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Les joies du vol à l’étalage en famille

 Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même.

D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent.

En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets…

Une Affaire de famille

Manbiki Kazoku (万引き家族)

Hirokazu Kore-eda – 2018

Pour ceux que l’affiche guillerette dissuaderait d’aller voir Une Affaire de famille, qu’on se le dise, le film est bien plus sombre que ce que cette image ou la bande-annonce peuvent laisser augurer. Moi-même je m’y suis laissé prendre. Décidant que ce pourrait être un bon film à voir en famille durant les fêtes, je suis allé hier à une séance, avec la Olrik family. Assez rapidement j’ai senti un arrière-plan grinçant qui, malgré la bonne humeur constante de Lily Franky, détonait avec les derniers films de Kore-eda, plus lumineux (si l’on met de côté ben sûr son Third Murder). Le pompon est arrivé avec la scène du « viewing club » dans laquelle des jeunes filles tortillent du cul ou de la culotte (quand il y en a une) devant des miroirs sans tain ! Etais-je bien en train de voir un film de Kore-eda ? Ne nous étions pas trompés de salle ? Il n’y avait pas un film d’Hisayasu Sato qui devait être programmé en France  ? D’un côté, pas de problème pour Olrik jr, 13 ans et demi, qui n’en demandait sûrement pas tant. De l’autre, pour Olrik the 3rd, 7 ans et toutes ses dents (enfin non, pas totalement, il manque actuellement une incisive à l’appel), ça le changeait tout à coup de ses épisodes de Rémi sans famille, pour sûr ! C’était subitement moins Jolicoeur que jolie culotte !

Plus soft, la scène de la plage avec la divine Mayu Matsuoka en bikini (image tiré d’un making of). Et je passe sur Sakura Ando dans une scène où elle appraît dans le plus simple appareil. Finalement, quand j’y repense, il est assez sexy le dernier Kore-eda.

Bref, tout cela pour dire que le dernier Kore-eda est loin, très loin de présenter une comédie familiale de tout repos. Sans aller jusqu’à dire qu’il est aussi sombre que Maborosi ou de Nobody Knows, il renoue avec une certaine noirceur, notamment avec ce thème de l’enfance maltraitée. Ce thème apparaît d’abord via le personnage de la petite Yuri. Qu’elle soit initiée à l’art du vol à étalage par sa nouvelle famille (constituée du père joué donc par Lily Franky, de la mère (Sakura Ando) et d’un fils qui n’est pas leur vrai fils) n’est pas vraiment le problème car cette nouvelle famille, au moins, semble l’aimer. Ce qui n’était pas le cas de la précédente, comme l’attestaient les multiples contusions sur le corps de la gamine. Qu’elle vole, donc, n’apparaît curieusement que bien peu de chose. Au moins elle est épanouie et aimée.

Mais la situation est moins évidente avec le « fils », Shota. Le gamin entre dans l’adolescence, a assez d’intelligence pour interroger le monde et commence à ressentir une certaine lassitude par cette existence faite d’un pragmatisme pécuniaire de tous les instants. Le tournant est joliment suggéré par la scène dans laquelle Shota et Yuri découvre le « yamatoya » (petit magasin de confiserie et de jouets bon marché) fermé pour cause de deuil familial. Que ce magasin, qui symbolise une sorte d’oasis atemporel lié à l’enfance, soit fermé pour cause de deuil, annonce assez bien ce qui se passe dans le cœur de cet enfant qui est en train justement de quitter son état d’enfant. Et par contraste, cette fermeture joue défavorablement en la défaveur de sa famille qui a été incapable de prendre le deuil lors de la mort de la grand-mère (jouée par la toujours excellente Kirin Kiki, savourez bien ses scènes, ce sont les dernières avant sa disparition en septembre dernier), préférant l’enterrer en douce sous leur maison pour continuer de profiter de l’argent de sa pension. Le garçon fera un geste pour en finir avec une situation qui a eu ses beaux, voire ses merveilleux moments, mais aussi qui tend à tomber dans une certaine laideur morale et de toute façon vouée à l’échec.

Au final, Kore-eda ne portera pas de jugement sur ses personnages. La dernière demi-heure est intéressante en ce qu’elle nous fait apparaître tous les personnages dans leur complexité et dans celle des liens qui les unissent aux autres personnages. On n’approuvera pas toujours, on pourra tiquer mais on ne condamnera pas, d’autant que le sort de la petite Yuri sera encore là pour montrer qu’il peut y avour bien pire. En somme, Kore-eda montre que la recette de la familial idéale, eh bien ça n’existe pas, il y aura toujours ici et là des défauts avec lesquels il faut essayer de composer. Chez certaines familles ce sont des accros, chez d’autres des trous plus ou moins béants avec lesquels il va être compliqué de durer et surtout d’élever convenablement des enfants. Dans tous les cas, le bonheur familial n’est pas forcément lié à la perfection sociale. Nul doute que les vrais parents de Yuri ont une bien meilleure situation que celle des Shibata. En apparence ils ont tout pour être comme une de ses familles heureuses que les publicités japonaises exposent à longueur de journée sur le petit écran. Au quotidien, dans leur vie privée, elle est glaçante, tout comme l’est l’ultime plan du film. On aurait pu terminer sur Shota dans le bus murmurant LE mot que l’on s’attend tout le long du film à ce qu’il soit prononcé de sa bouche. Au lieu de cela on termine avec Yuri semblant esquisser un geste qui peut aussi bien évoquer le désir de quitter sa prison, de regretter sa vie passée avec les Shibata, vie qui lui permettait au moins d’explorer le monde, mais aussi d’en finir (l’impression de malheur est telle qu’on n’est pas loin de penser au suicide). La scène m’a alors fait penser au dernier plan des 400 Coups nous montrant de face le visage d’Antoine Doinel regardant la mer, promesse d’un avenir meilleur. Sauf que là, cet avenir paraît bien plus lointain et incertain.

Allez, il ne l’a pas volée Kore-eda, sa palme d’or. On y retrouve le sentimentalisme apaisant de ses films les plus heureux, la noirceur de ses premières oeuvres, le tout avec en prime Mayu Matsuoka en bikini. Impossible de faire le difficile en vérité.

8/10

Torso (Yutaka Yamazaki – 2009)

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Hiroko (Makiko Watanabe), une O.L ordinaire de 35 ans, vit avec un bien étrange compagnon : une poupée gonflable pour femme esseulée, sans bras, ni jambes, ni tête, juste le torse et le pénis. Un jour, sa sœur Mina (Sakura Ando) vient lui demander de l’héberger pour quelques jours car elle fuit Jiro, son petit ami devenu violent (et qui autrefois était celui de Hiroko). Une cohabitation peu évidente commence, Hiroko souhaitant évidemment garder son secret en latex mais, au-delà de cette crainte, ces quelques journées vont être le moyen pour les deux femmes de faire le point sur leur vie…

Depuis le temps, je commence à bien maîtriser la captatio benelevoltiae, de celle qui interpelle d’emblée et qui doit donner envie de lire l’article puis de se procurer coûte que coûte le film qu’il critique. Pour faire bref, je me contenterai de taper ce nom : Sora Aoi. Oui, vous avez bien lu, Sora Aoi, notre égérie à tous, celle qui à chaque fois donne une sacrée érection à mes stats, apparaît dans notre film du jour ! Bon, c’est juste le temps de deux scènes mais comme de bien entendu, l’une d’elle sera l’occasion de rappeler au spectateur combien les deux globes d’amour de l’actrice principale d’ Oppai Special sont absolument sans rivaux. Ami lecteur, si tu lis attentivement l’article, peut-être tes yeux accrocheront-ils un lien donnant accès à un sympathique screenshot te le prouvant par A+B…

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À vos marques… prêts… cherchez !

Ceci étant posé, assuré que l’article ne sera pas lu en diagonale, je puis commencer l’esprit tranquille cette critique de Torso. Précisons d’emblée : le film n’est pas ce qu’il a l’air, à savoir un pinku potentiellement scabreux. Un peu à l’image du Doll de Kore-eda, c’est tout l’inverse. Le film se propose simplement de faire deux beaux portraits de femmes, et rien que cela. Evidemment, Hiroko sera montrée avec son compagnon, et parfois dans des situations embarrassantes, tellement embarrassantes que le spectateur ne sera pas sans craindre une longue et pénible descente dans la folie :

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Hiroko s’offrant une partie de plage avec son boyfriend.

Mais le spectateur pige assez vite qu’il sera moins question de montrer des situations ubuesques que de découvrir ce qu’il y a derrière ce mal-être. Son terrible manque de confiance, sa peur de fréquenter de nouveau les hommes, a une origine dans l’échec de sa liaison avec Jiro mais pas seulement. Tout le long du film on lève le voile sur d’autres facettes de sa vie, sur son passé, son père ou encore sur son corps puisque peu après que sa mère ait déploré la froideur de son caractère, on apprend peu après que cette froideur semble se retrouver dans une certaine partie de son anatomie.

