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Bulles de Japon se déconfine

Depuis la création de ce site c’est la première fois que la période estivale a été si peu productive. Habituellement, je me love avec délice dans les photos et les vidéos de séjours au Japon afin de restituer certaines expériences, quand je ne suis pas tout simplement au Japon, dans la bicoque belle-familiale de Miyazaki, passant mon temps à faire du vélo, à assister à des matsuris ou à me murger au shochu.

Mais là, je dois dire que le Japon, en dehors bien sûr du regard velouté de Madame Olrik, je m’en suis tenu à la portion congrue durant ces deux mois. Pas le courage de voir le moindre film japonais et encore moins le moindre drama, le moindre anime. Au mois de juin j’étais parti sur une longe de shojos mangas et puis finalement j’ai abandonné. Aussi bien vous comprendrez qu’alimenter ce blog en articles aussi frais que du maguro à Toyosu était du domaine de l’impossible. J’ai suivi avec un certain intérêt le basho d’été qui a vu la victoire du revenant Terunofuji, mais de là à écrire dessus…

Bref, qu’ai-je foutu durant ces deux derniers mois ? Ma foi, j’ai écrit. Plongé dans l’écriture d’un roman qui me permettait de m’évader d’une situation peu avenante, j’ai pissé de la ligne jusqu’à plus soif. C’est qu’il faut vous dire, mes maîtres, que le mois de mars, date du début du confinement, m’a été plus particulièrement traître, avec un important sinistre survenu dans ma maison. Je vous épargne les détails, avec la ribambelle de coups de téléphone et de devis auprès des assurances et des artisans qui ont failli me rendre dingue. J’en suis sorti, Dieu merci ! ou plutôt presque puisque subsistent encore une ou deux opérations pour que tout redevienne comme avant.

Mais c’est là que d’une certaine manière je serai presque reconnaissant à ce coup du sort puisque sans lui je ne me serai jamais plongé avec la même fièvre dans le plaisir de dérouler une histoire et de voir des personnages prendre vie. J’avais bien tenté quelques expériences de ce genre autrefois mais cela n’était jamais allé plus loin que quelques nouvelles, les tentatives de romans ayant toutes lamentablement avorté.

Commencée au mois de mai, la bête s’est achevée hier, avec 750 pages au compteur. L’histoire ? Le genre ? Disons que l’on est dans la chevalerie de fantaisie sérieusement mâtinée de Dumas.  Et le Japon dans tout ça ? Ben, y’en a quand même, que voulez-vous on ne se refait pas, avec deux trois personnages de bijins qui forcément à un moment se trouvent partiellement ou totalement dénudées. Bref le machin est fini dans sa structure, ne reste plus qu’un colossal de travail de relecture. On verra à la fin si cela vaut le coup d’être photocopié pour être envoyé à des éditeurs.

En tout cas petite pause avant de me retrousser les manches de nouveau, et retour au Japon en attendant de savoir si je garde ce site tel quel ou si je le rebascule dans sa forme initiale en wordpress.com.

Pour commencer, je reviens sur une info que j’avais balancée sur FB il y a quelques semaines, celle concernant l’existence d’un bar qu’on aimerait tous avoir à deux pas de chez soi : le Kulture Pop Café, à Saintes. J’ai eu justement habité cette ville il y a maintenant un certain temps mais il m’arrive d’y passe encore de temps à autre. Grâce à la rencontre d’un couple franco-japonais dans ma ville, j’avais appris son existence et il est vite apparu que nous n’avions pas le choix, qu’il fallait absolument prendre la voiture pour découvrir ce lieu. Son principe, à part celui de proposer des boissons ? Être vaste, proposer contre 5€  l’accès durant une heure à des bornes d’arcades, de vieilles consoles et à un étage où se trouvent des milliers de livres (comics ou mangas). Le tout agrémenté d’une multitude de posters, de figurines, d’objets issus de la collection personnelle du patron, collection patiemment constituée au fil de ses nombreux voyages au Japon.

Le gars a ramené pas mal de magazines de mangas, exemplaires qu’il a généreusement mutilés pour faire la déco de comptoir la plus cool de l’ouest !

Bref, vous l’aurez deviné, tout cela fleure bon la passion, comme l’atteste aussi cette vitrine dans laquelle se trouvent l’intégralité des gashapons consacrés à Akira, chose que je n’ai jamais vue, même au Mandarake de Nakano !

Qu’y avait-il encore ? De mémoire une collection invraisemblable de figurines Ultraman, une belle figurine Gavan, le laserdisc original de Ninja Scroll, de chouettes posters en tissu Ashita no Joe, une borne d’arcade avec presque tous les jeux neo geo (gros plaisir tactile à rejouer à KOF 94 !), un distributeur de gashapons (que le maître des lieux m’a avoué avoir acheté sur yahoo auctions), etc. etc. Croyez bien que j’ai passé dix bonnes minutes à tout inspecter avec grand intérêt. Je suis même tombé sur un vieux jouet, une navette spatiale que j’avais quand j’étais encore en maternelle ! De quoi se sentir bien avant de s’installer à une borne pour fritter Olrik the 3rd à Windjammers.

Pendant ce temps Madame Olrik était sortie pour faire quelques magasins et nous a rejoints au bout d’une heure, à la fin du forfait, pour prendre ensemble un verre tout en discutant avec le patron qui, encore une fois, n’a pas construit le projet de ce bar au hasard mais parce qu’il exsudait la passion du Japon par tous les pores. À noter qu’il agrémente la vie de son bar d’activités ponctuelles, comme des tournois de Mario Kart ou la tenue d’ateliers de calligraphie animés justement par la japonaise du couple rencontré par chez nous. Bref, si jamais vous passez du côté de Saintes, vous l’avez compris, le Kulture Pop Café, y’a bon !

Plus apaisé (encore que le café soit calme, le volume des bornes et des téléviseurs accueillant les consoles ayant été réduit chacun au minimum, ce qui est une bonne idée), le Parc Oriental de Maulévrier, près de Cholet, parc ayant la réputation d’être le plus grand jardin d’Europe (29 hectares) d’inspiration japonaise. Ayant souvent l’occasion de me rendre à Saumur où habitent mes parents, j’avais toujours hésité à m’y rendre. D’un côté le site était prometteur. De l’autre, est-ce que cela valait le coup quand on avait goûté à des originaux ? Eh bien après m’y être répondre, je puis répondre, oui, ça vaut le coup.

Du vert, de bleu et le beau rouge d’un tori, allez ! Ça commence pas si mal !

Créé entre 1899 et 1913 puis restauré en 1987, le parc n’a rien de vain dans sa tentative de donner à voir un bout de Japon. Je craignais quelques effets grossiers dans leur exotisme et finalement, je dois bien avouer que tout cela est beau et convaincant. Et agréable car pour avoir arpenté des parcs au Japon l’été, on a ici le plaisir de se ballader et d’admirer sans suer à grosses gouttes au bout de cinq minutes (il est vrai que nous y sommes allées en déhors des journées caniculaires). La parcours fait une grosse boucle autour d’un étang, avant de remonter sur des hauteurs où se trouvent un « pavillon des plantes » où se trouvent une vaste collection de beaux et onéreux bansaïs attendant un acquéreur, mais aussi une « maison de thé » où l’on n’a certes pas le plaisir de se voir offrir un thé vert mousseux concocté par une vieille en yukata mais où l’on peut commander une bière japonaise et la siroter à côté d’un point d’eau dans lequel se trouvent des Koï.

Le petit coin à côté duquel vous pouvez siroter votre boisson.

