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Un gourou coaché par Kitano

Many Happy returns
(Kyōso tanjō – 教祖誕生)
Toshihiro Tenma – 1993

Difficile d’imaginer ce qui a pu passer dans la tête du concepteur de l’affiche de Many Happy returns. Avec le visage d’un Kitano éclatant de rire on va se dire que l’on va avoir droit à une bonne comédie, mais en fait pas tant que ça, jugez plutôt :

Un jeune homme, Kazuo, croise un jour la petite troupe d’une secte allant de ville en ville pour vanter les mérites de leur leader, un vieillard capable de faire des guérisons miraculeuses. Il s’agit évidemment d’une arnaque, la secte, menée par deux affairistes (joués par Kitano et Ittoku Kishibe), n’ayant pour but que de se faire de l’argent. Kazuo décide de les suivre et  se voit un jour proposer de prendre la place du vieux leader, coupable de ne pas suivre à la lettre les directives qu’on lui donne. Kazuo accepte et se prend à jouer son rôle sérieusement. Très sérieusement même…

Adapté d’un roman de Kitano (Kyôso tanjô soit « naissance d’un gourou », titre que l’on préférera au titre anglais), le film est donc une comédie satirique sur les secte et du besoin de certains Japonais de gober ce type de couleuvre. Le mot « comédie » est un bien grand mot, n’attendez pas des pantalonnades beatotakeshiesques. Mais il y a certains passages malicieux, notamment cette scène dans laquelle le vieux leader outrepasse ses droits auprès d’un malade atteint d’un cancer et va prendre une décision pour le moins fâcheuse. Et si l’on aime les rodomontades de Kitano en mode yakuza qui roule les –r et accompagnant ses phrases de moult « baka yaro ! », on sera servi. Mais à part cela, le film baigne dans un relatif sérieux.

Un des passages comiques du film. Oui, il y a de magnifiques effets spéciaux.

L’intérêt sera de voir comment à la tête de la secte s’installent des tensions entre les membres obsédés par l’idée de faire du fric et ceux qui, bizarrement sincères dans leur foi alors qu’ils savent que les pouvoirs magiques du leader sont bidonnés, estiment que leur foi est primordiale n’a pas à venir après le pouvoir de l’argent. Komamura est de ces derniers et sa rivalité avec Shiba atteindra un sommet tragique.

Entre les deux, Kazuo balance. Sans trop révéler certaines surprises de l’histoire, il prendra son rôle très au sérieux, à tel point que son statut de leader ira bien au-delà des espérances de Shiba. Mais la fin du film n’offrira pas de réponses claires sur ce qui motive Kazuo et chacun sera libre de voir en lui un gourou sincère (cela paraît oxymorique dit comme cela mais bon, imaginez quand même) ou un simple escroc.

Kazuo qui travaille (ici en train de se faire passer pour un handicapé)…

… Kazuo qui se repose.

Dans tous les cas, il aura été étonnant de voir comment ces sectes pouvaient avoir pignon sur rue et faire venir une foule comme à une réunion du Comiket. Après la tragédie de Aum,  j’imagine que cela a dû changer, du moins on l’espère. Sans être exceptionnel, le film est donc intéressant pour tous ces points, même si on pourra regretter que l’aspect satirique n’ait pas été porté plus loin. Voir Kazuo en bonne compagnie dans un soapland est une chose. Mais traiter le thème du dérapage sexuel à l’intérieur de la secte en est une autre. Il faut dire ici que parmi les membres de la secte il y a la jolie Tomoko (jouée par Aya Kokumai que Kitano engagea la même année pour Sonatine). Elle s’occupe de trimbaler  sa grand-mère en fauteuil roulant lors de leur mise en scène pour étonner les jobards. Lors d’une scène, une des femmes de la secte s’en prend à Shiba, l’accusant d’avoir fait quelque chose à Tomoko. Ce sera le seul moment où la manipulation sexuelle à l’intérieur de la secte sera évoquée, ou plutôt effleurée puisque l’histoire n’y reviendra pas, en tout cas pas vraiment. Quelques minutes plus tard on a bien une scène nous montrant un Komamura surpris pas Shiba en train de fricoter avec Tomoko a priori le plus naturellement du monde, sans que cela soit le signe d’une manipulation de la part de l’homme. La colère de Shiba qui lui fait la morale est alors autant le signe d’une volonté de discréditer un rival aux yeux des autres membres que d’une jalousie larvée à l’égard d’un type qui a su avoir les faveurs sexuelles de la plus jolie femme du groupe. Sans aller jusqu’à souhaiter un traitement de cette thématique façon roman porno, on se dit que le personnage de Tomoko, plus développé (son rôle se limite à un ou deux répliques) aurait permis d’accentuer la noirceur des têtes pensantes de la secte. Mais peut-être le but était-il aussi d’offrir un film relativement familial et en cela Kyōso tanjō, avec son cynisme sage, a plutôt atteint son but.

6,5/10

 

Quand Kitano pleure à s’en tenir les côtes

Hiroshi Igarashi (Beat Takeshi) est un « talento » comique à succès sévissant à la TV japonaise. Sa femme l’a quitté pour l’Australie parce qu’elle trouvait qu’elle n’avait pas sa place dans cette vie entièrement tournée vers une vie médiatique frénétique. Hiroshi vit donc seul en compagnie de son fils, Ken, une dizaine d’années, enfant solitaire et mature, avec un goût prononcé pour la musique. Hiroshi ne se pose pas trop de question sur le fait que son fils est un peu livré à lui-même mais tout bascule le jour où on diagnostique à Ken une tumeur au cerveau inopérable…

哀しい気分でジョーク –Kanashii kibun de joke
Joke with a sorrowful heart
Takeshi Yoshida – 1982

On l’aura tout de suite compris, l’article du dimanche, quoique évoquant un film avec Beat Takeshi, ne sera guère drôle. Rien que le titre laisse supposer qu’il n’y aura pas de miracle, la fin sera forcément tragique. Joke with a Sorrowful Heart est de ces films qui traitent le sujet de l’enfant malade et qui forcément vous crispent un peu. Après, le film n’a rien d’épouvantable non plus, ce n’est pas, par exemple, Le petit prince a dit de Christine Pascal, film parfait pour plomber l’ambiance dans le cadre d’une diffusion en famille.

En fait, ce curieux film période « Beat Takeshi » avant que Kitano ne se décide à passer derrière la caméra, a bien plus de liens avec l’Été de Kikujiro qu’avec Le petit prince a dit. J’ai d’ailleurs inspecté un peu mes archives pour voir si Kitano citait ce film comme influence lorsqu’il a décidé de faire Kikujiro. Rien de probant je dois dire et pourtant il n’y aurait d’inconcevable d’imaginer que Kitano se soit rappelé ce film lorsqu’il a conçu l’histoire de Kikujiro.

D’abord parce qu’on y trouve la figure du père (réel dans Joke, de substitution dans Kikujiro) tendre et gaffeur, père qui dans chaque cas dispose d’une facette autobiographique. C’est évident pour Joke. A cette époque, Beat Takashi est une star du petit écran et le voir multiplier les facéties sur des plateaux donne tout de suite l’impression qu’il joue ici son propre rôle. Le film s’accompagne du reste d’un certain discours critique envers la moralité et les petites magouilles du métier, aspects très raccords avec Kitano quand on connaît l’esprit sarcastique du bonhomme. Dans Kikujiro, on le sait, son personnage était un hommage au propre père de Kitano, père maladroit qui passait son temps à gaspiller l’argent de la maison sur les champs de courses.

Père qui vrille sur les plateaux (séance de tarte à la crème qui dégénère), père qui vrille à la maison (il a mis sans s’en rendre compte un pyjama de son fils).

Autre point commun, l’opération de réenchantement du réel que va entreprendre le père pour faire oublier à l’enfant ses soucis. Dans Kikujiro, le vieux yakuza invente mille et un délires pour redonner le sourire à ce petit garçon replet et triste du fait de l’absence de sa mère. Dans Joke il s’agit de détourner l’attention de Ken du mal qui le ronge (précisons que le père cache soigneusement la réalité de sa maladie) mas aussi de rattraper le temps perdu. Conscient qu’il a sans doute été un père lamentable durant toutes ces années car souvent absent, il y a comme une frénésie de se rattraper, de montrer à Ken (et de se prouver à lui-même) qu’il est capable  d’être un bon père. On le devine, cela va se passer par une culture du mensonge qui n’a pas été sans me faire penser à La Vie est belle de Roberto Bénigni, à la différence que dans Joke la bouffonnerie mensongère y est sur un mode mineur (sans doute parce que Ken est un garçon intelligent auquel il sera plus difficile de faire avaler des couleuvres).

Partie de baseball dans un parc pour essayer d’intégrer Ken à un groupe d’enfants.

Enfin, il y a le voyage afin de retrouver la mère pour peut-être reconstituer le tissu familial (et là, on pense aussi bien à Kikujiro qu’au Petit prince a dit). Pour Ken et son père, il s’agira de se rendre carrément à Sidney, officiellement pour découvrir la vie autralienne, officieusement permettre à Ken de voir sa mère une dernière fois avant de mourir. La conclusion de ce voyage sera exactement la même que pour Kikujiro, c’est-à-dire cruelle, mais elle sera aussi finalement bénéfique car elle aura permis à Hiroshi et Ken de consolider leurs liens père-fils.

Une différence notable avec Kikujiro : en parallèle à la volonté de tout sacrifier pour son fils, Hiroshi doit aussi composer avec son métier qui bat de l’aile. Hiroshi a de moins en moins d’argent et va devoir accepter des compromis en acceptant des spectacles moins valorisants et pouvant porter atteinte à sa fierté en tant qu’artiste. Ce sera une difficulté de plus dans le moment difficile qui traverse : doit-il vraiment tout sacrifier, tout accepter pour gagner de l’argent ? Le grand écart est en tout cas vertigineux quand on le voit animer en costume de panda un concours de chœurs d’enfants alors que son fils vient de faire en coulisses un malaise et doit être amené d’urgence à l’hôpital.

Bref, si vous êtes curieux de la carrière de Kitano avant Violent Cop (pour rappel, son premier film en tant que réalisateur) et que vous avez adoré l’Été de Kikujiro, vous pouvez sans hésiter donner sa chance à Des plaisanteries voilées de larmes (titre français pour la sortie au Luxembourg). Quelques mois avant la sortie de Yasha dans lequel il campait un yakuza névrosé, Kitano montrait qu’il était capable de camper un personnage de père bouleversé et attachant, dans un film qui joue la carte de la lacrymalité somme toute avec mesure. On pourra tout au plus faire la fine bouche sur les cinq dernières minutes (je les ai personnellement trouvées un peu ratées, un peu gauches, presque de mauvais goût dans le traitement de la mort de Ken) mais le film reste tout de même une petite réussite dans son traitement d’un sujet Ô combien délicat.

7/10

 

Beat Takeshi, dans la salle du Kouhaku, sous vos applaudissements !

Hier, comme depuis quelques années, ç’a été réveillon en famille, à quatre, sur les tatamis du salon, autour de la table à s’empiffrer de bonnes choses, le tout en suivant la grande messe cathodique du nouvel an qu’est le Kouhaku Uta Gassen. Un peu cliché mais ce le genre de cliché que j’affectionne.

Un peu comme d’habitude j’ai envie de dire, l’équipe des blancs (celle des hommes) a gagné. Peut-être faudrait-il un jour que celle des femmes (l’équipe rouge, qui était représentée par une Haruka Ayase bien belle dans son kimono) vire de leur line up tous les machins du genre AKB48 pour apporter une vraie variété. Quant à Perfume, leur artificialité n’a eu d’égale lors de cette soirée que celle de la reconstitution digitale de Misora Hibari, c’est dire s’il faudrait qu’elles se réinventent. Au passage, l’apparition de Hibari était un poil flippante. Le rendu de la gestuelle était intéressante, mais pour celui de l’expression, c’était autre chose.

Expressivité aussi naturelle que la voix de HAL 9000 dans 2001.

Inévitablement, on a eu aussi droit à une chanson de Ringo Shiina. Comme toujours l’aspect musical de son titre était intéressant. Reste cette voix avec laquelle j’ai un peu de mal, voix qui peut passer avec certaines chansons comme elle peut devenir agaçante dans d’autres. J’ai plus eu l’impression de ce dernier cas hier. Cela dit, robe et gambettes sympathiques :

Dommage pour l’équipe des femmes donc, c’était pas mal quand même, il y a eu de bonnes prestations mais on pouvait faire mieux. De toute façon, pas de regrets à avoir car l’équipe blanche était injouable. La raison ? J’ai ma théorie là-dessus, je pense que tout a basculé pour les hommes lorsqu’est apparu sur scène cet homme :

Oui, cette silhouette, cette posture voûtée qui ne ressemble à rien et que l’on reconnaîtrait entre mille, pas de doute, c’est bien lui, Beat Takeshi qui va nous interpréter sur scène Asakusa Kid, forcément la chanson de sa vie. A-t-il bien chanté ? Disons que si on aime le style vieil alcoolique qui se met minable dans un obscur karaoké en chantant devant tout le monde avec ses tripes et qui va jusqu’à écraser une larme à la fin, on ne peut qu’adorer. Au début j’avoue avoir été dubitatif en prenant son passage au sérieux. Et puis, au bout d’un moment, j’ai craqué et me suis mis à suivre sa prestation un brin hilare, moi-même imbibé et reconnaissant de ce moment de poilade. « Allez ! Vas-y Takeshi ! Eclate-les tous ! Montre à tous ces freluquets ce que c’est que chanter une chanson ! » criai-je devant mon poste, une énième coupe de saké à la pogne, tandis qu’Olrik jr contaminé par la bouffonnerie de la situation, commençait à vraiment apprécier cette chanson – mais sans doute pas de la manière souhaitée par Kitano.

Il faut dire qu’après tous les numéros aux décors et aux costumes sophistiqués, c’était couillu de sa part d’apparaître au milieu d’une scénographie minimaliste et vêtu d’un pantalon large et d’un pull à col roulé miteux.

Vous avez aimé Kiss et Yoshiki (devenus Yohikiss le temps d’une soirée) quelques minutes auparavant ?

Vous avez kiffé les jambes de Ringo Shiina et la chanson de Pikachu ?

Bon, évidemment, avec Beat juste après, c’est un autre style, il faut bien l’avouer :

 

Et je ne parle même pas de la voix, que tu connais sûrement ami lecteur, voix pas forcément taillée pour pousser la chansonnette et qui tend à s’affaisser avec l’âge. Face à lui, le public était sage comme une image, politesse japonaise oblige. Mais intérieurement, que pensait-il vraiment ? Jubilait-il comme nous ? On peut penser qu’il n’avait pas l’esprit aussi mal placé que moi mais si je vous dis que l’a comparaison perfide avec l’acoolique qui chante dans un karaoké est venue de Madame Olrik elle-même lors de la chanson, on peut en douter.

La larme du talent pur. Après Hibari Misora, la Piaf japonaise, Beat Takeshi, le Brel nippon ?

Bref, l’équipe des blancs a gagné et je pense que le père Kitano, loin d’avoir effrayé les votes, les a au contraire attiré plus que jamais. Je pense que tous ceux qui se sont mis minables un jour dans un karaoké ont dû prendre son numéro comme une sorte d’hommage à eux-mêmes et ont dû se sentir reconnaissants en se précipitant sur leur portable afin d’apporter leur vote pour soutenir les blancs.

Vidéo d’une prestation de 2003, à une époque où Beat bougeait dix fois plus sur scène que maintenant.

Voilà pour le Kouhaku, 70ème édition (hallucinant quand on y songe) et première de l’ère Reiwa. Demain je me fendrai d’un autre article court pour évoquer une autre émission que la NHK a l’habitude de passer lors de la nuit de la saint Sylvestre. D’ici là, pour reprendre la formule consacrée :

Akemashite omedetou !

Ken Takakura et la succube

Dans un petit village côtier, Shuji (Ken Takakura) mène une vie paisible parmi la petite communauté de marins pêcheurs. Il est marié, a deux enfants, travaille bien, est respecté, Surtout, personne ne connaît son tumultueux passé de yakuza. Un jour, une jeune femme, Hanako, débarque avec son enfant pour reprendre le petit bar abandonné par la précédente propriétaire. Comme la nouvelle patronne est sympa, jeune et jolie, les hommes s’y précipitent pour de bonnes beuveries après les journées de travail. Mais tout s’aggrave quand le yakuza amant de la patronne, Yajima (Takeshi Kitano), arrive pour organiser des parties de mah-jong. Son but : renflouer ses poches en les incitant à rester tard dans la nuit dans le bar mais aussi en leur vendant de la drogue…

Yasha
(夜叉)
Yasuo Furuhata – 1985

Film sympathique des années 80, qui intervient dans la carrière de Takakura deux ans après Antarctica. L’un des principaux attraits de ce titre vient de la confrontation entre deux monstres. D’un côté, j’ai nommé Beat Takeshi dans le rôle de Yajima, un yakuza grossier, violent et impulsif comme Kitano aura l’habitude d’en jouer par la suite. De l’autre, Ken Takakura, LE Ken Takakura, le « Clint Eastwood japonais » (toujours trouvé naze ce surnom) habitué aux rôles de yakuzas taciturnes mais dotés d’un sens de l’honneur en béton armé. La confrontation vaut son pesant de sardines fraîches, mais l’intérêt principal est encore ailleurs. Car entreprendre de visionner Yasha uniquement dans cette optique reviendrait à être déçu. Yajima est en effet rapidement maté par Yasha (le surnom yakusa de Shinji) et même s’il revient plus tard dans le film, on ne peut plus vraiment parler de confrontation.

Un dur crédible, même avec sur le crâne une casquette ridicule.

En fait, le plaisir vient avant tout d’un rythme lancinant, alternant moments de quiétude et d’inquiétude, le tout porté par une belle photographie de Daisaku Kimura, qui travaillera d’ailleurs plus tard pour un autre film enneigé dans lequel apparaît Takakura : Poppoya. A la chaleur du sourire d’Ayumi Ishida (madame Blue Light Yokoyama, qui joue dans le film d’épouse de Shinji), ainsi qu’à celle du bar Hotaru répondent la froideur d’un rude climat hivernal et le mugissement des vagues qui s’agitent, faisant écho à ce qui se passe à l’intérieur de Yasha. Bref c’est un endroit à la fois tumultueux et paisible, parfait écho de ce qui peut se passer dans le cœur de Yasha, partagé entre l’envie de poursuivre une vie tranquille, et celle de succomber à la beauté de Hanako, courant le risque, en se frottant à Yajima, de voir resurgir son ancien passé de mafieux.

Shinji, son épouse et Hanako.

On l’aura deviné, on n’est pas face à un film de Fukasaku. Si l’on met de côté une des dernières scènes et surtout celle où l’on voit un Kitano sous héroïne courir dans le village un couteau de boucher à la main, le rythme est calme, uniquement inscrit dans les mouvements quasi imperceptibles qui se lisent dans le jeu granitique de Takakura. Ça pourra laisser de marbre. Pour ceux qui apprécient son austérité, ce sera le charme principal.

Allez, celui de Hiromi Iwaski dans le rôle de la mama san fatale compte un peu aussi.

Une petite réserve toutefois : le lien qui se créé entre Shuji et Haruko m’a paru un peu paresseux dans le sens où j’ai eu du mal à comprendre l’attachement subi tde Shuji pour elle. Certes, un flash-back nous fait comprendre (ou essaye de nous faire comprendre) qu’un parallèle se fait avec l’image d’une sœur cadette disparue à cause de la drogue. Il y a aussi le gigantesque tatouage que Shinji possède sur son dos, tatouage montrant une femme démon, « Yasha », sorte de succube auquel est explicitement comparée Haruko dans une des dernières scènes. Reste que, si l’actrice Harumi Iwasaki est joliment filmée, il lui manque un certain magnétisme pour rendre pleinement convaincant l’intérêt subit de Shinji pour elle, surtout quand il a à ses côtés la beauté rayonnante d’Ayumi Ishida du haut de ses 38 ans. Impression mitigée donc mais après, allez donc comprendre ce qui se passe dans larcasse impassible de ce diable de Takakura !

7/10

Outrage Coda (Takeshi Kitano – 2017)

Afin de voir Outrage Coda dans de bonnes conditions, il convient d’abord de se remettre en tête les deux premiers opus. Ne perdez pas votre temps à essayer de le visionner si vous n’avez pas vu Outrage et Outrage Beyond, vous ne comprendrez rien aux luttes entre ces clans de yakuzas, luttes se faisant parfois dans leur propre clan. Ayant vu ces deux films il y a maintenant pas mal de temps, je me suis donc fait un début de semaine diablement « outrageant », avec l’ensemble des trois films.

