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L’otokorashii de la semaine (8) : Akira Takayasu

Le mois de mars, normalement, c’est Haru Basho à l’Edion Arena d’Osaka, comprenez le deuxième tournoi de sumo de l’année. A chaque fois, j’attends fébrilement le dimanche qui marque le début des rudes hostilités. Je m’installe confortablement sur le canapé, je mets la NHK, sauf que là, comment dire ?

Gni ?

Guégzéksa ?

Eh oui ! coronavirus oblige, le sumo n’a évidemment pas été épargné par les mesures protectrices et c’est donc à huis clos, une première depuis l’existence de ce sport, que se déroule le tournoi d’Osaka. Et comme pour beaucoup de sports finalement, c’est là que l’on se rend compte de l’importance du public pour ce qui est de l’intérêt. « Omoshirokunai ! » (pas intéressant !) trancha d’ailleurs le beau-dabe sur Skype, avis que je partage un peu tant j’ai l’impression d’avoir sous les yeux des rikishis fantômatiques. Je crois que c’est Kotoshigoku qui a comparé l’expérience à un rite religieux, avec une atmosphère sanctifiée comme si les lutteurs se trouvaient dans un temple. La comparaison est jolie mais Kotoshogiku a eu beau ajouter que cela le motivait encore plus  pour ressentir l’aspect sacré de son sport et donner encore plus sur le dohyo, j’ai malgré tout le sentiment que les rikishis sont un peu déphasés par cette ambiance.

C’est que la lente montée en puissance du shikiri (le rituel avant le combat) devient singulièrement moins spectaculaire sans les encouragements du public. Avec certains rikishis, on sentait que ce public était un vecteur d’adrénaline, il s’agissait pour eux d’attirer leur attention, voire leur bienveillance, leurs encouragements, pour la suite du combat. D’ailleurs, Kotoshogiku parle d’un lieu sanctifié mais rappelons que le sumo n’est en rien comparable au tennis. Durant la joute qui parfois peut aller jusqu’à durer une minute (rare mais cela arrive), le public ne reste pas muet. Loin de la réserve légendaire des Japonais, il encourage, s’exclame, trépigne, et cela ajoute au spectaculaire de l’instant. Enfin, quand arrive le mouvement qui permet de gagner, les exclamations gagnent encore un degré en intensité et il est souvent bien plaisant de voir les visages des spectateurs aux premiers rangs manifester leur joie en applaudissant ou en riant, hilares, parce que l’un des adversaires est tombé du dohyo et s’est affalé juste à proximité d’eux.

Encore plus rigolo quand c’est un arbitre qui se le mange.

Bref, sans tous ces éléments rappelant que le sumo était à l’origine une discipline populaire, le sumo n’est plus exactement le sumo. C’est en tout cas une autre expérience. Le plus saisissant est d’entendre le bruit des coups (par exemple les tsuppari, ces gifles vigoureuses qu’un rikkishi a parfaitement le droitde donner) donnant tout à coup au lieu une atmosphère de salle d’entraînement. Mais plus impressionnant encore est d’entendre les cris de douleurs des combattants.

Ici, rappelons qu’un rikishi n’est en rien une pleureuse de footballeur. S’écrouler, se tenir un genou en gémissant pour jouer l’intox, très peu pour eux. On parlait d’atmosphère sacrée et s’il y a bien une chose qui est sacrée dans cet endroit, c’est la virilité, l’otokorashitude ! A tel point que certains athlètes ont des allures de momies tant leur corps est recouvert de bandages. Ils peuvent bien sûr faire l’impasse sur un tournoi pour penser leurs plaies mais en ce cas c’est l’assurance de perdre des places au classement (et un meilleur salaire). Du coup, c’est plus d’une fois un esprit commando qui est de mise, ça passe ou ça craque.

Pour Takayasu, mercredi dernier, ça a craqué. Takayasu, c’est cet homme :

En cette période de féminisme parfois hystérique, est-il bon d’exalter les valeurs d’une virilité massive et puissante ? A vrai dire je m’en fous. Admirez juste les chiffres : Takayasu c’est 176 kilos pour 1m87. La maman est originaire des Philippines.

Quand je me suis remis à m’intéresser au sumo il y a quelques années, j’ai très vite choisi Takayasu comme l’un des rikishis que j’allais supporter.

Takayasu bébé. On raconte qu’il lui fallait ses 5 litres de lait quotidiens.

A cause de cet air placide plein d’assurance, à sa manière d’essuyer sa grosse pogne sur son bide (après avoir jeté le sel sur le dohyo) en la faisant claquer vigoureusement. Mais il y a aussi cette mimique qui ne manque pas de susciter à chaque fois les applaudissements lorsqu’il s’apprête à lancer une ultime fois le sel sur le dohyo avant d’entamer le combat, il envoie puissamment ses épaules vers le bas en accompagnant le geste d’un Humpf ! sonore :

Last but not least, Takayasu est avec Tochinoshin d’être des rikishis particulièrement velus. Dans un sport où les lutteurs ont le torse aussi vierge de poils que le cul d’un bébé, Takayasu a parfois carrément des allures de Teddy bear renfrogné :

C’est tout con mais moi, le pouvoir viril du poil, ça me parle. Et ça doit exciter certaines puisque sachez que notre otorashii de la semaine est fiancé depuis un an avec Mori Konomi, pas la plus vilaine des chanteuses d’Enka :

Quel enfoiré ce Takayasu !

Les deux tourtereaux se sont rencontrés en 2016 lors d’une soirée à un karaoké :

« Quand j’ai vu Akira prendre virilement le micro avec ses poils débordant de sa manche, je me suis sentie toute chose, a alors affirmé la belle à nos micros (si, si !). Je me suis alors intéressée au sumo et quand j’ai découvert qu’il était tout rond et recouvert de poils, il m’a fait penser à Pikichan, l’ours en peluche que j’avais quand j’étais petite fille. J’ai eu alors une envie très forte de le palper et de le serrer tout contre moi. Maintenant que je peux le faire tous les jours, je suis heureuse.»

Privilèges des sumos destinés à rabouler les plus jolis petits lots du Japon ! Mais ne soyons pas jaloux car dans le cas de Takayasu le mariage n’a pas encore eu lieu et avec sa perte récente du grade d’ozeki, il est peut-être encore moins d’actualité, allez savoir. Et avec ce qui s’est passé mercredi, peut-être même n’aura-t-il jamais lieu. Mais que diantre s’est-il donc passé ? Ceci : lors de l’ultime combat de la journée, Takayasu a dû affronter Kakuryu, un des deux yokozunas mongols. Match très équilibré, parti pour durer un peu tant Takayasu semblait maîtriser son sujet (il a d’ailleurs été à deux doigts de l’emporter au bout de cinq secondes avant que le yokozuna ne redresse la barre). Et puis, arriva cet instant fatidique :

On le voit la jambe gauche ne s’est sans doute pas très bien accommodée de la chute du corps. Le genre de chose qui arrive au sumo mais là, il a été surprenant d’entendre ceci :

Dans le vide et le silence de l’Edion Arena retentit alors l’impensable, les cris de douleur d’un rikishi ! Habituellement le brouhaha du public et les commentaires des présentateurs recouvrent ce genre de chose mais là, stupeur d’entendre qu’un rude colosse poilu peut s’avérer incapable de retenir des plaintes à cause d’une douleur qu’on imagine particulièrement vive. Et voir Kukuryu lui-même se tenir médusé à côté du pauvre Yasu faisait assez comprendre que la situation était grave. Car normalement, sachez-le, quand un rikishi se blesse, on lui demande de surmonter sa douleur, de remonter sur le dohyo pour le salut final puis de repartir tout seul, clopin-clopant, dans les vestiaires pour se soigner. Du coup, voir un Takayasu immobile et incapable de se relever en dit assez long sur la gravité de sa blessure. Vous vous demandez d’ailleurs comment ça se passe lorsqu’un rikishi est incapable de se relever. Sans doute un brancard de grande taille arrive, brancard piloté par d’imposants colosses ? Eh bien non, gros amateurisme médical ici. Des types arrivent, aident le blessé à se relever (et tant pis si ça aggrave les choses), à le faire descendre du dohyo pour le foutre sur un fauteuil roulant. Pour Takayasu, ça a donné ce triste spectacle :

Dans tout sport, on n’aime pas à voir les athlètes se blesser. C’est encore plus prégnant au sumo avec cette détestable manière de gérer les blessures. Engoncés dans le hiératisme de leur discipline, les officiels du sumo semblent incapable de comprendre qu’au XXIème siècle il serait peut-être un peu temps d’apporter certaines améliorations dans le domaine.

