Archives du mot-clé Miki Sugimoto

Girl Boss Guerilla (Norifumi Suzuki – 1972)

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La belle et farouche Sachiko (Miki Sugimoto) est la chef du « gang des casques rouges », groupe de motardes qui ont décidé de quitter leur base, Shinjuku, pour aller se faire de l’argent facile du côté de Kyoto. Problème : elles doivent d’abord affronter la boss locale, Rika, qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de ce gang rival, puis apprendre à faire gaffe aux yakuzas du coin mené par Takahara, frère d’une ancienne chef de bande, Nami (Reiko Ike). Nami justement, qui revient à Kyoto simplement pour retrouver ses racines et profiter du Gion matsuri. Elle sympathisera avec Sachiko et son aide sera bien utile car les frictions avec Rika et Takahara vont rapidement s’amplifier. Si vous êtes arrivés à ce point du résumé et que vous avez tout compris, j’ajouterai seulement qu’un boxeur, Ichiro Miyazaki, fera dans ce petit monde une tonitruante irruption : quand ses pognes ne seront pas occupées à malaxer les Seins de Sachiko, elles iront joyeusement broyer les maxillaires des hommes de Takahara, jusqu’à ce que la situation dégénère sérieusement…

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Sukeban Gerira (女番長ゲリ)

Au moment où Arte diffuse le Couvent de la Bête sacrée, rendons gloire au genre du pinky violence avec un de ses tout meilleurs titres, Girl boss Guerilla, 3ème opus de la série des Sukeban. Rappelons que l’expression « pinky violence » désigne la tentative par la Toei de s’implanter dans le marché de l’érotisme en produisant des films mettant souvent en scène des personnages féminins sexy et forts.

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Des garces dans un univers d’hommes

Le prototype en est le « film de loubardes », genre décliné sur plusieurs séries de films (Girl Boss, Delinquent Girl Boss, Bad Girl Mako, etc.), et dont Girl Boss Guerilla constitue une entrée en matière recommandable pour le spectateur étranger au genre. Pas d’inquiétude à avoir pour les âmes sensibles : GBG est du pur fun, pur produit du maître ès divertissement qu’était Norifumi Suzuki. On commence avec une Miki Sugimoto qui nous dévoile un sein tatoué dès la 3ème minute :

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Pan dans la gueule !

Puis, le temps de mettre une dérouillée à une bande de motards qui pensaient que Sachiko et ses fidèles lieutenantes allaient facilement passer à la casserole, on la trouve une minute plus tard dans un cimetière sur le point de faire tomber le bas pour aguicher (ou plutôt extorquer) un veuf venu se recueillir sur la tombe de sa femme.

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Norifumi Suzuki ou l’art de capter la bienveillance du spectateur dès la première minute.

Et je passe sur une de ses filles qui puise éhontement dans une urne recueillant des dons pour des victimes du nucléaire ou sur une autre qui fait venir un pigeon dans un love hotel pour lui siffler son portefeuille mais qui, le moment venu, ne résiste pas à ses pulsions et finit par faire l’amour gratis. Que dire encore de cette arnaque qui consistera à prendre des photos compromettantes d’un bonze en train de passer du temps auprès d’une complice puis d’aller chercher nuitamment dans les gogues à l’extérieur…

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Avec un petit inconvénient

… le résultat de sa faute qui va permettre de lui faire cracher son pognon :

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Sa capote remplie de foutre.

Oui, le ton est donné dès ces premières minutes et sera amplifié tout le long du film : ce sera sexy, violent, malpoli, vulgaire et irrévérencieux. Les lois, les codes de bonnes conduites n’existent pas. Evidemment, comme les héroïnes du film sont ces casques rouges, on suppose tout de même qu’il y a chez elles un respect des règles à respecter entre les différentes bandes. A partir du moment où Sachiko a mis une peignée à Rika, celle-ci se doit de lui laisser sa position de chef. Malheureusement, il en est de Girl boss Guerilla comme des films de Fukasaku de l’époque : des voyous avec un restant de code de l’honneur, c’est bien difficile à trouver. Les chevaliers blancs, on ne les aura évidemment pas chez Rika ou Takahara and co mais chez un boxeur :

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Amusant ici de voir que le gars est flanqué d’un ami :

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Morio Ogata

LE Morio Ogata, folkeux chevelu célèbre de l’époque qui va accompagner de ses chansons les exploits de son chevalier ainsi que la cour assidue qu’il mène auprès de sa dame :

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Cour plus qu’assidue d’ailleurs. En tout cas enfoncée la fameuse scène de Tant qu’il y aura des Hommes.