Enfin l’inévitable boutique avec des souvenirs, de l’encens japonais et des objets de décoration. En poursuivant notre chemin pour gagner la sortie, il y avait aussi une étonnante sculpture représentant deux joueurs de taiko :

Nous n’avons pas fait les nocturnes, pour cela il fallait raquer et surtout rester encore plusieurs heures pour en profiter, chose qui aurait gavé tout le monde à des degré divers. Mais une autre fois, sûrement, le Parc ayant évidemment pour vocation à être exploré de nouveau, surtout à différentes saisons (automne et printemps plus particulièrement). En attendant de vivre un jour un hanami au Japon, j’en tenterai sans doute un à Maulévrier, un jour…

Après l’évocation de ce parc, j’hésite à partager une découverte manga. En fait deux. Bon, je voulais commencer par la plus trash mais finalement, après Maulévrier, je vais d’abord conseiller la lecture de Natsuko no sake :

Créé par Akira Oze et publié entre 1988 et 1991, le manga suit la trajectoire d’une jeune femme, Natsuko, désireuse de reprendre la brasserie de sake familiale afin de produire un des tout meilleurs saké du Japon. Alors que je me baladais dans les rues de Tours et que je furetais dans différentes librairies, je suis tombé sur le tome 2 et j’ai tout de suite été séduit par le dessin, la composition des planches et le propos qui semblait tenir autant du documentaire que de la fresque familiale. Et après m’être procuré le tome 1 et en avoir commencé la lecture, cette première bonne impression a été confirmée. Tout cela sent bon le saké d’exception mais surtout la plongée dans un Japon rural peuplé de personnages hauts en couleurs. L’édition japonaise comprenant douze tankobon, on peut penser que l’édition française comrprendra cinq ou six volumes (le premier tome fait 450 pages). À dix euros le volume, la collec’ de ce titre intéressant se fera sans douleur.

Le deuxième manga, plus trash donc, bien plus trash, est Starving Anonymous. Le propos : au Japon des groupes de personnes entiers se mettent subitement à disparaître. Le personnage principal est l’un de ces infortunés dans un début rappelant celui de Battle Royale. Alors qu’il se trouvait dans un bus pour rentrer chez lui, il s’aperçoit que tout le monde s’évanouit à cause d’un gaz soporifique diffusé à l’intérieur du bus. Il finit lui aussi par tomber dans les bras de Morphée et à son réveil, il s’aperçoit que tout ce petit monde a été transféré dans un gigantesque endroit dans lequel ont lieu… des expériences bizarres et dans lequel vivent des êtres… ben bizarres, quoi !

Je n’entre pas dans les détails pour vous laisser le (dé)plaisir de la surprise. Disons que si vous aimez les délires de Hiroya Oku dans Gantz, il y a des chances pour que vous aimiez. Sexe, violence et imagination macabre à côté de laquelle celle de Go Nagai dans Devilman ferait presque sourire, voilà ce qui vous attend. Série courte en sept tomes, de quoi éviter tout effet de monotonie.

Voilà voilà pour les mangas. Pour les anime, je conseillerai bien Uzaki-chan wa Asobitai pour son fan service :

… même si je sens qu’à la longue cette série va me gonfler.

J’informe sinon au cas où qu’Aggretsuko va revenir pour une troisième saison à la fin du mois sur Netflix :

Si vous ne connaissez pas, vous pouvez y aller, grosses barres de rires en perspective.

Enfin, pas de meilleure conclusion que de rappeler qu’Akira ressort en 4K sur nos écrans. Olrik jr, 15 ans, m’a fait remarquer il y a quelques jours que notre nouveau cinéma le proposait et en VO s’il vous plaît ! J’ai beau le connaître par cœur, je sens que je vais de nouveau succomber à l’ivresse des jegogs indonésiens lorsque la bande de Kaneda va s’occuper des Clowns. Rasera ! Rasera ! Rasera !

 

 

Des vitamines contre l’ijime

C’est avec un titre tel que Vitamine, de Keiko Suenobu, que l’on s’aperçoit combien sont friables les limites entre les différents genres de mangas. En tout cas pour un néophyte comme moi. Car lorsque l’on me dit « shōjo », immédiatement me vient en tête ce genre d’image :

Des fleurs, des boucles blondes, des yeux immenses avec des millions d’étoiles à l’intérieur, voilà, on est dans du shōjo à destination de jeunes filles.

Par contre, ce style d’image :

Là, pour moi, on est plus dans du seinen, ou du josei, le seinen pour jeunes femmes.

Tout cela pour dire qu’il va me falloir combler les quelques wagons de retard que j’ai par rapport aux shōjo qui ont fait leur révolution depuis belle lurette, avec des auteures comme Moto Hagio ou Hideko Mizuno. Comme en ce moment je suis plutôt porté sur des mangas faisant dans le récit de relations compliqués entre des hommes et des femmes (je viens de finir le très « ecchi » et « mature » Usotsuki Paradox), et que le manga du jour, Vitamine, m’a fait forte impression, les prochains articles risquent de sentir le parfum et le verni à ongles, je préfère vous en avertir.

Bref, Vitamine, excellent one shot malheureusement plus édité, qu’est-ce que c’est ? C’est très probablement un des tout meilleurs mangas sur le thème de l’ijime. Manga  touchant par ailleurs à l’autobiographique puisque l’héroïne, Sawako, est un peu comme le double narratif de Suenobu qui a vraiment connu l’ijime lorsqu’elle était jeune.

Pour la jeune Sawako, tout part d’un petit ami qui a du mal à contrôler ses pulsions. L’image un peu plus haut, c’est lui et Sawako, en train de le faire dans leur bahut. Ça passe une fois parce qu’il n’y a pas de témoins mais alors qu’il l’oblige à le laisser jouer à l’apprenti gynéco alors qu’ils sont censés nettoyer leur salle de classe en fin de journée, ils se font surprendre par un camarade qui a tôt fait de tout raconter aux autres. Commence alors pour Sawako une épouvantable réputation de « chaudasse ». Cela va commencer par des moqueries, se poursuivre par du harcèlement sur son keitai (avec des messages du type : « tu veux bien me sucer ? »), enfin par une violence de tous les instants, notamment un déshabillage forcé dans les vestiaires lors du cours du sport pour être photographiée après avoir été transformée au marker en panda :

Au bout d’un moment, c’est la goutte de trop et Sawako décide de ne plus aller au collège, d’autant que les adultes responsables qui seraient supposés l’aider se contentent de lui donner des conseils du genre : « mets-y du tien, ce qui t’arrive n’est pas si dur après tout, ils vont bien finir par se lasser ». A cette incompétence professorale succède l’incompétence parentale, du moins celle de la mère, le père de Sawako faisant preuve de compréhension devant la volonté de ne plus retourner au collège. Mais pour la mère, c’est une autre chanson, puisqu’il s’git de préparer les sacro-saints examens de préparation à l’entrée du lycée. Cela part d’un bon sentiment, comme toute les mères elle souhaite la réussite de son enfant mais on sent derrière cette envie l’image du clou qui ne doit pas dépasser dans la socité japonaise. Or, Sawako, par son attitude de refus, devien le clou que l’on voit beaucoup trop. Dès lors la mère tombe-t–elle souvent dans des crises de larmes sans que l’on sache vraiment quelle en est leur cause : une peine sincère pour sa fille ou un orgueil qui panique car sa réputation est en proie au quand diras-tu des mégères du quartier qui n’ont, elles, aucun souci avec l’éducation de leur enfant ?

Dans tous les cas, Vitamine se double alors d’un autre nœud dramatique pour Sawako. D’un côté il lui faut redonner un sens à sa vie après son refus inébranlable de retourner dans un système qui n’a pas su la protéger. Cela lui se permet par le manga, domaine dans lequel Sawako montre des aptitudes et qui va lui redonner confiance en elle. De l’autre, il lui faudra gérer la pression maternelle et essayer de transformer les attentes hyper-conventionnelles de sa mère.

Avec en filigrane cette question constante : qu’est-ce que le courage lorsqu’on a le malheur d’être en proie à l’ijime ? Est-ce retourner coûte que coûte au collège et continuer d’en prendre plein la gueule jusqu’au suicide ? Ou est-ce faire comme Sawako, c’est-à-dire blackbouler le système éducatif pour rester chez soi pour se consacrer dans un domaine où l’on pense que l’on peut réussir, ici le manga ?