Bref, pour l’heure, Takayasu a bien évidemment abandonné le tournoi et va poursuivre sa descente dans le classement. Et à 30 ans, c’est une blessure qui risque peut-être de précipiter l’intai (retraite du sumo). Après Goeido, son ex-compagnon Ozeki qui a décidé d’arrêter les frais en prenant sa retraite, pas impossible que nous ayons à nous passer des épaules puissamment rentrées vers le bas, des claques vigoureuses sur le bide pour en ôter le sel et de la pilosité virile façon ours des plaines d’Ibaraki. Il n’empêche Akira, si tu décides malgré tout de remonter sur le dohyo, sache que je serai derrière toi. Je n’ai pas la douce voix de Konomi chan mais je compte bien l’utilise encore pour hurler de vigoureux encouragements dans le salon, ou grand agacement de Madame Olrik. Soigne-toi bien l’ami, et profite du repos du guerrier pour accélérer la guérison, je gage que les susurrements de ta bijin de fiancée, au pageot ou au karaoké du coin, saurons te rendre de cette énergie nécessaire à tout otokorashii dont le métier est de foutre des baffes sur un dohyo. J’espère juste que ce tournoi ne sera pas le dernier. Prendre sa retraite à cause d’une blessure survenue dans un tournoi vide de spectateurs, on a connu des fins de carrières plus glorieuses.

Les otokorashiis de la semaine (7) : Les Brave Blossoms

Cela faisait près de trois ans que la série de l’otokorashii de la semaine était au point mort, il est grand temps de la déterrer la veille d’un match important afin de tresser les lauriers à ces valeureux guerriers que sont les…

BRAVE BLOSSOMS !

Il y a quatre ans, les portes des quarts s’étaient fermées de manière cinglante et rageante après trois victoires méritantes et surtout après un match épique qui avait vu l’Afrique du Sud connaître une sérieuse déconvenue. Depuis j’avais tout de même assisté à un joli match amical contre la France au stade de France. Souvenir amusant, pour l’occasion j’étais allé à un pub en compagnie d’un ami et muni d’une écharpe de supporter des Blue Samurais. Applaudissant bruyamment à chaque essai (deux en tout) et pénalité du Japon, il avait été bon et doux de donner un goût de fiel aux pintes des clients tout à la cause du XV de France et bien loin d’imaginer qu’une équipe exotique comme celle du Japon allait infliger un match nul historique (23-23) à la France.

MWAHAHA ! À la bonne vôtre, messieurs !

Bref, avec ces données il y avait de quoi espérer que cette fois-ci, le Japon allait enfin connaître le bonheur de rejoindre le club fermé des huit meilleures nations du monde. J’avoue que jusqu’au bout j’ai douté dimanche dernier, durant ce fabuleux Japon-Ecosse. Dans la première mi-temps les Brave Blossoms ont été intouchables, impressionnants de rapidité et dans l’animation du ballon, tandis que les Ecossais ont su vaillamment rectifier le tir dès l’entame de la deuxième mi-temps, faisant complètement déjouer leurs adversaires. Les Japonais allaient-il donc connaître la peur de gagner comme un tennisman français ? Que nenni ! Les vingt dernières minutes ont vu les blanc et rouge se sortir les doigts comme jamais pour préserver une victoire, quand bien même un match nul ou une défaite avec moins de sept points de différence leur aurait permis malgré tout de se qualifier. C’était fort, c’était beau, c’était grand !

Avec dorénavant un souhait : que cette équipe parvienne à maintenir ce niveau le plus longtemps possible. Oublié le 147-17 face aux Blacks en 1995, oubliés le 91-3 face à l’Australie en 2007, le 72-18 la même année face aux Pays de Galles, oublié le 83-7 encore face aux Blacks en 20011, bref oubliés tous ces scores fleuves qui semblaient indiquer que le Japon resterait à jamais une équipe de seconde zone. Apparemment, avec cette savante injection de joueurs étrangers, les Brave Blossoms semblent avoir trouvé une formule pour opérer une mue qui va inciter les grandes équipes traditionnelles à les considérer avec respect, voire un sérieux concurrent pour le titre mondial.

Parmi les ingrédients de la formule, je soupçonne d’ailleurs les joueurs d’utiliser le gel douche Hokuto no Ken. Je regrette d’ailleurs de ne pas en avoir, cela ferait un joli combo virilo avec le Mandom !

Je sais, on n’en est pas encore là, peut-être que l’on va tomber de haut demain. Mais ce que j’aime dans cette équipe, outre les multiples qualités techniques qui ont dernièrement fait tomber de haut les joueurs irlandais et écossais, c’est que ces gars-là semblent ne douter de rien. Si l’on met de côté une entame de match fébrile et compréhensible lors du match d’ouverture contre les Ruskoffs, tout par la suite a été fait avec aisance. Et il n’est pas sûr qu’il en aille autrement demain face à des Boks qu’ils avaient brillamment vaincu il y a quatre ans.

Bref, nous verrons. Si l’on peut imaginer des Springboks revanchards qui ne se laisseront pas prendre par un effet de surprise de toute façon éventé depuis le début du mondial, on ne voit pas non plus pourquoi le Japon devrait connaître une sévère déculottée tant le jeu montré depuis le début de la compétition a tout pour les en préserver. Quel que soit le résultat final dimanche, j’espère au moins que le Japon saura maintenir ce jeu rapide et inventif, extrêmement plaisant à suivre. Mais c’est vrai que tant qu’à faire, on préférera une victoire, ne serait-ce que pour entretenir la folie douce pour le monde de l’ovalie qui semble avoir saisi le pays depuis la victoire contre l’Irlande : 200000 maillots déjà vendus (90% des stocks), 60 millions de téléspectateurs (un Japonais sur deux) pour le match Japon-Ecosse, plus forte audience de l’année, la fièvre est bien là et ça fait plaisir de voir les Japonais s’intéresser à un sport d’otokorashii, un vrai, bien plus palpitant que ces matchs de yakyuu servis quotidiennement. Même les idols succombent à la tentation de soutenir des mastards en train de se raffûter la gueule :

Un peu de boue, de terre, de sueur et de sang et tu seras totalement convaincante chérie.

Et pas que devant la TV puisque les bijins radinent volontiers au stade pour admirer la musculature du rugbyman en action :

Remarquez, mieux vaut ça que les horribles supporter rosbifs gonflés à la pinte.

Avec parfois l’inconvénient de distraire le spectateur avec un merchandising hypnotique :

Dans le métro, un tel t-shirt est clairement une incitation aux chikans pour mettre la main au ballon.

Et puisqu’on parle de merchandising, inévitablement la mode du ballon ovale suscite au Japon de belles campagnes de pub. Vous êtes fan de Kinikkuman ? Admirez cette belle campagne du pub pour la célèbre boisson énergisante :

Et c’est là que je regrette de ne pas être au Japon actuellement pour profiter de l’événement car j’avoue qu’avoir un tel porte-clés serait assez la classe :

A défaut d’en avoir un, j’ai déjà eu la chance d’assister à de bien beaux matchs de ces diables de Brave Blossoms (qui au passage se déplacent bien plus vite que les 5cm par seconde du titre d’un certain film de Makoto Shinkai, les amateurs saisiront). Puissent Michael Leitch et ses hommes faire déjouer les redoutables Springboks et illuminer une deuxième fois consécutive notre dimanche ! On veut encore voir du rugbyman aux couleurs d’Ultraman !

