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Shojo Kankin (Ikuo Sekimoto – 1977)

Shojo kankin (1977)23

Mais que diantre ce chevelu est-il en train de photographier avec son Pentax ? Pour le savoir ami lecteur, clique sur l’image ci-dessous :

Eh oui ! Il y a gros à parier que cet individu soit plus un bijinologue qu’un ornithologue. Vous en doutez ? Cliquez donc ici, et encore  pour vous en convaincre.

Cette scène de voyeurisme se trouve au début de Shoujou Kankin (la vierge prisonnière), pinku de la Toei évoqué il y a peu à travers sa jolie affiche. Le joli minois et la non moins jolie plastique de Nami Misaki touchent d’emblée au cœur mais est-ce que cela suffit à faire de ce pinku de la Toei quelque chose de regardable ? Ce fut un peu avec méfiance que je commençai son visionnage avant-hier. Allais-je tomber dans la bouffonnerie lourdingue ? Ou bien dans le crapoteux le plus abject ? Eh bien en fait, ce fut plutôt entre ces deux extrêmes et je dois dire que ce Shoujou Kankin réalisé par Ikuo Sekimoto est plutôt une petite bonne surprise.

Le personnage principal est un photographe travaillant pour une agence de mannequinat :

« L’espoir », c’est effectivement ce qu’il faut à Masao, maladroit dans son travail et dont la frustration sexuelle est d’autant plus grande qu’il est constamment entouré de jolies filles. Un jour, il se rend compte que dans l’appartement en face du sien se trouve une fort jolie locataire, Kiyoko (le personnage de Misaki donc). C’est illico le coup de foudre. Mais le coup de foudre à la sauce voyeur et épicé d’une bonne dose de malsain. Quasiment jour et nuit, le canaillou surveille l’appartement de son réflex :

Mais que regarde-t-il donc ? Ami lecteur, cède donc toi aussi à tes pulsions de voyeur, clique sur l’image. N’aie crainte, je ne le dirai pas à ta dulcinée.

Comme James Stewart dans Fenêtre sur cour, notre bonhomme surveille ses voisins avec un gros appareil. Là s’arête la comparaison avec le grand acteur américain car il faut bien avouer que pour la classe, on repassera. Bref, à défaut de posséder réellement Kiyoko, le jeune homme veut la posséder, la capter à l’intérieur de son boitier. C’est un pis aller mais qui ne suffit pas complètement. Car lorsqu’il découvre, stupeur ! que la bijin possède deux grains de beauté à l’aréole gauche :

Bon, autant vous faire profiter aussi de cette grande découverte hein ?

Il délaisse illico son appareil pour s’emparer de son crayon (un vrai, pas celui que vous pensez) afin de compléter un dessin grandeur nature de Kiyoko :

Deuxième pis-aller qui a au moins le mérite de donner plus d’attrait à ses séances masturbatoires :

Attrait évidemment bien relatif.

Autre chose : un pervers dans un pinku ne serait pas vraiment un pervers sans une bonne dose de fétichisme. Ça ne rate pas avec notre héros qui conserve précieusement ses capotes au frigo !

Après y avoir inscrit la date de son accouplement fantasmatique avec Kiyoko.

Arrivé ici, vous vous dites sans doute que le film est soit extrêmement drôle, soit extrêmement glauque. Disons que ce début capte en tout cas l’attention du spectateur par tous ces petits détails sans cesse renouvelés et assez marquants sur le plan graphique. On est finalement pris dans l’étau de deux types d’images : celles renvoyant au corps magnifique de Nami Misaki et celles des perversions du jeune homme. Pas vraiment de progression de l’intrigue,  on suit juste le quotidien effarant d’un voyeur assez malade ainsi que la découverte progressive du quotidien intime de Kiyoko. Finalement, le spectateur n’est pas une fois voyeur, mais deux fois. L’impression est d’autant plus forte que le réalisateur s’abstient d’ajouter une ambiance sonore qui orienterait le spectateur vers une distanciation amusée ou pleine de commisération. Le silence est maître et l’on partage avec le héros cette attente subjuguée de la découverte du corps féminin. Une expérience sordide finalement et si le jeune peut parfois prêter à rire, on est plutôt tenté de le plaindre, surtout lorsqu’un jour…

Clique te dis-je ! Ne fais donc pas l’enfant !

Il a beau l’enfermer dans son Pentax, sur un dessin ou dans son frigo, il n’échappe pas à la dure réalité : kiyoko est maquée ! Premier grain de sable qui fait monter d’un cran la tonalité tragique du film.

Mais ce n’est pas tout, lorsque que quelques jours après, alors qu’il s’aperçoit que…

Bon, je ne dis plus rien maintenant, d’ailleurs, tu n’as même pas attendu ma consigne pour cliquer chenapan !

… il se fait prendre en flagrant délit de voyeurisme par Kiyoko qui lui balance un truc sur son appareil.

Si on aime la psychanalyse de bazar, on pourrait dire ici qu’il y a de la castration photographique dans ce geste et dans cette vision floue de Kiyoko. Cette façon de la posséder n’ayant plus lieu d’être, le jeune homme décide de passer à la vitesse supérieure en la kidnappant.