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Et du coup, les scènes d’ « ébats » avec son partenaire, très pudiquement filmées, apparaissent comme des tentatives aussi touchantes que navrantes aussi bien pour compenser la faillite de son corps que de l’entraîner pour retrouver, peut-être, une normalité dans sa vie sentimentale.

A côté d’elle, on a l’espiègle Mina (comme toujours excellent prestation de Sakura Ando) qui va réchauffer la personnalité d’Hiroko, lui insuffler un élan qui va la faire bouger, la faire sortir du vide de sa vie, mais aussi saisir certaines choses sur sa propre situation. Si le personnage apparaît au début un peu déplaisant, il ne tarde pas à gagner lui aussi en épaisseur. A sa manière, Mina est seule elle aussi. Mise en cloque par Jiro, elle se retrouve face à un dilemme : ou rester et morfler avec lui, ou quitter Tokyo, retrouver sa ville natale pour y repartir à zéro avec son bébé. Et si elle apparaît comme une aide à Hiroko pour sortir de sa situation (découvrant l’existence de la poupée gonflable, elle fera à la fin quelque chose qui sera décisif pour sa sœur), le contrepoint d’Hiroko n’est pas non plus sans l’aider à y voir plus clair. Le « torso » du titre n’est pas que celui en latex. D’une certaine manière chacune des protagonistes est le torse pour l’autre, l’appui qui va permettre de trouver réconfort et clairvoyance.

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Mina, Hiroko et sa mère.

Il faut passer le cap des trois premiers quarts d’heure pour découvrir toute la richesse de Torso. Au début, il s’agit de prendre connaissance du vide de l’existence d’Hiroko et ce vide donne inévitablement lieu à une impression de scènes un brin longuettes. Mais passé ce cap, le film parvient sans peine à captiver jusqu’au bout. Sans la moindre once de vulgarité,  Torso est au contraire tout en tact et en élégance, et doit beaucoup en cela à son magnifique duo d’actrices. Peu à peu la froideur et la gêne sont laissées au profit d’un resserrement salvateur des liens entre les deux sœurs, le tout accompagné d’un humour léger et d’un érotisme discret. Bref une bonne incursion dans le domaine de la réalisation de Yutaka Yamazaki, chef op ayant officié auprès de Kore-eda et de Naomi Kawase, incursion qui fait regretter que l’homme n’ait pas retenté l’aventure depuis.

7/10

100 yen Love (Masaharu Take – 2015)

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Ichiko est une hikikomori qui ne peut plus vivre tranquillement aux crochets de ses parents puisque sa sœur, fraîchement divorcée, est revenue vivre sous le toit familial avec son enfant. Comme les deux sœurs ne s’entendent pas bien, Ichiko décide d’alller vivre dans un petit appartement et de se reprendre en main, par exemple en décrochant un petit boulot de vendeuse dans un conbini, la nuit. Un soir, s’apercevant qu’un client a oublié de prendre sa monnaie (une pièce de 100 yens), elle part à sa poursuite, le retrouve, fait un brin de causette et, de fil en aiguille, devient sa petite amie. Malheureusement, le jeune homme n’a pas vraiment la fidélité chevillée au corps…

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Moi, Sakura Ando, à la base, j’aime bien. Son physique particulier d’abord, mais aussi cette voix nasillarde et surtout cette capacité à jouer des rôles bien différents. Que ce soit chez Sono dans Love Exposure (la perfide Koike), chez Ishikawa dans Petal Dance ou encore chez Kurosawa dans Shokuzai (où elle interprétait déjà une hikikomori dans l’un des épisodes), Ando a toujours montré cette capacité à endosser des personnages très différents. Rien à dire sur sa prestation dans 100 Yen Love. Brillante du début à la fin, elle est une sorte de lointaine avatar féminin et japonaise de Rocky. On y retrouve la même transformation. Au début elle est donc une hikikomori (Rocky, lui, se qualifiait de « bum »).

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Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour casser son image !

Ando est engoncée dans un corps d’hommasse, semble incapable de faire des phrases de plus de cinq mots, se déplace en vélo à la vitesse d’une octogénaire bref, apparaît comme une minable assez antipathique mais que l’on suit malgré tout, intrigué à l’idée que ce personnage puisse être l’héroïne d’un film. Arrivent la volonté de se mettre le pied à l’étrier avec son poste dans le conbini et le début d’idylle avec Ryuji, son petit ami boxeur. On n’est plus très loin du deuxième déclic du film (le premier étant le méchante peignée qu’elle se fout avec sa sœur) mais déjà s’opère un basculement. Le personnage gagne en épaisseur dans sa volonté de reconquérir une vie laissée depuis trop longtemps en jachère et devient peu à peu plus sympathique.

