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Attention passages de jeunes mariés fréquents !

2 août :

Comme deux année auparavant, j’utilise les dernières journées de mon Japan Rail Pass pour me rendre à la capitale afin d’y passer deux journées en solo. Peut-être une des dernières fois que ce type d’excursion me sera permise car pour les prochains séjours l’intérêt sera tout de même d’embarquer Olrik jr et Olrik the 3rd afin de leur en mettre plein les mirettes.

En attendant cela, je savoure le voyage en shinkansen et réfléchis à ce que sera le programme du jour : Minami Senju pour déposer mes maigres bagages, puis Ueno, Jimbocho, Shibuya et Shinjuku. Du réchauffé mais peu importe, seul compte le plaisir de marcher avec l’appareil photo à la main. Pas de restaurant qui tue au programme : je me contenterai de rapides haltes à des Yoshinoya. En revanche, réessayer La Jetée, après un échec lors d’un précédent séjour, me tente assez.

Je l’ai déjà écrit maintes fois sur ce blog, le quartier de Minami Senju n’a rien pour lui. J’y retourne uniquement pour essayer d’y retrouver le plaisir qui avait été le mien treize ans auparavant, lorsque lors de mon premier séjour au Japon, les pas que je fis dans ce quartier furent les premiers effectués dans ce pays que j’allais retrouver par la suite six fois. Il y a encore un petit charme nostalgique à traverser le pont suspendu au-dessus des voix ferrées et à gagner la longue avenue menant à l’hôtel. Avec en prime la vue au loin du Tokyo Sky Tree qui entre-temps s’est imposé au paysage.

Ueno était relativement tranquille. Après quelques photos à Ameyoko et une halte au grand magasin de jouets Yamashiroya, je retourne à la gare du coin pour me rendre à Jimbocho. Là, je vois un bonze juste devant moi qui s’y rend aussi sans doute pour gagner un autre point pour y quêter. Je l’ai discrètement suivi jusqu’à la billetterie automatique afin de glaner quelques photos peut-être intéressantes.

Je ne te lâcherai pas d’une geta !

Là, une vieille femme habillée de manière voyante, vraisemblablement pour cacher une misère que l’on pouvait deviner à certains détails, s’approche et lui demande quelque chose. Sans sourciller, le moine se retourne et lui file un bifton de 5000 yens ! Ainsi sont les moines bouddhistes. Le cœur et l’oseille à la main.

A Jimbocho, je me rends à mes librairies préférées afin de faire une petite provision de photobooks et d’affiches de films. L’heure passe vite et il est temps de retrouver Shibuya et son essaim de Tokyoïtes et de touristes. Au carrefour, un couple de jeunes mariés s’escriment avec un photographe professionnel venu avec ses deux employés à prendre des photos au milieu du passage, durant le temps  autorisé pour les piétons.

Vous vous demandez si la mariée est belle ? Jetez un œil à la vidéo en bas de l’article.

Autant dire que c’est du sport, d’autant que les badauds curieux qui les mitraillent autour d’eux (dont je fais partie) ne leur facilitent pas la tâche. Quelques instants plus tard je tombe sur une autre créature, cette fois-ci toute de rouge vêtue :

Là aussi, ça sentait la tenue préparée pour un shooting au milieu du carrefour et effectivement, je vis à proximité deux personnes chargées de l’opération.

Après vingt minutes passée à flâner sur le carrefour, il n’y avait plus qu’à pénétrer dans le quartier. Après une halte au Book-Off et au Mandarake où je chargeai un peu plus mon sac à dos de livres…

Je n’allai cependant pas jusqu’à acquérir celui-ci, trop cher !

… je fis une halte au Yoshinoya avant de me rendre à Shinjuku. Le temps de prendre au passage quelques ultimes photos…

… je rejoignis donc la Yamanote et quelques minutes plus tard arrivai à Shinjuku, bien décidé à retourner à la Golden Gai pour tenter ma chance à la Jetée.

Une fois dans les petites ruelles au mille bars, je m’aperçois que cette fois-ci, il n’y a pas à la porte du bar de mot accroché indiquant que la patronne est en vacances. Je prends donc mon courage à deux mains et gravis l’escalier très étroit permettant d’accéder au bar. J’ouvre la porte et là, surprise ! en plus d’être minuscule (je m’en doutais un peu mais pas à ce point), le bar est déjà occupé par pas mal de clients (que des étrangers). Un peu mal à l’aise par cette arrivée qui forcément dans un tel lieu attire tous les regards, je me vois cependant invité par la patronne à entrer et à prendre place sur un tabouret. Bon, cela n’allait pas être particulièrement confortable mais au moins je ne me cassais pas les dents une seconde fois.

