisayasu Satô, ces vieilles vicelardes m’ont envoyé pour Noël une grosse boîte de toffees à la liqueur (curieuse la liqueur d’ailleurs) en me priant d’en réuploader un troisième venant du fin fond de mon tiroir étiqueté « Drink Cold ». Je m’exécute en vous présentant aujourd’hui un curieux couple…

 

(article paru sur Drink Cold le 11 décembre 2010)

1er film : des zoophiles nécrophiles dégénérés.

2ème film : des gays sadiques pratiquant la sodomie et la mutilation tout en se tartinant le corps de margarine.

3ème film : que choisir ?

Oui, qu’allais-je bien pouvoir choisir pour ce nouvel opus de la Dernière Séance Japanisthanaise, opus qui va ce soir à nouveau vous présenter un film d’Hisayasu Satô, ce génie grâce auquel je peux maintenant m’empiffrer sans scrupules de trucs dégueulasses avec l’alibi du message intellectuel aussi poisseux que fumeux. Merci Satô sama !

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GRRRRR !

Allons, ne soyez pas offusqués, inutile de nier, je sais que les pelloches de ce gars vous attirent plus fort que la Japan Expo et les hordes d’otakus puceaux acnéiques (vermine que je me fais toujours un plaisir d’accueillir à coups de winch dans le derche quand j’en vois un qui ose franchir le seuil de la buvette). Du coup moi, plus rien ne m’arrête, y compris trouver des titres d’articles de plus en plus débiles. « Hisayasu Satô sans les mains (et sans la teub) » : excellent non ?

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C’est très bien ça, il est rigolo le p’tit Olrik !

Et ce n’est que le titre mes loutes, attendez de voir la suite…

L’idée de l’article m’est venue par hasard en rematant dernièrement Supervixens du Russ Meyer. Fabuleux film truffé comme il se doit chez Russ de plantureuses bimbos et de scènes aux dialogues truculents. Parmi ces dernières, celle avec « Super Cherry » prenant en auto stop le héros du film (juste avant de le prendre par la racine) m’a toujours amusé mais aussi intrigué par les mystérieuses paroles de la jeune femme :

super-cherry

« J’ai un orgasme d’avance sur toi. Je l’ai eu sous la douche, sans même me toucher. Avec juste un peu d’eau chaude sur mon corps. »

Jouir sans les mains… bon dieu ! je tenais mon nouveau sujet d’article ! Un coup d’œil à mon exemplaire du Psychopathia Sexualis de Krafft-Ebing (livre que je consulte de temps à autre lors de mes « énervements ») me confirma qu’il s’agissait d’une particularité sexuelle beaucoup plus répandue qu’on ne le croit. D’ailleurs moi-même, je dois dire que la vue d’un soulier féminin n’est pas sans susciter en moi d’agréables sensations, voire carrément me mettre dans d’embarrassantes situations :

Hamster Jovial

Passons.

Je fis donc une petite recherche sur Google pour voir si dans la filmo de Satô il n’y avait pas un film où l’expression « branlette intellectuelle » aurait un sens différent de celui qu’on lui prête habituellement. Avec les mots clés « éjac’ », « Hisayasu », « sans les pognes », « déviant », « psychiatrique » et « bijin », j’obtins assez rapidement ce résultat :

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Pleasure Masturbation : New Wife Version (1993)

Autant vous le dire, mon petit cerveau embrumé par l’excitation était un peu sceptique devant cette affiche. Une femme ? Masturbation ? Ce n’était pas exactement ce que j’espérais. Je dépêchai malgré tout au Japanisthan nos deux reporters Sébastien et Mamadou pour me dégotter une VHS du film  (en DVD, fallait pas trop rêver) :

mamadou sébastien

« Et si je l’ai pas avant demain soir, c’est 50 coups de verges trempées dans le vinaigre chacun ! »

Le précieux objet en ma possession (apparemment acheté d’occasion à en juger son aspect poisseux au toucher), je l’insérai fébrilement dans la fente de mon magnétoscope et lâchai la purée en appuyant sur « play ». C’était parti pour 60 minutes de, euh… « Plaisir masturbatoire : nouvelle femme version ». D’ailleurs nous, on y va, installez-vous, virez les tables, je lance le générique de la Dernière Séance Japanisthanaise :

C’est parti pour un nouveau voyage dans le monde merveilleux d’Hisayasu Satô :

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Le film commence ainsi :

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Autant vous le dire tout de suite : je vais battre le record de photos de malaxage de moniche en un seul article.

Un majeur dans la bouche, des pognes compressant des melons, une main furetant là où ça fait du bien… Google m’aurait donc menti ? Le film commençait certes fort bien, Satô, une fois n’est pas coutume, montrait combien il savait chiader les préliminaires pour mettre le spectateur (en tout bien tout honneur) dans de bonnes dispositions. De la belle ouvrage, Aristote et sa captatio benevolentiae à côté, c’était Frank « Forrest » Ribéry à Téléfoot.

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Uh ?

Mais voilà, le challenge était de faire comme Super Cherry, sans les mains quoi ! Avant de me retirer du magnétoscope, je me retins et poursuivis plus avant mon analyse en profondeur. Quelques minutes plus tard, je tombai sur ça :

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Sympa mais j’allais tout de même pas perdre une heure à mater une nana qui passait son temps à jouer de la guitare avec son berlingot ! Bordel, c’était quoi ce scénar de daube ? Un peu échaudé, je continuai malgré tout :

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Un godemichet, de l’exhibitionnisme, un numéro de « docteur ! J’ai le vagin qui parle ! Ecoutez ! », indéniablement, le film s’améliorait. Mais toujours trop de manuel, pas assez d’automatique. Las, je m’apprêtais à appuyer sur « stop » lorsqu’intervint un nouveau personnage : Masato, le mari de la jeune femme. En apparence, Masato,  il est cool :


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Un gars, une fille, mais un film d’Hisayasu Satô, n’oubliez jamais cela.

En réalité, il l’est un peu moins :

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Allez, met-toi un doigt dans ta grosse chatte baveuse poufiasse !

Ici, il faut que j’appuie sur « pause » pour vous expliquer un truc : Pleasure Masturbation est le titre parfait pour aborder un thème cher à Satô et que j’avais jusqu’à présent totalement mis de côté (comme quoi ça sert d’insister) : la technologie.  Si le monde de Satô a souvent des allures de deuxième cercle de l’Enfer de par ses perversions qui repoussent toujours plus loin les limites du mauvais goût (pour notre plus grand bonheur), il faut aussi préciser que les âmes damnées qui le peuplent sont souvent des êtres incapables de satisfaire leurs pulsions autrement que par le biais d’une caméra ou d’un écran de télé. Aller de l’escalade avec leur propre goumi ? Mais vous n’y pensez pas ! Eux, en tout cas, rien que d’y penser ça débande pire que lors de la retraite de Moscou (1812). Ainsi notre pauvre Masato qui refuse de faire la bête à deux dos puisque ses érections ne peuvent être maintenues sans avoir à portée de regard un couple en train de fourager sauvagement. Bien sûr, il pourrait en parler à sa femme ou à cet homme qui me sauva autrefois de mon goût immodéré pour les chaussures féminines :

toub

Olrik, tu aimes à te vidanger dans les chaussures de tes petites amies… Rassure-toi, ce n’est pas sale ! Pense aux fleurs !…

Mais voilà : chez Satô, one more time ! on ne communique pas, on s’enferme dans son petit univers où désespoir et déviances s’alimentent continuellement. Du coup, c’est – apparemment – rapano pour une vie conjugale saine et équilibrée.