J’ai pu donc mieux apprécier le dernier volet que si je l’avais vu uniquement avec mes souvenirs des deux premiers. Mais ce travail de bon élève a eu un prix : l’impression d’une certaine lassitude, Outrage Coda n’ayant finalement rien de neuf à apporter. Rappelons ici (pour ceux qui aimerait les voir, vous pouvez sauter les deux paragraphes à suivre) que le premier Outrage racontait le jeu de massacre entre différents clans, massacre organisé par un grand chef de clan manipulateur (le chef du clan Sanno) et ayant pour origine la ridicule punition du chef d’un clan secondaire. De fil en aiguille, cette punition déclenche d’autres punitions en représailles avec au milieu de tout cela le personnage joué par Kitano, Otomo, qui exécute impassiblement toutes les basses œuvres tout en veillant à ses intérêts. A la fin du film, Otomo va en prison et s’y fait poignarder par un ennemi, tandis que le chef du clan Sanno se fait assassiner par son n°2, Kato, qui allait pouvoir régner tranquillement au-dessus de clans passablement décimés.

Dans Outrage Beyond, Otomo sort de prison grâce à un policier véreux et machiavélique qui pense que Otomo peut être un électron libre intéressant afin de l’aider à se débarrasser du clan Sanno. Il le met en contact avec le clan Hanabishi, le rival du clan Sanno dans le Kansai, qui l’autorise à faire sa vendetta contre Sanno. Aidé par des hommes prêtés par Hanabishi, Otomo ne tarde pas à démanteler Sanno. A la fin du film, Hanabishi est devenu surpuissant, le policier véreux se fait dessouder par Otomo qui a compris son rôle manipulateur, et Otomo rejoint Chan, un chef de gang en Corée, pour l’aider dans ses affaires.

Otomo.

Dès lors que pouvait-il se passer de neuf dans Outrage Coda ? L’affiche japonaise suggérait un final explosif dans lequel la poudre allait méchamment parler. Final un peu convenu mais pourquoi pas ? Voir la fameuse violence kitanienne s’exprimer dans une furia encore jamais vue dans sa filmographie promettait d’être intéressant. En fait, si cette furia s’exprime lors d’une scène, il faut bien reconnaître que le film est tout aussi bavard que les précédents et que dans beaucoup de scène il ne se passe rien de croustillants. Si vous avez aimé les deux premiers Outrage pour cela, pour ce dosage de froideur bavarde et de scènes violentes qui jaillissent au moment où l’on s’y attend le moins, vous apprécierez Outrage Coda.

Une scène ordinaire : des yakuzas qui papotent.

Après, si donc comme moi vous avez fait la démarche de vous mater avant Outrage et Outrage Beyond, il peut être difficile de ne pas avoir une impression de redite. Dans le précédent opus, Otomo se fritait avec un gros poisson, le clan Sanno. Dès les premières scènes, qui se passent dans un hôtel de luxe situé dans une petite île coréenne, il ne fait pas un pli que le sujet du film va nous montrer comment Otomo va se frotter… à un autre gros poisson, cette fois-ci le clan Hanabishi.

Bis repetita donc, et si l’on tient grâce à la promesse d’un massacre promis par l’affiche, il faut avouer que l’on a un peu de mal à se sentir totalement motivé par ces gueules de yakuzas abrutis (pompon remporté par celui que joue Pierre Taki) ne songeant qu’à se tirer dans les pattes pour gravir les échelons de leur clan. Même retrouver ces vieux salauds de Nishino et Nakata (excellemment joués par les vétérans Toshiyuki Nishida et Sansei Shiomi) ne parvient pas toujours à sortir le spectateur de sa torpeur.

Petite exception ici. Une scène de Kodoku no gurume ? Non, on est bien dans Outrage Coda avec ce bon vieux Yutaka Matsushige. La scène a tout du clin d’oeil, le personnage de Goro Inogashira étant devenu plus connu depuis Outrage Beyond.

C’est aussi que le monde présenté par Kitano semble usé jusqu’à la corde. Cinq années séparent Outrage Beyond d’Outrage Coda. Les personnages ont vieilli et se posent pour eux la question de l’intérêt de continuer ou non. En cela Outrage Coda a un regain d’intérêt si on le regarde comme un film d’un réalisateur qui a l’essentiel de sa carrière derrière lui, et surtout si on le compare avec Sonatine, le premier coup d’éclat dans la filmo de Kitano. Rien de plus dissemblables que ces deux films. Sonatine présentait des yakuzas s’ennuyant à la plage et qui retombaient en enfance, succombant à des facéties de gosses, le tout n’étant pas sans déboucher sur une certaine poésie à laquelle la musique de Joe Hisaishi n’était pas étrangère. Rien de tel dans la trilogie des Outrage, et encore moins dans l’ultime opus. Dans l’imagerie des mises à mort distillées tout le long des trois films, on pouvait sourire (de manière crispé certes, mais sourire quand même) devant l’incongruité de ces exécutions présentées comme une blague sanglante souvent très imaginative. Mais les films ne sont jamais allés jusqu’à nous présenter des yakuzas potaches plongés dans des activités sans rapport avec la criminalité. L’unique exception est au début d’Outrage Coda, lors d’une scène de pêche.

On commence la film avec un sourire, mais ça ne va pas durer.

On a alors l’espoir que Kitano retrouve in extremis la voie de ce qui avait fait son succès. Mais cet espoir est rapidement balayé par le vent glacial de ces luttes intestines qui se prennent au sérieux : décidément on ne rigolera pas beaucoup dans Outrage Coda. Il y a quelque chose de pourri dans cette époque. Des vieux comme Nishino s’accrochent et ne font plus marrer, tandis que les jeunes pousses sont singulièrement ineptes et ridicules (la grotesque tentative d’assassinat de Chan). Entre ces deux extrêmes, Otomo aura la consolation de s’octroyer quelques sympathiques exécutions et surtout de donner un vigoureux coup de balai parmi les yakuzas du clan Hanabishi. Avec cependant une question : quel programme pour la suite ? Car l’atmosphère crépusculaire, qui est certes un peu un topos du genre depuis les film de Kinji Fukasaku mais qui apparaît dans cette trilogie et surtout dans ce troisième volet particulièrement sensible, a des allures de fin de carrière pour Kitano, du moins pour ce qui est de sa casquette de réalisateur faisant ses choux gras de la représentation de la violence. L’ultime scène du film, choquante et morbide (et faisant écho à une scène emblématique de Sonatine) n’est en effet pas sans apparaître comme le point final à cette violence toute kitanesque que les avatars de Kitano à l’écran incarnaient avec plus ou moins de brutalité. Symboliquement, le prochain film de Kitano, prévu pour 2018, sera une pure love story adaptée d’un de ses romans. Au moins, de ce côté-là on est rassuré. La « fin de carrière » est toute relative chez cet homme qui, quoique âgé de 70 ans, apparaît encore aussi coriace que ses personnages à l’écran.

Si vous vous posez la question, sachez qu’Outrage Coda est visible en France sur le nouveau site d’E-cinema. J’ai testé, le visionnage est de qualité, avec de bons sous-titres (malgré quelques coquilles) et une image de 1080p maximum. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, sachez que le site propose aussi le visionnage de Ryuzo and the seven hanchmen, jusqu’à présent inédit en France.

En attendant que le temps se purge

Aeon un dimanche matin

Dimanche 22 octobre

C’était donc bel et bien reparti pour des aventures japanisthanaises. Mais attention ! fallait voir à ne pas aller trop vite pour ne pas se claquer. Raisonnablement (et un peu lâchement), je décidai de ne pas chausser mes baskets pour aller courir sous la pluie. A la place, j’optai pour me rendre en famille au grand Aeon en famille, histoire d’aller voir l’actualité de choses aussi essentielles que les films alors programmés au cinéma, quels étaient  les KitKat de la saison, s’il y avait de nouveau trucs sympa à becqueter ou à boire, dénicher des gashapons cool bref, occuper mon temps de manière intelligente.

Highway to consumerism

Arrivés là-bas, nous mîmes un peu de temps à nous garer. Le dimanche, c’est un peu la journée à éviter, a fortiori quand le temps n’est pas à la fête, ce genre de complexe commercial ayant tendance à devenir le véritable centre ville, condamnant l’ancien à n’exister qu’à travers les bars et les restos. Quoi qu’il en soit, de nouveau en pleine possession de mes moyens, mes super réflexes en action, je fondis comme l’aigle royal sur la première place libérée, n’en pouvant plus d’attendre de retrouver l’atmosphère mercantile du lieu.

A l’intérieur, en passant devant les films à l’affiche au cinéma situé à l’étage, je tombai sur cette bobine bien connue :

Beat était dans la place avec Outrage Coda, dernier volet de sa trilogie des « Outrage ». Aller le voir en avant première était tentant, même s’il était sans doute plus raisonnable sa sortie en France pour profiter des sous-titres, plutôt essentiels pour ce type de film. Bon, on verrait cela plus tard (je rappelle sinon que le film sortira en France le 1er décembre sur e-cinema.com).

Plus loin, au magasin Jusco, à la redoutable section des machines d’arcade pour les enfants, les kids décident de se payer une partie de Dragon Ball Heroes. C’est le drame ça, Dragon Ball Heroes. Cela condamne un parent à attendre à proximité que son mouflet ait terminé sa partie dans une atmosphère de bruits particulièrement agressive, le tout multiplié par deux quand on a le malheur d’être dimanche. Mais Olrik the 3rd était tellement et fier de faire ses toutes premières parties (au précédent voyage il s’était contenté de regarder jouer le grand frère), que je l’observai patiemment mettre au point sa stratégie pour latter du méchant :

Pour ceux qui ne connaîtrait pas, c’est LE jeu d’arcade pour les shonen boys. Il se joue avec des cartes qui représentent des personnage de la série. On les dispose sur l’écran-table (c’est la nouveauté, il y a un an, c’était juste un plateau) et Ô surprise ! ils apparaissent sur l’écran du haut. Le joueur peut alors affronter une troupe d’adversaires en changeant les cartes de place pour effectuer de savants tours tactiques afin d’augmenter la puissance de son équipe, et en appuyant au bon moment sur un gros bouton pour être sûr que les coups envoyés fassent le plus de dégâts possibles.  Simple, précis, efficace, addictif. Bref, japonais.

Quinze minute de tumulte plus tard, direction le rez-de-chaussée. A la boulangerie, une pancarte me rappela que j’allais découvrir les joies d’Halloween au Japon…

… tandis qu’une autre indiquait qu’attention ! le Beaujolais nouveau, c’était pour bientôt !

Le cocktail zombie et gros pif promettait d’être explosif.

De l’humidité du typhon à l’humidité houblonnée

C’en était tout pour la première incusion à Aeon. L’après-midi, direction le centre-ville. La Delta Force se scinda en deux : Madame et Olrik Jr allèrent à la librairie Tsutaya tandis que j’emmenai Olrik the 3rd redécouvrir les plaisir du sento à l’Aceland. J’ai déjà raconté les plaisirs du lieu, je ne vais pas m’appesantir. L’endroit était toujours aussi relaxant et vivifiant, mais j’avoue que faire le combo sauna + bassin d’eau froide a été plus intimidant cette fois-ci. Autrefois j’y allais façon samouraï de l’ère Edo. Choc thermique de l’extrême ? Rien à cirer, j’étais un putain de dur ! Là, avec le petit air frais automnal, ça ajoutait en difficulté. Prudemment, je me contentai d’immerger les cannes, on ferait mieux plus tard.

Regaillardis, nous rejoignîmes Madame et le grand frère à Tsutaya. Fatalement, nous retrouvâmes ce dernier à l’étage, là où se trouvaient les rayons mangas mais aussi ceux des jeux vidéo. Tout à son excitation de bientôt posséder la Switch, il explorait soigneusement le rayon consacré à cette console afin de fantasmer sur les jeux qu’il se promettait bien d’avoir dans un proche avenir.

De mon côté, je fantasmai un peu sur ça :

Un jeu PS4 qui allait sortir, un cross over entre l’univers d’Hokuto no Ken et le système de jeu de l’excellente série des Yakuza. Depuis la PS2 j’avais tenu bon, j’avais toujours résisté à l’envie de me procurer la PS3 et la PS4 mais là, tenir le coup en 2018 promettait d’être duraille.

Pendant que tout le monde continuer de bouquiner à la librairie, je m’extirpai de Tsutaya pour me faire un petit quart d’heure de ballade en solo dans les rues du centre. Ambiance aussi lugubre qu’irréelle. Les restes d’un typhon avaient fait leur œuvre. Ici des vélos renversés sur un parking…

… là des enseignes lumineuses essayant péniblement de donner signe de vie au milieu de magasins fermés et d’une absence d’animation qui contrastait avec la frénésie de l’Aeon.

De quoi refroidir les ardeurs et se dire que le Japon durant l’automne, ça n’allait pas être la joie. Mais c’était sans compter sur les ressources de la belle-famille qui, puisque nous étions depuis la veille entièrement réunis, avit projeté d’offrir un resto dans un établissement spécialisé dans le shabu shabu. Le temps de rentrer et de repartir tous les six afin de se remplir la panse (prélude à qui allait devenir la norme durant quinze jours), je me retrouvai ainsi face à une couleur que je connaissais par cœur…

Ainsi qu’une multitude d’ingrédients qu’il fallait disposer dans un plat séparé en deux compartiments (un pour le shabu shabu, l’autre pour le sukiyaki). J’ajoute que nous disposions d’une bonne heure afin de commander à volonté (excepté les boissons qu’il fallait payer en sus) tous les plats désirés :

Assez vite je fus gagné par cette sensation de bien être consistant à remplir l’estomac de tout plein de saines choses tout en détendant l’esprit avec force rasade de bière puis de shochu. La mauvais temps dehors n’avait alors plus d’importance. Décidément, le Japon l’automne, finalement ça promettait.

Mosquito on the Tenth Floor (Yoichi Sai – 1983)

Le film relate la chute d’un flic à cause de soucis d’argent (entre autres). Pressé comme un citron par son ex-femme qui lui demande une pension alimentaire, l’homme s’enfonce peu à peu, notamment en empruntant de l’argent à plusieurs usuriers…

十階のモスキート (Jukkai no mosukito)

Pour un premier film, c’est franchement réussi. Produit par l’ATG et construit à partir d’un scénario concocté par un Yuya Uchida qui à l’époque avait été touché par un fait divers concernant un flic désespéré, le film propose un intéressant portrait d’un policier qui n’est certes pas un Dirty Harry ou un Serpico, mais qui n’est assurément pas non plus un inspecteur La Bavure. Faisant honnêtement son boulot depuis vingt ans dans un koban (ces petits postes de police de quartier), l’homme peut être vu comme un bon flic. Son malheur est de vivre dans une époque très particulière, celle de la bulle économique des années 80. En fait, difficile de trouver un meilleur film pour jeter un regard doux-amer sur cette époque de nouvelle opulence.

Un koban : souvent quelques mètres carrés avec deux flics à l’intérieur.

Pour l’illustrer, le film insiste sur deux lieux. L’un est une banlieue industrielle, lieu déshumanisé, origine de la richesse et des futurs plaisirs du peuple :

L’autre est tout le contraire puisqu’il s’agit du parc Yoyogi à Harajuku :

Le policier s’y rend plusieurs fois pour assister, médusé, à cette jeunesse qui danse, jeunesse parmi laquelle se trouve sa propre fille. Là, ce n’est plus un désert humain industriel mais une sorte de surhumanité qui s’étale. Il faut s’exhiber, montrer que l’on est bien habillé, que l’on s’amuse, que l’on a du pouvoir d’achat (cf. la demande de fric que fera la fille plus tard auprès de son père, afin de pouvoir s’amuser à Harajuku). Autant dire que notre flic n’y trouve pas son compte et qu’il y apparaît aussi esseulé que s’il se trouvait dans le précédent paysage industriel.

En fait, tout semble lui casser les noix dans « ce monde en train de changer » (expression qui revient plusieurs fois). Sans être non plus un moralisateur du « c’était mieux avant », on sent qu’il ne comprend pas certaines choses de cette nouvelle société. Que sa fille Rie sèche l’école pour aller se dandiner à Harajuku, il ne comprend pas. Mais son ex, elle, le comprendra et l’excusera tout à fait, comme si jouer à une sorte divertissement social ostentatoire faisait partie de la panoplie ordinaire – et limite obligée – du Tokyoïte de son temps.

Sa fille Rie portant l’une de ses panoplies (que l’on devine nombreuses).

Les divertissements cathodiques ? Leur compte est réglé lors d’une scène dans laquelle le premier geste du flic, alors qu’il entre dans une salle de repos, est d’éteindre le poste en train de cracher on ne sait quel programme débilitant. Mais malgré tout, il y a comme une sorte de désir larvé d’être de son temps. Ce désir se manifeste par l’acquisition de l’objet emblématique de ce monde changeant du début des années 80 :

Le personal computer.

Il s’agit d’ailleurs de la scène inaugurale où l’on voit le personnage errer dans les ruelles d’un quartier que l’on imagine être Akihabara puis qui entre dans un magasins d’ordinateurs pour y observer ces nouvelles machines. Profitant d’une somme empruntée à un usurier, il en achètera un pour s’adonner aux joies de la programmation. Lorsqu’une figure colorée apparaîtra sur l’écran, ce sera l’occasion pour le spectateur de voir l’unique sourire se dessiner sur son visage. Mais il ne succombera pas non plus aux nouvelles sirènes du monde moderne. La scène sinistre dans laquelle il propose à une femme – surprise à un vol à l’étalage et ramenée de force chez lui – de jouer à un jeu de bowling sur son ordi. La tentative d’amusement collectif ne sera pas convaincante. Et l’ordinateur va peu à peu devenir le témoin froid de la déchéance du personnage.

Cette déchéance passe par cet endettement que rien n’arrêtera, le flic n’ayant aucune perspective de carrière intéressante (il échoue du reste à chacune de ses tentatives d’examen pour obtenir une promotion) et allant jusqu’à risquer son pognon dans des courses de bateaux (les kyotei) qui s’avèrent catastrophiques pour lui. A noter que cela donne lieu à une scène amusante avec un Beat Takeshi en bookmaker distribuant des conseils foireux mais aussi, éventuellement, des parpaings dans la face des clients mécontents de ses mauvais conseils :

Déchéance financière donc, mais aussi déchéance au niveau dans sa quête de relations humaines lui procurant un peu de chaleur. Cette quête est résumée par un seul mot :

« Chatte »

Et notre flic de faire venir chez lui diverses bijins rencontrées au hasard pour les violer ! Le viol reste relatif, l’une de ses partenaires étant une connaissance de bar avec laquelle il entretient un lien amical et qui se prêtera volontiers avec lui au jeu de la bête à deux dos. Beaucoup plus ambiguë est en revanche la scène avec la pervenche qui repoussera d’abord de toutes ses forces la tentative de viol, avant de céder. Pourquoi ? Parce qu’elle a compris que de toute façon elle n’était pas assez forte ? Ou bien parce qu’elle n’est pas si différente de lui, c’est-à-dire en quête d’un semblant de relation dans un monde changeant et froid ? Difficile de répondre, mais la présence systématique de l’ordinateur lors de ces scènes d’ébats ne lasse pas de leur donner un aspect sinistre. La manko, le sexe, les gémissements, la chaleur liée au contact du corps du partenaire, tout cela notre flic l’obtient. Mais est-ce satisfaisant ? Avec l’écran d’ordinateur allumé juste à côté, le spectateur a l’impression que la vision de ces corps qui se frottent est finalement tout aussi virtuel et vide que ce qui est affiché sur le PC.

En fait, le sexe n’est qu’un expédient décevant pour tenter d’être heureux. Ce qu’il faut pour notre personnage, c’est ça :

Être un homme, c’est-à-dire l’homme d’une famille. Lors d’une ultime tentative, il débarquera chez son ex pour essayer confusément de la reconquérir. Autant dire que face à l’égoïsme de la personne (le personnage est assez déplaisant tout le long du film), ce n’est pas sa piteuse tentative de viol en état d’ébriété qui va lui permettre de la reconquérir. Et la plainte qu’il lui adressera (« je suis juste un être humain ! ») sonnera comme un ultime signal de détresse, un aveu d’impuissance à faire redémarrer sa vie après son divorce. La chute, sans être aussi terrible que la fin de Bad Lieutenant (avec cet autre personnage de flic désespéré), sera navrante et ne sera pas sans annoncer les personnages kitannesques à venir dans les années 90. A ce sujet, on terminera en saluant la prestation de Yuya Uchida, parfait dans son personnage de flic quasi inexpressif et muet. Un peu un Hana Bi avec une décennie d’avance.

