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France Cul dégueule de cinéma japonais !

Hier, je revenais en voiture d’une soirée avec des amis. Habituellement, ça ne rate jamais,  je me fais arrêter à un certain rond-point par les keufs pour un contrôle anti-alcoolémie mais là, ça s’est passé autrement. 1H30 du mat’, pas un chat dans les parages, je pouvais glisser jusqu’à mes pénates en écoutant de la bonne musique. Après dix minutes, lassé du programme sur France Musique, je glisse sur France Cul et là, je tombe sur un Japonais parlant du genre documentaire puis sur un Français – manifestement un critique – y allant de son laïus sur le Japon, ses mutations et son cinéma. Absolument passionnant – et fascinant pour vos oreilles quand vous roulez de nuit sur une route de campagne. Et sachant qu’il s’agissait de créneau horaire de Philippe Garbit et de ses « nuits », je me doutais que cela pouvait appeler d’autres émissions comme seule France Cul est capable de les proposer.

Aussitôt arrivé à la maison, je me rue sur internet pour vérifier et là, bingo ! je constate que Garbit a programmé une nuit entièrement consacrée au cinéma japonais. Acrochez vos ceintures, pour cette dernière journée du festival de Cannes qui verra peut-être Naomi Kawase sacrée, ça décoiffe sec !

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Ça commence avec un entretien de Stéphane du Mesnildot, auteur de Fantômes du cinéma japonais, qui nous parle du second âge d’or du cinéma jap’.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

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C’est le documentaire sur lequel je suis tombé en voiture. « Quand Serge Daney rencontrait Shinsuke Ogawa, maître du documentaire japonais ». La rencontre entre les deux hommes a eu lieu en 1989 au festival du film documentaire de Yamagata.

En 1989, Serge Daney était au Japon, à Yamagata, où se tenait la première édition d’un festival international du film documentaire dont il était membre du jury. Un festival qui a perduré, et continue depuis de se tenir tous les deux ans.

L’occasion était belle pour le « ciné-fils » de rencontrer le grand documentariste Shinsuke Ogawa, qui vivait alors à la campagne non loin de Yamagata. Pour « Microfilms », il s’entretenait avec Ogawa de sa pratique de trente années de cinéaste du réel, de la situation de la production et de la diffusion du film documentaire, de son propre rapport à la télévision, à la vidéo, à la fiction. Dans la deuxième partie de l’émission, de retour à Paris, Serge Daney livrait ses impressions et ses réflexions après ce voyage… sur sa rencontre avec Shinsuke Ogawa, sur la première édition de ce festival, sur son palmarès, et plus généralement sur l’état du cinéma japonais à la fin des années 80.

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Boum ! Une rencontre entre Michel Ciment et Kiju Yoshida de 1996, lors du festival du film international de La Rochelle :

En 1996, Kiju Yoshida était l’invité du Festival international de La Rochelle pour une rétrospective de son œuvre. Une rétrospective partielle comme le regrettait Michel Ciment qui, pour Projection privée, s’entretenait à cette occasion avec Kiju Yoshida, entouré du critique Max Tessier et du producteur Philippe Jacquier.

Philippe Jacquier devait produire en 2002 ce qui est le dernier long métrage de Yoshida : Femmes en miroir. Né en 1933, représentant de « La Nouvelle Vague japonaise », avec Femmes en miroir, Yoshida travaillait le traumatisme et la mémoire de la bombe d’Hiroshima. À propos de ce film, il déclarait à Charles Tesson :

« Les gens du cinéma pensent que le cinéma est capable de tout décrire, comme ce qui se passe dans les univers lointains. Mais il y a des choses que le cinéma ne peut pas raconter : par exemple, la bombe atomique ou la Shoah. Ce qui est important dans le cinéma, c’est la manière de filmer ce qu’on ne peut pas filmer ».

« Projection privée avec Kiju Yoshida au Festival international du film de La Rochelle », une émission proposée par Michel Ciment en 1996 sur France Culture.

 

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Bam ! Il s’agit cette fois-ci de Naomi Kawase reçue en 2014 par Laure Adler dans son émission Hors-Champs pour la sortie de Still the Water.

Lauréate précoce de la Caméra d’or du Festival de Cannes de 1997 pour Suzaku, et récompensée par le Grand Prix en 2007 pour La forêt de Mogari, Naomi Kawase est l’une des très rares réalisatrices de renommée internationale du continent asiatique. Tous genres et continents confondus, elle est aussi considérée comme l’un des cinéastes importants de son temps. La famille, la communauté, l’absence, le deuil, la nature, sont des thèmes centraux du cinéma de Naomi Kawase, dans ses fictions comme dans ses documentaires.

