Archives du mot-clé South Park

Sushis, yeux bridés et pains dans la gueule

On l’avait vu il y a trois ans, Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park, sont des amateurs du Japon et n’hésitent par à tresser ses louanges à travers un épisode hommage aux kaiju eiga, ou à le critiquer, par exemple sur son goût pour massacrer les dauphins et les baleines.

Après, il ne s’agissait que d’une paire d’épisodes, et sur 23 saisons, on peut se douter que l’on peut encore dégoter des perles évoquant la culture japonaise. Ainsi l’épisode six de la quinzième saison intitulé « City Sushi », brillant épisode dans lequel il est question de guéguerre commerciale entre un restaurateur chinois (Tuong Lu Kim) qui voit arriver dans son voisinage un restaurant japonais (le City Sushi), de Butters qui a des troubles de la personnalité annonçant le film Split, mais aussi d’une excellente séquence finale parodiant la fin de Psychose.

On y évoque aussi et surtout ces amalgames stupides propres aux occidentaux (et peut-être exacerbés chez les Américains) consistant à confondre Chinois, Japonais, Coréens bref, tout ce qui a les yeux bridés et qui roule les –r. Tel client du City Sushi croit ainsi que la sauce teriyaki est chinoise tandis que le présentateur TV faisant un reportage sur l’arrivée du resto japonais juste à côté du chinois, participe évidemment de l’amalgame :

« … avec l’inauguration de ce nouveau restaurant chinois les habitants de la ville ont officiellement baptisé ce secteur devenu un Chinatown, « le petit Tokyo ». »

La situation de concurrence et la confusion des origines ont le don de rendre dingue Tuong Lu Kim. Ce qui est cocasse car je ne sais pas ce qu’il en est aux Etats-Unis mais en France, on sait combien les restaurateurs chinois profitent justement de l’amalgame pour monter des restaurants japonais dans lesquels on trouvera de bien tristes sushis, des ramen fades, des « sayonaras » visqueux glissés au moment de partir ou encore une politesse à géométrie variable trrrèèès éloignée des standards pratiqués au Japon. Expérience vécue récemment dans l’unique restaurant de ramen situé à côte du cimetière du Montparnasse. De grands « merci » et « au revoir » balancés à la famille de six personnes qui quittaient le restau. Pour moi, simple pauvre type n’ayant commandé qu’un bol à six euros, peau de zob’ ! On espère que les clients ordinaires n’amalgameront pas la politesse de ces gus avec celle que l’on trouve dans les vrais restaurants japonais. Bref, fermons la parenthèse.

Tuong Lu Kim devient fou de rage donc et décide de tout faire pour éliminer son concurrent, Junichi Takiyama, tout d’abord en débarquant chez lui pour une séance de bourre-pifs en règle :

Spectacle pitoyable mais hilarant, n’évoquant en rien une scène de baston dans un film de Bruce Lee (qui était par son père d’origine hong-kongaise et non chinoise, attention à l’amalgame !) ou dans un chanbara de Kenji Misumi.

Comme cela ne donne rien, Lu Kim va monter une opération pédagogique visant à expliquer aux enfants de South Park qu’il ne faut pas associer Chinois et Japonais. Ça commence mal car leur entrée en scène les montre faisant une chorégraphie ridicule rappelant évidemment celle de Gangnam Style de Psy… un Coréen (on n’en entend d’ailleurs plus parler, pas plus mal comme ça).

Et ça dérape définitivement au bout d’une minute quand Lu Kim présente les Japonais comme des habitants d’un minuscule pays, forcément désireux d’envahir le voisin chinois chez lequel il a d’ailleurs perpétré des viols et des crimes innombrables à l’époque du Nankin. Et de conclure : « La seule chose que Japonais mieux réussir que tuer les gens est se tuer eux-mêmes. », diagramme montrant les taux de suicide à l’appui :

Le tout avec force accent à couper au couteau en comparaison duquel celui de Michel Leeb contrefaisant le Chinois apparaît comme une aimable plaisanterie. Mais c’est South Park, c’est-à-dire un show connu pour une certaine férocité, et j’avoue avoir pouffé en entendant certaines punch lines rendues encore plus bouffonnes avec l’accent.