Une dame bijin, un chevalier boxeur, un baladin folkeux, des yakuzas félons, le tableau est complet pour donner l’impression que Norifumi Suzuki, bin c’est un peu Chrétien de Troyes mais avec des nichons tatoués et des motos en plus. Et des scènes de torture aussi, Sachiko passant un bien mauvais quart d’heure dans le dernier tiers du film :

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Epreuve du pilori ?

Evidemment se pose la question de l’artifice, suffit-il de bourrer le film comme une baudruche de personnages truculents, de scènes de violence, de sexe, de pipi caca…

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« Je crois que cette garce nous a refilé la chaude-pisse »

… pour que le film tienne la route ? Quel intérêt apporte surtout ce film dans une série de sept ? A la première question je dirais que si l’on part du principe du rebondissement feuilletonnesque (on dirait plutôt ici « mangaesque ») pour articuler l’histoire et que l’on est prêt à l’accepter, le film passe bien et procure même une certaine jubilation, porté qu’il est par deux splendides actrices…

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Avec une Reiko Ike au visage pour une fois doux et souriant.

… mais aussi par une caméra qui, sans être aussi frénétique que celle d’un Fukasaku, va au plus court et relance sans cesse l’attention du spectateur de par une image pop colorée, des actrices forcément girondes et des scènes qui surtout ne s’éternisent pas. Si Girl Boss Guerilla n’est pas le meilleur film de Suzuki, il n’en reste pas moins un exemple très dynamique de ses thèmes privilégiés et de ses tics de mise en scène.

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Le zoom pour faire sentir que ça va déchirer.

Pour ce qui est de l’apport au sein de la série des Sukeban, impossible d’y répondre formellement tant les sept opus présentent des dosages différents des ingrédients (gravité, sexe, violence, humour…), dosages qui pourront plaire aux uns et déplaire aux autres. A mon sens, GBG reste au-dessus d’autres films plus mous de la pellicule (d’ailleurs pas réalisés par Suzuki). Une chose à éviter en tout cas : se faire un marathon en s’enquillant l’intégralité. Trop de seins tatoués tuent les seins tatoués, et ce serait bien dommage.

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Oh yeah !

+

– La voix un peu garçonne de Miki Sugimoto.Girl-Boss-Guerilla-poster-2

– Le corps de Miki Sugimoto.

– Une Reiko Ike qui se la joue jeune fille sensible nostalgique de ses racines, ça change.

– Morio Ogata qui envoie ses chansons.

– Suzuki at his best : des coups de poings, des coups de couteau, des coups de b…, de la bijin dénudée et du coussin péteur.

– De la variété en veux-tu en voilà, pas le temps de s’endormir.

Beaucoup des éléments ci-dessus pourraient être inversés en fonction des goûts. Cela donnerait :

– Miki Sugimoto, aussi expressive et formée qu’une limande.

– Non Reiko, n’essaye pas de faire l’actrice.

– Remballe tes chansons Morio, elles puent !

– Suzuki qui multiplie les scènes chocs pour compenser le vide et l’ennui de son film.

Vous l’aurez compris, je me range du côté du positif :

7/10

Violent Panic : the Big Crash (Kinji Fukasaku – 1976)

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Comment diable a pu se passer l’entretien durant lequel Fukasaku a convaincu son producteur de lui donner des sous pour financer Violent Panic : the Big Crash ? Perso, j’imagine quelque chose comme cela :

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– Bon alors voilà : pour le prochain, voici ce que j’ai décidé, on va faire un film qui va s’intituler Panique violente : le gros crash !

– Hein ? Sérieux ?

– Ouaip’ !

– Encore un film sur une guerre des gangs quoi !

– Nan, marre des films de yak’, je veux faire autre chose maintenant. je me suis rematé French Connexion hier et j’ai pris ma décision : je veux réaliser la course de bagnoles le plus WTF?! de tous les temps !

WTF ?!

– Ouaip’ ! Préparez un budget sévère, je veux au moins 20 bagnoles qui à la fin seront bonnes pour la casse. « Le gros crash » mec. Je veux un rodéo façon stock car pendant les vingt dernières minutes.