En 2016, quelques temps après la sortie des Délices de Tokyo, elle confiait dans Télérama à Frédéric Strauss :

« Je suis attachée aux choses spirituelles, aux émotions, et, en tant que cinéaste, j’essaie de trouver comment les exprimer d’une manière concrète. Ma façon de faire des films tourne autour d’un rapport entre le tangible et l’intangible. Entre le visible et l’invisible, qui peuvent dialoguer »… « Je suis japonaise et j’utilise donc des éléments de ma propre culture. Mais je me considère d’abord comme une citoyenne du monde, je travaille avec des idées japonaises tout en recherchant une signification universelle ».

Naomi Kawase expliquait sa relation et son travail avec les acteurs non professionnels de son film « La forêt de Mogari » (2007) elle détaillait sa façon de travailler :

Je ne veux surtout pas qu’ils jouent. Je déclenche la scène c’est tout. […] En général je tourne toujours dans l’ordre chronologique. Donc à ce moment-là les acteurs s’approprient le temps qui passe et réagissent en fonction de ce qui s’est passé auparavant. Ils enchaînent les scènes dans leur continuité.

 

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Entretien croisé entre Stéphane du Mesnildot et Demian Garcia, créateur sonore et spécialiste du film de sabre.

Dans la première des deux Nuits que nous lui consacrons, nous nous sommes intéressés au cinéma japonais depuis son origine, au tout début du vingtième siècle, jusqu’à la fin des années cinquante, peu après ce que l’on a appelé son second âge d’or. Ce qu’il advint par la suite du cinéma dans un Japon profondément marqué par l’histoire du siècle dernier est l’objet du programme d’archives de cette deuxième Nuit. Une Nuit au cours de laquelle nous nous entretenons avec le critique Stéphane du Mesnildot et le créateur sonore Demian Garcia, spécialistes passionnés du 7ème art japonais, qui nous accompagnent jusqu’au matin. Avec eux, nous nous arrêtons en particulier sur la période de la Nouvelle Vague japonaise et sur celui qui en fut la figure de proue, Nagisa Oshima.

Connu pour ses auteurs, hier ses grands maîtres, aujourd’hui des réalisateurs comme Kitano, Kiyoshi Kurosawa ou Naomi Kawase, et plus encore peut-être pour les films d’animation de Miyazaki, le cinéma japonais s’est aussi depuis toujours caractérisé par la multitude de ses genres et sous-genres : le jidai-geki, les films de yakuza, les films de jeunes, de monstres, le pinku eiga, la J-Horror, etc. Durant cette deuxième Nuit, nous nous penchons notamment sur les films de sabre, le Chanbara, et aussi sur les films peuplés des fantômes d’un pays depuis plus longtemps qu’aucun autre plongé dans le grand bain des technologies modernes mais travaillé toujours par son histoire et ses traditions.

 

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Dans « Surpris par la nuit », en 2004, Serge Toubiana proposait un « Carnet de voyage à Tokyo », qui nous donnait des nouvelles du cinéma japonais à l’aube du vingt-et-unième siècle. Chemin faisant, guidé par le critique Yoichi Umemoto, il croisait le réalisateur Kiyoshi Kurosawa et son ancien professeur, l’éminent universitaire et cinéphile Shigehiko Hasumi, traducteur de Deleuze, Derrida et Barthes, et auteur notamment d’ouvrages sur Ozu, Ford et Renoir.

Comme le voyageur cinéphile de passage à Tokyo ne peut manquer de le faire, ce carnet de voyage faisait une halte à « La jetée », un bar mythique pour les amoureux du cinéma, dont le nom est bien sûr un hommage à Chris Marker. Pour peu qu’ils soient à Tokyo, de ce refuge cinéphilique cher au cœur de Wim Wenders, peuvent à tout moment pousser la porte Coppola, Woody Allen, Tarantino, Léos Carax, Jim Jarmush, Arnaud Desplechin et quelques autres.

« Surpris par la nuit… Tokyo cinéma – carnet de voyage »… c’était en 2004. Cette année-là deux films japonais étaient en compétition au Festival de Cannes : Ghost in the Shell 2 : Innocence de Mamoru Oshii et Nobody Knows de Hirokazu Kore-Eda, pour lequel Yagira Yuya remporta le prix d’interprétation masculine.

 

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De nouveau Michel Ciment avec un numéro de Projection privée de 2010 consacré à Koji Wakamatsu, en compagnie de Julien Sévéon et Jean-Baptiste Thoret :

 

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Encore un Hors-champs de Laure Adler qui reçoit cette fois-ci Kiyoshi Kurosawa. Émission de 2011.

