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Angoulême 2019 (2/2) : Number 5 et Matriochka sont à la maison !

Résumé de l’épisode précédent : Ça va mal pour Olrik the 3rd et Olrik jr ! Embringués par leur papounet dans une séance de tirage au sort de tickets gagnants afin d’obtenir une dédicace du grand Taiyô Matsumoto, ils n’ont d’autre choix que de gagner s’ils ne veulent pas rentrer chez eux en auto-stop. C’est Olrik the 3rd qui vient de recevoir en premier un ticket de l’homme qui gère le tirage. Il le prend, le retourne et…

… le mot « gagnant » apparaît !

Illico je décrispe les mâchoires, c’était bon, le contrat était rempli. J’ai à peine le temps de penser à tout cela qu’Olrik jr s’est avancé pour recevoir lui aussi un ticket sur lequel figure :

« gagnant »

Et de deux ! Je le savais qu’avec de tels gènes de ouinneurs, la chair de ma chair était prédestinée à la victoire ! Et la passe de trois allait forcément se réaliser. Ce chiffre de trois me fit penser d’ailleurs à cette formule magique dans Ping Pong, ce « HERO KENSAN ! » qu’il faut clamer trois fois pour que le héros apparaisse. A cet instant j’entendis une musique monter en moi :

Le héros, c’était moi forcément, mentalement je prononçai la formule, je pris dans ma grosse main le ticket tendu par le gars du stand puis je lus…

« perdant » !

Qoâ ? Quel était donc ce pied de nez offert par les dieux du manga ? Tout cela était bien peu sympa envers un ronin de la blogosphère japanisthanaise qui suait sang et tripes sur son site depuis tant d’années. Mais je réfléchis, ces dieux avaient dû être touchés de voir que des clampins tels qu’Olrik jr et Olrik the 3rd avaient été emmenés par leur paternel pour participer à une séance de dédicace d’un mangaka à des années lumière des shonens de leur âge. Face à une telle élévation pédagogique, il convenait de les récompenser.

Et puis foin d’explications oiseuses, on allait avoir deux dédicaces de Matsumoto, c’est tout ce qui importait. Juste à côté se trouvait l’essentiel de la boutique sur Kana où l’on pouvait justement acheter des mangas de l’auteur qui allaient nous permettre d’avoir un ticket justificatif donnant le droit à avoir un précieux dessin. C’est alors qu’eut lieu cet intéressant dialogue entre Olrik jr et moi :

OLRIK JR – Bon ! Qu’est-ce que je vais choisir comme livre à dédicacer ?

MOI – Tiens, donne-moi ton ticket au fait.

OLRIK JR – (méfiant) Pourquoi ?

MOI – (en souriant et en lui arrachant le ticket de la main) Mais parce que comme c’est moi qui ai payé les billets pour accéder au festival, il est juste qu’il me revienne, mon petit.

OLRIK JR – Hé ! Mais c’est pas juste.

MOI – J’ajoute que ta participation au tirage au sort, souviens-t’en mon lapin, devait surtout te permettre de gagner un retour à la maison, en voiture et bien au chaud, plutôt qu’un retour un auto-stop sous la pluie.

OLRIK JR – (insistant) Hé mais sans nous tu n’aurais rien gagné !

MOI – Certes, il est vrai, mais songe que sans maman et moi, tu n’aurais jamais été fabriqué et tu n’aurais donc jamais pu avoir de ticket gagnant. Allez, abandonne ! Et de toute façon, je suis beau joueur, les dédicaces seront à votre nom (à part) mais les bouquins seront dans ma bibliothèque, ils seraient foutus de me les esquinter.

A la fois interloqué et hilare par l’avant-dernier argument massue, et finalement rassuré par le dernier, Olrik jr laissa donc son papa choisir les livres pour ses enfants. Que choisir justement ? Comme les deux frangins avaient tout deux gagné, il fallait essayer d’avoir une série complète en deux tomes. L’idéal aurait été d’avoir l’intégrale deluxe de Ping Pong. Mais elle n’était pas encore sortie et de toute façon c’était chez Delcourt. En fait il n’y avait pas trente-six possibilités. D’intégrales en deux volumes sorties chez Kana, il n’y en avait qu’une, c’était celle de Number 5 avec ses deux gros pavés :

Alors oui, je sais bien que Number 5 n’est pas le titre le plus accessible, encore moins pour des gosses, mais l’idée d’avoir l’intégrale avec chaque tome dédicacé au prénom d’un des clampins me plaisait. Et puis pour Olrik jr qui se destine à faire des études dans l’univers du dessin, le foisonnement graphique de ce manga pouvait déjà l’intéresser.