La réponse de Suenobu est très clair, rester le clou qui dépasse plutôt qu’être celui qui va morfler est la forme de courage qu’il convient d’adopter. Du reste, cela débouchera pour Sawako dans une forme de rage du vainqueur qui se conclura dans le manga avec de savoureuses pages.

A la fois sombre et profondément optimiste, Vitamine est un shōjo qui porte bien son nom et qui donne envie de se pencher sur la série phare de son auteure, série elle aussi consacrée à l’ijime : Life.

La photographe (Kenichi Kiriri)

Sur la quatrième de couverture : « Un titre d’exception à mi-chemin entre L’homme qui marche et Le Gourmet Solitaire ». Signé Jiro Taniguchi.

Plutôt alléchant, et quand en plus le sujet est une lycéenne, Ayumi, pratiquant la photographie au gré de ses escapades dans Tokyo, j’avoue qu’il devient difficile de résister. La lecture du premier volume achevée, qu’en penser ?

D’abord que l’on voit bien ce qui a pu séduire Taniguchi. Les histoires, composées de cinq planches, relatent l’arrivée d’Ayumi dans un quartier de Tokyo, l’appareil argentique à la main, pour déambuler, découvrir des endroits, tomber sur des gens à la silhouette intéressante, et parfois discuter avec eux. Une plongée dans un quotidien qui perd son aspect banal pour peu que l’on sache l’observer (c’était le cas de l’Homme qui marche).

Après, on peut se demander si le format des cinq planches n’est pas limité pour faire sentir cette déambulation contemplative, d’autant que la narration est accompagné d’une multitude de récitatifs émanant d’Ayumi qui raconte les détails de sa promenade. Cela donne parfois un côté guide touristique qui n’est pas forcément déplaisant car l’auteur s’est efforcé de faire découvrir des endroits sortant des sentiers battus, mais qui donne d’une autre côté une certaine densité qui éloigne du plaisir que l’on pouvait avoir à la « lecture » des planches quasi muettes de l’Homme qui marche.

Et puis, il y a cette thématique de la photographie qui apparaît très vite comme un prétexte pour raconter des promenades et faire découvrir des lieux. Là aussi, ce n’est pas gênant en soit et pourtant, il me semble que Kiriri est passé à côté d’un aspect qui aurait pu être intéressant, surtout avec un personnage disposant d’un appareil argentique. Car se promener avec ou sans appareil photo n’est pas la même chose, pas la même excitation, le même plaisir. Observer l’entourage avec le souci constant de capter une bonne image, passer à son exécution avec l’inquiétude d’avoir fait les bons réglages (inquiétude amplifiée par le choix de l’argentique), ressentir l’excitation  d’avoir saisi quelque chose sur le vif, autant de facettes de l’activité de photographe que le mangaka n’exploite pas vraiment ici et qui aurait pu enrichir ses histoires. Mais une fois encore, le cadre des cinq planches rendait peut-être difficile d’intégrer tous ces aspects.

Chaque histoire se termine par une double page touristique résumant les « hot spots » évoqués. Pourquoi pas ?

La Photographe est un manga qui appartient à ce genre magnifié par Taniguchi que l’on pourrait appeler « le manga déambulatoire » (le « asobi manga » ?) dont il serait intéressant par ailleurs de savoir si d’autres mangakas s’y sont essayés avant Taniguchi. Il s’agit avant tout de se concentrer sur ces petits riens de la vie quotidienne qui font le bonheur des personnages peuplant ce type de manga. Si on aime ce style d’histoire, on appréciera la Photographe, et tant pis si l’évocation de la pratique de la photographie reste un peu décevante dans son approche.

Sinon, envie de voir d’autres douces créatures tenant entre leurs doigts graciles un bel appareil ? Je rappelle l’existence de ceci.

 

 

Les belles d’Ikegami

Y’a pas à dire, Tonkam et Delcourt ont bien fait les choses pour publier ce Yuko, anthologie concoctée par Ryoichi Ikegami lui-même de ses meilleures adaptations de nouvelles. L’objet est volumineux, dispose d’un papier épais et sera du meilleur effet dans le coin de votre bibliothèque où vous rangez vos œuvres érotiques. Car on s’en doute, même si l’on n’a pas forcément lu Yuko – mais que l’on connaît un peu l’œuvre d’Ikegami, surtout lorsqu’il travaille sur les scénarios burnés de son comparse Buronson – il sera forcément question dans ce livre de femmes magnifiques plus ou moins engluées dans des perversions en tous genres. Si l’on excepte Mai, the Psychic Girl, il y a en effet toujours eu la propension chez Ikegami à dessiner des histoires peuplées de mâles guerriers, qu’ils soient flics, yakuzas ou samouraïs, mais aussi de femmes splendides dessinées avec un plaisir évident et destinées à dévoiler au détour d’une planche leur nudité. Leurs visages donnent toujours l’impression d’être interchangeables, seule les coiffures permettant de les différencier, comme si ce qui intéressait Ikegami n’était pas les femmes dans leur variété mais un concept de la femme. Elle apparaîtra souvent comme pure, limite virginale, mais en même temps susceptible de s’adonner sans aucune afféterie aux plaisirs du sexe.

Après, n’imaginez pas non plus que Yuko fasse dans le hentai.  Ikegami est avant tout maître dans l’art de suggérer une sorte de « potentiel érotique » dans chacun de ses personnages féminins et n’a nul besoin de les montrer en long, en large ou en travers dans moult positions pour exprimer cet érotisme. Elles apparaissent à un moment ou à un autre dans leur plus simple appareil mais sans que cela soit le prélude à une orgie graphique libidineuse. Si orgie graphique il y a, elle est avant tout dans la sublimation d’un visage ou d’un corps, sublimation qui cristallise à la fois un point de l’intrigue et surtout le pouvoir du personnage féminin ikegamien sur les hommes.

Deux récits illustrent parfaitement ce point en se situant à deux extrêmes. D’un côté, le Serpent, habile transposition du mythe de la Gorgone dans le Japon contemporain. L’héroïne, une prof de lycée, possède un serpent tatoué à l’intérieur de la cuisse droite. Qui le voit tombe immédiatement amoureux de la femme et ne pense plus qu’à elle, ne devenant plus qu’une pierre incapable de reprendre son train de vie ordinaire. Parfaite illustration de ce que peut ressentir le lecteur à la lecture des récits d’Ikegami lorsqu’il tombe en arrêt sur un corps féminin magnifié par le talent de l’auteur pour le figer dans une sensualité graphique dont on se dit, après avoir vu la magnifique expo Kamimura à Angoulême, qu’elle aussi mériterait qu’on lui fasse honneur lors d’une prochaine édition du festival.

D’un autre côté, un Amour de Tojuro nous raconte l’histoire d’un comédien qui, pour parfaire son art et jouer à la perfection le rôle de l’amant d’une femme marié, va jouer la comédie auprès d’une femme en lui confiant son amour. Comprenant qu’elle a été dupée, cette dernière se suicidera mais qu’importe ! pour Tojuro une femme est juste ce qui lui permet de parfaire son art.

D’un côté la femme qui annihile l’homme par sa beauté ensorceleuse, de l’autre la femme utilisée par l’homme pour lui permettre de se sublimer. Deux cas opposés mais finalement une constante : la femme comme épicentre émotionnel de tous ces personnages. Quand elle est là, sa présence pose problème à l’homme. Mais enlevez-la lui, il n’est plus rien. Dans ces conditions, Thanatos n’est jamais très loin…

Thanatos et ses avatars : l’enfer, la folie et autres joyeusetés comme l’atteste cette hallucinante double planche. Je vous laisse le soin de découvrir le pourquoi du comment.