7,5/10

 

[SHINBUN] Olrik’s Fabulous Weekly Shinbun #3 : deux magazines cools, une fiction à la radio et une légion d’honneur

PRESSE

Avec le dernier voyage au Japon je n’ai pu découvrir que tardivement Otomo, sorti au moment où je faisais mes valises. Pas vraiment une nouvelle fraîche donc, mais pour le cas où vous ignoreriez de quoi il s’agit, voici toujours une petite présentation du bel objet. Concocté par l’équipe du magazine Rockyrama concacréotomo au cinéma américain qui a bercé notre enfance et notre adolescence, Otomo, comme son nom l’indique, est consacré à toute cette culture populaire japonaise qui fait les choux gras de Bulles de Japon depuis sa création. Autant dire que je me suis trouvé en terrain plus que connu à sa lecture et que j’ai eu parfois l’impression d’avoir entre les mains un équivalent papier de ce site avec toutefois une différence (et pas des moindres) : une quasi absence de bijins ! Ce grave défaut mis à part (et qui sera, on l’espère, surmonté pour le prochain numéro), l’ouvrage est riche en informations et très plaisant à lire de par sa maquette (la même que pour Rockyrama), même si certains article sont à la longue pénibles à lire : les pages sur Fukasaku en caractères blancs sur un fond rose pâle, bon, les mecs, vous êtes bien gentils mais la prochaine fois vous éviterez. Bonne idée sinon d’insérer quelques publicités vintage. Ne manque plus que le poster dépliant de Reiko Ike à poil, et ce sera parfait.

Le contenu est sinon de qualité et varié. Certains articles m’ont laissé froid car ne m’apprenant pas grand chose et je pense que ce sentiment sera ressenti par l’amateur de japonaiseries qui s’est déjà constitué un bon bagage culturel. Mais d’autres se sont avérés instructifs. Avec 22 articles sur 165 pages, c’eût été tout de même malheureux d’achever la lecture en ayant l’impression d’autre aussi truffe qu’avant !

Bref, malgré de petits défauts, un must have. Je l’ai lu avec le même plaisir que les Mad Asie, l’éphémère déclianison de Mad Movies consacrée au cinéma asiatique. Vaut largement ses 12,50€.

 

RADIO

Cela faisait longtemps que je n’avais pas envoyé des liens sur des émissions de France Cul en rapport avec le Japon.

Commençons avec ce numéro de la Dispute dans lequel Arnaud Laporte et son équipe parle de l’exposition consacrée à Provoke, expo apparemment qui vaut le coup d’œil :

Ajoutons une courte critique d’un manga de Tezuka :

Et finissons avec cette récente fiction radiophonique, adaptation de Ce qui nous retient, de Fabrice Collin. L’histoire : le corps d’un Français a été retrouvé dans une forêt réputée hantée au pied du mont Fuji. On demande à sa compagne, Astrid, de venir le reconnaître.

Je l’ai écoutée alors que je conduisais le soir. Le rythme lent et les tentatives de recréer le Japon, en évoquant par exemple la nourriture japonaise, m’ont plutôt fait passer un agréable voyage.

 

CINÉMA

Juste pour signaler cette bande annonce faisant la promo des films au programme de Roman Porno reboot, évoqué précédemment :

 

PRESSE (ET BIJIN)

Comme je sais que certains lecteurs sont en ce moment en plein voyage dans un certain pays, je m’empresse de leur suggérer ce conseil : qu’ils entrent dans le premier convini venu, qu’ils se rendent au rayon presse et se procurent le dernier numéro de Weekly Playboy. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils connaîtront l’expérience particulière d’acheter ce type de mag dans un convini. Ami lecteur, je ne vais pas y aller par quatre chemins : si tu es du sexe masculin, tu auras beau avoir traîné tes guêtres plein de fois au Japon, sache que ces expériences vaudront toujours peau de zob si tu n’es pas un jour entré dans un convini pour y acheter ton paquet de clopes, ta roteuse et ton Weekly afin de déguster le tout sur un banc à proximité après une dure journée de marche.

Mais il y a aussi une autre raison. Fêtant son cinquantième anniversaire, le magazine a sorti un numéro au doux parfum vintage avec, en couverture…

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Agnes Lum !

Oui, LA Agnes Lum, la bikini idol des 70’s (à laquelle j’ai consacré un numéro « bijin de la semaine ») dont les mensurations de déesse ont fait rêver à l’époque plus d’un jeune Japonais. A l’intérieur du mag, neuf photos d’Agnes et plusieurs pages consacrés à d’autres bijins vintage. Autant dire que si vous hésitez à vous procurer les vieux photobooks, parfois un peu chers, consacrés à notre sino-hawaienne préférée, l’achat de ce Weekly Playboy pour égayer les étagères de votre bibliothèque s’impose. Au passage, comme je ne suis pas au Japon, si un lecteur pouvait en acheter un deuxième exemplaire et me l’envoyer, ce serait sympa.

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ÉVÉNEMENT

Terminons avec LA grosse information de la semaine, allons-y direct et sans ambages, je suis comme ça moi, je ne suis pas comme ces gens qui tergiversent ou qui prennent un malin plaisir à faire monter la sauce, c’est vrai quoi ! quel intérêt y a-t-il à retarder à l’excès une nouvelle importante tout cela pour un pauvre effet de suspense, il faut parfois savoir aller droit au but, exactement comme Mark dans un épisode de Captain Tsubasa, tactique qui du reste s’avère souvent payante car fructueuse en terme de buts bref, ne cherchons pas à vous faire languir et balançons l’information sans afféteries :

TAKESHI KITANO VA RECEVOIR LA LÉGION D’HONNEUR !

Oui, vous avez bien lu, il va recevoir la même décoration que Jean-Pierre Pernaut et ce, pour tous ses bons et loyaux services rendus peut-être moins dans le divertissement télévisuel japonais :

… que dans le septième art.

Dans un communiqué, Kitano a exprimé son ravissement à l’idée de recevoir cette distinction :

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Je suis content.

… et on se prend à rêver, pour la prochaine fournée de légions d’honneur qui sera distribuée, de la distinction d’autres enfants terribles du cinéma. Même si on ne le soupçonne pas vraiment d’être un cinéphile distingué, peut-être y a-t-il la volonté chez Hollande, apparemment en pleine période j’en-n’ai- rien-à-foutre-je-vous-emmerde-tous, de montrer de quel bois il se chauffe en décorant des personnalités qui, rappelons-le, sont capables d’imaginer ceci :

Wait and see donc, peut-être aurons-nous bientôt le plaisir de voir la prestigieuse décoration sur le torse d’un Gaspar Noé, d’une Takeshi Miike ou d’un Rob Zombie.

Takeshis’ (Takeshi Kitano – 2005)

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Beat Takeshi est un acteur renommé. Un jour, il rencontre un homme lui ressemblant comme deux gouttes d’eau et se nommant comme lui Kitano. Ce personnage qui passe des auditions pour essayer de décrocher des petits rôles est en fait un modeste employé de convini qui, tout le long de ses journées, doit subir pas mal de vexations. Petit à petit, le personnage va laisser son imagination l’envahir et rêver à ce que serait se vie s’il était lui-même Beat Takeshi…

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L’heure est venue pour moi de retenter l’aventure de la trilogie sur la création (Takeshis’, Kantoku Banzai et Achille et la Tortue). Un peu comme avant de revoir Getting any?, je sens monter en moi l’inquiétude. Sera-ce supportable ou véritablement une douleur sans nom ? C’était tout la question avant de revoir Takeshis’ dans des conditions HD. Eh bien, si je me souviens que le visionnage à l’époque avait été une bonne surprise, je m’aperçois dix ans plus tard que rien n’a changé, je reste admiratif du résultat et continue de ne pas comprendre que ce film soit parfois pris de haut. Sans être un chef-d’œuvre, il reste une œuvre intéressante pour le connaisseur de Kitano et de son œuvre. Pour les autres, franchement je ne sais pas. Peu importe finalement. Ce que j’aime en fait (et trouve louable) dans ce film, c’est ce refus de servir la becquée au spectateur en lui délivrant un mode d’emploi. C’est obscur, pour ne pas dire abscons, et c’est justement ça qui est bon, nous mettant à des années lumière d’un insipide biopic sur la trajectoire d’un artiste. Démarche en tout cas culottée de la part d’un auteur à l’époque en passe d’être quasi sacralisé et qui décide de balancer ce film à la face du public, notamment celui de la Mostra de Venise en 2006.

Et à la revoyure, le film m’est apparu beaucoup moins confus qu’il n’y paraît au premier abord. Avant d’aller plus loin, petit résumé de la structure façon poupée gigogne (ou « fractale », titre qui à la base avait été imaginé par Kitano) de Takeshis’ :

1) Durant une scène de bataille de la seconde guerre mondiale, un soldat japonais méchamment blessé voit apparaître des soldats américains. L’un deux avance vers lui et le regarde.

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2) Beat Takeshi joue dans un film de yakuza :

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3) Beat Takeshi dans sa vie de tous les jours. Avec sa jeune et jolie compagne du moment, son imprésario, ses amis, ses fans, etc.

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4) Le tournant du film : Beat Takeshi rencontre son sosie (appelons-le M. Kitano) et lui offre un autographe.

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5) Nous pénétrons désormais dans la vie de tous les jours de M. Kitano.

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6) Entrée dans un nouveau monde : la psyché de M. Kitano qui se rêve être Beat Takeshi.

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La partie onirique du film est amorcée avec la scène du taxi et culminera avec celle du concert et surtout celle de la plage. Après, le film reviendra petit à petit à son point de départ avec la scène du soldat américain.

***

Expliquer de fond en comble serait périlleux tant le film est conçu pour être vu et revu, n’appelant pas une interprétation unique mais au contraire une multitude. Conseil d’ailleurs donné par Kitano lui-même lors d’une interview à sa sortie : « voyez-le une fois, puis une deuxième avant même de commencer à l’analyser ». Conseil aussi de le vivre comme une expérience et pas comme un objet rebutant parce que fuyant par trop les sentiers battus. Le film peut ainsi être vu (et apprécié) comme un trip hallucinatoire de la même eau que certains films de Lynch, trip où réel et rêve s’interpénètrent et se confondent de manière inextricable dans ce qui est donné à voir. Le film fait 1H45, c’est une durée bien pensée pour se fondre dans ce projet qui tenait à cœur Kitano tout en empêchant un effet de lassitude, pour peu que l’on sache garder ses sens et son intellect en alerte, que l’on fasse preuve d’un minimum de curiosité devant des détails ne cessant de revenir à travers les différentes strates narratives du récit.

Car si l’on s’attarde sur certains détails, il est alors très agréable de laisser vagabonder son imagination et de réfléchir à des interprétations possibles.  Inutile de dire que l’article s’adresse surtout à ceux qui l’ont déjà vu. Pour les autres, vous pouvez lire, je pense que les spoils ne seront de toute façon pas décisifs pour vous dégoûter de le voir. Vous n’y comprendrez sans doute pas grand-chose mais peut-être que cela éveillera votre curiosité et vous donnera envie de vous plonger dans ce film unique. D’une manière générale, ignorez le lieu commun qui consiste à dire « Kitano, après Hana Bi, c’est plus rien que de la merde ». Takeshis’ est la preuve que non, ce qui vient après Hana bi est loin d’être à jeter.

Bref, voici pêle-mêle quelques idées qui me sont venues lors de ce nouveau visionnage et qui me semblent baliser le puzzle de manière à le rendre moins obscur. Peut-être pas les clés définitives, mais des idées qui m’ont permis de mieux me confronter à ce deuxième visionnage de Takeshis’.

1) Sur le soldat américain

Ce visage pas forcément inamical et filmé en contre-plongée peut renvoyer à l’enfance de Kitano, à une époque où l’occupation américaine permettait de rencontrer des GI’s amicaux distribuant sucreries et chewing gum aux petits enfants. Kitano a pu expliquer dans une interview que cette dichotomie entre « ennemi » et « mec sympa » avait toujours suscité en lui une sorte de malaise et qu’il avait essayé dans cette séquence de le retranscrire. Rien n’indique ici que les personnages sont en train de tourner un film. Seule l’époque constitue un indice permettant de manière symbolique de commencer par le commencement : la seconde guerre mondiale, terreau de la naissance de l’artiste. Mais on peut y voir aussi une deuxième interprétation, en lien avec le thème qui suit.

2) Sur le showbiz

A un autre niveau, comme le film est aussi constitué par une satire du showbiz et d’une certaine américanisation du spectacle.

La chanson est figuré par Akihiro Miwa (artiste travesti, amant de Mishima, ayant commencé comme Kitano dans les cabarets). Il est tout de suite montré takeshis-8comme quelqu’un de passablement capricieux.  « Tu ne penses jamais à la valeur artistique, tout ce qui t’importe est le budget », reproche-t-il à son producteur, avant de lui demander de réclamer plus d’argent au sponsor. La scène est ambiguë : veut-il réellement plus d’argent en faveur de « l’art » ou est-ce une petite hypocrisie pour se permettre toujours plus de largesse dans un train de vie que l’on devine plus que confortable ? La luxueuse voiture dans laquelle il s’engouffre, mais surtout ce plan juste avant où l’on voit une chenille sortir d’un bouquet offrir à Kitano ferait pencher pour la deuxième hypothèse. Le ver est dans le fruit et Miwa semble à des années lumières de ce qu’il a été dans sa jeunesse, à savoir juste un artiste pas encore habitué à voir exaucés les moindres de ses caprices. Qu’il réapparaisse d’ailleurs sous une forme plus glorieuse dans la séquence onirique du cabaret n’est sans doute pas innocent. Mais la première hypothèse reste possible et dans ce cas, c’est Kitano lui-même, traité de « monstre » par Miwa, qui incarne l’artiste vendu à l’argent, aux concessions faites à l’art.

Après, nous avons des danseurs de claquettes et un DJ. Dire qu’ils participent à une sorte de décadence du spectacle japonais serait sans doute excessif. Mais ils apparaissent comme des pratiques artistiques qui s’intègrent sans peine au monde du spectacle dans lequel évolue Kitano, contrairement au garçon pratiquant le taishu engeki :

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Que ce soit ce garçon ou les danseurs de claquettes, il est criant qu’ils possèdent un certain talent dans leur pratique. Mais si le producteur du premier semble ramer pour trouver une place importante à son protégé, les trois danseurs (qui font d’ailleurs penser aux danseurs modernes dans Kikujiro mais aussi au numéro final de Zatoichi) semblent intégrés.takeshis-11 Apanage sans doute d’une pratique d’origine américaine mais aussi porteuse de plaisir aux yeux de Kitano qui nous est montré par deux fois essayant d’esquisser quelques claquettes. Elles sont évidemment très différentes de celle, plus explosives, des trois jeunes artistes. Mais pour maladroites qu’elles soient, elles apparaissent touchantes, comme le signe d’une nostalgie d’une époque où le spectacle moins contaminé par les « chenilles ». Rappelons que Kitano a commencé dans les cabarets d’Asakusa et que les claquettes faisaient partie de la palette de l’apprenti comique.

Après, tout en gardant en tête cette histoire d’américanisation du showbiz, la magnifique scène de la plage me paraît décisive. D’un côté nous avons Kitano dans ce costume de gangster surarmé, de l’autre une armée de CRS envoyant pour le vaincre des personnages spécifiquement japonais : des samouraïs, des sumos et des étudiants révolutionnaires de l’armée rouge unifiée.

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Ils se feront tous dessouder et le plan à la quasi fin du film, montrant le visage du soldat américain regardant Kitano mais cette fois-ci le menaçant de son fusil, plan précédant la scène de film de yakuza, donne l’impression que Kitano se retrouve coincé, obligé de faire un type de film ayant contribué à sa renomméetakeshis 13 internationale. Rappelons aussi l’existence de Brother réalisé cinq années auparavant sur le sol américain, aventure hollywoodienne qui déçut Kitano, notamment par le fait que les considérations liées au fric l’emportaient sur les considérations artistique, en tout cas bien plus qu’au Japon. Bref, un canon de fusil sur la tempe Kitano semble nous suggérer que son destin est tout tracé : faire ce qu’on lui demande, à savoir des films de genre pas trop compliqués et qui rapportent du fric. L’opposé de Takeshis’s en somme.

3) Sur ce qu’est un artiste

Après, admettons que l’américanisation ne soit pas forcément en ligne de mire. Admettons que la charge ne porte pas sur les jeunes artistes américanisés qui font des claquettes ou du scratch. La scène du cabaret est relativement longue, comme si Kitano voulait insister sur quelque chose. Par un clin d’œil aussi malicieux que fugitif, il opère un nouveau clin d’œil à ses années de cabaret à Asakusa, à une époque où il bossait aussi dans des boites de strip-tease. Art et sexualité étaient alors mêlés :

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Et oui, faire l’amour à une femme, c’est aussi quelque part faire du scratch sur de la matière vivante ! Bien entendu, la juxtaposition des images évoquent aussi les femmes que l’on peut se payer à partir du moment où l’on est riche et célèbre. Ici, c’est surtout le personnage joué par Kotomi Kyono qui incarne cet aspect.

Du coup nous nous trouvons dans une scène matricielle, renvoyant aux débuts de Kitano, à une époque où il s’agissait de maîtriser son art pour vivre et où il n’y avait pas à frayer avec toutes les magouilles, et toute la faune gravitant autour du showbiz (cf. le personnage emblématique de la femme désagréable ettakeshis-14 incompétente, qui abuse de son pouvoir). Le cabaret est une sorte de micro univers indépendant de l’emprise du showbiz de « haute volée ». On est à la fois dans un merveilleux exubérant et dans une virtuosité liée à la performance exécutée en live sous les yeux d’un public, virtuosité qui atomise l’artificialité liée aux conditions de réalisation du cinéma (une énigme cependant : la présence de cette grotesque chenille sur scène : volonté de faire la satire du showbiz ou, toujours la même chose, représentation d’un vers déjà dans le fruit ?).

Et la scène de la plage a dès lors un tout autre sens : l’armée bigarrée de gars en costumes qui foncent pour trucider Kitano représentent évidemment le cinéma lui-même, sorte d’armée faite pour écraser tout sur son passage et auquel résistent quelques irréductibles. Kitano bien sûr :

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… mais il est aussi significatif de voir que le garçon faisant du taishu engeki soit derrière lui et non pas dans le camp de l’armée costumée. Deux fois on assiste à la même scène : l’imprésario du garçon essaye de convaincre Kitano d’utiliser ses talents. Kitano ne répondra pas, comme si ce type de talent artistique n’avait pas sa place dans le monde du showbiz, quand bien même ce talent toucherait au génie.

De même, l’ouverture de la séquence avec cet acte créatif spontané de la part de sa compagne. Se saisissant du ballon du garçon faisant du taishu engeki, un peu comme un passage de témoin, elle se met à effectuer un numéro de danse improvisé :

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M. Kitano contemplera la scène. Mais il ne contemplera pas le numéro des samouraïs, des sumos et autres membres du Nihon Sekigun. Il préfèrera leur faire la peau.

Bref le cinéma apparaît comme un art apportant la célébrité mais aussi comme une source d’affres et de questionnements douloureux pour un artiste pour qui la vie de clown autrefois était peut-être plus simple.

4) Sur ce que doit être une œuvre d’art

Plus le film progresse, plus le film part en vrille en terme de réalisme, avec une part toujours plus importante accordée aux rêves de M. Kitano. On peut voir celui-ci comme une victime de la machine du showbiz ou comme un raté qui ferait mieux de s’occuper des rayonnages de son convini. Reste que son cerveau est une éponge qui récupère les moindres de détails de son quotidien pour en faire des rêves fabuleux. Cela ne le rend pas plus heureux, plus riche, plus célèbre, non. Mais comparé à ce qu’est la vie de Beat Takeshi, et surtout à l’artificialité de ses films (thème qui sera repris dans Kantoku Banzai!), doit-il s’en plaindre ? Il y a ici l’idée que l’œuvre d’art ne peut être belle que si elle échappe le plus possible à ses conditions d’exécution. Dans l’écrin de la psyché de l’artiste, pas de problème, elle donnera lieu à des rêves sublimes. Mais dès qu’elle est tributaire des pesantes conditions matérielles d’un plateau de tournage, la magie semble instantanément rompue.

A la fin, M. Kitano, en voyant la dédicace que lui a faite Beat Takeshi (il a écrit « à Pierrot san » alors que le personnage lui avait demandé d’écrire « à Kitano san »), se saisit d’un couteau pour aller le tuer. On peut voir dans cet acte la volonté de se venger d’une multitude d’injustes vexations que le personnage a subie tout le long du film. Cette ultime moquerie étant la goutte d’eau.

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Autres moqueries : celles lancées par un voisin de pallier et sa femme. Là aussi, les quelques scènes où apparaît le couple ne sont pas sans opérer un clin d’oeil à la vie de cabaret de Kitano, avec les numéros de manzai.