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« 100 yens love » indique le titre. il y a effectivement cette histoire de pièce oubliée mais aussi le fait que cette amourette pue la cata et ne vaut guère plus. Sexuellement, c’est le fiasco, et pour ce qui est de la fidélité, Ryuji a tôt fait de changer d’aiguillage au profit d’une vendeuse ambulante de tofu. C’est la petite originalité qui permet de se démarquer d’un Rocky. Dans ce dernier, le couple Rocky-Adrian n’est pas glamour mais s’impose assez vite comme quelque chose de solide, et la volonté de Rocky de se dépasser sera plus pour se prouver à soi-même qu’il n’est pas un « bum » que pour épater sa dulcinée. Pas besoin de briller pour elle, on sait très bien qu’elle sera derrière lui même dans la défaite. Ici rien de tel. Enragée de voir qu’elle a été trahie par Ryuji, tout comme elle a pu l’être de voir combien sa sœur la méprisait, elle va se lancer à corps perdu dans la boxe. Pour vaincre sans doute dans son esprit ces personnes qu’elle aime et déteste à la fois, mais aussi pour se vaincre elle-même, comme si elle voulait s’infliger un gigantesque pain dans le gueule pour mieux se remettre en selle. Tout comme pour Rocky, on aura droit à des scènes d’entraînement masochistes, ainsi qu’à une spectaculaire métamorphose du corps d’Ando. Affûtée, souple, rapide, mais toujours aussi avec cette fragilité qui achèvera de mettre le spectateur dans sa poche.

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Le final est particulièrement réussi. Moins grandiose qu’un Rocky où il s’agit carrément de se farcir le champion du monde, le propos reste le même : donner un sens à des mois d’efforts pour se prouver que l’on vaut un peu plus que 100 yens. Sobre mais efficace dans sa construction, 100 yen Love est une bonne surprise de 2015, portée par une Sakura Ando à la fois sinistre et étincelante. Décidément une actrice à suivre.

7/10

Petal dance (Hiroshi Ishikawa – 2013)

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Synopsis : un hiver, trois filles montent au nord du Japon pour voir une amie, en soin dans un hôpital après avoir tenté de se suicider. Arrivées là-bas, elles décident de se rendre à une plage pour se les geler.

Voilà, en gros, le résumé de Petal Dance. On l’aura compris, il s’agit bien là un film d’Ishikawa, l’homme du minimalisme contemplatif, aux intrigues diluées dans l’éther et aux actrices aussi volatiles qu’une fleur de cerisier.
Il n’y a pas de réelle recette pour aimer ses oeuvres. Mais pour peu que l’on soit sensible à sonpetal-dance-actrices univers, l’immersion dans un de ses films est un délicieux défi aux lois du temps. Comment une heure et demie avec si peu d’éléments narratifs a-t-elle pu passer aussi vite ? Il y a de la sorcellerie dans tout cela, ou du moins une savante alchimie faite de colorimétrie bleutée, de bande son concoctée par dame Yoko Kanno, et d’actrices confondantes de beauté et de simplicité. Pour preuve Sakura Ando, vue dans Love Exposure en train de jouer la perverse Koike, et que l’on retrouve ici dans la peau de Motoko, sémillante jeune femme partie retrouver la malade en compagnie de Jinko, jouée par Aoi Miyazaki. Ando, Miyazaki (déjà vue dans Su-ki-da), mais aussi  Shiori Kutsuna dans le rôle de Haraki, jeune femme rencontrée accidentellement et peut-être sauvée d’un suicide par Jinko,  et enfin Kazue Fukiishi interprétant la malade, Miki. Quatre actrices pour jouer quatre jeunes femmes, quatre « pétales » qui viennent errer sur la plage et comprendre certaines choses sur elles-mêmes. Point de bikini, point de scènes de nue comme on a l’habitude d’en voir régulièrement sur ce blog. Juste quatre magnifiques bijins emmitouflées sur la plage et causant de tout et de rien. Et c’est ça qui est bon. Les films d’Ishikawa, c’est un peu ce qui se trouve à l’autre bout du cinéma survolté de Sono. Là où le réalisateur de Love Exposure fait entrer son spectateur dans un train fantôme pour lui faire vivre une expérience éprouvante mais exaltante, Ishikawa préfère faire des films façon sachets de thé. C’est d’abord fade, limite insignifiant, et puis ça infuse, ça infuse, et finit par réchauffer le cœur avec un goût de reviens-y.

petal dance 1Ainsi cette scène dans une chambre d’hôtel : a priori mortifère mais la préparation d’un thé va bientôt évacuer les restants de vague à l’âme.

