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Umi Tokyo Sayonara (Misato Kinoshita, 2007)

Eh non ! Ce n’est pas la reprise en main de ma rubrique « bijin de la semaine » (qui devrait d’ailleurs revenir prochainement) mais juste un court article sur une musicienne que je viens de découvrir, Misato Kinoshita.

Comme quoi ça a du bon de se bousiller la rétine à mater des pellicules plus ou moins absconses d’étudiants aux Beaux-Arts de Tokyo, on y fait parfois d’intéressantes découvertes. Ainsi cette jeune femme, compositrice d’un film (que j’évoquerai là aussi prochainement) d’une certaine Natsuki Seta…

Qui n’a quant à elle rien d’une bijin mille sabords !

Quelques sonorités électroniques, des amorces de mélodies fragiles et éthérées, il ne m’en fallait pas plus pour me renseigner sur l’auteur de la musique. Bien m’en a pris, car il est toujours agréable de tomber sur ça :

… surtout lorsque le minois en question n’est pour une fois pas synonyme de soupe indigente. On se méfie toujours avec la pop japonaise hein ! On a souvent l’impression de se trouver face à des silènes inversés : l’apparence est aimable, mais pour ce qui est des mixtures salvatrices à l’intérieur, queud’ ! Heureusement, ce n’est pas le cas de ce

Umi Tokyo Sayonara

… premier et unique album (pour l’instant) de la belle. Entretemps, Kinoshita a donc composés des musiques de film, musique compilée dans un album…

… sobrement intitulé « soudtracks » et dans lequel figurent les morceaux utilisés dans le dernier film de Natsuki Seta, Usotsuki Mi-kun to Kowareta Ma-chan ( « a Liar and a Broken Girl » ), apparemment un peu drama sur les bords.

Concernant l’album qui nous intéresse, il propose dix ballades dans lesquelles l’auditeur se perd avec délice, vautré dans un univers cotonneux où la voix de Misato, dont le timbre suave et fragile m’a parfois évoqué Suzanne Véga, se fond dans une vaste palette sonore où les effets électroniques s’amalgament joliment avec des sonorités folks ou de fugitifs chœurs au loin (Boys meet Girls). Il en ressort une impression d’évanescence mélodieuse, bien plus fragile que celle d’un Shugo Tokumaru mais aux mêmes saveurs melliflues (1) et sucrées. Et puisque je viens d’évoquer la chanson Boys Meet Girls, autant finir par elle en guise d’exemple, d’autant que le clip n’est pas laid :

(1) Excusez cet adjectif, je lis pas mal de Huysmans en ce moment.

Jim O’Rourke AVANT Fukushima

Incontestablement le truc improbable de la semaine : Jim O’Rourke chantant de l’enka sous la tutelle d’un vieux sensei ! Sur le coup, je me suis tiré les poils du testicule droit pour le croire ! Le mec qui ressemble à un Jordi Savall dépouillé était-il vraiment O’Rourke ? Manifestement oui, on finit bien par l’admettre. Mais je dois avouer que ça m’a fait un peu mal de le voir dans cet état, et je ne sais plus trop si ça vaut le coup d’aller vivre au Japon si c’est pour finir aussi esquinté. Enfin !… tant que sa musique assure, et Dieu sait si The Visitor assurait, tant pis pour le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse due à sa fabuleuse créativité. Mais chut ! Écoutons plutôt :

Pour la qualité de sa prestation, n’étant pas un cador de l’enka, je ne saurais trop vous dire. J’imagine que pour quelqu’un pas rompu à ce genre, ça doit tout de même être pas si mal et je regrette que le vieux guitareux ne lui ait pas davantage foutu la paix dans sa tentative.

Mais tout de même… Jimbo… prends des vitamines quoi ! Ou, si tu tiens absolument à faire dans le doucereux, démerde-toi pour que ce soit accompagné d’une bijin et dans le cadre d’une jolie reprise d’une chanson d’Happy End :

Misora, de Sachiko Kanenobu (1972)

L’écoute d’une très belle chanson d’Iron & Wine m’a mis d’humeur folk pour tout le week-end. Les inévitables Happy end seront de la partie pour sûr ! mais tout aussi inévitablement une jeune femme dont je n’ai pas encore parlé en ces pages.