D’autant que madame n’est pas en reste. On a vu qu’appuyer très vite sur le bouton magique, c’est son truc.

track and field

On peut imaginer sans trop se gourer qu’elle devait être balèze à Track and Field, les plus vieux d’entre vous comprendront.


Mais s’il n’y avait que cela ! Notre miss Goldfinger montre assez rapidement au spectateur une autre facette de sa fascinante personnalité. Habituellement, quand bobonne se  sent délaissée, un coup de manivelle chez le coiffeur, Berthe Bérurier style, suffit à tromper l’ennui. Dans le cas de notre héroïne, le style est quelque peu différent puisque elle, ce qui la fait bicher, c’est de s’imaginer en train de se faire agresser par des inconnus :

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Lors de ces scènes, Satô utilise alors un filtre bleu et des focales courtes qui distordent les lignes à l’arrière plan. On ne peut pas dire que les fantasmes de la fille soient alors particulièrement chaleureux. Surtout lorsqu’à cela s’ajoute une représentation urbaine pas vraiment bandante. Les buildings sont certes là, bien en érection, et c’est justement ça le blème :

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Un doigt dans la matrice pour oublier la matrice urbaine ?

C’est une autre des thématiques propres à Satô que je n’avais pas encore évoquées (quand j’en serai à dix articles sur sa filmo, on aura l’impression que ce type est un nouveau Kubrick) : celle de la ville tentaculaire qui avale les êtres pour mieux les enfoncer dans leur solitude. Pour photogénique qu’il soit, cet univers urbain donne toujours l’impression de se résumer à un bloc de béton dépersonnalisé qui isole les êtres, même lorsqu’ils s’habillent de façon à titiller la libido des autres :

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Bon, où vais-je aller me faire chier ?

Quant à ces autres justement, on ne peut s’empêcher ici de réutiliser le cliché des fourmis sans âme :

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Chez Satô, les péripatéticiennes comptent les passants pour s’endormir.

Devant tant d’indifférence, il n’y a plus qu’une solution :

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Et une de plus ! Record battu !

Dans ces conditions, Pleasure Masturbation semble tout avoir du film désespéré. Mais ce serait oublier que les films de Satô ont tendance à bien se terminer. Souvenez-vous : dans Horse, Woman and Dog, la jeune femme sodomisée par un cheval finit par devenir elle-même une dominatrice (tout va bien donc). Dans Muscle, nos deux gays, malgré quelques broutilles (notamment un bras mutilé), se réconcilient en dansant la valse sur le toit d’un immeuble miteux. Beau comme une scène avec Astaire et Charisse dans un film de Minnelli ! Dans Love Pleasure, c’est à nouveau le happy end Sato’s style. Devinez un peu : une fille qui fantasme sur le fait d’être observée, un gars qui n’en peut plus lorsqu’il s’agit d’observer un truc salace à travers le viseur de sa caméra. Réfléchissez… vous y êtes ?

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Vas-y, filme-moi toute, éclate-toi mon gros loup, c’est trop bon !

Et oui ! Masato et sa belette, en confessant leurs ennuis techniques, ne tardent pas à comprendre qu’ils sont finalement faits l’un pour l’autre. Sans les mains, sans la teub’…

Super cherry

Ouais, c’était exactement comme ça sous la douche !

… mais noyés dans le béton armé et fort consommateurs de préservatifs technologiques. Satô nous livre avec ce film la curieuse image d’un couple pervers et en même temps, d’une certaine manière, sexless.  Ils rejoignent ainsi la galerie de personnages otakus qui hantent les films de Satô et que j’évoquerai peut-être un jour mais pas tout de suite parce que là, je vous avouerais que j’en ai un peu ma claque du père Satô.

sexdollotaku

Mais pourquoi ?  C’était pas mal, mes copines et moi on a plutôt aimé…

Tu veux que je sorte ma winch toi ? Allez les enfants, c’est l’heure du générique de fin, tous ensemble :

♫ La lumièr’ revient déjà ♫
♫ Et le pinku est terminé ♫
♫ Je réveille  Megane ♫
♫ Il dort comme un nouveau-né ♫
♫ Je relèv’ mon strapontin ♫
♫ J’ai une envie d’aller pisser ♫
♫ C’était la dernièr’ séquence ♫
♫ C’était la dernière séance ♫
♫ Et le rideau sur la buvette  est tombé ♫

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(The DC Archives) Hasayasu Satô bande (ses muscles)


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Et c’est reparti pour un nouveau pinku d’Hisayasu Satô. Je ne vous dis pas de quoi il va être question, ce serait pas drôle. Et vous savez quoi ? Après ça il y aura encore un vieil article à réuploader sur l’oeuvre de ce grand malade. Cool hein ? En ce moment, Bulles de Japon c’est un peu ça :


hisayasu sato pour les nuls

Ce qui n’amuse guère Ai  la charmante responsable de la section cinéma érotique de bdJ. La gosse a beau en avoir vu d’autres, voir son bosse utiliser la salle de projection en slip rouge et le pot de margarine à portée de main (vous allez comprendre pourquoi) n’est pas sans l’inquiéter ! Courage Ai chan ! Encore un article de ce type et l’ignoble Satô connaîtra une longue période d’absence sur ce site.

(article publié sur Drink Cold le 4 octobre 2010)

Allez les enfants, virez les tables, rassemblez les chaises au milieu de la buvette, ce soir c’est le 4ème opus de la dernière séance Japanisthanaise. La VHS est prête, j’ai choisi pour vous un bon vieux pinku de derrière les fagots.

OOUUUAAIIIS !!!!!!


Allons, du calme. Il s’agit de Muscle (1989), pinku à tendance homosexuelle et sadique. Plutôt original, non ?


Muscle poster

WTF ?!

 

Allons allons, comment ça « WTF » ? Je sais bien que nous sommes sur un site où la testostérone et les bijins à gros seins sont came courante mais quoi ! la clientèle de DC est aussi connue pour son ouverture d’esprit et sa grande capacité à encaisser des découvertes, quand bien même ces découvertes concerneraient des pratiques à l’opposé des siennes. Et puis, quand je vous aurai dit que le réalisateur n’est autre qu’Hisayasu Sato :

satoGrrrr!


