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(The DC Archives) Bijin de la semaine (54) : Christina Lindberg

Aujourd’hui, on ne se casse pas trop la tête, réupload d’un vieil article publié sur Drink Cold (pour les retardataires, lire la présentation de cet article) que je vais recycler pour ma série des « bijins de la semaine ». Il m’en reste encore quelques uns, j’essaierai de les mettre en ligne dans l’année. Concernant l’article du jour, il s’agissait de faire le pendant roman porno à ma série des « bijins de la semaine ». Cette série d’articles s’intitulait sobrement L’Encyclopédie bijinesque et devait être tout à la gloire des starlettes de la Nikkatsu. Mais le projet a tourné court, la série n’est pas allée plus loin que la troisième bijin ! C’est que – croyez-moi – c’est épuisant aussi d’écrire de tels articles. On a l’impression de devenir l’intime de la beauté dont on est en train de raconter les exploits sur pellicule, on transpire, on a le palpitant qui bat à tout rompre, bref, mieux valait que je ne m’aventure pas trop dans l’entreprise si je voulais vivre vieux. Bref, voici donc le deuxième opus de cette éphémère série. Le premier avait été republié ici.

(article publié le 13 août 2010)

Eh oui ! Au moment où je tape cet article, je me trouve dans le hall d’un hôtel à Stockholm. Forcément, cela donne tout de suite envie de consacrer le deuxième opus de la GEB (Grande Encyclopédie Bijinesque) à l’égérie du cinéma érotique suédois des 70’s, la nymphette aux gros seins, je veux parler bien sûr de Christina Lindberg.

Là je vous vois venir : hein ? Quoi t’est-ce ? Un article sur une Suédoise ? Et pourquoi pas non plus un article sur Bjon Börg entre deux articles punk de Megane pendant que t’y es ? Olrik, escroc ! Ordure !… Grosse pouffe !

Allons, on se calme et on boit frais, z’allez comprendre. Et puis merdre ! Vous commencez à me connaître quoi ! Me suis-je jamais payé votre fiole, hein ? Croyez-vous vraiment que cela va commencer avec cet article, hmm ?

Foutage de gueule ? Matage de meules ouais !

Donc laissez-vous faire, détendez-vous, je vous garantis que tout va bien se passer et que c’est tout ébaubis que vous allez faire la connaissance avec la somptueuse Christina. Ne perdons pas de temps, commençons par le commencement :

Née le 6 décembre 1950 d’une maman femme de ménage et d’un père ouvrier alcoolique, la petite Britt Christina Marinette Lindberg arbore dès l’adolescence des formes assez étonnantes pour son âge. À 15 ans, entrer en discothèque n’est par exemple guère un souci pour elle. Très vite, sa plastique  et sa frimousse se font remarquer par un photographe de Fib aktuelt, un grand magazine suédois. Les couvertures et les photos de charme vont alors se succéder à vitesse grand V. Autant il peut être difficile de trouver des photos de telle ou telle obscure bijin, autant là je n’ai eu aucun problème. De l’aveu même de Christina il y en aurait des milliers dont une quantité non négligeable en sa possession et qu’elle compte bien un jour publier.

Tenez, en voilà une, c’est cadotch’. C’est quand même un plus sympa qu’un meuble Ikea hein ?

C’est à partir de 1969 que commence sa participation dans de nombreux films. Je ne vais pas m’étendre ici, vous comprendrez en voyant les titres : Maid in Sweden, Ma Femme est une Putain, Qu’est-ce que tu fais après l’orgie ?, la Dépravée, Chattes suédoises, le Reine Rouge, la Chasse aux Pucelles, Bacchanales érotiques, Les Indécentes (en 3D !), etc. 

Des nanars, certes. Mais des films absolument indispensables si l’on est du genre à frétiller du camarade Duzob lorsqu’il s’agit de sexploitation 70’s pure et dure. Tous ces films ont en tout cas assis l’image de petite bombe sexuelle de Christina. Tout comme les revues qui continuent à cette époque de balancer régulièrement des photos de notre bijin débridée (uh, uh !). Petite consécration : elle est « Pet of the Month » du numéro de juin 1970 de Penthouse.

Une des photos du numéro en question.

1971 est une année importante en ce qui nous concerne. Christina est à Cannes où est présenté son dernier film, Exposed. Le petite est un peu pâlotte, un peu déprimée pour tout dire. Il n’y a pourtant pas de quoi, on la voit partout : au cinéma, dans les magazine, sur les boîtes de cornflakes, les pots de moutarde Amora et même en surprise Kinder ! Mais c’est là tout le problème, elle en a un peu marre de ne se voir qu’à travers son image dénudée, pour tout vous dire ça la dégoute un peu. C’est dans cet état d’esprit qu’elle se trouve dans l’avion qui doit la ramener à Stockholm. C’est alors que  deux hommes, manifestement des asiatiques, s’approchent poliment d’elle et lui font dans un anglais quasi incompréhensible cette étrange proposition :

« Euh… sumimasen mais vous être bonne… très connue Japon… vous vouloir venir là-bas pour faire plein de films à poil ? »

 

Il s’agissait d’employés de la Toei, la compagnie étant alors intéressée à l’idée d’utiliser des pin up étrangères en vogue pour donner à ses films une touche d’exotisme avec un peu d’envergure. Évidemment, au vu des circonstances ce n’était pas vraiment la meilleures des propositions à faire à notre bijin perturbée. Mais la discussion s’est poursuivie à Stockholm avec l’aide pour la traduction d’une Japonaise vivant avec un Suédois et, pour le plus grand bonheur des fans de Pinky Violence, Christina accepta ! Maintenant :

DESTINATION JAPON !

Autant vous prévenir : sa carrière y sera fulgurante : une année pour tourner deux films, et ce sera tout, la belle, malgré la proposition de la Toei de poursuivre  là-bas sa carrière, préférera regagner ses pénates suédoises. Mais dans ces deux films, il n’y a pas n’importe lequel puisque ce n’est rien moins que …

…Sex and Fury de Norifumi Suzuki, sans doute un des tout meilleurs Pinky Violence avec dans le rôle principale Reiko Ike plus pulmonée que jamais. En cette année 1973, la concurrence est rude avec la Nikkatsu puisque sort au même moment Lady Snowblood avec Meiko Kaji, excellente adaptation du fabuleux manga de  Kazuo Kamimura. Dans les deux cas, on a affaire à un personnage de femme dangereuse à souhait cherchant à se venger. D’un côté la classe de Kaji, de l’autre les gros lolos de Reiko Ike et de notre SuédoiseSex and Fury accuse certes des défauts, mais on s’amuse une fois de plus devant l’univers bigarré d’un Suzuki qui enchaîne avec une belle constance les scènes dénudées. Et avec le duo Ike / Lindberg, il a fort à faire le bougre ! Deux actrices, deux ethnies radicalement opposées, deux réputations de sexy queens (vous connaissez la reine Christina de Suède ? Putain, j’en sors des bonnes en ce moment moi !) et des formes bien rembourrées à ne plus savoir quoi en faire ! Seules, ensemble, debout, allongées, actives, passives, tatouées, pas tatouées, en kimono, fouettées ou pas, n’en jetez plus ! On a compris Norifumi, t’es le meilleur ! On a même droit à une de ces scènes de pet qui tombent comme une couille dans le potage. Le père Suzuki, c’est un peu le coussin péteur de la Toei, mais c’est aussi pourquoi on l’aime.