– Mais euh, c’est pas un peu trop bourrin ?

– Attends ! t’as déjà vu un seul de mes personnages faire du scrapbooking ? D’ailleurs, j’te l’dis tout de suite, dans le film Tsunehiko Watase jouera un braqueur de banques. Et pas le genre Lupin the 3rd hein ! Le genre à pénétrer aux heures d’affluence et à hurler et défourailler comme un débile pour convaincre le pauvre loquedu à lui remettre la caisse.

– Et tu vas tenir une heure avec un pauvre braco avant ton rodéo final ? Pas un peu cheap ?

– Bah ! Y’a qu’à lui trouver un complice (qui crèvera en cours de route de manière spectaculaire, j’ai déjà mon idée), une famille de pauvres gens qui sont inquiets pour leur fils chéri ainsi qu’une petite amie et zou d’la route ! J’ai ma tambouille pour tenir une heure les fingers in ze nose.

– Sûr ?

– Et comment ! Et pis, t’inquiète’, je vais en faire des caisses dans mon style filmage épileptique. Ce sera une réalisation tout en nerfs, avec des plans encore plus courts et virevoltants que d’habitude ! Si ça ne donne pas envie de gerber au spectateur, ça le scotchera au moins sur son fauteuil pendant une heure.

– Ouais d’accord. Cela dit, je ne suis pas sûr que ça retiendra l’amateur de starlettes à gros seins. T’as intérêt à avoir ton lot de loutes pour assurer le coup. Les grosses voitures qui font vroum vroum ! c’est sympa, mais tu sais bien que ça ne remplacera jamais une bijin qui fait hmmm ! hmmm ! sur le pageot.

– Merde c’est juste ! Attends, j’ai une idée : que fait Miki Sugimoto en ce moment ?

– Elle vient de finir de tourner l’Aubergine était presque farcie avec l’ami Noda.

– Euh, c’est quoi ce titre de merde ?

– C’est le titre français. En fait le vrai titre c’est la Femme Zéro : les Menottes Rouges.

– Ah ! C’est mieux effectivement. Bref, elle est libre ? Pasque sinon on n’aurait quà dire que ce serait elle la copine du braqueur. Elle serait un peu paumée, pas subtile mais fraîche, très nature dans ses sentiments. Une Cosette moderne malmenée par un mari possessif qui vient même l’emmerder dans les bars où elle bosse. Tiens, j’imagine une scène comme ça :

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Le héros interviendrait d’ailleurs pour lui casser le nez. Même que tout de suite la môme en pincerait pour lui. Et pis un jour, imagine, le braqueur est en train de rincer des verres dans son boui boui quand tout à coup Miki arrive avec un gros manteau en fourrure. Elle s’approche de lui, tiens, commak :

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– Bon, OK, et alors ?

– Et alors paf !

– Comment ça paf ?

– Ben paf ! comme ça quoi :

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– Putain génial !

– N’est-il pas ? On montre la scène dans le trailer, c’est 50% de spectateurs amateurs de bijins pinky violence en plus ! BWAHAHA !

– Génial ! Mais tu crois que ça suffira ?

– Pas dit. Il faudrait trouver une autre fille. Hmm… que fait Yayoi ?

Kusama ?

– Mais qu’il est con ! Yayoi  Watanabe crétin ! Qu’est-ce qu’elle fait ?

– Elle vient de finir de tourner un film de bosozoku d’Ishii. On m’a dit qu’elle y joue une scène de bike fuck mais je me goure peut-être. A part ça elle est libre maintenant.

– Splendide ! Voici à quoi je pense : elle va y jouer le rôle d’une keuf sexy que l’on verra plus en porte-jarretelles orange qu’en uniforme ! Huhuhu !

– Sérieux ?

– Et comment ! Tiens, goinfre-toi ça salopard !

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– Putain, génial !

– Et là, je crois qu’on est bon niveau miche, on a notre quota. Evidemment, je précise pas que la fliquette est un peu nympho sur les bords et qu’on la verra une ou deux fois en compagnie d’un amant keuf qui viendra lui coller une grosse amende pour port de porte-jarretelles prohibé, huhu !

– Mais t’es sûr que ça suffira ? Même pour les déviants ?