Bref, j’achetai les deux volumes (c’était le bon moment car – fin de festival oblige – il n’y avait plus qu’un exemplaire du premier volume) et nous rejoignîmes Applewood et son fils. Comme la séance de dédicace commençait à 15H30, ça nous laissait le temps de reprendre la navette pour retourner dans le centre ville. Direction le musée des arts où se tenaient deux exposition : une justement consacrée à Matsumoto, l’autre à Richard Corben. De grosses miches en perspective !

Après l’émotion du tirage au sort, ça allait me relaxer !

L’expo Matsumoto se tenait à l’étage, au même endroit où avaient eu lieu les expositions Kamimura et Tezuka. Et, une fois encore, il s’avéra que le travail pour rendre compte du travail de Matsumoto n’avait pas été confié à un bédouin. Choix très large et très représentatif de planches originales, choix accompagné de textes éclairants, c’est une magnifique exposition. Je dis bien « c’est » car à au moment où je tape ces lignes elle est toujours visible et le sera jusqu’au 10 mars. Comme nous n’habitons pas loin d’Angoulême, je compte bien y retourner prochainement, histoire de mieux en profiter. Car au moment du festival, c’est toujours le même blème, il y a du monde et un emploi du temps resserré qui ne permet pas toujours de bien en profiter.

Après Matsumoto, c’était au tour de Corben. A l’entrée un vigile nous prévint qu’il y avait des œuvres un peu trop corsées pour des enfants. Comme je connaissais un peu l’œuvre du dessinateur de l’Arkansas, je m’y attendais. Cela tombait bien, comme Olrik the 3rd et le fils d’Applewood montraient de toute façon peu d’intérêt pour les expositions, ils purent nous attendre en s’asseyant dans un coin pour reposer leurs guibolles. Pour Olrik jr, élève de quatrième intéressé par le dessin, c’était bon, voir des créatures bien pulmonées et des athlètes musculeux avec des vits de 60cm n’allait pas le choquer. Encore que…

WTF ?!

Là aussi, belle exposition qui avait cette fois-ci l’originalité de mélanger ses œuvres avec celles du musée d’arts. J’avoue que je regardai un peu distraitement et rapidement, car j’avais déjà à l’esprit l’horaire de 15H30 qui s’approchait à grands pas. Pas grave, c’était une expo que je regarderais plus attentivement quand je reviendrais quelques semaines plus tard pour revoir l’expo Matsumoto.

Une fois sortis, il fallait se diriger vers le champ de Mars afin de choper la navette. En chemin j’hésitai à prendre un peu de notre temps pour resaluer mon cousin. Souvenez-vous, mon cousin, c’est cet homme :

(On peut lire les lignes qui suivent avec cette musique : )

Je ne peux révéler ici quelles sont ses activités au sein du festival mais à chaque fois qu’on va le voir, il nous file un pass VIP. J’ai oublié d’en parler, mais on l’avait vu rapidos le matin et il nous avait justement filé ces pass, pass dont nous n’avions pas forcément l’utilité en fin de festival mais enfin, quand un membre de la familia fait montre de générosité envers les siens, on ne va pas se mettre à refuser, c’est mesquin. Et d’ailleurs, comme je me dis que l’année prochaine ça risque d’être deux journées consacrées au festival plutôt qu’une seule, je pense qu’il sera alors très intéressant d’avoir ce sésame. Bref, j’hésitai à aller le voir pour le remercier de nouveau et surtout discuter aimablement un peu plus car le matin, tout à ses activités festivalières, il n’avait pas eu beaucoup de temps à nous consacrer. Et puis je laissai tomber, me disant que nous verrions plutôt cela après les dédicaces. Il faudrait de toute façon bien revenir dans le centre puisque nous n’avions toujours pas fait la bulle du Champ de Mars.

Il était 15H20 au Manga City quand nous arrivâmes. Soit dix minutes avant l’horaire. Et malgré cela, un coup d’œil à la longue queue (très corbénienne finalement) me fit comprendre que l’attente allait être un peu douloureuse. Une trentaine d’heureux élus étaient en effet déjà en poste. Je soupirai et allai m’installer au bout.