Mais on peut aussi y voir autre chose. Par le trait ironique de Beat dans sa dédicace, par la dérision avec laquelle il semble prendre de haut l’artiste modeste takeshis 18(c’est-à-dire ce qu’il était autrefois) mais finalement authentique, pas encore corrompu par le système, par ce trait donc il provoque la colère de M. Kitano, le véritable artiste qui aimerait se débarrasser de cette baudruche sur-médiatisée qu’est Beat Takeshi. Et lorsque ce dernier se réveille sous les coups non pas d’un couteau mais de l’aiguille d’un acupuncteur, on comprend tout : M. Kitano n’était qu’un rêve, le rêve d’une expression artistique vraie car libérée de toute contrainte, de toute pression liée à l’argent.

Lors de la scène où on le voit répéter une scène pour un film rappelant Sonatine, l’acteur s’agace du fait qu’un projecteur est resté allumé après la prise et lui écrase le visage. L’étrange lumière crue paraît alors irréelle, pas vraiment naturelle pour une lumière supposée évoquer celle du soleil lors d’une scène se passant l’été :

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Plus tard, M. Kitano se rêve faisant des claquettes sur une voie ferrée lorsque arrive ce que l’on croit évidemment être un train. Là aussi, la lumière de ce dernier lui éclaire le visage :

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Mais il ne s’agit pas d’un train, c’est un homme rappelant le machiniste juché sur son échelle pour contrôler son éclairage :

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On songe à l’expression « être sous les feux de la rampe », situation que les personnages semblent peu goûter. Mais cette lumière en évoque aussi une autre. Lors de la scène du tournage, le raccord avec la précédente se fait ainsi :

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En évoquant la lune, le film aborde symboliquement la question du rêve et de l’imagination, aspects de la création que n’incarne plus Kitano mais figuré à travers la figure lunaire de M. Kitano/Pierrot. Les deux personnages ont leur monde artistique, mais les enchantements qu’ils procurent sont bien différents. M. Kitano arrive à créer de vraies étoiles par le biais d’un gunfight nocturne :

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Beat Takeshi, lui, subit les petites étoiles blanches sur fond bleu des décors informatisés :

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Et quand le projecteur lui écrase décidément bien trop la tronche, évoquant plus la lumière du soleil que celle de la lune, voici comment Kitano fait le raccord avec ce qui suit :

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La lune, astre de l’imagination, de la création mais aussi d’une certaine confidentialité. Le soleil, astre de la célebrité mais aussi d’une création morne et désincarnée. Beat Takeshi a l’argent et la célebrité, son avatar intérieur la création. Qui est le gagnant, qui est le perdant ?  La question n’allait pas finir d’être débattue intérieurement par le père Kitano, clown triste de plus en plus incertain sur la valeur de son art.

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Film expérimental, film introspectif, film autobiographique, film apportant une réflexion sur la création, tout concouurre à faire de Takeshis’ un film somme, la pierre angulaire de toute l’oeuvre de Kitano. On peut penser que cela fait un peu trop pour un seul film, que c’est un peu indigeste, il n’empêche : pour peu que l’on goûte ce genre de délire narratif, Takeshis’ est de ces films qui s’enrichissent sans cesse de nouveaux visionnages. Aventure à tenter sans aucun a priori.

8/10

Ryuzo and the Seven Henchmen (Takeshi Kitano – 2015)

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Ryuzo est un vieux yakuza old school qui a bien du mal à perdre ses vieilles habitudes. Un jour, il tombe au téléphone sur quelqu’un qui essaye de l’escroquer en se faisant passer pour son fils. Devant tant de déloyauté, Ryuzo décide de reprendre les gants pour partir en guerre contre le gang de Nishi, jeune yakuza à lunettes à qui il faut semble-t-il apprendre ce qu’est un vrai yakuza…ryuzo

Bon, par où commencer ?

Par ceci : après deux films sérieux, il fallait bien s’attendre à ce que Kitano nous livre une nouvelle pitrerie. C’est chose faite avec ce Ryuzo qui, dès la B-A aperçue en début d’année, m’avait laissé quelques craintes. Ces dernières sont hélas confirmées mais ne sont pas de la même nature que celles que la B-A faisait naître. Dans cette dernière, on avait l’impression d’un film qui allait être trop énergique et surchargé (après, c’est le problème de bien des B-A, c’est vrai). De ce côté-là, on est rassuré dès les premières minutes. Sans aller jusqu’à dire que l’exposition est aussi calme que celle d’un Jugatsu ou d’un A Scene at the Sea, on sent bien que ce film de 110 minutes ne va finalement pas être mené tambour battant et on se dit que c’est tant mieux. Après, d’autres défauts ne tardent pas à apparaître. On regarde poliment la première demi-heure, c’est Kitano quoi ! (gros plaisir au passage de revoir au début le logo de l’Office Kitano) mais arrivé au terme du premier quart, on comprend bien que le 17ème film du naître va être une petite chose.

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Petite, vraiment ?

Pas que c’est mauvais. Les acteurs vétérans sont assez bons et les situations font souvent sourire. Après, sourire hein ! pas rire. Perso j’ai dû attendre la 99ème minute pour rire franchement devant un gag lors de la confrontation entre Ryuzo et le gang de Nishi. Il faut croire que j’ai le rire moins facile que Mark Schilling qui s’est semble-t-il bien amusé devant le spectacle.

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Votre serviteur tenant le compte des gags qui l’ont déridé.

Pas mauvais donc, fait pour attirer les foules et leur procurer un divertissement de facture légèrement au-dessus de la moyenne (c’est d’ailleurs un des meilleurs Kitano en terme de recettes). Après, difficile de ne pas se départir de l’impression que l’on est face à du Kitano light. A l’image de ses yakuzas vétérans, le film semble lui aussi avoir un pacemaker. De temps en temps le film s’endort et une petite impulsion est donné, le temps d’une scène, pour rappeler que l’on devant un film du maître. Et c’est rageant car ces impulsions font à chaque fois espérer – mais en vain – que le film va enfin décoller et que l’on va retrouver le Kuitano de la grande époque. Ainsi lorsque Ryuzo va voir un ancien ami yakuza pour l’enrôler et qu’il apprend que ce dernier est remplacé par son fils qui ne veut plus entendre parler de yakuza. De yakuza ancienne manière s’entend, car pour lui, escroquerie et business passent non plus par la violence mais par un bagout et un clinquant très télé achat :

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Le mec qui fait amener sans crier gare un décor par assistantes, c’est du pur Kitano, celui de Getting Any ? J’en vois au fond qui à la mention de ce titre arborent un bon gros sourire sarcastique (si, si ! ne niez pas) et pourtant, ce film, loin d’être l’intrus à fuir absolument dans la filmo de Kitano, est totalement cohérent car établissant un pont avec Beat Takeshi, l’homme télévisuel, et utilisant à fortes doses un humour nonsensique qui constitue un ingrédient à part entière dans toute sa filmo. On retrouve donc un peu ce type d’humour tout comme celui jouant avec les ruptures ou les ellipses (gag de la voiture, je n’en dis pas plus). Mais voilà, dans la continuité, ça peine à décoller.

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Les cannes et les couteaux sont lourds à porter.

De même pour le côté vulgaire qu’affectionne souvent Kitano. On se souvient dans Jugatsu de cette scène hallucinante dans laquelle Kitano, jouant un yakuza, se met soudainement à sodomiser son lieutenant. Et je ne parle même pas de Getting Any ? etde son final pataugeant dans la merde. J’ai cru un instant qu’il allait jouer de cette corde lors d’une des premières scènes, celle où Ryuzo et Masa s’amusent dans un restaurant à parier sur ce que vont commander les nouveaux clients. Vexé d’avoir perdu de l’argent à cause d’un charmant petit couple, il demande alors à la jeune femme si elle ne pouvait pas commander autre chose, qu’après tout elle est invitée au restau par son compagnon uniquement pour aller à l’hôtel après et que franchement, ça ne vaut le coup de se faire troncher dans l’anus pour seulement un plat de soba froid. Consternant mais là aussi, typiquement Kitano. Eh bien cet exemple de comique trivial un brin sauvage sera un peu l’exception, tout sera par la suite beaucoup plus lisse, pour ainsi dire plus familial.

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Une scène avec des hôtesses à gros seins ? Pas de panique, inutile de planquer les enfants, il ne se passera rien.

Ryuzo émet ponctuellement quelques pets pour faire bonne mesure mais on sera loin du gateau de merde à la fin de Getting Any ? Quitte à jouer sur un comique lié à ces corps vieillissants, autant aller jusqu’au bout en faisant dans l’incontinence fécale mais Kitano se fait vieux lui-même et peut-être ce qui l’aurait amusé autrefois ne l’amuse plus tellement maintenant. En fait de dégradation des corps, Kitano n’ira pas plus loin qu’une scène où Ryuzo s’enfuira d’un immeuble déguisé en… vous verrez bien.

Pour résumer, Ryuzo à la couleur du Kitano, le goût du Kitano, mais ce n’est pas totalement du Kitano. Il lui manque ces précieux ingrédients qui ont pu faire de ses premières œuvres de véritables chefs-d’œuvre : une mise en scène minimaliste et pince-sans-rire, une grossière irrévérence et un goût pour la contemplation poétique. Et si les sérieux Outrage et Outrage Beyond me donnent l’impression d’être des films tout à fait capables de se bonifier avec le temps, j’ai le sentiment qu’il va falloir attendre bien longtemps pour qu’il en aille de même avec yuzo. Le temps sans doute de devenir soi-même des vieillards chenus comme les héros du film. Bon, maintenant que les caisses sont pleines chez Office Kitano, j’espère que le maître des lieux va se fendre d’une œuvre moins mainstream. Perso, je n’aurais rien contre un Outrage 3, promis depuis les calendes grecques.

PS : Ryuzo est annoncé « prochainement » en France. Mais il en avait été de même pour Outrage Beyond qui n’avait finalement pas été diffusé…

5/10

+

– Des comédiens qui sont bons, en particulier Tatsuya Fuji qui malgré ses 74 ans livre une prestation énergique et plaisante.

– Des gags qui auront peut-être plus de succès avec vous qu’avec moi.

– Du Kitano light.

– Kitano d’ailleurs présent lui-même dans trois misérables scènes. Il a beau se la jouer « violent cop » dans la dernière, ça ne prend pas, on reste sur notre faim.

Aniki, mon frère (Takeshi Kitano – 2000)

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Aniki mon frère, plus mauvais film de Kitano ? La question serait un terrible raccourci car mauvais, Aniki ne l’est pas vraiment. Il serait même plutôt bon, surtout pour quelqu’un qui découvrirait l’univers de Kitano à travers ce film. Mais voilà, pour l’habitué, difficile d’y trouver quelque chose de neuf. A l’époque, je me souviens être sorti de la salle plutôt séduit, on y trouvait tout ce qui faisait la patte Kitano : le spleen, l’humour, la violence et le montage elliptique.
Bien des années plus tard, avec le recul et avoir revu plusieurs fois ses principales œuvres, il faut bien avouer qu’Aniki a un peu trop du remake de ses œuvres antérieures, de Sonatine en particulier, notamment par son sujet : un chef yakuza doit effectuer une mission foireuse sur une terre étrangère (Okinawa pour Sonatine, les States pour Aniki) qui sera le terrain de son baroud d’honneur. Le tout agrémenté de jeux qui montreront les gangsters comme de grands enfants mélancoliques :

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Avec aussi l’inévitable scène de plage :

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Et  le personnage de Kitano, Yamamoto, aura aussi une petite amie un peu femme enfant qui se pliera volontiers à ses velléités de joueur :

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Jouée par Joy Nakagawa. Contrairement à Aya Kokumai, elle ne montrera pas ses seins.

Tous les ingrédients donc, y compris l’habituelle galerie d’acteurs (Claude Maki, Susumu Terajima…) et la musique de Joe Hisaishi, belle dans sa mélancolie mais moins onirique et variée que pour Sonatine.

Oui, normalement difficile de faire la fine bouche devant ce neuvième plat que nous sert Kitano et pourtant, c’est bien ce qui se passe. Pour la première fois, l’habitué à la nette impression du film de trop, du film qui n’apporte strictement rien à l’œuvre, du film seulement là pour essayer de pénétrer un marché étranger. Au moins, contrairement à d’autres, Kitano n’aura pas perdu son âme et sera resté fidèle à son esthétique. Mais après le charme de l’Été de Kikujiro, charme qui suivait trois films prodigieux, on tombe un peu de haut en retrouvant un remake de Sonatine qui apparaît sur beaucoup de points allégé.

Et finalement, on en vient à se demander si ce film n’est pas à l’image de ces personnages kitanesques qui cherchent à fuir la mélancolie en s’enfonçant le plus possible dans une activité. Que ce soit un surfeur (a Scene at the Sea), un joueur de baseball qui va tourner gangster d’opérette (Jugatsu), un crétin obsédé par l’idée de fourrer pour la première fois (Getting any ?), un boxeur (Kids return) ou un yakuza qui ne prend plus au sérieux l’énième mission qu’on lui confie (Sonatine mais aussi Aniki), on se trouve souvent face à des êtres qui semblent lutter pour ne pas sombrer dans le vide. Eh bien Aniki, mon frère, et à travers lui Kitano, c’est un peu ça : un film mélancolique sur un gangster qui n’a plus qu’à disparaître mais aussi, en filigrane, le film d’un réalisateur qui lutte pour trouver à chaque réalisation la petite originalité qui relancera sa filmographie. A ce titre, le film se plante dans les grandes largeurs et annonce la trilogie de la création à venir. Après une dizaine d’années ponctuées de films desquels se dégagaient une certaine insouciance et un certaine facilité, voici venu le temps du doute, du désabusement vis-à-vis d’un art pour lequel Kitano pressentait peut-être déjà qu’il en avait fait un peu le tour. Très tôt dans le film, Yamamoto et sa nouvelle bande nous sont montrés dans une limousine. La réussite a été fulgurante (et à bien des égard comme pour Kitano), très bien, mais après ? Que faire face à un succès qui peut être perçu comme une impasse ? Cette question, Kitano saura la surmonter, tant bien que mal, dans le diptyque qui allait suivre…

6/10

Bijin kitanesque de la semaine (36) : Fumie Hosokawa

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J’avais oublié que le cap des 500 articles avait été franchi depuis peu. Pour fêter cela, rien de mieux que de se payer une tranche de bijin avec le retour de ma légendaire série des « bijins de la semaine » !

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CLAP ! CLAP ! CLAP !

Paradoxe de cette série qui d’un côté donne à voir de sidérantes créatures, de l’autre donne l’impression de mettre les mains dans le cambouis ou tout du moins de plonger dans un certain vide. C’est bien souvent la même chanson : on tombe sur une bijin dont on se dit que les réalisateurs ont dû s’entretuer pour s’accaparer ses services et, en fait de glorieux films, on se retrouve avec des rôles secondaires (voire ternaires ou quaternaires) dans d’obscurs dramas ou nanars même pas drôles.

Ainsi Fumie Hosokawa qui évoquait d’abord pour moi un bien beau photobook de nu concocté par Kishin Shinoyama :

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On y voyait la belle, alors âgée de 38 ans et s’apprêtant à prendre sa retraite pour se consacrer à son mari et à son petit garçon, dévoiler totalement un corps de gravure idol plus habitué à porter des bikinis qu’à exhiber des rondeurs que les fans de la belle n’avaient pu jusqu’à présent imaginer libérées de toute entrave que dans leurs rêves les plus humides. En voici un petit aperçu :

Oui, photobook largement champêtre et plutôt inspiré de la part de celui qui nous a habitués depuis à des séances de shooting pas toujours heureuses. Et l’on avouera que Hosokawa, à la frontière entre jeunesse et maturité, est pour beaucoup dans la bonne tenue de l’ouvrage.

Bref, en commençant par la fin de la carrière de notre bijin du jour, on se dit qu’il va être forcément intéressant de se pencher sur ses plus jeunes années. Las ! Que vous dire ? Qu’elle a participé par deux fois dans deux opus de la série Tsuribaka Nishi, films avec Toshiyuki Nishida (20 au total), mélanges  de Tora san et de Thalassa ?

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Pas sûr que ce soit intéressant, hein ?

Vous dire qu’on la trouve dans quelques publicités ?

 

 

 

 

 

 

Amusant mais forcément limité.

Vous dire qu’elle a participé dans des émissions débile où il s’agissait bien évidemment d’en faire la potiche mammairisée de service ?

Vous dire que… non, je renonce :

 Vous dire enfin qu’on la trouve dans ces vidéos bikinisées indissociables de la vie d’une gravure idol (au fait, j’allais oublier les chiffres magiques : 94/59/87)

 Bon, allez là, à la rigueur, on peut estimer trouver que c’est intéressant dans la capacité que peut avoir un bikini blanc bien porté à rendre presque plaisante une musique d’ascenseur. Mais enfin, il faut avouer, en dépit de l’intérêt que l’on peut porter aux gros seins, que tout cela est bien commun.  Heureusement qu’en 1999 notre belle croisa la route d’un autre habitué des plages. Pas de bikini chez lui, juste des caméras, des flingues et des gros mots. Il s’agit bien sûr de Takeshi Kitano, bien connu de nos services et alors parti pour réaliser un film en rupture avec les précédents. Ce sera l’Été de Kikujiro (chroniqué la semaine dernière), film aux allures de conte dans lequel un petit garçon part à la recherche d’une mère qu’il n’a jamais connu. Il sera aidé en cela par un vieux bougon rouspéteur joué pas Kitano et croisera en cours de route des personnages qui ne seront pas sans évoquer le Magicien d’Oz (référence admise par Kitano). Et c’est là qu’intervient Hosokawa dans une scène toute simple mais magique et quand on y réfléchit assez importante pour le reste du film :

Incarnation de Dorothy ou de la gentille fée du nord (c’est elle qui donnera au garçon le sac ailé, présent symbolique qui nous fait comprendre que les premières images du film vont probablement constituer la fin), elle est le personnage qui va pour la première fois créer un sourire spontané sur le visage jusque là fermé du garçon. Quant à son tuteur, Kikujiro, si elle suscite d’abord en lui un peu de jalousie, un peu d’agacement, elle créé aussi en lui le désir de succomber au jeu en essayant de maîtriser lui aussi le jonglage. Ce sera le début du changement de Kikujiro, de ses retrouvailles avec une enfance perdue dont on devine qu’elle n’a pas tous les jours été dorée. Après le jonglage, Kikujiro s’essaiera aux claquettes (suite à une rencontre, au début du film, avec deux barmen adeptes de cette discipline) puis deviendra l’organisateur de jeux aussi multiples que délirants.

Bref, plus qu’un simple personnage rejoignant la gallerie des good guys rencontrés dans ce road movie, la fille jongleuse, double positif de la mère perdue (on sent dans le jeu d’Hosokawa combien elle en pince pour la bouille à la Droopy de Masao), peut véritablement apparaître comme un personnage duquel va jaillir une candeur qui sera profitable aux deux personnages. Courte mais jolie prestation dans ce petit chef d’œuvre. Un seul regret peut-être… QUE N’A-T-ELLE FAIT SON NUMÉRO DE JONGLAGE AVEC SON BIKINI BLANC !

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l’Été de Kikujiro (Takeshi Kitano – 1999)

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Masao vit seul chez sa grand-mère. Désireux de rencontrer une mère qu’il n’a jamais vue, il décide de partir à sa rencontre. Pour le meilleur et pour le pire, il sera accompagné de Kikujiro, vieux ex-yakuza insupportable qui espère bien récupérer un bénéfice de son voyage avec le gamin. Ce ne sera pas celui qu’il imaginera…

Comme d’habitude chez Kitano, après une fin de cycle, on détruit pour repartir dans une nouvelle direction. Après Hana Bi que l’on pouvait voir comme une œuvre jumelle de Sonatine, Kitano se lance dans un road movie sur le thème du vieil homme et l’enfant avec, comme pour le film de Claude Berri, une influence mutuelle entre un jeune garçon délaissé et un vieux bougon irascible mais pétri de tendresse.

Là s’arrête cependant la comparaison tant les deux films sont différents dans leur approche. Si le Vieil Homme et l’Enfant s’inscrivait dans un contexte historique grave (la seconde guerre mondiale et l’antisémitisme) et dans une narration réaliste (la vie de campagne, les scènes d’école…), l’Été de Kikujiro préfère jouer sur le rêve, sur une mécanique initiatique propre au conte ainsi que sur un regard autobiographique qui, une fois n’est pas coutume, semble ajouter une pierre à l’édifice filmique de Kitano dans tout ce que cet édifice suppose de questionnement sur lui-même et sur l’acte de création.