Bref, pour en revenir à Lindberg, on pourrait dire qu’elle apparaît à elle seule comme une sorte de catalogue ambulant à fantasmes. Démonstration en images. Vous fantasmez sur les personnages de Ryoko ikeda (Rose de Versailles, Très Chers frères...) ? Hop là :

Babes with guns aficionados ? Banco !

L’idée d’une séduisante gaijin en kimono vous humidifie le cortex et d’autres zones ?  Y’a qu’à demander :


De temps en temps vous ne dites pas non à de l’interracial lesbien ? Ça tombe bien, y’en a plein  dans la hotte de papa Suzuki :


Dans la famille Threesome je demande la tendance bisexuelle avec doigt dans la bouche :

Fana de bondage tendance « costume de cow girl 60’s » ? Pas de soucis, bien mieux que l’épicier arabe du coin, avec Suzuki, tout est possible ! Vous trouverez tout !

Là, il faut ici préciser que Christina fouette jusqu’au sang une Reiko Ike nue et ligotée. Les tatouages et les chairs replètes débordent de partout, rien à dire, c’est fort beau. C’est le point d’orgue de cette confrontation Orient Vs Occident, confrontation dont la première partie est une excellente partie de poker où les flushs répondent aux carrés de rois.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film mais ce n’est pas le propos. Pour en finir sur la prestation de Christina, disons que si elle joue quand même comme une cruche (et je dois malheureusement dire que c’est une constante chez elle), sa présence plastique et ses interventions toutes en variations fantasmatoires ne contribuent pas peu à faire de Sex and Fury un pur joyau de divertissement.

Passons maintenant au deuxième film, moins rigolo celui-là (encore que…) :

Journey to Japan , The Pornstar Travels Around Japan, de Sadao Nakajima (1973)

Titre débile et racoleur à souhait puisque Christina y interprète non pas une hardeuse mais une “mule”, c’est-à-dire une personne chargée de faire passer discrétos de la drogue. Suite à un quiproquo à son arrivée à l’aéroport, elle tombe dans les griffes d’un puceau (qui le vit assez mal puisqu’il a pour hobby la fabrication de bombes) un peu simplet sur les bords. Il s’avérera que le gus n’est pas si mauvais et Christina, enfin « Ingrid Jakobsson » se prendra peu à peu d’affection pour son ravisseur. Et pour ceux qui pensent que je vais dégainer un jeu de mots facile en évoquant le syndrome de Stockholm, c’est mal me connaître, je laisse ça à d’autres. Par contre, je peux vous donner des screenshots visqueux du film, ne dites pas non bande de salopiauds, vous me faites honte !

Le héros du film, qui boit frais, certes, mais qui n’a aussi aucune classe.

 

Mais alors vraiment aucune !

 

Il arrive assez bien cependant  à réchauffer les relations suédo-japanisthanaises.

 

Voire même carrément bien !

 

Tellement bien même, que l’on raconte qu’en voyant cette scène, l’ambassadeur de Suède au Japon y alla de sa petite larme.

 

Quant à la prestation de Christina, ben, une nouvelle fois c’est pas gégène. Mais elle donne ce qu’après tout attendent d’elle les spectateurs japanisthanais : un exotisme sexy de qualité qui vous en donne pour votre argent :

Fantasme de la poupée à domicile avec laquelle on peut faire des trucs à volonté :

Alors ce soir on fait les postures 4, 22, 36, 45…

 

Bondage avec gros seins qui débordent :

– Bon, on la fait cette prise, oui ou non? – Attends, j’arrive pas à cadrer, je voudrais bien t’y voir, moi !

 

Viol de gaijin par d’horribles hippies wakamatsesques :

Tu viens chez moi ? J’ai les œuvres complètes de Trotsky!

 

Enfin séquences érotiques tout droit sorties d’une vidéo de Hustler qui aurait été réalisée par un David Hamilton sous acide :

Ceci termine de façon chicos un article qui n’a plus lieu de continuer puisque Christina décidera donc de rentrer aux bercailles où l’attend le tournage du cultissime They call her one eye, film qui est loin d’être inconnu au bataillon chez un certain Tarantino. J’aimerais bien vous parler de cette histoire de cette jeune femme borgne, traumatisée dans son enfance par le viol d’un vieux dégueulasse trisomique, vous parler surtout  d’une scène d’énucléation,  de la maîtrise innée de Christina du close combat, des grotesques scènes de ralentis filmées avec une caméra de l’armée suédoise filmant à 500 images/seconde ainsi que des inserts pornographiques pleins de finesse pour faire croire que christina « le fait vraiment », mais cela, encore une fois, serait hors sujet. Surtout, je viens de m’apercevoir que ma femme vient de débarquer dans le hall de l’hôtel et se dirige dans ma direction. Vite, j’ai pas trop envie qu’elle voit ce que je fabrique sinon je vais encore en chier des ronds de chapeau ! Vite bordel ! sauvegarde.. publier… foutu matériel suédois à la con, que c’est lent !… viiite, vite, dépêc

Truck Rascals 5 (Norifumi Suzuki – 1977)

En cette fin de période de fêtes, il peut être bon de se réchauffer l’âme en se matant un épisode de Tora san, petit rituel que les Japonais ont connu durant nombre d’années. J’étais parti pour chroniquer un des films de la série, et puis je me suis rappelé qu’il me restait encore pas mal d’épisodes à découvrir de sa version bière et cambouis, je veux bien sûr parler de l’inénarrable Momojiro Hoshi dans la série des Torakku Yaro.

Pichte POWAAA !

Du coup, afin d’inaugurer dignement ce début d’année 2017, mettons de côté le charme suranné de l’univers de Tora san pour nous calfeutrer dans la cabine d’un bahut aux côtés de cet homme rude, vulgaire mais foncièrement bon qu’est Momojiro, avec le visionnage du 5ème film de la série :

トラック野郎 度胸一番星 (Torakku yarô: Dokyô ichiban hoshi)

Faire la critique d’un Torakku Yaro tient toujours de la gageure tant chaque film s’avère être un exercice de répétition. On y retrouve les mêmes ingrédients : Momojiro qui se fait courser par la flicaille :

Avec à chaque fois quelques gags.