15H45 : Toujours pas la moindre avancée. Je n’ai pas bougé d’un pas. Je suis seul, comme un chien, Olrik jr et Olrik the 3rd ayant eu la permission d’explorer le Manga City en attendant.

16H15 : j’ai avancé… de deux mètres. Sachant qu’il y en a encore une bonne quinzaine avant de me trouver face au maître, je commence à m’inquiéter un peu. La séance est prévu pour durer jusqu’à 17 heures. Que se passe-t-il si les 50 dédicaces n’ont pu être exécutées avant la limite ?  C’est au plus fort de mes inquiétudes qu’Olrik jr arrive pour m’offrir une canette de coca bien fraîche qu’il a achetée avec ses sous au fond du Manga City. Brave enfant ! J’allai tout de suite mieux et repris espoir.

16H30 : comme par enchantement, la file avance maintenant à un bon rythme. Olrik jr, qui est allé voir discrètement en avant-première à quoi ressemblait les dédicaces, me dit que c’était de petits dessins qui ne lui prenaient pas plus de deux minutes. Arrive alors Olrik the 3rd que j’enjoins illico à rester avec moi, la minute M allant arriver sous peu.

16H40 : l’instant tant attendu est arrivé. Matsumoto sensei, accompagné de son interprète, se tient enfin devant nous. Je tends les deux volumes de Number 5 à interpréte qui s’occupe de récupérer les tickets ainsi que de noter les noms en romaji que Matsumoto va faire figurer dans sa dédicace.

Comme les prénoms japonais de mes enfants tranchent avec les précédents prénoms bien français qu’elle a eu à noter, les habituelles questions sont posées quant aux origines japonaises des kids, ainsi que du lieu où se trouve la famille de Madame Olrik. Matsumoto s’étonne un peu de voir des enfants s’intéresser à son Number 5 plutôt qu’à One Piece mais je lui dis que comme dans la Olrik’s house il y a toujours eu le souci de varier les plaisirs culturels pour tirer les enfants vers le haut, il saisit la démarche et ne trouve rien à redire. J’ajoute qu’Olrik jr veut aussi devenir mangaka. Olrik the 3rd, qui sent que l’on est en train de causer de son grand frère, trouve un truc pour attirer l’attention sur lui. Stupeur ! il s’aperçoit qu’un des feutres de Matsumoto sensei est à terre ! Aussitôt il le saisit et s’empresse de le rendre à son propriétaire. Matsumoto se montre très reconnaissant, un peu amusé devant la bouille ronde façon Doraemon d’Olrik the 3rd.

Avant de repartir avec les précieux ouvrages, je demande à Matsumoto si je peux le prendre en photo. Il accepte sans problème. Mais comme j’avais déjà demandé à l’interprète trois minutes auparavant s’il était possible d le prendre en photo durant l’exécution des dessins, et qu’elle m’avait répondu que oui, c’était possible à condition que ce soit dans les limites de l’usage personnel (et donc pas répondu au quatre vents du web), je n’afficherai pas ici le portrait de Matsumoto. Par contre, j’offre une photo de ses mains en train de créer :

Et surtout ceci :

Matriochka et Number 5. Good choice.

Après tant de bonheur, que faire ? Mine de rien il ne restait plus beaucoup de temps. Le festival fermant ses portes à 18 heures, il n’y avait qu’à retourner en ville pour faire rapidos le Champ de Mars. J’en profitai pour voir quand même mon cousin. Pas de bol il n’était plus là ! Bon, ce serait pour le prochain festival. A la bulle du champ de Mars, nous retrouvâmes Applewood et Applewood jr. Comme on approchait de la fin du festival, des stands en profitait pour se débarrasser de marchandises (comme des posters), le bon plan pour Olrik the 3rd qui, comme tous les gamins de 7 ans, trouvait cool de ramener à la maison tous ces trésors. Moi, après la mission Matsumoto accomplie, je regardai les stands des grands éditeurs franco-belges un brin fatigué et indifférent. Un stand cependant attira mon attention, c’était celui de la boutique du festival.  Je m’approche, je regarde… bingo ! Il y est, je veux parler du catalogue de l’exposition Matsumoto. A la boutique du musée on ne le trouvait plus, ni d’ailleurs dans la boutique du festival qui se trouvait au Manga City. Je me souvenais d’avoir envié une Japonaise qui, quelques mètres devant moi dans la file d’attente, avait fait dédicacer ce beau livre à Matsumoto. Toute fière et heureuse, elle s’était ensuite fait prendre en photo par une amie, le livre ouvert à la première page où devait figurer un chouette dessin. Allez, je n’y aurais pas de dessin moi, mais au moins figurera-t-il en bonne place à côté du livre de l’expo Tezuka (et en attendant peut-être ceux sur Rumiko Takahashi et Yohiharu Tsuge, tout deux assurés d’avoir une exposition l’année prochaine).

