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L’art de la finition (2/2) : La Pêche infernale

Résumé de l’épisode précédent : Après une première partie de pêche réussie en compagnie d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Beau-papa a décidé d’en faire une deuxième au petit port de Miyazaki…

L’idée était excellente mais voilà, de nouveau le beau-père avait repoussé cette deuxième excursion pêchistique et à quelques jours de notre départ de Miyazaki (pour un périple Okayama-Takatsuki-Hakone-Tokyo avant de retourner en France) il fallait trouver un créneau d’urgence. Il y eut d’abord le vendredi matin. Les enfants et leur grand-père étaient partis dès six heures et l’on devait les rejoindre vers huit. Nous n’en eûmes pas l’occasion, je les vis revenir un quart d’heure plus tard because grosse pluie à cause d’un typhon passant plus au nord. Les jours suivants le beau-père choisit prudemment de ne pas y aller, pensant qu’avec le typhon on en avait pour plusieurs jours. Mauvais choix car le temps fut finalement clément avec peu voire pas de pluie du tout dans la journée. Le dimanche, jour de congé (relatif car les beaux-parents bossent tout de même jusqu’à 14 heures cette journée), devait normalement offrir une possibilité. Naïvement, j’imaginais une belle partie de pêche sur les coups de 15 heures jusqu’à 17. Mais c’était mal connaître le beau-dabe. Bien trop simple ! D’abord parce que lorsqu’il rentre, il prend sa douche, met la clim’, allume la télé et prend une bière pour se rafraîchir. Décontraction time quoi ! Et à bientôt 70 ans, c’est bien respectable et compréhensible, surtout après des journées de travail toute la semaine en plein cagnard (pas de clim’ là où il travaille). Il y avait sinon le créneau de 17 à 19 heures mais il était réservé à la bouffe. En effet, habituellement, durant ce créneau on se rend à un resto en famille pour s’y gaver de bonnes choses. Rien d’étonnant à cela, il est courant de voir des hordes de familles occuper des restos dès 17 heures. Pratique à laquelle Madame et votre serviteur ont d’ailleurs de plus en plus de mal à se plier. J’ai du coup souvent la consigne de la part de Madame, lorsque je vais me balader en solitaire et en vélo le dimanche après-midi, de rentrer le plus tard possible pour manger à un horaire plus raisonnable. Ce soir-là j’étais revenu à la base à 18 heures. Le temps de trouver un resto, on pouvait manger vers 18H30, ça me paraissait raisonnable. Mais en fait j’aurais pu revenir plus tard car comme nous étions un dimanche de week-end d’obon, cela promettait de la foule dans n’importe quel resto. Du coup on a dîné à domicile, avec un somptueux plateau bento commandé à un magasin à cinq minutes en voiture. Fort bien. Mais du coup cela semblait repousser la partie de pêche pour la matinée du lendemain.

Je case ici la photo de bijin sur sable chaud que j’ai pris l’habitude d’utiliser pour chacun de mes articles estivaux. Après, vous allez voir que c’est plus difficile de la placer.

En fait je me fourrai le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Car après avoir bien mangé, après avoir dégusté sa bière et ses deux verres de shochu glacé, beau-papa eut une lumineuse idée : se rendre au magasin de pêche pour acheter le matériel qui lui manquait (habituellement c’est le bon Kuma san qui le fournissait) puis se rendre au port pour une session en nocturne ! Je sirotais alors mon verre de shochu un peu perplexe. En nocturne ? Bon, après tout, pourquoi pas ? J’imaginais qu’il devait y avoir des points pour la pêche avec moult éclairages pour permettre de pêcher jusqu’à une certaine heure. Et quand Madame Olrik, après un échange avec son père, me confirma que l’on pouvait y pêcher jusqu’à 22 heures, mon cerveau acheva en effet d’imaginer une zone de pêche tout confort avec éclairage suffisant pour pratiquer la nuit. Une nouvelle fois je fus bien naïf et sans le savoir, j’allais pénétrer dans une zone cyclonique qui n’avait rien à envier à ces typhons estivaux qui ponctuent le quotidien des Japonais. Voici la chronologie des événements :

19 heures : Jichan se rend avec les enfants et moi-même au magasin de pêche. Comme on est un peu sous l’emprise de l’alcool, c’est Bachan qui conduit. A l’intérieur du magasin, c’est n’importe quoi : le beau-père achète une tonne de matériel alors qu’il me semble qu’il a déjà l’essentiel. Les enfants sont néanmoins contents : comme il a raqué une somme considérable, le caissier lui explique qu’il a droit de prendre une bouteille de ramune (limonade) pour ses petits-enfants. Super ! ça valait trop le coup de casquer un billet de 10000 !

19H30 : retour à la maison pour préparer le matériel. Le taux d’alcoolémie ayant baissé, je commence à reprendre mes esprits et à m’inquiéter de cette sortie. Etait-ce bien raisonnable ? Qui nous disait que ça allait être bien éclairé ? Réserves émises en pure perte car Madame Olrik, d’habitude pleine de bon sens, me fit vite comprendre qu’elle était du côté de cette sortie familiale insolite. Je rengainai mes critiques et me contentai de préparer mon appareil photo tandis que le beau-père préparait son matériel en arborant un visage satisfait de connaisseur.

20H : départ de la maison pour le Marina Beach. Normalement, il y en avait pour cinq minutes. Cela devait donner quelque chose comme ça :

Mais sous les directives contradictoires de beau-papa, cela donna ceci :

?!

Bref, un quart d’heure plus tard on arrive au fameux point pour pêcher. En plein jour, l’endroit ressemble à ça :

Sympa, il y a même les distributeurs de boissons fraîches pour tromper les moments d’ennui. Sympa, oui, sauf qu’à 20H15, ça avait cette apparence :

?!

Pas le moindre lampadaire. Enfin si, il y en avait bien un mais à plus de trente mètres sur la droite. Pour le reste, il fallait compter sur la lueur de la lune, de Mars qui était alors très visible, de celle de la machine à canettes et surtout des feux de nos véhicules. D’humeur déjà maussade, me refusant à faire tourner un moteur de voiture juste pour éclairer, je laissai bien volontiers les beaux-parents allumer les phares de leur petite camionnette (je précise que nous nous rendîmes au port à deux véhicules, ce point a son importance pour plus tard).

Avec la lumière, Jichan sort aussitôt les cannes et commence à les préparer. Je me rends quant à moi face à la mer pour voir ce que l’on va y distinguer avec les feux de la camionnette située 20 mètre derrière nous. Comme prévu ça va être chaud d’y voir quoi que ce soit. Cela allait impliquer des soucis de visibilité que même même Stanley Kubrick et ses lentilles Zeiss pour filmer à la lueur des bougies n’aurait pu résoudre.

20H30 : Jichan continue de s’escrimer avec ses cannes à pêche. Forcément, il a beau être éclairé par des feux de bagnole, c’est tout de même moins pratique que de le faire en plein jour. Il transpire. Il transpire même beaucoup, stressant sans doute du fait que ça ne se passe pas aussi bien que prévu. Dans son dos, je vois se former une aréole de sueur se former. Elle fait déjà trente bons centimètres de diamètre.

Je pourrais l’aider mais comme je n’y connais rien en pêche et surtout que je n’approuve pas cette sortie, je m’abstiens. Fort opportunément, j’ai amené avec moi ma tablette. J’en profite pour continuer à déguster les œuvres de Moebius lors de son passage à Métal Hurlant.

20H45 : La première canne à pêche est enfin prête ! L’aréole de transpiration est passé de trente à soixante centimètres. Soupirant, je vais à la machine à canettes pour prendre un machin quelconque puis me rend là où se trouvent Madame, Olrik jr et Olrik the 3rd, malgré tout contents de pouvoir commencer cette partie de pêche. Je regarde l’endroit où Olrik jr a lancé sa ligne :

Bon courage garçon !

21H : Cri de Madame qui m’appelle : Olrik jr vient de pêcher un premier poisson ! Je m’approche et regarde la bête qui a été ramené sur le bitume, l’hameçon coincé dans le gosier. C’est un machin tout fin et de dix centimètres de long. Pas sûr du tout que ça se mange. J’essaye de retirer l’hameçon mais comme je n’y arrive pas et que j’ai peur de tout arracher, on se rend en tenant la ligne et le poisson auprès de Jichan, toujours en train de s’escrimer avec la deuxième ligne et ayant atteint ses 90 centimètres de sueur. C’est en fait un poisson insignifiant que l’on peut relâcher. Mais comme il s’est passé cinq bonnes minutes, la bestiole a déjà eu largement le temps de clamser. Retirée de l’hameçon, elle gît à même l’asphalte, joliment éclairée par les feux de la camionnette, un filet sanglant s’échappant de la bouche.

21H15 : Je suis dans la voiture occupé à poursuivre ma lecture de Moebius quand belle-maman me demande alors d’allumer les phares. Je ne me souviens plus pour quelle raison. Mais je m’exécute, sans pour autant allumer le moteur. Moins de dix minutes plus tard je les éteins.

21H25 : Il commence à y avoir du vent. Il y en a même tellement qu’à un moment, une malicieuse bourrasque  s’engouffre dans la robe de Madame pour la soulever, laissant apparaître le galbe de ses mollets, le moelleux de ses cuisses et un adorable bout de tissus. Admirez le spectacle les amis.

21H30 : Le vent s’est calmé. Jichan, dorénavant intégralement trempé de sueur, est maintenant occupé à démêler les deux lignes que les kids ont malencontreusement emmêlées. Il va continuer à transpirer, pour sûr !

21H35 : ça pétarade à une centaine de mètres de nous. Des motards font une halte. Des bosozokus, sans doute. Manquait plus que ça.

21H50 : Et… c’est fini ! Aucun poisson comestible pêché, que des emmerdements, il est temps de rentrer car à 22 heures, les keufs mettent une barrière, à travers les routes accédant au port, empêchant les véhicules se trouvant prisonniers de rentrer à la maison. Je prends le volant de notre petite voiture, je mets le contact…

clic clic clic !

Oui, « clic clic clic » ! Je réessaye, derechef nous entendons le bruit sinistre. Quant aux feux, je n’en parle même pas, pas la moindre lueur. La batterie, sans doute pas de la première fraîcheur, n’a manifestement pas apprécié les dix petites minutes d’éclairage tout à l’heure. Avec Jichan on débranche tous les accessoires consommant de l’électricité et on ressaye : le miracle ne vient pas. La batterie est bel et bien morte et il va falloir laisser le véhicule ici pour la nuit.

21H55 : le temps presse. Il convient au moins de sortir la camionnette des mailles du filet de la maréchaussée. Bachan est au volant avec derrière les enfants et son mari à côté. Elle enclenche direct la deuxième et attaque pied au plancher. Diable de femme ! La situation a tout pour me rappeler cette musique :

On les voit filer dare-dare en direction de la sortie. « On » c’est évidemment Madame Olrik et votre serviteur qui vont devoir faire un bout de trajet à pinces avant d’être recueillis plus tard par la camionnette. Il fait un peu frais, nous sommes plongés dans une nuit d’encre avec non loin toujours les bosozokus en train de faire du bruit. On a connu mieux comme balade romantique.

22H05 : On arrive à l’endroit où se trouve une barrière qu’un policier est justement en train de déplier pour barrer la route. La vue dans la journée :

Madame s’approche du policier pour lui expliquer que sur un parking se trouve notre voiture avec une batterie à plat. C’est alors qu’arrive, enfin ! un petit miracle : le brave homme nous dit qu’il n’y a pas de problème, qu’il a dans le coffre de sa caisse de quoi dépanner et qu’il n’y a qu’à s’y rendre. Avec Madame on est tout jouasses et on décide illico de l’accompagner. Seulement, il y a un problème : lors de sa dernière tentative pour essayer de faire démarrer la voiture, beau-papa a ensuite mis la clé de la voiture dans sa poche. Or, de beau-papa dans les environs, il n’y en a pas. A moins que…

22H10 : On voit alors surgir la camionnette d’Hannibal, pardon de Bachan, filant à tout allure à notre rencontre. Halleluia ! On va pouvoir choper les clés ! Problème : plus de Jichan dans la camionnette, celui-ci ayant décidé de poursuivre à pieds afin de laisser une place pour sa fille. Cette dernière explique rapidement le topo à sa mère qui fait rugir le moteur et se lance à la poursuite de son mari pour récupérer la précieuse clé. Pendant ce temps, le policier attend poliment…

Le meilleure musique pour accompagner les événements qui vont suivre.

22H15 : retour de Bachan en trombe. Elle a bien retrouvé Jichan mais ce dernier lui a dit… qu’il n’avait pas la clé sur lui, que c’était soit moi soit Madame qui l’avait ! Dénégations amusées et un poil exaspérées de cette dernière. En revanche un que cela n’amuse plus, c’est le flic qui dit qu’en ce qui le concernait c’était bon pour ce soir et que l’on verrait cela le lendemain.

A cet instant, un homme marchant à pied vient vers nous. Ce bleu de travail, ce corps couvert de sueur, oui, c’est bien jichan ! Il tient à la main un objet qu’il agite vers nous. Je regarde intensément. Oui, pas de doute possible, c’est bien la clé qu’il vient de retrouver dans l’une de ses poches ! Exclamations vénères de Bachan tandis que Madame et moi nous nous esclaffons. On met tout de même au parfum le beau-père des derniers événements. Il essaye bien aussitôt de discuter avec le policier déjà en train de mettre le contact à sa caisse mais Madame Olrik, toujours soucieuse des convenances et de la politesse, le retient en lui disant que c’est trop tard.

22H18 : Y’a plus qu’à rentrer à la maison. Dans la camionnette : Bachan, Madame, les enfants et bibi. Le beau-dabe ouvre la lourde pour s’installer mais voilà : il n’y a plus de place. Le temps que mon cerveau s’agite et décide si je dois ou non lui laisser ma place et rentrer à pieds, il referme la portière et file seul, dans la nuit, tel un ronin dans un film de Misumi.

22H19 : Dans la camionnette, l’ambiance est chaude. Pas vraiment de cohésion, on est loin de la fine équipe de l’Agence tous risques dans sa camionnette noire. D’abord, les kids sont muets, livides. Avec tous ces événements, je les avais un peu oubliés. Ils ont eu de la chance, cette soirée ç’a été deux expériences pour le prix d’une : d’abord un partie de pêche foireuse en nocturne, ensuite un rallye en camionnette avec au volant une Bachan excédée comme c’est pas permis par les circonstances. Il y a de quoi voir venir la mort plus d’une dizaine de fois croyez-moi, et Olrik jr me confie d’ailleurs en français que plus d’une fois il avait cru qu’allait avoir lieu un accident. Du reste il a largement sa dose pour la soirée, il ne veut qu’une chose : se pieuter. Chez Bachan aussi il y a des récriminations. Mais tournées vers son mari à qui les oreilles ont dû alors furieusement tinter. Madame a d’abord laissé dire mais au bout d’une minute, quand elle a senti que ça tournait au règlement de compte conjugal qui ne nous regardait pas forcément, une tempête verbale s’est subitement abattue sur Bachan. Elle n’en a pas l’air comme ça, Madame Olrik, mais ce petit bout de bijin, quand il se met en renaud, est capable de faire plier par la force de la parole les plus vigoureux des adversaires. Moi-même, je l’avoue, j’ai dû essuyer de genre d’épreuve. Criblé d’impacts par une mitraillette verbale, j’essaye non pas d’en placer une mais de garder une contenance, le genre je fronce les sourcils et je barre mon visage d’un sourire qui se veut sarcastique. Mais intérieurement, j’ai clairement les foies et je prie pour que le déluge s’arrête au plus vite. Dans la camionnette, même s’il ne m’était pas destiné, je n’en menais pas large, tout cela me rappelant de bien mauvais souvenirs. Cela conjugué à la conduite aussi bourrine que hasardeuse de Bachan, c’est tout juste si je n’ai pas demandé à cette dernière de s’arrêter pour que je puisse aller vomir sur le bas-côté. Mais enfin, nous arrivâmes malgré tout à bon tour. Belle-maman venait de s’être fait laver les oreilles par sa propre fille. Les enfants, aussi cireux que des zombies dans un mauvais DTV japonais, n’avaient plus qu’à se laver les dents et aller au futon pour se reposer de cette soirée.

Après nous avoir déposés, Bachan repartit pour choper sur la route son ronin pêcheur de mari. Le retour en camionnette promettait à bord d’être explosif.

22H35 : alors que nous commençons à nous inquiéter de leur retard, la camionnette finit malgré tout par rappliquer devant la maison. Intacte. Et les occupants en sortent finalement calmes. Mais je sens que derrière la façade apaisée qu’arbore le beau-père qui décide de regarder la TV plutôt que d’aller se coucher, il y a tempête sous un crâne. C’est qu’il n’aura pas ses deux petits-enfants ce soir à occuper avec lui les futons disposés disposés dans le salon. Il y a bien le fidèle Olrik the 3rd mais Olrik jr, lui, exténué et écœuré par la soirée, a préféré filer fissa à notre chambre à l’étage pour s’endormir sans être dérangé. Rude coup pour beau-papa qui est toujours satisfait d’avoir au réveil à côté de lui ses deux petits-enfants en train de dormir. Coup d’autant plus pénible qu’il s’agissait de notre avant-dernière soirée à Miyazaki et que cela donnait à cette fin de séjour des allures de fête gâchée.

Mais pas de panique, il restait encore une journée.

Le lendemain, 7H00 : Je me lève, je jette un coup d’œil à la fenêtre : la voiture est déjà là ! Je descends et tombe sur Bachan qui m’explique que Jichan s’est d’abord rendu à son lieu de travail (à dix bornes) pour récupérer des outils nécessaire eu remplacement de la batterie, puis qu’ils se sont rendus à un magasin (qui ouvrait aux aurores apparemment) pour acheter une batterie neuve. Ils se sont alors rendus au port pour la remplacer avec l’ancienne, et voilà !

Allons ! si on pouvait craindre une drôle d’ambiance pour la dernière journée, ce tour de force effectué dès le lever du soleil avait de quoi rassurer. Le soleil brillait, les beaux-parents avaient toujours cette énergie destinée à ce que tout passe au mieux (bon, pour la pêche, c’est autre chose), cet art de la finition pour installer leurs enfants et petits-enfants dans un fauteuil moelleux tout le long de leur séjour. Et quand en plus la belle-mère ajouta ceci : « on aurait dû aller au magasin de batterie avec les enfants. Quand on fait l’ouverture et que l’on achète une batterie neuve, ils offrent des melonpans. », une bouffée de bonne humeur  me saisit et acheva de me rendre confiant. Ouais, la dernière journée qui allait s’achever sur un yakiniku et un hana bi dans le jardin allait être plaisante. Elle le fut.