Pour les lecteurs qui seraient intéressés de se constituer une petite collection de folk made in Japan mais qui ne saurait par où commencer, vous pouvez d’ores et déjà aller commander Misora de Sachiko Kanenobu.

Et délicieuse avec ça !

Réalisé en 1972, cet album a pour particularité d’être le premier de la première chanteuse-auteur-compositrice japonaise. Découverte à 18 ans à Osaka, Sachiko signe en 1968 chez le premier éditeur indépendant japonais, URC (Underground Record Club), label qui changea considérablement le paysage musical japonais avec des groupes tels que Happy End, Folk Crusaders ou Kenji Endo.

On a pu la surnommer à cette époque la « Joni Mitchell japonaise », comparaison flatteuse mais réductrice en ce qu’elle assimile Sachiko à une simple imitation d’une artiste américaine (un peu comme si l’on qualifiait Happy end de « Buffalo Springfield japonais », pas faux mais un peu rapide). Pourtant, comme les meilleurs artistes japonais folk de l’époque, elle a su trouver le moyen de sonner naturellement de façon japonaise sans que l’auditeur soit toujours tentés de se dire à chaque coin de chanson « cela me fait penser à untel ou unetelle ».

Difficile à l’écoute de ce Misora de ne pas être charmé par la simplicité, l’innocence et la douceur qui se dégagent des chansons de Kanenobu. Souvent limitées à leur plus simple expression formelle (une voix, une guitare), elles résistent fort bien au temps. Le titre éponyme, à la fois gracieux et la simplicité même, donne tout de suite le ton :

La palette sonore s’enrichit dans le deuxième morceau, あなたから遠くへ, avec un orgue discret et un tam tam accompagnant gentiment un refrain entraînant, immédiatement accrocheur. Le genre de morceau que j’aime à écouter le matin devant mon bol de chocolat. Ça nettoie l’esprit et fait mieux passer le fait de se lever à 6H15 pour aller au boulot.

Le troisième morceau en revanche passe sur l’air de « va te coucher ». Beau, très doux, mais pas mon préféré.  Je le vois comme une sorte de préparation au morceau suivant, plus enlevé avec des sonorités country très plaisantes :

Fermez la portière, mettez le contact, allumez l’autoradio, vous êtes partis pour une balade sur les routes japonaises 70’s, un peu comme l’un des jeunes héros du Mouchoir Jaune (ouais, je sais, c’est le problème lorsque l’on passe son temps à sniffer de vieux films, le soupçon de pédanterie n’est jamais loin).

Si vous êtes à nouveau convaincu avec ce morceau, je ne vais pas insister, le reste de l’album est de la même eau. Évoquons juste pour terminer le  neilyoungien Aoi Sakana :

Si l’on aime le folk et la musique japonaise de l’époque, Misora est donc un petit bijou qu’il se faut posséder. Notons d’ailleurs que s’il s’est taillé un succès certain lors de sa sortie, il a par la suite connu une traversée du désert non moins certaine. La faute à Sachiko. Quelques mois avant la sortie de l’album au Japon, elle rencontre en effet à Tokyo Paul Williams, rock critique chez Crawdaddy et Rolling Stone. L’idylle fonctionne tellement bien qu’elle décide de quitter le Japon pour les States afin d’aller vivre avec lui, alors même qu’elle ne parlait pas anglais et qu’elle se trouvait au début d’une carrière prometteuse. Elle vit d’abord à New York puis elle s’installe en Californie où elle élève ses deux fils.

La carrière de Sachiko a d’emblée pris du plomb dans l’aile alors qu’elle venait tout juste de décoller. Malgré tout, deux années plus tard, la chanteuse ressent comme une petite velléité de reprendre sa carrière. Elle retourne au Japon afin de récupérer les bandes de Misora, et sans doute aussi celles d’autres chansons. Malheureusement, les types de chez URC, un peu rancuniers vis-à-vis de son départ précipité, lui rétorquèrent que les bandes, ben, ils les retrouvaient plus !

Un tantinet écœurée de l’industrie musicale, Sachiko regagne les States en se disant qu’on ne l’y reprendrait plus, qu’elle et la musique, c’était bien fini.