– Ah ouais, j’avais oublié, c’est important ça, les déviants. Bon, on n’a qu’à imaginer un personnage de jeune garagiste qui s’amuserait à érafler méchamment une sublime bagnole la nuit pour ensuite les réparer. Parce qu’il ressent quelque chose pour cette caisse, tu vois, il veut toujours l’avoir entre les mains pour continuer de la bichonner…

– Euh… c’est ça ton déviant ? C’est complètement grotesque !

– Attends, j’ai pas fini. Pas de bol, il serait tout de même surpris par le proprio de la caisse qui viendrait le faire chanter : soit les flics (et il s’avère que le jeune homme a déjà un casier, donc la case poulaga, vaut mieux pas), soit une nuit à l’hôtel.

– Ah ! Je commence à cerner l’idée ! Et ?

– Et voilà, le mec est un pervers sodomite et adepte du léchage de scarification sanguinolente :

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– Urk ! Range-moi ça, c’est dégueulasse. O.K. pour la déviance mais quand même, t’as rien de plus soft ?

– Hé hé ! Oui missié. Regarde ça, un flic regarde par une boite aux lettres :

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– Bon, et puis ?

– Ben, retourne la photo (ami lecteur, quant à toi clique sur l’image).

– Yayoi et son porte-jarretelle orange ! Et les nibes à l’air ! Vive les voyeurs ! Bon, je crois que je vais te filer des sous, sacripant !

– Ouais, merci, mais n’oublie pas hein ! J’ai le droit de casser tout plein de voitures à la fin hein ?

– O.K. mais des voitures en fin de vie qu’on rafistolera pour la séquence.

– Evidemment !

– Mais t’es sûr que tu vas tenir le coup ? Vingt minutes quand même. T’es pas trop habitué  ce genre d’exercice. Et puis, des flics qui coursent un malfrat, t’as pas peur que ça soit pas un peu lassant au bout de cinq minutes ?

– Nan, parce que moi j’imagine qu’il n’y aura pas que le braco et les flics.

– …

– Y’aura en plus le frère de l’ancien complice qui essaiera de récupérer la part de son frangin, un mec costaud et violent qui lâchera rien :

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– …

– J’ajoute aussi le flic voyeur de la boite aux lettres. Je l’aurai déjà montré au cours du film comme un type hystérique qui lâche rien lui non plus (surtout pas les nénés de sa petite amie Yayoi). Il fera partie de la poursuite et sera la cause de dégâts considérables.

– …

– Je n’oublie pas nos amis les bosozokus :

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Un de leur membre sera un peu amoché par une des bagnoles. Les mecs, totalement vénères, se joindront donc à la poursuite pour faire la peau au salopard responsable de l’accident.

– …

– Encore plus fort : un camion de la NHK se trouvait là comme par hasard au moment où le pauvre biker se fait renverser. Du coup le journaliste à lunettes se retrouve lui aussi embringué dans la poursuite pour faire son scoop. Le mec se mettra à péter les plombs et à chercher lui de faire du stock car avec la camionnette de sa bien aimée société :

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– …

– J’allais oublier : le jeune garagiste qui perd sa virginité anale. Il faut bien qu’il y ait une raison de le montrer à l’écran autre que celle de satisfaire les pervers pépère de la rosette. Je n’ai pas encore trouvé comment, mais je compte bien le faire aussi participer à la scène finale :

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– …

– Enfin, j’ajoute à cela plein de flics à pieds qui gesticulent dans tous les sens pour tenter d’arrêter le braqueur, ainsi que des quidams qui viennent s’en prendre aux voitures de flics parce que l’une d’elle a renversé et tué un honnête père de famille. Je précise que les deux tiers de la poursuite se passent sur un terrain vague : comme je l’ai dit les voitures vont se chercher façon stock car. Pas du tout crédible mais noyé dans les coups de feu, les explosions, les voitures de flics qui volent dans tous les sens, les hurlements et les mouvements saccadés de ma caméra, je t’assure que le spectateur de base sera aussi scotché qu’après s’être enquillé deux cachets de benzodiazépine noyé dans un verre de cointreau !

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– Bon, d’accord, je rends les armes, tu m’as convaincu mais… euh… une dernière chose avant d’accepter.

– Quoi donc ?

– T’aurais pas une autre photo du porte-jarretelles de Yayoi ? c’est pour ma collection.

– Enfoiré de fétichiste, va ! Tiens, voilà ta came :

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………………………………………………………….