Yuko propose douze récits publiés entre 1991 et 1999. Le recueil se termine par une interviewe dans laquelle est évoqué une deuxième recueil présentant des récits publiés entre 1966 et 1972. On espère que l’info n’est pas là juste pour faire rager le lecteur français et qu’une édition française de la même qualité que ce Yuko se fera bientôt.

 

Profusion d’escaliers, de mangas, d’anguilles et de breuvages alcoolisés

Journées du 28 au 31 juillet 2014.

28 juillet

Journées bien tranquilles après la furie de l’Erekocha matsuri. Shopping, jeux avec les enfants et promenade en solitaire dans le quartier constituèrent le programme de la journée. Je rencontrai et saluai un vieux vélo sans selle, les pneus à plat et avec des début de contamination rubigineuse :

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Je lui donnai une pièce de cinquante yens pour l’aider à surmonter un peu mieux son quotidien et poursuivis ma route, le coeur navré mais édifié par la surprenante sagesse qui se lisait dans le regard de son feu avant.

29 juillet

Retour au pont suspendu non loin de la petite ville d’Aya :

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Comme à son habitude, Madame, sujette au vertige comme pas deux, nous laissa traverser le pont tout seuls. Olrik the 3rd était un peu moins jouasse, il est vrai, mais la traversée, pour familière qu’elle soit (c’était la troisième fois qu’on y allait), procura le même plaisir devant le décor majestueux. A l’autre bout, l’aventure continuait avec un escalier de la mort qui offrait un périlleux mini-circuit :

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Ce sera pour la quatrième visite du site, lorsque Olrik jr et Olrik the 3rd auront fortifié leurs mollets. Plutôt que d’entendre d’interminables plaintes (du genre « c’est long ! », « bon, on fait demi-tour ? »), je préférai tourner les talons, d’autant qu’il était midi et que Madame voulait nous offrir un restau situé dans la distillerie d’Aya.

Endroit sympathique d’ailleurs que cette distillerie, le magasin du site proposant une dégustation à volonté d’une jolie quantité d’alcools divers et variés (vin blanc, saké, shochu, whisky).

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Use at your own risk

Je me donnai bien pour goûter un maximum  et j’avoue que c’est le pas un peu tremblant que je gravis les escaliers menant au restaurant.

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Woopee !

Arrivé à l’étage, je sus néanmoins que le cadre allait être propice à un cuvage qui allait bien se passer :

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Et de fait, l’anguille passa le mieux du monde :

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30 et 31 juillet

Temps de chien, donc shopping et farniente. Petite virée au magasin de sport à l’Aeon du coin pour acheter un gant de baseball :

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… mais devant tant de choix et surtout de tarifs faisant dans le home run, j’abandonnai l’idée. Dans une librairie Olrik the 3rd essayait pendant ce temps de dégoter un bon Tezuka :

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« Eto… »

Librairie dans laquelle une marionnette de chat sadique me faisait de l’œil. J’imaginais toutes les belles histoires que j’allais pouvoir raconter le soir à Olrik the 3rd pour s’endormir mais là aussi, le prix prohibitif me donna quelques suées et je laissai tomber la belle marionnette.chat-marionnette

Nous rentrâmes les mains vides mais n’importe, c’était l’assurance de compenser en se remplissant le ventre de, devinez quoi ?

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(the DC Archives) Douce Enbi, tu es magique

Occupé que je suis en ce moment à écrire des critiques hors Japon sur un autre site, je ne me foule pas ce W-E et réuploade un vieil article manga écrit pour Drink Cold. Au programme : magical girl, tétons dressés et références cinématographiques. On doit ce chef d’oeuvre à l’inénarrable Go Nagai, l’homme derrière Goldorak et une multitude de mangas bien souvent passablement barrés. Amateurs de bon goût, s’abstenir. Pour les autres, bonne lecture !

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(article paru sur Drink Cold le 20 décembre 2011)

Souvenez-vous, il y a quasiment un an jour pour jour la buvette avait organisé un fabuleux Décéthon, à grand renfort de bijins habillées en mères Noël et de hardos suédois, et ce dans le but de renflouer les caisses et de nous procurer quelques CD et DVD pour alimenter Drink Cold en chroniques fraîches.

olrikmobile

J’avais même sillonné une semaine durant les routes du Groland sur ma olrikmobile pour essayer de récolter des dons ! Résultat ? Des nèfles !  Merde quoi !

Las, en fait de dons, nous n’avons récolté en tout et pour tout que 17 mails orduriers, 5 molards, 54 doigts d’honneur, 24 rots, 14 pets d’indifférence, 118 rires gras, 256 vannes, 18 cartes Pokémon et 3 petites culottes usagées (ça par contre c’était plutôt cool, merci aux généreux donateurs).

Du coup, tant pis pour vous, il n’y aura pas de Décéthon cette année. Mais comme nous sommes décidément indécrottablement bons à la buvette, nous avons tout de même décidé de marquer le coup en vous donnant un fabuleux tuyau pour les achats de Noël. Car oui, si votre petite amie apprécie les mangas, je ne vois pas d’autre solution que de lui offrir ceci :

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Sans doute vous dites-vous ici : tiens ? J’ai déjà vu ça quelque part ! Effectivement, vous l’avez fatalement aperçu puisqu’il se trouve dans le bibus à mangas installé dans nos gogues, coincé entre un tome de Toilet Hakase  et un autre de G-Taste. Avec une différence avec ces deux chefs-d’œuvre cependant. Autant ces derniers sont tout constellés de  taches diverses et variées, montrant par là même leur succès auprès de leurs chieurs de lecteurs, autant ce Dororo Enbi-chan est encore quasi immaculé, comme au jour de son achat au Mandarake de Shibuya, comme si cette hideuse couverture était un repoussoir à toute lecture.

Or, il en va de ce manga comme des silènes de Rabelais. Insignifiant à l’extérieur, à l’intérieur des trésors à foison ! Comment pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que l’auteur n’est autre que le seul, le vrai, l’unique et indispensable Go Nagai ? A une époque où la communauté otaku se tire une nouvelle fois la nouille devant une énième resucée d’Har-loque par Leiji Matsumoto (cette fois-ci en 3D, original !), il est bon d’évoquer à nouveau sur Drink Cold un vrai mangaka, de la race de ceux qui ont compris que l’art du manga n’a rien à voir avec d’ennuyeux pirates balafrés, des locomotives à la con dans l’espace ou de sordides bijins filiformes n’offrant pas la moindre possibilité de fan service, mais bien de robots géants, de mekuri, d’héroïnes généreuses et d’humour léger comme un poil de bite trouvé dans un sauternes au moment du réveillon. Leiji Matsumoto, Go Nagai, tout oppose ces deux-là. D’un côté le vieux crabe qui chie du marbre :

leiji-matsumoto

Remballe ta morgue hé, has been !

De l’autre un presque septuagénaire toujours alerte et partant pour déconner avec des cosplayeurs à des conventions :

Go Nagai 02

Ouais, et j’imagine qu’il doit y avoir un plan groupie derrière tout ça, si vous voyez ce que je veux dire… (matez-moi l’érection de Grendizer ! Chaud !)

Oui, Go Nagai est bien de ceux qui boivent frais et toujours il aura une place à part dans nos cœurs et dans notre buvette. Certains ironiseront sans doute que cette « place à part » se résume pour l’instant à un bibus dans nos chiottes. En ce qui me concerne, peu importe, je préfère amplement chier en lisant un bon manga de Go Nagai que me faire chier en lisant un mauvais manga de Leiji Matsumoto. Et puis, j’évoquais Rabelais, que ces ânes à la critique facile aillent donc lire le chapitre sur le torche-cul, ils verront combien la matière fécale n’est pas sans noblesse et peut être digne d’intérêt. Encore une fois, tout n’est qu’apparence. Si à ce moment de l’article vous en êtes encore à penser : « Quoi ? Un manga de Magical Girl ? Et puis quoi encore ?  Pourquoi pas un disque de K-pop et une carte de membre à Nautiljon tant qu’on y est ? ». C’est que vous êtes justement mûrs pour vous inscrire sur Nautiljon. Les silènes les mecs, les silènes. Prenez donc ce manga dans vos pognes, ne vous laissez pas rebuter par l’horrible couv’. Si  vous l’ouvrez, des trésors vous apparaîtront. Car en fait de Magical Girl vous n’aurez pas droit à ça :

fresh precure

Merci d’ailleurs à Nautiljon pour m’avoir procuré cette image.

