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Des Japonais chez les Belges #3 : Keiko Kishi dans un épisode de Tanguy et Laverdure

Une Japonaise chez les franco-belges précisément, puisque Tanguy et Laverdure sont les enfants du grand Jean-Michel Charlier au scénario (un Belge) et du non moins grand Albert Uderzo au dessin (un Français). Lorsque j’ai commencé cette série d’articles sur la présence de personnages japonais ou sur la représentation du Japon dans la BD belge (et donc franco-belge tant l’interaction a été forte à la grande époque de Tintin et Spirou), je ne peux pas dire que Tanguy et Laverdure se sont d’emblée imposés à mon esprit. En matière d’aviation, j’ai toujours préféré Buck Danny et le style d’Hubinon à la Milton Caniff. La série ne risquait donc pas, a priori, de se retrouver dans ces pages. Mais voilà, dans la pléthore d’étoiles et de constellations qui tissent la planisphère culturelle de Bulles de Japon, par les ramifications imprévues que je découvre d’un sujet à l’autre, tout peut arriver.

Ainsi le précédent article sur un vieux film noir français, Riffi à Tokyo. Je me penche un peu sur les acteurs du film, sur leur filmo, et bingo ! je découvre le truc improbable : l’actrice japonaise a joué dans un épisode des Aventures de Tanguy et Laverdure, série déclinée en trois saisons sur l’ORTF de 1967 à 1969. Il ne m’en fallait pas plus pour aller humer illico le parfum surranné de cette sympathique série avec Jacques Santi campant un Michel Tanguy à la virilité gouailleuse et surtout Christian Marin dont l’air niais et l’allure dégingandée donnent l’impression qu’Uderzo pensait à lui en créant Ernest Laverdure.

En 26 minutes, Charlier nous pond une de ces histoires parfaitement calibrées et ficelées comme il sait le faire. Je le rappelle au cas où, cet homme est à l’origine de Buck Danny, Barbe Rouge, la Patrouille des Castors, Blueberry, Dan Cooper, etc. Des centaines d’albums à son actif bref, pour reprendre le titre d’un livre de Guy Vidal qui lui fut dédié il y a quelques années, un type avec un « réacteur sous la plume ».

Évidemment, il ne faut pas s’attendre à une intrigue complexe et truffée de sens cachés : on va à l’essentiel, des gentils, des méchants, deux trois rebondissements et une fin qui boucle juste à temps l’intrigue avant de laisser Mister Optic 2000 massacrer le générique de fin :

Première et dernière fois, promis !

Dans le huitième épisode de la troisième saison, voici le topo : Tanguy et Laverdure effectuent un stage de ré-oxygénation en haute montagne, quinze jours dans les Alpes sur les pistes de La Plagne :

Un programme qui tue la gueule quoi !

Et je vous le donne en mille : que peuvent faire au ski deux pilotes de chasse ? Ben, ils chassent, et pas vraiment du mig 23 ou du stuka. Le radar en alerte, le missile turgescent aux aguets, Laverdure ne tarde pas à s’éprendre d’une jolie skieuse, asiatique, une certaine Mika :

Et c’est ainsi qu’arrive Keiko Kishi, l’actrice évoquée dans le précédent article, ayant joué dans quelques films français mais surtout avec plusieurs grand maîtres japonais. Chose dont je me serais foutu comme de première chemise il y a encore quelques années mais qui donne maintenant à un pauvre épisode de Tanguy et Laverdure la même improtance que la découverte d’une pépite d’or en me rendant chez mon boucher pour demander trois steaks hachés. Bon, il faut cependant reconnaître une chose, Miss Kishi n’est plus l’auguste bijin qui arborait naguère son délicat minois sur les couvertures de magazines féminins :

Mais une femme dont le visage fait sentir que l’on est en pleine négociation du virage de la trentaine :

Pas de quoi s’affoler, c’est suffisant pour que Laverdure l’appelle son « petit colibri du Japon ». D’autant que le français de Kishi, avec son accent Japonais, est assez craquant. Laverdure roucoule donc, mais n’a manifestement pas lu toutes les histiores de son scénariste car il aurait su que les Japonais, c’est ça :

Eh oui, dans le monde de Charlier, l’asiatique, et a fortiori le Japonais, est lâche, fourbe et cruel. Du coup, on n’est pas étonné de voir que la bijin de Laverdure fricotte avec du bon gros méchant charismatique.

Exemple de méchant charismatique.

Et comme si cela ne suffisait pas, le boss de ces aigrefins qui vont essayer de dévaliser une banque est lui aussi un étranger, le maharadja machinchose (impossible de retenir son nom) :

Son jeu d’acteur est inversement proportionnel au soin apporté à ses moustaches. Parole ! On a beau se dire que l’on n’attend pas d’acteurs jouant dans une série comme les Chevaliers du ciel qu’il nous la joue De Niro façon Raging Bull, j’ai rarement vu une cata pareille dans une série. Aussi expressif qu’un Yaourt Yoplait !

Heureusement, le vieux barbon ne finira pas l’épisode. Cela n’empêche pas que Laverdure soit en fâcheuse posture.  Tanguy ? Complétement aux fraises, occupé qu’il est à skier torse poil avec une bonnasse en sous-tif :

Trop de virilité ne tuerait-elle point la virilité ?

Quant à Laverdure, il est évidemment bien trop en rut pour soupçonner la félonnesse qui se cache derrière son petit oiseau des îles aux yeux en amandes. Un peu comme DSK avec Nafissatou Diallo finalement :

« Mika, mon petit canard du Yamato, tu sens comme j’en pince pour toi, dis, TU LE SENS ?

– Hi hi ! Allête Elnest, nous sommes regaldés par des enfants de 7 à 77 ans ».

En fait de sentir quelque chose, c’est surtout la catastrophe que l’on sent poindre. Les malfrats ayant dévalisé une banque et devant mettrze les adjas par la voie des airs, c’est tout naturellement qu’ils tendent un piège à Laverdure pour l’obliger à être leur pilote. Mais le grand blond est assez semblable au petit roux de Buck Danny, je veux parler de Sonny Tuckson.

Incorrigible Jean-Michel !

Les deux sont du type du faire-valoir bouffon, mais dès qu’ils ont le manche entre les mains, pardon ! c’est un peu autre chose que Jean-Claude Tergal tenant le sien. En deux temps deux mesures, notre capitaine a tôt fait de désorienter ses ravisseurs et de leur faire croire qu’il n’y a plus de kérozène. Je passe sur la suite, on aura deviné que tout finira bien et que ces Olrik du dimanche mourront tous sous une avalanche. Tous ? Non, puisque notre bijin sera épargnée, elle se montrera même à la fin sous un jour pas tout à fait négatif. Elle sauvera Laverdure en lui laissant entendre que, s’il l’avait voulu, elle lui aurait volontiers des sushis, des tempuras et même des lardons à pouponner s’il le lui avait demandé. Une Japonaise, oui. