Archives du mot-clé revue

[SHINBUN] Olrik’s Fabulous Weekly Shinbun #4 : Angoulême, Atom, Scorsese, Bonten Taro et Kisenosato tient son Graal !

ANGOULÊME

J-1 avant d’aller au festival d’angoulême avec un Olrik jr et un Olrik the 3rd déjà passablement excités. Au programme : se rendre en priorité aux expositions consacrés à Herman et Will Eisner. Pour ce qui est du Japon, il faut bien reconnaître qu’après l’événement Otomo de l’édition 2016, on est redescendu d’un cran. Cela dit, on ne fera certainement pas l’impasse sur l’exposition consacrée à Kazuo Kamimura, stakhanoviste du manga, un des maîtres du gekiga et père de la magnifique et dangereuse Lady snowblood. L’expo a lieu dans le musée d’Angoulême et sera visible jusqu’au 12 mars.

Et on essaiera sinon d’obtenir une dédicace d’un ou plusieurs mangakas ayant fait le déplacement. Chez Casterman, on aura par exemple Miki Tori ou Mari Yamazaki mais c’est surtout le stand du Lézard Noir dans la bulle du Nouveau Monde qui attirera toute mon attention avec la présence d’Eldo Yoshimizu. Ma dernière dédicace date d’il y a deux ans avec un beau dessin de Suehiro Maruo, il faut que j’en ajoute une coûte que coûte à ma collec’ !

MUSIQUE

Toujours chez le Lézard Noir, signalons sur leur boutique web la présence d’un chouette petit objet :

« Cet album paru à l’origine en 1972 comprend 12 titres chantés par le mangaka/tatoueur Bonten Taro évoluant dans le style Enka. Introuvable depuis plus de 40 ans, l’enregistrement est présenté ici sous la forme d’un digisleeve avec un livret de 24 pages de textes (en français, anglais et japonais) avec de nombreuses photos inédites. »

Bien sûr, l’enka, faut aimer, mais voici tout à fait le type d’objet susceptible de séduire l’amateur de mangas remplis de personnages de yakuzas et de femmes fatales en kimono. Initiative intéressante en tout cas, et on rêve que le Lezard explore un peu plus cette voie, en rééditant certains albums emblématiques d’une certaine pop culture japonaise vintage, pas forcément en rapport avec le manga (comme par exemple le Kokotsu no sekai de Reiko Ike, je dis ça, je dis rien…).

PRESSE

Restons dans les mangas avec la sortie d’un magazine spécialisé. Le dernier en date était le virus Manga, bimensuel éphémère dont la commercialisation fut stoppée en 2005, faute d’un lectorat suffisant. Étonnamment, aucun magazine ne reprit le flambeau durant les dix années qui suivirent, jusqu’à maintenant donc, avec la sortie d’Atom. Derrière le projet, le tatoué Fausto Fazulo de Mad Movies (et voix intéressante dans l’émission Mauvais Genres, compensant un peu la perte de Jean-Baptiste Thoret) qui semble avoir eu à coeur de faire la part belle au manga contemporain et surtout de donner la parole aux mangakas eux-mêmes. N’ayant pas encore un exemplaire entre les mains (au fin fond de ma province, je vais aller chercher cela cette après-midi mais c’est pas gagné ; sinon j’attendrai Angoulême demain), je ne me prononcerai pas sur la qualité mais tout donne à penser, au vu du sommaire, que le magazine va vite devenir un incontournable sur le sujet. On avait Otomo, revue généraliste qui jouait sur la fibre vintage (mais qui avait aussi quelques articles bien troussés sur les mangas), on a maintenant Atom (marrante la proximité phonétique des titres). De quoi se tenir au courant et d’apprendre tout plein de choses intéressante sur l’univers du manga.