Oui, voilà comment j’imagine la scène entre Fukasaku et son producteur. Bon, c’est un peu affabulé ici et là mais certains éléments ne doivent pas être très loin de la vérité. Dans tous les cas, ce film est un OVNI dans la filmo de Fukasaku. Venant après une période prospère dans le genre du yakuza eiga, genre dans lequel Fukasaku a excellé et réalisé de véritables chefs d’œuvres, Violent Panic témoigne de la volonté du réalisateur à partir de 1976 de s’essayer à autre chose. Et ça commencera en fanfare avec ce film donc, bijou d’action compulsive menée à un train d’enfer 80 minutes durant et avec ce morceau de bravoure que constitue la poursuite finale. Evidemment, comme pour tout film semble n’avoir été fait que dans le seule but d’une séquence finale supposée en mettre plein la gueule, on peut se demander si ce qui précède n’est pas qu’un salmigondi fait de bric et de broc et peinant à maintenir éveillée l’attention du spectateur. Je crois ici que l’interview imaginaire balaye bien ces craintes : coups de feu, personnages secondaires, bijins dénudées et surtout montage fiévreux, telle est la recette du père Fukasaku, expert dans l’art de faire un cinéma de genre qui en donne au spectateur pour son argent dans un lap de temps limité. Avec en bonus une Miki Sugimoto qui tranche avec ses habituels rôles de loubardes à l’expression figée. Miki qui rit, Miki qui pleure, son personnage de paumée en mal d’amour, sans être exceptionnel, fait plutôt plaisir à voir et ferait regretter que sa carrière n’ait pas dépassé la fin des années 70.

Bref, Fukasaku en 1976 n’est pas mort, loin s’en faut.

7/10

(The DC Archives) Poignée dans le coin et foutre dans le turbo

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Dans cet article paru le 14 octobre 2010, les amateurs de belles mécaniques, qu’elles soient de métal ou de chair, allaient trouver leur bonheur dans cette petite perle méconnue qu’est Wild Sex Gang de Takayuki Miyagawa (1973). Pas non plus un chef d’oeuvre mais si je vous dis que Miki Sugimoto joue dedans vous avouerez que l’on ne peut non plus imaginer un navet. L’article commence en faisant référence à des bastons entre les lecteurs de DC et, parfois (souvent ?), entre lecteurs et rédacteurs. Oui, c’était l’époque où il ne faisait pas bon de se rendre à la buvette sans sa coquille !

**

*

Je ne sais pas si vous avez remarqué (simple formule oratoire), mais la buvette a été la semaine dernière le théâtre d’une jolie foire d’empoigne. Il est vrai que lorsque j’ai zyeuté de quoi parlait l’article de Megane, j’ai tout de suite pigé  qu’il allait falloir être très prudent dans les commentaires si je ne voulais pas m’engouffrer dans une de ces polémiques qui n’en finissent plus. Ça, je déteste. Par contre, quand c’est les autres qui s’y collent, là pas de problème. J’adore.

Un grand merci donc à Johan et Sakana, nos deux galopins qui ont sorti la boîte à gifles comme au plus beau temps de mes récréations à l’école primaire. À un moment, je me suis vu dans le rôle de l’instituteur, j’ai par exemple hésité à en prendre un pour taper sur l’autre, à leur frotter les oreilles ou encore à les envoyer au piquet à coups de pied au dargif. Et puis bon, comme le spectacle était de qualité, je me suis dit qu’il valait mieux laisser faire. Vraiment, les gars, c’était magnifique, bravo !

On remarquera Megane au 1er plan et la petite Emi en bas à droite.

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Puis arriva ce qui devait arriver : nos deux bagarreurs, exténués, les larmes aux yeux et la morve au nez, se retirèrent chez eux pour panser leurs plaies. Bon, j’entendis bien encore fuser quelques « t’vas voir ta gueule demain ! »  et autres « j’vais l’dire à mon père ! » mais cela ne m’inquiéta pas trop. Regardez-les : ils sont là, au fond de la buvette en train de faire une partie de babe endiablée ! Poteaux comme cochons qu’ils sont redevenus nos Sakana et Johan ! Braves petits !

En revanche, pas de nouvelles de Dimsum, notre casseur de lampadaires qui déboula sans crier gare à la buvette pour insulter tout le monde et déverser des arguments comme des paysans peuvent déverser un tombereau de lisier devant une sous-préfecture.