Le plus déviant des FOUR DEVILS, l’homme pour qui à chaque film doit correspondre une perversion gratinée, vous comprendrez pourquoi j’évoque ce film.

christine-boutin

« Perversion gratinée » pour parler de l’homosexualité masculine est une expression highly approved par Christine Boutin.


Présenté comme cela, c’est tout de suite un peu salaud pour nos amis gays, mais le fait est que l’on peut d’emblée se poser, en guise de préliminaires, cette simple question :

Quelle image ce film donne-t-il des gays ?

Au pays du yaoi, quel sort allait réserver Hisayasu Satô à cette thématique ?Allait-on plutôt avoir du pur style gay-fake-mais-rigolo façon Hard Gay ?

hard gay

Okaay Olrik mange mes sushis FOOOO !

Ce serait certes sympa mais assimiler Satô à un Gérard Oury du pinku est tout de même un peu faire fausse route.

Autre possibilité, une représentation sucrée, très propre sur elle, à la Brokeback Mountain :

brokeback_mountain

Merde, je me suis encore trompé d’affiche ! Bon, je pense que vous ne m’en voudrez pas, hein ?

Mais là aussi, ça paraît hasardeux tant le cinéma de Satô semble totalement imperméable à toute idée de romantisme.

Du crapoteux alors, comme les gays dans les films de Gaspar Noé, ou dans ce film de 1980 avec Al Pacino,  Cruising, film de Friedkin (l’Exorciste, French Connection…) dans lequel notre Al joue un flic devant s’infiltrer dans les milieux gays de la fin des 70’s afin de mettre le grapin sur un tueur d’homos. Sorte de Serpico plus trash et dans lequel Pacino n’hésite pas à faire un numéro de danse assez poilant, un peu comme si Travolta avait bu trois litres de café bien tassé avant de se rendre au 2001 Odyssey. On en redemande Al !

al_pacino

Bon, ça va, inutile de me rappeler ce mauvais souvenir.

À sa sortie, le film avait énervé pas mal de gays, ces derniers estimant que Friedkin les représentait un peu trop comme des dégénérés assoiffés de sexe. Impression malsaine que je trouve pour ma part confirmée par le malaise du personnage de Pacino, d’abord un peu pâlot à cause de ce qu’il voit (bonjour les scènes poisseuses de fist fucking), puis peu à peu troublé par son glissement vers l’homosexualité. Sur ce point, il n’y aurait évidemment rien à redire, le problème c’est que cette transformation s’accompagne d’une suggestion, que Pacino pourrait être le serial killer recherché. Sympa les pulsions.

Cruising Costume

Pour les fans de Pacino, il existe d’ailleurs une belle panoplie que l’on peut se procurer à la Redoute. N’oubliez pas que Noël approche !

En est-il de même avec Satô ? C’est assez difficile à jauger. En fait, les gays Sato’s style, c’est comme ça :

Muscle 1


Là, un petit arrêt sur image explicatif s’impose. Le gars allongé s’apprête à filer à son amant un méchant coup de katana tandis que le dit amant fait ce qu’il a à faire (et il le fait fort bien) tout en tartinant de margarine le corps de l’autre… au couteau à beurre. Moi, devant tout ça je dis : « incroyable mais… VRAI ! »

FRANCE-MEDIA-TV-MARTIN

Hisayasu Satô… au grand théâtre de la buvette… sous vos applaudissements !

Bon, je reconnais que présenté comme cela, on se dit que l’on se trouve face à une image peu reluisante des amours gay. Reste que – vous commencez à me connaître – j’ai choisi la scène la plus gratinée du film, scène qui n’est d’ailleurs qu’un rêve fantasmatique du personnage principal. Le reste est nettement moins barré, voire parfois un tantinet fleur bleue :

Muscle 2

Telle cette scène où nos deux aminches nous font une petite valse en amoureux. Vous remarquerez au passage qu’ils boivent frais. Un bon point pour eux.

On a au bout du compte bien affaire à une histoire d’amour entre deux hommes, dans laquelle le sexe est une étape et non un but. C’est une histoire qui peut passer si l’on prend ce film tel quel, indépendamment des autres films de Satô. Parce que dans ce cas, je trouve qu’il y a tout de même un léger malaise. N’oubliez pas que l’on a affaire à Hisayasu « 30 millions d’amis » Satô, l’homme qui barbote dans une image de l’humanité truffée de perversions en tous genres. On peut certes se dire que de toute façon, puisque tout le monde – homo comme hétéro – en prend pour son grade, puisque l’on a affaire à une humanité malade, ce n’est pas la peine de s’offusquer d’un tel film. Mais justement : comme il s’agit d’un réalisateur dont la marque de fabrique est la recherche de déviances « « croustillantes » » (avec une bonne louche de guillemets), on peut se demander si l’homosexualité n’en est pas une à ses yeux. Le choix de cette thématique me semble finalement assez suspect. Après, ce film a été présenté au festival du film gay et lesbien de Berlin en 1993 et il semblerait que Satô n’ait pas été pendu par les couilles par une horde de gays ulcérés. Mais, encore une fois, le film a été présenté sans aucune perspective par rapport au reste de la filmographie de Satô… Bon, passons.

Passons et évoquons le deuxième thème du film : la relation sado-masochiste. Et je m’aperçois ici que je ne vous ai toujours pas balancé le synopsis. N’hésitez pas à m’interrompre hein ! moi, une fois que je suis parti, c’est un peu Pierre Bellemare vous présentant son baril de pinku, ça divague, ça élucubre, et ça a du mal à s’arrêter.

pierre-bellemare

Image sans réelle utilité. C’est juste pour détendre un peu l’atmosphère.

Le film raconte la relation entre Kitami, un danseur faisant du culturisme butoh expérimental :

Muscle 3

Sur Arte à 4 heures du matin, ça peut être assez tripant.

Et Ryuzaki, un photographe œuvrant dans une revue de bodybuilding (sobrement intitulée « Muscle ») :

Muscle 4

C’est bon ça Coco!

Déjà, dès le début on sent que l’on part sur des bases saines pour que ça parte en vrille. La relation est d’abord sereine, mais elle ne tarde pas à dégénérer, Kitami montrant des tendances sadiques et Ryuzaki semblant apparemment prêt à les recevoir volontiers.

Muscle 5

T’as vu comme j’ai l’air sadique là ?

Début on ne peut plus simple : un vicieux sadique et un vicieux masochiste. Et pour ceux qui prendraient le train en marche, qui arriveraient en retard à la projection, Satô a bien fait les choses : reprenant le code de couleurs des sabres laser dans Star Wars, il différencie les deux personnages grâce à la couleur de leur slip. En quelque sorte une manière moderne de revisiter les procédés de la scène d’exposition.

Muscle 6

Le côté obscur est en rouge tandis que la force (un peu déviante, la force) est en bleu.