L’otokorashii de la semaine (6) : Yutaka Kisenosato

Ça y est, il l’a fait ! L’ozeki de 31 ans, le vétéran aux quinze années de carrière, le rikishi qui a fini l’année 2016 avec le plus grand nombre de victoires (69) a enfin réalisé son rêve : pas être yokozuna, non, juste remporter son premier titre. Il est parfois dans le sport ce genre d’aberration, celle qui a empêché maintes fois de grand champions de mettre la main sur tel ou tel Graal. Kisenosato, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un peu le Poulidor du sumo. Souvent bon, voire très bon, jamais récompensé à la fin, un rival en particulier mettant la main avec une rapacité inexhaustible sur les titres que chaque année propose. Le rival en question est évidemment Hakuho, le yokozuna mongol âgé lui aussi de 31 ans, ayant commencé sa carrière à peu près en même temps que Kisenosato mais avec un résultat en terme de titres remportés autrement plus efficace.

               

Anquetil et Poulidor enfin, je veux dire Hakuho et Kisenosato.

Comparez leurs pages wikipedia respectives. Les rectangles en vert indiquent les titres. Dans le cas de Hakuho, on est clairement face à une sorte d’extra-terrestre. Il est le yokozuna de tous les records. 37 basho remportés et il a récemment franchi le cap des 1000 victoires lors d’une carrière, le rapprochant du record absolu détenu par Kaio (1047 victoires). A côté, chez Kisenosato, jusqu’à hier c’était le désert. Beaucoup de titres auraient pu lui échoir mais à chaque fois il lui a manqué pour cela la petite victoire en plus au compteur. Bref, Kisenosato, c’est un peu le monsieur pas de bol du sumo et c’est en cela que sa victoire au Hatsu Basho est forcément émouvante. Lorsqu’à la fin de la 14ème journée, alors que son rival Hakuho connaissait une troisième défaite rédhibitoire pour le titre, un journaliste s’est approché de lui pour lui demander ses impressions, le spectateur s’est trouvé face à un géant hagard, à la fois impassible et submergé par l’émotion, et l’unique larme qui a coulé sur sa joue était impressionnante tant elle laissait deviner les sentiments mêlés qui s’affrontent sous ce crâne. Sans doute d’abord une immense joie, mais aussi une tristesse d’avoir dû attendre le crépuscule de sa carrière pour goûter à cette joie :

Parce qu’on a beau être un otokorashii, on n’en a pas moins un cœur gros comme ça.

N’empêche : avoir le yusho (victoire d’un tournoi) à l’avant-dernière journée était beau. Et vaincre Hakuho lors de la dernière journée fut magnifique. C’était la chose à craindre : que Hakuho, vexé d’être une nouvelle fois contrarié dans son désir d’ajouter un nouveau titre à son monstrueux palmarès, soit sur-motivé pour faire mordre la poussière à Kisenasto, histoire de montrer que s’il n’avait pas remporté le basho, il restait le big boss. Mais voilà, après l’annonce de son titre, Kisenosato ne s’est pas démobilisé. Sans doute avait-il à cœur de terminer le titre avec une victoire finale contre le yokozuna rescapé, histoire de montrer que son titre n’était pas un titre en mochi. Précisons ici que si ce tournoi s’est avéré passionnant du début à la fin, avec notamment des yokozunas qui n’étaient pas à la fête lors des premières journées, il a aussi été émaillé par de nombreuses défections pour cause de blessures, et pas des moindres : les yokozunas Kakuryu (vainqueur du précédent tournoi) et Harumafuji, mais aussi l’ozeki Goeido, juste avant sa confrontation avec Kisenosato.

Aussi était-il crucial pour Kisenosato de gagner son combat contre Hakuho, sans cela les mauvaises langues auraient inévitablement relativisé son titre. Le genre « ouais ! bravo ! il a gagné en battant dans le haut du panier seulement deux ozekis ! ». Au moment du combat, nulle pression ne s’est fait sentir dans la préparation de Kisenosato. Tous les rikishis ont leur petit rituel, leurs petits gestes qui leur permettent de faire monter positivement la pression. Chez Kisenosato, mise à part les deux gifles qu’il se donne juste avant de se mettre en position pour le combat, ça reste très intérieur. On a l’impression de voir une sorte de Bouddha impassible et bonasse, limite en train de dormir lorsqu’il attend son tour sur le bord du dojo. Avant de se frotter à Hakuho, il en était contre lui à 13 victoires contre 45 défaites, soit une chance sur trois de l’emporter. Mais il était dit que les dieux du sumo avait depuis longtemps choisi leur favori. Après la chargé enragée de Hakuho qui déstabilisa Kisenosato et le poussa au bord du dojo, suivirent une poignée de secondes durant lesquelles le spectateur vit, incrédule, un yokozuna (et pas n’importe lequel) en train de pousser désespérément un adversaire dont on comprenait qu’il était trop fort pour lui ce jour-là. Regardez, et admirez :

Un petit pas d’esquive sur la gauche, et le yokozuna s’effondrait de tous son long en dehors du dojo, laissant son adversaire regagner placidement sa place pour célébrer sa victoire. Oui, que ce type-là n’ait jamais gagné le moindre titre avant ce Hatsu Basho reste du domaine de la science-fiction !

Que Kisenasato savoure donc sa victoire sans la moindre amertume, elle est largement méritée et en appelle d’autres, même si le temps joue contre lui. A 31 ans, il est au crépuscule de sa carrière et la retraite peut survenir à tout moment. Aux dernières nouvelles, le conseil de délibération de l’accession au grade de yokozuna doit se réunir demain pour statuer sur le cas Kisenosato et peut-être lui offrir la possibilité de devenir le 72ème yokozuna. Choix étrange car la règle générale veut que l’accession au rang vienne après deux victoires consécutives. Mais il existe aussi un certain flou artistique selon lequel une « performance équivalente » peut permettre la promotion. Dans le cas de Kisenosato, on peut penser que sa victoire, associée à l’ensemble de sa carrière (avec notamment cette année 2016 qui l’a vu terminer avec le plus grand nombre de victoires) et peut-être aussi le fait qu’il est japonais (cela fait dix-huit ans que le public attend un compatriote yokozuna) vont peser dans la balance. J’avoue que je ne sais si l’on doit s’en réjouir. Sans doute, ce serait mérité, Kisenosato ayant l’étoffe pour tenir ce rang. Mais pour ce qui est de savoir si ce serait pleinement satisfaisant, c’est moins sûr.

Quelle que soit la décision que prendra ce conseil, ne souhaitons qu’une chose : que Kisenosato fasse taire les mauvaises langues qui douteraient de sa capacité à endosser le costume de yokozun en remportant le prochain basho, cette fois-ci avec le retour de Goeido, Harumafuji et Kakuryu. Ce serait beau, ce serait grand !

L’otokorashii de la semaine (5) : le rikishi

Chaudes les journées en ce moment ! Olrik Jr et Olrik the 3rd peuvent protester tout leur soûl, leur papounet ne répond plus. Inutile de me tanner pour faire telle ou telle sortie, je n’y suis pour personne. Pourquoi ? D’abord parce que j’ai trop de choses à lire. Sade, Huysmans et Roth occupent actuellement une tranche non négligeable de mon emploi du temps. Ensuite trop de choses à écouter. Pris du virus de la fiction radiophonique, j’occupe mes séances de vélo en pleine campagne façon Lance Armstrong à me muscler le cerveau par la même occasion en écoutant de délicieux feuilletons made in France Cul. Enfin trop de choses à voir. N’imaginez pas qu’il s’agisse de films, pour une fois non, en ce moment c’est plutôt la guerre des dramas à la maison, au moins deux épisodes par jour – après avoir abandonné cet imbécile de Westworld (quelle fadeur !), place aux dramas japanisthanais de l’automne, avec quelques bon titres que je chroniquerai bientôt.

Mais surtout, surtout, depuis dimanche dernier, le scénario est le même. Vers 17 heures, je m’installe confortablement dans mon canapé, d’abord une tasse de café à portée de main en attendant un apéritif, j’allume le téléviseur, lance la NHK et me mate l’intégralité des vingt combats quotidiens du basho de Fukuoka :

basho-salon

Mieux qu’une bijin dans un roman porno : Goeido s’apprêtant à en mettre plein la rondelle à son adversaire !

Cela doit durer quinze jours, soit 300 combats au total. Pour l’instant je n’en ai raté aucun et il n’y a aucun raison pour que je faille à ce beau programme télévisuel qui m’enchante à chaque fois.

J’ai toujours aimé le sumo mais je ne suis jamais vraiment devenu un passionné du fait des possibilités de visionnages qui ont toujours été hasardeuses. Après, disposant maintenant de la TV japonaise à domicile, cela risque de changer. Je compte bien me familiariser avec les rikishis actuels (pour le néophyte, rikishi est le nom que l’on utilise au Japon pour désigner les combattant, sumotori étant d’usage exclusivement français), avoir une bonne connaissance des points forts et des faiblesses de chacun, connaissance qui me permettra de saisir pleinement le sel de telle ou telle rencontre.

A la fin des années 90, les diffusions sur Eurosport m’avait permis un peu de me familiariser avec les meilleurs rikishis d’alors. C’était l’époque du Big Four, l’unique, le seul, le vrai, non pas celui de certains tennismen millionnaires plus ou moins créatinés, mais celui constitué par quatre hommes rudes, virils, ayant construit leur gloire dans la sueur rance des dojos et des chankonabe engloutis quotidiennement. Bref, ces otokorashiis, c’était ces quatre fabuleux yokozunas (là aussi pour le néophyte, yokozuna désigne le plus haut grade pour un rikishi), les deux frangins Takanohana et Wakanohana, et les deux hawaïens Akebono et Musashimaru :

wakanohana-takanohana-musashimaru

Sur la photo, de gauche à droite, Wakanohana, Takanohana et Musashimaru. Akebono, trop imposant, n’a pu être cadré par le photographe. Le voici donc à part :

Ici en train de serrer la pince à ce bon vieux Chichi.

J’appréciais énormément Takanohana qui me semblait être le sumo idéal, parfait équilibre de qualités physiques (force, puissance et agilité) et disposant d’une technique qui pouvait le faire battre n’importe qui. Wakanohana m’a plus convaincu lorsqu’il était Ozeki (le grade le plus haut après celui de yokozuna), alors qu’il était en quête du grade suprême (très longue quête en l’occurrence, le pauvre a assez peu profité de ses années en tant que yokozuna). Dès qu’il est devenu yokozuna, l’entrain semblait brisé et surtout les blessures n’ont pas tarder à l’accabler. N’importe, c’était la première fois que l’on avait deux frangins yokozunas et leurs confrontations n’en avaient que plus de piquant.

takanohana

Takanohana, la classe, tout simplement.

En revanche j’aimais moins Akebono. Si le physique d’un sumo fait inévitablement partie des critères pouvant faire d’un combattant un rude adversaire, le physique hors norme d’Akebono donnait trop souvent lieu à des confrontations ennuyeuses, le géant hawaïen n’ayant qu’à avancer avec une démarche de Casimir à coups de tsuppari (les fameuses gifles portées sur le torse voire le visage de l’adversaire) pour balayer les vermiceaux ayant eu l’arrogance de monter sur le dohyô en même temps que lui. Après, je reconnais que voir son regard vraiment intimidant lors des préparatifs mentaux était quelque chose et que son imposante constitution rendait d’autant plus stupéfiantes ses défaites.

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Akebono et sa « hawaiian team » infernale.

Enfin, il y avait Musashimaru. Pour lui, pas de problème, j’adorais voir sa bouille exprimant un savant mélange de morgue et de menace. Moins complet que Takanohana mais tout aussi charismatique :

musashimaru-morses

Musashimaru, l’homme qui murmurait à l’oreille des morses.

Par ailleurs, d’après les témoignages, grand déconneur devant l’éternel :

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Mais euh ! Senpai, arrêtez de m’embêter !

Mais aussi gaillard qui n’était pas sans savoir jouer d’un certain sex appeal :

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Musashimaru, Ai Shinozaki, même combat.

J’ai un peu oublié les autres rikishis d’alors. Petit souvenir tout de même de Konishiki. Du reste comment l’oublier ? 1m84, 287 kilos, cet autre hawaïen était à la fin des années 90 dans ses dernières années de pratique et offrait souvent de décevantes performances. Mais voir ce golgoth sur le dohyô  donnait toujours le plaisir particulier d’assister à un spectacle à mi chemin entre un combat de sumo et un épisode de Grendizer. J’aimais cela.

musashimaru-konishiki

Musashimaru et son pote Konishiki (notez au passage la belle casquette).

Bref, quand j’ai découvert sur Eurosport l’univers du sumo, j’ai tout de suite eu un immense respect et une immense admiration pour ces otokorashiis que je me promettais bien de voir un jour pour de vrai au Japon, lors d’une séance d’entraînement du côté de Ryogoku ou lors d’un basho. Pas encore arrivé mais cela se fera un jour, soyez-en sûrs. Pour le moment, les seuls rikishis que j’ai pu voir c’était lors d’une halte à la gare de Nagoya (justement en plein basho) :

sumos-gare-nagoya

… et du côté de Harajuku :

rikishis-harajuku

Au passage, si vous vous demandez si être rikishi est un bon plan pour rabouller de la loute, la réponse semble être positive :

toki-epouse

165 Kg + paire de rouflaquettes = une bijin qui vous tombe dans les bras et qui est prête à marier. Bien ouéj’ Toki !

Du reste, ces gaillards sont d’une hygiène irréprochable :

toki-shampoing

Toki shampouinait tous les matins ses rouflaquettes au shampoing parfumé au sirop d’érable.

En attendant d’autres occasions de voir les bestiaux cette fois-ci en pleine action, je dois me contenter des retransmissions à la télévision. Et là, énorme plaisir du fait qu’il ne s’agit donc plus de résumés sur Eurosport mais des retransmissions intégrales : deux heures pour couvrir les vingt matchs quotidiens, avec moult interviews, mini-reportages et, pour les matchs importants, l’intégralité des préparatifs mentaux avant la confrontation. Le tout bien sûr avec les commentaires japonais d’origine. Pas non plus une immersion dans la salle du tournoi, mais de quoi échapper au temps et être charmé par ces rituels avant chaque combat desquels va jaillir une explosion brève mais intense de puissance. Voir enfin ces rituels change tout. C’est toujours la même chose et pourtant, pour peu que l’on y prête une attention particulière, ils fourmillent de petits signes qu’il est intéressant de décoder pour prendre encore plus plaisir au combat. Il y a aussi un peu du plaisir d’esthète dans l’étrange ballet que font les deux lutteurs durant ces quatre minutes. On songe ici à la corrida, autre pratique ancestrale basée sur un affrontement. A la différence qu’on ne voit pas ici un torero en train de tortiller du cul, ne laissant quasi aucune chance à un taureau et pour lui prendre à la fin la queue et les oreilles, sinistre coutume qui m’a toujours fait applaudir des deux mains les renversements de situations – parfois mortels – de ces déplaisantes joutes à sens unique.

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Excellent Franquin !

Non, le spectacle est ici d’une nature autrement supérieure. Il vient d’abord des quarante rikishis qui vont apparaître à tour de rôle, sarabande de physiques de colosses qui ont tous leurs particularités. Taille, masse, graisse, musculature, pilosité, expression, couleur du mawashi, autant d’éléments qui particularisent chacun des combats.

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Olrik ! T’oublies nos super pouvoirs de Sailor Rikishis ! BWAHAHA !

Viennent ensuite ces quatre minutes de préparations mentales avant le combat. On guette alors ces détails visant à se gonfler d’assurance ou à défier l’adversaire. Ça peut être un regard, un geste, une attitude, une manière de jeter le sel sur le dohyô, autant de détails qui font des quatre minutes un moment aussi intéressant que le combat lui-même. Mais l’intérêt visuel ne s’arrête pas là. J’ai personnellement beaucoup de plaisir à observer les mouvements hiératiques des différents arbitres et à admirer leur splendide tenue. Par ailleurs, qui dit arbitre dit voix. Là aussi, l’aspect auditif n’est pas sans ravir encore un peu plus le spectateur. Il n’entendra jamais des exclamations émanant des rikishis au moment de l’effort. Pourquoi ? Je suppose qu’astreints pendant des années d’entraînement à un art martial visant à la maîtrise de soi et du geste parfait pour prendre l’avantage, se mettre à s’exclamer ou à bramer comme un Kuerten serait du dernier vulgaire. Les sons viendront donc de l’arbitre qui vise à stimuler les lutteurs quand la situation est bloquée, et bien sûr du public qui, tout japonais qu’il est, fait voler en éclats sa légendaire retenue pour exprimer tout son enthousiasme lors d’un combat. Les ralentis procurent d’ailleurs un dernier petit plaisir en permettant de voir les visages des spectateurs à l’arrière-plan. On pourra ainsi distinguer telle bijin en pleine hystérie, à vrai dire pas loin de la fureur utérine, ou tel vieillard absolument ravi, limite hilare, de s’être pris un rikishi dans la gueule lors de sa chute hors du dohyô.

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Typiquement le genre de plan que j’adore.

Tout cela explique donc que je ne trouve plus guère de temps pour voir des films et que je mette de côté mes qualités de Big Daddy toujours à l’affût d’activités pour les lardons. Après, Olrik Jr et Olrik the 3rd y trouvent aussi leur compte car ces séances de basho devant la télé donnent parfois lieu à d’enfiévrés paris sur l’issus des combats. Après six journées de compétition, on commence à avoir nos favoris. Totalement déconnecté du monde du sumo depuis un certain nombre d’années (le dernier nom que je connaissais était celui du yokozuna mongol Asashoryu), je me remets à niveau peu à peu. J’aime bien Ishiura et son physique modeste mais particulièrement athlétique. Le visage de Takayasu et son corps velu se sont bien inscrits dans mon esprit.

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Ne sous-estimez pas la légendaire puissance du poil !

Les trois yokozunas d’origine mongole ont eut tôt fait de me faire comprendre qu’ils n’étaient pas à ce grade pour rien. Quant aux Ozekis, j’ai bien compris que le gars Gôeidô était le chéri de ces dames. Moult voix féminines scandent en effet son nom, sans doute ardemment désireuses de voir leur chéri remporter un deuxième basho d’affilée pour lui permettre d’accéder au rang suprême de yokozuna. C’est en effet le principal enjeu de ce basho à l’issue duquel nous pourrions avoir de nouveau un « Big Four ». Vendredi, Gôeidô a concédé sa première défaite, rude combat qui nous a fait voir à la fin un Gôeidô sortir de la salle avec un visage tuméfié. Trouvera-t-il les ressources pour revenir d’attaque ? Il ferait bien car rien n’est encore perdu. Ils sont huit à disposer de cinq victoires pour une défaite et il ne reste plus que le yokozuna Kakuryû à aligner six victiores d’affilée. Le même Kakuryû qui doit aujourd’hui affronter Endo, qui a hier brillamment botté le cul d’un autre yokozuna, Hakuhô. Admirez le spectacle :

A suivre donc. On croise les doigts pour avoir droit à encore plein de belles surprises pour les dernières journées.

Edit : entre le moment où je tapais ces lignes et l’upload de l’article il s’est passé des choses. Goeido conserve ses chances, le suspense reste entier.

Bref je n’ai pas fini de passer de délicieuses heures à admirer ces joutes spectaculaires que le béotien a tôt fait de résumer à des duels entre des « gros tas qui se rentrent dedans » (expression de Sarkozy, si je ne m’abuse). Il s’agit bien de véritables athlètes, capables par exemple d’associer à la force et la puissance une étonnante souplesse :

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Hayateumi, Akane Hotaru, même combat.

Si avec tout cela vous n’avez toujours pas envie de vous essayer au sumo (on trouve plein de résumés des matchs sur Youtube), c’est que vraiment, vous êtes difficiles. Pour moi, je n’ai qu’un regret : c’est qu’une fois le basho de Fukuoka terminé, je vais devoir patienter un bon mois avant de suivre le suivant. Hâte d’y être, admirer les exploits de ces otokorashiis bien au chaud à la maison alors que dehors règne la froidure de l’hiver promet d’être particulièrement savoureux. Ça va être bien bon de déguster les derniers toffees rescapés des fêtes devant le…

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RIKISHI POWAAA !!!

L’otokorashii de la semaine (4) : Mark Landers

Euro oblige, c’est le moment de ressortir les crampons pour un article footballistique mais aussi d’ajouter une brique au mur d’otokorashii qui un jour s’élèvera à la même hauteur que mon mur de bijins. Des briques de ce type, le football en a possédé et en possède encore un certain nombre. Evidemment, il convient d’éliminer sans pitié de la liste tous ces joueurs qui tombent comme un étron flasque de l’anus d’un chien, sinistres pantins qui ne comprendront jamais la fierté, la joie, la grandeur qu’il peut y avoir à rester rudement campé sur ses jambes et à vivre le moindre tacle comme un affront qui sera lavé par un vigoureux coup d’épaule vengeur ou quelque tibia réduit en miettes. Rien de bien méchant non plus, ce qui compte c’est cette camaraderie toute virile, cette amitié du bourre-pif que les vrais durs connaissent bien et que nos amies bijins ne comprendront jamais. Rien de plus admirable par exemple que la fameuse bagarre entre Ventura et Belmondo à la fin de Cent mille dollars au soleil

… ou, plus récemment, le confrontation entre Ragnar et Rollo, les deux frangins de la série Vikings :

Ici, on pourrait peut-être reprocher à nos amis vikings (plût au ciel qu’ils ne soient pas demain aussi brutaux face à nos petits Bleus !) un léger excès d’enthousiasme dans leur façon de célébrer leur mâle amitié. Ne doutez pas qu’au départ étaient visé l’arrêt des échanges d’amabilités au premier sang puis une troisième mi-temps pour boire ensemble force cervoises mais voilà, l’adrénaline et la testostérone aidant, ces rudes athlètes avaient parfois tendance à outrepasser les limites et à commettre des actes irréparables (des « vilains gestes » comme eût dit Thierry Roland). Mais ce n’était pas si grave car finalement, seul comptait le plaisir de s’être bien amusé entre otokorashii.

Bref, pour en revenir au football, vous aurez compris que l’article du jour célébrera moins ce genre de danseuse à la virilité en carton :

Y a-t-il un psy dans la salle ?

… que des footballeurs au sang chaud de la trempe d’un Vieira ou d’un Roy Keane :

Et là, lorsque l’on cherche un nom footballeur nippon qui les aurait systématiquement pleines, il est un nom qui vient d’emblée à l’esprit, surtout si l’on a fait ses classes en matière de japonaiseries animées dans les années 80, je veux bien sûr parler de…

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Mark Landers

« Encore devant votre écran plutôt que de jouer au foot dehors, bande de fiottes, va ! »

… alias Hyuga Kojiro, l’éternel adversaire d’Olivier Atton (alias Tsubasa Ohzora), et surtout le seul personnage véritablement valable de Captain Tsubasa. Et pédagogique ! Car souvenez-vous, si à l’époque on pouvait compter sur les belettes de Cat’s Eyes pour distiller dans nos petites têtes blondes un goût raffiné pour les bijins (on en a déjà parlé plein de fois sur ce site mais pour rappel, matez-moi ce fabuleux générique), on pouvait compter sur Mark pour nous apprendre les nobles valeurs de la virilitude qui ne s’embarrasse pas des circonvolutions footballistiques d’un Christiano Ronaldo. Lui, il s’en foutait pas mal de mettre de la gomina à ses cheveux, seul importait cet objectif : planter du but. Et si possible en ligne droite, comme notre ami l’explique lors de cette fameuse séance d’entraînement :

« On fonce dans le tas, ça passe ou sa casse, c’est pas de la danse ! »  Le foot, ce sport de gentlemen pratiqué par des voyous trouvait tout à coup en Mark son chantre du jeu viril. Je me souviens qu’alors l’assonance en /a/ et l’allitération en /s/ de cette belle phrase avaient fait forte impression dans mon jeune esprit. Résonnant comme des mots magiques, ils m’avaient immédiatement poussé à passer de la théorie à la pratique en vérifiant moi-même, sur le terrain juste à côté, si les bons conseils de Mark étaient justes. Las, je dus bien admettre, après être revenu clopin-clopant et tout ensanglanté à la maison – au grand effroi de ma maman – que le jeu façon Mark Landers n’était pas fait pour moi. Du reste, comme j’étais plutôt un basketteur dans l’âme et que je manquais de pratique au football, il m’aurait été certes bien difficile d’obtenir les mêmes résultats que le capitaine de la Tôhô. Mais qu’importe ! C’était le début d’une fascination certaine pour ce personnage à côté duquel Cantonna et Vinnie Jones faisaient figure d’aimables footballeuses en ballerines.