Après ce perfide coup bas, Lu Kim récidive en organisant une sorte de matsuri pour une réconciliation sino-nipponne tout en haut d’une tour qu’il a fait construire : la tour de la paix. Son but réel : balancer le Japonais du haut de la tour et faire croire à un suicide puisqu’il est de notoriété publique que les Japonais ont ça dans le sang, le suicide.

S’ensuivra un ultime rebondissement : on découvre que Lu Kim n’est pas un chinois mais un blanc américain, le docteur Janus, grand malade ayant de multiples personnalités ! Manière facétieuse d’évoquer la double personnalité de certains restaurateurs chinois, japonais en apparence, en réalité bien chinois ? chacun jugera. En tout cas cela aura pour effet de faire perdre la face à Junichi Takiyama qui décidera illico de sauter du haut de la tour !

Je vous laisse la surprise de découvrir l’ultime phrase qu’il aura le temps de crier dans sa chute. Attendez-vous juste à une ultime poilade avant le final avec Lu Kim parodiant Norman Bates, même si, concernant la lutte des stéréotypes ethniques, on comprend qu’aux Etats-Unis il y aura encore du pain sur la manaita mais cela, Parker et Stone en sont bien conscients. Même Takiyama, a priori au début la victime de la perfidie de son voisin chinois, y va à un moment de sa moquerie raciale en se gaussant…

des yeux bridés de Lu Kim !

Bref un excellent épisode (qui troue le cul, comme dirait Cartman) à découvrir d’urgence pour ceux qui ont Amazon ou Netflix, les plateformes de streaming ayant récemment acquis les droits de la série. D’ailleurs je vais vous laisser, j’ai la saison 19 sur le feu.

 

Youkai Watch dans vos gueules !

yokai_watch

Tremblez, parents ! car le tsunami Youkai Watch est sur le point de déferler en France et de tout emporter sur son passage. À vrai dire, ça a déjà commencé. Vous vous êtes probablement aperçus que vos clampins revenaient de l’école avec ces mots à la bouche. Peut-être même sont-ils en train de vous tanner pour acheter un certain jeu vidéo. Eh bien si tel est le cas, sachez-le, vous n’avez pas fini d’en baver. Afin d’expliquer pourquoi, faisons une petite remontée dans le temps :

machine-remonter-temps

Destination : Miyazaki. Epoque : été 2014.

Olrik jr faisait alors l’expérience de son 4ème séjour chez ses grands-parents japonais. Inscrit à l’école du quartier pour suivre quelques journées de cours avant l’arrivée des vacances estivales (au boulot, grosse larve !), je crois que c’est là qu’il a ramassé non pas des poux mais ce foutu virus Youkai Watch. Très vite il s’est retrouvé scotché sur un PC à mater des épisodes, et encore plus vite à écumer le vaste rayon jouet de l’Aeon du coin afin de trouver des trucs et des bidules en rapport avec la série. C’est que la vogue pour Youkai Watch battait alors son plein au Japon. Cette franchise multimédia comprenant un manga, un anime et un jeu vidéo avait su tout de suite trouver son public, reléguant l’ancêtre Pokemon en machin ringard désormais destiné à fasciner les moins de cinq ans. La qualité ? je vous avouerais que je n’ai jamais regardé un épisode en entier. A ce qu’il m’a semblé je ne pense pas que ce soit pire que Pokemon. Je dirais même sûrement meilleur, l’utilisation du youkai (le fantôme japonais) fleurant bon après tout les mangas de Shigeru Mizuki. Après, voilà, on est dans le marketing, le produit calibré fait pour séduire et il ne faut pas s’attendre à des trésors d’inventivité artistique. Ça fait le job, c’est-à-dire ça magnétise les mômes et… ça fait acheter des conneries pas possible !

Assez rapidement Olrik jr s’est procuré les mangas, bien secondé en cela par un Olrik the 3rd qui n’hésitait pas à dénicher et à montrer à son frère des merdouilles potentiellement achetables.

olrik jr olrik 3rd

Olrik jr et son mauvais génie.