 

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Et on termine avec la suite de l’entretien entre du Mesnildot et Garcia :

 

Là, vous vous dites : ouf ! Y’a de quoi m’occuper pour la semaine, merci France Cul ! Ce en quoi vous vous trompez puisque cette nuit qui vient d’avoir lieu n’était que la deuxième des deux nuits consacrée au cinéma japonais ! La première a en effet eu lieu la semaine dernière, avec un programme exclusivement consacré aux classiques. Are you ready for a total madness ? Let’s go one more time !

 

A

Entretien entre Pascal-Alex Vincent qui a dirigé l’édition du coffret « l’âge d’or du cinéma japonais 1935-1975 » et Hervé Pichard pour l’exposition « L’Ecran japonais, 60 ans de découvertes ».

B

Petite plongée dans le temps. On est en 1962, l’émission « Connaître le cinéma » consacrait un numéro à Mizoguchi.

 

C

Ne pas avoir un docu avec la voix de Jean Douchet aurait été étonnant. Dans cette émission de 2007, le critique présentait le cinéma d’Ozu.

 

D

Toujours du lourd avec encore un numéro de « Connaître le cinéma » qui en 1964 explorait le cinéma de Kon Ichikawa.

 

E

Suite de l’entretien entre Vincent et Pichard.

 

F

1985, sortie de Ran en avant-première à Paris. A cette occasion, Serge Toubiana et Hélène Pommier recevait dans « Nuits Magnétiques » le vieux maître pour un entretien. Dois-je en dire plus ? Vous aurez compris que c’est un document évidemment exceptionnel.

 

G

C’est maintenant Oshima qui s’y colle, avec un numéro de « Ciné-Club » de 1998 qui lui est consacré :

 

H

Vous commencez à avoir la gerbe ? Vous trouvez que décidément ça fait beaucoup ? Courage, plus que deux ! Et il serait dommage de passer à côté de ce « Carnet de notes » de 2001 sur la musique de Toru Takemitsu.

 

I

Et enfin, voici la fin du voyage avec la dernière partie de l’entretien entre Vincent et Pichard :

 

Et si après tout ça vous n’êtres pas rassasiés, vous pourrez toujours changer de station pour aller sur France inter et écouter cet entretien dans Boomerang avec Naomi Kawase, à propos de son film en compétition, Hikari. Moi, occupé que j’étais à suivre le Natsu Basho, j’avoue n’avoir pas trop suivi cannes cette année. Aucune idée donc de la valeur du dernier opus de Kawase. On verra cependant ce soir si après Still the Water la réalisatrice sera récompensée. Après 1997 (caméra d’or pour Suzaku) et 2007 (Grand prix du jury pour La Forêt de Mogari), l’habitude est peut-être prise de récolter quelque chose tous les dix ans. A voir si 2017 sera l’année Kawase…

Les Délices de Tokyo (Naomi Kawase – 2015)

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Sentaro, la quarantaine, tient une petite boutique spécialisée dans les dorayakis. Le magasin ne lui appartient pas, il y travaille surtout pour rembourser une dette qu’il doit à la propriétaire. D’ailleurs, il n’aime même pas tout ce qui est sucré, un comble. Un jour, après avoir fait passer une petite annonce cherchant les services d’un employé, une petite vieille (Tokue) franchit l’entrée et lui propose de l’engager. Pas très chaud à l’idée d’avoir une vieillarde à ses côtés pour un travail un minimum physique, il refuse d’abord poliment. Mais les jours suivants, elle revient et lui propose même de goûter une pâte de haricots rouges confectionnée par ses soins. Constatant son incroyable supériorité sur celle qu’il produit sans réel savoir-faire, il décide de l’engager. Le boutique se met alors à avoir du succès sous le regard enthousiaste de Wakana, une lycéenne effacée qui a fait de l’échoppe son refuge, mais une rumeur, malheureusement fondée, se met à se répandre : Tokue vivrait dans un sanatorium connu pour regrouper des personnes atteintes de la lèpre. Attaché à la vieille dame, Sentaro refuse de prêter foi à ces racontars, mais pour combien de temps ?