Mais bel et bien à ceci :

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Traduction réalisée par mes soins, vous l’aurez compris.

Un exemple parmi tant d’autre de la grande capacité du maître à faire du neuf avec du vieux. On connait tous le vieux gag de Wonder Woman en train de se faire tringler par l’homme invisible en haut de l’Empire State Building. Eh bien Go Nagai revisite l’histoire avec…

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Dans Dororon Enbi-chan, nous somme à la conjonction de plusieurs thématiques propres à Nagai : la magical girl donc, celle du démon (Devilman), celle du graveleux  (Harenchi Gakuen, mais c’est loin d’être le prie dans ce domaine !) et celle de l’héroïne sexy (Cutie Honey). Nagai a tout foutu dans le shaker et, avant de secouer, a rajouté une généreuse rasade de cul et moult pincées de vulgarité. Le résultat est ce manga, du début à la fin débile et mal poli :

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… ou si peu.

Oui, Dororon, tout comme Toilet Hakase, est un manga qui sent la merde. Et pas seulement. Nous venons de voir qu’avec Invisibull le foutre pouvait dégager de fortes effluves à la lecture de ces pages. Mais la cyprine n’est pas en reste comme en témoigne une sacrée guest star :

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Sylvia Kristel en personne qui nous joue ici le rôle d’une bartender de haute volée :

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Mais tout cela n’est rien. Puisque je viens ici d’évoquer notre boss, il sera ravi d’apprendre que son plus farouche ennemi se trouve ridiculisé dans ce manga :

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Robocop !

Dans ce manga, Go Nagai cultive à l’envi les citations envers d’autres personnages occidentaux, parfois mélangés à ceux du terroir. Ainsi Kintarô 13 , improbable mélange de Kintarô et de Jason, chevauchant pour se déplacer un ours et dont le seul but est de massacrer les passantes, à ses yeux toutes des salopes consumées de luxure.

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Son ours est d’ailleurs le plus rapide à dégainer son arme, démontrant au passage à son maître que ces dévergondées méritent bien le sort qui les attend.

Avec de telles scènes, vous aurez compris qu’entre les mémoires de Chthulu et Dororon Enbi-chan il n’y a pas grande différence, dans les deux cas votre santé mentale en prend un sacré coup. Et ce n’est pas l’ultime chapitre du manga qui lui permettra de se refaire la fraise :

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Le client rondouillard est Go Nagai lui-même. Derrière lui, un certain Hannyabal Lecter qui va se mettre à bouffer à la petite cuillère le cerveau d’un Nagai hilare et portant un toast au futur plein de promesses de l’industrie du manga. Heureusement, Enbi-chan sera là pour en découdre :

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Épatante d’ailleurs, cette Enbi-chan. Je m’aperçois ici que je ne l’ai pas encore présentée.  Il convient ici de retracer son pedigree. À l’origine, il y a un autre personnage de Go Nagai, Enma-kun :

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Manga à la base un tantinet barré lui aussi. J’en parlerai une autre fois.

Dororon Enbi-chan (paru en 2001) nous explique au début qu’Enbi est en réalité la nièce d’Enma-kun, ce dernier n’étant qu’un prototype à ce qui vise à être « l’ultime manga de démons ». A noter qu’un récent anime, Dororon Enma-kun Meeramera, réunit Enma et Enbi qui est devenue entre-temps sa cousine :

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Oui, il s’agit d’un anime pour les mouflets. on s’en doute, aucune chance de la voir débouler en France.

Bref, Nagai reprend en les modifiant quelque peu le trio de personnages de départ :

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En effet, ce sont bien  grosso merdo les mêmes personnages. La seule différence est  qu’ils sont systématiquement les couilles ou la moule à l’air. A part ça, vraiment pas grand chose à signaler. Ah si ! Les intéressants pouvoirs d’Enbi-chan. Outre les tétons érectiles détecteurs de démons, que l’on voit ici en action (quand le durcissement est accompagné d’un gémissement d’Enbi-chan, c’est qu’il est vraiment tout prêt), citons aussi le balai magique de notre belle sorcière. Un balai sans poils (vu qu’il y a ceux d’Enbi, ça ferait double emploi) et qui ne vole pas mais qui, lorsqu’il est enfoncé dans le schtroumpf de notre héroïne, à pour pouvoir lui aussi de se raidir et…

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D’indiquer la direction où se trouve le malfrat !

Bon, arrivé à ce stade de cet article, est-il vraiment utile de continuer ? Je pense que vous êtes maintenant parfaitement à même de saisir les beautés cachés de ce manga et que vous saurez, lors de votre prochaine commission, lui faire honneur. Songez bien que tout le monde n’a pas la même chance :

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Avant de partir, n’oubliez pas d’en acheter un exemplaire pour votre petite amie (j’en ai une caisse de 50, y’en aura pas pour tout le monde). Venez me trouver à l’arrière salle, j’y ai installé un petit stand où m’aide ma nouvelle apprentie :

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Ho Ho Ho !

Pour le mot de la fin, je laisse la parole au maître :

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« Buvez frais et joyeux Noël les kids ! Moi, je retourne jouer avec mes figurines. »

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(The DC Archives) Toilet Hakase, un manga qui fleure bon la rose



Vieux proverbe chinois : celui qui s’endort en lisant Toilet Hakase se réveille avec le doigt qui pue. J’ai testé et je confirme : quoique pas chiant, ce manga est dangereux d’un point de vue olfactif. Mais pour ce qui est de la pédagogie et de l’éducation des lardons là, vous m’excuserez, ce chef d’oeuvre est aussi indispensable qu’un rouleau de Moltonel après une bonne colique…


 (article paru sur Drink Cold le 10 novembre 2010)

Plus rapide qu’une colique impromptue, plus teigneux qu’un balai à chiottes, plus corrosif qu’une plaquette de Desktop, plus résistant que du Moltonel, plus mordant qu’un sanibroyeur, j’ai l’immense plaisir de vous présenter aujourd’hui le seul, l’unique, le grand, le malodorant…

DOCTEUR CHIOTTES !

 

Oui, vous ne rêvez pas, vous voyez bien le logo JUMP COMICS. En soi, cela n’a finalement rien de bien surprenant, l’humour scato dans les mangas étant un grand classique. Pour ne citer que cet exemple, souvenez-vous du pet de l’immonde Bactérie sur la face de Kuririn. Reste que, tout de même, à la différence d’un Dragon Ball ou d’un Dr. Slump qui utilisent le filon de temps en temps, il faut savoir que cette série, qui traite de merde donc (à ne surtout pas confondre avec une série de merde), a été publiée de 1970 à 1977 et déclinée…

En 30 volumes ! (un record, avant d’être battu par Kochira Katsushika-ku Kameari Kōen mae Hashutsujo)

Vous me direz, pour une série qui parle d’excréments, il est logique qu’il y en ait une chiée. Sans doute. Mais quand on y réfléchit… 30 volumes !… soit 200 pages par volume… 200 X 30 cela nous fait… grosso merdo… 6000 planches, 6000 putains de planches fécalisantes ! Tout cela était-il vraiment bien raisonnable ? Laissons ici le docteur Chiottes répondre :

Oui, complètement ! Il fallait bien cela pour l’éducation de ces petits !