L’art de la finition (1/2)

On le sait, les Japonais sont maîtres dans l’art de fournir un produit fini, alléchant dans sa forme, dans sa présentation, donnant immédiatement envie d’être possédé. Même chose pour la nourriture. Du simple emballage d’une confiserie au dîner sophistiqué proposé à un onsen, le Japon culinaire sait vous faire saliver en vous faisant en même temps hésiter sur ce que vous avez à faire :

Et encore le cadrage ne permet pas de voir d’autres mets délicats se trouvant à doite et à gauche. À noter que le plaisir est décuplé quand vous avez en plus la chance de manger avec devant vous une bijin vêtue d’un yukata coloré et venant d’attendrir son épiderme soyeux dans l’eau pure du bassin d’un onsen.

Faut-il manger ? Toucher à ce spectacle de couleurs quitte à en rompre la perfection ? On finit bien par choisir la première option mais cela se fait toujours après une phase de contemplation devant quelque chose qui apparaît parfaitement fini dans son élaboration et dans ses moindres détails.

On pourrait multiplier les exemples de cette maîtrise dans plein de domaines. Les figurines par exemple. Tenez, je me suis ainsi procuré via Mandarake une belle figurine porte-crayons Fujiko Mine :

Tout de suite, sur un burlingue, ça vous met du baume au cœur pour la journée et vous donne plus d’entrain à travailler.

Perfection de la pose, satinée de la peau, joli dégradé de couleurs, pas mal pour un simple bout de plastique. Même chose pour les artbooks :

D’où me vient l’impression que cet article devient subitement prétexte à déballer ce que j’ai acheté pour faire saliver le lecteur ? Sinon les connaisseurs auront compris qu’il s’agit d’un artbook sur Masamune Shirow (Intron Depot 2 en l’occurence).

Qualité de l’impression, beau papier, rendu des couleurs, là aussi, ça tue. Et que dire des photobooks ?

?!

Poitrines opulentes, buissons d’amour bien fournis, croupes génér… euh faites excuse, je m’emballe, je voulais dire en fait papier glacé de qualité, belle jaquette et restitution parfaite des noirs pour être au plus près de la vision de l’artiste.

Bref, c’est tout le paradoxe du Japon qui vous fait bien souvent balader dans des rues présentant un chaos d’enseignes, de câbles électriques et de distributeurs de cannettes,  le tout baignant dans un bordel sonore épuisant, et qui en même temps est capable de faire soit dans une épure ou une sophistication imparables.

Tenez, dernier exemple. S’il y en a une qui a le sens de cet art de la finition, c’est bien Madame Olrik. Quand elle revient au pays mère, c’est à chaque fois le même topo. Déjà, en France, il y a toujours le souci d’être présentable, de soigner la mise et le maquillage et croyez-moi, ça en impose. Mais au Japon, on monte encore d’un cran, on sent la volonté de montrer aux compatriotes bijins qu’attention ! she’s back. En apparence, sur sa coiffeuse, c’est le bordel et ça ne laisse augurer de rien de bon :

Mais au final, lorsqu’elle sort de sa chambre après avoir choisi avec soin sa toilette et s’être poudré le nez pendant une heure, j’en suis souvent resté le souffle court, impressionné que j’étais, et bien fier de me promener à côté d’elle, moi qui me contentais de sandales, d’un short, d’un t-shirt Jump crasseux et d’une gueule mal rasée.

En revanche, un qui possède beaucoup moins cet art de la finition, c’est le beau-dabe. Témoin son projet de pêcher. En effet, avant même notre arrivée il s’était mis en tête de faire des parties de pêche avec Olrik jr et Olrik the 3rd. Touchante idée que celle du grand-père qui décide d’aller taquiner le goujon en compagnie de ses petits-enfants.

Moi, pendant ce temps, j’essayai en loucedé de dégoter un stage de pêche « ama » (les fameuses pêcheuses de perles) , en vain. 

Après, ce noble projet nécessitait un peu de préparation. Il fallait un peu de matériel, notamment une canne à pêche supplémentaire pour les kids. Comme nous devions rester cinq semaines, beau-papa s’était sûrement dit que ça allait le faire, qu’il avait tout le temps de voir venir pour se rendre au magasin…

Dantesque par ailleurs le magasin, imaginez une sorte de supermarché uniquement consacré à la pêche.

… pour acheter un peu de matériel et faire la première partie de pêche. Et puis, les journées ont commencé à défiler. Puis les semaines. Il y avait toujours une excuse. Tantôt un typhon, tantôt le fait que nous ne trouvions pas à la maison alors qu’il était rentré plus tôt du travail justement pour aller acheter une canne à pêche. A la fin de la troisième semaine, il a tout de même dû se dire qu’il fallait passer à l’action. Surtout qu’il avait fait mariner les enfants en évoquant sans cesse son pote qui l’avait initié à l’art de la pêche, le légendaire Kuma san. Pourquoi ce surnom (en jap’, kuma=ours) ? Les imitations mystérieuses mais assez cocasses que le beau-père faisait de son ami devant nous ne m’ont pas parues toujours explicites. J’étais intrigué, j’avoue, mais pas au point de me lever à cinq heures du matin pour les accompagner afin de voir à quoi ressemblait le fameux Kuma san. Car la première sortie pour pêcher finit bien par avoir lieu. Soleil au zenith, deux cannes à pêche supplémentaires adaptées aux tailles respectives d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Kuma san dispo pour accompagner et dispenser ses bons conseils, toutes les conditions étaient réunis pour passer une bonne matinée et ce fut le cas. La petite bande, moins Kuma san rentré chez lui, revint à la maison sur les coups de midi, ravie de l’expérience et surtout d’avoir ramené de la poiscaille :

Yatta !

Joie d’autant plus grande que les quelques spécimens avaient été pêchés uniquement par les enfants. Ils étaient même parvenus à pêcher un petit fugu (poisson hors de prix au Japon) mais bon, comme nos mains n’étaient pas assez expertes pour le préparer (rappelons que son organisme comporte du poison) et que l’on n’avait pas forcément envie de finir le séjour sur une intoxication alimentaire mortelle, il avait été renvoyé à la mer.

Après un tel succès, il fallait confirmer, enchaîner avec une deuxième sortie pour pêcher, cette fois-ci en famille et pas trop loin. Lors de la première tentative, ils étaient allés du côté d’Aoshima. Sympa mais nécessitant 45 minutes de route, un peu la barbe. Plus simple : se rendre au port de Miyazaki, le « Marina beach » où se trouvaient des endroits où la pêche était autorisée. Cinq minutes en voiture, cela n’était pas contraignant, tout comme y rester une heure ou deux. C’est du moins ce que je croyais alors…

To be continued…

Recharger les batteries

 

Quand je vois les beaux-parents trimer dès le matin par cette chaleur, je les admire et me demande comment ils font pour tenir. Sans doute tiennent-ils parce qu’ils ont tout simplement un travail à effectuer, ligne directrice qui ne leur laisse pas le temps de se plaindre, contrairement à nous qui sommes ici pour passer notre temps à buller. Et de fait, j’ai beau avoir créé un site appellé « Bulles de Japon », j’aurais peut-être intérêt à mieux gérer certains moments stratégiques de la journée. Le plus dur n’est pas le petit matin qui me voit levé dès six heures pour faire un footing appréciable, alors que la température n’est que de 25 degrés. Non, le plus insupportable est la tranche 11 heures – 15 heures où là, il y a clairement souffrance. J’ai beau me trouver à 11 heures baignant dans la climatisation de l’Aeon du coin, je sens déjà que les jambe commencent à se faire lourdes, tout comme les paupières d’ailleurs. L’autre fois, tandis que les enfants jouaient à l’espace jeu à Dragon Ball Heroes ou à ces jeux de pêche qui utilisent un système de médailles, j’étais allé me lover dans l’un des fauteuils moelleux en face de la librairie pour lire un peu sur ma liseuse. Je n’avais pas lu trois pages que je me suis mis à sombrer, la tête renversée et la bouche ouverte, un filet de bave coulant sur mon t-shirt et une bulle de morve se formant à la narine droite, pire qu’un épisode de Docteur Slump !
Au retour à la maison, vers midi, il fallait préparer le déjeuner. Oh ! Il n’y avait pas grand-chose à faire ! Un curry instantané, un yakisoba UFO, une mini pizza à mettre au four, de la nourriture saine et pas trop compliquée quoi ! Mais alors que la maison avait alors franchi les 30°C, même cette tâche prenait des allures de travail de titan. Une fois assis, mon curry Lee en face de moi et surtout le verre rempli de glaçons et la bouteille d’eau fraîche à portée de main, je me sentis mieux. J’avais l’impression de recharger les batteries mais ce n’était qu’une impression, j’allais m’en rendre compte. Après le déjeuner, il n’y avait rien à faire jusqu’à trois heures. Rien à part se ressourcer dans la chambre à l’étage, la clim’ enclenchée et les rideaux tirés pour lire un peu et faire une sieste réparatrice. Sauf que la sieste n’eut rien d’apaisant. Allongé sur le futon, je devins une sorte de poids mort qui s’abandonnait dans un gouffre duquel il aurait bien du mal à en sortir. Vers deux heures et demie les paupières se levèrent un peu, terriblement lourdes, je me dis qu’allez ! il fallait y aller pour profiter un peu du Japon mais rien n’y fit, il fallut attendre une bonne demi-heure pour enfin sortir de la chambre, hagard et me demandant si j’allais avoir de l’énergie pour faire autre chose que d’avoir le cul posé dans un fauteuil. Oui, c’est aussi cela la magie du Japon l’été !
Le café que je sirotai au salon me fit néanmoins du bien et jusqu’à la fin de la journée le corps fonctionna bien. Mais il était clair qu’il allait falloir que je change mes plans pour mieux négocier le créneau 11H/15H.
Un qui a du mal à le négocier, c’est sûrement Tornado. Tornado, souvenez-vous, le fidèle compagnon de mes escapades à deux roues dans Miyazaki :

Une fois n’est pas coutume, ce fidèle compagnon a fait la fête à son maître revenu d’Europe. Et je le mène encore parfois faire des ballades aux alentours mais plus très loin désormais. Car voyez-vous, Tornado se fait vieux et n’a plus le même allant d’antan. Quand nous nous promenons au milieu des rizières non loin de la maison, je lui flatte doucement l’encolure de la main. Le vieux drôle couine de joie (à moins que les couinement proviennent de la chaîne totalement rouillée, c’est possible aussi) mais peine à cacher que ces sorties, pourtant bien courtes, lui sont désormais pénibles. Les roues sont lourdes et j’ai bien compris que les beaux-parents acceptent de le garder uniquement par respect pour les nombrreux services rendus lors de ses jeunes années.
Bref, Tornado n’est plus que l’ombre de lui-même et… (pardonnez ce silence mais tant d’émotion… voilà, ça va mieux, je reprends 🙂 il ne peut plus espérer me mener au centre ville.
Pour cela, j’ai désormais une autre solution. Après Tornado, laissez-moi vous présenter :

Typhon !

Typhon est le dernier étalon né des écuries Panasonic. Quoique d’un poids assez conséquent, il est doté d’une batterie qui lui permet au démarrage de faire parler la foudre et surtout d’économiser les canes de son maître. J’ai testé, c’est étonnant et surtout très pratique dans un pays où l’on ne connaît pas les ronds points et où les feux rouges sont légion, vous obligeant à vous arrêter tous les vingt mètres et à reprendre votre course. Ça va une fois ou deux. Mais à la trentième, on y laisse de l’énergie, surtout à 35°C. Là, c’est presque un bonheur de s’arrêter car on sait que les premiers coups de pédales seront quasi insensibles, le mode « pawa » du petit boitier qui règle l’utilisation de la batterie permettant de mettre le paquet dans les démarrages mais aussi dès que l’on emprunte une côte. Ami lecteur, tu veux connaître ce que ressent un coureur Sky sous salbutamol ? Achète un vélo électrique, c’est le bien ! Moi, en tout cas, j’ai essayé et j’ai adopté. J’en use et abuse, en vaillant bien à garder un oeil sur le niveau de recharge car à 0%, il faut bien avouer que trimballer ce type de vélo serait un peu l’enfer, sans sa batterie, Typhon est un peu lourd du cul voyez-vous. Bref, au-delà de mes virées en centre ville, empruntant un peu hasard une succession de rues minuscules, un autre de mes plaisirs est tout simplement faire une ballade sur les coups de 18 heures dans la zone où se trouvent les rizières. Là aussi, inutile d’avoir un plan sur soi. Je chevauche au petit bonheur en fonction de la position du soleil. Des maisons délabrées, d’autres parfaitement entretenues, se succèdent ici et là avant de laisser la place à des serres, des champs sablonneux ou des terrains vagues. Et puis arrivent les rizières, avec leur odeur caractéristique, leur calme et leur faune particulière : on y aperçoit souvent des grues ainsi qu’une variété de petits crabes.

Au passage mes excuses à ces derniers. Alors que je chevauchais hier nuitamment (ce type de zone ne dispose d’aucun lampadaire, sensations garanties la nuit), Typhon, en passant par un chemin a quelque peu écrabouillé sous ses pneus quelques uns de ces crustacés. En plus de ceux des grillons que l’on aperçoit au sol tous les dix mètres, cela fera quelques cadavres de plus dont les fourmis se régaleront. Elles sont partout, à l’affût de la moindre denrée, d’une minuscule miette de pain sur la pain ou d’une aile de grillon au sol :

Au Japon, la fourmi ne chôme pas, elle est forcément elle aussi industrieuse (Edith Cresson approved). Tout le contraire de moi dont l’emploi du temps est étiré au maximum. Il risque de l’être d’ailleurs encore en plus car sentant qu’un début de tendinite va m’obliger à faire une croix sur les footings, ça promet des matinées moins spartiates, plus sur les futons et sous la clim.
Rues journées que les nôtres ! Heureusement qu’il y a la plage de l’après-midi…

Parce qu’un article estival sans une photo de bijin sur le sable chaud n’est pas un vrai article estival.

… les ballades avec Typhon et la bière du soir (très lourde à soulever, cela demande de l’effort) pour me remettre d’aplomb. Sans cela ce neuvième séjour ne serait qu’un long supplice pour un corps ballotté entre la rudesse des températures à l’extérieur et la fraîcheur lénifiante de ma chambre climatisée.

Attaques de méduses psychotiques et de serpents félons !

J’ai vu qu’en France, certains articles évoquaient la chaleur actuelle au Japon. On ne vous ment pas : depuis notre arrivée le thermomètre monte très vite dans la matinée (30°C dès huit heures) pour ensuite zoner autour de 40°C. Le W-E dernier a été plus doux, avec de gros nuages qui ont bien arrosé la ville et fait descendre de quelques degrés la température. Certes, cela a eu pour effet l’annulation d’un petit matsuri de quartier auquel je comptais me rendre, mais d’un autre côté cela a permis de respirer un peu.
Bien sûr, il y a la clim’ mais bon, l’utiliser du matin au soir serait un peu onéreux. En gros, quand on est à la maison, jusqu’à 18H30 c’est ventilateurs à donf’ puis, quand on sait que le beau-dab’ va radiner de son travail tout transpirant et bien fatigué, on enclenche la clim’ pour lui faire bon accueil. Ça, ses petits-enfants, son gendre idéal et l’appel de la bière fraîche, je peux vous assurer que ça vous requinque un homme.
En tout cas, il faut bien composer avec cette chaleur. Si la matin on reste tranquille avec juste une excursion ici et là dans tel ou tel magasin, l’après-midi propose sa halte de rigueur à la petite plage de Miyazaki, Sun Beach.


Sun Beach, ses secouristes cool et athlétiques, ses nageuses recouvertes de vêtements (je ne comprendrai jamais ça, montrez votre bikini bordel !), son eau tiède et ses méduses. Il y a quatre ans, j’avais été piqué au bras par l’une d’elle. Une morsure brûlante pas insurmontable mais suffisamment pénible pour sortir de l’eau et aller au poste de secouristes pour se faire pommader par les doigts graciles d’une auguste bijin :

De mémoire elle ressemblait à ça.

Cette fois-ci, c’est Olrik the 3rd qui a fait l’expérience de ce genre de mésaventure. Et plutôt deux fois qu’une. Alors que j’avais bien pigé qu’on se trouvait dans une zone avec quelques uns de ces spécimens, j’entrepris avec les kids de faire une vingtaine de pas à bâbord pour être plus tranquilles. Tout à coup, Olrik the 3rd se met à pousser des « Aïe ! », des « Ouilles ! » et autres « ça pique ! ». Voyant qu’il ne faisait pas semblant (il en avait les larmes aux yeux), je le pris vite fait par la main pour le mener à l’infirmerie de la plage. Déjà, le long des deux cents mètres qui nous y menaient, toute une collection de cloques commençait à apparaître sur le bide et même l’avant-bras. A l’infirmerie, la secouriste fut toute surprise de voir qu’Olrik the 3rd avait fait péter le high score avec ses cloques. Habituellement, nous expliqua-t-elle, les gens qui venaient la voir avaient une misère de cloques. Là, c’était plutôt du beau boulot de la part de la méduse. Ces paroles amusées et à visée consolatrice n’eurent guère d’effet sur Olrik the 3rd qui tirait sa tronche des mauvais jours et pour lequel il allait falloir éviter de parler parties de plage pendant quelque temps. Il se laissa néanmoins manipuler, l’infirmière lui appliquant une pommade anti piqûre de méduse. Après cela, il n’y avait plus qu’à ranger les affaires et quitter la plage. Avec un Olrik the 3rd à l’agonie, me suppliant de rentrer à la maison pour demander à Bachan de la pommade anti-méduse (genre toutes les grands-mères ont forcément dans un fond de tiroir une pommade de ce type), je ne vis qu’une solution : s’arrêter au Aeon pour y prendre un goûter. Après un melonpan fourré à la crème et un gros Fanta au melon, je ne dis pas qu’il ne pensait plus à sa malheurs mais il y pensait en tout cas moins. Le soir, ça allait mieux et il pu exhiber fièrement ses blessures de guerre à ses grands-parents.

Un épisode de Saint Seiya ? Non, juste une baignade à la plage qui a tourné court. Moins sexy que la secouriste, je reconnais.