Curieusement, sa carrière faillit repartir au début des 80’s, et ce grâce à une rencontre pour le moins improbable. Alors à New York, elle y fait la rencontre d’un écrivain qui, après l’avoir entendue chanter dans une soirée, l’encourage chaleureusement à revenir à la musique. Allant même au-delà des simples conseils, cet auditeur enthousiaste va jusqu’à payer de sa poche les premières sessions d’enregistrements pour ce qui aurait dû être le premier album de Sachiko en anglais. Mais il était dit que la carrière de l’artiste serait un peu maudite puisque l’écrivain en question n’était autre que…

Philip K. Dick !

On est alors peu avant la sortie de Blade Runner, et l’écrivain va bientôt casser sa pipe. Comme par un fait exprès, sa mort interviendra en plein durant les séances d’enregistrement, Sachiko n’aura alors plus qu’à retourner à sa vie familiale.

Il est bien dommage que ces deux événements aient détournée Sachiko de la vie musicale, qui sait quels albums elle aurait pu sortir ? À la place, son œuvre définitivement embryonnaire se relança timidement dans les 80’s à travers quelques albums confidentiels pour l’Allemagne où elle se produisit sur scène, et bénéficia surtout au début des années 90 d’une redécouverte pleine d’éloges de la part d’artistes tels que Kanji Ozawa et Takako Minekawa. Maintenant révérée comme une pionnière du folk au Japon, elle a repris sa carrière cette fois-ci plus orientée du côté de la world music, en compagnie d’un chanteur pakistanais.

Vous hésitez encore ? Allons, une artiste produite par Haruomi Hosono ne peut pas être complètement mauvaise… (argument massue à l’usage des inconditionnels du génial moustachu)

Un Japonais à la Factory : Harumi

C’est l’article « cabinet de curiosités » du jour. Et on le doit à Harumi. Harumi qui ? Ben, Harumi quoi, un chanteur qui a fait un album de rock psyché en 1967 intitulé, euh… Harumi :

Je vous sens un peu dubitatifs. Pourtant, les plus observateurs d’entre vous auront sûrement remarqué un petit logo, celui de Verve, la célèbre compagnie qui a produit entre autres groupes le Velvet Underground et les Mothers of Invention.

Freak out, my friend

Qu’un obscur chanteur japonais ait pu être produit par Verve peut surprendre. Et pourtant, c’est ce qui est arrivé à Harumi après avoir traversé l’océan Pacifique. Certains ont une bonne étoile tout de même : Harumi aurait pu végéter à New York quelques mois avant de repartir la queue entre les jambes dans son pays. Mais non, coup de bol, il tombe sur le légendaire Tom Wilson, producteur du Velvet, de simon & Garfunkel et Bob Dylan, excusez du peu. Il décide de le prendre sous son aile en l’aidant à réaliser ce petit chef d’œuvre de capharnaüm musical.

Ce premier essai se répartit carrément sur deux disques. Eh oui, quitte à être ambitieux, autant commencé par un double album. Le premier est une collection de 11 chansons qui sont autant d’amuse-gueules psychédéliques délicieusement orfévrés. Ainsi la première chanson, Talk about it :

Orgue minimaliste, cuivres rutilants et cette voix fragile qui dans quelques chansons a un côté « lennonien ». Je ne sais pas à quoi carburait Harumi à l’époque, mais on a l’impression d’un cosmonaute sous LSD parti aller chercher un gisement d’acide à la surface d’Alpha du Centaure. Voix très datée dans ses effets mais pleine de charme. Le reste est du même tonneau avec en cadeau surprise l’utilisation du vibraphone, de rigueur pour ce style de musique.

Évidemment, on peut se poser la question : tout cela est-il vraiment original ? Non, et cet album corrobore cette idée qui consiste à affirmer que les artistes japonais durant les 60’s finissants et les 70’s ont trop souvent cherché à imiter ce qui se passait outre pacifique. Concernant ce double album, le maître ès musique psyché pourra y déceler une multitude d’influences. En cela Harumi est l’archétype du genre et on raconte d’ailleurs que Zappa, qui n’en avait pas grand chose à foutre des hippies, et qui ne se privait pas de le montrer dans ses chansons, qualifia cet album de « flower-power album », expression dédaigneuse dans sa bouche laissant entendre qu’il n’avait absolument aucun désir de l’écouter. L’anecdote est évidemment à prendre avec pas mal de pincettes.