Arrive LE geste : notre jedi SM lâche un beau jour les soupapes. C’est ce truc remarqué par Deleuze, cette capacité chez les masochistes à se transformer à la fin du processus en sadiques. Seulement voilà, la transformation ne se fait pas en finesse puisque Ryuzaki, en saisissant non pas un sabre laser mais un katana, coupe le bras de son amant !


Muscle 7

Quel con !

S’ensuivent une année en prison et, à sa sortie, une obsession : retrouver Kitami. Il fera d’autres rencontres un peu spéciales, notamment celle d’un couple qui essaiera de l’initier à leurs petits jeux SM, mais rien n’y fera : la seule chose importante à ses yeux, c’est de retrouver la partie manquante à cet objet conservé précieusement :

Muscle 8

Voyons, où le mettre dans le salon ?

Au-delà des scènes de sexe (assez peu nombreuses) au réalisme radicalement opposé à l’esthétisme des maîtres du roman porno, vous comprendrez aisément que Muscle raconte finalement une histoire d’amour hors norme. Ce ne sera évidemment pas du goût de tout le monde, mais on ne peut nier à Satô une imagination et une réalisation coup de poing bien à lui. Ainsi ce plan étonnant où l’on voit une main entrer dans le cadre pour saisir doucement le bocal. Le temps d’un instant, Satô nous fait hésiter sur la nature de cette main et sur la réalité de la scène. On se demande si Ryuzaki n’est pas ici en train de fantasmer le retour de l’autre main de son amant.

Muscle 9


Cependant, on pourrait reprocher à Satô de manquer de clarté dans la manipulation qu’il fait des différentes déviances sexuelles. Par exemple, la principale obsession de Ryuzaki s’accompagne d’une autre, voir coûte que coûte ce film :

Salo 120 Days of Sodom

Salo ou les 120 Journées de Sodome, de Pasolini

Bon, c’est sympa d’évoquer Pasolini, ça donne une touche « arty » au film et ça peut faire son petit effet sur les Bouvard et Pécuchet.  Mais j’avoue pour ma part qu’il m’en faut un peu plus pour m’impressionner. Salo et les 120 journées de Sodome… et alors ? Qu’est-ce qu’on en fait de cette référence ? C’est à nous de nous démerder, c’est ça Hisayasu ? Je veux bien mais quel est le rapport entre le sadisme de Sade et le sadisme d’une relation sado-masochiste ? C’est l’éternelle confusion, l’éternelle tambouille qui mélange approximativement sadisme, masochisme et sado-masochisme. Cette tambouille clichée à souhait qui fait dire à un des personnages du film : « Tu es plutôt S ou plutôt M ? ». Pitié!

Remarquez, cette hitsoire d’obsession pour Salo donne lieu à une scène assez marrante. Ayant enfin son Graal, une VHS du film,  Ryuzaki rencontre un gay pour lui poser des questions sur Kitami.

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Rien qu’à son apparence, on sent l’indic foireux.

Mais le biker homo, d’humeur farceuse, lui vole sa K7 et ne trouve rien de mieux à faire que de la balancer brutalement sur un mur !

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Pasolini c’est de la merde ! C’est Kubrick le meilleur ! Voilà ce que j’en fais de ta K7!

La sanction ne tarde pas à tomber :  Ryuzaki le tabasse et le laisse pour mort. Et ouais, on ne déconne pas avec les maîtres du cinéma, il est des choses qui ne se font pas. Je dois dire que c’est bien le seul moment du film ou je me suis pleinement identifié avec le personnage principal.

Au delà de cette scène  assez inattendue, l’utilisation d’une obsession pour un film reste cohérente par rapport au fait que les personnages de Satô, quels que soient les films où ils apparaissent, ont une voire des obsessions. Obsession d’un film, obsession d’un amour perdu, Ryuzaki n’est au fond qu’une coquille vide prête à tout pour retrouver son bonheur du début du film :

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Il retrouvera Kitami à la fin. Mais pour ce qui est du bonheur, cela devra passer par un geste que je préfère vous laisser découvrir vous-mêmes. Comme pour Horse and Woman and Dog, Satô termine son film de façon inattendue, brutale et troublante. Et si tout n’est pas réussi, si l’on frôle parfois le ridicule avec ce salmigondis de perversions, Il y a dans ce Muscle, quelles qu’aient pu être les motivations de Satô, une approche de l’homosexualité masculine profondément originale par sa capacité à mélanger fantasme et réalité, crudité épaisse et raffinement.

Comme un article de Drink Cold finalement.

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https://www.youtube.com/watch?v=G2Lbi6Xdwl4

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https://www.youtube.com/watch?v=sgLjyceDiLM

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(The DC Archives) Hisayasu « 30 millions d’amis » Satô


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Place aujourd’hui sur bulles de Japon à la plus belle conquête de l’homme. Vous avez pleuré devant Jappeloup ? Apprêtez-vous à avoir les yeux qui saignent devant le film du jour. J’espère que vous avez bien apprécié l’image acidulée qui ouvre l’article car il n’y en aura plus d’autres. Allez, je me tais et laisse la place à l’homme qui murmurait à l’oreille des actrices pinku…


(article paru sur drink Cold le 22 septembre 2010)

Allez les enfants, virez les tables, rassemblez les chaises au milieu de la buvette, ce soir c’est le 3ème opus de la dernière séance Japanisthanaise! La VHS est prête, j’ai choisi pour vous un bon vieux pinku de derrière les fagots.


« OOUUUAAIIIS !!!!!! »

Allons, du calme. Il s’agit de Horse and Woman and Dog,  pinku à tendance zoophile et nécrophile. Plutôt original, non ?

 

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WTF ???!!!

 

Avec Rope Cosmetology, ce film est mon deuxième pinku avec des interventions de bêtes à poils (mais non, il n’y a pas de pubis en mode forêt vierge). Notez que je n’en suis pas plus fier pour autant. C’est typiquement le genre de film qu’on va se mater un peu péteux en loucedé, une fois que madame est partie se pieuter. Et je dois dire que même là, je ne suis jamais tranquille, toujours la peur qu’elle fasse irruption dans mon burlingue (impossible de voir de tels films au salon). Là, dans ce genre de situation, vous aurez beau expliquer que c’est pour vérifier la théorie du dasein de Heidegger dans les pinku des 90’s,  vous êtes sûr de l’avoir dans la baba, et avec quelques dents en moins encore !

Il y a donc eu un certain héroïsme de ma part pour préparer cette séance de cinoche, j’espère que vous m’en saurez gré. Non seulement je me suis fait un peu mal à mater d’ignobles scènes, mais en plus j’ai risqué ma vie de couple. Eh oui ! c’est ça être un pro du cinéma crapoteux. Plus qu’un vice, un sacerdoce.