Evidemment, on peut trouver les films d’Ishikawa parfaitement insupportables et je veux bien comprendre cela. Mais pour peu que l’on soit sensible à son esthétique, le film, en dépit de la froidure de la neige qui apparaît à la fin, a tôt fait de devenir un cocon douillet où l’on se love avec plaisir. Moins accrocheur que Su-ki-da et tokyo.sora, mais dans le prolongement du court Kimi no Yubisaki avec sa scène de plage et ses mouvements de caméra autour des actrices. Il y a en Ishikawa un peu de Terence Mallick, l’exaltation de Dieu en moins, celle de l’éphémère en plus. Et cette même capacité à donner à ses personnages féminins une fragilité mêlée à une certaine force. A l’image de ce que suggère le titre, les quatre femmes sont les pétal$i! sayer. Les joies et les peines de ces femmes se répondent et vont se mettre à vibrer à l’unisson lors d’une scène où il sera effectivement question d’une « danse de pétales ». Tout comme un certain arbre rencontré au début du film, face au vent elles oscilleront mais resteront bien ancrée dans la vie.

Comme pour tous les films d’Ishikawa, la fin sera lumineuse. Le cinéma d’Ishikawa est un cinéma qui vise au dépouillement et à la simple affirmation de ce qui devrait constituer l’essence de la condition humaine : aimer, vivre et, pour Haraki, sourire.

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Si le cinéma japonais contemporain vous intéresse, si vous aimez Sono, Kiyoshi Korosawa, Kore-Eda, Kitano mais qu’en dehors de ce quatuor vous ne savez pas trop quel autre réalisateur cotoyer, peut-être qu’essayer Hiroshi Ishikawa est une bonne idée. Je ne garantis rien, peut-être que vous me maudirez mais tout de même, je tiens à mon idée : les images et les actrices d’Ishikawa, c’est vraiment quelques chose.

8/10

Ain’t no Tomorrows (Yuki Tanada-2008)

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Ain’t no tomorrows (2008) est un de ces nombreux films japonais traitant des amours adolescentes. Secrets, trahisons, confessions, situations triangulaires, tous ces motifs donnent lieu à des variations plus ou moins réussies, plus ou moins cul-cul la praline. Dans le meilleur des cas, on se trouve face à une légèreté pas désagréable. Dans le pire des cas, la légèreté devient tout à coup synonyme de vide. Ain’t no tomorrows appartient plutôt à la première catégorie avec cependant une nuance. Car ici, les premiers émois amoureux n’ont rien d’exquis ou de légers. Il ne s’agit pas de sortir avec Minami, la plus belle fille de la classe, de sortir avec elle main dans la main , de lui offrir des chocolats ou de lui envoyer de tendres messages par keitai interposés avant d’aller se coucher. Non, ici les protagonistes ont une idée fixe : enfin échanger leurs précieux liquides corporels avec l’élu(e) de – non pas leur cœur – mais de leurs pulsions. Lire la suite Ain’t no Tomorrows (Yuki Tanada-2008)

Love Exposure (Sion Sono – 2008)

Drôle, époustouflant, touchant, intelligent, brillant : tel est Love Exposure, dernier film de Sion Sono. Quatre heures faisant défiler devant vos yeux émerveillés un absolu divertissement non stop. Et pourtant, après avoir vu son précédent film, Hazard, j’étais un peu dans l’expectative. Trop hystérique, un peu saoulant, ce film m’avait dérouté, moi qui m’attendait à retrouver soit le glauque d’un Strange Circus, soit le regard critique un brin nihiliste d’un Suicide Club ou d’un Noriko’s Dinner Table (critique envers la société japonaise s’entend). Foutraque, Hazard ne m’avait pas paru très lisible, un peu forcé, comme ces films de ces réalisateurs qui essayent de donner un virage aussi spectaculaire qu’artificiel à leur carrière. Dès lors, mort, Shion Sono ? Attendez, vous n’avez encore rien vu. Lire la suite Love Exposure (Sion Sono – 2008)