En effet, qu’on se le dise, derrière ses apparences bassement scato,Toilet Hakase (de Torii Kazuyoshi au fait), est une œuvre hautement éducative. Cette série est, au même titre qu’un certain manga d’Hiroshi Harata, une de ces œuvres que les pères de famille d’aujourd’hui sont fiers d’avoir lues dans leur jeunesse. Grâce à elles ils sont devenus des hommes emplis de ces valeurs qui font aujourd’hui du Japanisthan une des plus glorieuses nations de notre monde.  Mais regardez plutôt, vous allez comprendre :

Si avec ça Ségolène n’est pas convaincue de l’utilité des mangas…

Eh oui, depuis l’épisode du torche-cul dans Gargantua, on sait combien l’étude du caca peut être synonyme d’apprentissage de la vie. Il n’en va pas autrement dans Toilet Hakase qui dispense de petites leçons philosophiques à coups de séances d’observation de caca boudin sous les yeux hilares et émerveillés de ses jeunes lecteurs. Je vous le dis franchement : j’aurais aimé être un jeune Japanisthanais à cette époque rien que pour le plaisir de lire les aventures du docteur Chiottes. En France, il ne fallait hélas pas trop y compter. Vous imaginez, vous, la Castafiore, Tif et Tondu, le Scrameustache ou même Yoko Tsuno en train de couler un bronze ? Non, pas vraiment hein ?

Encore que, pour cette dernière…

Bon, pour Blake et Mortimer le cas est différent car là, pour le coup, c’est plutôt eux qui ont eu tendance à me faire chier, foi d’Olrik ! Mais cela mis à part, je n’ai aucun souvenir d’une bd franco-belge pour la jeunesse jouant la carte du pipi caca.

Mais alors, pourquoi ce topos quasi obsessionnel de la merde est-il permis au Japanisthan ? Pourquoi cela passe-t-il comme la main d’un chikan dans la culotte d’une OL aux heures de pointe, alors que chez nous ce serait le tollé assuré (souvenez-vous des Crados d’Art Spiegelmann) ? Tout d’abord, il y aurait comme un « moyen réconfortant d’extérioriser les problèmes de l’inconscient masculin nippon » (Jean-Marie Bouissou), à lier avec un père souvent absent durant l’après-guerre et une mère surprotectrice. En gros, un beau bordel entre le complexe d’Oedipe et un stade anal qui a du mal à tourner la page. Mais comme pour beaucoup de choses au Japanisthan, la raison peut aussi être à chercher du côté du shintoïsme où la notion de fertilité, prépondérante, a toujours vu d’un bon œil le meilleur engrais qui soit : le popo humain. Pensez, aller déféquer sur ses azalées ou ses patates n’a jamais fait peur au cultivateur japonais, même en plein hiver ! La merde est notre amie, elle est naturelle, bonne, fertile et drôle. En un mot :

LA MERDE EST LE BIEN

C’est ce que n’a de cesse de rappeler Toilet Hakase, manga pas chiant pour deux sous. Et bien dessiné avec ça : souplesse, élégance, précision et économie du trait, on sent que le mancaka n’avait pas de la merde dans les yeux. L’humour ? les mauvaises langues auraient tort ici de dire qu’il caresse  honteusement les gosses dans le sens du poil. L’humour glacé et sophistiqué y est en effet de rigueur, jugez plutôt  :

Subtil, non ?

Apprécions aussi le côté Tex Avery avec cet humour défiant les lois de la nature et jouant avec les caractéristiques graphiques de la bande dessinée :

 

Autre gimmick qu’un Akira Toriyama utilisera plus tard dans Dr. Slump, l’utilisation soudaine d’un graphisme réaliste :

La série fut sponsorisée un moment par une crème hémorroïdale.

Enfin, des gags conceptuels plutôt audacieux pour des gamins. Le mangaka devait sérieusement boire frais :

 

Et ce n’est pas fini ! Cerise sur le gâteau : pour les parents, le manga y va même de son conseil éducatif, du type de ceux qu’apprécierait sûrement Takeshi Kitano :

Comment faire avec les lardons qui continuent de se faire dessus ? Ne les lavez pas, suspendez-les avec le linge sale, ça finira bien par leur passer.

Bref, vous aurez compris que Toilet Hakase est un manga totalement indispensable à l’éducation des enfants, et Glénat serait bien inspiré de l’intégrer dans sa collection Kids (au lieu de publier des machins comme Chi).

En revanche attention ! Un peu comme avec le kancho, ce manga est à manipuler avec précaution. Et là, je ne peux faire autrement que de lancer la rubrique…

DC

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JEUX !

 

Les deux situations qui vont suivre présentent des situations authentiques (j’insiste, 100% authentiques) dans lesquelles les protagonistes ont manifestement des problèmes avec leur merde. Pour chacune d’elle, dites si la lecture de Toilet Hakuse est conseillée ou nonVous êtes prêts ? Voici la première situation :

1) Vu sur un forum :

bonjour a tous 
Voila j’ai 24 ans et ca va faire 2 ans que je prend des crises d angoisses des que je dois sortir , j ai peur d avoir envie d aller aux toilettes et de me « faire dessus » suite a ca je me suis coupé de l exterieur en restant enfermé j ai moi ce qui a fait que j ai perdu mon boulot mon copain et grand nombre d amis qui ne comprennais pas pourquoi je refusé toujours leurs invitations . depuis peu j ai l impression que ca s aggrave ce matin par exemple j avais un entretien telephonique et j ai eu une crise avant . Je ne sais plus quoi faire j avais commencé a aller voir un psy mais ca n a pas du tout collé avec lui donc j ai aretté et je cherche une solution pour me sortir de ce probleme qui m en cause bien d autre pour l instant je suis au chomage mais ca va pas durer je me demande comment je vais faire pour me maitrisser quand je vais devoir aller a un entretien d embauche ou alors quand je vais aller visiter un appart . Si qq est dans le meme cas et qu il a reussi a s en sortir je serai heureux d en parler avec lui . merci d avance a tous ceux qui prendrons le temps de lire ce message 3615 ma vie ^^ . Céline

Alors ? Pas d’avis ? Allons, poussez que diable ! Non, toujours pas ? Bon, voici le deuxième cas, peut-être que ça viendra :

2) Fait divers survenu le 3 août à Settsu, une ville dortoir de la région d’Osaka :

Tatsuya Moriguchi, 39 ans, stressé par son travail, a été arrêté par la police japonaise pour avoir jeté ses excréments sur deux passantes en roulant en moto. Le 3 août, l’homme, après avoir faits ses excréments en plein air, a enfourché sa moto tenant le guidon de la main droite et ses excréments de la main gauche. Arrivant à la hauteur de la jeune femme, le motard l’a bombardé.

« Le suspect a expliqué avoir fait ça car il se sentait stressé au travail », a expliqué le porte-parole de la police.

« Je n’ai aucune idée du type de peine dont il pourrait écoper », a reconnu le porte-parole, confiant n’avoir « jamais entendu parler d’un cas comme celui-là auparavant ».

Tatsuya Moriguchi a préféré se rendre à la police car pour lui, il n’aurait pas pu échapper à la police plus longtemps.

 

Pas simple hein ? C’est de votre faute aussi bande de crêpes, vous auriez bossé un peu plus à l’école primaire, ce jeu ne serait qu’une formalité. Allez, écrivez vos propositions sur un bout de papier, je ramasse. Passons maintenant aux soluces :

Soluce du n°1 :

Réponse du Dr. Olrik, proctologue de la buvette Drink Cold :

Ma petite Céline,

Tous les symptômes que tu évoques sont la manifestation d’une apopathophobie carabinée, comprends la peur d’aller faire la grosse commission. Dans ton cas, je n’hésite pas et te prescris la collection complète de Docteur Chiottes. Je te conseille de placer les trente tomes dans toutes les toilettes susceptibles d’accueillir ton gros derrière (tes toilettes, celles de tes parents, de ton boulot, etc.). Dès que tu sens que les intestins te travaillent (et donc, par la même occasion, que sourd une désagréable angoisse), rends-toi au bidet, là ou tu sais qu’un exemplaire de Toilet Hakuse t’attend. La drôlerie des situations de détendera, t’aidera à relâcher le sphincter et à étouffer tout sentiment d’oppression. Au fil du temps, tu n’associeras plus mentalement le fait d’aller à la selle à quelque chose d’angoissant mais au contraire à une activité bidonnante. À tel point d’ailleurs que tu t’apercevras sûrement qu’il peut être bon de rester une heure dans les toilettes à lire un vieux manga (moi en tout cas j’aime). N’oublie pas de t’essuyer à la fin et d’aller te laver les pognes.