Momojiro qui oublie ses malheurs en tâtant de la gueuse dans un soapland :

Un autre manière de faire le plein.

Ou encore découverte de la « madone », concept piqué à Tora san qui permet de donner le rôle du personnage principal féminin à une idole du moment :

Ici, Nagisa Katahira

Là aussi, comme pour Tora san, le but est que Momojiro tombe à chaque fois amoureux de cette madone et tente de fonder un foyer. Malheureusement, tout ne se passe jamais comme prévu et Momojiro est à chaque fois obligé de faire une croix sur son noble projet, souvent à cause de la découverte, dans la vie privée de la belle, d’un petit-ami qui lui dame le pion. Dans ce 5ème opus, ce sera cependant un peu différent, et surprenant. On croit vraiment que Momojiro va enfin pouvoir passer la bague au doigt mais ce sera pour mieux voir le sol d’effondrer sous ses pieds et ce de tragique manière.

Chienne de vie, va !

Il faut dire que l’histoire baigne d’emblée dans une atmosphère gentiment mystique, avec une apparition de la Madone présentée comme surnaturelle. La chute fera comprendre la raison de ce choix insolite dans la série. Pour le reste, on retrouve le side-kick Jonathan, empêtré dans des soucis d’argent qui l’empêche de vivre sereinement avec sa famille (rappelons qu’il est marié et père de dix enfants). Aussi décide-t-il de chercher de l’or dans une rivière en compagnie du père de la Madone, brave homme persuadé que cette rivière fera un jour sa richesse mais qui pour l’instant s’est éreinté pour rien.

Pour ce qui est des tentatives de drague de Momojiro, c’est comme d’habitude aussi pitoyable que touchant. Comme la dulcinée est institutrice, Momojiro s’immisce dans son métier, s’improvise instituteur, se ridiculise dans une cocasse scène de classe et joue au bon élève lors du cours de natation, évidemment dans le but de s’approcher stratégiquement des courbes de l’instit en bikini.

Pour ceux qui se poserait la question, Nagisa Katahira en bikini, c’est ça.

Un épisode de Tora san ne serait rien sans de nouveaux personnages de camionneurs durs à cuire et qui vont en découdre avec Momo. Sorti en 1977 soit deux ans après les Dents de la Mer, c’est tout naturellement que le gang des bad guys camionneurs s’appelle « Jaws », avec comme il se doit des camions faisant effectivement un peu peur…

par leur impressionnant bon goût.

Comme pour le personnage de la Madone, celui du bad guy sera interprété par Shinichi Chiba qui se frittera avec Bunta Sugawara lors d’une scène de baston épique dans le resto routier où Momo et sa bande ont l’habitude de se retrouver. N’ayant pas encore vu tous les films de la série, je ne peux encore me prononcer, mais la bagarre m’a paru dans cet opus particulièrement gratinée par rapport à d’autres scènes de ce type vus dans d’autres épisodes. Bien entendu, le chef des Jaws est un salopard, bien entendu il se fritera avec Momo et bien entendu, il montrera par la suite qu’en fait c’est un type cool :

Notamment parce qu’il a beau être un putain de salopard, son petit coeur d’otokorashii sait fondre lorsque sa petite-amie bijin vient le consoler.

Enfin, il y a la découverte d’un coin du Japon, ici Niigata, figure imposée qui donne lieu à de courtes séquences un peu cartes postales mais toujours plaisantes à regarder :

Le matsuri de Niigata.

Mention particulière au passage pour le matsuri de Shirone consacré aux cerfs-volants géants, matsuri qui donne lieu à une scène croquignolesque puisque par un malheureux hasard, Momojiro et Jonathan se retrouvent accrochés à un cerf-volant :

Scène d’autant plus bouffonne que des plans nous montre le trucage, sans doute volontairement grotesque, imaginé par Suzuki pour « donner l’illusion » que les deux compères sont véritablement suspendus à plusieurs dizaines de mètres de hauteur :

Une magnifique baudruche à leur effigie ! Du plus pur Benny Hill’s style !

Enfin, tout épisode se doit d’illustrer les talents hors pair de camionneur bourrin qu’est Momojiro. Le challenge du film est de faire Kanazawa-Niigata en cinq heures, alors qu’il en faut habituellement huit ! Course contre la montre (et contre les flics) qui mettra Momojiro dans tous ses états mais qui lui permettra de venir à en aide à un copain dans la difficulté. Moi je vous le dis, quand on n’a plus l’amour, heureusement qu’il y a encore l’amitié pour aider les otokorashiis à supporter leur vie faite de bitume et de factures à payer. Comme d’habitude, « owari » apparaît sur un paysage dans lequel on voit Momojiro et Jonathan partir sur les routes pour une nouvelle livraison. Image finalement pas si éloigné de ma mission de blogueur à bord de ce bahut bariolé et un brin vulgaire et crasseux qu’est Bulles de Japon. J’en profite d’ailleurs pour sortir de ma cabine et pour vous dire :

BONNE ANNÉE À TOUS, LES CLAMPINS !

L’année 2017 est lancée pour découvrir de nouvelles pépites. Concernant cette première de l’année, concluons brièvement : il est impossible de bouder son plaisir, on a beau connaître la recette par cœur, voir la trogne de Bunta Sugawara, ses coups de gueule et ses éternelles frasques sentimentales mettent toujours autant de bonne humeur. Impossible de le situer en terme de qualité par rapport aux autres opus. Disons juste ceci : c’est de tout bon.

Girl Boss Guerilla (Norifumi Suzuki – 1972)

girl boss guerilla

La belle et farouche Sachiko (Miki Sugimoto) est la chef du « gang des casques rouges », groupe de motardes qui ont décidé de quitter leur base, Shinjuku, pour aller se faire de l’argent facile du côté de Kyoto. Problème : elles doivent d’abord affronter la boss locale, Rika, qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée de ce gang rival, puis apprendre à faire gaffe aux yakuzas du coin mené par Takahara, frère d’une ancienne chef de bande, Nami (Reiko Ike). Nami justement, qui revient à Kyoto simplement pour retrouver ses racines et profiter du Gion matsuri. Elle sympathisera avec Sachiko et son aide sera bien utile car les frictions avec Rika et Takahara vont rapidement s’amplifier. Si vous êtes arrivés à ce point du résumé et que vous avez tout compris, j’ajouterai seulement qu’un boxeur, Ichiro Miyazaki, fera dans ce petit monde une tonitruante irruption : quand ses pognes ne seront pas occupées à malaxer les Seins de Sachiko, elles iront joyeusement broyer les maxillaires des hommes de Takahara, jusqu’à ce que la situation dégénère sérieusement…

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Sukeban Gerira (女番長ゲリ)

Au moment où Arte diffuse le Couvent de la Bête sacrée, rendons gloire au genre du pinky violence avec un de ses tout meilleurs titres, Girl boss Guerilla, 3ème opus de la série des Sukeban. Rappelons que l’expression « pinky violence » désigne la tentative par la Toei de s’implanter dans le marché de l’érotisme en produisant des films mettant souvent en scène des personnages féminins sexy et forts.