J’y passai une heure, profitant de la décoration, de l’éclairage jaune, de la musique choisie par la patronne et essayant tout de même de discuter avec cette dernière puisqu’elle a la réputation de très bien parler français. Inévitablement j’évoquai Chris Marker mais je me souviens que nous parlâmes aussi cinéma et que Proust s’immisca aussi dans la conversation. Pour ce dernier, il s’agissait peut-être de mots échangés avec une cliente présente qui s’avérait être la traductrice de Chris Marker. Bref ce fut un moment plaisant, même si la forte présence de clients étrangers (des étudiants anglophones, un producteur de série pour Canal +) atténua le dépays-ement que j’attendais en venant poser mes fesses dans ce bar.

A la fois satisfait et maussade, je demandai à la patronne la permission de lui tirer le portrait puis je mis les adjas. En traînant une dernière fois dans les ruelles de la Golden Gai, je tombai sur cette porte engageante :

La bar avait-il été le bar de prédilection de Tetsuya Chiba ? Ceci appellera bien une vérification pour un voyage ultérieur.

Résumé de la journée en image et en musique (morceau : Asha, de Pantha du Prince) :

Highway to the photobooks et autres chinoiseries

Reprise de la vie tranquille à Miyazaki après sept jours nous ayant fait passer par Takatsuki pour retrouver la famille de la cousine de ma femme, puis pour revoir Kyoto, Osaka et Tokyo. Beaucoup d’endroits ont été retrouvés (Gion, Dotonbori, Jinbocho…), d’autres ont été découverts pour la première fois. Ainsi le château d’Osaka ou la tour de Tokyo, enfin découverte à la fin de mon séjour de deux jours en solitaire à Tokyo. Maintenant qu’il n’y en a plus que pour le Tokyo Sky Tree, il fallait bien que je me décide à visiter la vieille dame nipponne, surtout après avoir récemment lu Tokyo Tower de l’excellent Lily Francky.

Impossible d’entrer dans les détails de ces sept journées ici, disons juste qu’avec ce rythme cyclique de voyages effectués tous les deux ans commence à s’installer un curieux effacement temporel se manifestant par nombre d’épisodes de déjà vu et ce, même pour les choses les plus insignifiantes. Un bruit, un décor en face de nous alors que nous attendons un train sur un quai ou un plat, tout cela nous donnait l’étrange sensation de n’avoir quitté le Japon que quelques moins plutôt que deux années. Au plaisir de la redécouverte s’est donc substituée une simple sensation d’un retour à la maison après une brève absence. Ce n’est plus « osashiburi » mais plutôt un « tadaima ! » qui désormais sera de rigueur. Du coup l’avidité qui me saisissait à chaque voyage pour fixer, ne pas perdre une miette de chaque moment vécu s’est estompée au profit d’une tranquille nonchalance, ce qui n’est peut-être pas plus mal. L’inquiétude de voir le temps filer aussi vite que le Nozomi m’amenant parfois à montrer un visage grincheux aux miens, est  devenue une quiétude qui se fixe dans l’instant présent et regarde avec satisfaction les jours passés. Ces derniers n’ont pas toujours été remplis comme le Olrik d’il y a deux ans aurait aimé qu’ils le fussent, mais peu importe. A la moitié de ce septième séjour, il nous reste encore un bon paquet de jours à savourer à Kyushu, entre les baignades quotidiennes à la plage du coin, les footings matinaux, les promenades en ville et les relaxations d’épiderme au onsen. Au moment ou je tape ces lignes, le footing au parc a été effectué, petit décrassage après les journées de marche que je me suis enquillées à Tokyo durant lesquelles je suis rentré à l’hôtel un brin fourbu, crotté et malodorant. Pour la suite de la matinée, le programme ne promet pas d’être exténuant. Ma pile de photobooks achetés à Jombocho et aux Mandarake de Nakano et Shibuya sont à côté et je n’ai pas encore eu le temps de les sortir de leurs cellophanes. Les mômes montrent leurs cartes Pokemon ou leurs médailles Yokai Watch, moi je montre mes beaux photobooks. Pour un article de reprise, je pense que ça fera l’affaire et intéressera ceux qui trouve que la rubrique « photobooks » de ce site est un peu trop mise de côté.