Outre son art de la pénétration en ligne droite (on peut imaginer qu’arrivé à l’âge de fréquenter un autre type de gazon,  les préliminaires ne devaient pas être son fort), Mark est aussi connu pour son fabuleux « tir du tigre », tir bourrin balancé au-delà des 80 mètres capable de culbuter défenseurs comme le gardien, de perforer le filet puis de s’encastrer dans un mur en béton armé situé derrière (anecdote qui arrive dans je ne sais plus quel épisode) :

Tiger shoot calé à 2’17

Eventuellement, Mark se sent tout à fait capable d’armer son tir dès l’engagement au milieu de terrain :

14’38

Le secret d’une telle puissance ? Tout simplement des entraînements passés à la plage à essayer encore et encore de perforer avec le ballon des vagues de dix mètres de haut:

Toute cette abnégation lui permettra de vaincre enfin Tsubasa après plusieurs échecs. Le ratio de trois défaites contre une seule victoire est d’ailleurs bien injuste au regard des qualités herculéennes de notre otorokashii et ne doit trouver sa cause que dans le soutien de son rival par sa petite-amie, Sanae Nakazawa. On l’a dit et redit sur ce site, on peut être le dur le plus rugueux de la planète, cela n’est rien lorsqu’un adversaire se trouve soutenu par les encouragements d’une bijin…

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Au Brésil, l’expression « amour du ballon rond » se met volontiers au pluriel.

Or, on le sait, Mark n’en a jamais rien eu à carrer, des péronnelles (1). Son truc à lui, c’est creuses des tunnels dans la défense adverse, et pas ailleurs. Du coup il n’a jamais senti l’ivresse de voir ses forces portées par le doux gazouillis d’une aimable créature dans les tribunes. Loup solitaire jusqu’à l’os, vénéré par ses coéquipiers mais d’un autre côté aussi seul qu’un Thierry Roland qui aurait été invité à une conférence sur la métaphore proustienne dans La Recherche, Mark a été voué à voir son rival le dépasser et le battre régulièrement. A sa décharge, issu d’une famille de miséreux, Mark n’a jamais eu la possibilité de péter dans la soie et a dû très jeune se lever aux aurores pour faire quelques jobs ingrats tandis que Tsubasa, gentil fils à sa maman, pouvait étudier et s’entraîner en toute quiétude, assuré de voir ses moindres caprices exaucés. Cet édifiant background peut être observé dans cet extrait :

Fils d’une mère prostituée et alcoolique, grand frère d’une fratrie passant ses après-midi à vendre du crack (je cite de visu, il est possible que je me trompe), Mark n’a pas le droit à l’échec. Il doit gagner afin de faire sport études, estimable formation qui lui permettra de devenir pro puis de subvenir définitivement aux besoins de sa famille. Et c’est bien là la véritable différence entre Mark et Atton : à la fin ce dernier se marie avec sa pisseuse, tandis que Mark parvient à intégrer la Juventus, permettant ainsi à sa mère de ne plus avoir à se prostituer pour nourrir les bouches de cette famille nombreuses. Incarnation d’une certaine japanese way of life, il est la preuve qu’une fulgurante promotion sociale est possible pour peu que l’on sache perforer des vagues avec un ballon et que l’on ait par dessus tout le souci du bien-être de sa propre famille. Si vous trouviez autrefois son personnage détestable, réfléchissez bien car Mark ne le mérite certes pas. Bouffer de la vache enragée pour aider sa maman, c’est aussi ça, être un otokorashii.

 (1) Du moins dans la première partie de ce manga fleuve qu’est Captain Tsubasa car lui aussi verra par la suite une jeune évaporée qui n’aura de cesse de se coller à ses basques.

L’otokorashii de la semaine (3) : Kei Nishikori

Alors que ma légendaire série des bijins de la semaine s’apprête à atteindre le 50ème article, je dois reconnaître que son pendant masculin, l’otokorashii de la semaine (pour rappel, l’otokorashii : le viril), ne ressemble pour l’instant pas à grand-chose. Deux numéros publiés seulement et encore, pour l’un d’eux le sujet concerne les salarymen bourrés.

Fort opportunément, l’actualité sportive va me permettre d’ajouter une pierre à l’édifice, pierre tout ce qu’il y a de plus solide, costaude, bien charpentée bref faite pour vous taper dans les mirettes amies lectrices, puisque le troisième otokorashii n’est autre que :

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Kei Nishikori (paye ton costard classieux).


Ici, à Bulles de Japon, vous le savez sans doute, hélas ! le tennis japanisthanais a souvent été résumé à une imparable association :
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Bijins et petites jupettes (comme je regrette ces images ! J’ai honte).

Pour preuve certains lamentables articles pondus pour Drink Cold où tout n’était prétexte à se moquer et dégoter des images sexy d’idols en socquettes. Le tennis masculin japonais n’existait pour ainsi dire pas et l’arrivée de Nishikori dans le circuit n’avait jamais guère suscité qu’un haussement de sourcil perplexe. Un joueur japonais qui réussit ? Attendons de voir avant de s’extasier, il y a un pas entre quelques victoires dans des tournois de troisième zone et un classement à l’ATP prouvant réellement la valeur d’un joueur.

Et puis, année après année, le nom revenait de plus en plus souvent. Apparemment, les bonnes performances de ce joueur n’étaient pas du flan. Pas le genre « un petit tour et puis s’en va » façon joueur français. Ce sportif avait vraiment l’air de pouvoir maintenir de bonnes performances dans la durée. Du coup il me parut intéressant de faire un papier sur Nishikori afin de le présenter mais aussi de découvrir le secret de sa réussite. Je menai l’enquête et la première chose qui m’apparut fut une alimentation saine et irréprochable. En effet, depuis 2010 l’homme s’alimente exclusivement de Cup Noodles :

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« Une Cup Noodle le matin, c’est un match gagné l’après-midi » Kei Nishikori.

Ayant confié sa diététique à un éminent scientifique, le professeur Harada, ce dernier, après avoir analysé en profondeur l’apport nutritionnel des fameuses ramens de chez Nissin, le pria instamment de se nourrir trois fois par jour de ces petits pots bourrés de bonnes choses s’il voulait devenir un cador du circuit.