CINÉMA

Rappelons que c’est le 8 février que sort Silence de Martin Scorsese. Et rappelons aussi une information plutôt passée sous silence, à savoir qu’il s’agit d’un remake d’un film de Masahiro Shinoda :

La version de Scorsese sera-t-elle meilleure ? A lire les critiques tièdes, on peut en douter, même si d’autres semblent indiquer que le spectacle vaut le détour. Après, comme il s’agit de la première incursion de Scorsese au Japon, le projet est forcément un peu intriguant. Probable qu’on en reparle prochainement.

SUMO

Le suspense n’aura pas duré longtemps. Dès le lendemain de sa victoire au Hatsu Basho, personne n’avait de doute sur la prochaine accession de Kisenosato au rang de yokozuna et le mercredi qui suivait, les Japonais avaient enfin la belle surprise d’apprendre que le 72ème yokozuna était un Japonais, plus de quinze ans après Wakanohana.

Rien de scandaleux à cela. Certes, l’accession au titre ne s’est pas faite par la voix royale des deux victoires consécutives. Certes, Kisenosato est le vainqueur d’une tournoi parasité par de nombreux forfaits (dont ceux de deux yokozunas) pour cause de blessure. Mais à côté de cela, il est au sommet de son expérience et a terminé une remarquable année 2016 (y manquait juste un tournoi remporté). Symboliquement aussi, il a terminé le Hatsu Basho en gagnant contre Hakuho, victoire importante qui a permis de donner à son score de 14-1 encore plus d’allure. Bref, rien de vraiment immérité dans cette promotion. En fait, le drame de Kisenosato est d’avoir pratiqué le sumo en même temps qu’un golgoth s’appelant Hakuho. Un peu comme les tennismen qui maudissent le fait de pratiquer en même temps que le Big Four, plus d’un sumo a du prendre son mal en patience face à un Hakuho emportant tout sur son passage. Si Hakuho n’avait pas existé, il ne fait aucun doute que le compteur de trophées remportés aurait été débloqué depuis belle lurette pour Kisenosato.

Mais maintenant qu’Hakuho approche de la fin de sa carrière, il semblerait que la donne ait quelque peu changé. Exactement comme un Roger Federer bloqué à 17 victoires en grand chelem mais qui reste, malgré son âge, déterminé à en acquérir un 18ème, il y a chez Hakuho cette faim toujours inassouvie de gagner d’autres titres. Hors, ça coince depuis quelque temps. La machine est toujours redoutable et semble parfaitement capable d’empocher une 38ème victoire, mais il y a maintenant ce petit manque de chance qui contrecarre ses plans, manque de chance qui pour l’instant avait été l’apanage de Kisenosato en l’empêchant de remporter des titres sous l’ère de Hakuho. On peut aussi maintenant parier que maintenant qu’il est yokozuna et que le signe indien est vaincu, Kisenosato va peut-être lâcher les chevaux en essayant de rattraper le temps perdu. Il a goûté une fois au plaisir de toucher la coupe de l’empereur et de brandir la daurade géante symbolisant la victoire, on peut croire que ça a dû lui ouvrir l’appétit. Et comme il connaît le prestige d’être l’unique yokozuna japonais après quinze années de disette, on imagine une envie de bien faire et une motivation qui risquent de le rendre redoutable. Bien sûr, je peux me tromper, tout cela pouvant contribuer aussi à le paralyser mais je ne sais pas, s’il ne se blesse pas, je serais fort surpris de ne pas voir un autre tournoi de cette année tomber dans son escarcelle.

En tout cas, ce sera peut-être chaud pour les autres de s’immiscer entre Hakuho et Kisenosato, même si les derniers tournois ont plutôt prouvé le contraire. le sumo connaît en ce moment une transition intéressante. La fin prochaine de quatre grands champions (Kakuryu et Harumafuji n’étant pas non plus des jeunes premiers) et la montée en puissance de jeunes pousses, parmi lesquelles un rikishi comme Mitakeumi me semble promis à un bel avenir. Après le rouleau comrpesseur Hakuho, ça laisse augurer de tournois beaucoup plus ouverts (ils le sont déjà). En attendant, je n’ai qu’une hâte : voir au tournoi d’Osaka ce que va donner Kisenosato dans son costume de yokozuna. Si cela le libère et consolide son assurance, ça va faire mal.