Allez, avant de parler de ce film, touchons deux mots de son auteur, Hisayasu sato.

sato

Ce vilain moustachu ne paye pas de mine, et pourtant il fait partie de ceux qui, entre 1985 et 1998, ont été surnommés les FOUR KINGS OF PINK ou encore les FOUR HEAVENLY ANGELS, rien que ça. Mais une mauvaise traduction de ce surnom (shitennô) a conduit à leur en coller un autre, a priori pas vraiment à leur plus grand déplaisir :

THE FOUR DEVILS

Les 4 démons sont Kazuhiro Sano, Toshiki Satô, Takahisa Zeze et Hisayasu Satô donc. Ces Dalton du film de fesse ont sévi particulièrement à l’aube des années 90, à un moment où la production de ce type d’œuvres déclinait face à la concurrence des Adult Video, alors en plein boom. Les Four Devils ont alors su habilement tirer leur épingle du jeu, en proposant un pinku mêlant érotisme et contenu plus auteurisant, touchant à leurs préoccupations philosophiques, politiques voire expérimentales.  Leurs films furent souvent mal reçus : trop hermétique, érotisme mou des baloches. Mais des esprits avisés surent y voir une approche profondément originale du genre, héritière finalement de celle d’un Wakamatsu.

Autre intérêt : ces quatre-là ne sont absolument pas interchangeables, ils ont chacun leur « patte » immédiatement reconnaissable. Ainsi Hisayasu Satô. Sa marque de fabrique ? Le marteau et le burin. Cherchez pas la finesse, la tendresse et les happy ends, y’en a pas. Par contre, de la noirceur, de la brutalité et de la folie, ça, pas de problème. Ses 70 films et quelques (entre 1985 et 1995) foisonnent de désaxés et de scènes de sexe gratinées.

Voir un pinku de Satô, c’est une agression visuelle plutôt qu’un plaisir visuel. Il faudrait en effet être bien malade pour avoir une érection devant les plaisirs déviants de ces êtres englués dans une vie urbaine étouffante et aliénante. Précisons qu’il s’agit sans doute le thème principal des films de Sato : l’absence de communication, le repliement sur soi qui amène à la folie. Satô sait (du moins il le clame) de quoi il parle : de son propre aveu,  s’il n’avait pas été réalisateur, il aurait été persona non grata dans la société, avec peut-être des actes criminels à la clé.

D’ailleurs, puisque l’on parle de criminel, et pour vous donner une idée du gus, comment ne pas évoquer la présence de Issei Sagawa dans le casting de The Bedroom. Qui est Issei Sagawa ? Mais si voyons, on l’a déjà évoqué dans un article, c’est ce Japonais qui, alors qu’il se trouvait en France, a confondu jeune Hollandaise et casse-croûte. Évidemment, la justice n’a rien pu faire contre un tel zinzin et c’est tout naturellement que revenu au Japon notre ogre des temps modernes a pu se faire une petite place au soleil dans le milieu du showbiz japanisthanais. Cela a donné lieu à sa participation dans ce film, un peu comme si on faisait un nouvel épisode d’ Emmanuelle avec Émile Louis. Remarquez, ça aurait de la gueule.

emile-louis issei-sagawa

 

Ou alors, sur le modèle d’Alien VS Predator, un Gros Louis VS Sagawa, ce serait pas mal aussi.

Une dernière chose : Sato est aussi connu pour le côté « opération commando » de ses tournages. Limité par ses budgets, il se rendait (à l’imparfait car Sato bénéficie maintenant de conditions beaucoup plus confortables) avec son équipe à l’extérieur pour filmer rapidement dans les endroits qu’il veut ce que bon lui semblait. Une barricade empêche d’accéder à un lieu intéressant ? On n’a qu’à la virer ! Il faut une autorisation ? Franchement, j’ai une gueule à quémander des autorisations ? On imagine volontiers l’atmosphère un tantinet folklorique qui doit régner lors de ses tournages. Mais il résulte aussi de ces conditions de travail un réalisme accru dans la représentation de la vie quotidienne. Mais chut ! Le film va bientôt commencer.

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En deux mots, voici l’histoire : une jeune femme est retrouvée inconsciente sur une plage. Elle est récupérée par un galant homme mais, pas de bol ! il s’agit du garde-chiourme (joué par un des Four Devils, Kazuhiro Sano) d’une femme à cravache tout droit sortie d’une BD de Guido Crépax :

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Comment? Tu aimes boire chaud? Attends un peu vicieux!

Domination, humiliation, viol exécuté par ses deux acolytes ou par son youki, c’est son blaud à elle. Le sexe avec des remugles qui sentent pas très bon, ça la fait méchamment bicher. Et si les victimes ne sont pas contentes, eh bien non seulement ça augmente son plaisir sadique, mais c’est par-dessus le marché le même tarif puisque le domaine de Dominatrix apparaît comme bien coupé du monde.

Les pauvres victimes qui subissent donc ses caprices sont donc amenés soit à mourir des conséquences d’un de ses petits jeux :

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Exemple : enterrée vivante au moment de la marée montante. Qu’est-ce qu’on se poile!

Soit à se suicider :

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Découverte du corps de la jeune femme confiturisée (cf. ci-dessous)

 

Il n’y a dans ce film aucune montée en puissance dans l’ignoble. Dès le début, le spectateur est agressé par cette micro société dystopique (eh ! ça fait bien, ça !). L’héroïne (amnésique) est au début charitablement secourue, mais la délicatesse avec laquelle le garde-chiourme la transporte laisse songeur :

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♫ Hé Ho ! Hé Ho ! On rentre du bou-lot! ♫

Aussitôt après, on le voit la poser à terre puis la peloter avant de la prendre en photo (on découvrira d’ailleurs plus tard qu’il possède un petit stock de photos des jeunes femmes mortes).

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le baiser du prince charmant version Satô

 

Et sans crier gare, le film propulse le spectateur face à un viol collectif qui a lieu non loin de là mettant au prise une pauvre fille avec Dominatrix, deux hommes de main et… un chien. Inutile d’imaginer ce genre de scène :

fragonard

Puisque c’est ça que vous allez devoir vous coltiner :

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Un toutou aimant la confiture et la mayonnaise.

Rien de plus opposé à la sensualité, à l’érotisme, que justement les scènes érotiques de Satô. On chercherait en vain une quelconque grâce, une quelconque sophistication au détour d’un plan comme ce fut souvent le cas chez les grands faiseurs du Roman Porno. C’est le royaume de la barbaque qui se pénètre bestialement sans chercher à procurer le moindre plaisir au spectateur. L’exemple le plus frappant est l’usage de la mosaïque. Il y a toujours deux possibilités : soit on l’évite grâce à une habile composition, soit on le montre pour donner l’impression qu’on « le » fait vraiment. Non seulement Satô choisit la deuxième option, mais il semble en plus la rechercher, l’accentuer avec frénésie, à tel point que l’on a parfois plus l’impression d’avoir affaire à un vieux jeu érotique sur Amstrad qu’à un pinku :

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Oui, vas-y, lèche-moi mon gros pixel !