Il était 17H50, la bulle allait fermer dans dix minutes. Il n’y avait plus qu’à retourner au musée de la BD pour retrouver nos caisses. Avant cela, il y avait tout de même un dernier truc à faire : l’expo Batman à la médiathèque juste à côté de la gare. Descendant à l’arrêt de celle-ci, nous quittâmes définitivement Applewood et son fils qui avaient encore de la route à faire avant de retrouver leur base à Tours, et qui avaient profité du moment d’attente pour nos dédicaces pour y aller jeter un œil. D’ailleurs, même pas y jeter un œil puisque la file pour y accéder était tellement mahousse qu’elle nécessitait une attente de deux heures ! Du coup lui et son fils n’avaient pu voir l’expo, se contentant de regarder la réplique de la Batmobile à l’extérieur. Dommage car l’expo avait l’air d’avoir une scénographie particulièrement réussie. A 18H00, j’espérais qu’il y aurait moins de monde. Il y en avait un peu moins effectivement, mais on en avait clairement pour une demi heure d’attente et comme les guibolles étaient fatiguées, on se mit d’accord pour faire l’impasse. Olrik the 3rd, qui était le plus motivé pour voir cette exposition, ne fut pas trop déçu car au moins il avait la consolation de voir de près la belle Batmobile. La dévorant longuement des yeux, acceptant bien volontiers de se faire prendre en photo devant, il attendait aussi impatiemment de la voir conduite par un monsieur qui s’affairait autour d’elle à effectuer quelques opérations techniques. Je fus un peu dubitatif : elle roulait donc vraiment ? Ce n’était donc pas juste une réplique décorative ? Je posai la question au gars qui me répondit qu’effectivement, elle pouvait rouler mais que lui et son staff évitait de la faire car c’était très compliqué. Quelques mètres derrière nous, une camionnette avec une grande remorque stationna, un long câble avec un crochet allant certainement tracter la Batmobile vers la remorque. Olrik the 3rd, lui, y croyait dur comme fer : la Batmobile allait vraiment vrombir et rouler pour aller sur la remorque ! Plutôt que de briser ses illusions en lui laissant voir une Batmobile se faisant misérablement tirer comme un vulgaire tas de ferraille (vraiment de quoi briser le mythe), je lui expliquai qu’il était inutile d’attendre et qu’il valait mieux retourner à la Olrikmobile qui, elle, fonctionnait et avait du chauffage. Et comme un vent glacial était tombé depuis quelques minutes, Olrik the 3rd accepta de partir sans trop ronchonner.

Quarante-cinq minutes plus tard nous étions à la base à raconter toutes nos aventures à Madame. Je m’empressai de contempler tranquillou à mon burlingue Number 5 et Matriochka, avec le sentiment du devoir accompli. Après tous ces bains de foule je sentais un peu fort sous les aisselles, c’est vrai, mais au moins j’avais la satisfaction de rapporter une pièce de choix à la mangathèque familiale, du meilleur effet aux côtés d’autres mangas dédicacés et autres précieux art-books. L’année prochaine, il faudra récidiver avec un objectif encore plus ambitieux : dame Rumiko Takahashi. Mais les enfants auront grandi et avec l’aide du cousin et de ses pass magiques, une véritable Delta Force tokusatsesque de la quête de dédicaces peut voir le jour ! Wait and see.

Angoulême 2019 (1/2) : opération Matsumoto !