Ce geste n’a rien de bien original, on ne compte plus les pinku dans lesquels une fille se fait séquestrer pour satisfaire les besoins de son ravisseur. On peut facilement tomber dans un sordide passablement ennuyeux. Une fois encore,    parvient assez bien à échapper à cet écueil en dosant les scènes de sexe et une nouvelle fois en jouant d’une certaine variété graphique dans les scènes, la plus marquante étant certainement celle-ci :

Ce n’est plus Bulles de Japon mais bulles de latex. N’ayant plus besoin de capotes, Masao en fait un tapis de ballons devant une Kiyoko qui ne sait trop quelle attitude adopter devant un tel malade. D’un côté on baigne dans une atmosphère onirique qui a partie lié avec l’imagination (certes perverse) d’un enfant, de l’autre on reste aux aguets devant ce type qui pourrait être prêt à décocher à tout moment un geste fatal. Il faut dire ici que le kidnapping de Kiyoko s’est fait sans grande subtilité, sous la menace d’un couteau et avec brutalité :

Prudence donc. Il y a dans la première partie de la captivité de Kiyoko une volonté de mater les tentatives de révolte, avec toujours cette ambivalence (enfant/violence meurtrière):

Un arc et des flèches, mais pas vraiment pour jouer aux cowboys et aux indiens…

La révolte matée, le kidnapper peut donner libre court à ses fantasmes. Toujours sur un mode étonnamment enfantin. Ainsi sa reconstitution d’un décor montagnard pour jouer aux campeurs :

Ce qui n’empêche pas de placer à l’intérieur sa poupée Nami pour jouer à d’autres jeux :

Ou de lui faire sa toilette le lendemain au petit matin :

Faire la toilette de Nami Misaki… *soupirs*

Et je n’évoque pas la séance de rasage du pubis. On aura compris que Kiyoko devient véritablement sa poupée, la concentration de son affection qui, conjuguée à son imagination (autant dire sa folie) lui permet,  à l’instar du personnage principal de Blind Beast de Masamura, de construire son petit univers qui lui permettra de surmonter ses frustrations (pas totalement puisqu’une scène nous le montre en train de se masturber alors qu’il est juste à côté de Kiyoko).

Reste un élément pour que cette relation soit parfaite : la confiance mutuelle. Alors qu’elle est attachée, Kiyoko ne peut s’empêcher de s’uriner dessus. Bouleversé, le jeune homme la libère, la met debout et… la nettoie avec sa langue.

Nettoyer Nami Misaki avec la langue… *soupirs*

Un renversement s’opère : de dominateur, il devient le dominé, le chien à sa maîtresse. Surtout, il parvient à lui faire l’amour et, pour la première fois à la faire jouir.

Le théâtre de leurs ébats est assez signifiant : projecteur de photographie, dessin grandeur nature de son idole, emploi du temps à gauche sur lequel il consigne tous les faits et gestes de Kiyoko, tout cela semble n’avoir plus aucune importance et être ravalé à un capharnaüm de son passé.

Le lendemain, on passe à un nouveau décor :

Et, partant, à une nouvelle vie. Masao semble comme persuadé que la jouissance mutuelle a nécessairement permis de constituer un couple, un vrai. La retenir attachée n’a plus lieu d’être, il se peut lui donner une bise chaste et se rendre l’esprit tranquille à son travail, il est certain qu’elle ne le trahira pas. Demeurent tout de même à l’arrière-plan la cible et une peinture de nu, témoins de son ancienne vie et dont la présence n’est pas forcément rassurante.

La fin du film se décide évidemment par rapport à la décision que va prendre Kiyoko un fois son mari en carton pâte parti. Le geste est terrible :

Ce que son ravisseur prenait comme un geste fondateur pour asseoir une liaison est évidemment vécue par elle comme une souillure.  Et irrémédiable comme le suggère le dernier geste de Kiyoko avant de quitter le lieu de son calvaire :

Elle enfoncera en effet une aiguille au niveau du vagin de son alter ego dessiné.

Elle n’aura plus qu’à quitter l’appartement, trempée des pieds à la tête, indifférente au regard des autres, pour aller se rendre au premier poste de police venu :

Ironie finale :  Masao se fera arrêter à son travail, dans sa chambre obscure alors qu’il est en train de développer ce cliché :

Et Sekimoto de finir sur ce plan :

Théâtre dérisoire d’une relation malade, théâtre à la fois boursouflé d’objets dérisoires et totalement vide. Théâtre finalement à l’image de ces capotes emplies d’air.

(Poster) Shojo Kankin (1977)

Troisième article relativement court d’affilée. La faute à un dernier article pour DC qui mine de rien m’a pris du temps. Mais la faute aussi à une séance de bricolage qui promet d’être intense. Je taquinais dernièrement Haran Banzai à propos de parquet flottant. Eh bien c’est à mon tour maintenant de m’y coller, et pas moyen d’y échapper : j’avais promis de longue date que la moquette pourrie dans la chambre d’Olrik Jr serait virée durant les vacances. Il faut donc bien s’y mettre, même si je n’ai pas d’aptitudes particulières en bricolage. Autant être clair : tandis que vous serez la loche à l’air à surfer sur le net, soyez certains que je serai à en chier comme un Turc (d’où vient cette expression d’ailleurs ?) avec mon parquet flottant.

Du coup, j’envoie encore un article « Poster » et, vu la gueule de l’affiche, je pense que vous ne vous en plaindrez pas. N’attendez pas non plus une masse d’infos gigantesque à propos du film, pour la bonne et simple raison qu’il y a gros à parier que je fasse très prochainement soit un article sur l’actrice principale (Nami Misaki), soit carrément une critique du film (puisqu’il est en ma possession). Stay tuned comme on dit, moi je retourne à mon infâme parquet.