C’est dire si le film a en lui des moyens pour captiver aussi bien des enfants que des adultes, qu’ils soient familiers ou non de l’œuvre de Kitano. Constamment, le film jouera avec une lumière propre au conte et à ce que ce genre suppose de joie et d’espérance, d’élan vers un but, une fin qui a plus de chance d’être positive que négative, et d’un autre côté avec une noirceur toute kitanesque faite de violence et de déception. Ambivalence qui, même si le film, avec son début joyeux (Masao qui court avec sur le dos le sac qui lui offrira plus tard la jolie jongleuse) qui est aussi la fin du film (l’histoire est donc un gigantesque flash-back et lui donne une structure circulaire) et lui donne ainsi un élan tourné vers la lumière (rare cas dans sa filmographie), on n’oublie pas non plus certaines scènes ainsi que la forte impression que Masao, en étant le double du personnage joué par Kitano, deviendra lui-même plus tard un adulte qui connaîtra des déceptions. Parenthèse enchantée, l’Été de Kikujiro est un tremplin avant les retrouvailles avec le monde du crime dans Aniki et les récits dépressifs de Dolls. La noirceur n’est pas totalement évacuée, elle est juste mise en sourdine, le temps pour Kitano de reprendre son souffle après une œuvre sombre qui l’a propulsé sur le devant de la scène internationale, et surtout après la mort d’un proche, son père, père qui se prénommait… Kikujiro.

La Magicienne d’Oz

Le film prend donc assez rapidement des allures de conte avec la discrète grand-mère de Masato, le côté petit Poucet qui aimerait retrouver l’amour familial au lieu de se sentir abandonné dans la ville/forêt qui ne lui apporte qu’ennui et solitude. Il y a aussi du Magicien d’Oz (influence avouée de Kitano) avec ce désir d’aller « over the rainbow » à travers un enchantement du réel qui l’amènera bien plus tard au terme de son voyage à revenir chez lui  ses désirs comblés et sans peur envers l’avenir. Pour tout dire, la ville pue la fausseté dans l’Été de Kikujiro et tant que le tandem ne s’en sera pas extrait, Masao pataugera entre la bassesse d’un tuteur obsédé par lucre et la luxure, et les dangereuses propositions d’un loup/ogre pédophile.

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L’inquiétante apparence des êtres rencontrés à la ville

Une fois que la richesse se sera tarie (il n’en sera plus question par la suite) et que Kikujiro n’aura plus d’autre choix que d’accompagner le gamin, le voyage merveilleux de Masao commencera avec la rencontre d’une Dorothy en la personne d’une jolie fille en voyage avec son amoureux :

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Petit ami qui jouera les « tin man » :

Puis rencontre aussi de l’homme de paille avec un hippie sympa affublé symboliquement d’un chapeau de la même matière :

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Enfin, plus tard, du lion peureux incarné par un gros biker barbu en peau de lapin :

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Quant au magicien d’Oz, le fameux magicien tant espéré, il est évidemment la mère de Masao elle-même. Dans les deux, la rencontre sera déceptive puisqu’il s’avère que la maman est allée refaire sa vie ailleurs et que Masao n’a plus tellement de place dans son cœur. Moment terrible mais, une fois encore, la référence ozienne agit de nouveau. Dans le roman, la gentille fée du nord permet à Dorothy de retourner chez elle, Dans Kikujiuro, c’est… une fée clochette volée au biker barbu qui va être le point de départ de la deuxième moitié du film.

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Magister ludi et jeu des citations

Tous ces clins d’œil au Magicien d’Oz ne sont qu’un aspect parmi d’autres de la richesse du film. Kitano s’amuse, essaye aussi bien d’enchanter la vie de Masao que le visionnage du spectateur, cinéphile ou non. Quand Kikujiro essaye de nager pitoyablement devant Masao, le résultat est une noyade burlesque :

Après, si l’on est habitué de Kon Ichikawa (ou, plus simplement, si l’on est un habitué de ce site et des perles que je vous fais découvrir à longueur d’années avec ma bienveillante érudition), on repère tout de suite la référence au fameux crime de Inugami Family :

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Dans une autre scène, Kikujiro a une violente altercation avec un camionneur. Il a d’abord le dessous avant de gagner définitivement en lui assénant des coups de bâton alors que son adversaire se trouve au sol. On se dit alors que la violence est tout de même un peu surprenante. Et puis, on comprend : Kikujiro s’éloigne et lance en l’air son arme. La caméra suit le projectile dans son ascension et, au moment où il retombe, on enchaîne avec d’autres objets en phase ascendante, les balles qu’est en train de manipuler la Dorothy du film. Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir l’imagination fertile pour y voir là un clin d’œil à 2001 et la scène où le primate « Guetteur de lune », après avoir commis le premier meurtre de l’humanité, en l’air son arme.

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Vers l’apaisement

A ces références ludiques s’ajoute l’habituelle mise en scène elliptique, la structure en vignettes particulièrement apte à reproduire le parcours initiatique et l’impact visuel de moments forts dans la psyché d’un enfant. Enfant qui absorbe tout cela et qui évidemment le ressasse mentalement dans ses rêves :

A noter que le personnage du chauve pédophile est joué par Akaji Maro, grand artiste de Buto.

Dans la première partie du film, nous sommes surtout dans un conte qui, à l’image des rêves terrifiants de Masao, agite les craintes inconscientes de l’enfant (peur d’être seul, peur d’être violenté).  Passé l’événement traumatique (les non-retrouvailles avec la mère), le conte devient purgé de ses peurs et suit dès lors une trajectoire plus lumineuse. Pas toujours évident de trouver des structures communes aux contes, certains ayant une structure double qui peut bifurquer dans une direction négative ou plus positive. C’est dans cette dernière que s’aventure l’Eté de Kikujiro, avec cependant l’idée d’un transfert. Dorénavant, ce sera Masao qui jouera à l’adulte, qui s’occupera du vieil homme qui l’accompagne (cf. la scène où il court chercher des pansements pour soigner Kikujiro qui s’est fait tabasser par des yakuzas), vieil homme qui deviendra lui-même l’enfant, le nouveau héros du conte de fée. C’est lui dorénavant qui fera des cauchemars :

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Et c’est lui qui aura une quête qui s’avérera elle aussi déceptive. Lors d’une scène, il se rend à une maison de retraite pour y voir sa mère. Là aussi, ce sera pour comprendre combien la rupture est consommée entre lui et cette femme qui apparaît terriblement vide et aigrie. Très belle scène qui n’est d’ailleurs pas sans faire penser au Bon, la Brute et le Truand, lorsque Tuco le bouffon retrouve son frère dans un monastère et évoque de manière pataude mais sincère « papa » et « maman ». Le temps d’un instant, le bandit vulgaire acquière une magnifique épaisseur. C’est un peu la même chose qui se passe ici. Avec la même conséquence que pour Masao et Dorothy : après la déception, le retour aux bercailles avec un ultime enchantement, une ultime transfiguration du réel, un ultime épanouissement sous le signe du jeu afin de revenir chez soi certes bredouilles mais bien mieux armé pour se tourner vers l’avenir.

Masao et Kikujiro deviennent alors totalement le double l’un de l’autre, chacun ayant donné à l’autre ce qui lui manquait pour être heureux. A la fin Kikujiro, adulte rassis par la vie, par ses anciennes activités de yakuza, revient à la ville (à la vie ?) ragaillardi par une encheteresse plongée dans l’enfance. Non qu’il ne l’était plus, enfant. En fait, dès sa première apparition, lorsque sa compagne met en garde des lycéens en train de fumer dans la rue et qu’elle prend pour mauvais exemple Kikujiro lui-même, celui-ci fait un de ces gestes bouffons qui inévitablement font rire les post ados :

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C’est exactement la même chose dans Kids Return lorsque les deux joyeux drilles du film font descendre du toit de leur établissement une marionnette obscène à l’effigie de leur professeur, provoquant aussitôt l’hilarité générale chez leurs congénères. Le sourire, voire le rire, sont chez Kitano le propre d’un retour aux sources de l’enfance. Rarement on aura autant parlé et souri dans un film de Kitano. Et l’on y trouve l’unique occurrence d’un geste d’affection spontané :

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Petit retour ici sur le Vieil Homme et l’enfant où là aussi paroles et sourires sont salvateurs dans un monde grave et truffés de déceptions (comme la gentille institutrice du film, qui s’avère être à la fin une jolie peau de vache).

Après, rien n’est simple chez Kitano, ce dernier ayant la faculté du costume d’Auguste à celui de Pierrot avec une déconcertante rapidité. Alors que Masao s’éloigne en courant, porté par le thème inoubliable d’Hisaishi, la caméra nous montre une dernière fois Kikujiro qui regarde partir son petit protégé :

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Interrogations sur l’avenir de Masao ? sur le hasard qui lui a fait rencontrer ce petit bonhomme ? sur cette vie qui début et qui contraste fortement avec la vie de raté qui est la sienne ? sur son retour au vide, à la solitude ? On n’aura pas la réponse mais il s’en faut de peu pour que ce visage fermé bien connu n’acquiert alors la même gravité que les détonations à la fin d’Hana Bi.

8/10

Hana Bi (Takeshi Kitano – 1997)

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Hana bi a longtemps été une exception puisqu’il était le seul film de Kitano que je n’avais pas revisionné. Dix-sept ans après sa découverte en salle, je me suis décidé à réparer la lacune ; autant dire que mes souvenirs du film étaient assez vagues, même si je me rappelle nettement être arrivé un peu retard à la séance et être entré dans la salle pile au moment de l’écran titre :

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Avec un panoramique vers la droite. La volonté de s’extraire de la ville est déjà esquissée.

Souvenir aussi qu’Hana Bi doit faire partie du quarté de films japonais que j’ai vus pour la première fois dans une salle, avec leur lot de fascination et d’enthousiasme envers un cinéma varié, parfois aride, souvent personnel. Sans doute manquai-je de références alors pour pleinement apprécier le film, mais, s’il laissa une empreinte moins forte que son pendant lumineux Sonatine, le rythme lent de ce spectacle d’un ex-policier, Nishi, dans les starts pour un feu d’artifice final avant l’extinction de son existence, marcha totalement sur moi. Et pourtant, ce n’était pas faute d’avoir été un peu désarçonné par les ruptures de narration. Durant une bonne moitié du film, l’histoire est à l’image du tangram avec lequel joue la femme de Nishi. Un puzzle qui reconstitue petit à petit le drame passé de Nishi (une fusillade qui tourna mal pour lui et ses collègues). Englué dans un présent qui en porte les conséquences et qui l’oblige, comme si cela ne suffisait pas, à faire face à la maladie de sa femme qui doit la mener sous peu à la mort. Ce présent fragmenté, contaminé par des réminiscences, serait la première manifestation du Hana Bi du titre (Hana bi, soit « feu d’artifice »). Où qu’il aille, à n’importe quel moment, Nishi doit faire face à des explosions de souvenirs, un feu d’artifice traumatique qui lui pourrit son présent, et qui va le pousser à chercher moyen de transformer cette pyrotechnie négative en une autre, cette fois-ci axé sur la quête d’un bonheur retrouvé à travers un ultime voyage en compagnie de sa femme.

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Pas moyen de boire un verre tranquille : de terribles images reviennent sans cesse à la surface.

Il n’en va pas autrement de son ancien compère, Horibe, qui, suite à une balle mal placée, est devenu paraplégique et s’est vu forcé de démissionner, contraint de vivre dans une solitude qui n’est pas loin d’être synonyme de suicide. Pour lui aussi, la quête de quelque chose va devoir s’imposer s’il veut survivre. Et ce ne sera pas l’amour, puisque exceptés ses anciens collègues personne ne lui prête attention, mais l’art. Suite à une discussion anodine, Nishi lui offrira du matériel pour se lancer dans la création artistique. Riche idée puisque dès cet instant, Horibe transfigurera son quotidien en autant de possibilités artistiques. Un simple regard sur des fleurs, aussitôt des images mentales d’étranges animaux-fleurs lui viendront à l’esprit.

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Une séance de Hanami ? les cerisiers se matérialiseront aussitôt dans une œuvre :

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C’est donc un feu d’artifice pictural qui occupe Horibe, feu d’artifice qui rassure le spectateur sur son devenir quand bien même il réaliserait une œuvre aussi inquiétante que celle-ci :

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Au milieu, « Suicide ».

La giclée de peinture rouge qu’il balancera au milieu de la toile et le sourire qui accompagnent son geste sonnent comme une posture de défi, de victoire même envers un acte qu’il a auparavant essayé de commettre. Pas d’inquiétude pour lui donc. C’est en revanche moins le cas pour Nishi et sa femme. Inévitablement, on pressent que la toile d’Horibe annonce leur sort. Constitué d’une myriade de kanjis signifiant « neige » et « lumière », elle est une sorte de représentation minimaliste et symbolique de leur voyage. Lumière parce que leurs scènes sont baignées par une douce lumière automnale mais aussi par une folie douce qui saisit le vieux couple et qui se manifeste par des jeux, des plaisanteries, des rires provoqués par des maladresses.

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C’est cela leur hana bi, une joie de vivre retrouvée et qui contraste avec le sérieux, la dureté de la première partie et de l’écran titre où l’on voyait un Tokyo froid et rigide dans ses immeubles dressés à perte de vue. L’ultime voyage du couple Nishi, c’est un voyage qui commence avec la contemplation du mont Fuji et qui se termine, Kitano oblige, par une scène de plage. Lumière donc, puis neige avec le dernier quart d’heure se passant effectivement dans des paysages hivernaux et donnant lieu encore à des scènes humoristiques. Plutôt positif finalement mais voilà, c’est sans compter que la trajectoire du couple Nishi est accompagnée d’un feu d’artifice d’un tout autre type et que ne connait par Horibe, celui d’une violence toute kitanesque. Sèche, puissante, imparable et mortelle, elle parsème le film d’éclopés (les losers de la scène inaugurale qui maltraitent la voiture de Nishi) et de cadavres qui, inévitablement, conduiront à faire un choix rapide à la fin pour que l’ultime voyage avec sa femme ne passe pas par la case prison.

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Tout le long du film, le couple Nishi aura vu son périple parsemé de tableaux (réalisés par Kitano lui-même) mais à aucun moment les deux personnages ne sembleront vraiment apercevoir ces oeuvres :

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L’art n’est décidément par leur voie et ils devront trouver une autre issue, issue que Nishi réalisera. Echec ou réussite, son dernier geste, pudiquement caché par un panoramique, mais tragiquement révélé par la bande son, ne sera pas sans susciter un pincement au cœur du spectateur pourtant habitué des scènes de plage douces amères chez Kitano même si, depuis Kids Return on pouvait trouver l’issue malheureuse prévisible. Entre l’homme fort, l’homme amoureux et l’homme artiste, c’est bien ce dernier qui a le plus de chances de s’en sortir. En tout cas, à ce moment de la filmographie de Kitano, c’est-à-direr avant la trilogie de la création (Takeshis, Kantoku Banzai et Achilles and the Tortoise) qui commence en 2005 mais ça, c’est une autre histoire pour un article prochain…

9/10

Takeshi conchie les gamers

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GTA V, 2DS, PS4, Xbox One, n’en jetez plus ! A une période de l’année où les mêmes consommateurs vont évidemment tomber dans les mêmes pièges tendus par les industriels du jeu vidéo, foutez donc à la benne vos consoles et vos jeux pourris pour vous procurer à la place je ne sais pas moi, deux-trois Pléïades, l’intégrale de Scarlatti ou des DVD de grands maîtres du septième art avant d’avoir le cortex aussi desséché que les miches de Brigitte Bardot aujourd’hui. Ouais, arrêtez donc de vous décalquer la rétine sur du vide, de vous décérébrer sur des histoires débiles où se dandinent grotesquement des héros sans charisme et mettez à profit votre temps pour vous farcir la cafetière des splendeurs d’autres moyens d’expressions qui peuvent prétendre au statut d’art sans faire ricaner, eux. Et au moins vous ne perdrez pas votre temps. Ce n’est pas moi qui le dit mais, une fois n’est pas coutume, le père Kitano qui, en plus de vomir les jeunes, a envoyé au milieu des 80’s un bon coup dans les roustons des gamers avec ce jeu :

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Takeshi no Chousenjou (le challenger de Takeshi, 1986)

Pourquoi tant de haine ? Allons, allons, si vous êtes un habitué de ce blog et que vous avez lu mon papier sur Kids Return, on peut raisonnablement imaginer que ce divertissement a tout pour être parfaitement antipathique à Kitano. On peut certes penser que le slogan publicitaire qui accompagnait le jeu et qui clamait qu’il avait été créé par quelqu’un détestant les jeux vidéo n’était juste qu’une formule publicitaire comme une autre pour accrocher le chaland (1). Mais on peut aussi la prendre au pied de la lettre tant on imagine volontiers Kitano conchier royalement tous ces jeunes claquemurés dans leur chambre passant leur temps et leur fortune à consommer et à s’abrutir devant des jeux. Face à l’activité créatrice des deux gus de Kids Return doués pour le manzai, on se retrouve face à des jeunes dont la seule activité est de cliquer nerveusement sur des boutons, les yeux rivés sur un écran. Et une fois le jeu terminé, que feront-ils ? Ils en achèteront un autre, le consommeront et par la même occasion des tranches de temps non négligeable qu’ils auraient pu utiliser pour faire du sport, lire ou aller renifler le derrière des filles, choses à mes yeux bien plus essentiels. Pour Kitano, l’argument du pur moment de divertissement ne compte pas. Seuls comptent l’absurdité de ce que proposent ces jeux (absurdité relative bien sûr, mais rappelons qu’on est alors à l’époque du 8bits) et le temps qu’ils bouffent.

Ici petite pause  musicale : Firecracker (aka Computer Games)

On pourrait ici s’embarquer sur une vaste digression autour de la fameuse question : le jeu vidéo est-il un art ? On va tout de même éviter et essayer de faire court. J’ai un peu planché sur la question avant de faire cet article et je dois dire que rien ne m’a paru bien convaincant dans les arguments en faveur du jeu vidéo comme dixième art. Rapidement, il y a l’argument qui veut que le jeu vidéo soit une fusion d’autres arts (so what ? est-ce que cela en fait quelque chose de profond pour autant ?), celui qui souligne les émotions que ressent le joueur (mais quand je joue à la coinche aussi je peux aller de la joie au désespoir, surtout avec les affreux qui sont mes partenaires de jeu) ou encore celui qui évoque la présence de véritables artistes parmi les créateurs de jeux. Certes, on ne va pas nier le réel talent artistique de certaines personnes. Après, j’aimerais qu’on me dise où sont les Balzac, les Shakespeare, les Proust ou les Debussy du jeu vidéo.  Et que l’on ne vienne pas me faire chier avec Suzuki et son Shenmue ou les émotions de midinettes qu’ont pu procurer les Final Fantasy. J’aime bien Shenmue, les premières heures à y jouer ont été un émerveillement mais à aucun moment je n’ai vu de la profondeur dans ce jeu, de cette profondeur qui peut m’amener, à n’importe quel moment de ma vie, à redécouvrir un livre ou un film avec la certitude d’y trouver une richesse supplémentaire. Quant au personnage principal… comment espérer avoir la moindre empathie pour un mec qui donne l’impression de se mouvoir avec un bokken dans le cul ? Quand je lis Oliver Twist, les ignobles Faggin ou Sikes s’imposent à moi en quelques phrases avec toute la force de leur ignominie. Et même quand le livre sera refermé, ils seront des êtres qui continueront de vivre en moi. De même pour Cottard, Oriane de Guermantes ou un Charlus. Face à cela, qu’avons-nous ? Le héros de Shenmue ? Les persos de Final Fantasy ? GTA et ses petites frappes qui sous l’impulsion du joueur vont agir comme des débiles ? C’est bien là tout le problème, cette sacro sainte liberté tant vantée mais qui par un retour de manivelle tue toute profondeur artistique à l’œuvre ludique alors que la linéarité d’un roman ou d’un film (on va se limiter à une œuvre narrative) imposera au lecteur sa richesse, richesse que le lecteur/spectateur aura toute sa vie s’il le désire pour la décrypter, l’enrichir de sa propre sensibilité. Là se trouve à mon sens la seule « liberté » qui permet de transformer une œuvre en « art ». Pour le jeu vidéo, je crois qu’on va devoir attendre quelques années, voire quelques décennies (peut-être jamais ?). Pour l’instant, j’y vois moins un art qu’un medium avec des potentialités artistiques (ce qui n’est déjà pas si mal).