Non, en fait j’aimais bien écouter Harumi quand je faisais du jardinage à la maison.

Reste que, pour les meilleurs de ces artistes japonais attirés par ce qui se passait outre Pacifique, ces imitations pouvaient avoir une touche personnelle qui leur permettait de ne pas nécessairement faire pâle figure à côté de leurs prestigieux modèles. C’est, je trouve, le cas d’Harumi. On a souvent écrit à son sujet qu’il se trouvait quelque part entre le Velvet Underground et les Mothers of Invention. La comparaison est bien sûr un peu écrasante, Harumi n’est évidemment pas du même niveau, mais que l’on puisse faire sans crainte du ridicule une telle comparaison donne une idée de la qualité et de l’ambition de cet album, ambition qui explose les faces du deuxième album.  Celui-ci est composé de deux morceaux marathon : Twice Told Tales Of The Pomegranate Forest (24 minutes) et Samurai Memories (19 minutes). Le premier est le plus difficile d’accès.

On y entend les voix d’Harumi et de Tom Wilson lisant des textes sous fond d’instruments traditionnels indien et japonaise. Anti-commercial à souhait mais aussi, malheureusement, un peu chiant. Plus intéressant est Samurai Memories, morceau qui fleure bon la Factory et qui m’a fait penser à Sister Ray ou The Gift du Velvet.

Bulles de Japon ? Mais qu’est-ce qu’on fout là nous ?

Imaginez, nous somme en 1967 à la Factory. Lou, John, Sterling et Moe sont partis aller s’en griller une et ont laissé la scène vide. Un jeune Japonais monte alors sur scène, s’empare du micro, et part pour un jam électrique de 19 minutes. Il ne chante pas mais parle en jap, accompagné d’une multitude de musiciens se répondant tour à tour, s’efforçant de faire briller le plus longtemps possible ce rock psyché aussi planant qu’irrésistible.

Rien que pour ce morceau, Harumi mérite votre curiosité. La suite fut moins glorieuse pour lui. Ou plutôt, elle fut totalement cohérente : tel un flacon d’acide que l’on aurait oublié de reboucher, Harumi s’est définitivement évaporé dans la nature, laissant derrière lui cet unique album.

Al Pacino + Alain Delon < Toi

J’ai beau être bon public dès qu’il s’agit de culture populaire japonaise, je suis loin d’être un inconditionnel de JPOP. Ce n’est pas faute d’avoir essayé mais à chaque fois, j’ai les oreilles qui saignent au bout de trente secondes et des envies de meurtre me prennent dès la fin de la première minute.

C’est un peu différent pour la « vieille » JPOP. Sensible au charme vintage, je peux en écouter sans trop de déplaisir. Reste que j’ai toujours cette impression que tout se ressemble et le plaisir tourne court.

Finalement, l’intérêt que je peux y trouver réside plus dans la découverte de quelques pépites trouvées par hasard çà et là  plutôt que dans la connaissance absolue du répertoire de tel ou tel artiste. Le physique peut m’amener à éveiller une curiosité conciliante quoiqu’éphémère. Une mélodie peut éventuellement agréablement accrocher mes esgourdes mais il est rare qu’une talento y arrive deux fois de suite. La personnalité ? Moi, je veux bien mais on parle de JPOP là, autant dire qu’il faut y aller à la machette, tailler dans une forêt de Sylvie Vartan ou de Sheila pour essayer de tomber sur une Françoise Hardy. Pas évident tout cela, pas évident.

Ikue Sakakibara, en tout cas, semble n’avoir rien pour éveiller mon attention.  Le visage est agréable mais mille fois déjà vu, tout comme cette sempiternelle coupe à la garçonne. Il est vrai que quelques années plus tard elle saura mieux s’y prendre pour capter l’attention du mâle avec un talent incontestable dans le port du bikini :

Mais nous n’en sommes pas là.

