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Yuki Matsuri : portfolio redux


Le genre de chapeau que j’eusse aimé ramener de ce court séjour à Sapporo, durant l’hiver 2005. Malheureusement ce n’était pas possible. Au lieu de cela, j’ai rapporté des photos. Plein de photos. Trop de photos. Des photos de touristes, de ces photos que l’on prend frénétquement sans trop réfléchir pour être sûr de se convaincre plus tard que oui, on y était. Et le tout avec un appareil tout pourri encore ! Enfin, je suis dur, mon premier appareil photo numérique, un Panasonic FZ2, a au moins eu le mérite d’accentuer mon goût pour la photographie. Pour le plaisir, l’excitation de capter un moment décisif, on repassera. Il est vrai qu’à -10°C, il ne fallait pas trop dépasser les dix secondes pour prendre un cliché, juste le temps d’enlever ses moufles, appuyer sur le shutter, et remettre ses pognes bien au chaud. Au-delà, le froid rappelle illico à vos vieux os qu’il n’est pas votre ami. Lire la suite Yuki Matsuri : portfolio redux

Le Yuki Matsuri de Sapporo (fin) : la nuit

     Il est 17H30 et déjà la lumière du jour commence à tomber. Dans moins d’une heure il fera complétement nuit. Vous venez de finir le tour de l’avenue Odori, et vous vous dites qu’un petit tour dans les rues commerçantes du centre avant d’aller manger serait une bonne idée. Seulement voilà : au fur et à mesure que l’obscurité arrive, vous avez l’impression que peu à peu un nouveau festival prend place. Cette impression est bien normale : car si le jour le festival est merveilleux, il est le soir proprement stupéfiant. Je ne vais pas éditer à nouveau la photo de l’avenue prise du haut de la tour de télé. En voici quelques une qui vous feront sentir le plaisir des yeux que peut faire ressentir le festival la nuit : Lire la suite Le Yuki Matsuri de Sapporo (fin) : la nuit

Le Yuki Matsuri de Sapporo (suite) : Les sculptures et l’ambiance

     Poursuivons l’article sur le Yuki Matsuri en entrant maintenant dans les détails du festival. Commençons par le moins spectaculaire : les statues de glace alignées sur l’avenue Susukino. Moins spectaculaire mais une bonne claque quand même. En fait, pour un souci de progression dans le grandiose, je ne saurais que trop conseiller de commencer par ces statues avant de se rendre sur l’avenue Odori. C’est une sorte de mise en bouche avant le feu d’artifice des monstrueuses sculptures de neige. Sur cette petite avenue, toute une collection de statues de glace est donc alignée. Leur taille est raisonnable (environ deux à trois mètres de haut) et leur nombre est de quelques dizaines. Les sujets sont variés : des personnages, des animaux, des créatures mythologiques pour l’essentiel. Certaines sont vraiment impressionnantes par le souci de finition.

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Le Yuki Matsuri de Sapporo (suite) : les « à côtés »

     Le Yuki Matsuri est beau. Mais quand j’y pense, il est la conclusion triomphant d’un long cheminement de Tokyo vers Sapporo. Ce périple fut rempli d’ « a côtés » qui ont, tout autant que les somptueuses sculptures de glace, largement contribué à rendre ce séjour unique. Ainsi le voyage en avion qui vous fait survoler des plaines et des petites montagnes enneigées ponctuées ici et là de minuscules maisons qui semblent mener leur vie hors du temps. Spectacle qui met positivement en condition. Et ce n’est pas fini. Vous arrivez à l’aéroport, vous prenez le train jusqu’à la gare de Sapporo, puis le métro (Sapporo dispose d’un réseau de lignes de métro moins développé bien sûr que celui de Tokyo mais largement suffisant) jusqu’à une station située non loin de votre hôtel. Vous sortez de celle-ci pour enfin faire votre premier contact en plein air avec la ville, et vous vous rendez compte que l’enchantement promis par les paysages vus de l’avion continue. Le bitume est là, mais la neige aussi : devant, derrière, à droite et à gauche. L’urbanisme japonais, son architecture, ses hideux bâtiments, ses temples, ses panneaux de signalisation prennent tout à coup une autre valeur, comme si la neige les avait extrait de leur banalité :

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Et quand en plus, après quelques pas au sortir de la station de métro, vous tombez sur ce type de bâtiment :

De jour...
De jour…
... et de nuit !
… et de nuit !

… vous vous dites que vous avez définitivement bien fait d’inscrire ce voyage à votre planning. Oui, bien au chaud dans votre chambre d’hôtel, vous regardez par la fenêtre :

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     Et vous vous dites qu’il va être doux d’errer dans les rues de cette ville rendue calme par la neige omniprésente mais avec derrirèe un je ne sais quoi d’électrique pourvoyeur de surprises. Je me souviens d’un adjectif la qualifiant, qui figurait dans mon « Lonely Planet » en anglais : « vibrant ». Sapporo est une ville qui vibre, elle est active, dynamique, riche en divertissements. Une sorte de déclinaison nordique de Tokyo.  Mais un Tokyo cotonneux, qui exalte et apaise à la fois. Je n’y suis resté que deux jours, mais je crois que j’aurais pu y rester plusieurs semaines à alterner le froid des rues et la chaleur des gargotes à y manger les fameuses ramens de Sapporo. Pour la vie nocturne, je ne peux pas dire, accompagné de celle qui allait devenir ma femme (à J-3), je me suis contenté de promenades et de restaurants. Au reste, nous étions tellement crevés en fin de journée que faire les bars n’était pas vraiment notre préoccupation. Mais certains néons criards, certains hommes sandwichs beuglant sur les trottoirs, certains salary men titubant accompagnés de gloussements montés sur de longues gambette me donnent à penser que oui, la vie nocturne à Sapporo est sûrement sympa.