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あん (An)

La vieille qui murmurait à l’oreille des azukis

Normalement, une année où l’on a un nouveau film de Kiyoshi Kurosawa et de Naomi Kawase, réalisateurs que l’on a découverts en France à peu près à la mêmedélices tokyo 3 époque et auxquels je reste attaché contre vents et marée, c’est forcément une année un minimum réussie sur le plan cinématographique. Sauf que je suis resté cette fois-ci prudent tant les deux auteurs semblaient avoir opéré dans leur filmo un virage avec des œuvres qui semblaient jouer avec un certain pathos. A ce petit jeu, le verdict est à mon sens sans appel : Kawase, vainqueur ! Autant le film de Kuro m’a semblé épouvantable à suivre avec son coulis de pathos (notamment musical) suivant la vie d’un couple, autant celui de Kawase, à la fois typiquement kawasien par ses thématiques et original par l’utilisation du food movie (genre largement japonais qui met l’accent sur la fabrication de plats et sur les plaisirs visuel et gustatif qu’en tire le client), m’a semblé taper juste dans cette histoire toute simple d’un homme marqué par le passé et qui va redonner un sens à sa vie grâce aux bons soins d’une figure tutélaire maîtresse dans l’art du dorayaki.

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L’histoire aurait tout pour être ridicule, et pourtant, je dois avouer que lors des scènes où la fâmeuse pâte d’azukis est préparée, j’avais l’impression d’être un petit garçon dans ses petits souliers, qui se tenait tout sage dans un coin du magasin, regardant fasciné, admiratif et un peu la bave aux lèvres, ces haricots rouges qui semblaient dialoguer avec l’adorable petite vieille. Pour dire qu’une fois n’est pas coutume, Kawase n’oublie pas ses vieux motifs, ceux notamment des rituels faits pour enrichir intérieurement ceux qui y assistent. Et dans l’atmosphère confinée du petit magasin, magasin qui ne paye pas de mine mais juste à côté d’un majestueux cerisier :

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Forcément, tu as envie de t’y arrêter pour acheter un ou deux dorayakis

… inutile de dire que l’on s’y sent bien et qu’on ne voit pas le temps passer. J’ai été surpris au bout d’une heure de constater… qu’il s’était déjà passé une heure délices tokyo 7alors que l’histoire n’avait jusqu’alors montré que peu de choses. Le spectateur est un peu comme un de ces haricots en train de mitonner de longues heures. Ce n’est pas trépidant mais c’est ça qui est bon. C’est douillet et, lorsqu’arrive le basculement du film avec le retour de Tokue à son sanatorium, on est mûr pou laisser insinuer en nous un doux pathos où l’on retrouvera les autres motifs de l’esthétique kawasienne, comme le cycle de la vie, la transmission, l’éloge de la nature où l’image rassurante de la vieillesse, image évidemment obsessionnelle chez Kawase si l’on prend en compte ses rapports avec sa grand-mère adoptive. Si vous êtes imperméable justement à ces thèmes dans les films de Kawase, pas non plus de quoi être rebutés par ce film. S’il y a une part de scènes contemplatives, Kawase se retient notamment en usant d’un découpage séquentiel qui m’a paru bien plus resserré que ses précédents films. Cela associé à une bande son essentiellement consacrée aux chuchotisdélices tokyo 8 des azukis et à quelques notes de piano aux moments importants de l’histoire, Kawase atteint un point d’équilibre touchant autant à l’épure esthétisante qu’à un ton consensuel, sentimental mais empli de justesse. Et finalement bien touchant, à l’image de l’ultime scène où l’on est étrangement ému lorsque retentit le « Dorayaki ! » crié par Sentaro. A noter d’ailleurs que les trois acteurs principaux sont tous très bons et témoignent toujours de cette capacité de Kawase à jouer sur une fibre émotionnelle un usant juste ce qu’il est nécessaire en termes de jeu d’acteurs. Ici, c’est la douce voix de Kirin Kiki jouant cette femme emplie de sagesse alors qu’elle a été dépossédée de sa propre vie, ainsi que le visage fermé de Masatoshi Nagase, visage qui va peu à laisser apparaître certaines failles, qui laissent dans l’esprit du spectateur une empreinte forte, bien plus forte que celle de Vers l’autre rive, de Kiyoshi Kurosawa.

Après Still the Water, Kawase avait avoué qu’elle ne voyait pas ce qu’elle pouvait raconter de plus après ce qu’elle estimait être son chef-d’oeuvre, content de voir que l’inspiration reste intacte et l’a amenée à réaliser cette jolie perle de l’année 2015.

8/10

Still the Water (Naomi Kawase – 2014)

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Non loin d’Okinawa, sur l’île d’Amami, deux jeunes gens, Kaito et Kyoko, s’éveillent à l’amour tout en faisant face à une difficile situation personnelle. Kaito doit composer sa vie avec un père parti vivre à Tokyo et une mère qui le déçoit car trop désireuse de poursuivre sa vie intime avec d’autres hiommes. Kyoko doit quant à elle affronter la mort inéluctable de sa mère chamane…

Avec les dernières tentatives aussi épileptiques que saoulantes de Sion Sono, je me disais qu’il était bon d’avoir sous le coude des cinéastes comme Naomi Kawase, loin de tout clinquant tape-à-l’œil, œuvrant avec une belle régularité dans du contemplatif cousu main fait pour ceux qui savent apprécier la lenteur ainsi que les affres d’êtres se posant des questions vieilles comme le monde mystique que la réalisatrice se plaît à montrer.