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Là aussi, il était hors de question que je m’en mêle, je portais un nouveau smoke, j’allais pas le ruiner à cause d’un grand nerveux. Et puis quoi ! c’est un peu le rôle du boss de parfois dégainer la winch façon Peckinpah ! C’est ce que fit Clacla, patiemment mais aussi sans ménagement. Et la fin fut délicieuse :

Hé Dimsum ! Déconne pas, c’est juste pour rire hein ! Tu peux revenir tu sais.

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Tout est donc pour mieux dans la meilleure des buvettes possibles. Tout ? Non, car une poignée d’irréductibles Gaule-ois continuent de répandre une drôle d’ambiance dans votre bar préféré :

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Oui, la buvette est en ce moment fréquentée par des types malsains se baladant en strings ! Et là, je plaide coupable ! Je sais, je n’aurais jamais dû enchaîner deux articles sur des films de ce chelou d’Hisayasu Satô, cela nous a attiré comme des mouches à merde tous les déviants de la ville. Homo, hétéro, Polonais, sado, maso, zoo, nécro, omonbato, c’est plus une buvette mais un nid à morbaques (bien pervers, les morbaques). Notez que perso, ça ne me dérange pas plus que ça, j’aime bien quand la réalité semble m’offrir des références cinématographiques. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde, certains vont même jusqu’à prendre un coca zéro au Quick d’en face, totalement écoeurés. A.rnaud par exemple. Chaque soir, à la sortie du boulot, on voit sa bobine regarder fugitivement à travers les rideaux pour voir si les vilains bonshommes sont là. On sent que le pauvre est inquiet et qu’il sert instinctivement les fesses. Puis, dépité, voyant bien que sa virginité anale risque d’être menacée, il tourne les talons pour aller s’enquiller en face un menu Royal Burger XXL (sans ketchup par contre).

IL FALLAIT QUE CELA CESSE ! Revenir à des bases plus saines, faire revenir les âmes frileuses (quitte à refourguer plus tard d’autres films fangeux de Satô).

Et pour cela, que rêver de mieux qu’un bon vieux pinky violence, hmm ? Z’êtes prêts ? Allez, c’est parti :

WILD SEX GANG, de Takayuki Miyagawa (1973)

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Un rapide coup d’œil sur l’affiche nous révèle plusieurs choses prometteuses. Outre la présence de Miki Sugimoto (toujours appréciable), on remarque qu’il sera question de bikers virils et de scènes olé olé (normal en pleine période de sexploitation, j’ajoute que Norifumi Suzuki étant aux commandes du scénario, il y avait de fortes chances de voir de la combinaison moulante et rebondie comme il faut dans le film). L’image en bas à droite attire sûrement votre attention, commençons par elle si vous le voulez bien puisqu’il s’agit de la scène WTF ? du film, scène qui a la bonne idée d’intervenir dès les cinq premières minutes.

Imaginez, quatre pulpeuses bikeuses roulant la combinaison largement entrouverte devant :

Oui, je sais, ce n’est pas un blu-ray. Faites pas chier.

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Mais pourquoi diable font-elles cela ? Tout simplement pour s’exciter, pour sentir le frottement du vent sur les tétons. Quand j’ai vu cette scène, j’ai tout de suite pigé pourquoi je sens une irrépressible envie de voir un film de Satô lorsque je roule la vitre ouverte. Passons.

Nos trois amazones motorisées s’excitent donc. À tel point qu’il leur faut s’arrêter au plus vite afin de passer à la vitesse supérieure (ce qui est totalement contradictoire, je sais). Et c’est alors que…

Séance de lubrification des mécaniques !

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Là, tout de suite on se dit que ça va être Zizi RiderBorn to be chaudasse ou encore les Bitées Sauvages (3 calembours in a row, je tiens la forme moi !). De fait, arrivent quatre bikers bien décidés à illustrer la légendaire entraide entre motards :

Un problème ma poulette ? Heureusement que j’ai ma clé de 12 !

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Suit alors une pratique que j’avais déjà constatée dans un film de Norifumi Suzuki avec Reiko Ike…

LE BIKE FUCK !

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Petite parenthèse ici : dans Girl Boss Blues Queen Bee’s Counterattack, Ike et ses amies s’offrent généreusement à une bande de bikers le temps d’un petit jeu : le premier qui jouit s’arrête. Le gagnant est celui qui va le plus loin.

Étonnant non ?