Bien à toi,

Docteur Olrik

PS : pour le cas où il s’avérerait (mais j’en doute) que ma prescription ne fonctionne pas, il y a toujours l’utilisation du kancho, matin, midi et soir avant les repas. Demande à tes proches de t’aider.

 

Soluce du n°2 :

Il y avait un piège ! Car dans le cas de ce Moriguchisonbronzenpleinair, le mal était déjà fait ! Stress au travail ? Et mon cul, c’est du yakitori ? Flairant l’excuse nauséabonde, j’ai déféqu… dépêché nos deux reporters de choc, Sébastien et Mamadou…

Et fissa bande de larves !

… ces deux têtes chercheuses spécialisées dans l’exploration cloaqueuse du Japanisthan, afin de nous mettre au parfum sur la véritable raison qui a poussé cet ouvrier à confondre OL et lunettes de gogues. Et devinez quoi? Cet homme était un inconditionnel de cette série ! Se faisant passer pour des policiers, nos deux reporters ont en effet retrouvé dans son appartement les 30 tomes (tous dédicacés par l’auteur) de la série, 25 figurines à l’effigie des personnages et une peluche trouvée dans son lit :

 

Et il y a pire : en explorant certains forums japanisthanais, Seb et Mamadou découvrirent que l’homme projetait de se rendre à Harajuku, déguisé en Docteur Chiottes et armé de deux sacs remplis de ses excréments pour agresser les passants. Un peu plus et l’on avait droit à de nouveaux reportages bien médiocres sur France 2 susceptibles d’énerver Megane (pas bon pour son cœur), on l’a échappé belle – non, pas de jeu de mots dispensable avec « caca nerveux », je me sens un peu vidé là.

Bref, vous aurez compris que dans ce cas, conseiller ou non la lecture de Toilet Hakase n’a aucune espèce d’importance, le type est bon pour l’asile, ou pour aller boire frais à la buvette.

C’est ça, bonne idée ! Tous à la buvette !

 

L’Univers des mangas, de Thierry Groensteen

Faire un article sur un ouvrage traitant de mangas n’est a priori pas très original mais voilà, il ne s’agit pas de n’importe quel ouvrage. Publié en 1991 lors du 18ème salon de la BD d’Angoulême (dont l’invité d’honneur était le Japon), ce livre est tout simplement le premier essai en français consacré aux mangas :

Et à l’époque, j’aime mieux vous dire qu’il faisait figure de Bible tant les choses à se mettre sous la dent étaient rares. Il y avait bien quelques fanzines faits par une poignée d’amateurs éclairés (Mangazone) mais il manquait encore un ouvrage portant un regard à la fois général et précis. Thierry Groensteen, ponte de la BD (entre autres choses théoricien et fondateur de la revue les Cahiers de la bande dessinée), eut la bonne idée de s’y coller et c’est ainsi que parut chez Casterman cet Univers des mangas.

Presque vingt ans après, que reste-t-il de ce livre ? Eh bien par rapport à pas mal de concurrents qui ont paru depuis, il a plutôt bien traversé les années et reste valable dans une très large mesure. À commencer par la chronologie de l’histoire du manga qui ouvre le livre. En une petite dizaine de pages, du VIème  siècle à 1989, Groensteen livre les principales dates qui ont peu à peu contribué à faire du manga le phénomène qu’il est devenu. Suit un chapitre intitulé « une industrie du divertissement » qui s’attache à l’économie du manga, à la fois en amont (recrutement de nouveaux dessinateurs) et en aval (les différents moyens pour consommer du manga). Avec les nouveaux médias qui tendent à se développer, c’est un chapitre qui mériterait maintenant d’être retoqué. Mais il reste suffisamment parlant en ce qui concerne l’énorme place que tient le manga dans le quotidien japonais.

Dans le 3ème chapitre (Autres thèmes, autres styles), Harry Morgan (l’ouvrage est collectif) s’attaque au gros morceau : l’esthétique du manga. Et là aussi, il est étonnant de voir combien ce panorama précurseur  tient encore la route. Que ce soit dans l’éventail des thèmes évoqués et dans le panel d’auteurs pour servir d’exemples, Morgan ratisse large et juste. Tout comme ce qu’il en dit. Avec un sujet aussi neuf, on aurait pu craindre que l’auteur n’ait des œillères et ne voit pas, ou sous-estime telle ou telle facette du manga. Ce n’est pas le cas, aussi bien dans les thèmes que dans l’évocation des caractéristiques graphiques, Morgan fait preuve d’une vulgarisation qui donne une parfaite image du manga au néophyte qui n’y connaîtrait rien.

Les chapitres suivants consacrés à l’animation et, passage obligé là aussi, Osamu Tezuka, sont du même tonneau, tout comme l’ultime chapitre, présentant 25 auteurs. Ici, Groensteen prend soin d’affirmer qu’il est pleinement conscient du fait que certains regretteront la présence de tel ou tel auteur. Reste que le choix est judicieux. Compte tenu des assimilations hâtives que l’on pouvait craindre (et qui n’a pas manqué de se faire) entre mangas et dessins animés japonais (pas vraiment en odeur de sainteté), on pouvait craindre que le spécialiste de la BD ne sorte l’artillerie lourde et balance  uniquement des titres auteurisants pour bien signifier combien le manga est un art respectable. Mais il n’en est rien, l’auteur ayant bien insisté sur l’aspect populaire de cette culture, il n’hésite pas à citer par exemple dans sa liste Fujio-Fujiko, les deux auteurs de Doraemon.

Voici les 24 autres : Fujio Akatsuka (Tensai Bakabon), Tetsuya Chiba (Ashita no Jô), Machiko Hasegawa (Sazae san), Hiroshi Hirata (le Guerrier borgne), Ryoichi Ikegami (Crying Freeman), Shôtaro Ishinomori (Cyborg 009), Rakuten Kitazawa, Gôseki Kojima (Lone Wolf and Cub), Leiji Matsumoto (Captain Harlock), Hayao Miyazaki, Shigeru Mizuki (Hakaba no Kitarô), Gô Nagai (UFO Robo Grendizer), Shinji Nakashima (Fûten), Keiji Nakazawa (Hadashi no Gen), Ippei Okamoto, Katsuhiro Otomo (Akira), Takao Saito (Golgo 13), Sampei Shirato (Kamui Den), Shigeru Sugiura, Suihô Tagawa (Norakuro), umiko Takahashi (Urusei Yatsura), Akira Toriyama, Yoshiharu Tsuge et Ryûichi Yokoyama (Fuku-chan).

On peut retourner la liste dans tous les sens, il me semble qu’il est assez difficile de crier au scandale.