Finalement, l’épisode de pluie permit à Olrik the 3rd d’oublier pour un temps la plage et de surmonter le petit traumatisme. Nous y sommes retournés hier et tout va bien : il est plus que jamais enragé à jouer avec son frangin sur leur grosse bouée orange. Mais un traumatisme en chasse parfois un autre. J’ai plus d’une fois eu l’occasion de constater combien la faune locale pouvait présenter des échantillons parfois surprenants. Ainsi les serpents. De mémoire, les rares occasions où j’ai pu en voir en France remonte à mon enfance. Une fois notamment où je me promenais avec un cousin dans une forêt tandis que son père pêchait à une rivière. Nous la vîmes juste à deux mètres de nous se mettre à se mouvoir rapidement pour gagner les fourrés. De nous trois, cette couleuvre était sans doute celle qui avait eu le plus peur. Mais je me souviens que la vision de cette forme au sol n’avait eu sous le coup rien d’agréable. Eh bien il s’est passé récemment la même chose au petit parc où il y a quatre ans j’avais l’habitude de me rendre pour un footing matinal (j’y vais moins maintenant, lui préférant celui du côté de Heiwadai). Histoire de varier les sorties, il s’agissait d’y faire une petite marche d’une heure avant de nous rendre au Aeon pour acheter notre déjeuner. Marche agréable, ponctuée de « konnichiwa » lancés par d’aimables vieilles gens (les générations plus jeunes étant moins enclines à dire bonjour à des inconnus). A la fin de notre marche nous arrivâmes à cette petite mare. Ayant eu la bonne idée de vérifier la présence de tortues ou de grenouilles parmi les nénuphars, nous allâmes sur l’herbe pour faire tranquillement le tour de la mare. On regardait plus les nénuphars que devant nous. Nous fîmes mal car cela aurait permis de distinguer une longue forme noire tapie dans les herbes. Je fus le premier à l’apercevoir. A deux mètres de nous, elle se mit non pas à attaquer Olrik the 3rd qui venait de prendre son petit-déjeuner mais à déguerpir vers la mare où elle plongea pour s’y cacher. Je sais que ce blog est parfois le lieu de toutes les exagérations néanmoins, je crois être près de la réalité en affirmant qu’il s’agissait d’un serpent faisant approximativement deux mètres de long. J’ajoute aussi que j’eus juste le temps d’apercevoir une lueur d’intense méchanceté dans son regard. Et sa couleur noire avait tout pour impressionner davantage les rétines des enfants (et les miennes aussi, soyons juste). Nous terminâmes la promenade avec un Olrik the 3rd tenant ma main de toutes ses forces et scrutant dans toutes les directions pour voir si le serpent n’avait pas changé d’avis pour décider de lui faire sa fête.
Je parlai le soir de notre mésaventure au beau-père. Il se fit rassurant. Pour lui, pas lieu de s’inquiéter. Des serpents comme cela n’avait rien de dangereux, on n’était pas à Okinawa quoi ! Point de habu, juste du serpent certes un peu long mais parfaitement inoffensif. Il se souvenait même en avoir attrapé plus d’un quand il était gamin pour les faire tournoyer au-dessus de sa tête comme un lasso afin de faire crier les filles. La bonne blague tiens ! J’essaierai cela la prochaine fois pour faire rire Olrik the 3rd. Il va adorer, je le sens…

I got les Bleus

Voilà, on y est. Séjour au Japon, neuvième édition. Suivant de quelques mois seulement la huitième, autant dire que le dépaysement est très relatif tant j’ai l’impression de n’avoir quitté le pays seulement hier. Mais enfin, c’est tout de même bien bon d’être ici, même si la chaleur a une curieuse manière de souhaiter la bienvenue. 30°C dès huit heures du mat’, autant dire que je ne tarde pas trop pour aller faire mon footing matinal. Lever à 6H30, je rencontre les premiers lézards à 7 et je rentre tout ruisselant à 7H30 pour souhaiter le bonjour à la ribambelle de gosses du quartier qui se rendent en groupe à l’école d’à côté.
L’après-midi, la sieste est de rigueur. Avec les enfants on monte dans la chambre à l’étage et on enclenche la clim’. Ils jouent avec leur Switch tandis que je sillonne Mandarake pour quelques achats à base de photobooks et d’art books. Et puis, après une demi-heure de ce régime, le corps se met à latter l’esprit. On résiste encore cinq minutes mais rien n’y fait : instinctivement, on sent une chaleur tellement épouvantable dehors que la mise en veille de l’organisme avant d’aller l’affronter se fait d’elle-même. Et à 15 heures, on est fin prêts pour aller faire une partie de plage d’une heure à « Sun Beach », la petite plage non loin du port de Miyazaki. Tout le monde y trouve son compte. Les enfants bien sûr, contents de barboter et de s’exciter dans une eau tiède qui ne risque pas de susciter une hydrocution, et moi aussi qui, sans être un inconditionnel de la plage, suis tout de même satisfait de rafraîchir et nettoyer l’épiderme qui a déjà eu le temps dans la journée d’accumuler de la sueur séchée, malgré la douche matinale post footing.
La soirée est plus gérable, entre le dîner, les boissons fraîches et la climatisation remise en marche, ça va, on survit.


Bref l’entrée en matière de ce neuvième séjour s’est bien passée. Il a fallu défriper le corps et l’esprit après un voyage un peu longuet (voyage en TGV + nuit à l’hôtel + voyage Roissy- Helsinki + 5 heures de transit à Helsinki + voyage Helsinki-Fukuoka + trois heures de transit à Fukuoka + voyage Fukuoka-Miyazaki) mais après deux journées, le rythme a été définitivement pris. De quoi être d’attaque pour suivre la finale dans la nuit de dimanche à lundi. C’est l’apanage de ces vacances d’été au Japon prises tous les deux ans. Cela coïncide avec les années pairs et c’est à chaque fois l’assurance de suivre une compétition sportive : Euro, Jeux Olympiques, cette fois-ci Coupe du monde. Il y a quatre ans j’avais été accueilli par l’horrible finale entre l’Argentine et l’Allemagne. Là, après avoir suivi le parcours de la France et de la Croatie, j’espérais bien ne pas regrette ma veillée footballistique. Et puis merde quoi ! A la clé un possible deuxième titre ! Il y eu donc une petite excitation tout le long de la journée, un climat d’attente certes amoindri du fait d’être enveloppé par les activités au Japon, mais attente gentiment fiévreuse tout de même.

Faire du shopping était un moyen de tromper l’ennui. Allez ! dans l’escarcelle cette belle écharpes Samurai Blue !

Avant de me poster devant le petit écran, j’allai au onsen du centre ville. Mal m’en a pris : on était dimanche la veille d’un jour férié, du coup on était un peu les uns sur les autres. Pire : le bassin à l’extérieur était recouvert de canards jaunes en plastique, sans doute en l’honneur des lardons qui ne manquaient pas d’accompagner le dimanche leur paternel. J’allai tout de même à l’habituel sauna, celui qui décalque la couenne et vous fait suer un litre d’eau toutes les deux minutes, puis m’imergeai juste après dans le bassin d’eau froide. J’y restai cinq minutes, le temps de créer une bienfaisante sensation puis sortis pour m’allonger sur un des transats. Difficile de faire autre chose, après le combo sauna/eau froide, la tête me tournait gentiment. Allongé, le décor tout autour valsait, il n’y avait qu’à fermer les yeux en attendant que ça se calme. En les rouvrant je contemplai le ciel de Miyazaki pollué par les lumières de la ville. Je distinguai malgré tout quelques étoiles. Ici Aldébaran de la constellation de la loutre. Là Seiya de la constellation du Pégase et Raoh du Krakken. Vision bienfaisante qui fit aussitôt glisser en moi quelques méditations poétiques du genre « Bordel ! On va l’avoir cette putain de deuxième étoile, pour sûr ! ».
Vers minuit moins le quart je revins à la base. Tout le monde dormait, j’allais vivre cette finale seul dans la petite pièce où belle-maman avant l’habitude de regarder ses dramas le soir :

Remarquez ici la présence d’un piano, vestige des débuts pianistiques de Madame Olrik quand elle pratiquait chez ses parents. En attendant son retour, c’est Olrik the 3rd (deuxième année de piano) qui l’utilise. Moi, je me promettait bien à la mi-temps de me jouer quelques Nocturnes de Chopin afin d’évacuer un éventuel stress.

Allez ! Écoeurez-moi ce Croate encore plus que pour cette pleureuse mauvaise perdante de 

Thibaut Courtois !

Mais en fait, le stress, il n’y en eut guère. Comme pour les précédents matchs depuis l’Argentine, ces Bleus-là semblaient dominer leur sujet d’une étrange manière. Pas flamboyants, mais pas inquiétants non plus. Limite rassurants même. Une sorte de monstre à sang froid certain de sa force. Il se faisait bien chiquer les mollets par le molosse en face de lui mais pas d’inquiétude, il n’aurait à un moment qu’à lever la patte le moment venu pour lui infliger une rouste. Ce qui arriva. Le coup de sifflet final donné, je regardai incrédule les remplaçants français envahir la pelouse alors que le commentateur japonais exultait. Intérieurement, j’étais content, mais tout se passait comme si une sorte de filtre s’immisçait entre ma joie et ce que je voyais. A deux heures et demie du matin, le quartier était aussi calme que dans une ville belge après le coup de sifflet final du match entre la France et la Belgique. Point de coups de klaxons, de voix éméchées en train de brailler ou de commentaires chauvins à la TV qui annonçaient une hystérie médiatique prévisible dans les prochains jours. Etonnant, déroutant, et en même temps, finalement, satisfaisant.
J’attendis jusqu’à la remise de la coupe, me demandant si Macron n’avait pas une trique réelle à faire ainsi son show devant les caméras du monde entier et à se faire tripoter pour un oui ou pour un non par la présidente croate. Avant que la pluie ne le mouille à l’extérieur, je gage que l’intérieur à un certain endroit était tout suintant. Bref la pluie et avec elle la coupe arrivèrent, et ce sans les commentaires des journalistes de TF1 et ça, c’était plaisant. Et ça allait l’être tout autant le lendemain. Les Bleus dans le car sur les Champs Elysées, les Bleus à l’Elysée, les Bleus dans leur petit village, le fierté de la tata d’un des Bleus, un Bleu va aux gogues, tout cela j’y échappai et c’était tant mieux. Le petit lien qui me rattachait encore à la France était achevé (je mets à part la présence de Madame Olrik là-bas, ma chère et tendre ne devant nous rejoindre qu’à partir du 25), il n’y avait plus qu’à se laisser bercer par le chant des grillons, le goût du shochu on the rocks et l’odeur du yakiniku quand la chaleur devient plus douce, sans avoir à l’esprit un certain ballon rond.

Au revoir l’automne, salut l’été !

3 novembre 2017

Avant-dernière journée au Japon. Et avec elle dernière occasion d’humer pleinement l’atmosphère automnale japonaise que je n’allais pas retrouver de si tôt. Pour cela, Madame, histoire de faire oublier son échec avec la sombre affaire du pneu crevé, proposa de nous rendre du côté de Kobayashi, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Miyazaki, où se trouvait un joli site avec un lac et une cascade entourés de verdure. Peut-être enfin l’occasion de découvrir ces couleurs chaudes propres à l’automne qui jusque là s’étaient faites discrètes.

Sur le site, il faut bien le dire, ce n’était pas l’orgie des couleurs. Mais enfin, le vert était tacheté ici et là de jaune et de orange, chose assez rare depuis le début du séjour :

Pas d’hésitation : sans être non plus une orgie de couleurs, c’était plaisant et donnait envie d’aller chercher des marrons (la spécialité du site, une petite boutique en vendait des sachets). Nous avons tous été rapidement charmés par la petite promenade d’une heure que nous y avons faite. Il a fallu d’abord traverser ce pont suspendu :

Opération toujours un peu difficile du fait de la propension de Madame à être sujette au vertige. Après se trouvaient deux bancs bien placés qui permettaient de se reposer en profitant bien du paysage :

Et puis après… après ce fut un peu l’improvisation :

Comme nous ne comptions pas y passer la journée mais juste la matinée, impossible de tout voir surtout que le lieu semblait surtout équipé pour proposer des activités l’été. En bas à gauche du plan on aperçoit des karokaya, maisons en toit de chaume traditionnelles datant de l’ère Meiji. Il est possible d’y séjourner pour s’offrir une parenthèse de calme coupée de la vie urbaine. A expérimenter un jour, cela doit être sympa. Par contre s’y rendre juste pour les voir, cela augurait d’un intérêt médiocre. Nous avons préféré nous balader autour du lac tout en ayant en point de mire la cascade de Mamako. Mamako signifiant « belle-fille », vous vous doutez qu’il y a sûrement derrière ce nom une légende attachée à la cascade. Madame Olrik, qui la connaissait, nous l’expliqua, alors que nous faisions une petite pause sur un des bancs juste après le pont. En fait, qui dit belle-fille dit forcément belle-doche. Et dans les légendes ou les contes, vous avouerez que c’est rarement un personnage bandant (et même dans la vraie vie, me direz-vous sans doute). Pour la petite fille du conte, tout commence le jour où son père décide de se remarier après qu’il a perdu sa femme, tombée gravement malade. Evidemment, la marâtre est peu disposée à témoigner de l’affection pour sa belle-fille. Néanmoins, un jour, la vieille l’appela de sa voix la plus doucereuse pour l’attirer en haut de la cascade. Transformée subitement en mère affectueuse, elle prit l’enfant sur ses genoux pour inspecter sa chevelure afin d’y retirer des poux. Pendant cette opération, la gamine s’occupait à faire des nœuds avec sa ceinture (notez bien, c’est important pour la suite). Et puis soudain, stupeur ! malédiction ! la bonne femme décide d’arrêter de jouer la comédie en poussant sa belle-fille dans le vide (énorme salope !). Seulement, c’est ballot, la petite fille, avec ses nœuds, avait noué sa ceinture avec celle de sa belle-mère, belle-doche qui du coup fut entraînée elle aussi dans la cascade pour y crever (bien fait pour sa gueule !). Telle est la belle histoire que Madame Olrik nous raconta, à la grande stupeur d’Olrik the 3rd qui écouta avec des yeux en billes de loto, stupéfait d’apprendre qu’il pouvait exister pareilles mères.

Les histoires, c’est sympa, mais ça creuse, surtout après une bonne promenade. Après avoir retraversé le pont, nous sommes allés ici :

C’est le petit onsen Kajikanoyu. Petit mais suffisant. Il dispose d’un bassin intérieur et de deux autres en extérieur (un chaud et un froid) ainsi que d’un sauna. Comme ça faisait longtemps qu’on était pas allés au sentô de Miyazaki, je m’y rendis avec les enfants, pour « tester » comme dirait ce gamer d’Olrik jr :

De quoi bien se requinquer et se préparer pour le  déjeuner que l’établissement proposait au rez-de-chaussée dans sa partie restaurant :

Nous y avons passé une grosse demi-heure. L’ambiance était calme, à part nous il y avait deux jeunes femmes à la table d’à côté, occupées à papoter tranquillement et à se montrer des trucs sur leurs keitai. La carte donnait le choix entre une vingtaine de plats. J’optai pour le bol de ramen au curry.

Belle promenade, onsen et ramen et curry, il était difficile d’imaginer un meilleur tiercé gagnant. Rassasiés de cette excellente matinée, nous n’avions plus qu’à regagner tranquillement Miyazaki. Des achats d’omiyage nous attendaient pendant que les kids allaient faire leurs ultimes partie de Dragon Balle Heroes.

Courage Olrik the 3rd ! Quand ce gros otaku aura fini sa douzième partie, tu pourras prendre le relais !

Comme de bien entendu, histoire de marquer le coup avant la séparation, les beaux-parents (qui ne risquaient pas de me balancer du haut d’une cascade, eux) nous ont invité à un restaurant. Un énième. Entre les yakinikus dans le jardin, les sukiyakis dans la maison et les sorties gastronomiques, j’ai souvenir d’avoir été un peu gavé comme une oie durant ce séjour. Mais je n’allais pas me plaindre, le restaurant chinois nous sommes allés était plutôt goûtu, supérieur à ceux que j’ai l’habitude de fréquenter en France. Après cela, je pouvais rentrer en France avec le sentiment du séjour bien accompli.

Le lendemain, il a fallu se lever au petit matin pour choper l’avion qui allait nous mener à Haneda. Comme toujours on sentait une émotion contenue mais bien réelle chez les grands-parents. Mais pour une fois, ça n’allait être qu’un au revoir à court terme. Après ce séjour automnale il s’est posé un moment la question de savoir s’il était raisonnable d’enchaîner l’été suivant avec un nouveau voyage au Japon (normalement, le Japon pour nous c’est un été sur deux, les années paires). Nous avons réfléchi, mais pas trop non plus. Dans l’airbus qui nous ramenait en France, je songeais qu’après tout, puisque les enfants avaient encore la chance d’avoir leurs grands-parents japonais en bonne santé, il ne fallait pas trop réfléchir et y retourner recta dès l’été suivant. Au moment où je fis cette réflexion, Dale Cooper sembla me répondre :

Si même Cooper en direct de la Black Lodge me confirmait dans cette décision, il n’y avait plus à tergiverser.

Depuis la décision a été prise, les billets achetés. Les matchs de la coupe du monde ont permis de patienter. A partir de la semaine prochaine, c’est le retour de la touffeur estivale et des promenades en vélo, des kakigoris et des matsuris d’été, du chant des grillons et des clapotis des bassins d’onsens, des bières japonaises bues le soir en compagnie de Jichan et des plats concoctés par Bachan. Natsu yasumi I’m back !

 

Matsuri mythologique et sushis à la pelle

29 octobre 2017

Pour ce premier séjour à Miyazaki durant l’automne, une des attractions que je ne tenais à rater sous aucun prétexte était un matsuri, le Miyazaki-jingū Taisai. Cela allait me changer des danses de l’Erekocha matsuri puisqu’il s’agissait ici d’une parade à thématique mythologique à travers les rues de la ville, en rapport avec le personnage légendaire de l’empereur Jinmu. Je me frottais d’avance les mains seulement voilà, il ne faut pas croire que les typhons emmerdent uniquement l’été, ils peuvent très bien débarquer aussi en automne et bousculer les festivités. Ça n’a pas raté au début du week-end, avec de bonnes grosses pluies qui ont empêché le matsuri toute la journée. Restait le dimanche, à condition que les dieux de la météo veuillent bien permettre à Jinmu d’avoir sa cérémonie populaire.

Pour savoir cela, il fallait être attentif aux bulletins météos qui tombaient toutes les 3-4 heures et qui étaient accompagnés d’informations sur la tenue ou non du matsuri le dimanche. Samedi soir, rien n’était encore décidé. Il fallait attendre le lendemain matin. Comme la nuit il avait plu comme ushi qui pisse, j’avoue que j’avais déjà fait intérieurement une croix sur le matsuri. Je fis mal car en fait, dès dix heures le lendemain, le ciel bleu semblait revenir et avec lui les probabilités de voir les festivités se dérouler. L’info météo tomba dans la foulée : le feu vert était donné pour faire la parade à travers la ville.

Une fois le déjeuner englouti, je chevauchai Tornado et parti au trot en direction du point de départ de la parade. Je me souviens du bien-être bienfaisant du parcours. Une douce brise, une température agréable et une lumière qui promettait de faire péter les couleurs des costumes : ce matsuri, je le sentais bien. Et de fait, le défilé fut très plaisant à suivre. Traditionnels shishimai (les lions dansants dont les coups de mâchoires donnés près d’un bébé sont censés lui porter bonheur), samouraïs à cheval, mariées elles aussi à cheval, taikos, histrions masqué qui par leur danse grotesque pouvait faire penser à Hyottoko. Ils jouaient d’une sorte de tambourin maintenu dans une structure circulaire en osier sur laquelle ils s’appuyaient parfois, comme pour se reposer.