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On retrouve donc cette pratique dans Wild Sex Gang, l’aspect compétition en moins. Les véhicules roulent ici à l’économie, sans perte superflue de carburant, juste pour bien profiter du paysage. Finalement, on se dit que Toyota n’a rien inventé et que ces jeunes Japanisthanais avaient conçu bien avant la firme au taureau le tout premier moteur hybride à deux carburants.

La scène a aussi un petit air de Butch Cassidy et le Kid.

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Agréable scène donc que ce ride champêtre dans lequel on voit ces jeunes hommes piloter une japonaise (enfin, deux japonaises pour être exact). Sans doute vous demandez-vous si, avec un tel feu d’artifice dès le début du film, le reste vaut la peine d’être vu. Demandons donc à l’ami Dionnet ce qu’il en pense :

C’est un chef-d’œuvre !

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Ce qui, après avoir jeté un coup d’œil à mon dictionnaire français / Dionnet  Dionnet / français signifie : c’est un bon petit film de série B.

L’histoire tourne autour du petit jeu du chat et la souris entre un bosozoku, Junya, et un motard de la police, Hongo. Évidemment, on pouvait craindre le cliché du mauvais garçon au grand cœur contre le méchant flic. Au moins le film nous épargne-t-il cet écueil en nous présentant deux personnages avec leur lot d’ambiguités.

Ainsi Junya apparaît-il assez rapidement comme un sacré bâton merdeux. Qu’il fasse la nique aux policiers en leur montrant son cul…

Ou alors il est sacrément en manque de bike fuck

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…lui attire évidemment la sympathie du spectateur. Après, qu’il viole les nanas pour le fun, qu’il les cogne et les manipule, c’est une autre paire de couilles euh, de manches. Junya, c’est le chien fou, le fils à papa sans Dieu ni maître qui a pris au pied de la lettre le Fay ce que voudras de l’abbaye de Thélème (enchaîner le bike fuck avec Rabelais, si ça c’est pas la classe !).

Idem pour le flic. Certes, il course des jeunes zazous qui passent leur temps à baisotter en écoutant du Happy End. Pas cool ça. Mais d’un autre côté, on le voit fréquenter une de ces beatniks, Ayako :

Interprétée par la jolie Hiroko Isayama, que vous avez peut-être vue dans Sayuri la strip-teaseuse, film passé une fois sur Arte

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Indéniablement, cette jeune femme l’aime, son Rosco P.Coltrane version pinky violence. Et une scène nous fera comprendre que l’attention de Hongo pour elle dépasse la simple hygiène corporelle.  Mais voilà, entre ce que fantasme Ayako :

A savoir une promenade romantique en moto sous les cerisiers en fleurs

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… et la réalité, il y a un gouffre aussi béant qu’entre un film d’Hisayasu Satô et un roman d’Alexandre Jardin. Car notre motard a en fait une autre maîtresse :

Sa motal

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Et c’est tout pareil pour Junya : ces deux gars ont apparemment plus de plaisir à mettre la pompe dans le réservoir qu’à mettre la leur dans le moule à pafs. Ce sont des passionnés voyez-vous, des enragés du bitume et de la vitesse. Durant la première partie du film, Junya n’a qu’une obsession : passer de 500cc à 750cc. Et une fois son rêve réalisé, il lui faudra mettre sa bécane à contribution en roulant toujours plus dangereusement tout en faisant la nique à son poursuivant. Et ce ne sont pas les remontrances de ces copains bikers et les pains dans la gueule distribués généreusement par Hongo qui y changeront quoi que ce soit.

« Vire-moi ce putain de sourire ! » (Sergent Hartmann, Full Metal Jacket)

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On doute cependant un peu avec l’arrivée d’Hiroko, jeune femme ordinaire jouée par Miki Sugimoto :

Enfin, ordinaire, façon de parler…

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Ne rêvez pas, vous ne la verrez pas faisant du bike fuck, son personnage est bien trop classieux pour cela. Un peu comme Ayako, elle incarne une sorte d’ange gardien essayant de détourner leurs diables de bikers du démon de la vitesse.

Une fois ce quatuor de personnages mis en place, Wild Sex Gang prend alors un plaisant rythme de croisière. Pas besoin d’intrigue compliquée, ces relations qui ne cessent de se tendre et se distendre (je sais à quoi vous pensez ici) voire de s’interpénétrer (là aussi) suffisent amplement à rendre ce film très plaisant. Avec à la clé cette épineuse question : ces belles mécaniques de chair arriveront-elles à faire oublier à leurs amants leurs rutilantes rivales ?