L’Univers des mangas, vingt après sa parution, est donc un ouvrage qui n’a pas à rougir de son grand âge dans un univers où le travail critique s’accélère d’année en année. Il a de plus un autre avantage : celui d’être savoureux dans ses ultimes pages. La conclusion est le moment au l’auteur se mouille un peu, y va de son petit pari sur l’avenir. Et là, il est amusant de voir combien le pessimisme de Jean-Paul Jennequin, qui se prête à l’exercice, tombe sans le savoir à plat quand on sait de quelle manière la manga s’est par la suite implanté en France. Rappelons que nous somme à l’époque où Akira paraissait péniblement en kiosque. « De son succès dépend sans doute assez largement l’avenir des mangas sur notre territoire » prédit Jennequin.  Phrase qui faisait froid dans le dos puisque  le succès d’Akira fut assez mitigé. Et Jennequin de déplorer l’existence d’ersatz de mangas réalisés en France (le journal d’Astro le petit robot) ainsi que des fausses BD du Club Dorothée Magazine, BD réalisées à partir d’images d’anime, autant de tâcheronneries ne facilitant pas la bonne réception de cette fabuleuse culture populaire qu’est le manga.

Ces quelques lignes baignent donc dans un pessimisme retenu, pessimisme que contrebalance sans trop y croire le souhait de Jennequin de voir « un éditeur motivé et solide capable de faire découvrir au public français le haut de gamme de la production ».

Ce haut de gamme salutaire viendra quelques années plus tard grâce à un petit gamin avec une queue de singe et plus balèze que Benoît Brisefer, jetant les bases d’une déferlante manga qui, malgré les réserves des sceptiques, s’installera durablement. On l’a échappé belle, merci Goku !

En complément, je ne saurais trop vous conseiller d’écouter la dernière émission de Mauvais Genres (écoutable sur le site pendant un mois je crois). François Angelier rappelle en début d’émission que cela faisait une paie qu’il n’avait pas consacré une émission aux mangas. C’est vrai et c’est bien dommage car à chaque fois le thème traité donnait lieu à une heure d’informations absolument passionnantes. Espérons que le père Angelier rattrapera le retard cette année.

Pour l’émission de samedi dernier donc, était invité Jean-Marie Bouissou pour Mangas, histoire et univers de la BD japonaise, essai de plus de 400 pages qui risque fort de s’installer comme la nouvelle référence en la matière. L’ouvrage devrait paraître prochainement chez Picquier. À suivre.

Dôsei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, Tome 2

Lors de mon précédent article consacré à ce manga, j’avais suggéré que cette chronique de la vie d’un couple pouvait se savourer  par petites tranches, puisque finalement, on assistait à de petits épisodes de leur vie quotidienne, sans réelle ligne directrice. En fait, j’avais tout faux. Dans le deuxième tome qui vient de paraître, finis en effet ces petits moments, finies les scènes intimistes. Tout va mal : le lecteur assiste, impuissant, au fulgurant délitement de leur relation. Autant le premier tome est lumineux, avec parfois des moments de doute, autant ce tome est franchement sombre. Avortement, tentative de suicide, folie, asile psychiatrique, voilà, pour donner une idée, quelques épisodes qui permettent de composer les 700 pages du volume. C’est sinistre, mais en même temps fascinant. On aimerait que cela se passe mieux pour eux, mais cette descente aux Enfers, portée par le style toujours admirable de Kamimura, a quelque chose d’hypnotique.  Autant le premier tome peut effectivement se lire par petits bouts, autant celui-ci  peut se lire d’une traite, inquiet du sort de Kyoko, et curieux de l’évolution de Jirô, indéniablement le personnage principal de ce volume.

Pour ce qui est des audaces graphiques, Kamimura remet le couvert, rien ne change, rassurez-vous. Chaque planche est un éblouissement… ou, parfois,  un traumatisme. A ce titre, la scène d’avortement, avec son découpage minimaliste, possède une dureté sèche que j’ai rarement vue en bande dessinée. Et l’on comprend volontiers pourquoi Kyoko est durablement perturbée après cette épreuve.

La mécanique du couple est donc considérablement grippée durant ce tome. On termine la lecture un peu déçu, après tant d’épreuve, on aurait aimé que cela se termine un peu mieux pour ce qui est à mes yeux le couple le plus charmant, le plus réussi, le plus « vrai » de l’histoire de la bande dessinée. Petite consolation : ce n’est pas fini, un ultime tome (sans doute aussi un gros pavé de sept cents pages) nous attend, avec son lot de passages virtuoses graphiquement, d’érotisme, de moments durs et, espérons-le pour Kyoko et Jiro, de moments de tendresse retrouvée.

Obituari (un peu tardif) : Yoshito Usui

Voilà une nouvelle qui n’en est pas vraiment une puisqu’elle date du mois de septembre. Mais à part auprès de ceux qui suivent l’actualité manga de très près (ou l’actualité japonaise), elle avait de fortes chances de passer inaperçue dans nos contrées. En tout cas, sa découverte aujourd’hui m’a attristé puisqu’elle signifie l’arrêt d’une série sympathique et anti-conformiste : Crayon Shin-Chan.

Avant d’évoquer cette série, deux mots sur la disparition du mangaka. Son corps a été retrouvé sans vie le 19 septembre dans une montagne du centre du Japon. Une semaine auparavant, il avait annoncé à sa famille qu’il allait faire une excursion en montagne (chose habituelle pour lui)  et qu’il serait de retour dans la soirée. Ne le voyant pas revenir, ses proches ont évidemment rapidement alerté la police mais il aura fallu attendre une semaine pour qu’un alpiniste découvre son corps. L’endroit où il a été découvert et les nombreuses fractures ont indiqué qu’il a vraisemblablement été victime d’une chute mortelle. Il avait 51 ans. Lire la suite Obituari (un peu tardif) : Yoshito Usui

Dousei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, de Kazuo Kamimura

        Attention chef d’œuvre ! A l’heure où les éditeurs français semblent s’être donnés le mot pour inonder le marché de shôjo mangas pour jeunes pucelles en mal d’émotion, Kana tire magnifiquement son épingle du jeu en proposant une sublime histoire d’amour. Et lorsque l’on sait que le créateur de cette histoire n’est autre que Kazuo Kamimura (l’auteur de Lady Snowblood, entre autres), on peut se douter que ce ne sera pas une bluette fade mais une histoire d’amour teintée d’érotisme à destination d’un public plutôt adulte. Lire la suite Dousei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, de Kazuo Kamimura

« Mes Voisins les Yamada » débarquent en France !

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 Tonari no Yamada, le célèbre manga de Hisaichi Ishii, adapté au cinéma par Isaho Takahata, vient de sortir aujourd’hui en librairie. C’est une excellente surprise, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il s’agit d’un classique et cela manque en France où l’édition, ciblée essentiellement vers un public ado, ne prend pas toujours de risques avec ce type de titre susceptible de plaire surtout à un public adulte. Lire la suite « Mes Voisins les Yamada » débarquent en France !

36ème festival d’Angoulême

     Ce week-end avait lieu le 36ème festival de la bande dessinée d’Angoulême.  Comme toujours il y avait un monde démentiel et, comme c’est le cas depuis quelques années, la part consacrée à l’international était non négligeable. Ainsi, pour le pays qui nous intéresse, il y avait des événements intéressants pour le Japon. Cela dit, autant l’avouer tout de suite, je suis sérieusement et honteusement passé à côté cette année. Je m’en veux en particulier pour avoir foiré la séance de dédicaces qu’il ne fallait pas rater : celle de Hiroshi Hirata, un des maître du gekiga (le manga réaliste adulte), vénérable monsieur de 72 ans qui a gratifié l’assistance venue nombreuse d’un petit show dans lequel maître Hirata, vêtu d’un kimono, a bu du saké comme avant d’aller à une importante bataille et a entamé une sorte de chant guerrier. Lorsque j’ai vu la file de personnes attendant pour une dédicace, je me suis dit que ce n’était pas le peine de rester. Et pourtant, lorsque j’ai vu plus tard en quoi consistait la dédicace (juste une page magnifiquement calligraphiée, pas de dessin), j’ai compris que l’attente n’aurait pas été aussi longue que je le croyais. Bref, je n’ai plus que mes yeux pour pleurer maintenant et j’y réfléchirai à deux fois l’année prochaine lorsqu’un maître du manga honnorera le festival de sa présence. Lire la suite 36ème festival d’Angoulême