Dans le public, le spectacle pouvait parfois se trouver chez certaines bijins qui s’entraînaient pour Halloween :

Sur les coups de 15 heures, Madame et les enfants me rejoignirent au carrefour principal du centre ville pour assister à la procession. Puis, comme le goûter s’approchait, il fut décidé de faire une pause au Mr Donut du coin. J’engloutis mon donut et mon café : le défilé continuait jusqu’au temple principal de Miyazaki (temple dédié à Jinmu) et j’avais envie de profiter de l’ambiance là-bas. Enfourchant de nouveau Tornado qui m’attendait frais et dispo, je filai au triple galop jusqu’à la destination désirée. Il ne s’y passa rien de spécial. Les participants arrivaient progressivement et continuaient ou non des festivités en rapport avec leur rôle. Je vis passer les mariées à cheval, je suppose qu’elle devaient assister à une cérémonie au temple (Madame Olrik m’avait expliqué le symbole de ces mariées, là aussi leur rôle est en rapport avec la mythologie propre à Miyazaki). Les joueurs de taiko posèrent leur scène mobile sur une petite place et firent résonner la tranquillité du lieu des percussions de leurs instruments. J’empruntai l’allée principale :

Au bout de l’allée des participants costumés – que des hommes – immortalisaient leur journée par quelques photos de groupe avant de vaquer à leurs occupations. Cela sentait la fin du matsuri, malgré tout je pris mon temps pour remonter l’allée. Pas mal de gens profitaient encore de cette fin de journée magnifique et les joueurs de taiko qui continuaient encore leur concert, absolument increvables, invitaient à rester jusqu’à la dernière note. Comme je commence à connaître ce groupe depuis le temps que je les entends à différents matsuris, je savais que le morceau qu’ils jouaient n’en avait plus que pour quelques minutes. Bien que le connaissant par cœur je me laissai glisser dans sa frénésie finale gentiment hystérique puis me dirigeai vers Tornado. Il allait être 17H30 et je savais que le beau-père voulait nous emmener à un kaitenzushi. Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. C’est qu’au Japon, le dimanche dès 18H, les gens bouffent au resto voyez-vous. Si je me souviens bien, nous nous cassâmes les dents sur rien moins que trois kaitenzushis, à chaque fois complets. Mais le quatrième fut le bon, à la grande joie d’Olrik jr et Olrik the 3rd qui pouvaient commander tout leur soûl sur un écran et voir arriver leurs commandes spécial sur un petit shinkansen fixé sur rails. Moi, je me contentai des fondamentaux :

Bière et sushis

Et c’est après trois quarts d’heure d’un combat culinaire acharné que nous quittâmes la table, le bide prêt à éclater mais avec le sentiment du devoir accompli :

Après cela il n’y avait plus qu’à se la couler douce à la maison. Il est néanmoins très possible que sur les coups de 22H, le temps d’attendre que le degré d’alcoolémie descende, j’aie repris les clés de la voiture pour me rendre en solo au sento du centre-ville. C’est qu’une bonne journée au Japon qui ne se termine pas par un sauna et des bains de toutes les températures, n’est pas complètement une bonne journée.

Pas beaucoup de photos dans cet article because petite vidéo montée par mes soins. N’ayant pas eu beaucoup de temps à y consacrer, j’ai fait au mieux, vous excuserez certain tremblements ou certains plans inclinés que je n’ai pas corrigés sur Première. Pour rappel, pour ceux que ce genre de détail intéresse, les vidéos ont été prises avec un Panasonic GX80, appareil recommandable que je vais encore garder pour quelques années.

Hot spots à gogo

Le lendemain, il incombait à Madame d’aller réparer sa bévue. Le beau-dabe lui avait donné l’adresse d’un réparateur de confiance ainsi que la thune pour la réparation (oui, chez la famille de ma femme, il est dit que les enfants ne doivent absolument rien raquer. Croyez bien pourtant que j’ai insisté pour que ce soit Madame Olrik qui paye de ses propres deniers mais rien n’y a fait.). Le garage était situé sur le chemin de Mangasouko, magasin que nus avions découvert avec bonheur lors du précédent séjour et auquel Olrik jr et Olrik the 3rd nous tannaient depuis trois jours d’y retourner. Le programme de la matinée était donc tout trouvé, d’abord le garage, le bonne odeur du pneumatique neuf, puis Mangasouko et le non moins bonne odeur de la figurine d’occase. Dans la voiture, au moment de partir, à la question d’Olrik jr qui demandait où on allait, je répondis : « Maman a repéré une bordure de trottoir au nord de Miyazaki qu’elle aimerait tester avec la roue de secours ». Fine saillie qui fit retentir un « BWAHAHA ! » d’Olrik jr et de son frère. Apparemment la vanne avait du potentiel, c’était bien, je pourrais l’utiliser encore deux ou trois fois avant qu’elle soit aussi usée que le pneu qu’on allait remplacer.

Sinon, vous l’aurez deviné, il va s’agir d’un article riche en hot spots et une fois encore, pour ceux qui en douteraient, Bulles de Japon n’a rien à envier aux sites les plus hype qui dégainent tel lieu branché du moment à Harajuku ou la dernière boite de strip-tease à la mode de Roppongi. Ainsi vous pourrez chercher longtemps sur ces sites, jamais vous n’y trouverez ceci :

Honnête artisan, savoir-faire de qualité, prix très compétitifs et matériel de qualité, si jamais vous passez à Miyazaki et que vous crevez un pneu en heurtant une bordure, n’hésitez pas, foncez à ce petit garage qui ne paye pas de mine mais qui saura vous satisfaire au-delà de vos espérances !

En arrivant, nous tombâmes sur un monsieur d’un certain âge, sans doute de la même génération que le beau-dabe. Madame se présenta comme étant la fille de son père. Tout de suite le bonhomme assura qu’il n’y avait pas de problème pour la roue, qu’il allait la changer dans la demi-heure. Un coup d’œil sur l’autre roue le fit cependant tiquer. Le pneu était quand même bien usé. Autant, peut-être, en profiter pour changer les deux pneus avant ? Incertitude de Madame qui préféra lui donner le numéro de téléphone de son papa pour savoir s’il fallait aller jusque là. S’ensuivit un bref coup de bigophone truffé de formules de politesse au bout duquel il fut décidé de changer les deux pneus. A noter que Madame Olrik fut un peu étonnée de la politesse de l’artisan. Elle pensait qu’il s’agissait d’une de ses connaissances de son père et que la politesse allait être plus mesurée. Mais non, en fait ce fut tout le contraire avec un degré de politesse dépassant très largement celui attendu. De là à dire que le beau-dabe est en réalité est un chef yakuza qui utilise son entreprise d’élevage de poulets comme d’une couverture, il n’y avait qu’un pas que mon imagination décida de franchir allègrement. J’explorerai cette hypothèse lors du prochain séjour…

En attendant, il y avait une demi-heure à tuer. Que faire ? Nous n’eûmes pas à nous poser longtemps la question car l’artisan nous indiqua sa petite salle d’attente dans son magasin. Petits fauteuils moelleux, télévision, étagères avec des mangas. Il ne m’en fallait pas plus, à cela je dis banco ! d’autant que l’épouse du garagiste ne tarda pas à radiner avec un plateau pour nous offrir du thé vert, des petites bouteilles de lait sucré aux enfants mais aussi… une soucoupe remplie de bonbecs ! Pour un peu j’aurais presque regretté qu’il ne nous change pas le joint de culasse pour rester dans ce paradis plus longtemps. J’explorai les deux petites étagères de mangas : je me souviens qu’il y avait notamment Vagabond, un manga de pêche et puis un seinen très sexe et violence que je ne connaissais pas. Je photographiai mentalement le titre mais bien évidemment cela s’avéra insuffisant pour le mémoriser. Bon, si on crève de nouveau un pneu cet été, j’irai vérifier cela. En tout cas je supposai que l’artisan avait sans doute un fils. Je supposai bien car nous entendîmes quelqu’un descendre un escalier et ouvrir la porte qui donnait sur la salle d’attente, c’était un jeune homme d’environ dix-huit ans qui nous salua poliment et alla rejoindre le garagiste pour l’aider à changer les pneus. Deux minutes plus tard de nouveau des bruits de pas dans l’escalier, la lourde qui s’ouvre : c’était cette fois-ci une jeune femme, qui nous salua derechef et qui se rendit à un burlingue pour consulter un registre. On n’avait plus qu’à attendre l’arrivée de l’oncle, de la tante et du cousin mais en fait non, ils ne vinrent pas. Par contre la facture arriva, elle, et avec elle un nouveau départ avec des pneu flambants neufs. Direction maintenant :


Mangasouko

A Miyazaki, point de Mandarake. Mais le Mangasouko est là, à une dizaine de kilomètres au nord, suffisant pour procurer une heure de shopping hypnotique aux kids, et pour me permettre de mettre la main sur figurine originale. Depuis mon tout premier séjour au Japon en 2004, je me suis bien calmé dans ce domaine. Je m’adonne maintenant plus volontiers aux plaisirs des gashapons, moins encombrant. Ainsi comment résister à ces magnifiques gashapons Warau Salesman ?

Pour moi, ce fut bien simple, je dégainai sans réfléchir deux pièces de cent yens pour obtenir un petit bout de plastique qui depuis traîne sur un coin de mon bureau. Plus délicat était l’achat de cette magnifique réplique du psycho gun de Cobra :

En fait j’en possède déjà un, moins beau, moins fignolé. Était-il utile d’en acquérir un deuxième ? La question méritait réflexion, d’autant qu’une figurine d’Hentai Kamen, moins encombrante, me faisait de l’œil :

Ça a quand même une autre gueule qu’une ennuyeuse figurine DBZ.

Sans compter sur la figurine Golgo 13, celle de Kiryu, le personnage du jeu vidéo Yakuza, celle de Tesujin 28 ou encore celle du personnage principal issu de ce manga culte (dont j’ai oublié le nom, de mémoire c’est un titre interminable) et que l’anniversaire des 50 de Jump permettait d’honorer :

Je me souviens aussi d’une certaine figurine de Fujiko Mine dont les attributs mammaires n’avaient certes pas besoin de rustine, contrairement au pneu de notre voiture. Mais finalement j’optai pour ces figurines Ashita no Joe monochromes :

De son côté Olrik jr acheta sur mes conseils la version Switch de Street Fighter II (achat qu’il regretta par la suite, mais ceci est une autre histoire) tandis qu’Olrik the 3rd tint absolument à s’acheter un paquet de cartes Dragon Ball Heroes pour jouer sur les bornes d’arcade du même nom. Un oeil sur le coin (très modeste) des photobooks. Je repérai le livre de la photographe Hiromix fait lors d’un séjour à Paris :

Aguicheur mais dispensable. Ajoutons pour terminer que Mangasouko est une sorte de petit paradis pour les amateurs de retrogaming :

L’après-midi fut plus sérieux. Point de pneus ni de figurines. Pour moi, direction ici :

Il s’agit du musée d’histoire naturelle de Miyazaki (le bâtiment est visitable grâce à Street View) dans lequel se tenait une exposition sur l’histoire du katana. Assez peu intéressés, Madame et les enfants décidèrent de m’attendre en passant un peu de temps au Book Off à côté puis à un petit salon de thé.

Ayant pratiqué le iaido durant cinq années, l’exposition m’intéressait forcément un peu. De fait, la vaste collection de katanas qu’elle proposait avait le mérite de montrer qu’avant d’obtenir le katana tel que nous le voyons dans les films de samourais, les forgerons ont expérimentés durant des siècles, avec des courbures, des longueurs parfois inattendus. Très dépouillée et très feutrée, l’exposition permettait ainsi de faire un voyage dans le temps et d’admirer des lames qui avaient dû traverser pas mal d’épiderme. Après, je dois dire que l’intérêt fut pour moi un peu limité puisque les explications de l’expo avaient fait l’impasse sur une traduction en anglais.

Je rejoignis mon clan au salon de thé. Je commandai un bon café, le dégustai puis comme il était déjà 18H30 nous retournâmes à la base. Après dîner je repris Tornado pour une de mes dernières ballades post-dîner nocturnes. Une peu comme Richard Boringer, je me dis en passant devant ce bâtiment que…

…c’est beau un Yamada Denki la nuit !

Puis j’arrivai au centre ville ce soir-là étonnamment dépeuplé :

L’envie de prendre une petite barquette de takoyakis à l’échoppe me titilla un instant. Mais comme j’avais apporté un sac contenant une serviette et des vêtements propres pour me terminer au sentô avant de rentrer, je me retins. Il s’agissait d’assainir et de reposer le corps, pas de le bourrer de nouveau alors que je venais de sortir de table. Je me promenai sans but un quart d’heure, appréciant l’ambiance à la fois électrique et tranquille du quartier avant de poursuivre mon chemin jusqu’au sentô. Il ne restait plus beaucoup de journées avant la fin de ce huitième séjour, mon épiderme réclamait son lot d’eau chaude et parfois parfumée quotidien. J’allais volontiers lui offrir ce petit plaisir jusqu’à la fin.

Madame Olrik en mode Boulitte

La chronique de mes dernières aventures automnales avait tourné court. Deux articles et c’était fini. C’est que jusqu’à présent, ces mini-récits de voyage avaient à chaque fois été écrits à deux moments bien distincts. Soit en plein voyage, le nez dans le guidon et en plein milieu des délices proposés par le séjour japonais. Il y a deux ans, j’avais écrit une série d’articles (le premier date du 16 juillet) durant mon huitième séjour. Le rythme de mes matinées avait été assez miraculeux quand j’y songe. Chaque jour, je me réveillais à six heures. Oui, en pleines vacances, et sans même avoir besoin d’un réveil. Mon corps se réveillait comme un automate à cette heure précise, parfois avec une minute en avance ou en retard, mais toujours sans ressentir la moindre fatigue. Je quittais la douce climatisation de la chambre où continuaient de dormir profondément Mme Olrik et Olrik jr (Olrik the 3rd préférant dormir dans le séjour en bas avec son grand-père), j’enfilais ma paire de baskets puis me rendais en voiture à un de mes parcs préférés pour un footing de décrassage d’environ quarante minutes, dans une chaleur estivale déjà sensiblement présente à cette période de l’année. Puis retour à la maison, douche, petit déjeuner : l’horloge du salon indiquait alors 7H30, je disposais de trois bonnes heures avant la traditionnelle sortie matinale en famille à l’Aeon afin d’acheter notre déjeuner, heures souvent utilisées pour écrire les articles en question. Frais, dispos, sentant le bon sable chaud, enivré par les grillons commençant déjà leur doux vacarme, je n’avais alors aucun mal à reconstituer avec plaisir les événements de la veille.

Même chose lorsque j’entreprends d’écrire un été lorsqu’il n’y a malheureusement pas de voyage au Japon. J’en suis alors quitte à rêver sur mes photos prises un an auparavant, rêverie qui asticote alors l’imagination et l’envie de reprendre le récit du voyage dans une sorte de mélange de carnet de voyage et de récit rétrospectif. Entre les deux étés, le temps a passé, a infusé les choses vécues, leur a donné une certaine saveur et c’est tout naturellement qu’on les fait resurgir avec un certain plaisir.

L’automne dernier, c’était un peu différent. Là, mon corps a été moins vaillant. Dans la légère froidure automnale, il a apprécié de rester un peu plus longtemps dans le futon. Pas trop non plus de footings matinaux pour fouetter l’organisme et l’esprit. Une douleur persistante au tendon d’Achille m’avait incité à pratiquer plutôt la marche. Et puis tout bonnement il y avait moins le temps. Quatorze journées seulement (contre quarante quand nous allons au Japon l’été), je n’avais pas forcément envie de perdre du temps devant un écran à taper des textes, cela attendrait le retour en France. Sauf que, comme évoqué plus haut, les tentatives d’écriture par la suite ont tourné court. Post Japanum, Olrk animal triste. Les souvenirs étaient pourtant très frais. Mais il faut croire que cette fraîcheur, juste au moment du retour en France, formait un contraste inconsciemment un peu agaçant. Le plaisir de se souvenir entrait en confrontation avec le plaisir d’avoir regagné ses pénates et ses habitudes. Quoique toujours vaillant lorsqu’il s’agit d’aller se tuer la gueule à bicyclette au Japon en plein après-midi l’été, j’ai aussi un côté pantouflard qui fait que lorsque je reviens en France, je suis repu de Japon et passe naturellement à autre chose. Bref, poursuivre le voyage par l’écriture n’était alors pas évident.

Mais maintenant, huit mois après, et quelques semaines avant (roulements de tambour), mon neuvième séjour au Japon (à vingt j’arrêterai, promis !), le fièvre se met subitement à monter. Je mange, je dors, je pisse et je chie Japon. L’appel du Japanisthan quoi ! Je me détache progressivement de ces habitudes françaises, l’esprit étant rivé à ce qui m’attend dans quelques semaines. Je me suis remis à bosser la langue et avant de prendre une nouvelle flopée de photos, j’ai remis le nez dans celles du précédent voyage afin de les trier et de virer les plus vilaines. Activité qui me prend du temps mais que j’effectue tout en écoutant quelques vieux folkeux japonais. Dépaysement assuré qui, associé à l’excitation du voyage à venir, me donne envie de reconstituer quelques souvenirs de l’automne dernier. Parmi eux, cette journée du 31 octobre durant laquelle Madame Olrik avait proposé de se rendre non loin de la petite ville de Kobayashi pour admirer le plateau d’Ikoma et ses cosmos en fleur. Il faut rappeler ici que moi qui m’étais fait une joie d’admirer un Japon de carte postale sous les couleurs de l’automne, j’en avais été pour mes frais. La végétation y est surtout composé d’arbres gardant leur parure verte tout le long de l’année et l’atmosphère plus douce mise à part (et les bijins moins court-vêtues), je n’ai rien trouvé de bien différent par rapport à l’été. Aussi était-ce là l’occasion d’offrir aux mirettes une touche d’automne particulière, le type de cosmos que l’on trouve à ce plateau ayant sa floraison pile au moment où nous nous trouvions au Japon, d’autant que Madame avait repéré à quarante minutes de voiture plus loin un autre petit coin de nature (dont j’ai oublié le nom) qui promettait d’être plaisant lui aussi. Le soleil était au beau fixe, le ciel était bleu et promettait de le rester, la température douce :

… il n’y avait plus qu’à faire un peu de route (environ une heure et demie) pour voir les cosmos. Comme d’habitude avec ce genre de trajet, il y a toujours à un moment la pause konbini. C’est un des côtés plaisants au Japon lorsqu’il s’agit de faire un peu de bornes. Certes, les innombrables feux rouges donnent l’impression de se traîner, mais les konbinis, eux aussi innombrables, invitent à faire des pauses pour déguster un bon café chaud accompagné de machins sucrés que les kids ne manquent jamais d’ajouter au café au moment de passer à la caisse.