Les haltes dans les convinis n’étaient pas non plus de tout repos. Il suffisait qu’il y ait un sachet de bonbons, un paquet de gâteaux ou une glace où apparaissaient certains personnages désormais bien connus pour que tout de suite arrivent les inévitables tentatives pour me corrompre. Je tins bon cependant, 80% des demandent récoltant une fin de non recevoir. Mais le séjour étant sur le point de s’achever, commençait la frénésie de l’achat des omiyage à rapporter et des souvenirs persos. Pour les enfants, c’était aussi le moment de l’ultime shopping vestimentaire et… de quelques jouets avec les billets généreusement donnés par Jichan et Bachan. Comme Olrik Jr n’est pas non plus comme l’atroce Cartman (voir deuxième partie de l’article) à faire des caprices en tapant du pied, et comme la possession d’un Graal lui tenait à cœur avant de rentrer au pays, j’accédai à sa requête, à savoir se procurer ceci :

montre yokai watch

La montre Youkai Watch ! Je l’utilise désormais lorsque j’ai quelques réunions ennuyeuses, ça fait passer le temps.

Ne me demandez pas l’intérêt de cet objet, c’est au-dessus de mes compétences. En fait… vous verrez bien, quand le bidule sera mis en vente prochainement en France. Disons juste que ça renouvelle le procédé de la carte Pokemon, remplaçant les bouts de carton par des bouts de plastique que l’on insère dans la bête et restituant les voix des personnages, c’est tout. C’est tout mais ça marchait au Japon (et ça doit continuer) du feu de Dieu. A tel point qu’il nous a été impossible de nous en procurer un exemplaire (Aeon, Toys’r’us, tout a été fait) puisqu’il y avait pénurie de montres Youkai Watch dans tout le Japon (véridique) !

yokai watch 3yokai watch 2

Mais que diable faisait Shinzo Abe ?

Imaginez la touche d’Olrik jr à qui j’avais promis que c’était bon, on l’achèterait sa saloperie de montre mais dans les ultimes jours du séjour ! Et là, pas de bol, rapano les tocantes en plastoque ! J’avoue avoir rigolé dans ma barbe mais pas longtemps. Lors d’un passage à Aeon, nous tombâmes sur ça une affiche nous informant d’une vile opération commerciale informait l’arrivée un prochain stock de jouets Youkai Watch mais qu’attention ! il n’y en aurait pas pour tout le monde. Pour mettre la main sur les saintes reliques, il fallait débouler tôt, un dimanche matin ! afin d’obtenir des tickets qui pourraient être échangés dans la semaine contre les jouets. Mon premier réflexe fut de répondre : no way ! Et puis, insidieusement, un dilemme me prit. Certes, se lever tôt un dimanche pour une vulgaire histoire de jouet, ce n’était pas la gloire. Ça m’assimilait à ces parents qui se font marcher sur la gueule par leurs gosses et qui cèdent au moindre de leur caprice.

yokai watch 8

Un des coins Yokai Watch du rayon jouet d’Aeon. Au programme : jeux vidéo et distributeurs de médailles. Il y avait certes des enfants mais aussi des parents chargés de choper des médailles pour leur bien-aimée progéniture. Checkez au passage la maman et sa boite en plastique remplie d’une bonne centaine de médailles.

Après, je sais ce qu’il en est et, si vous êtes un habitué de Bulles de Japon, vous avez dû cerner ma personnalité et vous vous doutez bien que je ne mange pas de ce pain-là (voir à ce sujet ce merveilleux article qui résume toute ma pensée sur comment on doit éduquer des gosses). Pas question donc de me sentir péteux si je prenais la décision de me rendre à l’Aeon. Je ne suis pas comme les autres pères, moi, à coups de trique que ça fonctionne, et au garde-à-vous encore ! Et puis, j’avoue, toujours friand de nouvelles expériences, j’étais tenté par cette virée youkaiwatchesque à l’Aeon un dimanche matin.

Bref, arrive le dimanche en question et nous arrivons à Aeon sur les coups de 8H00 (oui, vous avez bien lu, 8H00, mais être matinal l’été au Japon est quelque chose qui se fait aisément) :

L’entrée est 50m plus loin à droite. Ah ! que j’ai hâte de retourner dans ce merveilleux complexe commercial !

Nous entrons, prenons de nouveau à droite, puis à gauche et là…

yokai watch 4

Damned !