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Des garces dans un univers d’hommes

Le prototype en est le « film de loubardes », genre décliné sur plusieurs séries de films (Girl Boss, Delinquent Girl Boss, Bad Girl Mako, etc.), et dont Girl Boss Guerilla constitue une entrée en matière recommandable pour le spectateur étranger au genre. Pas d’inquiétude à avoir pour les âmes sensibles : GBG est du pur fun, pur produit du maître ès divertissement qu’était Norifumi Suzuki. On commence avec une Miki Sugimoto qui nous dévoile un sein tatoué dès la 3ème minute :

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Pan dans la gueule !

Puis, le temps de mettre une dérouillée à une bande de motards qui pensaient que Sachiko et ses fidèles lieutenantes allaient facilement passer à la casserole, on la trouve une minute plus tard dans un cimetière sur le point de faire tomber le bas pour aguicher (ou plutôt extorquer) un veuf venu se recueillir sur la tombe de sa femme.

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Norifumi Suzuki ou l’art de capter la bienveillance du spectateur dès la première minute.

Et je passe sur une de ses filles qui puise éhontement dans une urne recueillant des dons pour des victimes du nucléaire ou sur une autre qui fait venir un pigeon dans un love hotel pour lui siffler son portefeuille mais qui, le moment venu, ne résiste pas à ses pulsions et finit par faire l’amour gratis. Que dire encore de cette arnaque qui consistera à prendre des photos compromettantes d’un bonze en train de passer du temps auprès d’une complice puis d’aller chercher nuitamment dans les gogues à l’extérieur…

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Avec un petit inconvénient

… le résultat de sa faute qui va permettre de lui faire cracher son pognon :

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Sa capote remplie de foutre.

Oui, le ton est donné dès ces premières minutes et sera amplifié tout le long du film : ce sera sexy, violent, malpoli, vulgaire et irrévérencieux. Les lois, les codes de bonnes conduites n’existent pas. Evidemment, comme les héroïnes du film sont ces casques rouges, on suppose tout de même qu’il y a chez elles un respect des règles à respecter entre les différentes bandes. A partir du moment où Sachiko a mis une peignée à Rika, celle-ci se doit de lui laisser sa position de chef. Malheureusement, il en est de Girl boss Guerilla comme des films de Fukasaku de l’époque : des voyous avec un restant de code de l’honneur, c’est bien difficile à trouver. Les chevaliers blancs, on ne les aura évidemment pas chez Rika ou Takahara and co mais chez un boxeur :

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Amusant ici de voir que le gars est flanqué d’un ami :

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Morio Ogata

LE Morio Ogata, folkeux chevelu célèbre de l’époque qui va accompagner de ses chansons les exploits de son chevalier ainsi que la cour assidue qu’il mène auprès de sa dame :

Girl Boss Guerilla 5

Cour plus qu’assidue d’ailleurs. En tout cas enfoncée la fameuse scène de Tant qu’il y aura des Hommes.

Une dame bijin, un chevalier boxeur, un baladin folkeux, des yakuzas félons, le tableau est complet pour donner l’impression que Norifumi Suzuki, bin c’est un peu Chrétien de Troyes mais avec des nichons tatoués et des motos en plus. Et des scènes de torture aussi, Sachiko passant un bien mauvais quart d’heure dans le dernier tiers du film :

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Epreuve du pilori ?

Evidemment se pose la question de l’artifice, suffit-il de bourrer le film comme une baudruche de personnages truculents, de scènes de violence, de sexe, de pipi caca…

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« Je crois que cette garce nous a refilé la chaude-pisse »

… pour que le film tienne la route ? Quel intérêt apporte surtout ce film dans une série de sept ? A la première question je dirais que si l’on part du principe du rebondissement feuilletonnesque (on dirait plutôt ici « mangaesque ») pour articuler l’histoire et que l’on est prêt à l’accepter, le film passe bien et procure même une certaine jubilation, porté qu’il est par deux splendides actrices…

Girl Boss Guerilla 11

Avec une Reiko Ike au visage pour une fois doux et souriant.

… mais aussi par une caméra qui, sans être aussi frénétique que celle d’un Fukasaku, va au plus court et relance sans cesse l’attention du spectateur de par une image pop colorée, des actrices forcément girondes et des scènes qui surtout ne s’éternisent pas. Si Girl Boss Guerilla n’est pas le meilleur film de Suzuki, il n’en reste pas moins un exemple très dynamique de ses thèmes privilégiés et de ses tics de mise en scène.

Girl boss guerilla gif 2

Le zoom pour faire sentir que ça va déchirer.

Pour ce qui est de l’apport au sein de la série des Sukeban, impossible d’y répondre formellement tant les sept opus présentent des dosages différents des ingrédients (gravité, sexe, violence, humour…), dosages qui pourront plaire aux uns et déplaire aux autres. A mon sens, GBG reste au-dessus d’autres films plus mous de la pellicule (d’ailleurs pas réalisés par Suzuki). Une chose à éviter en tout cas : se faire un marathon en s’enquillant l’intégralité. Trop de seins tatoués tuent les seins tatoués, et ce serait bien dommage.

Girl boss guerilla 12

Oh yeah !

+

– La voix un peu garçonne de Miki Sugimoto.Girl-Boss-Guerilla-poster-2

– Le corps de Miki Sugimoto.

– Une Reiko Ike qui se la joue jeune fille sensible nostalgique de ses racines, ça change.

– Morio Ogata qui envoie ses chansons.

– Suzuki at his best : des coups de poings, des coups de couteau, des coups de b…, de la bijin dénudée et du coussin péteur.

– De la variété en veux-tu en voilà, pas le temps de s’endormir.

Beaucoup des éléments ci-dessus pourraient être inversés en fonction des goûts. Cela donnerait :

– Miki Sugimoto, aussi expressive et formée qu’une limande.

– Non Reiko, n’essaye pas de faire l’actrice.

– Remballe tes chansons Morio, elles puent !

– Suzuki qui multiplie les scènes chocs pour compenser le vide et l’ennui de son film.