Absolument charmé par Shara à sa sortie, je l’avais été un peu moins les suivants, c’est vrai, mais je n’en still-the-water-posterattendais pas moins de pied ferme ce Still the Water projeté au dernier festival de Cannes, film pour lequel Kawase avait clamé qu’enfin, elle le tenait son chef d’œuvre et qu’elle ne voyait pas quoi faire de plus pour obtenir la récompense suprême. On sait ce qu’il est advenu, Jane Campion ayant préféré récompenser Winter Sleep. Que Still the Water reparte bredouille, alors que certains critiques, jusqu’alors réticents à l’esthétique de Kawase, avaient clamé leur grand enthousiasme pour ce film, m’avait paru sur le coup un peu dur mais enfin, sans l’avoir vu et sachant combien le propre de ce type de palmarès est de toute façon de décevoir, j’attendais mon heure pour m’en faire une idée.

Juste après l’avoir vu, force de reconnaître que me voilà guère plus avancé. Accomplissement ou régression ? C’est toute la question après avoir vu cet étrange panneau blanc, juste après l’ultime scène, sur lequel s’inscrit en kanji le titre puis un curieux « un film de Naomi Kawase », chose inhabituelle chez la réalisatrice, très « Still the Water, c’est moi », qui laisse percer et confirme un orgueil pressenti à Cannes vis-à-vis de ce film. Mais voilà, encore une fois, cet orgueil a-t-il lieu d’être ? Bon, procédons avec méthode. Avant toute chose, il faut ici reconnaître que la direction artistique de Kawase a quand même de la gueule. Sur le plan photographique, elle récite ses gammes et parvient sans problème, au détour d’un cadrage, à communiquer au spectateur un bien être visuel ou un sentiment en concordance avec ce qu’elle veut faire sentir.

L’utilisation de la caméra à l’épaule, loin d’être aussi gavante que nombre du film du Dogme, est parfaitement dosée et donne l’impression que les scènes sont vues à travers le regard d’une âme. Le procédé était déjà sensible dans Shara, au début et à la fin du film, mais ici, dans ce lieu qui nous est d’emblée montré comme une terre de traditions et de rites animistes, il acquiert une résonance particulière et contribue à faire sentir cette fragilité de la vie mais aussi une sorte de quiétude vis-à-vis de sa perte.

Enfin, même si Kawase avait déjà fait des tentatives de ce type dans Nanayomachi, il faut reconnaître que certains plans sont très évocateurs de l’œuvre d’un autre réalisateur. Entretemps Malick, avec son Tree of life et To the Wonder, est passé par là, et il paraît difficile d’imaginer qu’ils n’aient pas été une source d’inspiration pour Kawase. Plans d’arbres en contre-plongée, plans de plage, scène dans une mer bleu turquoise où l’on voit nager des êtres innocents (on pense ici à la Ligne rouge), on est dans une approche malickienne de l’état de nature et, là aussi, Kawase le fait assez joliment tout en y ajoutant un arrière-plan mystique lié à l’animisme.

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Visuellement donc, le film est réussi. Emotionnellement, il possède des scènes qui ne le sont pas moins. Celle dans laquelle une chèvre est sacrifiée et pousse ses derniers râles sous le regard fixe d’une Kyoko guettant le moment où l’esprit va quitter le corps :

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Celle où l’on assiste aux derniers instants de la mère de Kyoko, instant partagés et sublimés collectivement car accompagnés de sanshin, de chants et de danses :

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Celle où l’on découvre, en pleine nature, les deux jeunes gens faire l’amour pour la première fois. Scène pleine de pudeur et de justesse. Rien de scabreux, les deux personnages sont tout au bonheur de leur découverte, comme l’atteste le léger sourire de Kaito, personnage pourtant peu amené et dérider son visage durant le film.

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Celle encore où l’on voit les deux personnages nager sous l’eau. Scène clé attendue car montrée dans l’affiche du film, et qui se fait attendre jusqu’au bout. Il y  dans cette scène un peu d’un âge mythologique dans lequel des héros accomplis pourraient se fondre dans la nature sous le regard bienveillant de dieux.

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Au passage, rarement l’habiutuel floutage des parties intimes, quoique discret, aura été aussi déplacé. Triomphe de la censure dans une scène où les deux êtres sont censés s’affranchir de tout. On espère pour plus tard une version pas aussi platement censurée.