Attention ! Cet homme a faim, il veut d’autres daurades géantes !

Sex Star Wakamatsu

Parue au milieu des années 70, Sex Star System était une revue de qualité consacrée au cinéma érotique, sous l’égide de Jean-Pierre Bouyxou, encyclopédie vivante de toutes les pelloches où il est question de culs et de nibards. A titre de comparaison, c’est un peu la version rose de Midi-Minuit Fantastique, avec des articles de passionnés éclairant les lecteurs de leurs lumières sur des sujets pour lesquels la documentation devait être rare. Les articles touchaient à l’érotisme quelle quoi sa provenance sa géographique, et donc, on le devine, c’est tout naturellement que l’on pouvait tomber sur des articles fleurant bon le thé vert et la sueur de bijin. Ainsi le n°14 qui commence de la manière la plus agréable qui soit avec la délicieuse Laura Antonelli :

sss-wakamatsu-1

Parmi ses œuvres maîtresses, je vous conseille Ma Femme est un violon et Malizia

Mais pour peu que l’on arrive à se détacher du sourire angélique et des globes d’amour de Laura, on apercevra peut-être, sur la gauche, un intéressant programme : « interview de Koji Wakamatsu ». A vrai dire, pas grand chose à se mettre sous la dent, surtout après l’interview de Wakamatsu dans Midi-Minuit Fantastique. Mais enfin, six années après cette interview, il était bon d’en sortir une nouvelle pour rappeler au bon souvenir des amateurs d’érotisme sortant des sentiers battus, l’existence de ce stakhanoviste du pinku contestataire. Avec en prime de belles photos couleurs en pleine page. Bref, pour une malheureuse pièce de 10 francs, on avait les nibes de Laura et une interview de Koji. On a beau dire, mais les années 70, c’était quand même la classe !

Koji Wakamatsu midiminuiste

Quand il n’y a pas trop d’idées d’articles, il y a toujours la possibilité d’ouvrir la vieille malle numérique dans mon grenier pour y exhumer des documents rares et précieux. Les « midiminuistes » le savent, la rareté de la vieille revue Midi-Minuit Fantastique est devenue relative puisque les éditions Rouge Profond ont décidé, grâce à l’excellent travail de restauration de Nicolas Stanzick et Michel Caen, de ressortir l’intégralité de la collection sous la forme de lourds et somptueux recueils :

midi-minuit-fantastique-vol1midi-minuit-fantastique-vol2

Je possède les deux, je vous assure qu’ils sont du meilleur effet dans une bibliothèque.

Le volume 2 s’achève sur le numéro double 10-11, autant dire que l’on va devoir attendre encore un peu avant de voir rééditer ce numéro :

midi-minuit-fantastique-1

Le n°21 d’avril 1970.

A priori l’ultime recueil (le 4ème volume) devrait paraît en 2017 mais comme le troisième, supposé sortir en octobre 2016, ne montre toujours pas signe de vie dans les rayons des libraires, ça sent un peu le méchant retard (je crois me souvenir qu’il avait fallu attendre un peu entre le tome 1 et le tome 2).

Bref, en attendant allons pour aujourd’hui à l’essentiel car, vous l’aurez compris avec le titre de cet article, ce n°21 possède rien moins que dix pages consacrées à Koji Wakamatsu. Il s’agit en fait d’une interview dans laquelle le réalisateur parle des conditions de tournage, de la censure, de l’importance accordée à l’image plutôt qu’au dialogue, etc. Evidemment, depuis 1970 les amateurs éclairés de cinéma japonais ont eu le temps de connaître le bougre a travers d’autres ouvrages ou une pléthore de sites spécialisés, reste qu’il est intéressant de voir qu’en 1970 certains passionnés s’étaient démerdés pour approcher le maître du pinku contestataire. Voici donc les scans de l’article. Pour autant que je m’en souvienne, je crois qu’ils venaient du blog bxzzines.blogspot.fr, blog hélas en état de vie végétative. Que son propriétaire en soit néanmoins remercié.