Le sexe est laid, aussi bien dans ses actes que dans sa représentation. Et lorsque arrive la scène avec le cheval du titre, scène qui enchaîne masturbation équine, pénétration de l’héroïne (évidemment feinte mais tout de même Thierry, ouh le vilain geste !) par le canasson puis éjaculaton généreuse sur son postérieur, on finit par crier grâce… et être entendu. Sans tout révéler de la fin, l’héroïne finit par « gagner ». Mais c’est une amère victoire. « Les gens ne font que me laisser des cauchemars », reconnaît-elle. Poupée déglinguée, la jeune femme n’a d’autre solution à part le suicide que…

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… de devenir elle-même une méchante femme à cravache.

En effet, comme la dominatrix branleuse de chevaux (on peut d’ailleurs imaginer que l’actrice bossait sûrement dans un hara tant elle le fait avec une surprenante dextérité), elle devient la reine d’un conte de fées acide. Comme elle, elle peut se regarder dans un miroir :

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 Dominatrix & Kruella

Beauté froide et impersonnelle, comme l’expression du visage camouflé par de grosses lunettes noires. La jeune femme était déjà au début du film une coquille vide. Son échouage pouvait faire penser que la vie urbaine l’avait brisée et rejetée (ce film vient après des métrages de Satô se passant tous dans des villes aliénantes). L’ultime étape de cette métamorphose est cette panoplie SM et toutes les expériences extrêmes qui vont avec, seul moyen de prendre conscience de sa vie. Finalement, elle n’est pas très loin d’une jeunesse japonaise repérée par Satô :

« J’ai l’impression que dans la société japonaise actuelle, la jeunesse a besoin de se meurtrir pour exister. Il y a une réelle recherche de la douleur… Je crois – c’est mon sentiment – qu’il y a des individus qui… alors qu’ils essayent d’exprimer leurs sentiments… peuvent le faire seulement par la violence. »

Telle est la vision de Satô. Après, évidemment, on est libre d’y voir qu’un argument fallacieux masquant à grand peine une complaisance dans le glauque. Ce serait faire une erreur je pense mais, d’un autre côté, comment reprocher à quelqu’un d’être resté sur la mauvaise impression d’une scène de coït entre une femme et un cheval ? Ça peut se comprendre, aussi ne vous forcez pas si vous ne le sentez pas trop, restez-en aux opulentes actrices des roman porno. Satô, c’est une agression de tous les instants, comme cette scène du début dans laquelle Dominatrix joue avec son miroir c’est…

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  Un éclair irregardable balancé dans la tronche du spectateur.

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Love & Loathing & Lulu & Ayano (Hisayasu Satô – 2010)

Soyons clairs : on se précipite sur un nouveau film d’Hisayasu Satô un peu comme le ferait un de ces pervers entrant dans un magasin de pantsu usagés, en proie à la culotte plus fraîchement tâchée et à la plus odorante poisse. Ah ! Muscle, Horse, Woman and Dog, Pleasure Masturbation : New Wife Version, que de subtils bijoux dans le crapoteux et le déviant. Et finalement des films qui sont loin d’être sans intérêt dans leur propos.
Car, soyons clairs là aussi : s’il n’y avait pas cet univers entre rêve et cauchemar, cette représentation vide et angoissante de l’urbanisme, cette dualité beauté / horreur, ce rapport dominant/dominé comme métaphore de la hiérarchisation de la société japonaise, l’utilisation des nouvelles technologies pour assouvir sa libido et bien d’autres thèmes encore qui enrichissent ses films, eh bien ces films, malgré leur durée souvent très courte, seraient souvent un véritable supplice à mater.

Un univers sale et pas inintéressant donc que celui de ce bon vieux Hisayasu Satô.

 

En plus, le mec touche sa bille au bowling.

Mais ça, c’était au bon vieux temps des 80’s et des 90’s. Qu’en est-il des années 2000 ? D’abord un segment là aussi pas inintéressant dans un film à sketchs sur l’œuvre d’Edogawa Ranpo (Ranpo Noir, 2003) :

 

Une femme qui baise dans un lieu sordide avec son mari amputé des quatre membres : HISAYASU SATO EN FORCE !

On se dit alors que le père Satô, avec ce court-métrage plein de promesse, s’apprête à renaître de ses cendres avec peut-être plus de moyen à sa disposition (souhait pieux mais pas forcément judicieux concernant Satô puisque la force de certains de ses films est justement venue du fait qu’ils étaient réalisés avec deux, trois bouts de ficelle). Patatras ! C’est alors que sort l’indigent Shi-Sei, d’après un roman de Junichiro Tanozaki :

 

Evidemment, vu comme ça ; on se dit que ce Shi-Sei n’a pas l’air mal du tout. Mais ne vous y trompez pas. Derrière ce film sur une étudiante qui se fait kidnapper par un tatoueur se cache un film mortellement ennuyeux.

Un court métrage réussi, un long calamiteux : 1-1 partout, la balle est  nouveau dans les pieds de Satô pour essayer de donner un certain vent frais à sa carrière. Tel Marc Landers il s’élance  sur le ballon alors qu’il vient juste d’être posé sur le rond central, arme son puissant pied droit, balance un pointu hallucinant dans la pauvre baballe qui effectue alors une trajectoire rectiligne dans la lucarne droite des buts adverses. Rentrera ? Rentrera pas ? Ben, en fait, un peu comme un épisode d’Olive et Tom, il faudra attendre l’épisode suivant pour avoir la réponse. J’avoue en effet être un peu dubitatif devant ce…

 

Namae no nai onnatachi (aka Love & Loathing & Lulu & Ayano)

… sorti l’année dernière. Par certains détails, indubitablement, on se trouve devant un film de Satô. Mais un Satô un peu louche (ce qui est un comble), qui lorgne du côté d’un cinéma plus maintream. Le film a beau aborder le milieu de l’industrie du porno, en comparaison des films satoesques des 80’s il faudrait être bien bégueule pour s’effaroucher de cette histoire, jugez plutôt :

Junko, une jeune OL vivant encore chez sa maman, tombe un jour dans la rue sur un type qui lui propose une activité qui lui permettrait de vivre dans la peau d’un autre personnage. Curieuse, elle se rend à son agence qui s’avère être une société de films pornos. Un peu effarouchée au début, elle prend assez vite goût à cette activité qui lui permet d’incarner Lulu, actrice nunuche (« moe », comme disent les otakus) spécialisée dans le tournage d’ « AV cosplay ». Parmi ses collègues de travail se trouve Ayano, de son vrai prénom Yoko, qui est sa parfaite antithèse : sans illusions sur le milieu de l’industrie du porno, et d’un tempérament de feu. Normal : elle est une ex-chef de gang. Malgré leurs différences, ou plutôt à cause d’elles, les deux femmes vont sympathiser…

Dès les premières minutes, le spectateur familier de Satô se sent en terrain connu. On se trouve face à un Tokyo étouffant d’asphalte et de béton :

 

… au milieu duquel navigue une jeune femme innocente, perdue, et dont les lunettes semblent apporter un fragile apport d’acuité par rapport au monde qui l’entoure :