Bref, le voyage fut sans histoire et c’est les ventres remplis de diverses cochonneries (limite la gerbe en fait) et en avance sur l’horaire indiquée par le GPS que nous arrivâmes ici :

Sauf que, voilà : au lieu de ceci :

HOOOOOOO !

Nous eûmes droit à ça :

Gni ?

L’explication était toute simple : en fait les fleurs s’étaient fait la malle juste trois jours avant. C’est ce que nous expliqua la dame à la boutique du plateau. Madame Olrik me traduisit ses paroles, un peu dans ses petits souliers car sachant bien combien son mari est comme Hannibal dans l’Agence tout risques, à savoir quelqu’un qui aime à ce que les plans se déroulent sans accro. En particulier quand il s’agit de faire une heure et demie de route. J’hésitai à lui dire qu’elle aurait au moins pu filer un coup de bigophone la veille pour savoir si ces putains de fleurs étaient toujours là ou non, mais je m’abstins, grand seigneur. Après tout la vue n’était pas si mal et nous baignions dans un calme reposant et une fraîcheur matinale qui aurait presque donné envie de pique-niquer, n’eussent été toutes les saloperies ingurgitées durant le trajet.

Mais bon, on n’allait pas non plus y passer la journée, il fallait reprendre la route pour joindre le deuxième site avant le retour à Miyazaki. Là, problème. Un typhon ayant passé dans les parages quelques jours auparavant, la route permettant de se rendre au site avait été bloquée, comme une jolie pancarte jaune nous en avertit. Qu’à cela ne tienne, le GPS nous indiqua recta une autre voie à emprunter. Re-problème : cinq minutes plus tard, derechef une pancarte jaune, avec le même type de passage. A cet instant, crispation de Mme Olrik qui voit son beau plan tourner au fiasco et qui certainement se met à redouter l’ire de son ogre de mari. Je vous rassure, elle n’a jamais eu avec moi à appeler  S.O.S. mari gaijin violent. Mais j’avoue, je peux parfois être une sorte d’ours mal-aimable capable dans certaines circonstances de dégainer des paroles doucereuses peu obligeantes. D’ailleurs, même lorsque je ne dis rien, mon visage, l’aura négative qui émane alors de ma personne suffit pour distiller une certaine tension. Ma mine s’allonge, les mâchoires se crispent, la prunelle des yeux devient dure, aiguë : je suis alors parfaitement imbuvable. Cela dit, je résistai au côté obscur de la dissension conjugale et me contentai de regarder le paysage défiler à ma droite tandis que Madame, au volant, conduisait en cherchant désespérément un pancarte indiquant une troisième voie à suivre.  Chose qu’elle n’allait sans doute pas tarder à trouver (cela dit dix minutes s’étaient déjà écoulées depuis la deuxième pancarte, je dis ça, je dis rien…) lorsque nous arrivâmes sur les lieux du drame :

Aller à droite ? À gauche ? Je ne sais pas ce qui s’est joué alors dans l’esprit de ma douce angoissée mais repérant sans doute un indice lui faisant comprendre qu’elle s’était gouréee one more time de direction, elle décida de faire soudainement demi-tour en passant d’abord par le parking à gauche. Ce fut comme Steve McQueen dans Bullit, au tout début de la fameuse course poursuite dans San Francisco. Elle donna un violent coup de volant à babord tout en jouant de l’accélérateur. Quand même pas pied au plancher mais suffisamment pour se manger violemment la bordure du trottoir :

La bordure, en bas à gauche. Oui, je sais, c’est un peu ridicule comme obstacle mais n’oubliez pas que notre bolide n’était pas une Ford Mustang mais ceci.

Un gros BOUM !

Suivi d’un pschiiiiiiiiiiiiiiit.

Suivi des exclamations véhémentes de votre serviteur.

Je ne me souviens plus trop des conneries que j’ai débitées alors. Sans doute un mélange de « et voilà ! », de « bravo ! », et autre « O.K. la ballade est finie ! ». Je n’y réfléchis pas trop, sur le coup je ne voyais qu’une chose, que cet exploit était moins du Bullit pur jus que du « Boulitte », boulette qui ruinait la suite de la ballade.

En rage je sortis de la caisse pour contempler l’étendu des dégâts : une roue avant gauche évidemment à plat qu’il allait falloir changer. En soi pas grand-chose, je suis Dieu merci capable de changer une roue, mais ça plus les pancartes jaunes et les cosmos invisibles, c’était assez pour rager tout mon soûl. Ce qui me fit d’ailleurs perdre du temps juste pour trouver le cric. N’ayant plus une goutte de sang froid dans le corps, je regardai confusément dans le coffre puis m’allongai carrément sur le sol pour regarder s’il n’était pas quelque part sous la voiture. Cinq minutes plus tard je découvris en fait l’existence d’une cache sous les pieds du passager arrière gauche où se trouvait le matos. Enervé, je me saisis du cric et commençai l’opération. Les écrous enlevés, il fallut retirer la roue pour mettre la roue de secours à la place. Mais avec les mauvaises vibrations que dégageait la scène, l’opération ne se passa évidemment pas comme prévu. Coincée à mort, la roue refusait de sortir ! Trempé de sueur, je m’acharnai, pestant contre le sort et son ironie. Moi qui rêvait de connaître des aventures comme Nicolas Bouvier, je connaissais le même type d’expérience que lui avec les ennuis mécaniques de sa Fiat Topolino. Bon, dans une moindre mesure, je reconnais, il s’agissait ici juste de changer une roue mais quand même, j’en chiais des ronds de chapeau, malgré l’ombre que Madame me procurait avec son ombrelle qu’elle tenait obligeamment au-dessus de moi pour se faire pardonner et atténuer mon courroux. A un moment je décidai de jouer le tout pour le tout. Utilisant les dernières ressources de mes muscles, je saisis à deux mains la roue et tirai vers l’arrière de toutes mes forces, limite à m’en faire péter les vertèbres. Cela fonctionna, la roue arriva mais avec elle moi aussi. Je tapai le sol du cul et me retrouvai les quatre fers à l’air. J’entendis derrière moi un hideux « Bwahahaha ! » poussé par Olrik the 3rd. Aucune pitié, rien ! Je vous jure, ayez des gosses ! Je fixai la roue de secours, remballai le cric et l’autre roue dans la coffre et nous repartîmes. Avec une roue de secours moyennement gonflée, il ne s’agissait plus d’aller à un hypothétique site que les routes japonaises allaient rendre compliqué à atteindre, mais de retourner à Miyazaki. Avant cela, il fallait s’arrêter à un endroit pour manger et surtout pour que je me lave les pognes et que je me rafraîchisse la trogne pour faire descendre la température de quelques degrés. Nous nous arrêtâmes à un petit resto à côté d’un onsen. J’aurais pu y passer une petite heure avec les enfants pour achever de me changer les idées mais le cœur n’y était pas, et ce n’est pas mon udon aux crevettes qui allait achever de me transformer en Mister Aimable.

Nous revînmes à Miyazaki sur les coups de quatorze heures. Madame Olrik aurait renversé avec sa caisse une classe de maternelles que ça n’aurait pas été pire. En état de choc, elle fila recta dans sa chambre afin d’oublier les terribles événements en faisant une longue sieste.  Pour les kids, l’activité était toute trouvée : ayant eu la Nintendo Switch pour son anniversaire de la part de ses grands-parents, Olrik jr entreprit avec son frère de faire du Mario Kart, jeu qu’il s’était acheté la veille. Moi, enfoncé dans les affres de la plus complète solitude, tel un chien, je sortis pour rejoindre mon fidèle et unique compagnon de voyage : Tornado, mon vélo de plus en plus rouillé mais ne rechignant jamais à faire de longues ballades en ville avec son maître.

La lumière automnale était alors magnifique et c’est le cœur un peu plus léger que je me dirigeai vers le centre ville pour m’y ballader, prendre une boisson quelque part et saisir quelques occasions de street shooting.

Deux petites heures passèrent ainsi. Avant de revenir à la maison, je décidai de passer par le parc à côté de la gare.

Je les avais quand même un peu, mes arbres aux couleurs chaudes. Ayant pris une canette de café chaud à un distributeur, je m’assis sur un banc et sirotai paisiblement le breuvage, songeant non sans sourire intérieurement à l’odyssée de la matinée. Je quittai ensuite le parc pour un petit quart d’heure au Book Off juste à côté puis rentrai tranquillou à la maison en essayant de prendre des chemins inédits (depuis le temps il n’y en a plus beaucoup mais j’arrive encore à en trouver). A l’approche de la maison, je retrouvai des décors bien connus. Ici le petit temple shinto :

Là cet arbre incroyable donnant l’impression d’avoir été posé à même le bitume :

Enfin la route à côté de la maison donnant souvent à voir le soir de magnifiques ciels :

C’était plutôt sage ce soir-là, mais la pureté du ciel, alliée au calme doucement parasité par les cris des gamins de l’école primaire s’adonnant à côté à leur entraînement de foot, achevait de mettre l’esprit au diapason. Ne restait plus qu’à rentrer, à prendre la bière apéritive avec le beau-père, puis à dîner. A l’intérieur Madame était dans le salon. Le fiasco du jour n’était plus qu’un lointain souvenir et c’est naturellement qu’on l’évoqua sur le ton de la plaisanterie. Ne restait plus qu’à conclure brillamment cette journée avec le nabe concoctée par belle-maman, nabe qui me donna l’occasion d’expérimenter une recette de soiffard :

Envie d’un shochu qui vous réchauffe le cœur ? c’est très simple, il n’y a qu’à déposer le verre dans le plat et attendre un peu.

Après tout cela, j’étais un peu plein. Mais impossible de rester sagement à la maison, c’était Halloween et il fallait que j’aille au centre-ville en vélo pour débusquer quelques costumes originaux. Le dessert à peine fini je m’apprêtais à repartir mais c’était sans compter sans l’intervention de Madame, farouchement opposée à l’idée de faire du vélo avec un peu trop de substances alcoolisées dans le sang. Il fallut se rendre et attendre une petite heure avant d’enfourcher Tornado et de m’y rendre. La pêche n’y fut pas miraculeuse mais néanmoins je rencontrai cette étrange créature :

Le type à l’intérieur m’expliqua qui lui avait fallu huit mois pour confectionner son costume. Je le crus sur parole. Huit mois pour une soirée de gloire : un bel exemple de volonté.

Je n’insistai cependant pas trop dans le centre ville : nous n’étions pas à Shibuya et à 22 heures, Halloween ou pas, Miyazaki commence à devenir bien calme. Il fallait rentrer à la maison. Avec la fatigue qui commençait à se faire sentir, je demandai à Tornado de se contenter d’aller au trot. Il ne s’agissait pas de conclure la journée en se prenant certaines bordures de trottoir…

 

En attendant que le temps se purge

Aeon un dimanche matin

Dimanche 22 octobre

C’était donc bel et bien reparti pour des aventures japanisthanaises. Mais attention ! fallait voir à ne pas aller trop vite pour ne pas se claquer. Raisonnablement (et un peu lâchement), je décidai de ne pas chausser mes baskets pour aller courir sous la pluie. A la place, j’optai pour me rendre en famille au grand Aeon en famille, histoire d’aller voir l’actualité de choses aussi essentielles que les films alors programmés au cinéma, quels étaient  les KitKat de la saison, s’il y avait de nouveau trucs sympa à becqueter ou à boire, dénicher des gashapons cool bref, occuper mon temps de manière intelligente.

Highway to consumerism

Arrivés là-bas, nous mîmes un peu de temps à nous garer. Le dimanche, c’est un peu la journée à éviter, a fortiori quand le temps n’est pas à la fête, ce genre de complexe commercial ayant tendance à devenir le véritable centre ville, condamnant l’ancien à n’exister qu’à travers les bars et les restos. Quoi qu’il en soit, de nouveau en pleine possession de mes moyens, mes super réflexes en action, je fondis comme l’aigle royal sur la première place libérée, n’en pouvant plus d’attendre de retrouver l’atmosphère mercantile du lieu.

A l’intérieur, en passant devant les films à l’affiche au cinéma situé à l’étage, je tombai sur cette bobine bien connue :

Beat était dans la place avec Outrage Coda, dernier volet de sa trilogie des « Outrage ». Aller le voir en avant première était tentant, même s’il était sans doute plus raisonnable sa sortie en France pour profiter des sous-titres, plutôt essentiels pour ce type de film. Bon, on verrait cela plus tard (je rappelle sinon que le film sortira en France le 1er décembre sur e-cinema.com).

Plus loin, au magasin Jusco, à la redoutable section des machines d’arcade pour les enfants, les kids décident de se payer une partie de Dragon Ball Heroes. C’est le drame ça, Dragon Ball Heroes. Cela condamne un parent à attendre à proximité que son mouflet ait terminé sa partie dans une atmosphère de bruits particulièrement agressive, le tout multiplié par deux quand on a le malheur d’être dimanche. Mais Olrik the 3rd était tellement et fier de faire ses toutes premières parties (au précédent voyage il s’était contenté de regarder jouer le grand frère), que je l’observai patiemment mettre au point sa stratégie pour latter du méchant :

Pour ceux qui ne connaîtrait pas, c’est LE jeu d’arcade pour les shonen boys. Il se joue avec des cartes qui représentent des personnage de la série. On les dispose sur l’écran-table (c’est la nouveauté, il y a un an, c’était juste un plateau) et Ô surprise ! ils apparaissent sur l’écran du haut. Le joueur peut alors affronter une troupe d’adversaires en changeant les cartes de place pour effectuer de savants tours tactiques afin d’augmenter la puissance de son équipe, et en appuyant au bon moment sur un gros bouton pour être sûr que les coups envoyés fassent le plus de dégâts possibles.  Simple, précis, efficace, addictif. Bref, japonais.

Quinze minute de tumulte plus tard, direction le rez-de-chaussée. A la boulangerie, une pancarte me rappela que j’allais découvrir les joies d’Halloween au Japon…

… tandis qu’une autre indiquait qu’attention ! le Beaujolais nouveau, c’était pour bientôt !

Le cocktail zombie et gros pif promettait d’être explosif.

De l’humidité du typhon à l’humidité houblonnée

C’en était tout pour la première incusion à Aeon. L’après-midi, direction le centre-ville. La Delta Force se scinda en deux : Madame et Olrik Jr allèrent à la librairie Tsutaya tandis que j’emmenai Olrik the 3rd redécouvrir les plaisir du sento à l’Aceland. J’ai déjà raconté les plaisirs du lieu, je ne vais pas m’appesantir. L’endroit était toujours aussi relaxant et vivifiant, mais j’avoue que faire le combo sauna + bassin d’eau froide a été plus intimidant cette fois-ci. Autrefois j’y allais façon samouraï de l’ère Edo. Choc thermique de l’extrême ? Rien à cirer, j’étais un putain de dur ! Là, avec le petit air frais automnal, ça ajoutait en difficulté. Prudemment, je me contentai d’immerger les cannes, on ferait mieux plus tard.

Regaillardis, nous rejoignîmes Madame et le grand frère à Tsutaya. Fatalement, nous retrouvâmes ce dernier à l’étage, là où se trouvaient les rayons mangas mais aussi ceux des jeux vidéo. Tout à son excitation de bientôt posséder la Switch, il explorait soigneusement le rayon consacré à cette console afin de fantasmer sur les jeux qu’il se promettait bien d’avoir dans un proche avenir.

De mon côté, je fantasmai un peu sur ça :

Un jeu PS4 qui allait sortir, un cross over entre l’univers d’Hokuto no Ken et le système de jeu de l’excellente série des Yakuza. Depuis la PS2 j’avais tenu bon, j’avais toujours résisté à l’envie de me procurer la PS3 et la PS4 mais là, tenir le coup en 2018 promettait d’être duraille.

Pendant que tout le monde continuer de bouquiner à la librairie, je m’extirpai de Tsutaya pour me faire un petit quart d’heure de ballade en solo dans les rues du centre. Ambiance aussi lugubre qu’irréelle. Les restes d’un typhon avaient fait leur œuvre. Ici des vélos renversés sur un parking…

… là des enseignes lumineuses essayant péniblement de donner signe de vie au milieu de magasins fermés et d’une absence d’animation qui contrastait avec la frénésie de l’Aeon.

De quoi refroidir les ardeurs et se dire que le Japon durant l’automne, ça n’allait pas être la joie. Mais c’était sans compter sur les ressources de la belle-famille qui, puisque nous étions depuis la veille entièrement réunis, avit projeté d’offrir un resto dans un établissement spécialisé dans le shabu shabu. Le temps de rentrer et de repartir tous les six afin de se remplir la panse (prélude à qui allait devenir la norme durant quinze jours), je me retrouvai ainsi face à une couleur que je connaissais par cœur…

Ainsi qu’une multitude d’ingrédients qu’il fallait disposer dans un plat séparé en deux compartiments (un pour le shabu shabu, l’autre pour le sukiyaki). J’ajoute que nous disposions d’une bonne heure afin de commander à volonté (excepté les boissons qu’il fallait payer en sus) tous les plats désirés :

Assez vite je fus gagné par cette sensation de bien être consistant à remplir l’estomac de tout plein de saines choses tout en détendant l’esprit avec force rasade de bière puis de shochu. La mauvais temps dehors n’avait alors plus d’importance. Décidément, le Japon l’automne, finalement ça promettait.

Il faut exorciser le soldat Olrik jr !

Journées du 10 au 12 août :

10 août :

On se rend en fin de matinée à une cérémonie « o-bon » pour les morts. Les enfants ne sont guère enchantés à cette perspective. Je ne le suis pas non plus forcément, mais du moins je suis assez intrigué et motivé pour tenter d’y prendre quelques photos et vidéos. Arrivés au temple, il faut d’abord s’escrimer pour tenter de trouver une place où se garer. Pour cela, pas d’autre choix que d’aller au parking juste à côté :

Il faut ici imaginer un préposé donnant des directives pour se garer aux personnes désireuses d’assister à la cérémonie. Il s’agit de remplir le moindre mètre carré d’un morceau de tôle automobile. A la fin le parking était bourré de voitures, sans la moindre issue pour le pauvre type qui aurait garé sa caisse tout au fond et qui aurait besoin de repartir pour une urgence.

Juste à côté se trouvait donc le temple :


A l’intérieur, on se déchausse avant de pénétrer dans le temple. Il y a déjà pas mal de monde au milieu duquel je fais inévitablement tache car pas vraiment habillé pour l’occasion. Tout le monde est bien habillé tandis que j’ai opté pour un short et un t-shirt Black Jack particulièrement seillant. Mébon, comme ma gaijinitude se lit sur mon visage et que Madame m’accompagne, je suppose que je suis une fois de plus tout excusé.