Vous l’aurez compris, je me range du côté du positif :

7/10

Torakku Yarô 2 : Bakusô Ichiban Hoshi (Norifumi Suzuki – 1975)

torakku-yaro-2

Dire on prend les mêmes et on recommence à propos de la série des Torakku Yarô n’est pas peu dire. Bien sûr, comme pour les Tora san on se trouve face à un certain nombre de motifs que l’on est assuré de retrouver dans chacun des films, comme les madones, les bastons ou l’humour trivial et ce pour le plus grand plaisir du spectateur qui apprécie la série. Après, difficile tout de même de ne pas être surpris par le quasi « copier-coller » qu’entreprend Suzuki dès le deuxième opus : Torakku Yarô : Bakusô Ichiban Hoshi (les Camionneurs Salopards : Fonce Étoile number one !!). Voici pêle-mêle les différents éléments que l’on retrouve dans le premier film de la série.

1) À nouveau, Momojirô rencontre une bijin devant les gogues du resto (évidemment il n’y a plus de papier cul et cela met Momo dans un grand embarras) où il a l’habitude de déjeuner. Une nouvelle fois Suzuki utilise un plan avec une myriade d’étoiles pour faire sentir qu’aux yeux du héros, la donzelle n’est pas de la même catégorie que les prostituées délurées qu’il a l’habitude de se taper :

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Dans cet épisode, la madone se prénomme Eiko et est jouée par Shizue Abe, actrice-chanteuse de l’époque. Il faut reconnaître qu’avec elle on tape plutôt du côté du haut du panier.

2) À nouveau cette bijin est la madone dont il va tomber amoureux.

3) À nouveau elle se trouve être serveuse au restaurant.

4) À nouveau on a un personnage de camionneuse :

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Personnage sympathique mais qui inévitablement souffre de la comparaison avec la précédente, jouée par Junko Natsu (souvenez-vous).

5) À nouveau, par un quiproquo qui est le fait de Jonathan, cette camionneuse va tomber amoureuse de Momo et croire qu’il est intéressé à l’idée de se marier avec elle.

6) À nouveau un adversaire haut en couleur digne de Momo. Dans le premier on avait un Charles Bronson-like, là on a un mec qui a dû être impressionné par Delon car il s’appelle « Borsalino 2 » (pour rappel, Borsalino est sorti en 1970 et connaissant l’impact de Delon au Japon, le clin d’oeil est manifeste). Il est interprété par Tanaka Kunie en guest-star :

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7) À nouveau un affrontement (d’abord au poing puis au volant) entre Momo et le bad guy qui s’avérera en fait un mec cool.

8) À nouveau de l’humour scato :

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Mais alors là vraiment scato, hein !

9) À nouveau des p’tites n’enfants délaissés :

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10) À nouveau Momo découvrira à la fin que sa bijin adorée est maquée avec quelqu’un d’autre. Ce sera pourtant pas faute d’avoir essayé de l’éblouir avec une tenue de grande classe :

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Voilà pour les grandes lignes. On pourrait entrer dans les détails mais cela n’aurait pas d’intérêt. Tout comme il n’y aurait guère d’intérêt- non plus à stigmatiser la série à cause de ces nombreuses répétitions. J’avoue avoir un peu froncé les sourcils lors de la première demi-heure. Et puis, au bout d’un moment, alors que j’accompagnais les personnages dans leur Japon de carte postale (Himeji, Hiroshima, Fukuoka, Nagasaki…), alors que les mêmes personnages déversaient à l’écran leur gouaille et leur bonne humeur communicatives, je me suis dit que cela importait peu tant primait avant tout la sensation de se sentir en terrain connu et de retrouver ces poteaux camionneurs, avec leur joie, leurs peines, leur marmaille et les parpaings qu’ils distribuent à tour de bras. Bon, après, je dis ça mais j’espère que le troisième opus empruntera quand même des chemins différents dans le scénar’. Sur ce les notes :

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Allez, sur ce, je vous laisse. Tout cela m’a donné envie de retrouver mon bahut pour m’offrir une virée avec ma bonne amie Natsuko :

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Ciao les baigneurs !

Torakku Yarô : Goiken Muyô (Norifumi Suzuki – 1975)

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Pas très fan de la série des Tora san ? Vous avez pourtant essayé, vous vous êtes enquillé, empli de bonne volonté, quelques opus de la plus longue série de films du cinéma nippon mais non, rien à faire, vous n’avez pas accroché. Trop propret, trop gentillet, trop lent, trop de guimauve. Et à vrai dire, disons-le carrément, pas assez de sueur, de pisse, d’haleine chargée d’alcool, de bourre-pifs et de corps bijinesques ne demandant qu’à être caressés par les pognes d’un homme, un vrai.

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Ouais, parce que malgré tout le respect que j’ai pour lui, Torajiro Kuruma, niveau virilité, c’est pas ça.

Dans ce cas, moi je dis, que n’essayez-vous pas plutôt une autre série, celle des Camionneurs salopards (Torakku Yarô) ! Commencée six ans après le premier film des Tora san, cette série produite par la Toei en 1975 connut un succès certain qui lui valut de se décliner en dix films jusqu’en 1979, soit deux films par an, l’un au mois d’août, l’autre en décembre. Le tout réalisé par Norifumi « coussin péteur » Suzuki (surnom homologué durant l’époque Drink Cold) et interprété par Bunta Sugawara, l’homme à la mâchoire serrée, au regard acéré et à la gâchette facile, qui œuvra dans des films de Fukasaku où il interprétait des personnages de yakuzas explosifs et implacables.

 bunta sugawara

You’re talkin’ to me ?

Dans les Torakku Yarô, c’est un peu une autre chanson car ici Sugawara interprète le personnage de Momojiro Hoshi, alias « Ichibanboshi » (l’étoile n°1), un camionneur qui a en effet toutes les qualités pour être le number ouane de sa profession car il est fort en gueule, braillard, insolent, intrépide, possède une excellente descente, distribue une cinquantaine de pains dans la gueule par épisode et sait comment y faire pour jouer de la clé à mollette dans de délicates mécaniques.

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Quand bien même il s’agirait de ce genre de mécanique.

Bref, un mec bien et, on l’aura compris, passablement différent de Tora san. Différent mais aussi semblable puisque Momojiro partage deux caractéristiques. Il a d’abord le cœur sur la main. C’est plus fort que lui, aider la veuve et l’orphelin, c’est son truc. Dans ce premier opus intitule Torakku Yarô : Go-iken Muyô (soit, en traduction olrikesque : les Camionneurs salopards : mettez-vous votre avis au derche bande de truffes, je fais ce que je veux !), Momojiro aide un jeune marginal, une petite fille toute mimi abandonnée mais surtout une bijin qui ne sait pas si elle doit faire sa vie avec son amoureux parti pour un plan de carrière hasardeux. L’autre point commun est d’ailleurs lié à cette bijin : on retrouve dans les dix films le personnage de la madone, la fille splendide dont va inévitablement tomber amoureux Momojiro et dont on se dit qu’il va enfin pouvoir bâtir une vie familiale comme son copain Jonathan. Malheureusement, comme Tora san il est voué à rester un loup solitaire destiné non pas à se prendre des râteaux mais à découvrir que l’élue est déjà maquée quelque part. Chienne de vie…

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M’en parle pas ! M’en vais boire un coup pour oublier tiens !