A ce propos, je verrai prochainement a possibilité de greffer au site une rubrique wiki exclusivement consacrée aux photobooks japonais. Ce serait évidemment une rubrique collaborative et dont le but serait de faire une gigantesque base de données en français qui permettrait à l’amateur ou au néophyte de s’y retrouver dans la pléthore d’ouvrages de ce type. On attendra pas de notices ultra développées : juste une image de la couv’, l’auteur, le nombre de pages  et quelques lignes présentant l’ouvrage. Si l’envie vous prend de faire baver en présentant un livre que vous garder précieusement dans votre bibliothèque, il ne faudra pas hésiter. Bref, on verra ça bientôt (ou pas, ce sera aussi en fonction de l’aspect technique de la chose).

Allez, voici donc les quelques achats effectués à Tokyo. « Quelques seulement » car, comme d’habitude, entre bourrer le sac de livres parfois bien lourds et entreprendre de longues journées de marche dans la capitale, il faut trouver un compromis, et puis il y a toujours la possibilité d’en acheter d’autres sur Book Off, Amazon et autre Yahoo auctions, chose que je verrai de plus près dans les prochains jours.

Commençons avec Jimbocho, quartier que je ne présente pas, cela a déjà été fait. Je me suis d’abord arrêté à la librairie consacrée au cinéma . Obectif : ne pas y passer plus de trois quarts d’heure et en sortir avec 2-3 posters. Difficile de faire un choix mais j’ai pu en sortir avec deux affiches de films avec ce bon Bunta Sugawara :

poster film sugawara 1 poster film sugawara 2

Et ce poster extrait d’un Heibon Punch  :

poster heibon punch

Ensuite, direction Komiyama afin d’en repartir avec au moins un photobook. L’intérieur était animé par un couple cinquantenaire de Chinois, malpolis comme il se doit, qui apparemment faisaient chier la vendeuse avec une multitude de requêtes. Habituellement je ne prête guère d’attention aux touristes étrangers mais là, impossible de faire fi de cette triste vérité : les touristes chinois semblent décidés à repousser toujours plus loin les limites du sans gêne, de la vulgarité et du ridicule. Plus que jamais la perche à selfie semble être vissée à leurs mains. Observer le lieu qu’ils découvrent, observer les autochtones ne les intéressent pas. Ce qu’ils veulent, c’est montrer sur la photo que leurs trombines se trouvaient à tel ou tel lieu dans leur existence de nouveaux riches. Que d’autres personnes n’appartenant pas à leur tribu soient à proximité et aimeraient bien utiliser l’endroit où ils se trouvent pour prendre une photo ne les intéressent pas non plus, ils prendront le temps qu’il faut pour réussir leur mise en scène de merde (genre donner l’impression que sa femme soulève un tori, poilant !). Durant ces quelques jours, ç’a a été un festival. A Dotombori je crois avoir plus entendu parler chinois que japonais. Lors d’une petite halte rafraîchissante à un Lawson, je me suis limite fait bousculer devant le bac à glaces par un horrible petit obèse, casquette américaine enfoncé jusqu’aux sourcils et ridicule maillot de Stephen Curry sur les épaules, bien décidé à choper sous mon nez la dernière glace Meiji à la vanille (saloperie, va !). Et je passe sur les jeunes Chinoises qui avec plus de simplicité pourraient être jolies mais qui, avec leur volonté de se distinguer en ayant l’air cool et sexy, ne sont finalement pas très éloignées des putes vietnamiennes de Full Metal Jacket :

Au carrefour de Shibuya, c’est un père de famille qui s’est méchamment fait klaxonner dessus parce qu’il prenait tout son temps pour faire une vidéo. Et le « maaa ! » de protestation qu’il a alors gueulé était bien loin d’avoir le même charme que le « ma ! » des Italiens. J’ai tout de même croisé un homme très poli à la gare de Fukuoka ainsi qu’une discrète famille dans le métro de la ligne Marunouchi. Ce couple discutait calmement tandis que leur progéniture (un garçon et une fillette), loin des abominables et bruyants lardons voleurs de glaces que j’avais jusqu’à présent croisés, étaient tout mimi à regarder sans piper mot ce qui se passait autour d’eux.