Dans le temple, on vire tout de suite à tribord pour s’installer au bas d’un mur. De là je parviens à prendre quelques clichés :

Les moines arrivent les uns après les autres, la cérémonie commence et avec elle d’entêtantes psalmodies dont les effets conjugués à une forte odeur d’encens (des dizaines de bâtonnets brûlent en même temps) ne tardent pas à se faire sentir. Je ne dirais pas que dès cet instant je suis entré en lévitation mais très certainement que j’ai eu la sensation d’être dans un lieu coupé du monde avec son propre écoulement du temps. Pas la Black Lodge (les amateurs de Twin Peaks comprendront) mais plutôt une « Monk Lodge » qui nettoie l’âme tout en saturant les sens (surtout olfactif et auditif). J’ai plutôt aimé, et lorsque j’aime une chose au Japon, cela donne invariablement lieu à une captation avec un de mes gadgets, appareil photos voire micro enregistreur portatif pour capter l’ambiance sonore.

Alors que je filmais une sorte de ronde que faisaient les moines tout en psalmodiant, je vis l’un d’eux glisser quelques mots à l’oreille de son voisin. J’imagine qu’il a dû lui dire quelque chose comme « chef ! il y a un connard de gaijin derrière nous qui filme sans autorisation ! » car aussitôt le voisin se retourna pour regarder dans ma direction ! A ce moment je tenais mon appareil, l’air de rien, au niveau de ventre. Je fis mine de regarder à un autre point de la ronde mais le gus restait braqué dans ma direction ! Cherchait-il à m’hypnotiser par je ne sais quelque obscur pouvoir chamanique ancestral ? je n’en sais rien mais en tout cas je fis désormais gaffe. Posant mon appareil, mais gardant le micro ouvert, je profitai du rituel sans chercher coûte que coûte à prendre des photos (l’intérêt était de toute manière limité puisque j’étais cloué à une position et que la faible lumière ne permettait de prendre des clichés bien nets).

J’entrai donc en communication divine avec Bouddha, ou du moins je tentai de le faire car assez vite quelqu’un sur ma droite me dérangea dans ma méditation mystique. Il s’agissait d’Olrik jr qui se plaignait d’avoir froid. Certes, la clim’ était un peu forte mais enfin, ce n’était pas la première froid que l’on essuyait ce genre de blizzard en plein été au Japon. Je lui glissai donc un « c’est bon, ça va aller » et retournai à ma communication spirituelle. Mais cinq minutes plus tard, je jette de nouveau un œil à Olrik jr, et j’ai la stupeur de voir que ça ne va plus du tout. Couché en chien de fusil (je précise que nous étions assis au départ à même le sol), il était blotti sur lui-même et grelottait de toutes ses quenottes ! Je mets la pogne sur son front : je la retire aussi rapidement que si je l’avais posé sur un fer à repasser (j’exagère, mais à peine). Je ne pige pas du tout. Il y a une demi-heure il était frais comme un gardon et là, c’est une sorte de poisson resté trop longtemps sur un étal à 40°C. Evidemment, partir aussitôt était inimaginable because le parking bondé qui nous obligeait à rester jusqu’à la fin. D’ailleurs, il n’y avait plus qu’un quart d’heure à attendre. Néanmoins j’étais vivement inquiet. Pourquoi une telle maladie subite ? Je pense tout à coup à mes photos et au regard du moine : ce con m’avait-il lancé le mauvais œil ? Olrik jr était-il la victime collatérale d’une malédiction pour me punir de mon sans-gêne de gaijin ? Allez savoir ! Moi, en tout cas, j’étais à deux doigts de me jeter au milieu du rituel, de virer tous les bâtonnets d’encens et de brailler : « mais arrêtez votre cirque et aidez-moi plutôt à exorciser Olrik jr ! » Heureusement, cela n’arriva pas. Nous étions à la fin de la cérémonie, les gens se levaient et allaient regagner leur véhicule.

Une demi-heure nous étions revenus à la base. Ba-chan dégaina aussitôt des comprimés de type doliprane pour en gaver Olrik jr qui gagna péniblement la chambre à l’étage afin de rester tranquille. Rien d’autre à faire pour lui : ça sentait l’après-midi moisie passée à dormir pour reprendre des forces tout en essayant de faire baisser la température. Désolé pour lui car me sentant un peu coupable (mais maudit soit ce moine hypnotiseur !), je mangeai tristement mon riz au curry « Lee », en espérant qu’Olrik jr reprenne très vite du poil de la bête, car dans trois jours nous devions nous rendre avec les beaux-parents dans un chouette onsen où beau-papa avait réservé une chambre.

En attendant, la vie reprenait son cours. Olrik jr, tel un chevalier de bronze s’étant pris une branlée contre un chevalier d’or, devait se contenter de reprendre des forces, ce qui n’était pas le cas d’Olrik the 3rd qui était toujours tout pétant de santé et qui allait bien me demander de l’emmener à la plage. Cela ne rata pas. Nous allâmes barboter une petite heure et fîmes quelques magasins, tandis que Madame restait à la maison pour veiller sur le frangin. En fin d’après-midi, j’allai tout de même dans le centre pour essayer de faire quelques photos. J’y récoltai un contre-jour fait « en passant » et pas trop mal composé :

… ainsi qu’un yukata devant une vieille façade et au moment du soleil couchant :

Le besogne accomplie, je retournai en vélo à la maison. Inutile de suivre les jeux Olympiques puisqu’ils étaient chez nous : la fièvre d’Olrik jr atteignait toujours des hauteurs olympiques !

 

11 août :

Le lendemain il fallut se rendre à l’évidence : les cachets et les sirops prodigués par ba-chan ne servaient à rien, il fallait voir un docteur. Malheureusement c’était si je me souviens bien un jour férié (le « yama no hi »), du coup Madame galéra un peu pour trouver une adresse où consulter. elle trouva néanmoins : il s’agissait d’un cabinet de pédiatrie situé tout au sud de Miyazaki. Le dignostic rendu là-bas fut sans appel : Olrik jr avait chopé le « rota virus », forme particulièrement virulente de la gastro. Rien de grave non plus mais le programme pour lui était tout ce qu’il y a de plus simple : médocs et repos de rigueur.

Il était temps de voir un toubib car franchement, la santé physique et mentale d’Olrik jr commençait à vraiment faire peur. Je me souviens en début d’après-midi de quelques mots échangés avec lui avant de partir en vadrouille avec son frère : il m’avait sorti un charabia délirant qui montrait assez combien l’esprit avait besoin de se mettre sur OFF et de laisser les antibiotiques faire tranquillou leur effet. Avec son frère nous allâmes à un Book Off pour lui acheter quelques mangas pour le moment bien sûr où il irait mieux et serait capable de lire car là, c’était pas gagné.

Assez peu de photos cette journée. Je propose juste cette photo d’un couple apparemment sponsorisé par Lee (pas le curry, la marque de vêtements).

12 août :

J-1 avant le départ pour le onsen et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Olrik jr allait à peine mieux que la veille. La température était certes moins forte mais toujours bien présente, et son état de forme ne lui permettait pas de faire autre chose que de rester au lit ou d’en sortir un peu pour essayer de manger avant d’y retourner dormir.  Néanmoins en début d’après-midi il avait lu un peu le Slam Dunk que je lui avais acheté. Et en fin de journée, il s’était un peu distrait avec la tablette offerte par Ji-chan. Si Olrik Jr avait les yeux sur un écran, c’est que ça allait un peu mieux. Par contre, pour péter la forme le lendemain au onsen, ce serait sans doute autre chose.

Le valseur de l’hôtesse est-il une illusion d’optique ?

Journées du 6 au 9 août

6 août :

De retour à Miyazaki, besoin de mettre tout de même l’appareil photo de côté, le temps d’alléger des cartes mémoires bourrées jusqu’à la gueule. Point de souvenirs datés du 5 donc si ce n’est cette photo…

Je devais être content de retrouver la passerelle à côté de la maison qui permettait souvent de contempler un de ces ciels spectaculaires, chargés de nuages comme le Japon peut en offrir l’été. Sinon je trouve aussi cette photo…

… qui montre que j’étais aussi content de retrouver la nourriture de belle-maman et la bière de beau-papa.

Le lendemain, je suis cueilli après mon footing matinal par ceci :

Horreur ! le cirque des J.O. commençait ! Au moins j’allais échapper au chauvinisme des journalistes français. Certes, j’aurais à la place celui des japonais mais du moment que j’échappe aux éructations de Patrick Montel au moment de l’athlétisme, ça me convenait.

Pour la suite de la journée, partie de plage avec les enfants avant de se rendre en soirée dans le centre de Miyazaki  pour aller voir le hana bi. Avant cela, dîner prévu dans un petit resto situé sous l’arcade commerciale. L’endroit était sympa de part sa déco vintage :

Pour la nourriture, j’ai trouvé cela plutôt bon, même si Madame a décrété en sortant qu’elle n’y retournerait pas, déçue qu’elle était par les plats proposés.

Il fallait ensuite rejoindre l’autre bout de l’avenue principale afin de trouver une place correcte pour admirer le feu d’artifice. Comme à chaque fois, nous nous y sommes pris trop tard et suivre le spectacle s’est résumé à une opération de marche dans la cohue qui n’a pas rimé à grand-chose. Je vous ferai grâce des vidéos merdeuses que j’ai faites de quelques fusées, et des photos misérables de l’ambiance générale. Un parfait ratage.

Quand une photo floue devient sans sans le vouloir la photo la moins pire d’une série.

 

7 août :

Re-restaurant. Privés durant une semaine de leur fille, de leurs petits-enfants et surtout de leur gendre, les beaux-parents passent l’après-midi avec nous et décide d’offrir le restaurant de type shabu shabu.

Avant cela, on se dirige à un centre commercial au sud de la ville où se trouve une exposition montrant des œuvres en trompe l’œil. Bon, je commence à connaître, je crois que ça fait trois séjours d’affilée que je me cogne ce type d’expo mais enfin, comme c’est le genre de machin toujours payant auprès des kids, c’était donc reparti pour un tour. L’endroit propose une vingtaine d’œuvre, le but ludique étant de trouver le meilleur point de vue photographique pour amplifier le côté en trompe l’œil. Pas toujours évident, surtout avec les éclairages alentours qui empêchant bien souvent la parfaite illusion. Olrik jr était en mode actor studio, motivé pour s’impliquer afin de donner vie aux différentes saynètes. Après, il faudra tout de même quelques kilos en plus pour faire croire qu’il est capable d’envoyer valdinguer un ozeki :

Après l’effort photographique, le réconfort de l’estomac :

Sympa, la marmite compartimentée qui permettait de se goinfrer deux types de plats différents. Au bout d’une demi heure la table ressembla à Fort Alamo ou plutôt à la bataille de Sekigahara :

Et encore, la photo a été prise après qu’une serveuse est passée pour prendre quelques assiettes.

Passablement houblonné, j’entrepris d’enchaîner avec ce saké :

Après toutes ces bonnes choses, j’étais mûr pour aller cuver à la maison sans passer par la case sento. Ce que je fis.

 

8 août :

Il devait pleuvoir pas mal cette journée car je ne trouve aucune photo à part celles prises à partir de 19 heures de ces nuages :

Ça sent le ciel qui se purge après une journée pluvieuse. Sans doute pour rattraper le coup, je me rendis après dîner dans le centre de Miyazaki pour y capter quelques fêtards, des salary men saouls ou encore des hôtesses escortées d’un club à l’autre par une présence masculine susceptible de repousser les tentatives des fâcheux. Il faut ici reconnaître que tomber par hasard dans la rue sur une de ces sirènes fouettent illico les sens. Alors que je remontais l’arcade commerciale, je vis juste devant moi deux de ces créatures débouler d’une des rues adjacentes pour monter juste après l’escalier menant à un club. Impossible de ne pas tourner la tête (et l’objectif) en passant devant l’entrée :

Stairway to heaven.

A part ça je ne me suis pas fait péter la gueule par un escort boy qui m’aurait aperçu. Ça aurait pu, et évoquer le sacro saint « instant décisif » à la Cartier-Bresson aurait été piètrement utile. Moins risquée était cette ruelle truffée de petits bars qui pouvait évoquer la Golden Gai :

9 août :

Amas de vélos puissamment surveillé par un félin que l’on devine aux aguets et prêt à bondir. Voilà peut-être la formule idéale pour laisser son vélo en ville sans craindre qu’on ne le vous barbote.

 

 

Au royaume des sushis, les adultes sont rois

(rappel pour ceux qui prennent le train en marche, il s’agit d’un journal rétrospectif une année jour pour jour après le voyage de 2016).

28 juillet :

Madame étant présente, j’ai dorénavant les ailes libres pour me balader seul, en vélo puis à pied, dans le centre de Miyazaki pour prendre des photos. J’emmène d’abord la meute se rafraîchir à la plage puis, quand arrivent 17 heures, c’est parti pour le trajet bien connu en vélo :


Le ciel est dégagé, le température pas trop caniculaire, allons-y plein pot !

Pas mal de photos ont été prise en une heure et demie ce jour-là. Parmi elles, publions aujourd’hui celle de cet énième chat de gouttière qui a pourtant su préserver un pelage blanc immaculé :

Nota : les habituels parapluies derrière pour protéger les chats des intempéries.

Et, pour rester dans la métaphore animalière du précédent article, cette autre féline qui eut la bonne idée de passer sous mes yeux, telle une apparition, seule et au milieu du réseau de bandes de passages piétons :

Clic !

Toujours très agréable de prendre des photos entre 17H et 18H. On respire un peu plus et avec l’heure de la sortie des bureaux, c’est l’assurance d’avoir un peu plus d’activité qu’en milieu d’après-midi. Dans mon fatras d’images j’ai aussi pas mal de vidéos. Faudra que j’essaye à un moment de faire un montage pour faire sentir l’ambiance.

29 juillet :

Journée importante. comme à chaque séjour au Japon, on fait toujours un voyage dans le voyage. Armés d’un Japan Rail Pass, on file en Shinkansen à Takatsuki (ville située à trente kilomètres de part et d’autre de Kyoto et d’Osaka, le rêve !) où nous accueille la chaleureuse famille de la cousine de Madame. Après un court trajet en taxi nous menant à la gare (trajet de dix minutes durant lequel Olrik the 3rd réussit l’exploit de piquer une ronflette, c’est dire le confort des taxis japonais). D’abord un tortillard jusqu’à Kagoshima, puis shinkansen jusqu’à Osaka (ou peut-être Kyoto, je ne me souviens plus), enfin re-tortillard pour Takatsuki. La première étape est toujours très agréable. D’abord parce que le début est l’occasion de prendre le petit-déjeuner en regardant le paysage. Le gros meron pan et la boisson chocolatée achetés en gare ont alors tout ce qu’il y a de plus doux. Mais le plaisir ne s’arrête pas là puisqu’après un petit somme pour digérer, on se réveille alors que l’on arrive à la baie de Kagoshima. Le train est à ce moment coincé entre les montagne et la mer, et double sans efforts les voitures se rendant en ville :

Et c’est l’occasion de choper entre deux tunnels et deux fils électriques le Sakurajima :

Puis c’est parti pour plusieurs heures de shinkansen durant lesquelles il fallut bien s’occuper :

Quelques sandwichs et un onigiri dans un petit bento composèrent un déjeuner frugal auquel s’ajouta le plaisir de siroter une kirin tout en regardant le paysage et en tapant un article avec du Akiko Yano dans les oreilles. On a connu depuis des voyages plus mouvementés.

Arrivés à Takatsuki, il était difficile de faire les malpolis en déposant nos affaire chez la cousine pour repartir aussi sec faire une balade à Osaka ou Kyoto. Du reste c’était le milieu de l’après-midi, ça ne valait plus vraiment le coup. En attendant un dîner en famille dans un kaitenzushi, petite promenade dans le quartier. Pas grand chose à faire, mais un minuscule square avec quelques balançoires et à proximité d’une rizière joliment éclairée par le soleil couchant permit de buller sans trop s’ennuyer.

En exclusivité, pour la première fois ce sur site, je vous offre une photo de la seule, l’unique, l’incomparable Madame Olrik ! Mon amour je t’aime.

18H30, c’était le moment de retrouver la famille de ma cousine, cette fois-ci au complet, le mari étant revenu du boulot, tout comme leur fillette et le fils cadet. Seul manquait l’aîné parti à un camp d’entraînement de foot. Au kaitenzushi nous retrouvâmes l’oncle et la tante de Madame qui avaient fermement décidé de casquer l’addition. C’était parti pour la valse des assiettes qui allaient défiler sous nos yeux. Un plaisir, sauf pour Olrik the 3rd qui aurait bien voulu prendre de lui-même certaines assiettes mais qui s’entendit dire durant cinq bonnes minutes des « non ! Ne prends pas celui-là, tu n’aimeras pas ! », « non ! ne prends pas l’assiette, elle est rouge, c’est une commande pou un autre client » ou encore « non ! attends encore un peu, tes onigiris au saumon vont arriver ! » :

Adieu, veaux, vaches, sushis…

A la fin, n’en tenant plus, il arriva ce qui devait arriver : une terrible chute à l’arrière, avec un Olrik the 3rd pleurant à chaudes larmes, croyant sans doute que ses parents indignes lui interdisaient de manger pendant que son grand frère en était déjà à sa cinquième portion. Mais cet instant de détresse ne dura pas : sa cousine de six ans vint à la rescousse pour lui donner une part de son omelette tandis que les onigiris au saumon firent miraculeusement leur apparition. Sèche tes larmes, mon fils, et prends des forces : tu allais en avoir besoin pour la journée qui t’attendait.

 

Minettes et arbres tordus

25 juillet :

J’ai évoqué dans un article tout le plaisir que je pouvais avoir à me lever très tôt le matin (étonnamment, mon organisme se réveillait de lui-même, sans aucune fatigue, à six heures pétantes) pour aller courir à un charmant parc à quelques kilomètres de la maison. Alors qu’au moment où je tape ces lignes une fichue tendinite m’empêche de mettre à l’épreuve comme je le souhaiterais mon corps d’athlète, c’est presque la larme à l’œil que je compulse ces photos me rappelant des souvenirs faits de petits vieux matinaux et aimables, de grillons jonchant l’asphalte, de temples apaisants et de passages verts et ombragés. Ce jour-là je m’y étais rendu avec les kids pour une simple marche d’une petite heure, alors que la température était encore raisonnable. Après nous être approchés de l’étang pour voir s’il n’y avait pas quelques grenouilles, nous nous dirigeâmes vers l’espace où se trouvaient quelques jeux pour les enfants. Je me retournai pour regarder la vue, la silhouette du vieillard appelait forcément une photo :

26 juillet :

Après avoir fait je ne sais quoi avec les enfants durant la journée (sans doute une partie de plage de 14H à 16H), je les laissai à la maison auprès de Bachan. Pendant ce temps, direction le centre ville a triple galop sur Tornado pour une promenade et un peu de street shooting. Au détour d’une ruelle, je tombe sur cette vue :

Miaou !