Le premier film de la série est plutôt bien pourvu en bijins puisque Momojiro a la possibilité de se maquer avec deux jolies poupées. La première est Okyo, jouée par Junko Natsu (l’héroïne de Bad Girl Mako), authentique camionneuse sans poils aux jambes et qui ne sent pas sous les aisselles :

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Les routières sont sympas

Elle est la petite sœur de Dragon, autre camionneur et qui a comme un petit air de Charles Bronson. Okyo est en fait la femme idéale pour Momojiro. Evidemment, il est le seul à ne pas s’en apercevoir et à cause d’un quiproquo elle se destinera finalement à épouser quelqu’un d’autre.

En revanche pour ce qui est de la deuxième, pas de problème, Momo ne risque pas de passer à côté car sa rencontre avec Yoko dans les chiottes d’un resto (l’humour est souvent scato dans les Torakku Yarô) a tout du coup de foudre façon Julien Sorel et Madame de Rênal :

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Ce que voit Momo au sortir des gogues

Les détenteurs d’une maîtris ès bijin auront sans doute reconnu la douce Yutaka Nakajima déjà rencontrée lors de notre critique de Bakuhatsu ! Boso Yugi de Teruo Ishii. Du même Ishii, on la voit aussi dans the Executioner avec Sonny Chiba (c’est dire si la belle est une habituée des gros durs). Moins brutale que la gosse Okyo, Yoko incarne une douceur et un raffinement évidemment à des années lumière de Momojiro et l’on se doute que notre camionneur devra se contenter encore d’aller jouer avec ses prostituées dans leur salon rose en attendant de trouver chaussure à son pied.

A côté de ces deux intrigues, Suzuki, en bon camionneur-routard de la série B, aligne d’autres péripéties secondaires, comme la torchon qui brûle soudain entre Momo et Jonathan, agacé par l’intérêt subi de son pote pour un jeune marginal qui sera l’élu d’Okyo (fort heureusement, les deux copains se réconcilieront lors d’une partie de plage en fundoshi, amitié virile, quand tu nous tiens !), la guéguerre entre Dragon et Momo pour savoir lequel des deux est le plus burné ou encore la rencontre de l’adorable petite fille abandonnée à la recherche de son papa. Ça aurait pu paraître décousu, mais ces différents fils narratifs conviennent bien au mode de vie du routier, toujours sur les routes à faire de nouvelles rencontres (le marginal et la petite fille), mais aussi habitué des habituelles gargottes où il peut retrouver de vieilles connaissances (Okyo et Yoko). C’est du coup assez dense, toujours varié, et les une heure quarante défilent finalement sans trop de déplaisir tant Norifumi suzuki d’en donne à cœur joie. Très loin d’œuvres plus « sérieuses » comme ses meilleurs pinky violence, Suzuki livre un film volontiers outrancier mais somme toute sympathique. Définitivement à visionner avec des yakitoris et deux-trois canettes de Kirin.

Pour finir, qu’on se le dise, les neuf autres films de la série seront chroniqués en ces pages ! Bon, cela tiendra plus de la notice que de la longue exégèse (c’est pas Citizen Kane non plus), mais ces courts articles permettront au moins de faire apparaître les meilleurs opus. Pour celui-ci, voici la note :

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(The DC Archives) Bijin de la semaine (15) : Natsuko Yashiro

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Hein ?! Bijin de la semaine #15 ? Mais la dernière c’était pas Maya Nakanishi et elle portait pas le brassard 28 ? Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?

Allons, on ce calme et on  boit frais. Car justement, l’article d’aujourd’hui est un réup’ d’un « vieil » article pour Drink Cold. A l’époque, j’avais entrepris un truc de ouf’, un machin impossible, bien plus dingue que de rassembler des militants UMP pour leur faire élire leur chef dans la sérénité : faire « l’Encyclopédie Bijinesque« , comprenez la plus vaste collection d’articles de starlettes issues de pinku, de pinky violence et autre roman porno. Bref comme l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, mais peut-être un peu plus axé sur les tétons de Reiko Ike, les fesses de Miki Sugimoto et le pubis mosaïqué de Naomi Tani. Le tout bien sûr avec force photos introuvables, du calembour douteux à foison, du gif animé sexy en veux-tu en voilà bref, un complément bien plus feugeant et instructif que l’insipide bouquin de Thomas Weisser. Et puis voilà, on sait ce qu’il arriva et la collection n’alla pas plus loin que le troisième article. Mais pas d’inquiétude, puisque j’avais pris soin de tenir compte de ces articles dans la numérotation de mes « bijins de la semaine ». Du coup, la BDLS n°15 a des le début été la miss Natsuko Yashiro, la différence étant avec l’article pour DC que celui de BDJ n’était qu’une simple preview de celui de DC qui paraissait au même moment que celui euh… de BDJ. Vous n’avez rien compris ? C’est pas grave, moi non plus. Dites-vous juste une chose : cette Natsuko Yashiro va vous propulser aujourd’hui dans l’univers merveilleux de Masaru Konuma et de Yasuharu Hasebe. Amateurs de caresses intimes distillées dans un gant de velours, passez votre chemin. Pour les autres, c’est le moment de (re)découvrir cette attachante (quoique souvent attachée) bijin à travers un article proposé ici dans une version redux. Lire la suite (The DC Archives) Bijin de la semaine (15) : Natsuko Yashiro

(The DC Archives) Poignée dans le coin et foutre dans le turbo

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Dans cet article paru le 14 octobre 2010, les amateurs de belles mécaniques, qu’elles soient de métal ou de chair, allaient trouver leur bonheur dans cette petite perle méconnue qu’est Wild Sex Gang de Takayuki Miyagawa (1973). Pas non plus un chef d’oeuvre mais si je vous dis que Miki Sugimoto joue dedans vous avouerez que l’on ne peut non plus imaginer un navet. L’article commence en faisant référence à des bastons entre les lecteurs de DC et, parfois (souvent ?), entre lecteurs et rédacteurs. Oui, c’était l’époque où il ne faisait pas bon de se rendre à la buvette sans sa coquille !

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Je ne sais pas si vous avez remarqué (simple formule oratoire), mais la buvette a été la semaine dernière le théâtre d’une jolie foire d’empoigne. Il est vrai que lorsque j’ai zyeuté de quoi parlait l’article de Megane, j’ai tout de suite pigé  qu’il allait falloir être très prudent dans les commentaires si je ne voulais pas m’engouffrer dans une de ces polémiques qui n’en finissent plus. Ça, je déteste. Par contre, quand c’est les autres qui s’y collent, là pas de problème. J’adore.