La voix ? Gentillette, un brin espiègle, pas de quoi non plus sauter au plafond. Quant à la mélodie, ouch ! certes elle a le mérite d’être entêtante, de ne pas se faire oublier, mais c’est justement ce qu’on peut lui reprocher. Jugez plutôt :

Terrible, isn’t it ? Dès lors, pourquoi parler de cette miss Nunuche ? Mais tout simplement à cause du titre de ce 4ème single sorti en 1977 (un véritable hit à l’époque) : Al Pacino + Alain Delon < Anata. Oui, oui, vous ne rêvez pas, le titre de cet article est en fait le titre de la chanson que vous venez d’entendre.  Elle fait en réalité 2 minutes 52 secondes, 2 minutes 52 secondes d’un bonheur béat durant lequel notre jolie dinde délurée nous fait sa petite cristallisation à la Stendhal et confie à son amoureux combien elle le place très, très haut dans son esprit. Il y aurait différents moyens de le dire avec subtilité, mais la petite Ikue décide de sortir l’artillerie lourde en additionnant niaisement les premiers noms des grosses stars alors en vogue au Japon qui lui viennent à l’esprit. C’est basique mais ça a au moins le mérite d’être clair. Cela vaut bien un petit schéma :

 

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 Assurément, Ikue ne gagnera jamais la médaille Fields avec une telle équation. Elle a au moins le mérite de nous faire rire.

Mais tout de même, cette gamine n’est pas niaise au point de situer l’opposition sur le plan de la beauté, du charisme.  Que veut-elle dire exactement avec cette équation à la c… ? Simplement ceci :

Pacino et Delon ? Des acteurs, c’est-à-dire des types qui ne sont pas eux-mêmes, qui passent leur temps à endosser les personnalités d’autres personnes. Tandis que mon copain, lui au moins il est authentique, tu comprends ? Il leur botte le cul à ces fantoches !

Ah !………… D’accord……… Je précise ici que les paroles et la musique sont le fruit du cortex d’un certain Yukinojô Mori, plus connu sous le nom de… Joe Lemon ! Dans le brouhaha d’une conversation, on pourrait presque confondre son nom avec John Lennon. C’est bien là le seul avantage d’un tel pseudonyme parce que pour le reste, on ne peut pas dire que ce Joe Lemon se soit beaucoup pressé le citron (hé ! c’est drôle ça !) pour écrire des chansons.

C’est totalement bidon, mais c’est justement ça que j’aime. On est dans une candeur niaiseuse mais qui l’est tant qu’à faire dans les grandes largeurs, qui s’assume totalement comme l’indique la voix d’Ikue, particulièrement décidée dans cette chanson. Et, au milieu de cette bouillie, comme un cheveu dans le potage, on a cette évocation de deux monstres sacrés, qui n’ont rien demandé à personne mais qui se retrouvent malgré tout embringués dans ce tourbillon sonore d’une minette enthousiaste. Finalement, en grattant un peu, je me demande s’il n’y a pas une diabolique iconoclaste derrière l’oie blanche.

Merci Ikue chan.

De rien anata.

Shugo Tokumaru, quand l’enfant prend son temps

Il est des artistes dont il est difficile, même après quatre albums, de se faire une idée. Shugo Tokumaru est de ceux-là. Et pourtant, on ne peut pas lui reprocher de ne pas s’être constitué un univers musical original. Multi-instrumentiste assurément talentueux, ce grand chat maigre s’est constitué un monde sonore fait de ces joujoux musicaux que l’on offre aux gosses. Il y a d’ailleurs un petit quelque chose de l’enfance qui se dégage de ses compositions. C’est un gentil bric-à-brac de sonorités en tout genre, tout cela semble très fragile, parfois un tantinet insignifiant, un peu vide. On a parfois envie de tirer Shugo par l’oreille, de lui dire d’arrêter et de s’appliquer un peu. Un peu comme devant un ado claquemuré dans sa chambre pour y aller de la gratouille. Ça expérimente, ça tente des choses, mais tout cela semble manquer singulièrement de souffle et être voué à l’insignifiance. Lire la suite Shugo Tokumaru, quand l’enfant prend son temps

Akiko Yano – Japanese Girl (1976)