La scène me rappela une chanson des Coasters, Three Cool Cats. Je ne sais pas quel était le sexe des deux chats (dont un mal cadré, je sais, la photo a été prise sur le vif sans réfléchir), mais je ne me pus m’empêcher de me dire qu’il y avait là de bien jolies minettes et dont le poil soyeux était fait pour les caresses.

27 juillet :

D’accord, les Japonais ont la tradition (contestable) de massacrer les dauphins dans la baie de Taiji. Mais enfin, on ne peut leur enlever un certain respect pour tout ce qui a des branches et des feuilles. Témoin ce petit arbre que je croisais lors de mes footings matinaux :

Croyez-vous qu’en France on se serait fait ch… à ménager un emplacement sur le bitume pour que cet arbre biscornu et potentiellement dangereux pour le passant continue de croître ? Certes non. Le croiser lors de mes footings matinaux constituait à chaque fois une étape sympathique, apte à surmonter d’éventuels coups de mou. Si ce petit arbre avait pu à tant d’années malgré l’asphalte et une constitution débile, je pouvais bien moi aussi torcher cette heure de course à pied, merde !

Sinon le 27 était une date importante puisque c’est ce soir-là que nous nous rendîmes ici:

C’est en effet ce soir-là que les deux clampins allaient enfin pouvoir retrouver leur chère môman. Finies les interminables marches avec le cruel Otosan (enfin ça, c’est ce qu’ils croyaient), ils allaient enfin pouvoir se la couler douce ! Je ne cherchai pas à leur ôter leurs illusions. Pour l’heure, il s’agissait de profiter des retrouvailles :

Du calme Olrik the 3rd, elle va arriver, elle va arriver…

Quelques embrassades plus tard, nous reprîmes la route pour rentrer aux bercailles et dîner ensemble. Et comme toute bonne histoire se passant à Miyazaki, la journée se termina pour moi avec une bière Yebisu et une portion d’unagi :

Ainsi que des tomates fort juteuses.

Ne restait plus qu’à se rendre au sento du centre pour parachever la journée, ce que je fis. Après cela, mon organisme était fin prêt pour tâter du futon et se réveiller de lui-même le lendemain à six heures.

Erekocha festif avec plein de chou chou minettes en yutaka

22 juillet :

J’ai essuyé un drôle de regard de la part d’une vendeuse qui m’a surpris en train de prendre cette photo. N’importe, les mannequins du rayon lingerie d’Æon attiraient par trop l’œil, surtout vêtus d’une lingerie très « Rose de Versailles » et effectivement très « chou chou minette ».

 

23 juillet :

Et c’est parti pour deux jours d’Erekocha matsuri.

Comme d’habitude le mode opératoire était le même : arpenter inlassablement les avenues principales du centre pour accéder aux différents spots où des groupes de danse faisaientleur numéro. Le tout sous une chaleur écrasante mais avec force stands de bouffe pour recharger les batteries. On allait en avoir besoin puisque Olrik jr et Olrik the 3rd m’accompagnaient jusqu’à 16H30 avant d’être récupérés par « Bachan ». Moins sensibles que moi à la bonne humeur juvénile qui se dégage de ce matsuri, ils risquaient de sérieusement de geindre et de traîner les sandales à mes côtés. Ça n’a pas manqué mais avec quelques pauses savamment placées et accompagnées de kakegori, ça ne s’est pas trop mal passé.

Après les avoir raccompagné au point de rendez-vous où la belle-mère nous attendait avec sa camionnette, je repartis à la Tachibana dori où devait se produire incessamment la grande parade :

Au programme, durant une bonne heure plusieurs milliers de participants dansant à l’unissons sur les airs traditionnels adoptés par le matsuri. D’ailleurs, si vous êtes dans les parages pour la prochaine édition (29 et 30 juillet), vous pouvez toujours vous entraînez chez vous avec les vidéos mises à disposition par le site :

Pour les amateurs de musique d’odori, vous pouvez choper les morceaux sur cette page.

Appareil photo en main, je me place toujours au milieu de l’avenue, pouvant ainsi aller d’un côté ou de l’autre de l’avenue. Le truc est aussi de se placer à l’extrêmité de l’avenue et de la remonter tranquillement, on est sûr alors de voir tous les participants qui sont regroupés selon leur club, leur entreprise, leur style vestimentaire, etc. Guère besoin de demander de prendre la pose, très souvent des participants m’apercevait dans ma frénésie photographique et ma joie d’être là et, grâce à un simple contact visuel, se proposaient illico de prendre la pause, m’invitant d’un geste à les prendre en photo. Ainsi ces deux lascars :

Les inévitables cosplayeurs :

Mais aussi de douces créatures yukatakisées…

Olrik saaan ! Photographie-moi !

ou vêtues d’une tenue sentant bon la vie paysanne :

Après la parade, c’était l’heure de la débandade : les milliers de danseurs quittent l’avenue pour faire comme les spectateurs : bouffer et boire ! Je profitai de l’ambiance encore une bonne heure et demie et retrouvai Tornado pour gagner mes pénates où je retrouvai mes deux clampins profitant de la clim’ et de la bonne nourriture de Bachan. Et moi aussi du coup : la crasse et la fatigue accumulées durant cette après-midi avaient bien besoin de trouver certains médicaments. Une douche et une kirin plus tard, je pouvais attaquer les bons p’tits plats sur la table à manger avant de faire une promenade nocturne digestive dans le calme du quartier.

24 juillet :

Deuxième journée d’Erekocha. Cette fois-ci sans mes deux drôles. Excédée par la longueur de leurs cheveux, Bachan les amena chez son coiffeur pour leur rafraîchir les nouilles. C’est à chaque fois le petit rituel. La grand-mère emmène ses petits-fils chez les coiffeurs, à cause de la longueur des cheveux mais il y a aussi de la fierté à les traîner dans le quartier afin de montrer comme ses petits-enfants franco-japonais grandissent et sont bien beaux.

En tout cas, comme c’était dimanche les deux beaux-parents se proposaient de les garder avec eux pour la journée, ce qui me donnait quartier libre pour profiter du matsuri sans avoir à tenir compte d’éventuelles jérémiades collées à mes basques. L’après-midi fut bien sympa, du moins jusqu’à 16 heures. Car après la météo fut moins plaisante, une pluie continuelle se mit à tomber, me contraignant à rester prudemment sous les arcades longeant l’avenue. Je tins une bonne heure comme cela mais l’intérêt commençait à devenir limité, je changeai mes plans : comme j’étais venu en voiture et que je l’avais garée au parking du sento à l’Aceland, et comme je puais le fennec à cause de l’atmosphère étouffante et humide, aller barboter dans l’eau avant de retrouver la famille était sans doute la meilleure alternative. Un peu à regret je quittai l’animation de l’avenue. Pas si grave, des Erekocha, j’en ferai d’autres.

 

Un sirop de pêche pour la chasse au chat

19 juillet :

Toute la détermination sur cette photo d’un clampin de cinq ans tentant désespérément d’atteindre le bouton permettant de s’enfiler une canette de sirop de pêche alors qu’il fait 35°C à l’ombre. La bijin sur la pub peut bien essayer d’aguicher le passant : le père Olrik the 3rd n’en a rien à cirer ! Seul comptait à cet instant un machin sucré et glacé dans l’estomac pour tenir le coup.

 

20 juillet :

Chez beaucoup de bijins, le balancement franc du bras qui ne tient pas une ombrelle ou un keitai est quasi une norme. De quoi donner une certaine détermination à la démarche, propre à décourager les hôtes recruteurs de jolies filles dans le centre ville.

 

21 juillet :
Promenade avant l’apéro dans le quartier de la belle-famille. Coincé entre deux maisons :


… j’aperçois un chat tigré qui me regarde. Je m’approche et je sens l’animal qui hésite : doit-il rester ou partir devant le potentiel danger que je représente ? Il opte pour une troisième solution : des pattes à l’avant permettant de lui donner une posture aux aguets, prompte à réagir, tandis que l’arrière-train permet de conserver un laisser-aller bienfaisant, à une heure de la journée où une certaine fraîcheur commençait à arriver. Finalement pas bien farouche le matou, il se laissa mitrailler une bonne minute sans vraiment s’inquiéter. Tout juste s’il ne se gratta pas une balloche durant l’opération.

Back to the summer 2016

Ceux qui suivent ce site depuis un certain temps le savent, l’été, une fois sur deux, c’est soit la joya parce que je suis au Japon, soit la soupe à la grimace parce que je n’y suis pas. Mais ce type d’été n’est pas totalement amer puisque c’est à chaque fois l’occasion d’explorer la provision de photos et de vidéos faites durant l’été précédent.

L’été 2017 sera donc un été de tri photographique qui reprendra une recette éprouvée déjà deux fois : publier systématiquement une photo prise lors d’une journée passée au Japon un an plus tôt jour pour jour. On commence avec les journées du 16 au 18 juillet 2016.

16 juillet

Arrivé la veille, j’avais hâte de retrouver le centre ville de Miyazaki pour y reprendre mes marques. Madame n’était pas encore avec moi, elle devait nous rejoindre début août. Par contre, puisque je dis « nous », il faut bien comprendre que j’étais condamné à avoir collé à mes basques Olrik Jr et Olrik the 3rd. Prendre des photos tout en entendant gémir derrière moi parce que je suis un marcheur fou pas du genre à ménager l’endurance des troupes… le séjour promettait de commencer de manière crispante. Mais enfin, comme il ne faisait pas très beau, nous embarquâmes dans Fujiko chan et allâmes dans le centre. Direction le parking du bâtiment où se trouve l’Aceland pour une première baignade dans le sento qui s’y trouve :

Gloria Hallelujah ! 

Mais avant cela, marche forcée durant une heure dans le centre, histoire de bien transpirer sous les aisselles pour bien profiter par la suite des bains chauds. Quand on comprit à côté de moi que la baignade allait être la conclusion d’une promenade qui pouvait être potentiellement longue, on tira un peu la tronche mais enfin, comme l’accession au bienfaisant sento (avec une partie à l’extérieur reproduisant l’atmosphère des onsens) dépendait des précieux yens du chef de famille, il était inutile de faire des caprices. Et puis, j’avais hâte aussi de tester mon nouveau Panasonic DMC-GX80 fraîchement acquis. En conclusion, en avant, marche (et avec coups de pied au cul encore !) !

Le centre n’avait pas vraiment changé. Mêmes ruelles, mêmes parkings à vélos surchargés, à peu près les mêmes magasins, toujours des chats plus ou moins lamentables (mais sympathiques), gavés par des mémères aux petits soins pour eux, et pleins d’autres détails qu’il était bon de retrouver.

Après un misérable quart d’heure de marche, ça commençait déjà à claudiquer et à souffler pas mal à côté de moi. C’est alors que je tombai sur cette petite vieille :

Je crois qu’il n’y a pas un séjour à Miyazaki sans que je l’aperçoive. Voûtée, marchant avec beaucoup de peine, cette brave petite vieille annonçait le supplice qu’allaient connaître mes deux clampins quelques jours plus tard lors d’une journée passée à Kyoto mais chut ! ne déflorons pas trop le plaisir. Il était en tout cas plaisant de retrouver cette vieille, tout comme il le fut de se baigner de nouveau dans le sento de l’Aceland, tout comme ensuite d’être invités dans un resto pour s’empiffrer de bonnes choses afin de fêter dignement mon anniversaire. Allez ! si toutes les journées allaient être comme ça, se coltiner Olrik jr et Olrik the 3rd promettait de n’être pas trop douloureux.

 

17 juillet

Normalement, entre le 15 et le 20 juillet a lieu le matsuri sur une des avenues principales menant au centre de Miyazaki. Rien de bien exceptionnel : des stands de bouffe, des jeux pour les enfants, des démonstrations de danse, des concerts de taiko et un flux de personnes dense et stimulant pour l’appareil photo. Le temps était magnifique, j’avais chaud, mais je mesurais de nouveau combien les rédacteurs des guides de voyage qui conseillait d’éviter de se rendre au Japon l’été sont des imbéciles. Si tu ne termines pas ta journée avec un t-shirt maculé de taches de sel à cause de la transpiration, et après des heures passées à humer de violentes odeurs de bouffe et à admirer les filles dans des yutakas colorés, c’est que tu ne sais pas ce qu’est le vrai plaisir au Japon.

 

18 juillet

Le matsuri se déroule toujours sur deux jours. Il commence aux alentours de 17 heures et se termine vers 23. Pour cette deuxième session de plaisir synesthésique, je demandai au beau-père de rabouler en voiture les enfants à 17H30 puis de les récupérer deux heures plus tard. Habillés de leurs jolis jinbei, les kids comprirent vite que cette promenade allait être plus intéressante pour eux que la précédente. Ils profitèrent surtout du concert de taiko, totalement nouveau pour eux. Olrik jr en avait bien vu un mais c’était lorsqu’il très gros et très gras à la fin de la première année de son existence. Il avait assez kiffé les percussions mais neuf années plus tard n’en avait évidemment conservé aucun souvenir. Le compteur avait donc été remis à zéro et c’est intéressés et un brin fascinés qu’ils assistèrent à une demi-heure de furia sonore. Un quart d’heure plus tard, « jichan » récupérait ses petits-enfants pour dîner à la maison, me laissant seul comme un chien, mais aussi comme un bienheureux à l’idée de rester et transpirer pour encore deux bonnes heures de magie matsuriesque.

 

Désir de vert

parc foret 2

Mercredi 27 juillet

Je me souviens que lors de mes premiers voyages au Japon l’été, je revenais en France efflanqué mais en pleine forme, essoré de quelques kilos superfétatoires durant plusieurs semaines passées à crapahuter en pleine chaleur. A quarante berges maintenant, cette période paraît bien loin. Avec ce que je mange et siffle le soir, je suis sûr que ce n’est pas une baignade dans la mer l’après-midi avec les enfants qui va me permettre d’être un peu plus affûté. Or, j‘aime ça moi, profiter des vacances pour revigorer le corps avant de retrouver la cadence monotone du boulot. Pour le moment je lui ai offert les délices du sento/onsen, la deuxième étape est maintenant de le remettre un peu à l’épreuve. Le genou gauche et son ménisque vont mieux, je puis maintenant songer à reprendre les baskets afin de faire quelques footings aux aurores. Autre circonstance motivante : l’arrivée imminente de Madame à laquelle je n’ai pas envie de montrer un corps bedonnant du fait d’une surconsommation de boissons frelatées, mais un corps bien taillé, aux mollets finement dessinés et aux bras vigoureux qu’elle sera fière de tenir lorsque nous nous promènerons ensemble. Du coup tout les matins, c’est un peu ça :

… dans une moindre mesure évidemment (mais juste un peu).

En fait j’avais déjà tenté des essais de footing au Japon mais sans succès. Les dernières fois c’était dans le quartier familial, je m’étais dit que courir dans ce réseau de rues minuscules pouvait avoir du charme. Et  puis en fait non, pas tant que ça. Dès 8 heures, ça cogne méchamment, et courir sur le bitume, sans arbres à proximité, n’est pas mon truc. Aussi a-t-il fallu cette année revoir les plans. Comme se réveiller comme une rose à six heures ne me pose pas de problème ici (chose impensable en France), je jaillis du futon pour enfiler un short, un débardeur et ma paire d’Adidas afin de me rendre à un petit temple à cinq minutes en voiture :


Le temple se trouve sur la droite. Quand elle est au Japon, ma douce à l’habitude de s’y rendre. C’est un peu le temple qui a son dévolu, l’apparence, le cadre, les couleurs, il y a là de bonnes vibrations qui lui permettent de donner à son recueillement d’un instant une certaine plénitude :

panorama temple

Petite note technique au passage : la fonction panorama du GX 80 est totalement efficiente.

Un peu plus loin, à une petite centaine de mètres, se trouve un parking :

Et là, les choses sérieuses commencent. Je m’y gare, fais quelques étirements, et commence alors le footing dans un lieu tenant autant de la forêt que du parc aménagé. Aménagé parce que l’on y trouve quelques jeux pour le enfants et les sentiers sont goudronnés. Mais c’est un aménagement à la Japonaise, qui cherche à trouver un équilibre entre un façonnement de la nature pour être agréable à l’homme, et une manière de laisser malgré tout la nature agir à sa guise. Ainsi ce petit arbre que je suis à chaque fois charmé de croiser sur mon chemin :

parc foret 1

Que s’est-il passé ? Ceux qui ont coulé le bitume ont-ils décidé de l’épargner, touchés par sa forme  étrange, ou celui-ci a-t-il réussi à percer l’asphalte pour, dans une volonté de puissance toute nietzschéenne, survivre envers et contre tout ? Impossible à dire. Dans tous les cas on voit beaucoup au Japon de tels arbres. A quelques rues de notre maison, je ne manque jamais, lorsque je fais des promenades alentours, de passer devant cet autre cas :

arbre quartier

Bitume devant, façade derrière, rien à foutre, ce petit arbre a décidé que le coin était parfait pour lui et il a l’air de bien se porter.

Bref, on aura compris qu’entre courir dans un quartier populaire et parmi ces arbres biscornus, la deuxième solution est définitivement la meilleure. Au moins on est un peu plus la fraîche et la compagnie de ces arbres vaut mieux que les voisins dans leurs bagnoles se rendant au boulot. Et si le rythme est encore hésitant, plus vraiment habitué que je suis à tenir la cadence de plusieurs dizaines de minutes sans m’arrêter, ce n’est pas si grave, les courtes pauses que je m’octroie en marchant ont toujours lieu lorsque je vois apparaître ceci :

panorama temple 2

… ou cela :

parc foret 4

… et à la fin de cette heure sportive, je remarque avec satisfaction que malgré la fraîcheur matinale et les quelques minutes de marche qui ont émaillé le parcours, je dégouline de sueur, suscitant l’amusement des quelques promeneurs que je croise. À cette heure pas de bijins en basket pratiquant leur footing, juste des corbeaux, des bestioles :

parc foret 6

… ainsi que des petits vieux promenant leur minuscules chiens ou des couples bienveillants de sexagénaires, à la fois surpris et amusés de voir un gaijin tout ruisselant en train de courir. A chaque fois j’ai droit à un chaleureux « ohayo gozaimasu », mots auxquels je mets un point d’honneur à répondre avec la même affabilité. A la fin il n’y a plus qu’à marcher tranquillement et à se désaltérer au robinet à côté du toboggan :

parc foret 5

…puis à remonter dans la voiture pour prendre une douche à la base. Sur le chemin une petite halte devant ce qui m’attend l’après-midi avec les enfants :

panorama plage

Allez, quelques centaines de mètres à la nage et je serai au top pour aller cueillir ma dame à l’aéroport.

aeroport arrivee

Du bain de foule au bain glacé

Erekocha 2016 1

Dimanche 24 juillet

Le W-E vient de s’achever et avec lui l’Erekocha matsuri, ce festival de danse que je me fais à chaque fois une joie de suivre mais qui cette fois-ci s’est quelque peu dérobé à mes attentes. D’abord parce que lors de la première journée, j’ai dû me coltiner Olrik jr et Olrik the 3rd de midi à 16h30. Or, j’ai très vite compris combien le festival n’allait que médiocrement les intéresser. Du coup il a fallu ménager des pauses kakigori et une halte au mr Donut du coin afin de ne pas les laisser sombrer dans le plus noir désespoir. Bien joli mai ce n’est pas cela qui allait me laisser les coudées franches pour faire des photos comme je voulais.