Angoulême 2019 s’est achevé avec, une fois encore, comme un désir de rattraper des années et des années de célébration de la BD franco-belge au détriment de l’américaine de la japonaise (les trois grands axes de la BD mondiale, et je ne parle pas des BD d’autres horizons, un comble pour un festival qui se veut « international »). Aussi le festival est-il devenu, depuis l’arrivée à sa tête d’une nouvelle association en 2017 après les couacs de l’année précédente (sur fond de machisme et de fausse remise de prix), mais aussi du travail de Stéphane Beaujean, le directeur artistique du festival, aussi est-il devenu donc beaucoup plus ouvert sur le monde. Depuis dix ans cela avait été déjà amorcé un peu avec un rééquilibrage géographique parmi les lauréats du Grand Prix (voir la liste sur wikipédia, on comprend tout de suite), ouvrant ainsi la manne à de possibles consécrations pour des auteurs de mangas, type de BD au début purement ignoré (non pas que l’on connaissait son existence mais que l’on choisissait de l’ignorer, non, on ignorait simplement qu’il y avait des BD du côté du Soleil Levant), puis accepté mais perçu avec condescendance, enfin reconnu et consacré.

Premier d’une liste qui devrait s’allonger régulièrement : Otomo en 2015 (en 2013, Toriyama aurait dû être le premier mangaka à l’obtenir s’il n’y avait pas eu l’incompétence crasse de l’Académie chargée de choisir l’élu. En compensation Toriyama a obtenu un prix foireux, le « prix du quarantenaire »).

On est dans cette dernière phase et franchement, ça fait du bien. A tel point qu’il est probable que l’année prochaine je ne me contenterai pas d’une seule journée de visite tant le festival, devenu terriblement chronophage par la multitude de choses à voir et à faire, paraît compliqué à faire en une seule journée. Entre les belles expositions, les « bulles » des éditeurs, les activités pour les enfants (j’ai par exemple squeezé faute de temps les animations du 60ème anniversaire d’Astérix), ou encore, ma foi, les séances de dédicaces, impossible de tout faire convenablement. Petit récapitulatif du dimanche dernier, qui donnera une idée de la richesse mangaesque (et au-delà) du festival pour ceux qui n’y ont jamais mis les pieds et qui hésiteraient à s’y rendre.

9H20 : Arrivé au parking du musée de la BD alors que le festival ouvre ses portes à 10H. Il était temps cependant car on pouvait être sûrs que vingt minutes plus tard il aurait fallu galérer pour trouver ailleurs des places. Quand je dis « on », c’est ouam, Olrik jr, Olrik the 3rd ainsi qu’un vieil ami (appelons-le Applewood) et son fils du même âge qu’Olrik the 3rd).

Le temps de se procurer les bracelets permettant d’accéder aux différents endroits du festival, on arrive à l’entrée de l’espace Manga city, la grosse nouveauté du festival. En plus de la bulle du champ de Mars (consacrées aux éditeurs franco-belge traditionnels : Casterman, Dargaud, Dupuis etc.) et de la bulle de New-York (fanzines et éditeurs indépendants), il s’agit d’une nouvelle bulle entièrement dédiée donc aux mangas. D’une taille appréciable (le chapiteau a été installé sur un terrain de foot stabilisé), elle accueille les principaux éditeurs de mangas et permet d’organiser des conférences avec les mangakas qui ont été invités. Comparé aux précédentes tentatives pour mettre en avant le manga, le résultat est plutôt encourageant. Je me souviens d’une année où le festival avait voulu recréer un espace manga évoquant Shibuya (ou Shinjuku, je ne sais plus) à l’intérieur de l’espace Franquin, cela avait été irrespirable. Là, en décentrant dans un espace plus volumineux, tout de suite on apprécie un peu plus. Avec cependant un inconvénient : celui de devoir tâter dorénavant de la navette. Autrefois on naviguait surtout dans le centre-ville, gardant le Musée de la BD et ses expositions pour la fin. Là, il a fallu faire plusieurs allers et retours entre le musée et le centre ville à cause d’événement qu’il ne fallait pas rater. Après, comme le système de navettes est fonctionnel, ce n’est pas trop le cauchemar non plus.

Intérieur de la bulle Manga City. A noter que l’auteur de Blue Giant (excellent manga sur le jazz) était présent au festival et se fendait de quelques séances dédicaces… mais pas le dimanche. C’est là que j’ai pigé que venir à Angoulême juste pour cette journée allait s’avérer frustrant pour les prochaines années.