8H00 et déjà une file conséquente. Était-ce une bonne idée d’avoir donné mon accord ? Alors qu’Olrik jr poussait lui-même moult exclamations de surprise, je commençais déjà à échafauder des excuses pour rentrer à la base mais une nouvelle vision d’horreur m’interrompit. Car cent mètres plus loin, au tournant du bâtiment :

yokai watch 5

Holy fucking Christ !

Aussitôt la fameuse musique de Bernard Herrmann pour Psychose retentit dans mon crâne. J’enfonçai à mort la pédale de frein et fis crisser les pneus sur le bitume. C’était peu discret mais plus prudent, le risque était de perdre la raison, de succomber au désespoir en s’encastrant volontairement dans la première voiture venue. Pris de spasmes, j’enclenchai à fond le climatiseur, cherchant à reprendre mes esprits, à retrouver cette force de caractère qui me caractérise. Assez rapidement je surmontai ce moment de faiblesse et au moment où je m’apprêtai à dire à Olrik jr qu’il n’était évidemment pas question de faire la queue, ce dernier me dit : « Euh… on va vraiment attendre ? ».

Brave petit ! Je savais qu’il était de la même trempe que son père. La guerre des jouets Youkai Watch n’aurait pas lieu et nous pourrions rentrer chez les beaux-parents pour siroter une boisson réconfortante après tant d’émotions. Mais avant cela, il fallait immortaliser cette scène de la furie japonaise ordinaire en descendant de voiture et en prenant, quasi hilares, une poignée de photos. Avec une question : qui était la personne qui s’était levé à une heure indue pour être sûre d’être la première de la file ? Comme de bien entendu, il s’agissait d’un vieux papy, apparemment soucieux plus que de raison de plaire à son Cartman de petit-fils.

yokai watch 6

A noter par ailleurs que la distribution des précieux tickets se faisait d’une manière toute japonaise : rigoureuse, rapide, disciplinée. Je crois me souvenir qu’après l’obtention des billets, il fallait entrer pour s’acquitter de la somme correspondante à des guichets.

Bref, vous avez compris, Youkai Watch est de ces séries ayant un pouvoir infernal, au Japon en particulier, certes, mais ne doutons pas que l’hystérie s’installe en France. Les échanges de médailles vont peu à peu s’installer dans les cours de récré et cela va durer. De retour en France, Olrik jr a reçu la précieuse montre quelques semaines plus tard. Elle était évidemment envoyée par ses grands-parents. Tout fier de l’arborer à son poignet, c’est limite s’il ne dormait pas avec. Et puis, comme tant d’autres jouets, elle a été mise dans un coin et a commencé à prendre la poussière. L’intérêt pour Youkai Watch s’est estompé (d’un autre côté, comment continuer à s’enthousiasmer pour une série lorsque vous ne pouvez pas la partager avec vos camarades français ?) et Olrik jr finissait même par arborer une moue méprisante lorsque le sujet était évoqué. Et puis, voilà, tremblement de terre, la série débarque en France, des copains en parle, le jeu vidéo apparaît et bientôt les fameux jouets et là, changement de fusil d’épaule, revoilà mon Olrik jr exhumant sa montre et créer sur sa 3DS un fan club Youkai Watch où tous ses copains l’ont rejoint ! S’il y a en lui un mépris certain pour la version française de l’anime (les noms des personnages et les coups spéciaux francisés lui déplaisent souverainement, tout comme les génériques en français), l’intérêt pour le jeu vidéo (au passage je ne remercie pas ses cousins japonais qui lui ont montré ce jeu lors du dernier séjour) est une véritable obsession. Surfant sur un bulletin trimestriel de first class, il a bien tenté de me soutirer quelques biftons mais je tiens bon, il n’a qu’à être patient, attendre l’argent de poche lors de la visite prochaine de ses grands-parents voire à revendre les jeux qu’il n’utilise plus. Je ne doute pas que l’arrivée de « Yo-Kai (sic) Watch 3ds » dans notre foyer soit une question de jours. Bon, après, tant qu’il ne s’agit pas de tomber dans cette folie :

yokai watch 7

Qui veut acheter ma médaille collector à 37000 yens ?

… je crois que la mode Youkai Watch restera supportable. Mais restons vigilant malgré tout.