Dernière chose : pour en, apprendre plus sur la revue Midi-Minuit Fantastique, je signale ces deux émissions de Mauvais Genres qui lui sont consacrées :

le ZOOM n°96 de mars 1982 (spécial Japon)

« Dans la famille ZOOM spécial Japon, je demande le n°96 de mars 1982. »

Gagné ! C’est reparti pour une présentation d’un vieux numéro de ZOOM, l’excellente revue de photographie des années 70 et d’une partie des 80’s. Je ne pense pas vraiment tirer sur la corde, je suis sûr que certains parmi vous n’ont pas hésité à se procurer les deux précédents numéros (hein Bouffe-tout ?). Pour ce nouveau spécial Japon, voici ce qui vous attend : Lire la suite le ZOOM n°96 de mars 1982 (spécial Japon)

Rudyard Kipling sur France Cul

Au cas où vous ne le sauriez pas, 2011 est l’année Kipling et France Culture lui a récemment rendu hommage. « Et alors ? me direz-vous, qu’est-ce qu’on en a à carrer ? ». On en a à carrer ceci : Kipling n’est pas que l’immortel romancier qui écrivit le Livre de la Jungle et qui fut un des précurseurs de la S-F, celui qui fit dire un jour à Henry James :

« Kipling me touche personnellement comme l’homme de génie le plus complet que j’aie jamais vu ».

Bien avant cela, il fut un jeune homme qui entreprit de faire un voyage à la Lucien de Rubempré pour aller vivre dans une des glorieuses capitales littéraires d’Europe, Londres. En bisbille avce le journal dans lequel il travaillait (The Pioneer), il décida en 1889 d’utiliser sa prime de licenciement pour mettre son projet à exécution. Ah ! J’ai omis de préciser que Kipling n’habitait pas alors à Sainte-Geneviève-des-Landes mais au Rajasthan. Et plutôt que d’aller vers l’ouest, il préféra faire un détour pour les States où il serrera d’ailleurs la louche à Mark Twain. Direction : Frisco. Mais avant cela, comme l’homme était manifestement désireux de faire le voyage de sa vie avant de se fondre dans sa carrière d’écrivain, il en profita pour faire un crochet par… le Japon, évidemment.

Le choc est total et absolument enchanteur. Kipling est d’emblée émerveillé par l’âme de ce pays et se prend l’envie de croquer sur le vif des instants de ses pérégrinations au Japon. Il en est ressorti un livre, les Lettres du Japon :

Je ne l’ai pas lu, mais l’adaptation que vient d’en faire France Culture à travers une fiction radiophonique m’en a clairement donné envie. Comme toujours, on y retrouve les qualités de la maison : excellence des lecteurs, mise en scène sobre mais efficace, qui sait créer avec deux-trois effets une ambiance. Entre deux passages de narration, vous fermez les yeux et vous entendez alors des chansons traditionnelles qui vous donnent l’impression d’être plongé dans le Japon de l’ère Meiji en compagnie d’un merveilleux guide, un touriste incisif et amusé nommé Kipling. De quoi passer un dimanche après-midi dépaysant.

La fiction (en 5 parties), se trouve ICI.

**

*

Pendant que j’y suis, et avant d’aller prendre l’apéro, je vous signale actuellement dans les kiosques la présence de ce magazine :

Avec ce bon vieux Paulo en couverture.

Je dis « magazine » car il faut bien l’avouer, Polka n’est pas ZOOM et ne mérite pas comme elle le titre de « revue », plus classieux dans mon esprit. Mais enfin, on y trouve toujours des choses intéressantes à picorer, notamment dans ce numéro d’été où l’on a 24 pages sur le Japon. Le premier article livre quelques photos de Kosuke Okahara de l’enfer de Fukushima ainsi qu’un texte intéressant de Claude-Marie Vadrot, journaliste-reporter aguerri aux dangers du terrain mais qui raconte comment le courage n’a plus lieu d’être dès qu’il s’agit de faire face à l’atome.