 

Lorsqu’elle va les perdre lors d’une bousculade, on a l’impression que la dernière barrière qui la protège d’une certaine innocence vient de sauter :

 

L’homme qui les lui tend est ce patron d’une agence de films pornos. Le costard cravate est rassurant et la voix, posée, propose à la jeune femme une offre d’emploi séduisante :

« Ne serait-il pas amusant de devenir quelqu’un d’autre ? »

La jeune femme ira voir par curiosité l’agence et se retrouvera très vite embringuée dans le tournage d’un film. Arborant une perruque blonde, elle fait son baptême du feu dans une scène de viol :

 

Autre motif Satoien, celui de la représentation de la sexualité via un écran, symptôme d’une époque moderne qui enferme l’individu dans une sexualité digitale au détriment d’une sexualité vécue. Ce que semble suggérer cette façon de montrer la scène, c’est qu’il y a dans l’esprit de Junko une sorte de distance, de conscience qu’elle va jouer dans un film porno, dans quelque chose de sale, finalement à l’image de ce photogramme pixellisé et aux couleurs dégueulasse. Logiquement, le premier assaut de son partenaire provoquera chez elle une réaction de petite fille terrorisée :

 

Prostrée à l’autre bout du plateau, il faudra les paroles un brin menaçantes du réalisateur pour l’inciter à reprendre son poste. Ce qu’elle fera, mais l’image sera cette fois-ci parfaitement nette :

 

Fixée non loin de la vision de Junko, la caméra nous montre directement cette scène de viol collectif. Pas de pixels disgracieux, la chair ressemble à de la chair et Junko, soudainement toute à son personnage de cosplayeuse otaku, se met à crier : « laissez-moi, je dois aller au Comicket ! ». La transformation est faite : Junko sera dorénavant Lulu.

Finalement, ces vingt premières minutes auraient pu constituer le canevas d’un des films de Satô dans les 80’s. Récit d’une transformation, d’une « chute » dans une déviance pour mieux se révéler, s’élever. Mais pour une fois, ce qui intéresse Satô est le détail de cet épanouissement. Et là, je vous prie de croire qu’il faut se les pincer pour croire ce que l’on voit défiler à l’écran. Possédée par son personnage de nunuche cosplayeuse, Junko/Lulu n’a de cesse d’infliger au spectateur une foultitude de mignardises, de ces minauderies qui font bêler « moe ! » à l’otaku de base mais qui donne illico des envies de meurtre à toute personne normalement constituée.

 

Après le chat à neuf queues, la petite chatte à neuf avatars.

Lulu est à l’aise dans son rôle d’AV idol débutante, tellement à l’aise qu’elle ne quitte plus ses frusques de cosplayeuse dans la vraie vie :

 

Ce plan répond à celui du début du film dans lequel on voyait Lulu version binoclarde. Ici, l’absence de lunettes permet de ne plus voir les anfractuosités de quotidien et de s’y noyer totalement. Et quand elle les remet pour les besoins de sa vie d’OL, c’est pour voir ça :

 

Une collègue, elle aussi dans un rôle, elle aussi dans des mignardises pour essayer de plaire. Que ce soit dans l’univers des AV ou celui des salary men, il n’y a finalement pas grande différence. Le premier est d’ailleurs plus séduisant puisqu’il donne l’illusion de maîtriser son destin en devenant assez rapidement  une « star » alors que l’O.L doit louvoyer indéfiniment à coups de sourires et de tasses de café pour gravir les échelons de sa société. C’est plus simple pour Lulu : on lui fait des propositions de rôle, à Lulu de les accepter pour monter en grade.

Reste que ces propositions sont parfois bien peu glamours. Ainsi, dans le parcours qui doit propulser Lulu au rang d’AV Idol, il y a la nécessaire…

 

Scène de sodomie.

Et là, on se dit que quelque chose est en train de germer dans le film du père Sato. La représentation de la déviance n’est plus la même que celle d’antan. Elle est finalement à l’image de ces otakus qui vont d’un côté mater des anime de magical girls à la guimauverie insondable, et de l’autre regarder des AV dans lesquelles on verra une institutrice sexy se faire sauvagement violée par une meute d’étudiants. Elle est à la fois violente, sans limites et coulée dans un coulis culturel de mièvrerie, exacerbation de ce que tenta de faire un jour Lulu quand elle était gamine :

 

Comme toute petite fille, elle s’essaye à jouer à la grande personne en se maquillant et en s’habillant d’une robe de princesse (achetée par son papa fraîchement divorcé). Malheureusement, lorsque sa mère la surprend c’est pour déchirer illico la belle robe en la traitant de petite pute. Bien des années plus tard, alors qu’elle habite toujours chez maman (plus possessive et rabaissante que jamais), Lulu lâchera les soupapes d’une libido comprimée pour s’accomplir dans ce personnages d’ingénue cosplayeuse prête à offrir son derrière à tous les sévices imaginables, du moment qu’ils permettent d’accéder au rang de « star » – de « princesse » devrait-on dire.

On voit tout ce qu’il peut y avoir de malsain dans ce personnage arborant sans cesse une pureté imbécile (lors d’une interviewe, un journaliste lui demandera, en vain, de parler normalement), qui joue à l’ange pour s’élever dans l’industrie du porno sans comprendre qu’elle prépare en réalité sa chute. Après le Black Swan d’Aronovski, on aurait finalement pu intituler ce film « Pink Swan ».

« En réalité »… la réalité, elle la connait bien Ayano. Collègue de Lulu lors de leurs débauches sur pellicules, ancienne loubarde, elle n’attend rien des vidéos qu’elle tourne. Si, juste une chose : du fric. Pour la gloire, elle s’en tamponne, elle connaît trop les rouages du milieu (son petit ami est celui qui a recruté Lulu dans la rue) pour savoir ce qu’elle a à perdre en allant trop loin. Comme lulu, elle veut maîtriser sa vie, du moins le fait-elle en ayant les pieds solidement ancrés sur terre et avec une volonté de fer. Une scène nous la montrera engueulant d’importance un acteur qui s’apprêtait à tenter sur elle une sodomie. « Moe », Ayano ne l’est pas vraiment. Quand ça ne va pas, elle prend sa batte de baseball et se défoule sur son traversin, quand ce n’est pas sur le crâne d’un yakuza venu réclamer les dettes de son petit ami.

Et poutant, malgré ce caractère que tout oppose à celui de lulu, Ayano va s’attacher à la nunuche. Et ce sera l’occasion pour Satô de tourner la scène la plus sensuelle de sa carrière, la plus dénuée de scories déviantes. Dans le feu d’une discussion amicale, Lulu fait gicler sa canette de bière au visage d’Ayano. Celle-ci réplique aussitôt avec la sienne ce qui provoque une réaction en chaîne : d’autres canettes y passent, puis c’est la nourriture. Les vêtements trempés sont ôtés et les deux jeunes femmes, hystériques et hilares, se retrouvent sur le sol à lutter.