Un grand merci donc à Johan et Sakana, nos deux galopins qui ont sorti la boîte à gifles comme au plus beau temps de mes récréations à l’école primaire. À un moment, je me suis vu dans le rôle de l’instituteur, j’ai par exemple hésité à en prendre un pour taper sur l’autre, à leur frotter les oreilles ou encore à les envoyer au piquet à coups de pied au dargif. Et puis bon, comme le spectacle était de qualité, je me suis dit qu’il valait mieux laisser faire. Vraiment, les gars, c’était magnifique, bravo !

On remarquera Megane au 1er plan et la petite Emi en bas à droite.

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Puis arriva ce qui devait arriver : nos deux bagarreurs, exténués, les larmes aux yeux et la morve au nez, se retirèrent chez eux pour panser leurs plaies. Bon, j’entendis bien encore fuser quelques « t’vas voir ta gueule demain ! »  et autres « j’vais l’dire à mon père ! » mais cela ne m’inquiéta pas trop. Regardez-les : ils sont là, au fond de la buvette en train de faire une partie de babe endiablée ! Poteaux comme cochons qu’ils sont redevenus nos Sakana et Johan ! Braves petits !

En revanche, pas de nouvelles de Dimsum, notre casseur de lampadaires qui déboula sans crier gare à la buvette pour insulter tout le monde et déverser des arguments comme des paysans peuvent déverser un tombereau de lisier devant une sous-préfecture.

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Là aussi, il était hors de question que je m’en mêle, je portais un nouveau smoke, j’allais pas le ruiner à cause d’un grand nerveux. Et puis quoi ! c’est un peu le rôle du boss de parfois dégainer la winch façon Peckinpah ! C’est ce que fit Clacla, patiemment mais aussi sans ménagement. Et la fin fut délicieuse :

Hé Dimsum ! Déconne pas, c’est juste pour rire hein ! Tu peux revenir tu sais.

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Tout est donc pour mieux dans la meilleure des buvettes possibles. Tout ? Non, car une poignée d’irréductibles Gaule-ois continuent de répandre une drôle d’ambiance dans votre bar préféré :

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Oui, la buvette est en ce moment fréquentée par des types malsains se baladant en strings ! Et là, je plaide coupable ! Je sais, je n’aurais jamais dû enchaîner deux articles sur des films de ce chelou d’Hisayasu Satô, cela nous a attiré comme des mouches à merde tous les déviants de la ville. Homo, hétéro, Polonais, sado, maso, zoo, nécro, omonbato, c’est plus une buvette mais un nid à morbaques (bien pervers, les morbaques). Notez que perso, ça ne me dérange pas plus que ça, j’aime bien quand la réalité semble m’offrir des références cinématographiques. Mais ce n’est pas du goût de tout le monde, certains vont même jusqu’à prendre un coca zéro au Quick d’en face, totalement écoeurés. A.rnaud par exemple. Chaque soir, à la sortie du boulot, on voit sa bobine regarder fugitivement à travers les rideaux pour voir si les vilains bonshommes sont là. On sent que le pauvre est inquiet et qu’il sert instinctivement les fesses. Puis, dépité, voyant bien que sa virginité anale risque d’être menacée, il tourne les talons pour aller s’enquiller en face un menu Royal Burger XXL (sans ketchup par contre).

IL FALLAIT QUE CELA CESSE ! Revenir à des bases plus saines, faire revenir les âmes frileuses (quitte à refourguer plus tard d’autres films fangeux de Satô).

Et pour cela, que rêver de mieux qu’un bon vieux pinky violence, hmm ? Z’êtes prêts ? Allez, c’est parti :

WILD SEX GANG, de Takayuki Miyagawa (1973)

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Un rapide coup d’œil sur l’affiche nous révèle plusieurs choses prometteuses. Outre la présence de Miki Sugimoto (toujours appréciable), on remarque qu’il sera question de bikers virils et de scènes olé olé (normal en pleine période de sexploitation, j’ajoute que Norifumi Suzuki étant aux commandes du scénario, il y avait de fortes chances de voir de la combinaison moulante et rebondie comme il faut dans le film). L’image en bas à droite attire sûrement votre attention, commençons par elle si vous le voulez bien puisqu’il s’agit de la scène WTF ? du film, scène qui a la bonne idée d’intervenir dès les cinq premières minutes.

Imaginez, quatre pulpeuses bikeuses roulant la combinaison largement entrouverte devant :

Oui, je sais, ce n’est pas un blu-ray. Faites pas chier.

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Mais pourquoi diable font-elles cela ? Tout simplement pour s’exciter, pour sentir le frottement du vent sur les tétons. Quand j’ai vu cette scène, j’ai tout de suite pigé pourquoi je sens une irrépressible envie de voir un film de Satô lorsque je roule la vitre ouverte. Passons.

Nos trois amazones motorisées s’excitent donc. À tel point qu’il leur faut s’arrêter au plus vite afin de passer à la vitesse supérieure (ce qui est totalement contradictoire, je sais). Et c’est alors que…

Séance de lubrification des mécaniques !

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Là, tout de suite on se dit que ça va être Zizi RiderBorn to be chaudasse ou encore les Bitées Sauvages (3 calembours in a row, je tiens la forme moi !). De fait, arrivent quatre bikers bien décidés à illustrer la légendaire entraide entre motards :

Un problème ma poulette ? Heureusement que j’ai ma clé de 12 !

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Suit alors une pratique que j’avais déjà constatée dans un film de Norifumi Suzuki avec Reiko Ike…

LE BIKE FUCK !

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Petite parenthèse ici : dans Girl Boss Blues Queen Bee’s Counterattack, Ike et ses amies s’offrent généreusement à une bande de bikers le temps d’un petit jeu : le premier qui jouit s’arrête. Le gagnant est celui qui va le plus loin.

Étonnant non ?

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On retrouve donc cette pratique dans Wild Sex Gang, l’aspect compétition en moins. Les véhicules roulent ici à l’économie, sans perte superflue de carburant, juste pour bien profiter du paysage. Finalement, on se dit que Toyota n’a rien inventé et que ces jeunes Japanisthanais avaient conçu bien avant la firme au taureau le tout premier moteur hybride à deux carburants.

La scène a aussi un petit air de Butch Cassidy et le Kid.

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Agréable scène donc que ce ride champêtre dans lequel on voit ces jeunes hommes piloter une japonaise (enfin, deux japonaises pour être exact). Sans doute vous demandez-vous si, avec un tel feu d’artifice dès le début du film, le reste vaut la peine d’être vu. Demandons donc à l’ami Dionnet ce qu’il en pense :

C’est un chef-d’œuvre !