Exemple de vrais gangsters « charismatiques » (terme hélas vu pour qualifier les fantoches de GTA V)

Bon, je voulais faire court dans ma digression et j’ai échoué. Réellement, il y aurait beaucoup à tartiner et il le faudrait car en faisant court je prête évidemment le flan à des critiques qui seraient parfaitement justifiées. Mais je vais plutôt préciser ma position en évoquant ma position personnelle par rapport aux jeux vidéo. J’ai été un dingue de tout cela, mais si j’apprécie encore certains de ces jeux il n’est plus question pour moi d’y passer des après-midi entières. Quand je pense aux nombre d’heures aspirées par eux durant mon enfance et mon adolescence, difficile de ne pas grincer des dents. Y en a-t-il eu des milliers ? Des dizaines de milliers ? Mieux vaut ne pas trop chercher à faire le calcul, cela pourrait être douloureux. Et pourtant, indéniablement j’ai pris du plaisir à toutes ces parties, de mon vieil Atari 2600 à mon premier PC en passant par l’Amstrad CPC 464 (monochrome, hélas !) et la Mégadrive. Le plaisir de surmonter les passages ardus (et Dieu sait s’ils étaient nombreux à une époque où les programmeurs n’allaient pas avec le dos de la cuillère en matière de difficulté), d’affronter les copains ou d’aller à la fin du jeu, autant de bons moments finalement. Mais quel gouffre ! Je peux encore continuer à jouer mais hors de question dorénavant de dépasser le cadre de la demi-heure. Et ce n’est pas l’expérience du jeu de Kitano qui va me faire changer d’avis, ça non ! Bien au contraire, ce sale jeu m’a définitivement ancré dans ce principe. Allez, il est temps de parler de ce Takeshi no Chousenjou et de vous présenter ça :

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Le bonhomme est le ridicule héros du jeu. Dire qu’il s’agit du pire jeu vidéo serait excessif tant ça doit se bousculer au portillon pour acquérir ce titre de gloire (2). Par contre, pour ce qui est d’être le plus grand anti-jeu, là faut voir, ça se discute, on peut en tout cas faire conscience à Kitano pour avoir pondu un truc hors norme. Qu’il ait pu s’investir dans un jeu est déjà en soi, on l’a dit, forcément cocasse. Mais aussi intéressant car on se doute que le jeu sera l’occasion de se moquer des gamers pour leur faire prendre conscience de la vacuité de leur occupation. Et là, le jeu va constituer une magistrale démonstration par l’absurde. Je viens de le finir et je puis vous le dire : j’ai morflé. Enfin, je me vante en disant que je l’ai fini puisque j’ai en fait abandonné aux deux tiers à cause d’un piège diabolique. Et ne me sentant pas le courage de recommencer, je me suis contenté d’une vidéo sur youtube pour voir à quoi ressemblait la dernière partie. Quel est le thème du jeu ? En gros, imaginer Shenmue (ou Yakuza) en un jeu 8 bits mâtiné de GTA pour le côté permissif. Vous incarnez un salary man qui va devoir vivre sa vie. Vous pouvez faire de la lèche ou vous engueuler avec votre patron, aller dans un karaoke, vous battre avec bobonne, mettre une racée à fiston, boire jusqu’à faire un comas éthylique ou encore boxer le nez des passants ou des yakuzas.

Apparemment, c’est fun. Mais ça ne l’est pas. En tourne très vite en rond en se demandant dans quelle direction où aller pour progresser dans le jeu. Je précise que j’ai joué en suivant les instructions d’un walkthrough (une solution) trouvé sur le net. Sans lui, j’aurais pu jouer des heures sans progresser d’un iota. Car la clé pour réussir est toute simple : il suffit d’être un crétin fini, chose que je ne crois pas être (en tout cas pas totalement). Takeshi  no chousenjou pourrait être vu comme le pendant vidéo-ludique de Getting any ? et de son héros dépensant des trésors d’imagination loufoques pour atteindre son but (pour rappel : baiser). On est exactement devant le même type de logique : pour progresser et permettre au salary man de mener une vie heureuse il faut, dans l’ordre :

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Aller à la banque pour retirer tout votre pognon

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Se rendre à un centre culturel pour y apprendre les rudiments du… shamisen.

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Aller au karaoké pour s’y beurrer la tronche.

Puis se réveiller chez vous et là, attention ! bobonne et fiston sont très mécontents  de vous et vous sautent dessus pour vous bourrer de coups (lors de ma première partie je suis d’ailleurs mort à ce passage). Pour s’en sortir, il faut tout simplement demander le divorce :

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Vous vous rendez alors au bureau pour donner au patron votre lettre de démission. Puis direction une nouvelle fois au centre culturel pour y suivre un cours de deltaplane (ça fait sens) et y apprendre une langue : l’hintoba (ne me demandez pas ce que c’est).

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Au passage voici un exemple de la magnifique ambiance urbaine de Takeshi no Chousenjou.

Arrivé là vous vous dites qu’aller dans une agence de voyage pour se payer un séjour onéreux dans une île perdue du Pacifique serait une riche idée, puis vous vous rendez au pachinko :

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Après y avoir déclenché une baguarre contre des yakuzas, vous vous retrouvez avec 5000 billes que vous allez échanger contre… un shamisen bien sûr ! Direction alors le karaoke pour cette fois-ci non plus taquiner les bouteilles mais bel et bien le micro :

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Il faut ici préciser que la Nes disposait d’un micro intégré dans la deuxième manette, vous pouviez donc vous amuser à brailler des chansons pour essayer d’enchaîner trois réactions enthousiastes de suite auprès du public. Après le troisième vous vous dites : « Tiens ! Ce serait marrant si je bottais le cul à toutes les hôtesses du bar ! ». Ce que vous faites (car sinon impossible de progresser dans le jeu), de même pour les yakuzas qui jaillissent pour essayer de vous arrêter. C’est alors qu’apparait un vieil homme qui va vous donner un vieux papier :

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Ce qu’il faut faire ? Le tremper dans l’eau :

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Et là attention ! Vous devez attendre au moins 5 minutes (réellement, vous attendez comme un con devant votre écran cinq minutes) puis vous dites n’importe quoi dans le micro pour sortir le papier de l’eau (plus de dix minutes et il est définitivement foutu et vous n’avez plus qu’à recommencer la partie) pour qu’apparaisse une carte au trésor :

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C’est le point de départ de la deuxième partie du jeu, celle ou notre salary man va troquer son costume pour une panoplie d’Indiana Jones du dimanche, faire du deltaplane (3) et affronter des sauvages. Rassurez-vous, je n’irai pas plus loin. Vous aurez compris ce que Kitano a voulu faire avec ce jeu. Que celui-ci soit techniquement une bouse ou au contraire possède des petits machins qui en font un jeu pas si mal pour l’époque n’a aucune espèce d’importance. Ce qui compte, c’est cette démonstration par l’absurde de l’accaparement par un jeu, quand bien même serait-il du dernier débile, de l’esprit des joueurs. C’est toute la saveur de cette déclaration de Kitano en 2010 à Libération :

 J’ai créé un jeu vidéo il y a des années de cela. C’est le pire de toute l’histoire du jeu vidéo. Un jeu terrible ! Les parents qui l’ont acheté en croyant faire plaisir à leurs bambins l’ont vite regretté. Devant leur console, les enfants étaient terrorisés. Ils ne bougeaient plus. Ils étaient totalement abrutis par ce jeu débile. Des mères ont appelé le fabricant. Leurs enfants pleuraient. Tant mieux, non ? Au Japon, les enfants sont trop gâtés. Un peu de torture ne leur fait pas de mal.

Attaque mentale des mioches trop gâtés, déjà, c’est beau. Mais là où c’est magnifique c’est que le jeu s’en prend aux autres, aux gamers de plus grande envergure qui ne lâchent rien et qui vont tout faire pour arriver à la fin du jeu. Tout faire, c’est-à-dire passer des dizaines d’heures à s’énerver, essayer une multitude de pistes pour progresser, repartir à zéro pour enfin trouver le trésor et voir apparaître à l’écran Beat Takeshi vous dire :

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Pourquoi as-tu pris au sérieux un jeu aussi pourri ?

Sous-entendu : ne regrettes-tu pas ces dizaines d’heures à t’escrimer sur du vide ? Le jeu entre alors en résonnance avec tous ces personnages peuplant ses films et essayant de trouver un sens à leur vie en pratiquant le surf, le base-ball, la boxe, le manzai ou en cherchant l’amour (ou la mort). Parfois ils réussissent, le plus souvent ils échouent. Mais même dans ce cas l’échec est magnifié car se faisant à travers une contemplation forcément enrichissante mais aussi par le prisme de l’art, celui du réalisateur Kitano ainsi que celui du compositeur Hisaishi. Chose à laquelle le gamer, terré chez lui, devant son écran à jouer compulsivement en bouffant de la junk food,  sera très éloigné… et après réflexion, un gaijin occupé pendant plusieurs heures à taper un article sur ce jeu aussi. Décidément j’ai été eu ! Il est plus que temps pour moi de reprendre une vraie vie.

Pour les curieux, voici une vidéo qui permet de découvir le jeu du début jusqu’à sa fin :

Pour les plus courageux, voici un lien qui permet d’y jouer en ligne.

Enfin pour ceux qui n’en ont rien à foutre des jeux vidéo, voici de la new wave :

Oh ! Je m’aperçois que j’allais oublier les pubs d’époque :

(1) La boîte du jeu insistait sur son côté exécrable visuellement mais aussi sur sa très grande difficulté.

(2) Le jeu était néanmoins placé en première position dans le classement des kuso gemu (les jeux de m…) établi par le magazine Famitsu. Néanmoins le jeu a suffisamment marqué les esprits pour apparaître comme un jeu hors norme finalement digne d’intérêt.

(3) dans un shoot’em up diabolique : comme vous êtes sur un deltaplane vous ne pouvez que baisser d’altitude petit à petit (et donc mourir à la fin) si vous ne prenez pas des courants ascentionnels qui apparaissent de temps en temps. Ajoutons à cela que des oiseaux, des OVNI et des avions veulent votre peau et qu’il faut piger qu’il faut atterrir lorsqu’apparaît la troisième île. Chose que je n’ai pas comprise et je me suis vu condamné à me crasher plus loin sur une montagne qui occupait tout l’écran. Evidemment, la sauvegarde avait été faite juste après le survol de l’île en question. Du coup game over et obligation de recommencer à zéro, chose que je me suis abstenu de faire.

Bijin kitanesque de la semaine (34) : Aya Kokumai

Aya kokumai

Il n’aura échappé à personne que je m’inflige pas mal de rails de Kitano en ce moment. « M’inflige » est un bien grand mot tant cela est un réel plaisir. Et ce n’est pas fini puisque à côté des films du maître j’évoquerai bientôt un chouette bouquin, un chouette jeu et, à partir d’aujourd’hui, de chouettes bijins ayant croisé la route du maître. Des bijins encore dans le showbiz ou des bijins oubliées, mais toutes des bijins témoignant du bon goût en la matière du père Kitano. Témoin son émission qui montre qu’à 69 berges on a plus que jamais besoin de se sentir entouré de petites mousmés en soubrette :

Si Kitano n’aime pas les jeunes, on devine aisément que son courroux est moindre quand les jeunes en question ont certaines courbes pas désagréables. Bref, le temps de quelques numéros, je transforme ma mythique série des « bijins de la semaine » en « bijins kitanesques de la semaine ». Et pour ouvrir le bal, honneur à la délicieuse Aya Kokumai aperçue dans Sonatine et… et… ben dans pas grand-chose. Depuis 1994, alors qu’elle n’était âgée que de 23 ans, Aya chan a complètement disparu des radars, avec juste une exception – notable, nous verrons cela – en 1999. Mais depuis, plus rien. Gageons qu’on verra un de ces jours une photo prise récemment où la pauvrette apparaîtra en train de faire ce marché dans le convini du coin comme Momoe Yamaguchi après sa ménopause :

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Que soit mille fois maudit l’enc l’enflure qui a pris cette photo !

Nous ferons malgré tout avec. Et après tout, il y a de quoi picorer un peu. Ça n’a pas toujours évident de dénicher les perles dans laquelle notre bijin de la semaine est apparue mais enfin, quand il s’agit de trouver d’improbables machins, vous pouvez me faire confiance, d’autant que maintenant que j’ai à disposition Yoko chan pour gérer les archives, il m’est bien plus aisé de mettre la fin sur de vieux faits d’armes, comme par exemple ce premier photobook paru en 1992 :

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… dans lequel on retrouve ces mirettes et cette poitrine avenante qui m’avaient fait fondre au visionnage de Sonatine :

Dans la même année, Aya fait coup d’ouble puisqu’elle lance aussi sa carrière au cinéma avec Kiriko :

Kiriko

Qu’est-ce que c’est que ce Kiriko ? Ben, disons que c’est un peu comme Kirikou sauf qu’il n’y a pas de savane, ni de tribus africaines ou de sorcières mais plutôt des yakuzas et une femme aveugle en mini-jupe (ou à poil) qui les affronte au katana. C’est mal foutu, Z à souhait mais le spectacle est assez croquignol pour en redemander. Ça tombe bien, il existe un Kiriko 2 mais dans lequel Aya chan n’apparaît pas. Dans le premier opus, elle y joue la petite-fille d’un vieillard mal en point qui a maille à partir avec des yaks. Comme pour Sonatine, Aya y est sémillante à souhait et suffisamment sexy pour inciter le spectateur à regarder le film jusqu’au bout :

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Quand un direct-to-video présente de tels bonbons, il m’est toujours difficile de refuser.

Car n’oublions pas que nous sommes dans de l’exploitation pur jus et qu’évidemment, le spectateur en voyant un décolleté aussi prometteur se dit qu’il va forcément arriver un moment où la bijin va passer à la casserole. Ça ne rate pas avec une horrible séance de viol collectif dans laquelle un des malotrus, après lui faire une vilaine grimace, lui inflige un horrible combo de coups de boule :

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 Pas de crainte à avoir : la violence insoutenable est en fait dégoupillée par les bruitages qui rappellent irrésistiblement Charles Ingalls en train de défoncer un gros rondin à coups de hache. On rigole bien donc, et on n’est pas trop inquiet puisque l’on sait bien que dame Kiriko va débouler pour lui prêter main forte. Entretemps le spectateur qui aime à voir les nénés d’actrices aura eu le temps de s’en mettre encore un peu plein les mirettes:

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En somme un bon petit film, avec une ambiance policière sophistiquée truffée de bien étranges indices :

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– Bye Jove Holmes ! À qui donc appartient cette paire généreuse ?

– Elémentaire mon cher Watson ! Pour le savoir, allons donc le demander à l’ami Olrik !

On est un peu triste du sort du personnage d’Aya à la fin mais on se consolera rapidement en se matant Sonatine donc, film qui suit sans transition la petite bouse sympathique qu’est Kiriko.

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Pour rappel, Aya dans Sonatine.

Dans la foulée, et sans doute parce que son duo avec Kitano fonctionnait bien, elle refit équipe avec lui la même année dans Kyoso Tanjo de Toshihiro Tenma :

Kyoso Tanjo

Petite comédie satirique que je n’ai pas encore vue sur le thème des cultes religieux :

1993 constitue donc un pic brutal dans sa carrière, on en profite car la suite va être moins glorieuse. On aurait pu penser que sa prestation dans Sonatine allait lui faire connaître durablement les sommets du septième art mais c’était sans compter sur les bides dans les salles que s’enquillait Kitano à ses débuts derrière la caméra. La même année on la voit ainsi apparaître dans Shura no Janshi Narumi et, l’année suivante, dans Police Sukesaburoh Tamagane où elle se fait élégamment tirer le string par la pogne d’un rugueux inspecteur :

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Je sais, les images en miniatures sur la jaquette sont très tentantes. Promis ! Je vous en fait un compte rendu dès que j’ai le précieux objet en ma possession. Il me tarde de voir les middle kicks (et la culotte bleue) d’aya chan. Signalons d’ailleurs que la petite gueuse y a sans doute pris du plaisir puisqu’elle tourna dans la foulée, devinez quoi ?….

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Oui, Police Sukesaburoh Tamagane 2 !

C’est un peu moins pire par la suite avec une apparition dans Shinonomerô onna no ran d’Ikuo Sekimoto :

Shinonomerô onna no ran

Film de geishas bien plus recommandable (avec une très belle photographie) mais pas de quoi non plus sauter au plafond puisque notre bijin est cantonnée à un rôle très secondaire. Certes on apprécie de la voir se trémousser dans un kimono vert, voire de se crêper le chignon avec une chipie mais on a du mal à lui pardonner ceci :

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Siroter tranquillou son thé vert alors que ses camarades ont la gentillesse de montrer leurs seins au spectateur.

Dieu merci, elle se rachètera largement mais cinq années plus tard. Tirons la chasse sur son dernier film et passons directement à l’année 1999. Que s’est-il passé entretemps ? Allez savoir ! Peut-être notre belle enfant s’est-elle mariée et a eu un ou deux lardons. Quoiqu’il en soit, après Kitano, elle va rencontrer le deuxième grand bonhomme de sa courte carrière. Aya chan a alors 28 ans et son 85/58/84 va être immortalisé par l’appareil d’un maître de la photographie de nu :

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Kishin Shinoyama

Kishin Shinoyama déjà maintes fois évoqué en ces pages et qui a publié autrefois une série de petits photobooks intitulée « accidents series ». Et le volume 14 est donc entièrement dédié à notre bijin de la semaine. Une bijin pour le coup vraiment femme, très loin du personnage de femme enfant dans Sonatine :

Avec ce deuxième et ultime photobook, la boucle sera bouclée. Carrière assez peu riche finalement, qui n’a pas tenu ses promesses mais qui peut au moins s’enorgueillir de deux pépites dont une appartenant à la catégorie des chefs-d’oeuvre du cinéma japonais des 90’s. On aimerait pouvoir en dire autant de ces innombrables idols dont la brièveté de leur carrière n’a d’égale que la vacuité artistique de leurs œuvrettes.

Sonatine (Takeshi Kitano – 1993)

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Sonatine est le premier film de Kitano diffusé en France. Il est probable que cela ait joué dans l’esprit de beaucoup de spectateurs pour qui Sonatine est et restera l’indéboulonable chef-d’œuvre de Kitano. Lorsque l’on découvre l’œuvre d’un grand réalisateur, on est parfois marqué au fer rouge par son premier film que l’on visionne et il est bien difficile par la suite de se libérer de cette œuvre qui nous a séduit et qui sert de maître étalon à tout ce qui suit.  C’est toujours ce que j’ai un peu ressenti devant Sonatine, même si cela ne m’a pas empêché d’apprécier et de voir comme d’autres chefs-d’œuvre des films comme Hana Bi ou Dolls. Et même si, il faut bien le reconnaître, le film possède en lui une certaine perfection qui justifie ce sentiment, indépendamment du fait qu’il ait été la première approche de la filmo de Kitano pour beaucoup de spectateurs dans le monde. Cette perfection (ou du moins cette qualité), Kitano l’a d’ailleurs ressentie en faisant le film. On pourrait beaucoup gloser sur la portée symbolique du titre. Mais pas la peine d’aller chercher bien loin puisque Kitano lui-même s’en est expliqué. Pour lui, la sonatine est une pièce musicale que l’on joue une fois que l’on a atteint un certain niveau d’apprentissage. Après des années de noviciat, on acquiert ainsi son premier galon dans un art et l’on peut commencer à prétendre à être bon. Et bon, ce film l’est, indéniablement.

Je n’ai jamais su si Kitano avait imaginé ce titre durant ou à la fin du tournage. Le deux hypothèses paraîtraient plausibles mais la troisième qui consisterait à imaginer un Kitano sûr de lui au moment d’imaginer son quatrième film n’aurait rien d’aberrant et serait même séduisante. Compte tenu de la capacité du réalisateur à foncer dans le tas, et compte tenu de l’attitude suicidaire de ses personnages, de ce baroud d’honneur avant la mort, rien n’interdit en effet d’imaginer un Kitano qui, après une succession d’échec commerciaux mais aussi une constante progression en qualité, décide de se cracher vigoureusement dans les pognes pour jeter à la face de la critique habituée alors aux gangsters survitaminés de John Woo, ce qu’il a décidé être son grand œuvre, un film sur des yakuzas partis à Okinawa  non pas pour en découdre mais… pour attendre la mort en s’amusant.

Evidemment, après avoir pris connaissance de ce qui a précédé et des films qui ont suivi, le film sonne comme une évidence, une œuvre somme qui se contente d’appliquer des motifs connus et de les mettre en forme dans ce qui constituerait le style Kitano. Il ne s’agit pas d’être ambitieux lorsque l’on écrit un article sur Sonatine car on part d’emblée avec l’impession que tout a été dit et que le film n’est finalement qu’un condensé de la filmo de l’auteur. On y retrouve le personnage de clown triste de Kitano, yakuza vieillissant qui accepte une dernière mission foireuse avant de raccrocher les gants. Mais aussi la magnifique musique d’Hisaishi, à la fois évocatrice d’un climat d’attente mélancolique ou d’une atmosphère okinawaïenne portée sur la rêverie (scène des sumos). Enfin cette violence sèche qui peut éclater à tout moment, les scènes de plage et les gags minimalistes qui suscitent imparablement le sourire. Mais, comme chez n’importe quel grand auteur, on s’aperçoit que le film devient passionnant à suivre, à la fois semblable aux autres et différent. Répondant aux précédents (notamment Jugatsu et A Scene at the Sea) et annonçant les suivants (Kids Return et Hana bi).