Mais ces exemples mis à part, le tableau est plutôt sombre et à parfois contribué à me faire quitter un endroit plus tôt que prévu. A la libraire de Jimbocho, la matrone a à un moment gueulé sur sa larve de mari parce que le livre qu’il proposait d’acheter ne lui convenait pas. Devant moi se trouvait une jolie fille qui parcourait un livre consacré à Doisneau et qui observait la scène non sans malice. Alors que la vendeuse était repartie à l’étage pour aller chercher je ne sais quoi afin de satisfaire une énième requête, la maritorne a rageusement fermé le livre d’art, ne s’apercevant pas qu’elle pliait au passage les premières pages et le volet intérieur de la jaquette Moi qui ai un respect quasi religieux pour les livres et qui désinfecte précautionneusement le moindre livre acquis lors d’une brocante, j’ai cru que j’allais calmement poser le livre d’Araki que je tenais pour aller la gifler. Mais je me suis contenté de serrer les dents et quelques secondes plus tard, les affreux sont partis avec tout de même un livre sous le bras. J’allai à la caisse et, pris de pitié devant la petite vendeuse quelque peu essoufflée par cette aventure chinoise, je la fis rire en la rassurant d’emblée sur le fait que je n’étais pas chinois. Avant de sortir je m’arrêtai pour consulter un dernier livre que je venais d’apercevoir, derrière moi la conversation discrète entre la vendeuse et une de ses collègues me fit comprendre que chaque visite de touristes chinois constituait l’anecdote humoristique de la journée.

Après Komiyama, duquel je sortis avec ce livre :

araki works 9

…je décidai de découvrir Book Dash. La devanture était engageante :

book dash 1

Et l’intérieur ne l’était pas moins :

book dash 2

Au programme : imagerie et objets vintages, photobooks de gravure idols, magazines pornos, etc. Une inspection d’un des bacs à l’entrée me fit tomber sur ceci :

araki fake love

Comme se procurer l’intégralité des livres d’Araki est quelque peu mission impossible, surtout lorsque certains sont fort chers et que la place dans ma bibliothèque commence à être limitée, il faut bien faire des choix. 600 yens pour un photobook d’Araki, moi je dis banco ! Et tant pis si à l’intérieur il n’y a pas le poster qui accompagne normalement ce livre.

Le lendemain, direction Nakano et son monstrueux Mandarake au Nakano Broadway :

Nakano Broadway

J’y étais allé il y a douze ans et avait évidemment été frappé par le nombre de magasins consacré aux mangas, aux anime et au merchandising correspondant. Rien n’a changé, c’est toujours aussi dantesque. Le temps d’une petite promenade de trois quarts d’heures, je tombai sur une boutique mandarake consacré aux livres d’arts. Acheter le Izumi, this bad girl d’Araki était tentant :

araki izumi bad girl

Mais l’ouvrage était cher et surtout encombrant. A la rigueur, si j’étais motivé pour l’acheter, mieux valait se le faire livrer en l’achetant sur le net.

A côté du magasin se trouvait une autre boutique (toujours estampillée Mandarake) où un rayon était consacré aux photobooks d’idols. Dans un panier au sol il y avait quelques livres parmi lesquels celui-ci :

shinoyama 135

Je le connaissais, j’en ai même une version numérique, mais bon, comme j’ai un faible pour Kishin Shinoyama et que le livre possède plusieurs pages consacrées à Momoe Yamaguchi, Agnès Lum et Nami Asada, je m’emparai du livre et dégainai sans sourciller le billet de 1000 yens (bonne plaisanterie, ce prix) pour en faire l’acquisition.

Après Nakano, j’ai passé une heure à Harajuku à glandouiller en prenant des photos. Puis après je me suis rendu à Shibuya pour aussi aller inspecter la section livres de photo du Mandarake du coin. Histoire de faire baver mes chers lecteurs, voici ce que je vis dans une vitrine :

livre reiko ike

Oui, le fameux livre tout à la gloire de Reiko Ike. Je répandis aussi un peu de bave sur le plancher. Quant à dégainer 35000 yens pour l’acquérir, c’était tout de même un peu chaud. Plus raisonnable était l’acquisition de ce livre :

ishiguro kenji portraits

L’ouvrage propose une galerie de portraits de célébrités en N&B. je n’en dis pas plus, je pense que j’en ferai un article prochainement. C’est un beau livre.

Enfin, juste à une encablure du Mandarake se trouve le Book Off de Shibuya. Pas mal de photobooks d’idols parmi lesquels je dégottai un autre livre de Shinoyama :

shinoyama bora bora

Pas forcément exceptionnel mais bon, pour 200 yens (!), on ne va pas se plaindre. Plus intéressant en revanche est Roppongi Hills, du même Shinoyama, choppé pour 500 malheureux yens :

shinoyama roppongi hills

Voilà, c’est tout pour l’instant. Encore un ou deux achats livresques je pense et ce sera tout, il faut laisser de la place dans les valises pour les boutanches de shochu et d’umeshu que je veux ramener en France.