Atmosphère bien inhabituelle chez Satô qui nous a habitué à des façons de purger son mal être moins heureuses. Après l’hystérie communicative, Lulu et Ayano seront totalement apaisées et dormiront côte à côte, nues et légèrement recroquevillées au milieu d’un grand lit. On songe alors à deux sœurs jumelles dans le ventre maternel :

Inutile de dire que le symbole n’est pas monnaie courante dans l’œuvre de Satô. Décidément, on nous l’a changé !

Au-delà de cette assimilation, il y a une totale complémentarité : Ayano est aux yeux de Lulu la grande sœur, la confidente que l’oppression de sa mère ne lui a jamais permis d’avoir tandis que Lulu est aux yeux d’Ayano l’enfant que cette âme de fer a étouffé en elle. Et son côté « petite fille » lui permet inconsciemment de toucher en elle la mère qu’elle s’apprête à devenir (elle est enceinte de quelques mois). Inquiète de sa progéniture, elle fera comme la maman du Petit Chaperon Rouge, qui lui demande de ne pas s’écarter du droit chemin. Au courant du film dans lequel doit participer Lulu et qui doit tourner au viol collectif, elle lui déconseillera de s’y rendre. Lulu sera dès lors prise dans un dilemme, partagée entre suivre la voie qu’elle a jusqu’à présent suivie sans aucunes limites, et suivre la voie de la raison.

Elle choisira finalement la première :

Et c’est parti pour un sale quart d’heure.

Le récent suicide d’une actrice alors qu’elle participait malgré elle à une scène de ce type (on comprend ici que ces viols collectifs sont souvent préparés sans toucher mot à l’actrice) n’aura pas suffi à l’en dissuader. Encore une fois, on songe à l’héroïne de Black Swan qui, bien que terriblement blessée, décide malgré tout de poursuivre la représentation quoi qu’il lui en coûte. C’est l’accomplissement à tout prix plutôt que de revenir à une vie qui n’est de toute façon plus possible. Lulu s’est en effet grillée auprès de ses collègues de travail :

« Lulu » ?! Kekseksa ?!

Et le cordon avec la mère a définitivement été coupé lors d’une scène où Lulu la surprend à faire la chaudasse avec un amant de beuverie, elle le censeur qui lui avait autrefois vertement reproché de se mettre du rouge à lèvres :

En soi, que Lulu quitte ce cocon familial opprimant ne serais pas une mauvaise chose. Mais il l’est dans la mesure où Lulu est une grande gamine de 22 ans pas encore prête à voler de ses propres ailes. Des ailes, elle peut en avoir :

… mais ce sont de ridicules protubérance en carton attachées dans son dos pour les besoins d’un film. Pour ce qui est de voler soi-même dans le Tokyo urbain à la Satô, c’est une tout autre histoire :

Là, Lulu n’est plus la fée Clochette mais plutôt Ophélie descendant les eaux. A la différence que Lulu n’est pas encore morte. Mais en prenant la décision de participer au tournage d’un gang bang, elle s’y prépare.

! SPOIL !

Mais comme dans tout bon conte de fée, c’est sans compter sans l’intervention d’un chevalier servant, chevalier qui avait été aperçu au début du film :

Eh oui ! Lulu a son fan number one en la personne d’un otaku obèse. Il y a évidemment du cliché dans cette situation, d’autant que Satô en remet une louche en nous le montrant se répandre en invectives meurtrières (« je vais tous vous tuer ! ») sur des forums, vis-à-vis d’internautes qui ne partagent pas son goût pour les performances de Lulu. Mais si l’on aborde Namae no nai onnatachi sous l’angle du conte moderne, ce personnage prend et donne une tournure intéressante au film. S’étant infiltré sur le plateau du tournage pour participer en tant qu’acteur, il n’hésite pas à intervenir, tel un Bayard en calebute, sur le premier agresseur :

Regarde pétasse ! Mate un peu mon vibro Black & Decker ! Gniii…

Gni ? j’ai mal là !

Preux chevalier, mais bientôt véritable ogre qui tue un à un les acteurs du plateau. Scène invraisemblable, irréelle puisque les victimes préfèrent attendre de se faire trucider plutôt que de prendre leurs jambes à leurs couilles. Très vite, on a l’impression d’assister à une scène d’Ichi the Killer :

Paint it red

Avec au milieu Lulu, la princesse, ou plutôt, pour reprendre l’expression de l’ogre, la déesse qui a été préservée de toute profanation. Un retournement s’opère alors. L’intervention de ce chevalier sous cholestérol est bien un acte salvateur, mais pas parce qu’il a sauvé Lulu du gang bang. Simplement, il lui a permis d’ouvrir les yeux sur ce fantasme imbécile de devenir Lulu (1), une star de l’industrie AV, en rejetant Junko, jeune femme fragile qui a raté (pour l’instant) sa vie. Que l’otaku le veuille ou non, elle n’est pas Lulu, elle est à la fois Lulu et Junko, deux facettes de sa personnalité, facettes imparfaites mais qui sont comme deux étapes complémentaires à sa recherche d’une vie réussie.

T’as entravé gros porc ?

Geste révélateur : Lulu se conduit comme Ayano, montrant par là une nouvelle facette en devenir de sa personnalité : celle d’une Junko/Lulu dominatrice. Bon, on sait ce que ça donne chez Satô les femmes dominatrices, mais il semblerait qu’il n’y ait là rien de porté sur les lanières de cuir et les boules baillon. Pour Lulu, la dangereuse descente des eaux s’est arrêtée :

Elle peut sortir de sa barque et affronter la vie, transfigurée par sa récente expérience et sa rencontre avec la pugnace Ayano :

Tandis qu’Ayano, au contact de la douce Lulu, se sera apaisée et se préparera à devenir mère :

Et pendant ce temps, d’autres jeunes femmes tomberont dans les mailles de l’industrie du porno :

Une sur trois en fait. Pas besoin de dire laquelle.

Les dernières images du film montrant Lulu et Ayano au milieu d’une couleur bleutée laissent cependant un goût étrange tant cette couleur fait sens pour le spectateur habitué aux films de Satô. Est-ce vraiment un happy end ou un happy end momentané, qui sera forcément balayé à un moment ou à un autre par la ville ou la mer à la Sato (2) ? Difficile de trancher. Une chose est sûre : le spectateur doit se garder d’être trop définitif vis-à-vis de ce film à l’esthétique mièvre et mainstream.

Namae no nai Onnatachi est disponible en DVD chez Happinet.

 (1) la traduction du titre serait : « les femmes sans nom ». C’est toute la difficulté du personnage de Lulu qui, entre Junko la ratée et Lulu le personnage inconsistant d’Adult Video, a du mal à se forger une identité propre. Et c’est la même chose pour Ayano qui reprendra son copain qui l’appellera maladroitement sous son nom d’actrice.

(2) Deux décors largement utilisés par Satô dans sa filmographie.