Allez, avant de passer à la deuxième partie, un peu de musique pour se détendre :

LA chanson que l’on a entendue des dizaine de fois durant l’été 2014. On ne l’entendra pas en France mais je ne pense pas qu’il faille pavoiser, les génériques français étant souvent assez tartes.

***

Et maintenant, retour à nouveau sur un vieil épisode de South Park. Après le fabuleux épisode hommage aux kaiju, coup de projecteur sur l’épisode 10 de la saison 3, épisode intitulé Chinpokomon. Dans cette histoire, Stone et Parker s’en prennent aux dessins animés débilitants type Pokemon dont le seul objectif est d’installer une mode pour vendre un maximum de produits dérivés. La scène d’ouverture nous montre Cartman devant la télé en trains de déguster des beignets de poulet pour son quatre heures et tombant sur un spot publicitaire qui va déclencher chez lui et ses copains une envie compulsive d’acheter tout et n’importe quoi en rapport avec cette nouvelle série :

Matraqués, abrutis par des spots et des épisodes auxquels il n’y a rien à comprendre à part qu’il faut acheter les nouveaux personnages, Cartman et sa bande deviennent peu à peu d’étranges specimens d’enfants occidentaux lobotimisés et ressemblant aux héros de leur série favorite :

south park chinpokomon

Les parents sont médusés, tout comme le vendeur du magasin de jouets qui reconnaît cependant que « ces Japonais, ils savent comment vendre aux enfants ». Intrigué, ce dernier ira d’ailleurs mener l’enquête pour rencontrer les patrons de l’entreprise fabriquant les jouets. Ces derniers se contenterons d’adopter une posture humble tout en flattant l’ego américain en précisant que leur pénis est bien plus avantageux que le vermisseau qui leur sert d’organe génital. Il apparaît peu à peu que l’enjeu est d’envahir culturellement le pays, manière de prendre sa revanche de l’américanisation liée à l’occupation américaine.

L’épisode est enlevé et finalement réussi dans sa volonté de caricaturer la manipulation consumériste de nos chères petites têtes blondes. Leur montrer cet épisode peut même être un acte pédagogique salvateur ! Avec cependant un risque pour les pères, celui d’avoir une envie compulsive de se procurer ce jouet collector :

Pour le cas où l’un d’entre vous serait prêt à se séparer de son exemplaire, qu’il n’hésite pas à me contacter. Je suis prêt à débourser une somme rondelette afin de pouvoir utiliser ce magnifique jouet avec ma figurine collector de Godzilla…

Kaiju eiga à South Park

Le hasard a fait que je suis tombé récemment sur quelques épisodes de South Park après une looongue période d’abstinence et le hasard a bien fait les choses. D’abord parce que je prends un pied monstre à revoir l’humour malpoli très hara kiri de Parker et Stone. Ensuite parce que je suis tombé sur quelques épisodes où il était question de Japon. Le premier apparaît dès la première saison, il s’agit de l’épisode intitulé « mecha-Streisand ». Avec un tel titre, je me suis vaguement demandé s’il y allait avoir un rapport avec les robots japonais. Néanmoins comme je ne voyais pas trop le point commun entre Barbara Streisand et les mechas propres à la S-F japonaise, je n’y croyais pas trop. Et pourtant, je m’en suis bien mis les mirettes car apprenez que l’on y trouve Robert Smith :

south park 1

Oui, bien LE Robert des Smith des Cure, qui dans cet épisode se transforme en :

south park 2

Mothra-Robert Smith !

Vous l’avez compris, l’histoire va sonner comme un hommage à un genre bien apprécié sur ce site, le kaiju eiga. Un hommage et juste cela. On aurait pu craindre une charge aussi gratuite qu’imbécile (genre un certain sketch des Inconnus sur les sentai) mais non, il apparaît que Stone et Parker ont été marqué dans leur enfance par les vieux films japonais de monstres et ont décidé dans cet épisode de multiplier les clins d’œil à certaines références bien précises. Avant d’aller plus loin, un petit résumé :

Lors d’un atelier devant familiariser les enfants à l’archéologie, Cartman tombe sur un étrange triangle : il s’agit en fait du triangle de Zinthar. La découverte fait la une et une célébrité ne tarde pas à rappliquer à South Park pour mettre la main sur le précieux objet : Barbara Streisand, vieille star antipathique sur le retour, prête à tout pour récupérer le talisman qui doit lui permettre en fait de se transformer en une immense créature taillée pour conquérir le monde ! Les enfants aidés de Robert Smith parviendront-ils à l’arrêter ?