L’autre article est ZE article de ce numéro : un portfolio de 14 pages consacré au grand Daido Moriyama! On y trouve notamment une photo en double page une photo volée de Japonaises dans un bain public assez excquise. En bonus, un texte limpide de Jean-Kenta Gauthier retraçant la carrière et la spécificité de l’oeuvre de Moriyama. Bref, tout cela vaut bien 5 euros.

le ZOOM n°45 de juillet 1977 (spécial Japon)

Présentation du n°45 de ZOOM sorti en juillet 1977. A nouveau du lourd puisque la revue propose un coup de projecteur sur rien moins que 11 artistes, le tout complété de plusieurs articles instructifs sur différents arts.

Pour ce numéro, carte blanche a été donné à Shuji Terayama qui se fend d’un édito (matez au passage le sommaire) :

Cliquez sur l’image pour mieux voir. Oui, je suis comme ça moi, je prends soin de la vue de mes chers lecteurs.

Précisons que le sommaire ne mentionne pas huit articles en début de revue, notamment un écrit par le génial Toshio Matsumoto (the Funeral Parade of Roses) qui s’enthousiasme de la grande prolixité du cinéma japonais expérimental de l’époque, ainsi qu’un autre d’un journaliste japonais livrant quelques réflexions sur Obayashi, Terayama et Sakumi Hagiwara.

Evoquons aussi un article intitulé « Dracula, vampirisme dans l’art japonais » ainsi qu’un article à la fois et succinct et complet sur le mangaka Kazuo Kamimura. Ça fait toujours plaisir de voir que des journalistes pouvaient écrire des choses intéressantes sur les mangas dans la presse française au début des 80’s (il est vrai que le journaliste est lui aussi japonais).

Puis arrivent les portfolios des onze photographes (plus précisément « créateurs d’images ») :

Il est intéressant d’accéder en 2011 au travail de onze créateurs d’alors. Certains sont restés connus, d’autres -à ce qu’il m’a semblé du moins – sont tombés dans l’oubli. Il faut dire que leurs oeuvres, pour le moins hétéroclites, n’ont pas toutes gardé la même modernité. Si la série d’un Shinoyama sur les tatouages des yakuzas :

et surtout de ceux de leurs femmes !!

… a encore beaucoup de gueule, on ne peut pas en dire autant d’un Hajime Sawatari qui nous fait le coup des compositions oniriques avec des fillettes davidhamiltonesques. A chacun de voir en fait. Ce qui est sûr, c’est que l’on en ressort avec tout de même quelques bonnes surprises. Voir gicler sur une grande page une œuvre de Tadanori Yokoo :

… donne toujours un plaisir visuel particulier. Il en va de même des œuvres de Terayama himself :

… et de celles d’un Masayoshi Sukita, spécialisé dans les portraits de musiciens (et chargé des prises de vue dans le film de Terayama Jetons les livres, sortons dans la rue) :

Bref, quoique inégal, vous aurez compris que ce n°45 est du même tonneau que le n°95 évoqué précédemment,  les deux formant une passionnante plongée dans une effervescence créatrice et avangardiste du Japon de la fin des 70’s et du début des 80’s. On ne peut que regretter que cette revue de qualité, arrêtée (du moins en France) au milieu des années 80, n’ait pas d’équivalent de nos jours.

prochain numéro qui sera présenté en ces pages : le n°96.

Couverture signée Kishin Shinoyama

le ZOOM n°95 de janvier 1982 (spécial Japon)


Pour autant que je me souvienne, j’ai toujours associé la revue ZOOM aux femmes à poil. Que voulez-vous, votre serviteur n’était à l’époque qu’un écolier, et si les filles lui étaient plus un poison qu’une douce potion, il n’en restait pas moins que le corps féminin lui suscitait déjà une certaine curiosité, curiosité que ZOOM satisfaisait assez bien.