Bref, arrivent 10H, on entre dans la bulle Manga City. Très vite Olrik the 3rd et son copain ont compris qu’il y avait plein de choses à choper gratos : auto-collants promotionnels, affichettes de manga, cool ! Tout en regardant et en me prenant une affiche gratuite représentant la couv’ du tome 4 de Saltiness (du Olrik approved ce manga) sur le stand des éditions Akata, je me dis qu’il faut filer au stand Kana pour obtenir des informations sur ce qui peut devenir ZE événement pour moi : une séance de dédicaces de Taiyô Matsumoto ! Là, un vendeur m’explique qu’il faut d’abord participer à 13H30 à un tirage au sort. En cas de ticket gagnant, il faudra acheter un livre sur le stand qui donnera une preuve d’achat et permettra d’avoir sa dédicace. Il n’y en aura pas pour tout le monde : 50 tickets gagnants sur 100, soit une chance sur deux et même un peu plus car j’espérais bien faire participer mes deux clampins. Bref, ça me semblait jouable. En accord avec Applewood, nous décidâmes de quitter le Manga City pour rejoindre le centre.

11H : passage à la Bulle de New-York (enfin, la bulle du Nouveau Monde comme on l’appelle depuis pas mal d’années). Pas forcément la bulle qui m’intéresse le plus mais je sais qu’on y trouve les éditions Cornélius et surtout Le Lézard Noir qui fait venir à chaque fois un mangaka de son catalogue. Cette année c’est Mochizuki (Dragon Head, Maiwai, Tokyo Kaido…) qui faisait le déplacement. En cas d’absence de chance pour la dédicace Matsumoto, il pouvait offrir un joli plan B. Au stand, on m’explique qu’il fera vingt dédicaces à partir de 15H. Il y a là aussi un système de tickets : il faut juste arriver à partir de 14H pour acheter un livre et obtenir un ticket qui donnera droit à une dédicace. Premiers arrivés, premiers récompensés, c’est tout. Avec ces horaires proches du tirage au sort pour Matsumoto, je sens que ça va être chaud de concilier les deux. Je remercie en tout cas la vendeuse pour l’info et j’en profite au passage pour acheter ceci :

Angoulême, c’est souvent le moyen d’acheter en avant-première des livres qui ne sont pas encore sortis. Là, impossible de résister à ce Kamimura réputé pour être particulièrement corsé. J’ai commencé à le lire. De l’érotisme à la Kamimura mâtiné de fureur meurtrière à la Marquis de Sade. Âmes sensibles s’abstenir. Bref, après cela, nous poursuivîmes notre chemin avant de sortir de la bulle. Et là, erreur ! puisque dans mon empressement à me rendre au Lézard noir j’avais oublié de visiter le stand Cornélius, situé sur un petit espace central au milieu de deux embranchements. J’avais pris celui de droit alors qu’il fallait prendre celui de gauche. Sur le coup je me dis : pas grave ! j’en serai quitte pour revenir dans l’après-midi. Mais en fait non, les événements allaient tellement s’enchaîner que je n’allais pas y remettre les pieds. Il faut dire aussi qu’Angoulême le dimanche, c’est 10H-18H (au lieu de 10H-19H pour le jeudi et le vendredi, ainsi que 10H20H pour le samedi). Agaçant car là aussi, le festival aurait permis de mettre la main avec un peu d’avance sur ce précieux objet :

Le premier tome de l’intégrale de Yoshiharu Tsuge. Une première mondiale (ou du moins hors Japon, et encore c’est à voir).

11H30 : déjeuner au Quick Burger juste à côté. C’est le bon plan. On est au sec (ah ! bon temps de merde durant cette matinée, ça s’est amélioré ensuite), on a un plat chaud, et surtout la grande salle à l’entrée pratiquement rien que pour nous. Dès midi, c’est la cohue assurée. On commande, on s’installe, on bouffe puis on repart.

12H00 : arrêt à l’espace Franquin pour la belle expo Tsutomu Nihei, l’auteur de Blame ! (entre autres). On est accueilli à l’entrée par une jolie réplique (en partie fabriquée par l’auteur) d’un personnage d’un de ses mangas :

Il y a du monde et il est difficile de s’immerger dans les nombreuses planches originales. Mais l’expo a de la gueule, avec notamment des planches impressionnantes montrant de vertigineux décors. Olrik jr, dans sa troisième année de dessin BD et qui aimerait en faire son métier, apprécie et parle de s’acheter avec son argent de poche le premier volume de Blame ! dans sa nouvelle édition Deluxe. J’encourage cette initiative (qui me permettra de lire Blame ! gratos uh uh !).