Pour l’heure, alors que je tape ces lignes, commencées hier dans le shinkansen, je sirote un café matinal tout en regardant la cérémonie d’ouverture des J.O. Il y a ce soir, normalement, le feu d’artifice de Miyazaki mais avec la pluie qui est tombée il y a quelques minutes et qui semble promise aussi pour cette après-midi, il y a des chances qu’il soit reporté. En tout cas pas de séance de plage pour cette après-midi, je crois que nous allons être obligés de nous contenter du onsen dans le centre-ville. Ach ! Que de soucis lors de ce septième séjour !

 

Jimbocho, le quartier qui fait transpirer le bibliophile

jimbocho

Quand on aime le Japon, quand on aime Tokyo et quand on aime les livres, difficile de ne pas aller à Jimbocho. Jusqu’à présent je ne m’y suis jamais rendu, d’abord parce que lors de mes premiers séjours je ne connaissais pas, ensuite parce que avec femme et enfants ce n’était pas forcément la priorité. Mais avec le dernier séjour, libre de m’enquiller à volonté un nombre de bornes considérables à pinces, libre d’aller descendre plein de verres alcoolisés du côté de la Golden Gai (un échec, on s’en souvient), libre de passer le temps souhaité dans des zones pour prendre des photos, je me promettais bien de me rendre dans ce quartier que Café Lumière, le beau film de Hou Hsiaou Hien, m’avait fait connaître :

Je me trouvais alors à Akihabara. Un coup de métro plus tard, je débarque à Jimbocho station. D’habitude j’ai plutôt un bon sens de l’orientation mais il m’arrive comme tout le monde de bugger, de rester stupide devant un plan qui vous indique la gueule du quartier dans lequel vous avez décidé de vous rendre. Ça n’a pas raté avec le plan de la station intégralement en jap’. Essayant désespérément de choper le kanji (livre), je m’apprêtais à prendre la première sortie pour tenter ma chance en déambulant lorsqu’un bon monsieur en uniforme bleu, voyant mon embarras, vint me tirer d’affaire. Un « honya wa doko desu ka ? » (yeah !) et le tour était joué : la bonne sortie se trouvait… cinq mètres derrière moi. Je gravis l’escalier, tourne à droite, et tombe sur la Yasukuni dori, lieu de tous les dangers pour le portefeuille :

A peine quelques pas plus loin, je tombe sur ça :

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Jacques et son maître dans un vieux Garnier-Flammarion ! La promenade commençait sous les meilleures auspices. Encore quelques mètres et j’aperçois ceci :

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Au moment de prendre la photo, le vieil homme qui farfouillait dans le bac se mit aussitôt à tourner les talons et à s’éloigner. Sans doute devait-il croire que j’étais porteur du Radjaïdjah, le poison qui rend fou. N’importe, tomber coup sur coup sur Diderot et Hergé m’amusait et je sentis que ce Jimbochô était un quartier lui aussi atteint d’une folie douce. Pas Shibuya ni Shinjuku, encore moins Akihabara, mais un quartier fait pour vous faire passer les heures aussi vite qu’un livre qui vous passionne. Tellement grisant que je m’aperçois que j’ai finalement pris assez peu de photos, tout charmé par ces alignements de librairie et tout occupé à faire de savants calculs du type « combien de livres je peux me permettre d’acheter ? Qu’est-ce que j’ai vu d’intéressant et que j’aimerais bien me procurer ? Est-ce qu’il est raisonnable de se trimballer cinq kilos en plus de bouquins sur le dos alors que je suis déjà bien crevé ? », questions essentielles et sempiternelles que les bibliophiles connaissent bien. Mais questions qui hélas se posent avec force au quidam de passage. Lors de mon article sur Golden Gai j’évoquais tout le plaisir que l’on devait avoir pour explorer petit à petit cette galaxie de bars lorsque l’on a la chance d’être sur Tokyo. C’est la même chose avec Jimbochô. Habiter à la capitale change évidemment radicalement la donne. Limité en terme de temps, d’argent et de volume pour transporter les livres, c’est mi-enthousiaste, mi-frustré que je contemplais ce genre de chose :

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À gauche, pas à droite.