Un grand merci à mon papa donc pour, outre un certain nombre de GÉO, possédait rangée dans son bureau une bonne vingtaine de numéros de cette somptueuse revue de photographie. Je me revois encore pénétrer dans son bureau, tout pantelant d’émotion et les mains moites, pour aller admirer ces admirables corps de femmes que je ne risquais pas de rencontrer dans ma cambrousse. N’allez point imaginer des choses, le feuilletage des livres se faisait en toute décontraction, loin de toute pratique douteuse. Oui, à cette époque, j’étais pur, innocent, le coeur sur la main je ne rechignais jamais à aller faire des commissions :

Avec le recul, l’image que j’en ai est donc sensuelle mais aussi très artistique. OK, il y a de la femme à poil mais attention, on n’est pas dans Playboy. Si ZOOM faisait assez souvent la part belle au nu, cette revue était de manière générale une revue sur la photographie en tant qu’art. Pas de place pour une rubrique amateur à la Chasseur d’Images, ici on a affaire uniquement à du pro, qu’il soit européen, américain ou asiatique. Le tout dans un grand format assez chic et avec moult infos parfaitement documentées et souvent d’un aspect très technique. Je me rappelle ici d’un numéro dans lequel deux ou quatre pages, je ne sais plus, étaient consacrées à la photographie dans Barry Lyndon et notamment à ce fameux objectif Zeiss que Kubrick alla dégotter auprès de la NASA. Bref, pas une revue de branques vous pouvez me croire, tellement de qualité que les collectionneurs sont prêts à débourser plusieurs dizaine d’euros pour se les procurer. J’aurais d’ailleurs bien voulu faire main basse sur la collec’ de mon père, malheureusement, cela fait belle lurette qu’ils ont été vendus ou peut-être même jetés…

Perdus ces bouquins, mais pas mes souvenirs de cette revue. En y repensant dernièrement à je ne sais plus quelle occasion, une idée, toute bête, m’est venue: et si le magazine avait consacré des numéros intégralement consacrés à la photographie japonaise ? Une rapide petite recherche et là, bingo ! je tombe sur ça :

OMG !

Le temps d’aller prendre ma carte bleue pour sauter sur l’occasion (quelques euros sur Priceminister), et le temps aussi d’attendre quelques jours à guetter l’arrivée de ma factrice, je le reçois enfin, ce matin précisément, le cœur battant aussi fort qu’à l’époque de mes équipées dans le bureau de mon père. Allais-je être déçu ? Que non pas, ce numéro tenait au contraire toutes ses promesses, jugez plutôt du programme :

Oui, je sais, c’est une photo. Désolé mais le bouquin était trop grand pour mon scanner et j’avais pas envie de me prendre la tête à faire des collages.

On commence gentiment avec un article sur les premières décennies de la photographie japonaise :

Le texte de ces douze pages est somme toute succinct mais efficace. On y apprend que la première photographie prise par un Japonais date de 1857 (il s’agit d’un portrait du seigneur Shimazu Nariakira), que Ueno Hikoma et Shimooka Renjo, les deux premiers photographes professionnels, ont ouvert chacun leur studio en 1962 ou encore que les premières cartes postales que les commerçants occidentaux étaient tout contents de se procurer sont apparues dès 1970. Sont évoqués aussi les premières « photos d’art » qui apparaissent dès la fin du XIXème siècle ainsi que la récupération de la photographie de terrain par le gouvernement à des fins propagandistes. Le tout avec force illustrations bien sûr, photos parfois connues, souvent nettement moins.

Suivent sept interviews de photographes qui sévissaient à l’époque (et encore aujourd’hui pour certains). Là aussi, si le nom de l’excellent Kishin Shinoyama était loin de m’être inconnu, je ne peux en dire autant des autres. Ainsi Masaaki Nakagawa :

Yoshihiro Tatsuki :

ou encore Hideki Fujii :

Gosh !