Pour y parvenir, Miki n’hésitera pas à le laisser donner un petit coup de pompe à ses pneus avant.

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Notons enfin que Wild Sex Gang se distingue aussi par une autre particularité : les scènes d’action. Le film est bien sûr ponctué de courses poursuites entre les deux personnages. Mais la dernière se distingue par son ambition. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu une scène aussi longue dans un pinky violence. En fait, très vite un glorieux modèle s’impose à l’esprit : Bullitt (carrément!). Comme pour le film de Peter Yates, cette scène se distingue par sa volonté de multiplier les points de vue afin de faire en sorte que le spectateur se sente au plus près de l’action. Et c’est plutôt réussi, comme ces plans filmés au ras du bitume qui devaient faire leur effet sur grand écran. Autre point commun : pas de dramatisation supplémentaire avec l’ajout d’une musique. Pendant 8 minutes, on n’a droit qu’au vrombissement des deux moteurs 750cc (Hongo ayant volé une nouvelle monture pour faire jeu égal), difficile de ne pas être emporté par ce bruit et cette fureur. Enfin, la dernière similitude tient dans cette mise en avant de la virtuosité des pilotes. Il ne s’agit pas ici de montrer des accidents spectaculaires à gogo comme dans les Blues Brothers mais de montrer combien les deux pilotes sont au sommet de leur art.

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Les amateurs de poursuites apprécieront, les autres seront peut-être sensibles à cette manière de faire évoluer les personnages  vers leur passion. Et ce de manière définitive. Il y a en effet de la damnation dans cette ultime poursuite et le spectateur se dit que tout cela finira mal. L’amour ? Il est soit inconscient de ce qui se trame :

Au plus fort de la bagarre, des images superposées nous montrent une Ayako absorbée par la musique d’un groupe de rock. La page Hongo semble bien tournée pour elle.

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… soit indifférent (ATTENTION, SPOIL !). La toute dernière scène n’est ici pas sans évoquer la fin d’Easy Rider. Comme Peter Fonda sur sa Harley, Junya se prend un projectile (le casque de Hongo) et meurt du viandage qui s’ensuit. Hiroko s’arrête, regarde le sang sortir du crâne… puis reprend la route sans verser la moindre larme.

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Le cadavre reste sur la route comme le vulgaire cadavre d’un chien (et encore, les carcasses d’animaux sont ramassées, elles). Hiroko poursuit sa vie tandis que les policiers ont mieux à faire : emmener au poste le sieur Hongo, ce canard boiteux qui est sorti des limites du système.

À ce moment, tous les mauvais côté de Junya sont oubliés. Ne reste à l’esprit que ce corps longiline dans sa combinaison blanche et ce drapeau américain (autre citation d’Easy Rider) sur le casque. Corps d’un homme qui n’est ici pas mort à cause du conservatisme de rednecks meurtriers mais tout simplement d’avoir voulu vivre une passion sans aucun frein, poignée dans le coin, comme pour oublier peut-être une condition d’éternel inadapté, de déraciné dans une société dont il n’a cure. À ce titre, la mare de sang circulaire sortant de sa bouche n’est pas sans ironie.

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Bijins de la semaine (13) : Reiko Ike & Miki Sugimoto dans un numéro de Heibon Punch de 1971

Un petit rail de bijin aujourd’hui mais alors, juste pour la forme, avec des images et peu de texte. Parce que là, si je dois m’appesantir sur la carrière de ces deux filles, j’ai pas fini. Sans doute ferai-je un jour un article pour chacune d’elle, un de mes buts avoués est d’ailleurs de faire l’article définitif sur Reiko Ike. Malheureusement, la masse de travail est à l’image de sa poitrine, énorme, et je vais pour l’instant me contenter de dire que ces pin up sont deux des grandes figures de proue d’un genre de film particulier : le pinky violence, comprenez le film de loubardes dans lequel les scènes de crêpage de chignon alternent avec des scènes plus ou moins épicées. Vous trouverez un exemple à la fin de mon article sur Yayoi Watanbe(féministes s’abstenir) Lire la suite Bijins de la semaine (13) : Reiko Ike & Miki Sugimoto dans un numéro de Heibon Punch de 1971