     Des sites sont évidemment à visiter mais je ne vais pas faire la cartographie touristique de la ville, je ne m’en sortirai pas. J’évoquerai juste une promenade plaisante dans le grand parc enneigé (dois-je le préciser?) de l’université de Sapporo, construite si je me souviens bien par un américain au XIXè siècle.

Petit aperçu du parc de l'université
Petit aperçu du parc de l’université

Suite de l’article ici…

Le Yuki Matsuri de Sapporo

     J’écris cet article avec un peu d’avance sur la date de ce fameux festival qui se tient courant février. Mais période de Noël oblige, ce choix de sujet pour un nouvel article s’imposait de lui-même.

     Il m’est toujours difficile de déterminer quel est le moment passé au Japon qui m’a donné le plus de plaisir. J’ai toujours l’impression que chaque expérience a fait partie d’un tout et qu’il est un peu idiot de faire un classement des « meilleurs moments ». Cependant, je dois avouer que les deux jours passés à Sapporo ont constitué un séjour très particulier. Unique en fait, et peut-être, hélas, pour toujours. Cela le rend encore plus précieux à mes yeux. Car se rendre à Hokkaido en plein mois de février n’a, pour certaines raisons, que fort peu de chances de se reproduire. Heureusement, j’ai une bonne mémoire et je garde un souvenir très vivace de mes longues promenades nocturnes sur l’avenue Odori. Essayons de le restituer. Lire la suite Le Yuki Matsuri de Sapporo

Love Hotel (Frédéric Boilet / Benoit Peeters)

    

Love Hotel est une bande dessinée française qui possède plusieurs points communs avec les polars de Romain Slocombe. Dans les deux cas, leurs auteurs sont des français fascinés par le Japon, tout comme les deux héros respectifs : Gilbert Woodbrooke et David Martin. Le mot « héros » n’est d’ailleurs à prendre qu’au sens de « personnage principal » car ils ne brillent pas vraiment par leurs qualités : maladroits, obsédés par les japonaises, disposant d’un coeur d’artichaut qui les met parfois dans des situations embarassantes, ils ont tôt fait de transformer leur séjour au Japon en potentielle catastrophe. On retrouve par ailleurs la figure de l’ « ami » européen encombrant. Chez Slocombe, c’est Julius B. Hacker, dans la BD de Boilet, c’est Roger Simonin, un authentique beauf français.

     Dans les deux cas, on retrouve ce mélange d’humour et de gravité. Donnons ici un aperçu de l’histoire de Love Hotel. David Martin, fonctionnaire au ministère de la jeunesse et des sports, est envoyé au Japon pour une mission quelconque. David n’a rien d’un carriériste, non, utiliser ce voyage pour booster sa carrière n’est pas son genre. Son but est en fait de rapidement se débarrasser des corvées professionnels pour retrouver l’élue de son coeur : Junko, sa petite amie… lycéenne.  Malheureusement pour lui, le lecteur sent d’emblée que quelque chose cloche avec cette gamine. Les gloussements, les sourires entendus qu’elle adresse à sa copine en présence de David semblent lourds de signification. La seule chose que l’on apprend au début, c’est qu’elle s’apprête à participer à un jeu télévisé, un « concours pour les écolières » pour reprendre ses mots. Cela tombe évidemment un peu mal : les doux moments en tête-à-tête vont se faire bien rares pour David. Pour passer le temps, il y a la vie nocturne dans les petits bars de Sapporo (où il y aura bien sûr un accrochage avec quelques yakuzas locaux, esprit de Gilbert Woodbrooke, es-tu là ?) et la découverte des love hotels en solitaire. En deux mots à propos de ce type d’établissement, ce sont des hôtels spécialisés dans la location de chambre – souvent à l’heure – destinée aux ébats intimes.  La décoration peut souvent être assez spectaculaire. Ainsi, la chambre de David, lors d’une scène au milieu de l’album, fait tout pour évoquer Venise, jusqu’au lit qui représente une grosse gondole. Devant les images d’ « Adult Video » que lui balancent la télé de sa chambre, David sombre peu à peu dans un rêve acide qui préfigure la descente vers la douloureuse désillusion qui va suivre. Sans trop révéler la suite, disons-juste, en ce qui concerne Junko, que David découvrira que le jeu télévisé en question, est un jeu particulièrement douteux dans lequel des jeunes filles participent à des épreuves aussi drôles que lècher lascivement des boules de glace ou que montrer la plus belle culotte possible. Comme pour Woodbrooke, le héros est en décalage entre une image idéalisée du Japon (et de sa petite-amie) et ce qu’il en est réellement.

     Si vous aimez donc les histoires douces amères mettant des gaijins maladroits avec un Japon déconcertant, Love Hotel a de quoi attirer votre attention. En sachant cependant que le style graphique, très particulier, ne doit pas être perçu comme rebuttant. Passées les premières pages, on s’y habitue très vite et, si l’on prend en compte le fait que l’histoire se passe dans un Sapporo enneigé, on ne peut que trouver que ces « taches noires blanches » (dixit Jean-Paul Jennequin) font merveille, comme si elles étaient le symbole du constant balancement entre les scènes nocturnes et les scènes diurnes sous la neige.

Love hotel est paru chez Casterman et aux éditions Ego comme X.