Je ne rentre pas trop dans les détails car je me promets bien de réactiver prochainement le filon d’articles sur les photobooks en revenant très probablement sur ces artistes dont on a à chaque fois en pleine page plusieurs exemples du travail. Les pages sur Kishin Shinoyama sont assez surprenantes : surtout connu à l’époque pour ses photos de nus, son actualité d’alors consistait en des photographies de voyage. « Je n’ai jamais voulu me spécialiser dans tel ou tel domaine, explique-t-il, pour moi, photographier, c’est vivre au présent, s’intéresser à son siècle, être au courant de tout, ou au moins vouloir tout découvrir ». Les huit clichés gracieusement offerts par GEO en sont une belle illustration :

J’ai déjà vu cette tête, mais où ?

Terminons enfin avec un article sur l’Asahi Shimbun :

Doyen des journaux japonais (il fut crée en 1879), l’Asahi est une formidable machine, un poids lourd alors en avance sur son temps (l’article explique comment le travail des journalistes est informatisé de A à Z, chose inédite à cette époque) et surtout « un des plus vastes magasins d’images du monde ». Les trente photos qui accompagnent l’article donnent en effet cette impression.

Entraînement d’écoliers de Tokyo en cas d’alerte au séisme, le 1er septembre 1981 (jour anniversaire du tremblement de terre de 1923) Photo de Makoto Sugaya.

Terminons enfin avec l’article pour les hard fans de la technique, celui intitulé « Nikon Story » et retraçant en 33 pages touffues la chronologie détaillée de l’histoire de Nikon :

Assurément l’article le plus WTF? du numéro. On y apprend notamment que le Reflex-NIKKOR 500 mm f/8 était en 1968 la…

version compacte du 500 mm f/5 par réduction de l’ouverture annulaire et variation du tirage par translation du groupe frontal. Formule catadioptrique du type MANGIN 5 lentilles en 3 groupes avec 2 miroirs. Ouverture fixe f/8 modifiable pour la lumination par filtre gris atténuateur. Distance mini 4m. Dimensions 93 x L 139 mm. Remarquablement petit le 1/3 de sa focale ! Poids 1 kg ».

Il en faut pour tous les goûts : ceux qui ont un durcissement caverneux devant de jolies poupées et ceux qui l’ont devant de tels descriptifs. Pour ma part, j’ai assez vite passé mon chemin même si je dois avouer que le travail de fourmi du journaliste force le respect.

Bref, si comme moi vous aimez la photo et que vous avez une tendance un peu monomaniaque à acheter sans réfléchir de vieilles revues en rapport avec le Japon, n’hésitez pas, ce ZOOM n°95 est fait pour vous, l’essayer c’est l’adopter. Et vous savez quoi ? C’est que ce n’est pas fini puisque très prochainement j’évoquerai le contenu du ZOOM n°96, lui aussi intégralement consacré au Japon bordel à queues ! Merci qui ?

« MERCI OLRIK ! »

PS : j’offre un shochu à celui qui me dit qui est cette mystérieuse femme.

À propos d’un vieux numéro de GÉO

Quand je cherche ce qui a provoqué en moi ce virus pour le Japon, je n’ai pas à chercher trop longtemps. Ce n’est pas très original, je n’ai que l’argument du manga et de l’animation comme prémisses puis comme catalyseurs à une envie de découvrir ce pays. Cela n’a pas toujours été, il y a eu des périodes d’éloignement, de lassitude voire de dédain vis-à-vis de cet intérêt. Mais ce dernier est toujours revenu plus prononcé que jamais et a fini par s’installer définitivement.