Coup d’essai, coup de maître. C’est la formule que l’on pourrait appliquer à Akiko Yano lorsqu’en 1976 elle sort son premier album, Japanese Girl. Née en 1953, elle témoigne très vite d’évidents dons musicaux. À 3 ans, elle impressionne son monde au piano, à 15 elle décide de monter à la capitale pour poursuivre son étude de la musique, elle y joue dans des boîtes de jazz où  elle gagne un certains respect d’autres musiciens, puis à 21 elle se rend à Los Angeles afin d’y réaliser son premier album. Certains artistes en bavent pour percer. Pas Yano. Elle trouve en effet aux États-Unis des anges gardiens en la personne de Lowell George et des membres de son fameux groupe Little Feat qui l’aident à produire son album. Lire la suite Akiko Yano – Japanese Girl (1976)

Osorezan, de Geinoh Yamashirogumi

L’écoute de cet album m’a rappelé une anecdote concernant Lester Bangs, le grand critique rock américain. On raconte qu’il avait l’habitude, quand il allait chez des amis, de fouiner dans leur discothèque afin de voir si la face B de White Light / White Heat, deuxième album du Velvet Underground, montrait des signes d’usure ou, au contraire, était immaculée. Dans ce dernier cas, il se foutait en rogne, insultait les propriétaires qui avait bien peu utilisé le disque, et partait en claquant la porte. C’était un moyen de séparer le bon grain de l’ivraie pour le moins original, mais un peu injuste : Cette fameuse face B possède en effet un morceau intitulé Sister Ray, long de 17 minutes et du genre à faire saigner les oreilles. Lire la suite Osorezan, de Geinoh Yamashirogumi

Sur une scène de Tokyo Sonata, de Kiyoshi Kurosawa

Le dernier film de Kiyoshi Kurosawa se propose d’assister à l’implosion d’une famille japonaise et, à travers elle, de découvrir certains travers de la société japonaise.

Ainsi le père de famille, fraîchement licencié de son entreprise, en dépit de bons, longs et loyaux services, essaye de conserver à tout prix les apparences en cachant la vérité à sa famille. Tous les jours, il quitte la maison avec son costume et sa mallette, mais pour zoner et aller manger à l’armée du Salut. Lire la suite Sur une scène de Tokyo Sonata, de Kiyoshi Kurosawa

Jim O’Rourke

Ceux qui connaissent la carrière de Sonic Youth seront peut-être un peu étonnés de la présence de Jim O’Rourke (ex-membre de ce groupe) dans ce blog. Cependant, les inconditionnels de Shinji Aoyama et de Koji Wakamatsu voient sûrement où je veux en venir. Ce n’est certes pas le fait que ce musicien, passionné de la vie tokyoïte, habite la capitale qui m’a motivé pour écrire un article sur lui. Ce serait plutôt deux films, et sa participation (voulue ou involontaire) à la B.O. : je veux parler d’ Eureka (2000) et de United Red Army (2008). Lire la suite Jim O’Rourke

Takeshi Terauchi and The Bunnys, Lets Go Classics !

Qu’est-ce qui est préférable ? Du classique jouant des standards du rock, comme a pu le faire, par exemple, Cathy Berberian, ou au contraire du rock interprétant des airs classiques ? On serait tenté de préférer plutôt la première option tant le risque dans la deuxième pourrait être de tendre vers une certaine prétention ou une ironie un peu facile. Lire la suite Takeshi Terauchi and The Bunnys, Lets Go Classics !

Shintaro Katsu – Yoru wo utau

     Que Shintaro Katsu soit une figure légendaire du cinéma japonais est une évidence. Un peu une sorte d’équivalent nippon de John Wayne. En plus tumultueux. Car en dehors de ses innombrables prestations pour le petit ou le grand écran (notamment dans la série fleuve des Zatoichi, soit 26 films), prestations qui lui valent ce statut de légende, il faut savoir que Katsu n’avait rien d’un ange. Gros buveur, un tantinet alcoolique, mais aussi adepte de drogues en tous genres : marijuana, opium ou cocaine. Cela lui a valu une charmante collection d’arrestation, en 1978, 1990 puis en 1992. Ces péripéties causèrent, en s’en doute, quelques troubles dans sa carrière. Mais ce n’est pas tout : Katsu avait aussi la réputation d’être un fauteur de trouble lors des tournages. Lire la suite Shintaro Katsu – Yoru wo utau