12H40 : après un coup de navette on est revenus au Manga City because tirage au sort des tickets pour Matsumoto. Dans mon esprit il devait avoir lieu à 13H mais en fait non, il s’agissait de 13H30 ! Il y a déjà une trentaine de personnes qui fait la queue. Bon, courage ! Je prends la file et j’ouvre la fermeture de mon gilet pour laisser apparaître sur mon torse puissant le magnifique t-shirt Tekkon Kinkreet acheté il y a longtemps à un Uniqlo au Japon. Avec cette martingale ultime et l’aide de mes deux pirates, impossible de rater. Je devais, j’allais réussir !

Dans la file le monsieur moustachu derrière moi m’explique qu’il est membre des Amis du musée de la BD et qu’il travaille comme bénévole au festival. Comme nous sommes tout prêts d’atteindre le chiffre de cinquante personnes dans la file, il se demande si le stand Kana ne va pas en profiter pour se débarrasser des tickets gagnants plutôt que de s’embêter à avoir une file mahousse qui allait empêcher les gens de s’approcher de leur marchandise. Je sens le vieux loup de mer qui a dû vivre d’innombrables aventures dédicatoires et qui est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut. Il va même jusqu’à évoquer cette possibilité de donner vite fait les tickets au jeune homme qui avait l’air de diriger le stand. Celui-ci sursaute un peu quand il entend ça avant de rétorquer, un brin amusé, que sachant qu’ils avaient claironné que l’horaire du tirage au sort allait avoir lieu à 13H30, ce n’était pas pour ensuite mécontenter un tas de personnes qui allaient se retrouver cocus à cause de cette magouille. Il allait donc falloir attendre encore quarante minutes. Pendant ce temps, Applewood et son fils étaient partis voir du côté du musée de la BD. Moi, mon t-shirt Matsumoto et les kids, on attendait. Parfois, l’amateur de dédicaces derrière surgissait et discutait avec le type juste devant moi. J’écoutais et parfois intervenait gentiment dans la discussion, ça faisait passer le temps. A un moment, la discussion est tombée sur le présence avec moi d’Olrik Jr et Olrik the 3rd. J’arguai que tout de même, avec eux à mes côtés c’était bien le diable si je n’avais pas la chance d’avoir au moins un ticket gagnant. Le moustachu raconta alors une séance de dédicaces où il avait fait la même chose avec son fils, ce qui lui avait permis d’avoir un ticket gagnant au nez et à la barbe d’un passionné qui aurait tué père et mère pour avoir une dédicace de je ne sais plus quel auteur. Puis il a enchaîné recta avec une autre anecdote : une fois, il s’était mis d’accord avec une autre personne dans une file d’attente : il lui avait promis que si lui et son fils tiraient chacun un ticket gagnant, il lui en remettrait un bien volontiers, pour le cas où il n’aurait pas eu la même chance…

Une bien belle anecdote ma foi. Devais-je y voir un sens caché, une demande cryptée ? Je n’y pensai pas trop. Moi tout ce que je demandais, c’était d’obtenir un précieux sésame, juste un ! Pour cela j’encourageai mes clampins en mode Hyôdô sama.

Pour ceux qui ne connaissent pas, voici Hyôdô sama.

Ils avaient intérêt à avoir la main chaude, pour sûr ! car sinon ils pouvaient être assurés de faire le chemin du retour en auto-stop. Avec tout le fric que je dépensais pour les nourrir, il fallait bien un sérieux retour sur investissement, non mais ! Nous n’étions plus qu’à cinq mètres de l’endroit où se tenait le tirage au sort.

Ici, petite musique d’ambiance :

Plus que quatre mètres… trois… deux… un…. Nous y sommes.

C’est le sympathique jeune homme à lunettes qui s’occupe du sac à tickets et qui y plonge la main pour remettre un ticket. Olrik the 3rd est le premier à tendre la main. A ce moment j’entends au loin une sorte de « Zawa zawa !». Le jeune homme lui a posé un ticket la face contre sa frêle paume. De l’autre main il le prend, le retourne et…

La suite au prochain épisode.