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« Maintenant ça va chier ! »

L’estomac boosté par les nouilles instantanées et le moral non moins boosté lui aussi par son fan club de bijins :

nishikori 2… Kei ne tarda pas a rapidement avoir une nouvelle stature sur les cours :

La progression était indubitable mais il manquait encore quelque chose. Ce quelque chose arriva en 2013 lorsque Nishikori accepta de prendre pour coach Michael Chang et son fabuleux bob :

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Entraîné par un légendaire vainqueur de Roland Garros, Nishikori fut dès lors pris alors d’une nouvelle passion, celle de botter du cul à tous les étages, à tel point que le voilà maintenant à pointer à la 6ème place du classement ATP. Et, si vous suivez un peu l’actualité du tennis, vous savez qu’en réalité la 4ème refléterait plus son statut actuel, juste derrière Djokovic, Murray et Nadal, tant l’homme a atteint un niveau de jeu qui transforme en cauchemars orange pour ses adversaires les matchs sur terre battue. Demandez à Nadal et surtout Djokovic lors de leur dernière confrontation avec Kei kun…

Ajoutons à cela un partenariat intéressant avec un célèbre équipementier. Non pas Dunlop ou Yonex mais le géant technologique Toshiba, plus à même de saisir les goûts japonais WTF ? de notre sportif :

Tous les éléments semblent donc concorder pour assister peut-être à une belle surprise à Roland. Doté de son airbus privé qui lui permet de sillonner tous les tournois de la planète :

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… Kei n’a semble-t-il pas fini de rapporter à la maison plein de beaux trophées. Reste tout de même une inconnue, et pas des moindres : quid du soutien d’une bijin de petite amie, le seul à savoir galvaniser le cœur d’un mâle et lui permettre de remporter un tournoi du grand chelem (oubliez tous les autres critères, celui-ci est le seul valable) ?

Ici, Mesdemoiselles, j’imagine que vous grincez des dents en vous demandant s’il y a une chance qu’un jour ces robustes biceps puissent vous enlacer tendrement. Eh bien, sans être non plus définitif, je dirais que vous pouvez avoir encore un soupçon de confiance car la vie sentimentale de Kei est aussi mystérieuse que l’intérêt des Japonais pour Richard Clayderman. A une époque, ne reculant devant aucune vilenie j’avais dépêché au Japon mes meilleurs paparazzis afin d’obtenir ces clichés :

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Qui donc était cette fille qui se frottait contre le corps de notre otokorashii ?  Mais aussi, qui était cette fille avec laquelle Kei se baladait volontiers avec sa pogne sur les hanches?

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Et même – je sais, excusez-moi, ça va vous faire mal les filles, mais la rigueur journalistique avant tout – qui était cette fille à laquelle Kei roulait une galoche enflammée ?

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Oui amies lectrices, vous vous demandez sûrement ici : « Mais enfin qui c’est, cette pétasse ? ». J’avoue que je n’en savais rien et que j’ai dû faire jouer mes contacts dans les tabloïds japonais afin de découvrir qu’il s’agissait d’un certaine…

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Ai Fukuhara.

Comme les précédentes lignes étaient à l’imparfait et que sur cette couv’ elle a l’air bien nunuche, vous vous dites qu’il y a finalement de quoi être rassurées. Mais attention ! Ne baissez pas votre garde, ce serait faire une grave erreur ! Car Ai Fukuhara n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit d’une des meilleures pongistes du Japon (médaille d’argent aux J.O. de 2012) :

Sportive connue donc, et du reste elle aussi adepte des pubs où il est question de pâtes:

Prudence donc, car l’ami Nishikori a peut-être une préférence pour les bijins aux cuisses athlétiques. Si vous vous cramez un paquet de clopes par jour et que la cellulite commence à décorer certaine partie de votre corps autrefois plus glorieuse, peut-être serait-il donc plus sage de faire une croix sur Kei kun. Surtout que la folle rumeur court qu’il serait actuellement en compagnie de la fine personne que l’on aperçoit sur cette photo :

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Celle sur le canapé, pas celle derrière.

Là aussi, en tombant sur cette photo je ne fis ni une ni deux et envoyai mes paparazzis parmi les plus cloaqueux pour mener l’enquête du côté de Tokyo. Très vite une preuve époustouflante me parvint :

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Les deux suspects sortant nuitamment d’un même hôtel, et à quelques minutes d’intervalle, comme pour brouiller les pistes ? On ne me la fait pas, à moi ! Je sentis le coup fourré (si j’ose dire) et je contactai recta mes amis dans les tabloids afin de découvrir l’identité de la bijin. Et là ! Stupéfaction ! Il s’agissait encore d’une sportive !

Il s’agit de la gymnaste Honami Tsuboi. Etudiant les sciences de la nutrition à l’université de Waseda, elle est une professeur de yoga certifiée. Elle a arrêté la gymnastique rythmique et sportive pour se consacrer à ses activités et à un soutien discret de son petit ami lorsqu’il joue des matchs au Japon. Mais tout cela est-il vraiment sûr ? Encore une fois il n’y pas eu de la part des deux tourtereaux des déclarations tonitruantes et définitives dans la presse. Après, bon, quand on voit que l’unique spectatrice qui avait le droit de poser ses fesses dans les gradins lors d’un entraînement à huis clos était Honami :

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… clairement, on se dit qu’il y a un truc entre les deux. bref, la verrons-nous dans les gradins à Roland Garros ? J’avoue que voir une telle bijin :

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… dans les tribunes me ferait bien plaisir, à la condition cependant qu’elle ne se fasse pas interviewer par cette buse de Nelson Monfort, ce serait par trop insupportable.

Bref, si la rumeur est fondée, avec un tel entraîneur, avec une telle nutrition, avec une telle couverture du terrain, avec un tel jeu de jambes, avec un tel sens tactique et donc une telle bijin, Nishi doit être sur un petit nuage :

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I feel good

Et il y a tout lieu d’avoir cette année une attente particulière pour notre otokorashii à Roland Garros. Comme pour lui le tarif actuel sur terre battue semble être au minimum une demi-finale, on rêve d’un beau parcours et, pourquoi pas ? d’un coup de boost final qui lui ferait réitérer l’exploit de Wawrinka l’an passé. Wait and see donc. Et en attendant, souhaitons bonne merde à Kei qui devrait selon toute probabilité se fritter avec Andy Murray en quart.

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« Andy qui ? »

Premier match demain contre Bolelli. Actuellement Nishi est peinard à son hôtel, occupé à faire le vide et à s’imprégner d’une classe qui va éclater sur les cours :nishikori 14

Clairement, le samouraï de la raquette va déchirer.

 

L’otokorashii de la semaine (2) : Harold Sakata

Après les larves du précédent article, il faut relever le niveau. Amie lectrice, tu n’as pas été convaincue par la perspective de partager ta couche parfumée avec un salaryman ivre mort et ne sentant pas très bon ? Je puis comprendre cela. Et pour réparer ta déception, voici ce que je t’offre aujourd’hui :

Harold Sakata

Un catcheur hawaïen originaire du Japon : Harold Sakata !

Déjà je vois que tu commences à faire la moue mais patience, et écoute : ce rude gaillard n’est pas n’importe quel athlète. Sache d’abord qu’il a brillamment décroché la médaille d’argent en haltérophilie aux J.O. de Londres en 1948 :

Harold-Sakata-2

Ecce homo

Belle prestance n’est-il pas ? Non ? Son petit paquet finement dessiné par son short te laisse froide ? Bon, je reviens alors à ses performances en catch, discipline qu’il pratiqua après ses exploits haltérophiliques et dans laquelle il gagna une certaine réputation pour avoir notamment inventé la redoutable technique dite des  « pinces du crabe constipé » :

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Humpf !

Et le tout avec classe bien sûr, la fine moustache et l’air stoïque donnant l’impression que le rude athlète détruit les rotules de son adversaire tout en réfléchissant à la subtilité d’un passage d’Albertine Disparue. Se faisant appeler Tosh Togo, il forma même une équipe de double avec un autre catcheur asiatique, Great Togo. Le nom  de la team ?

Togo Brothers

The Togo Brothers !

Malgré tout, je sens que tu restes sur la défensive. Tu te dis qu’un homme capable de maîtriser la technique sus-citée doit pratiquer au pageot un kama-sutra aussi déviant que douloureux. Une fois encore, je peux comprendre MAIS, car oui, il y a un mais, et pas des moindres, du genre à te faire entraver pourquoi le gars Sakata a emballé de la loute, et du genre à avoir une carrosserie aussi classieuse qu’une Aston Martin :

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Et oui ! Là les connaisseurs l’auront reconnu. Ce costaud hawaïen, ce catcheur haltérophile, ce moustachu aux épaules de déménageur n’est autre qu’Oddjob, le terrible homme de main de Goldfinger, le méchant du troisième James Bond, période Connery :

Pour le plaisir.