Par endroits, les librairies dégueulent leurs livres jusqu’à l’extérieur. Passant devant une librairie consacrée au cinéma :

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J’y entrai pour tomber sur ceci :

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OMG !

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Seigneur, Marie, Joseph, priez pour nous !

J’aurais pu y passer deux heures, je n’y restai qu’une vingtaine de minutes. Livres, dossiers de presse, posters, photos d’exploitation, le tout par milliers, c’en était trop pour ma santé mentale, mieux valait se la jouer prudent et sortir, sagement mais un peu K.O., de cette antre de damnation pour tout cinéphile qui se respecte. Avant de partir, je regardai une dernière fois une belle affiche qui semblait me faire du gringue…

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1000 yens, mais me la trimbaler ne me disait pas du tout.

… et repris ma route pour explorer de nouvelles échoppes, toujours avec le même sentiment mêlé d’enthousiasme et de frustration.

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Bon, euh, je commence par quoi ?

J’étais cependant prêt à dépenser quelques billets et à supporter un poids supplémenaire dans mon sac à dos (note pour le prochain voyage : revendre toute une partie de mon barda photographique et me contenter d’un simple appareil hybride en bandoulière). Ce fut chose faite lorsque je vis cette librairie :

La librairie Komimaya est consacrée à l’art, de la photographie à la peinture en passant par le dessin, la sculpture et la musique. Quatre ou cinq étages, je ne sais plus tant j’étais encore dans un état second face à l’avalanche de bouquins qui me tombaient sur le coin de la gueule. Je me concentrai surtout sur le rez-de-chaussée où se trouvaient de sympathiques pancartes avec dessus les noms d’Araki, Shinoyama et Moriyama. Là aussi, en comparaison avec les tarifs pratiqués sur le net pour des ventes à l’international, il était tentant de casser sa tirelire pour se procurer un max d’ouvrages. Je me contentai malgré tout de ces trois.

tokyo-nude

D’abord Tokyo Nude de Shinoyama, livre en grand format ayant pour particularité d’avoir des photos extra larges à déplier, selon le principe du shinorama mis au point par le photographe. Ainsi cette vue aérienne :

tokyo-nude1

Et alors ? me direz-vous, la belle affaire que voilà ! Oui, sauf que le petit avion se rapproche très près de la surface de Tokyo pour permettre au photographe de capter des scènes d’un tout autre intérêt :

tokyo-nude2

 

Tokyo Nude, c’est le royaume d’un érotisme ultra sophistiqué de bon goût. Acheté 1100 yens (oui, ami lecteur, tu peux commencer à pleurer).

Puis arrive le deuxième achat :

zenshu araki

Un exemplaire du volume 3 de la série des Shashin Zenshu d’Araki. Sur le marché de l’occasion au Japon, ce sont des livres que l’on peut bien souvent trouver à moins de 1000 yens. Ce fut le cas ici, 800 je crois (pleure ! pleure !).

Enfin, attention les yeux, cette merveille :

haruko-wanibuchi-first-&-last

First & Last de Tad Wakamatsu avec la sculpturale Haruko Wanibuchi évoquée ici il y a quelque temps. Là aussi, 1000 yens (oui, tu peux pleurer mais pas la peine non plus de te passer la corde autour du cou).

Après avoir réglé la somme auprès de l’avenante vendeuse au rez-de-chaussée (et polie : assez curieusement, quatre fois sur cinq je n’ai pas eu droit aux tartines de politesse propres aux commerces japonais), je poursuivis ma route avec le sentiment du devoir accompli et me disant que mieux valait s’extirper de ce dangereux endroit. Je remontai donc en direction de la station d’Ochinamizu, croisant au passage une autre spécialité de Jimbocho :

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La bijin !

Euh… enfin non, je veux parler plutôt de ce qu’il y a sur la droite…

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Le magasin de guitares ! (d’ailleurs, quand je tombe sur ce genre de photo, je regrette aujourd’hui de ne pas y être entré)

Arrivé à la station, il ne me restait plus qu’à photographier la deuxième raison pour laquelle j’étais venu dans ce quartier. Me poster sur le pont Hijiri et enfin voir de mes propres yeux la vue d’une sorte de ville jouet, vue admirée dans maints films, notamment dans Café Lumière.

ochinamizu-hijiri-bashi 2

Plaisir de découvrir un nouveau quartier, des avalanches de livres, de bonnes affaires et pour finir une jolie vue pas polluée par les touristes. Il faut parfois peu de chose pour qu’une journée à Tokyo soit réussie.