Avec à la clé un ultime plan nous montrant une bulle d’air remontant lentement à la surface. A nouveau représentation d’une âme ou symbole d’une sérénité retrouvée qui s’apprête à se tourner de nouveau vers l’avenir et le monde des hommes, le film se termine, comme pour Shara, sur l’idée d’une élévation positive.

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Mais alors, ce Still the Water serait donc une pure réussite ? Et Jane Campion aurait donc été bien conne ? Ici, il m’est très difficile de donner autre chose qu’une réponde de Normand. J’ai aimé le film mais en même temps, je n’ai jamais pu me départir du spectre de Shara et c’est ce qui m’a semblé rendre parfois le visionnage de StW un peu vain. Sans aller jusqu’à dire qu’il est un reboot de Shara, il faut quand même admettre que les deux films tissent beaucoup de correspondances entre eux, avec certes quelques variations. Deux jeunes qui s’éveillent à l’amour, une jeune fille qui prend l’initiative face à un garçon bloqué dans ses sentiments, une mère qui s’apprête à perdre la vie (en opposition avec la mère dans Shara qui s’apprête à la donner), un parent parti vivre ailleurs (dans StW le père du jeune homme est parti vivre à Tokyo, dans Shara la mère de la jeune fille a confié son éducation à sa sœur), un personnage de père à la fois fort et tendre ou encore une disparition (le frère dans Shara, la mère de Kaito dans StW, même si cette disparition est momentanée). Bon, quelqu’un qui a pris de son temps pour écrire plus de deux cents critiques de films sait bien combien certains thèmes, certains motifs peuvent être obsessionnels chez certains artistes et entrer en résonnance avec leur propre histoire personnelle (Kawase  qui perd sa grand-mère, Kawase qui enfante, Kawase qui perd un ami atteint d’un cancer, Kawase qui perd sa mère, autant d’événements qui trouvent leur traduction dans ses personnages ou ses documentaires). Mais là, j’ai eu toute les peines du monde de me libérer de Shara pour apprécier pleinement Still the Water. Cela s’est fait par intermittences, jamais complètement. Dans ces conditions, conseiller ou non d’aller voir StW, c’est un peu compliqué. Deux extrêmes à éviter cependant : un certain Kawase bashing fait de sarcasmes vis-à-vis de messages simples qui n’ont aucune prétention à révolutionner la philosophie (sarcasmes qui étaient les mêmes distillés par certains critiques imbéciles lors de la sortie de Tree of Life), et une critique dithyrambique qui semble avoir été conquise par un rapprochement « ghibliesque » pas forcément évident.

Entre les deux, je m’imagine le film à l’image de cette petite bulle qui remonte à la surface. Laissons-là suivre son chemin, les années nous dirons si oui ou non, l’orgueilleux panneau final de StW a de la classe ou non.

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Note : quelque part entre 6 et 8

Shara (Naomi Kawase – 2003)

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Nous saurons ce soir si Naomi Kawase emportera sa première palme d’or à Cannes. Rien d’incohérent à cette idée : rappelons que la réalisatrice à déjà été multi-récompensée au festival et comme certains critiques sont bien élogieux sur son dernier film, film qu’elle considère comme son chef d’œuvre, on peut en effet que le film soit distingué au milieu d’une sélection où l’on n’a pas vraiment de métrages qui semblent faire l’unanimité.

En attendant d’avoir la réponse, retour aujourd’hui sur Shara, film de 2003 qui garde intact toute sa fraîcheur et sa force à partir d’une histoire toute simple sur une famille et les deux événements constitutifs de son évolution :
la vie et la mort, ou plutôt la mort et la vie pour tenir compte de la chronologie des événements dans le film :

La famille Aso a autrefois connu un tragique événement. Inexplicablement, un de leur fils, Kei, a un  jour disparu alors qu’il courait dans les rues de son quartier avec son frangin, Shun. Bien des années plus tard, Shun, devenu lycéen, s’apprête à redevenir frère puisque sa mère, enceinte, n’est plus très loin d’accoucher. Pendant ce temps le père est en plein dans l’organisation d’un matsuri auquel participe d’ailleurs la jolie Yu, camarade de classe de Shun, deux amis qui semblent éprouver l’un pour l’autre des sentiments plus doux qu’une simple amitié…

Evidemment, on peut détester Kawase et son cinéma qui tire volontiers sur la corde contemplative. Après, comparativement à d’autres de ses films, il faut reconnaître à Shara un dosage qui fait que le film peut constituer une bonne entrée en matière dans sa filmographie. L’été, l’éveil à l’amour, la naissance (voir son documentaire Tarachime), la maternité, la nature, la mort, tous les ingrédients avec lesquels la réalisatrice à l’habitude de composer se retrouvent dans Shara. Cela et ce que l’on pourrait appeler un temps mystique, une impression que les personnages sont dans une période épiée, peut-être contrôlée par des esprits. C’est en tout cas ce que suggèrent la séquence d’ouverture et la séquence finale dans lesquelles la caméra subjective suggère la présence d’un être invisible qui vient observer la famille Aso.