Ainsi Murakawa, le personnage joué par Kitano, peut être vu comme l’inverse de deux zozos de Kids Return. Pour ces derniers, le grand saut constituait le passage à l’âge adulte en essayant différents plans (la boxe, le monde des yakuzas), ça passait ou ça cassait, peu importe, l’essentiel étant de tenter un truc. Pour Murakawa, il n’y a plus rien à tenter. L’âge adulte, il y est bien vissé depuis belle lurette. Et tellement qu’il se sent usé, fatigué, à deux doigts de prendre sa retraite. Bref, ça ne rigole pas :

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Mais c’est alors que va se produire un lui un changement. Plutôt que de foncer vers une sinistre vieillesse après une vie de crimes, Murakawa va foncer, mais dans le sens inverse. Retrouver une sorte d’enfance, d’adolescence va être le leitmotiv de la dernière partie de sa vie. Cela s’accélérera surtout lors de son arrivée avec ses hommes à Okinawa (pour une histoire de clans qui n’a pas vraiment d’importance) mais il faut bien comprendre que les prémisses ont lieu dès la première partie à Tokyo :

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Premier sourire qui intervient très tôt et qui sera suivi de plein d’autres.

La première partie est sombre et évoque par anticipation l’atmosphère hiératique et glacée (mais fascinante) du diptyque Outrage/Outrage : Beyond. Mais aussi très bizarre car ayant en germe une insouciance et un goût de l’amusement qui régneront dans la partie à Okinawa. L’épisode le plus marquant est bien sûr la mort de ce pauvre type :

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Refusant de payer Murakawa, il a scellé son propre sort : il va être exécuté. Seulement voilà : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Une balle dans la tête ou une gorge tranchée aurait pu faire l’affaire. Quelques secondes au détour d’une rue sordide et on n’en parlait plus. Mais non, trop simple. Mieux vaut l’accrocher comme un jambon au bras d’un engin de chantier et le plonger dans la baille pour le noyer. Et même là, Murakawa ne peut s’empêcher de diluer cette action purement « yakuzesque » (un meurtre) en la transformant en une expérience purement ludique. Il donnera d’abord l’ordre de le plonger deux minutes, pour voir sa résistance. Puis, comme le lascar sera parvenu à retenir son souffle, trois minutes. Occupé à discuter avec un de ses hommes, Murakawa débordera le lap de temps et fera remonter l’homme, cette fois-ci inanimé. Il ponctuera la fin de cette scène d’un « Oh ! on l’a tué ! » absolument glacial, certes cruel mais aussi avec un je ne sais quoi en plus qui empêche le spectateur de condamner totalement Murakawa. Ce je ne sais quoi, c’est sans doute cette fuite du réel (on pense à Jugatsu), ce refus du sérieux, des codes, refus qui va s’intensifier dans la suite du film.

Il n’est peut-être pas anodin que l’homme noyé était le tenancier d’une salle de Mahjong. Il était une sorte de magister ludi, maître de jeux imparfait puisqu’il se contentait de louer des tables à des joueurs. Avec sa mort, un passage de témoin se fait. Dorénavant, le magister, c’est Murakawa, et ça va chier ! On pourrait ici opposer Sonatine à un glorieux ancêtre, Guerre des Gangs à Okinawa de Fukasaku. Dans ce film, des yakuzas de Tokyo et Yokohama se rendaient à Okinawa pour y refonder un clan. Mais très vite ils y affrontaient deux dangers : les clans locaux, peu enclins à les laisser s’installer tranquillement, et un ennui, un insondable ennui devant une culture faite de GI’s et d’un langage incompréhensible. Dans Sonatine, c’est l’inverse puisqu’il n’y aura qu’une culture, celle de l’amusement. Ça commencera d’abord ainsi :

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Les yaks s’amusent.

Mais très vite les mafieux vont retrouver dans leur séjour un plaisant arrière-goût de colonie de vacances. Petit panorama ici des réjouissances. On commence d’abord avec une danse traditionnelle :

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Pas de quoi sauter au plafond mais la contamination a déjà commencé puisqu’un des personnages va s’adonner lui aussi à cette danse, décoinçant les premiers rires sur les faces de ses collègues jusqu’ici très fermées :

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Ken, le lieutenant de Murakawa, joué par un excellent Susumu Terajima, sera lui aussi contaminé par son association avec un jeunot annonçant clairement les deux héros de Kids Return. Il essaiera de résister face à ses pitreries mais cédera assez vite.

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Lors d’une scène dans un bar, Murakawa et ses hommes seront attaqués par deux tireurs. Ils riposteront mais Murakawa le fera avec une manière bien à lui : debout et décontracté, comme face à un jeu vidéo :

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Style sans doute pour faire contrepoint aux johnwooseries de l’époque mais Kitano ne nie pas non plus l’influence du nô.

Le jeu s’affirme ici clairement comme une partie de dés avec la mort. Cet aspect reviendra quelques scène plus tard avec Ken et son complice :

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Mais aussi avec Murakawa lui-même lors d’une partie (truquée) de roulette russe :

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Mais il n’y a pas que des pulsions de mort, une perpétuelle envie de faire des doigts à la Faucheuse. L’amusement peut être un pur retour en enfance avec des partie de Kamizumo, ce jeu de plateau japonais se pratiquant avec des sumos en papier :

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Puis, évidemment, les enfants vont s’amuser à jouer aux sumos sur la plage :

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Enfin, de ces mêmes enfants va jaillir une idée, de ces idées que seules les gosses sont capables d’avoir, faire semblant d’être des sumos en papier pour jouer à du Kamizumo grandeur nature :

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Scène où l’on a le plus la sensation que le réel est atomisé par l’imaginaire des personnages. Ça ne durera pas…

Qui dit enfance, dit aussi premiers émois amoureux. La « petite » Miyuki, jouée par le délicieuse Aya Kokumai, déboulera d’abord dans la vie de Murakawa sur un mode qui lui rappellera un peu trop sa vie rassie d’avant. Amenée nuitamment sur la plage par un homme qui veut la violer, elle sera secourue par Murakawa qui liquidera le fâcheux qui apparaît clairement comme un mauvais joueur indigne de participer à ses activités. Miyuki sera tout de suite fascinée par Murakawa :

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… et le spectateur par elle.

Une idylle entre les deux enfants commencera alors. Ce ne sera pas des parties de touche-pipi mais ce ne sera pas loin non plus. Alors qu’ils traversent un bois sous une averse, Miyuki l’attire dans un coin pour lui montrer ça :

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« Mais pourquoi diable ce tee-shirt réapparaît-il sans cesse ? »

Juste lui montrer ses seins (qu’Aya Kokumai a fort jolis). A lui qui a dû en voir une quantité faramineuse dans sa vie. Murakawa appréciera et lancera un « se déshabiller en public, c’est chouette, hein ! » qui fera rire la jeune femme. Ça n’ira pas plus loin. L’acte a été simple… et incroyable. Une fille a choisi un garçon, lui a fait comprendre qu’elle l’aimait en lui montrant ses seins ! Les émois adolescents, c’est quand même quelque chose ! Murakawa lui fera d’ailleurs un « coup de la panne » malheureusement non simulé…

Evoquons rapidement pour terminer les autres jeux que sont la bataille de feu d’artifices, les trous planqués dans le sable (ce qui ira jusqu’à faire dire à un des hommes de Murakawa si ce n’est tout de même pas un peu trop puéril) ou encore le ball trap avec un frisbee pour nous intéresser au moment où tout bascule. Car tandis que Murakawa and co. S’adonnent aux plaisirs du farniente, des yakuzas s’agitent en coulissent pour tisser leur toile et leur régler leur compte. Cela se fera par ce personnage, un vieux yakuza déguisé en chasseur de papillons.

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Murakawa comprend alors qu’il n’est pas un enfant mais bien un adulte, de surcroît englué dans un monde de yakuzas où le déguisement ne se fait pas dans un but ludique mais meurtrier. Désillusion et dur rappel à la réalité. Il faut dès lors passer à d’autres jeux, plus violents ceux-là, et qui lui feront atteindre ce point de non retour que les personnages joués par Kitano (dans Jugatsu et Hana bi notamment) connaissent souvent. Point de non retour souvent matérialisé par un petit objet de métal que l’on appelle balle et que les personnages ont souvent tendance à se loger eux-mêmes dans leur cafetière.

C’est peut-être ça qui fait de Sonatine peut-être le chef d’œuvre de Kitano : cet amusement teinté de mélancolie bien sûr, mais aussi cette capacité à imaginer, à créer… pour mieux atteindre l’anéantissement. Toujours cette incroyable ambivalence kitensque entre accomplissement et destruction. Murakawa s’accomplit en un personnage absolument fabuleux, quasi iconique pour le spectateur… puis se tue. Et Kitano, avec ce film, accomplit justement sa sonatine, l’œuvre qui lui prouve qu’il a franchi un pallier et qu’il peut devenir un grand… puis commettra l’année suivante Getting Any ? Goût de la vie, goût du néant, deux facettes de son œuvre qui ne s’opposent pas mais qui sont au contraire inextricablement liées (1), et au milieu desquelles ces personnages de jeunes omniprésents dans son œuvre vont devoir trouver une voie qui ne sera pas sans difficultés. C’est tout le piquant de cette scène dans laquelle Miyuki tombe dans l’un des trous laissés par Murakawa :

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Elle devrait en rire mais le cœur n’y est plus : Murakawa est parti pour l’ultime règlement de comptes. Ne lui reste plus que l’amertume de faire quelque chose de sa vie. Seule. Fuck effectivement.

10/10

(1) A la question d’un journaliste lui demandant si Sonatine était une comédie ou un cauchemar, Kitano répondit : « une comédie avec un cauchemar ».

Une fois n’est pas coutume, Sonatine n’est plus édité en DVD dans nos contrées (et encore moins en blu-ray). Pour se le procurer, deux solutions : soit une édition anglaise en import, soit l’ancienne édition double DVD chez Studio Canal que l’on peut trouver en occasion. Je recommande cette dernière solution.

 

Getting Any ? (Takeshi Kitano – 1995)

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Dans Getting Any ?, cinquième film de Kitano, il sera question de merde. De beaucoup de merde. Du coup, vous comprendrez pourquoi au moment de prendre la plume j’ai quelques difficultés à me saisir de l’article. Par quel bout le prendre sans s’en mettre plein les pognes ? Et surtout quoi en dire ? J’imagine que c’est la question qu’a pu se poser le spectateur en 1994 lorsque, encore sous le charme du prodigieux Sonatine, il paya son ticket pour aller voir ce 5ème film de Kitano. Spectateur non japonais s’entend car le Japonais, lui, habitué des facéties télévisuelles de Beat, n’a pas dû être déstabilisé plus que cela.

Mais pour le spectateur hors Japon, l’expérience a dû être une incroyable déconvenue. En France nous avons été au moins préservés : le film est sorti en 2001, après Hana Bi, l’Été de Kikujiro et Aniki mon Frère. Du coup lorsqu’il est sorti, ce film, avec le poids des ans, a pu apparaître comme une erreur de jeunesse sur laquelle il ne valait mieux pas trop s’attarder. Ouais, sauf que le film n’est en rien une erreur de jeunesse. On le répète, Getting Any ? est le 5ème film de Kitano et il est pris en sandwich entre Sonatine et Kids Return. Et là, difficile de ne pas se poser la question : qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la cafetière de Takeshi pour commettre un pareil étron ?

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Une envie de pousser au suicide certains de ses acteurs ?

Avant d’aller plus loin pour trouver un élément de réponse, il faut quand même rappeler de quoi parle Getting Any ? Le titre original est en fait Minna Yatteruka !, soit « tout le monde le fait ! ». Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici d’une allusion au popo mais bien eu trempage de biscuit dans une certaine tasse. « Tout le monde le fait ! », C’est ce qu’a bien vissé dans le crâne Asao, jeune loser qui n’a qu’une idée en tête : choper une fille pour baiser. Tout le film va relater ses tentatives pour parvenir à ses fins. Ça commence par le visionnage d’un mauvais drama où il découvre cette scène :

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Un homme besogne une fille dans sa porsche. (warning : article riche en gifs animés débiles ! Ne faites pas la fine gueule, je sais que vous en êtes friands)

Du coup, idée géniale ! il décide lui aussi de s’acheter une voiture pour pratiquer le « car sex ». Ça foirera, car demander à une fille « vous voulez monter dans ma voiture pour baiser ?» fonctionne rarement dans la vraie vie.

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Asao va même fusqu’à faire une séance de frotti-frotta contre une employée d’un concessionnaire pour vérifier que la voiture qu’il veut acheter est confortable pour pouvoir le faire !

Puis, il s’imagine que dans les compagnies aériennes les services à bord sont d’un genre particulier :

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Clique gentiment sur l’oreille droite de l’hôtesse pour voir de quoi il s’agit.

Il décide donc de se faire un max de blé pour pouvoir se payer un voyage. Pour cela il braquera des banques (ça foirera), deviendra acteur (parce qu’il imagine qu’un acteur célèbre dans un avion, c’est forcément l’assurance de passer du bon temps avec une groupie ; son passage sur les plateaux sera bien sûr un échec) ou cherchera de l’or dans des mines (itou !).

C’est alors que lui vient une autre idée géniale : sans aller jusqu’à se ruiner pour s’offrir un billet dans un avion de ligne, il peut au moins se payer un avion en Cessna où, c’est sûr, les hôtesses doivent elles aussi offrir un service particulier :

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Cette fois-ci c’est sur l’oreille gauche

Malheureusement, ce sera le commandant de bord qui l’offrira, le service :

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Si le cœur t’en dis, clique sur l’image. Perso, j’ai ri à cette scène.

Ensuite tout s’enchaîne : il sera pris pour Joe Shishido, le tueur légendaire, sera embringué par des yakuzas pour se venger d’un autre clan, puis sera embauché par un savant fou –joué par Kitano pour le transformer en homme invisible qui pourra aller tripoter des filles dans des onsens ou sur les plateaux de tournage de films pornos. Enfin, il sera transformé en homme mouche qui mourra étouffé au milieu d’un gigantesque gâteau de merde. Arrivé ici, vous pouvez aller vous en griller une et vous enquiller un verre de cointreau pour reprendre vos esprits. La suite de l’article sera plus calme.

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Tenez, un petit numéro pas prise de tête pour faire baisser la tension.

Getting Any ?, on le voit assez je crois, se veut donc un gigantesque délire trivial. Une énorme tarte à la crème balancée à la frite du spectateur qui hurlera de rire ou partira en maugréant contre l’incroyable bêtise de ce qu’on lui a montré. A vrai dire peu importe la réaction du spectateur, Kitano s’en fout, ce qui lui plaît c’est se tenir les côtes devant ses propres potacheries. Mais il y autre chose derrière ce but égoïste, chose que Kitano a expliquée un jour lors d’une interview :

L’idée était de faire voler en éclat mon propre cinéma. Je déteste ce qui est préétabli et je voulais invalider toute idée préconçue de ce que pouvait être un film de Takeshi Kitano. Il me semblait qu’avec Sonatine, la boucle était bouclée, que j’avais achevé une sorte de cycle et que je devais tout casser avant de me lancer dans une nouvelle direction. Résultat : Getting any ? est incontestatblement un beau ratage. C’est un travers de mon caractère. Si j’étais marathonien, j’attendrais le dernier kilomètre pour m’effondrer et laisser tout le monde me passer devant. J’ai un esprit d’auto-destruction extrême qui me surprend moi-même. Au lieu de tenter de se suicider à l’époque de Dodes’kaden, Kurosawa aurait mieux fait de réaliser un film complètement déconnant. C’est ce que j’ai fait avec Getting any ?  qui est un suicide symbolique. Quand à Kids Return, je le vois comme une renaissance et en même temps comme le début d’un nouveau cycle, plus autobiographique.

(Propos recueillis par Gérard Delorme, Léonard Haddad et Estelle Ruet pour le magazine HK.)

Avec ce film, Kitano va donc à la selle. Il lâche son caca afin de partir plus léger pour pondre cette fois-ci de vrais chefs-d’œuvre. Il y a comme le besoin de lâcher symboliquement tous les brimborions de Beat Takeshi pour que Takeshi Kitano puisse reprendre sa course vers les sommets du septième art. De fait, difficile de parler de mise en scène ici, rarement la patte Kitano n’aura été aussi peu présente. C’est bien la patte « Beat Takeshi » de la TV, celle qui construit des saynètes qui sont l’équivalent des strips en quatre cases. Sobre et efficace, c’est parfois nonsensique (j’ai plus d’une fois pensé aux Monty Pythons), parfois vulgaire, souvent inégal. Et cela pendant une heure quarante. Getting Any ? rejoint en fait ces films qui a l’origine constituait des série de vingt minutes. Je pense à Bean ou à Sacré Graal des Monty Pythons. Des comédies plutôt réussies (surtout Sacré Graal) mais qui ont tendance à s’épuiser au fil des minutes, l’enchaînement non stop des gags amenant à un certain ronronnement alors que le format des vingt minutes permettait un condensé assez jubilatoire. Autrement dit, ce qui est attrayant dans une séquence de quelques minutes pour la TV devient assez vite saoulant dans un long métrage. C’est un peu ce qui se passe dans Getting any ? et pour le coup, on a réellement l’impression d’être dans un Cessna, l’hôtesse à poil en moins. On passera parfois la tête au hublot pour être distrait par un paysage. On peut être amusé par exemple à repérer toutes les références d’une certaine pop culture que l’oncle takeshi s’amuse à passer à la moulinette de la satire : films de yakuzas, chambara, Ultraman, Denso ningen, Ghostbusters et j’en passe. On pourra aussi sourire au portrait gentiment moqueur que Kitano fait à travers son héros d’une jeunesse otakiste incapable de séparer fantasmes et réalité.

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Hein ? Comment ça ?

… mais on pourra aussi être tenté de passé en pilotage automatique pour piquer une ronflette. Le film parvient à amuser mais, même s’il faut lui reconnaître d’être assez unique en son genre, il est bien difficile de voir en lui une réussite.Il n’en reste pas moins un objet bizarre, une balle que le réalisateur s’est tiré volontairement dans les couilles et un doigt tendu à une critique qui, après Sonatine, allait forcément l’attendre au tournant. Vous m’attendez pour me régler mon compte ? Eh bien dozo, faites-vous plaisir, mangez :

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Après Getting any ?, Kitano réalisera Kids Return et Hana Bi. Comme quoi sa théorie du suicide artistique salvateur n’est pas totalement erronée.

 

Kids Return (Takeshi Kitano – 1996)

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Kids Return, sixième film de Kitano et deuxième dans lequel il n’apparaît pas. Et, comme pour le premier dans ce cas, A Scene at the Sea, le résultat est bon. Très bon même. Allez, lâchons le mot : c’est un chef d’œuvre. Pas de Beat Takeshi l’acteur dedans, mais un Kitano réalisateur inspiré qui va puiser dans sa jeunesse des éléments pour créer cette histoire de jeunes essayant de passer à l’âge adulte avec un fort taux d’échec (trois échecs pour une réussite, on va y revenir). Le résultat est une cartographie de la jeunesse s’apprêtant à faire le grand saut dans l’âge adulte, à la fois amusante, bouleversante, jamais méchante, au contraire empreinte de tendresse. Plutôt surprenant lorsque l’on sait que Kitano n’aime pas vraiment les jeunes actuels, trop souvent des enfants pourris et très éloignés des valeurs du respect, du travail, de la persévérance. Un des adultes du film dira d’ailleurs « si on les engueule les jeunes ne restent pas ».

Mais d’un autre côté, quand ils évoquaient la jeunesse ses films n’ont jamais témoigné d’un esprit féroce faisant dans la satire. Les jeunes de ses films peuvent être ridicules, mais les adultes ne sont pas mal non plus. Et même si ces gosses sont ridicules, le spectateur ressent pour eux une indéniable sympathie. Rien n’est simple et Kids Return en est une nouvelle fois un bon exemple.

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Et c’est parti pour l’article !