Dans le film, Oddjob est coréen, et j’ai longtemps cru que l’acteur devant l’être aussi. Mais le truc du chapeau aurait dû me mettre la puce à l’oreille.  Ça sentait trop le manga pour kids, ce mec devait forcément avoir un gène en provenance du pays du natto. Pensez ! un type qui utilise son chapeau melon pour décapiter des statues !

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Des hommes de mains couillus, il y en a beaucoup dans la franchise. Mais Oddjob est à mes yeux sans égal. D’abord parce qu’il a la chance d’apparaître durant l’ère Connery, la meilleure. Ceux qui prétendent le contraire et qui ont la pédanterie de citer Lazenby (ricanements), Moore (pouffements), Dalton (Rires) ou Brosnan (francs éclats de rires), ne sont que des ânes, des cuistres et des pisse-froid (on attendra la fin de la période Craig pour se prononcer définitivement).

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Ze ultimate classe.

Connery est le meilleur James Bond (ne serait-ce parce qu’il est le seul à avoir cristallisé une image du personnage dans l’imaginaire collectif) et les films dans lesquels il apparaît (jusqu’à On ne vit que deux fois du moins, les Diamants sont éternels étant assez mauvais) offrent le meilleur cocktail action/humour/sensualité. Bonne époque pour Sakata donc, et surtout bon film puisque Goldfinger est souvent cité comme étant le meilleur de la période Connery et peut-être aussi le meilleur de tout la saga. Ce que je crois. Vu alors que j’étais un gamin, le film est toujours apparu dans mon esprit comme une réussite totale (qui a largement supporté les multiples revisionnages). Séquence d’ouverture, générique, méchant, james bond girls, voiture, gadgets, humour et rythme, la mécanique instaurée par Saltzman/ Broccoli, avec Guy Hamilton aux manettes, est un idéal bondien, à la fois populaire et terriblement inventif.

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Un homme de main coréen qui fait aussi votre caddie, ça vous pose un  homme.

Et du coup, cet état de grâce rejailli forcément sur l’aura d’Oddjob. Voir sa massive silhouette au milieu d’un green de golf et au service du super méchant Auric Goldfinger a de quoi marquer l’imagination. Et la confrontation Bond/Oddjob au cœur de Fort Knox, avec un Bond assez apeuré devant gérer à la fois une bombe sur le point d’exploser et un Oddjob évoquant un Godzilla humain que rien n’arrête…

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… pas même les lingots d’or balancés à bout portant.

A cet instant Oddjob a tellement la classe que c’est limite si on ne souhaite pas sa victoire. Mais voilà, on est dans un James Bond et l’homme de main se doit de connaître une mort atroce. Et là aussi, celle d’Oddjob est une réussite puisqu’elle est astucieusement le fait de son objet fétiche (le chapeau)…

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Bond : « Je vais me faire du buta grillé ! attrape salopard ! »

… et qu’elle apparaît comme celle dont on se souvient presque instantanément.

Gloire soit donc rendue à Harold Sakata qui peut se vanter d’avoir dans ce film autant émerveillé mes pupilles d’enfants que les exploits de son adversaire. Et je suis sûr, chère lectrice, que je t’ai à présent convaincue d’aller conquérir le cœur de ce rugueux athlète. Malheureusement l’homme est mort en 1982. Plus d’Oddjob à te proposer mais je puis en change te suggérer de porter ton dévolu sur…

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« les Trois Mousquetaires du Fighting Spirit ».

Je gage que ces sportifs -toujours bien vivants – sauront eux aussi te montrer comme Oddjob combien un catcheur peut receler de trésors cachés. On verra s’il me viendra le courage de m’y frotter pour un nouvel article sentant sous les aisselles tout à la gloire de ces courageux otokorashii

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Harold Sakata

(1920-1982)

L’otokorashii de la semaine (1) : le salary man bourré

Attention, nouvelle série d’articles sur Bulles de Japon ! J’étais parti aujourd’hui pour balancer une nouvelle critique d’un film de Nomura où il était question d’un meurtre. Et puis, je ne sais pas pour vous, mais après les événements d’hier, les mots « meurtre », « cadavre », « criminel » ou « victime »,  je les ai un peu trop entendus et n’ai pas vraiment envie de les revoir aujourd’hui. Histoire de ne pas me morfondre et de passer à un truc plus gai, je mets de côté cette critique et inaugure en grande pompe une nouvelle série qui fera le pendant à la légendaire collection des « bijins de la semaine ». Battez tambour, sonnez trompettes ! voici venu le temps de « l’otokorashii de la semaine », c’est-à-dire « le viril de la semaine ».

ken takakura

Oss !

A toutes celles qui pensent que BdJ n’est réservé qu’à des hordes de jeunes gens assoiffés de films japonais peuplés de créatures gracieusement dotées par la nature, je dis ceci : dorénavant vous allez vous aussi être servies mesdemoiselles ! Finies les photos de bonnets M bien remplis ou de croupes provoquant de fatales epistaxis. Place aux poils – des vrais, aux regards à la Ken Takakura, aux biceps en fer forgé mais aussi à une capacité à surmonter le regard des autres. Notre premier spécimen illustre d’ailleurs ce superpouvoir puisqu’il s’agit d’un individu que tout touriste au Japon a forcément croisé un jour sur son chemin…

salary man bourré 1

Le salary man bourré.

Et à tous ceux qui tout de suite m’objecteraient qu’en fait de virilité on peut trouver mieux, je rétorquerais ceci : il faut tout de même une admirable dose de folie, d’abnégation, de refus de toute prudence bref, de courage pour, sachant pertinemment qu’ils ne tiennent pas l’alcool, accepter d’en boire des doses déraisonnables et se mettre minable aux yeux de tous. Peut-être est-ce là la clé de la véritable virilité : accepter d’annihiler en soi toute dignité, devenir une sous-merde qui va joncher les trottoirs ou les quais des gares pour accéder à un statut suscitant pitié chez les ignares, respect et admiration chez les connaisseurs. Car je les ai toujours admirés, moi, ces hommes que l’on trouve errants dans les rues, le regard vitreux et la bave aux lèvres, lorsque vient la nuit. Bien plus qu’un ryokan traditionnel en plein centre ville, ils participent de cette aura, de ces petites choses  atemporelles qui sont toujours là, qui n’ont pas disparu, qui ne disparaîtront jamais, et qui en cela rassurent. Comme les petites échoppes de l’ère Showa que l’on trouve encore çà et là, on prend plaisir à les voir, eux et leur détestable manie d’imposer leurs postures et leurs odeurs douteuses à des bijins dans les métros :

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Les autorités ferroviaires l’on parfaitement compris puisque beaucoup de gares ont décidé de positionner les bancs des quais non plus parallèlement mais perpendiculairement aux voies. Pourquoi ? Tout simplement pour les protéger en évitant éviter que nos héros du jour se lèvent pesamment à l’arrivée de leur train, avancent dangereusement et se viandent lamentablement sur la voie (avant de se faire écrabouiller par le train, chose apparemment pas si rare).

salary man gare salary man gare (2)

Véritables yokais urbains des temps modernes, on aimerait presque les aider à se relever et à engager une conversation avec eux pour comprendre par quel mystérieux secret des temps anciens ces misérables loques parviennent à se transformer en quelque chose située entre les contorsions du buto et les tableaux de Picasso. Et puis, on se retient car il en est de ce genre d’aura comme du statut de star. Tout cela est parfois fragile et il convient de garder une distance respectueuse, comme devant une sainte image :

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Bref, mesdemoiselles, si vous êtes désespérées à l’idée de trouver l’âme sœur dans notre pays préféré, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Fuyez ceci :

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Préférez ça :

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Là se trouve la véritable virilité (et ipso facto l’épanouissement conjugal, n’en doutons pas un seul instant).