Erekocha 2016 2

« Laisse tomber les photos Olrik kun, et viens plutôt faire un duel de verres de shochu avec moi ! »

Quant à aujourd’hui, déception à nouveau du fait d’une maudite pluie qui s’est déclenchée vers 16 heures et qui a fini par avoir la peau de ma patience. A 18H30, de guerre lasse, j’ai rangé l’appareil photo et me suis rendu au sento afin de racler la crasse et rentrer frais et dispo à la maison où la dégustation d’une bière achèverait de me retaper.

Erekocha 2016 3

« Kami Sama ! Bulles de Japon est à Erekocha matsuri ! Saluons ses lecteurs ! »

Malgré cela, la provision de photos et de vidéos a été faite. Reste à éplucher le résultat, chose que je ferai en rentrant en France. Pour le moment, petite pause, on empoignera frénétiquement l’appareil très bientôt puisque the Olrik family va être « on tour » le temps de déclencher un Japan Rail Pass d’une semaine pour un périple qui nous enverra du côté de Takatsuki, d’Osaka, de Kyoto et de Tokyo, avec pour cette dernière un passage de deux jours pour mézigue façon loup solitaire.

Petite déception l’Erekocha de cette année donc, mais pour la première fois, je me rends compte que je glisse sur cette petite avanie. Il faut vous dire ici que lorsqu’il se trouve au Japon, le père Olrik est une sorte d’Harpagon terriblement avare de son temps. La moindre journée, la moindre heure, la moindre minute devant êtres mises à profit afin de retourner en France sans la moindre once de regret, état d’esprit qui m’a parfois amené, j’avoue, à être un tantinet infect, m’amenant à refuser en bloc des visites organisées par ma femme sous prétexte que je ne voyais en elles aucun intérêt et surtout pas un intérêt photographique.

Tout cela pour dire qu’en temps normal, j’aurais été d’une humeur massacrante. Mais là, serein je suis, sans doute parce que la fièvre de ce festival causée par la chaleur, la fatigue et ces numéros de danse, est tout de même bien présente. Ensuite parce que les deux journées se sont conclues ICI, et que je ne connais pas de meilleurs moyens pour effacer toute aigreur de l’âme et ce sentiment de fatigue qui peut surgir lorsque l’on se trouve noyé par l’effervescence d’une foule japonaise compactée sur des trottoirs. Oui, sur le coup de 18H30, je sentis qu’il était définitivement temps de changer de type de bain.

bijin onsen

A partir de cet instant commence la deuxième partie de l’article. Evidemment, comme  je n’ai pu entrer avec mon appareil (pas le génital, l’autre, le GX80), je vais illustrer l’article avec des photos prises sur le net. Evidemment – vous vous en doutez bien – elles ont été choisies selon leur pertinence informative. Ainsi cette photo où vous pouvez apercevoir en bas, près du bord du bassin, un de ces petits seaux qui permettent de se mouiller avant de pénétrer dans l’eau.

Ce sento est de ces sentos hybrides qui possèdent des bassins intérieurs mais aussi une partie à l’extérieur essayant de restituer l’atmosphère des onsens. Je me souviens de mon émerveillement lors de ma première visite dans ce type d’établissement. Après s’être délesté de ses affaires mises dans un casier, on file tout nu dans la partie intérieur où l’on va se décrasser, assis sur un petit tabouret en plastique, en usant du savon et du shampoing fourni par la maison et surtout la douchette située à cinquante centimètres du sol. Je rêve du jour où cela sera la norme en France. Qu’on se le dise, la douche est un moment qui doit se vivre assis et non debout, meilleure position pour se frotter partout sans risquer de sa casser la gueule et surtout pour pleinement se décontracter.

Tellement plus plaisant.

Une fois l’opération terminée, on peut s’essayer aux différents bassins proposés : bassins d’eau chaude, d’eau glacée, d’eau tempérée, d’eau envoyant de petites décharge électriques, d’eau parfumée, d’eau envoyant des jets à forte pression pour faire leur fête aux bourrelets, il y en a pour tous les goûts. Personnellement, je tâte de tout excepté du bassin Claude François. Se détendre dans de la flotte qui vous balance des décharges, merci bien !

L’endroit le plus apaisant est bien sûr l’extérieur. D’abord à cause du soin qui a permis de recréer l’atmosphère d’un onsen (tout cela fait un peu artificiel, certes, mais on s’y sent tout de suite bien), ensuite pour le calme qui y règne, l’intérieur résonnant souvent du bruit des multiples douches prises au même moment. A l’extérieur, sauf lorsqu’il y a quelques enfants, les gens ne se parlent pas, ou alors en toute discrétion. On n’est clairement pas là pour rigoler mais pour se laver, non pas le corps, opération effectuée au tout début à l’intérieur, mais l’esprit. Pour cela, chacun semble avoir ses moyens de prédilection. J’ai vu des hommes qui passaient moins de temps dans les bassins que sur les chaises en plastiques à disposition, le regard absent ou les paupières fermées, perdus dans une longue inaction que l’on suppose être la parfaite antithèse du travail effectuée dans la journée.

Pour moi qui ne suit qu’en vacances, occupé à sillonner des matsuris pour prendre des photos, c’est autre chose. Mais après le tourni causé par un matsuri brassant des dizaines de milliers de personnes, il y a aussi le besoin de se régénérer afin de ne pas décevoir Madame qui ne retrouverait plus son héros mais à la place une sorte de larve indigne. Pour cela, j’ai trouvé la combinaison ultime qui me permet à chaque fois de ressentir ce qu’a pu éprouver Ulysse après avoir été baigné par les Phéaciennes et avec les bons soins d’Athéna. Pour ceux qui projetteraient un jour de se rendre au japon et de tenter l’aventure dans ce type d’établissement, c’est le moment de sortir votre calepin à spirales. Notez bien :

sauna

1) Le sauna

Tous les onsens et les sentos n’en disposent pas mais celui-ci, si (au pire, allez dans le bassin le plus chaud). On passe une porte pour pénétrer dans une antichambre qui donne déjà une solide idée de l’enfer qui vous attend. Un petit jet d’eau est gentiment mis à disposition pour vous rafraîchir le gosier. Un conseil : ne le snobez pas, une gorgée ou deux d’eau bien fraîche est le meilleur moyen de faire long feu (c’est le cas de le dire) dans l’endroit  qui vous attend. Vous passez alors par la deuxième et dernière porte et là, vous comprenez illico que vous allez morfler (si j’ai bien lu la pancarte sur la porte, les enfant de moins de douze ans sont priés de rester en dehors, tu m’étonnes, John !). L’endroit présente quatre grosses marches en bois recouvertes de serviettes éponges sur lesquelles on est prié d’aller disposer un postérieur déjà ruisselant de sueur par tous ses pores. C’est bien simple : tout vous brûle. La peau, les yeux, la gorge, les poumons, le zob et même les cheveux ! on a aussitôt envie de repartir mais comme on s’appelle Olrik et qu’il y a déjà à l’intérieur des habitués qui endurent stoïquement leur combustion, on se dit qu’allez ! on va faire un effort, qu’on va s’asseoir dignement et se fixer un objectif de quelques minutes. Fort opportunément une horloge se trouve à l’un des murs pour vous aider à atteindre cet objectif. Sauf que cet outil se transforme très vite en instrument de torture. Vous fermez les yeux pour oublier le temps qui passe puis vous les ouvrez pour vérifier l’heure mais là, stupeur ! c’est pour constater que seules dix secondes se sont écoulées. Autant dire que les dix petites minutes que vous vous êtes fixées comme objectif ont alors l’apparence du doux rêve et que ce sera plutôt cinq que dix.

bijin onsen 4

Pendant ce temps, de l’autre côté de la palissade séparant les bassins des hommes de ceux des femmes, ça papote et ça met la clim’ à donf !

Et le téléviseur placé derrière une paroi en plexiglas pour vous distraire n’y change rien. Il est certes trippant de voir des matchs de sumo dans cet endroit, mais il n’empêchera en rien le moment où votre corps l’emportera sur votre volonté et se lèvera pour sortir. On descend les marches d’un pas qui se veut assuré pour montrer quel cador vous avez été mais en fait, c’est avec la conscience qu’il s’en faudrait de peu pour que vous trébuchiez devant tout le monde et que vous étaliez piteusement comme un sumo novice devant un yokozuna. Vous repassez par l’antichambre et là, en reprenant au passage une gorgée d’eau, vous comprenez qu’il n’y a finalement pas que la bière dans la vie et que l’eau, c’est quand même pas mal. Vous repassez par la première porte, avalez de larges goulées d’air frais, vous êtes maintenant prêts à tenter…

bijin onsen 6

2) Le bassin du zéro absolu

Oui, souvenez-vous du zéro absolu dans certains épisodes de Saint Seiya, c’est l’expérience qui vous attend. Le bassin fait autour de 10° mais après l’enfer du sauna, autant dire que le choc thermique vous donne l’impression de plonger dans un lac de Sibérie. Avant cela, un petit tonneau rempli d’une eau plus chaude de quelques degrés vous invite à vous en asperger avant de connaître les délices de la glace liquide. Le bassin fait à peu près deux mètres de diamètre et est constitué de rochers habilement disposés, certains permettant de s’asseoir, le temps de mouiller les jambes avant de tenter l’immersion totale. C’est ce que je fais, le misérable gaijin que je suis n’a pas encore la force d’airain de certains homo japonicus faisant limite un triple salto arrière dans ce bassin juste après le sauna.

Une fois immergé, c’est le panard total. Cette fois-ci pas de problème avec le temps. Au sauna il ne passait pas assez vite, là il pourrait se passer une heure qu’on aurait l’impression d’y avoir passer seulement une poignée de minutes. C’est de nouveau une sensation d’engourdissement mais bienfaisante celle-ci, pas agressive comme l’autre vécue au sauna. L’effet reste cependant le même : qu’il faille descendre des marches ou en monter pour en sortir, le pas sera hésitant. Et quand vous en serez sorti, il sera même quelque peu défaillant. Si dans le sauna le corps criait son envie de sortir, après le bain froid il semble vous susurrer, totalement inerte, qu’il serait bon de le laisser se reposer quelques instants dans un endroits adaptés. Inutile de discuter, vous voyez bien que ça commence à tourner autour de vous et en ce qui me concerne, c’est quasiment en rampant que je me traîne jusqu’aux…

onsen bijin 8

3) Pierres de réconfort

Ce n’est pas une invention des Japonais à destination de la Corée mais bien du meilleur moyen de remplir les batteries mentale et physique de votre organisme. Il s’agit en fait de pierres chauffantes. Rassurez-vous, ce n’est pas l’horreur du sauna qui recommence, les pierres sont juste un peu chaudes, pas brûlantes. On met un peu d’eau dans un petit récipient, on balance le tout sur la place où on veut s’allonger, puis, justement, on s’allonge et on attend. Avec pour ma part à chaque fois le même effet en pierre chauffantesdeux temps. D’abord l’impression d’être au centre de tout et que tourne autour de moi. Dans le sens physique de l’expression : si j’ouvre les yeux je m’aperçois que ces derniers ont bien du mal à accrocher les détails visuels devant eux, ceux-ci dansant une sarabande inquiétante. Mais ce n’est pas grave : on ferme les yeux et on laisse s’égrenner les minutes. Pensez à ce que vous voulez, l’issue sera inéluctable : après le zéro absolu, c’est l’éveil au septième sens que vous atteindrez. Moi, je pense seulement au plaisir de me trouver là. Après quelques minutes je lève les paupières : la sarabande s’est arrêtée. Je reste encore un peu pour la forme, histoire de penser à la chance d’avoir fait ce premier voyage douze ans plus tôt, d’y avoir rencontré ma femme et d’avoir continué depuis à faire ces séjours ponctuant une parenthèse existentielle qui semble vouée à ne pas connaître de fin.

Pour le sento/onsen, il y a en revanche bien une fin. En quittant les pierres chauffantes, je m’aperçois que je ne sais trop si je suis chaud à l’extérieur et froid intérieurement, ou si c’est l’inverse. Une chose est sûre : ma carcasse est alors un cocon sur lequel glissent les éléments extérieurs. Il n’a plus qu’à se rhabiller, à déguster une de ces petites bouteilles de lait vendues à l’entrée puis à regagner la maison. Tout à l’heure la surexcitation y régnait du fait d’une après-midi passée entre grands-parents et petits-enfants. Il n’y restait plus qu’à siroter une bière fraîche et à profiter béatement de l’atmosphère en se disant que ouais, cet erekocha matsuri un peu raté, ce n’était pas si grave.

 

Minimum minimorum pour des vacances réussies à Miyazaki

Dur dur les vacances au Japon l’été les amis. J’ai cru comprendre qu’il a fait chaud dernièrement en France. Mais au Japon, c’est une moiteur et une chaleur de tous les instants, de celles qui vous attaquent le cerveau dès l’instant où vous quittez la maison et qui ne vous donnent qu’une envie : y retourner afin de profiter de l’air conditionné au moins jusqu’àa quinze heures de l’après-midi.
Afin d’éviter ce mauvais réflexe du gaijin newbie un peu fiotte sur les bords, il n’y a pas trente-six solutions : s’hydrater en abondance et manger une saine nourriture, comme par exemple ceci :

yakisoba nishikori

 ?!

 Oui, avec les yakisoba Nishikori, nul doute que vous trouverez les compléments nutritifs qui sauront vous remplir les batteries afin de lutter sans problème contre la touffeur extérieur. C’est un vieux routard qui vous parle, croyez-moi, les nouilles Nishikori, c’est l’assurance d’entrer dans le top ten prestigieux non pas de l’ATP mais des voyageurs au Japon parmi les plus aguerris.
Après, comment se déplacer ? À chacun son moyen de locomotion préféré mais pour moi, je sais que j’ai mes deux montures personnelles qui m’attendent chaque matin à l’écurie  :

tornado

Au premier plan, laissez-moi vous présenter Tornado. Oh ! le poil n’a certes plus le lustre d’antan. La rouille a commencé à atteindre ses vieilles articulations, un peu comme son maître qui a dû subir cette année une arthroscopie du genou gauche (chienne de vie que la mienne !), et la brave bête est dorénavant affublée d’un léger boitement du fait d’une roue arrière un peu voilée mais je sais que je puis à chaque fois compter sur ce destrier, qui sait surmonter son âge, afin de satisfaire son maître. Brave Tornado !
Mais quand les déplacements sont plus éloignés où qu’ils doivent se faire en compagnie des enfants, je laisse reposer Tornado pour utiliser Fujiko chan (que vous apercevez derrière Tornado). Elle non plus n’est pas de la première jeunesse, sa climatisation n’est plus aussi fraîche qu’auparavant mais n’importe, elle me permet d’atteindre la plage familiale Sun Beach à dix minutes de la maison pour nous rafraîchir, et permettre à votre surviteur de trouver de ressources supplémentaires dans la contemplation de quelques bijins bikinisées passant à proximité :

bikini bijin plage 2 bikini bijin plage
« Osashiburi Olrik san ! Ureshii ! »

Redoutables plages que les plages japonaises qui possèdent un nombre incalculable de Calypso et autre Circée. Plût au ciel que ma Pénélope revienne le plus vite possible !

Un poor lonesome voyageur n’est rien sans une monture. Mais il n’est rien non plus sans une arme. Moi, tous les deux ans, je m’en procure une nouvelle afin de renouveler le plaisir du séjour. Pour cette année, j’ai opté pour celle-ci :

gx80

Laissez-moi vous présenter le Lumix GX80. Comme il est difficile de faire comprendre à une faible femme l’utilité qu’il peut y avoir à se procurer un troisième appareil photo, je l’ai acheté en loucedé sans en parler à Madame. Il faut parfois savoir renoncer à certaines choses et expliquer à son épouse l’utilité de bénéficier d’une remarquable stabilisation en 5 axes en fait partie. En tout cas si l’appareil à une moins bonne qualité d’image que mon Fujifilm X-M1, il compense par cette stabilisation mais aussi un auto-focus bien plus nerveux et des capacités vidéo infiniment supérieures. Et comme cette année j’ai plus envie de faire des vidéos, ça tombe bien. Petit échantillon des capacités effectué lors d’une récente performance de taiko, en attendant que je fasse plus tard un montage :

Enfin, après une journée passée à vadrouiller avec des gamins demandeurs d’activités ou à rôder en solitaire l’appareil photo à portée de main, il convient de revenir à la base et de se ressourcer. On évitera les nouilles Nishikori en fin de journée -qui pourraient à la longue vous donner la chiasse – pour privilégier la bonne cuisine d’un cordon bleu local. Moi, j’ai de la chance, belle-maman me procure une nourriture équilibrée qui, associée  aux doux breuvages de beau-papa, permettent de me refaire la frite tout en relaxant ma vigoureuse musculature qui saura rapidement trouver le sommeil quand il le faudra.
Arrive le moment du coucher. Dans un western, plusieurs bottes de paille disposées à même le sol auraient fait l’affaire, là, c’est quelques futons dans une petite pièce à l’étage qui suffisent amplement à notre bonheur :

chambre miyazaki
Nota : le climatiseur en haut à gauche. Très important, ça, le climatiseur. Je précise au passage que le nounours n’est pas le mien.

Ne manque qu’une seule chose pour que le tableau soit parfait : que le héros, comme Ulysse à la toute fin de l’Odyssée, retrouve sa compagne auprès de lui dans son sommeil. Là, pour le moment, je n’ai à côté de moi qu’un Olrik the 3rd ronflant et ré ussissant chaque nuit le tour de force d’occuper la place pour quatre, ce qui n’a pas le même charme. Mais enfin, ce n’est plus qu’une question de jours et je sais qu’avec ma bijin à mes côté, mes aventures japonaises sauront prendre une toute autre dimension :

diamant vert Ma chérie, allons à Aeon pour acheter des nouilles Nishikori !

D’ici là, je dois rester patient et accepter les coups du sort qui me tombent dessus quotidiennement et ce dès le saut du lit. Je viens en effet d’apprendre par ma belle-même que ce soir beau-papa voulait faire dans le jardin un yakiniku et me faire goûter de nouvelles bières. Oui, chienne de vie que la mienne.