Les « Kids » du film sont en fait assez nombreux. On pourrait se limiter aux deux personnages principaux, Shinji et Masaru, lycéens glandeurs sans aucune idée de leur avenir, mais il ne faut surtout pas passer à côté des autres qui viennent compléter la peinture kitanesque de la jeunesse. Chaque personnage choisira une voie qui sera une possibilité de mener sa vie d’adulte. Et à l’intersection de ces voies, il faut imaginer un Takeshi Kitano jeune qui a sans doute été un mélange de tous les personnages du film. Lui aussi a glandé, lui aussi a fait l’école buissonnière pour faire des conneries (voir son récit autobiographique, la vie en gris et rose), lui aussi a été intéressé à un moment par la boxe, et lui aussi a pensé qu’une carrière comique serait une bonne possibilité. Je ne possède malheureusement pas le dossier de presse que Dionnet arbore ostensiblement dans un bonus de l’édition DVD chez Studio Canal :

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Bisque bisque rage…

C’est bien dommage car Kitano apparemment y explique les passerelles qu’il peut exister entre ses personnages et lui-même. Du coup, Kids Return peut être perçu comme le plus autobiographique des films de Kitano et, à l’image de l’OVNI Getting Any ? qui le précède, c’est un film un peu à part donc, même si l’on y retrouve beaucoup de motifs propres à son esthétique : cette violence sèche qui peut éclater à tout moment, des gags bon enfants qui arrivent en décalage par rapport à la situation, enfin ce minimalisme dans la narration qui montre une nouvelle fois combien Kitano possède cet art de la suggestion, art qui fait que si l’on n’est pas totalement concentré sur ce que l’on voit, on peut passer à côté de certains indices sur l’évolution des personnages.

Shinji et Masaru sont donc les deux héros du film. Ou plutôt les deux zéros. Bons à rien, glandeurs, ils passent leur temps à faire enrager leurs profs (l’un verra sa voiture neuve incendiée) et à racketter des faibles. Arrive un jour où deux de ces faibles font appel aux services d’un copain boxeur qui vient casser la gueule de Masaru. Dès cet instant, les deux garçons se mettent enfin à s’intéresser à quelque chose qui va structurer un peu plus leur vie : la boxe.

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Ce quelque chose qui permet de donner un élan qui va permettre de se lancer dans l’âge adulte est le leitmotiv de quasiment tous les jeunes personnages du film. Avec cependant des différences dans le but à atteindre. Masaru cherche manifestement à devenir plus fort, vexé de la rouste qu’il a reçue, à se créer un petit univers mental de manga dans lequel il est « Dynamite Joe ». En fait, il apparaîtra qu’il n’a aucun talent dans la boxe et sa passion subite retombera comme un soufflé dès la première déconvenue. Il se tournera alors vers le monde moins compliqué (a priori) des yakuzas mais là aussi,  sa progression sera stoppée net à cause d’une incapacité à en maîtriser les règles (par exemple celle concernant le respect envers les aînés).

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Pour Shinji, ce sera différent : lui a du talent, lui aura une réelle chance de percer en tant que professionnel. Mais il ne donnera jamais vraiment l’impression d’aimer ce qu’il fait. D’ailleurs, il est à deux doigts d’arrêter pour suivre Masaru et seule l’insistance de son entraîneur parviendra à la convaincre de rester. Ce sera malgré tout l’échec à l’arrivée, pour d’autres raisons.

Le troisième personnage, Hiroshi, est plus grinçant en ce qu’il conjugue deux idéaux qui ne peuvent se combiner. D’un côté il est amoureux de Sachiko (jouée par Yukô Daike que l’on retrouvera par la suite dans quatre films de Kitano), la jolie serveuse du bar dans lequel il a l’habitude de traîner.

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Touchant de candeur, il essaye de la séduire : il lui écrit une lettre à l’eau de rose, lui propose d’aller au cinéma, lui donne une petite poupée qu’il lui demande de garder toujours avec elle. Clairement, il ne veut pas se la taper (on peut imaginer que ce serait le but de Masaru and co) mais fonder un foyer avec elle. Bien. Problème : Sachiko est l’archétype de la fille qui veut se marier avec quelqu’un qui a une situation. Re-problème : Hiroshi, ne pouvant se permettre d’enquiller des années de fac, cherche tout de suite un travail à la sortie du lycée et se met à travailler d’abord pour une société vendant des balances (sic), puis pour une compagnie de taxis. Là aussi, bien. Kitano ne pourrait reprocher à ce jeune de manquer de courage. Sauf que lors de son expérience dans ces deux entreprises le constat est le même : Hiroshi se prépare une vie harassante pour gagner des clopinettes et sans doute voir sa femme le quitter. La solution trouvée pour y remédier sera tragique. Il aura un accident de voiture dans lequel la tête percutera violemment le pare-brise. Kitano usera ici de tout son art de la suggestion évoqué plus haut. On ne verra pas le corps d’Hiroshi. On ne verra même pas d’ambulance sur les lieux de l’accident. En fait on ne saura même pas s’il est bien mort. Mais par rapport aux données que le spectateur aura reçues précédemment, il ne peut faire que deux hypothèses : soit il s’est suicidé, soit, harassé par une dure journée de travail (un de ses collègues évoque sa fatigue dans une scène précédente), il se sera endormi au volant et aura eu cet accident qui lui aura été fatal. Dans les deux cas, il aura été tué par son travail. Lorsque l’on regarde attentivement une des affiches du film (dessinée par Kitano), un petit détail ne laisse d’ailleurs pas de doute sur la destinée d’Hiroshi. Kitano évoque ici ceux qui n’ont pas la possibilité de faire ce qu’ils aiment et, bien obligés à gagner leur vie, se voient contraints de se préparer une vie de merde. Ici nul discours critique envers les jeunes mais plutôt envers un système exploiteur et usant de formules toutes faites pour faire passer la pilule. « Si tu veux rendre ta femme heureuse tu dois bosser dur » dira à Hiroshi son patron (avec son corollaire sous-entendu : si tu ne le fais pas, elle sera malheureuse et te quittera car elle ne t’aime pas assez pour rester avec toi dans une vie compliquée). Formule lapidaire qui résume à elle seule le vide de la vie de Shinji, sans doute le personnage le plus touchant de toute la filmo de Kitano.

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Enfin, les derniers larrons du films sont eux aussi au nombre de deux. Arrivé là, je me dis qu’il y a une certaine symétrie dans les cinq personnages du film. A ma droite : Shinji/Masaru. Au centre : Hiroshi. A ma gauche : les deux comiques.

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Hiroshi est au centre en ce qu’il incarne une jeunesse formatée qui, parce qu’elle a entendu dire dès son plus jeune âge qu’après les études on doit travailler, fonder un foyer et être heureux, se met à l’action sans sourciller et non sans courage, quitte à foncer dans le mur et à n’en pas se relever.

Shinji et Masaru sont les éternels inadaptés. Eux, depuis leur plus jeune âge, se sont entendus dires des « ils n’en ont pas l’envergure », « ils n’en ont pas le talent ». Du coup, consciemment ou inconsciemment, ils agissent comme tel. Et lorsqu’ils rencontrent certains adultes qui les apprécient et qui pourraient véritablement les aider, les deux garçons gâchent tout en écoutant plutôt les conseils d’un mauvais génie. C’est flagrant avec Shinji qui, plutôt que d’écouter les conseils de son vieil entraîneur pour qui la boxe est avant tout question de travail et de discipline, suit plutôt les conseils foireux d’Hayashi, boxeur sur le retour dont on comprend assez vite qu’il a accumulé pas mal de rancœur à cause d’une vie de merde (là aussi, sentiment intelligemment suggéré par Kitano dans une scène de bar où le boxeur rencontre un collègue de travail). « Ne te laisse pas manipuler, fais toujours ce que tu as envie de faire », lui glisse-t-il juste après que Shinji se soit fait remonter les bretelles par l’entraîneur.  Evidemment, Shinji, coquille encore plus vide que Masaru, suivra le conseil, et perdra. Ils pourraient avoir toutes les cartes en mains pour réussir leur vie, on pourrait être sûr qu’ils trouveraient le moyen de tout foutre en l’air. Le regard que Kitano leur porte n’en est pas moins singulier. On pourrait imaginer du mépris de sa part. Au lieu de cela, Shinji et Masaru rejoigne la galaxie des personnages boiteux mais sympathiques de sa filmographie. Entre Masaru et Kikujirô (on rappelle que dans l’Été de Kikujirô, Kikujirô n’est pas l’enfant mais l’adulte), pas de grandes différences finalement. Mais revenons aux deux autres personnages qui sont leurs exacts contraires.

 Il s’agit de deux garçons fanas de manzai (duo comique) et dont on ne connaîtra pas le nom. Comme Shinji et Masaru, ils ont un domaine pour lequel il montre un goût certain. Enfin, plus qu’un simple goût. Une vocation surtout, une réelle volonté de transformer leur élan en succès. Un feu sacré qui, a la fin du film, fera le lien avec Kitano qui a commencé sa carrière en tant que comique manzai dans un cabaret d’Asakusa.

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Ascension ponctuée de scènes où l’on voit la salle gagner peu à peu des spectateurs.

Cerise sur le gâteau : leur imprésario sera un garçon passé plutôt inaperçu dans le film et qui faisait partie d’un gang assez ridicule de mauvais garçons. Finalement, ce jeune homme pourrait être le sixième élément de cette cartographie des plans de carrière de la jeunesse japonaise. Il est le double inversé du malheureux Hiroshi. Lui aussi est quelqu’un de fade. Mais il aura réussi sa vie, sera sans doute heureux et quelqu’un de bien. On pourrait croire qu’il y aurait une tentation moralisatrice chez Kitano et pourtant, s’il y a bien quelque chose qui n’est pas présent dans son film, c’est bien la moralisation. Et très loin de certaines déclarations tapageuses, on le soupçonne de les aimer, tous ces jeunes et leurs contradictions. Ils ne les jugent pas, se contente simplement de montrer différentes manières de mener sa vie après les études. Certains réussissent, d’autres se plantent. Mais entre les winners du manzai et les deux losers du film, Kitano se contentera de mettre très sobrement en avant le succès des deux premiers. Et la dernière scène sera évidemment réservée à nos deux glandeurs. Ils seront revenus à leur point de départ, auront gâché une réelle chance de percer dans un domaine mais peu importe, ils conservent une caractéristique dont on pressent qu’elle est perçue aux yeux de Kitano plus comme une qualité qu’un défaut : l’insouciance.

Arrivé à la fin de cet article je m’aperçois que je n’ai même pas évoqué le magnifique thème de Joe Hisaishi qui hantera longtemps vos souvenirs de ce film. Et j’ai même réussi le tour de force de passer sous silence toutes les scènes d’entraînement et de combats, elles aussi absolument prenantes. Bon, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : Kids Return, en cette deuxième moitié des 90’s, est un film merveilleux qui, après Sonatine (on met de côté Getting Any?) enfonce le clou en achevant de donner de l’ampleur au travail de Kitano. La suite ne sera pas dégueu non plus puisque le prochain sera Hana bi. Malheureusement, comme pour beaucoup de ses films, Kids Return est maintenant difficilement trouvable en DVD. Subsiste l’édition double DVD (avec Violent Cop) que l’on peut essayer de dénicher d’occase chez Studio Canal. La copie est d’assez bonne facture.

 

Violent Cop (Takeshi Kitano – 1989)

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Je tombe récemment sur une interview de Sion Sono dans laquelle le gars affirme :

1) Que les réalisateurs jap’ actuels, bin, c’est un peu de la merde.

2) Que Miike, vendu au cinéma mainstream, est artistiquement mort.

3) Enfin que Takeshi Kitano lui n’est pas mort : il est plus que mort !

Affirmations imbéciles et on espère sincèrement qu’elles n’ont d’autre raisons de la part de leur auteur que la volonté d’avoir l’air rock’n roll. Parce que si jamais elles étaient sincères, on se permettra de faire remarquer à Sono que :

1) Les trois derniers films de Kitano, à savoir Achille et la Tortue, Outrage et Outrage : Beyond sont quand même loin d’être des daubes.

2) Que si la filmo de Kitano est peut-être depuis quelques années en deçà de ce qu’il avait réalisé dans les années 90, lui, au moins, n’a pas commencé sa carrière en pondant des étrons arty et prétentieux. Contrairement à Sono, il n’a pas à rougir de ses Violent Cop, A Scene at the Sea et autre Jugatsu. Ne croyez pas ceux qui affirment avoir bramé d’extase devant Keiko desu Keko ou I am Sion Sono ! Pure pédanterie, ou pure inconscience, ou encore pure volonté de nuire aux jobards qui appuieraient sur la touche « play » de leur télécommande, le seau de pop-corn à la main, pensant qu’ils vont passer un aussi bon moment que devant Guilty of Romance. Ouais, le Sion Sono du début, ça craint franchement du boudin.

Bref, les habitués de ce blog auront compris que je suis en ce moment d’une belle humeur kitanesque et que je prends plaisir à me remater sa filmo.  Et je continue ma petite rétro consacrée à ses premiers films avec aujourd’hui à l’honneur Violent Cop. Pas son meilleur, loin de là, mais dites-vous bien que peut-être sans lui  on aurait été condamné à se farcir les pitreries télévisuelles de Beat Takeshi au détriment des chefs d’œuvre de Takeshi Kitano. Violent Cop est en effet la première étape de sa filmographie, venant juste après une performance remarquée en tant qu’acteur dans Furyo d’Oshima. Durant le tournage, Kitano a une révélation : être réalisateur, c’est comme être une sorte d’empereur donnant des ordres à une multitude de soldats prêts à tout pour que le film soit une réussite. Et ça, il kiffe le père Kitano. Aussi, quand il s’apprête à jouer dans une comédie intitulée Violent Cop et dirigée par le grand Kinji Fukasaku, et que ce même Fukasaku, alors âgé de 59 ans, tombe méchamment malade et se voit obligé d’abandonner le tournage, difficile de refuser l’offre qu’il se voit proposée pour reprendre le flambeau. J’ignore quelles ont été les circonstances de l’embauche de Kitano en tant que réalisateur, si c’est lui qui s’est proposé ou si on le lui a proposé. Peu importe en fait. Violent Cop, c’est son Spartacus (1), le film qui lui a fait jouer dans la cour des grands et qui lui a permis de se lancer dans une carrière internationale de réalisateur. Et artistiquement de se faire les dents, d’instaurer déjà un style bien à lui. On peut penser que Violent Cop tourné par Fukasaku aurait sans doute été un bon film mais n’ayant absolument rien à voir avec le film de Kitano. Destiné à devenir une comédie, le script est profondément remanié par ce dernier pour en faire un drame. Et pas un petit s’il vous plaît, car le film finira mal, et ce dans les grandes largeurs. Dans Violent Cop, on trouve déjà cette noirceur qui amènera le personnage principal à une auto-destruction plus ou moins intégrée par lui dès le début de l’histoire. Une pure pulsion de mort à laquelle s’ajoute une dose d’eros bien malheureuse. On se souvient de l’épouse malade dans Hana Bi, ici il s’agit d’une jeune sœur pas vraiment bien dans sa tête et qui va tragiquement virer junkie.

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La solution trouvée par le personnage de Kitano pour la guérir sera radicale.

Enfin, il y a justement ce personnage que Kitano va n’avoir de cesse de décliner tout le long de sa filmographie (avec des exceptions comme dans Achille et la Tortue) jusqu’aux récents Outrage et Outrage : Beyond. Il s’agit d’Azuma, flic rugueux qui rappelle aussitôt au spectateur un glorieux modèle : Dirty Harry. La scène d’ouverture nous montre d’emblée de quelle étoffe il est fait. Dans une scène très Orange Mécanique, on assiste au tabassage d’un SDF par une poignée de petites ordures. Après avoir passé un bon moment, lesdites ordures se quittent et l’on suit l’un d’entre eux qui regagne ses pénates, une jolie maison dans un quartier résidentiel. Mais juste après qu’il soit rentré, une silhouette arrive et frappe à la porte : il s’agit de notre Azuma qui après avoir montré sa carte de flic demande à parler au jeune homme. Il monte alors à l’étage, toque à une porte affublée d’un masque de démon qui convient bien à la personnalité de l’occupant, entre dans la turne et, sans tambour ni trompettes, lui laboure alors la gueule de mornifles pour lui faire comprendre qu’il a tout intérêt à se présenter le lendemain au poste  pour se dénoncer.

On reconnaît bien là la fibre éducative toute personnelle de Kitano déjà évoquée (et plébiscitée) en ces pages. Un clampin, ça se dresse à la trique. Foin des subtilités à la François Dolto, un bon gros pain dans le museau, il n’y a que ça de vrai ! Et l’on se prend ici à rêver des merveilles que ferait Kitano dans des établissements de ZEP :

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– Donne-moi ton carnet de liaison !

– Nan !

– Si !

– Nan !

– Si !

C’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Japanisthan. Dans une autre scène, on voit des écoliers s’amusant à balancer des pierres sur une péniche, envoyant par la même occasion des « baka ! » au brave marin pêcheur qui ne demande rien mieux que de faire tranquillement son travail. Bref, avec un si mauvais départ, ç a promet pour la société de demain. Mais heureusement, il y a des hommes comme Azuma qui veillent au grain, même si cela ne va pas sans quelques soucis. Comme Harry, Azuma est en effet à la limite et l’on devine que son comportement lui vaut pas mal de remontrances de la part de sa hiérarchie. Comme lui aussi, il doit faire équipe avec un petit bleu qui n’est pas sans regarder totalement atterré les méthodes de son supérieur. Mais d’un autre côté, et pour en finir avec les points communs, il partage avec Harry une certaine sociabilité. Tout en étant particulièrement rugueux avec ses supérieurs, il apparaît dans certaines scènes comme parfaitement capable d’avoir des liens amicaux avec ses collègues.

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Même si, bon, c’est pas l’éclate non plus.

Après, là s’arrêtent les points communs car Azuma est tout de même bien plus brouillon et moins gérable qu’Harry. Plus grotesque aussi, comme lors de ces scènes où on le voit marcher pesamment, accompagné de la première Gnossienne de Satie (déjà et en attendant Joe Hisaishi) revue à la sauce grecque folklorique :

Dans ces instants, on a l’impression qu’Azuma est une force que rien ne peut arrêter, un boulet lancée à pleine vitesse dans la ville mais un projectile risible dont on n’est pas sûr qu’il finira le film en bon état (jamais cette impression avec Harry). Affrontant un gang de yakuzas responsable de la mort de son meilleur ami et du viol de sa sœur, il va se lancer à corps perdu dans leur élimination (et non pas leur arrestation, ce serait trop simple) à coups de course poursuite, de baffes et de coups de latte dans les côtes. Comme pour les films à suivre, Kitano met déjà en place cette violence sèche qui éclate à la vue du spectateur et à celle d’enfants qui pourront peut-être reproduire plus tard ce qu’ils ont vu :

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Il n’y a pas encore ces périodes d’accalmie, ces fameuses scènes de plage que l’on trouvera dans les opus suivants. Le personnage de Kitano n’est pas encore déconnecté, blasé de toutes les réalités pour opérer un retour en enfance, même si une scène dans un batting center commence déjà à suggérer un soupçon de désœuvrement dans sa vie :

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Mais il possède avant tout une bonne dose de bile qui l’amènera par exemple à poursuivre, les mâchoires serrées, le regard empli de colère, le gus à la batte de base-ball qui a fracassé le crâne de son collègue. Cette mauvais bile, Azuma devra la purger tout le long du film. Cela coûtera pas mal de dents cassées et de yeux pochés mais à la fin, Azuma sera fin prêt à affronter le chef des yakuzas qui ont violé sa sœur. Sans la moindre colère. Mais aussi sans le moindre sentiment, fin prêt à devenir un fantôme, chose qu’il sera d’ailleurs dans le prochain film où Kitano apparaîtra, Jugatsu. Il faudra attendre Sonatine pour que le personnage kitanesque refasse une résurrection en opérant une miraculeuse correction du brouillon que constitue le personnage d’Azuma. Comme quoi ça valait le coup de le faire, ce Violent Cop.

Sinon mauvaise nouvelle, comme pour Jugatsu, Violent Cop n’est plus édité dans nos contrées. Pour se le procurer, le meilleur moyen est d’acheter en occasion le coffret double DVD chez Studio Canal dans lequel Violent Cop est associé à Kids Return (autre petit chef d’oeuvre du maître, l’investissement vaut le coup).

 

Enfin, je serais indigne d’oublier de préciser que la soeur d’Azuma est jouée par la délicieuse Maiko Kawakami, idol qui eut le bon goût en 2001 de se faire photographier pour un photobook par Kishin Shinoyama :

Maiko Kawakami

Sur cette agréable croupe je vous laisse, un long W-E s’offre à moi pour me préparer nerveusement et mentalement à l’ultime épisode de Breaking Bad. Go Go Heisenberg ! Todd Must Die.

(1) Pour rappel, Kubrick fut appelé par la production pour remplace au pied levé Anthony Mann.