Dans cet épisode, le vitriol n’est donc pas destiné à nos bien aimés kaijus mais à Barbara Streisand, apparemment pas vraiment appréciés par Parker et Stone qui insistent sur sa prétention et son absence de talent. Elle va être le personnage ridicule qu’il va falloir dégommer et cela, l’épisode y parviendra sans problème dès la première moitié de l’épisode. Mais c’est surtout dans la deuxième que l’amateur de certains films japonais commencent à ouvrir des grands yeux. Sur un plateau de tournage, Sydney Poitier se rend dans sa loge pour discuter avec de minuscules créatures :

south park 4 south park 5

Le doute n’est pas permis, c’est évidemment un clin d’œil aux deux « shobijins », les petites fées (jouées par les Peanuts) dans Mothra contre Godzilla, chargées de récupérer le papillon géant :

mothra godzilla shobijin2

Plus tard, Streisand récupère donc le deuxième triangle qui lui permet de se transformer illico en…

south park 3south park 6south park 7Mecha-streisand !

Ici, c’est évidemment une allusion à mechagodzilla, le double de Godzilla qui apparut dans rien moins que cinq kaiju eiga. À noter que pour se transformer, Streisand psalmodie une formule magique en japonais :

Sugoi! Kono ima… atarashii hajimari da! Ima kara… atashi no namae wa… Mecha Babura Sutoraisando !

Magnifique ! Voici maintenant… un nouveau commencement ! À partir de maintenant… mon nom est… Mecha Barbara Streisand !

S’ensuit immédiatement une scène de destruction de la ville où apparaît d’ailleurs un restaurant de sushis :

south park 8

On a aussi des plans montrant une foule en panique et des immeubles se faisant défoncer, élément urbain qui n’apparaissait jamais dans la série. Absolument irrésistible, une voix japonaise retentit : c’est la voix d’un journaliste japonais qui se met à chanter les exploits du kaiju, évoquant ainsi certaines chansons propres aux kaiju eiga ou à certaines séries télé populaires. Les paroles sont cependant avec elle un peu moins amènes :

south park 9

Ba-bura, Ba-bura, ichiban kirao no hito  / Babura, Babura, tu es la personne la plus détestable
Ba-bura, Ba-bura, hana ga ookii  / Babura, Babura, ton nez est énorme
Ba-bura, Ba-bura, sugoi na bitchu da  / Babura, babura, tu es une belle salope
Barbura, Barbura!  / Babura, Babura !

Détestable mais invincible car même l’armée ne peut rien contre sa force dévastatrice. Fort heureusement une autre célébrité apparaît : il s’agit de Leonard Maltin (un critique de cinéma) qui a la bonne idée de se transformer en…

south park 11 south park 12

Ultra Marutan !

Après le kaiju eiga, c’est au tour du tokusatsu, c’est presque trop de bonheur d’un coup ! Malheureusement Ultra Marutan est parti pour se prendre une branlée. Mais c’est alors que Sidney Poitier surgit et se transforme en…

south park 13 south park 14

Mega Poatia !

Retour au kaiju eiga avec l’évocation de Gamera, la tortue géante. A cet instant on se dit que l’épisode part sérieusement en vrille mais qu’il s’agit sans doute du dernier élément WTF de ce combat dantesque contre l’horrible Mecha-Streisand. Erreur, puisqu’arrive Robert Smith qui se transforme donc en Mothra sous les clameurs du journaliste japonais qui chante un :

south park 15

Rob-ato Sumisu, Rob-ato Sumisu! Watashi wa daisuki Rob-ato Sumisu.

Et là, le combat sera vite réglé. Mecha Streisand sera balancée en dehors de notre atmosphère et explosera en un beau hana bi, permettant à Robert Smith de retourner à son beau pays dans un beau décor de soleil couchant :

south park 16

Il est très possible que les fans hard-core de South Park goûtent peu cet épisode tant il paraît bien sage dans son humour caustique en comparaison avec d’autres. Mais pour l’amateur de culture populaire japonaise, impossible de mesurer son enthousiasme, cette histoire est bien une petite perle.