Shoukichi Kina and Champloose – The Music Power from Okinawa

Après la musique traditionnelle d’Okinawa revue et corrigée par Ikue Asazaki, voici celle de Shoukichi Kina (喜納昌吉). Né en 1948 à Koza (sur l’île d’Okinawa donc), Shoukichi est un musicien de rock qui, durant les années 70, a monté son propre groupe, Champloose. Leur premier album, paru en 1977, est considéré comme un classique du folk-rock japonais. En fait, Kina est un peu à la musique d’Okinawa ce qu’était Marley au reggae (j’ai lu d’ailleurs quelque part que Marley connaissait et admirait Kina). Lire la suite Shoukichi Kina and Champloose – The Music Power from Okinawa

Pizzicato Five – Happy end of the band

Il y aurait beaucoup à écrire sur Pizzicato Five. Trop sûrement pour ma connaissance de ce groupe. Disons juste qu’il est l’un des groupes de pop japonais les plus connus, et quand je dis « connus », j’entends pas uniquement au Japon. Pizzicato Five (P5 pour les intimes), durant ses prolifiques 16 années d’existence, a su en effet franchir  les frontières pour toucher le public occidental. Lire la suite Pizzicato Five – Happy end of the band

Yuya Uchida and the Flowers – Challenge

Si vous vous demandez si les Japonais ont eu leur trip baba cool, eh bien oui, comme en atteste la pochette de ce groupe japonais des années 70, Flower Travellin Band (Yuya Uchida and the Flowers étant l’un des autres noms du groupe). La pochette et le contenu puisqu’il ne s’agit rien moins que des reprises de standards américain de l’époque, et pas des moindres. Jugez plutôt : « Hey Joe » d’Hendrix, « White Room » des Cream ou encore « Summertime » de Janis Joplin, pour ne citer que les plus connus. Lire la suite Yuya Uchida and the Flowers – Challenge

Petite M’amie – Girl Friend, Baby Doll

     Vous l’aurez compris en regardant les différents articles de la section musique, il n’y a aucune chance pour voir dans ce blog des articles consacrés à Ayumi Hamasaki, l’Arc-en-ciel, Shiina Ringo bref à ce que l’on appelle communément la « JPOP ». Enfin, je me réserve le droit de faire quelques exceptions car il peut y avoir des trucs intéressants, mais c’est vrai que dans l’ensemble, c’est une musique qui me semble souvent navrante.

Passons et venons-en à la chanteuse qui nous intéresse. Car elle a l’air intéressante, hein ? Plutôt hypnotique comme pochette, n’est-ce pas ? Et ce n’est rien par rappot au contenu. Sans doute certains parmi vous se disent : « ah ouais, sans doute un disque de pop érotique à la Reiko Ike ». Bien vu, c’est effectivement cela. Mais attention, attention ! Cette Petite M’amie (pseudonyme de Keiko Mari) n’a rien à voir avec Reiko Ike. Ce serait un peu comme comparer Judy Garland à Béatrice Dalle. Tenez : Lire la suite Petite M’amie – Girl Friend, Baby Doll

Happy End, Kazemachi Roman

Dans l’ensemble, j’ai moyennement aimé Lost in Translation. Mais je ne remercierai jamais assez ce film de m’avoir fait découvrir Happy End. Ceux qui ont adoré la deuxième réalisation de Sofia Coppola ou qui ont acheté la BO connaissent ce groupe, en tout cas un de leur morceau phare, Kaze wo atsumete. On l’entend une première fois, très étouffé, provenant d’un local de karaoké. Puis on le réentend lors du générique de fin, à la suite d’un instrumental. Lire la suite Happy End, Kazemachi Roman

Ikue Asazaki

      J’ai découvert cette dame… grâce à un épisode de Samurai Champloo, dessin animé japonais déjanté se passant durant l’ère Meiji. La séquence dure cinq minutes et est une merveille de poésie. Pas de dialogue, rien qu’une succession d’images accompagnées de la voix d’Ikue Asazaki. Tout de suite j’ai été intrigué, puis charmé par cette voix. Dès les premières paroles, Lire la suite Ikue Asazaki