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Ce qui, après avoir jeté un coup d’œil à mon dictionnaire français / Dionnet  Dionnet / français signifie : c’est un bon petit film de série B.

L’histoire tourne autour du petit jeu du chat et la souris entre un bosozoku, Junya, et un motard de la police, Hongo. Évidemment, on pouvait craindre le cliché du mauvais garçon au grand cœur contre le méchant flic. Au moins le film nous épargne-t-il cet écueil en nous présentant deux personnages avec leur lot d’ambiguités.

Ainsi Junya apparaît-il assez rapidement comme un sacré bâton merdeux. Qu’il fasse la nique aux policiers en leur montrant son cul…

Ou alors il est sacrément en manque de bike fuck

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…lui attire évidemment la sympathie du spectateur. Après, qu’il viole les nanas pour le fun, qu’il les cogne et les manipule, c’est une autre paire de couilles euh, de manches. Junya, c’est le chien fou, le fils à papa sans Dieu ni maître qui a pris au pied de la lettre le Fay ce que voudras de l’abbaye de Thélème (enchaîner le bike fuck avec Rabelais, si ça c’est pas la classe !).

Idem pour le flic. Certes, il course des jeunes zazous qui passent leur temps à baisotter en écoutant du Happy End. Pas cool ça. Mais d’un autre côté, on le voit fréquenter une de ces beatniks, Ayako :

Interprétée par la jolie Hiroko Isayama, que vous avez peut-être vue dans Sayuri la strip-teaseuse, film passé une fois sur Arte

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Indéniablement, cette jeune femme l’aime, son Rosco P.Coltrane version pinky violence. Et une scène nous fera comprendre que l’attention de Hongo pour elle dépasse la simple hygiène corporelle.  Mais voilà, entre ce que fantasme Ayako :

A savoir une promenade romantique en moto sous les cerisiers en fleurs

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… et la réalité, il y a un gouffre aussi béant qu’entre un film d’Hisayasu Satô et un roman d’Alexandre Jardin. Car notre motard a en fait une autre maîtresse :

Sa motal

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Et c’est tout pareil pour Junya : ces deux gars ont apparemment plus de plaisir à mettre la pompe dans le réservoir qu’à mettre la leur dans le moule à pafs. Ce sont des passionnés voyez-vous, des enragés du bitume et de la vitesse. Durant la première partie du film, Junya n’a qu’une obsession : passer de 500cc à 750cc. Et une fois son rêve réalisé, il lui faudra mettre sa bécane à contribution en roulant toujours plus dangereusement tout en faisant la nique à son poursuivant. Et ce ne sont pas les remontrances de ces copains bikers et les pains dans la gueule distribués généreusement par Hongo qui y changeront quoi que ce soit.

« Vire-moi ce putain de sourire ! » (Sergent Hartmann, Full Metal Jacket)

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On doute cependant un peu avec l’arrivée d’Hiroko, jeune femme ordinaire jouée par Miki Sugimoto :

Enfin, ordinaire, façon de parler…

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Ne rêvez pas, vous ne la verrez pas faisant du bike fuck, son personnage est bien trop classieux pour cela. Un peu comme Ayako, elle incarne une sorte d’ange gardien essayant de détourner leurs diables de bikers du démon de la vitesse.

Une fois ce quatuor de personnages mis en place, Wild Sex Gang prend alors un plaisant rythme de croisière. Pas besoin d’intrigue compliquée, ces relations qui ne cessent de se tendre et se distendre (je sais à quoi vous pensez ici) voire de s’interpénétrer (là aussi) suffisent amplement à rendre ce film très plaisant. Avec à la clé cette épineuse question : ces belles mécaniques de chair arriveront-elles à faire oublier à leurs amants leurs rutilantes rivales ?

Pour y parvenir, Miki n’hésitera pas à le laisser donner un petit coup de pompe à ses pneus avant.

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Notons enfin que Wild Sex Gang se distingue aussi par une autre particularité : les scènes d’action. Le film est bien sûr ponctué de courses poursuites entre les deux personnages. Mais la dernière se distingue par son ambition. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu une scène aussi longue dans un pinky violence. En fait, très vite un glorieux modèle s’impose à l’esprit : Bullitt (carrément!). Comme pour le film de Peter Yates, cette scène se distingue par sa volonté de multiplier les points de vue afin de faire en sorte que le spectateur se sente au plus près de l’action. Et c’est plutôt réussi, comme ces plans filmés au ras du bitume qui devaient faire leur effet sur grand écran. Autre point commun : pas de dramatisation supplémentaire avec l’ajout d’une musique. Pendant 8 minutes, on n’a droit qu’au vrombissement des deux moteurs 750cc (Hongo ayant volé une nouvelle monture pour faire jeu égal), difficile de ne pas être emporté par ce bruit et cette fureur. Enfin, la dernière similitude tient dans cette mise en avant de la virtuosité des pilotes. Il ne s’agit pas ici de montrer des accidents spectaculaires à gogo comme dans les Blues Brothers mais de montrer combien les deux pilotes sont au sommet de leur art.

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Les amateurs de poursuites apprécieront, les autres seront peut-être sensibles à cette manière de faire évoluer les personnages  vers leur passion. Et ce de manière définitive. Il y a en effet de la damnation dans cette ultime poursuite et le spectateur se dit que tout cela finira mal. L’amour ? Il est soit inconscient de ce qui se trame :

Au plus fort de la bagarre, des images superposées nous montrent une Ayako absorbée par la musique d’un groupe de rock. La page Hongo semble bien tournée pour elle.

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… soit indifférent (ATTENTION, SPOIL !). La toute dernière scène n’est ici pas sans évoquer la fin d’Easy Rider. Comme Peter Fonda sur sa Harley, Junya se prend un projectile (le casque de Hongo) et meurt du viandage qui s’ensuit. Hiroko s’arrête, regarde le sang sortir du crâne… puis reprend la route sans verser la moindre larme.

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Le cadavre reste sur la route comme le vulgaire cadavre d’un chien (et encore, les carcasses d’animaux sont ramassées, elles). Hiroko poursuit sa vie tandis que les policiers ont mieux à faire : emmener au poste le sieur Hongo, ce canard boiteux qui est sorti des limites du système.

À ce moment, tous les mauvais côté de Junya sont oubliés. Ne reste à l’esprit que ce corps longiline dans sa combinaison blanche et ce drapeau américain (autre citation d’Easy Rider) sur le casque. Corps d’un homme qui n’est ici pas mort à cause du conservatisme de rednecks meurtriers mais tout simplement d’avoir voulu vivre une passion sans aucun frein, poignée dans le coin, comme pour oublier peut-être une condition d’éternel inadapté, de déraciné dans une société dont il n’a cure. À ce titre, la mare de sang circulaire sortant de sa bouche n’est pas sans ironie.

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