Merci aux mangas et aux dessins animés donc (et puis, quand même ! au cinéma). Et pourtant, en tombant dernièrement sur un magazine chez un bouquiniste, je me suis demandé si mon intérêt ne devait pas non plus quelque chose à cet ouvrage :

Ce magazine, c’est le n°49 de GÉO, publié en mars 1983, et comprenant un reportage de 40 pages sur le Japon moderne. C’est l’époque des débuts de ce magazine qui, alors qu’il venait d’achever sa quatrième année, était en vogue et s’affichait déjà comme le magazine de voyage incontournable. J’ignore où il en est maintenant mais à l’époque, j’ai souvenir d’un photojournalisme de qualité. En tout cas percutant aux yeux d’un gamin qui allait à l’école primaire. À l’époque, mon paternel avait été séduit par le mag et s’était abonné. Habitant alors dans un échantillon de la cambrousse bretonne, j’aimais bien cette fenêtre mensuelle sur le monde, tout ne me parlait pas mais il y avait toujours un reportage qui pouvait m’intriguer voire me laisser une vive impression ; aujourd’hui encore, je suis surpris, lorsque je tombe sur des vieux numéros au hasard d’une brocante ou sur l’étale d’un bouquiniste, de voir combien les photos de couverture me paraissent familières.

Il en a été ainsi lorsque je suis donc tombé récemment sur ce n°49. Je me suis aussitôt rappelé de ce visage lunaire en couverture. Et quand j’ai ouvert le mag, je suis tombé sur ça :

Street shooting conceptuel dans le Roppongi  des 80’s ! Moi, je kiffe.

Double page familière, oui. Mais pas dans le même sens que d’autres articles de GÉO. Familière parce que je me suis alors souvenu combien mes yeux d’enfant s’étaient écorchés à parcourir encore et encore ce fascinant reportage. Je n’ai aucun souvenir du texte que je n’avais vraisemblablement pas lu. Pas de regret, en le lisant aujourd’hui je m’aperçois qu’il n’y a guère de changements par rapport à aujourd’hui en ce qui concerne les thèmes abordés et ce que l’on en dit. Mais pour ce qui est des photos, j’ai été soufflé de voir comment la moindre image s’était inscrite dans ma mémoire. Je n’ai pas souvenir d’un reportage de GÉO aussi riche en photos. Pas loin de 70 images vous sautent à la gueule, le mot n’est pas trop fort, tant on a l’impression en feuilletant les pages de voir défiler un gigantesque Luna Park. « Mais c’est quoi ce pays ? » me suis-je sûrement demandé devant ces situations, ces trognes, ces accoutrements hors norme. Ici un couple dans un love hotel se jetant un coussin avant de passer à l’acte, là une geisha jouant au bowling. Et encore un sumo levant la jambe face à une grosse voiture, comme prêt à lui pisser dessus, un scène d’hanami bourrée jusqu’à la gueule de Japonais piqueniquant, des salary men s’entraînant en masse au golf, des catcheuses s’agrippant dans la boue, des employés faisant des exercices de gym avant de se mettre au travail, des enfants à des cours de piano, des enfants à des cours de calligraphie, des punks, des épouses dociles, des manifestants, des rockers, des courbettes, des buildings, des lumières. Et une imparable fascination pour le lecteur, a fortiori quand il n’est qu’un écolier qui en est encore à mater Téléchat en bouffant sa tranche de Nutella pour le goûter. Remarquez, je dis ça, mais c’était cool Téléchat.

Et Léguman for ze ouinne!

Difficile de dire quelle trace ce numéro a pu laisser dans mon esprit et surtout s’il a joué une part dans ma passion pour le Japon. Mais quand je pense à mon goût quasi exclusif pour la photographie exercée là-bas – et en particulier dans les villes, je ne peux m’empêcher de faire un lien. Si je goûte volontiers à une ballade dans des coins champêtres ponctués d’improbables torii et recouverts du bruit assourdissant du chant des grillons, je préfère l’ivresse du maelström humain qu’offrent les villes japonaises. Et pas forcément besoin de le comprendre dans ses spécificités, ses contradictions : la capter avec un objectif suffit largement à mon bonheur. Il en va de même avec ce kaléidoscope de quarante pages : une jubilatoire claque dans la gueule. Peut-être clichée maintenant tant on l’habitude de peindre le Japon comme le pays de tous les excès.  Mais il y a 25 ans, c’était sans nul doute puissamment exotique. Si on m’avait dit à l’époque que ce serait plus tard d’une familiarité de tous les instants…