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Après l’écran-titre, « réveil » de l’esprit dans l’ombre d’un local de l’atelier de la famille Aso (ils fabriquent de l’encre pour la calligraphie). Puis l’esprit déambule et arrive dans une petite cour inondée de lumière dans laquelle les deux frères sont occupés à bricoler on ne sait quoi. Réaction alors surprenante de Kei qui se lève et se précipite dehors, ce sera sa dernière course avant sa disparition. Ajoutons qu’elle aura lieu le jour de la fête du Dieu Jizo, dieu protecteur… des enfants disparus.

Ombre et lumière… curieusement, ce sont les mots que le père tracera plus tard au pinceau en présence de sa femme et de Shun :

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On sentira le moment empreint de gravité, comme s’il était en train d’effectuer un acte pour conjurer le malheur familial, pour passer définitivement de l’ombre, ces années passées dans le doute le retour d’un fils perdu, à la lumière, un nouveau départ purgé de ses inquiétudes. Il faut ici préciser une chose : les Aso viennnent alors d’apprendre que Kei a été retrouvé par la police. On ne saura pas quelle a été la cause de sa disparition et encore moins dans quel état il a été retrouvé. On comprend juste qu’il y a quelque chose de grave dans cette découverte et que les derniers espoirs de reconstituer une famille à quatre ont bel et bien été balayés. Le moment est dur donc, surtout pour Shun qui nous a été montré dans une scène dans laquelle il perd totalement pied. C’est alors qu’intervient cet acte calligraphique, pour tourner la page mais qui peut aussi être vu comme un acte de conjuration du mauvais sort.

Cet aspect sera du reste illustré tout le long du film par des détails qui tendent à créer un quotidien où les scènes de beuverie collective :

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… alternent facilement avec des prières elles aussi collectives :

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Ajoutons à cela les temples, les autels mais aussi les amulettes protectrices, comme celles que se procurent Yu :

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Elle en gardera une et confiera l’autre à Shun. Quitte à être ensemble, autant faire en sorte qu’il ne se reproduise pas la même chose qu’avec son frère. Ce ne serait pas imaginable : avec son ambiance mystique, le film aime aussi à jouer sur les scènes qui se répètent, comme pour instaurer un temps cyclique qui n’est pas sans faire penser là aussi au bouddhisme.

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Au début nous avons Shun qui poursuit Kei puis, plus tard, Yu qui suit Shun. Deux trajets, deux effets différents :

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D’un côté le malheur, avec Kei qui disparaît et la mère qui fait un geste apaisant pour calmer son fils, de l’autre le bonheur, avec la révélation de l’amour de Yu.

Le temps se répète donc, mais, heureusement pour Shun, avec une conséquence plus positive. De même un peu plus loin lorsque Shun et Yu rentrent précipitamment à la maison parce qu’ils croient que sa mère est sur le point d’accoucher :

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A nouveau une course mais cette fois-ci elle se fera avec les deux personnages côte à côte. Il y aura en effet ce geste, de la part de Shun, de prendre la main de Yu, moins rapide que lui. Là aussi, petite différence par rapport à la course inaugurale mais qui montre à nouveau que la famille Aso est sur le chemin d’une renaissance, d’un deuil définitif de son passé malheureux, d’un aller simple pour la lumière.

Cette lumière sera figurée à travers deux scènes. D’abord le morceau de bravoure du film, le matsuri dont le père Aso est l’organisateur et qui trouve son point culminant avec la grande parade dans les rues :

Scène lumineuse dans laquelle la beauté de Yu éclate à la vue de tous, y compris celle de sa mère, visiblement émue devant la grâce de sa fille.

Précisons ici que Yu aussi doit faire face à une révélation familiale qui pourrait être problématique. Celle qu’elle croyait être sa mère n’est en fait que sa tante qui s’est chargée de l’élever à cause d’un frère (qu’elle aimait passionnément quand elle était jeune) qui s’est enfui et d’une mère trop jeune et trop faible pour s’occuper d’un bébé. Malgré cela, Yu opère sa métamorphose, semble passer de l’état de « jeune fille » à celui de « jeune femme » sous le regard aussi d’un Shun qui oubliera à la fin son rôle dans le cordon de sécurité et viendra danser aux côtés de sa désormais petite-amie.

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Lui aussi, autrefois gentiment moqué lors de la réunion d’organisation du matsuri à propos de son calme et de son jeune âge qui ne lui permet pas de boire de l’alcool, semble opérer sa mue. Dans la scène suivante, il scellera définitivment son passé douloureux an faisant le portrait de Kei :

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Kei est désormais dans l’ombre, tandis que Yu, aux côtés de Shun, est dans la lumière. Nous n’aurons plus d’inquiétude pour le jeune homme.

Restera tout de même à marquer définitivement la renaissance de la famille Aso. L’ultimeshara 3 lumière, ce sera celle que va découvrir le nouveau né en sortant du ventre de sa mère. Comme pour rappeler que les humains doivent tenir compte d’un temps cyclique, ce sera pour la mère de Shun à nouveau un garçon. Clin d’œil au passé ? Réincarnation ? Deuxième chance allouée à l’âme de Kei ? Dans tous les cas, l’esprit, dont le spectateur avait partagé la vision au début du film, assiste à l’accouchement, comme pour veiller à ce que le petit être qui va sortir du corps de sa mère soit sain et sauf. Et, quand la famille, incluant dorénavant Yu, sera réunie autour de la mère et de son bébé, l’esprit, peut-être Kei lui-même, n’aura plus qu’à quitter la maison pour retrouver les cieux, sans doute lui aussi apaisé, survolant Naha pour rejoindre la montagne, accompagné de la voix douce et étrange de la chanteuse UA.

Encore une fois, l’univers de Kawase n’est pas fait pour plaire à tout le monde. Mais pour peu que l’on soit sensible à son ethétique contemplative toute en retenue et en sous-entendus, Shara est certainement la meilleure entrée en matière dans la filmographie de la réalisatrice… en attendant de voir si Still the water confirme pour de bons toutes ses promesses.

8/10

Shara se trouve sans difficulté en DVD sous-titré français chez Aventi.

Naomi Kawase sur France Cul

Du 5 au 9 décembre, Laure Adler a reçu à son émission Hors Champs quatre artistes japonais et un écrivain français vivant au Japon afin d’évoquer le terrible événement qu’a connu cette année leur pays ainsi que les conséquences sur différents aspects de la vie quotidienne, notamment les rapports sociaux. Parmi ces artistes, les lecteurs férus de ciné japonais contemporain seront sans doute intéressés par l’intervention de Naomi Kawase lors de la 4ème émission. Elle y explique ce qu’elle faisait au moment de la catastrophe et ce que cette dernière  a changé en elle dans sa perception des choses. Emission intéressante ponctuée d’extraits de ses films. À écouter ici : Lire la suite Naomi Kawase sur France Cul

Tarachime (Naomi Kawase – 2006)

Dans la production de Naomi Kawase, il est des films qu’il peut être douloureux de se farcir : ses courts-métrages expérimentaux autobiographiques. On a parfois l’impression de visionner des rushs bancals d’une ado japonaise à qui l’on viendrait d’offrir une caméra super 8 et qui s’amuserait à filmer tout ce qui lui tombe sous la main (des fenêtres, des fleurs…) en partant du principe que de toute façon, qu’importe le cadrage, qu’importe ce qui est filmé, le super 8 donne d’emblée un côté arthouse qui pourra faire illusion auprès du jobard et qui, surtout, donnera à cette adolescente l’illusion d’avoir du talent. Lire la suite Tarachime (Naomi Kawase – 2006)

Nanayo (Naomi Kawase – 2008)

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Dernier film de la réalisatrice japonaise, Nanayo est un peu son Lost in translation. Irrésistiblement, on ne peut s’empêcher de penser au film de Sofia Coppola. La différence essentielle entre les deux films est qu’ici, le personnage principal ne portent pas de regard amusé et un tantinet sarcastique sur son nouvel environnement. Il est dépassé par le choc culturel, mais très vite est disposé à le comprendre, détail qui fait que décidément j’ai un peu de mal avec Lost in Translation. Outre le côté Tokyo sur papier glacé, j’ai toujours trouvé insupportable la représentation de la vie tokyoïte qui est faite à travers la perception des deux personnages principaux. Tout est bizarre, stupide, outré, rien ne semble bon à récupérer, et ce n’est pas la piteuse séquence à Kyoto, semblant avoir été placé dans le film pour disculper Sofia Coppola de tout sentiment de supériorité, cette petite supériorité du touriste qui juge, qui change la donne. Passons. Lire la suite Nanayo (Naomi Kawase – 2008)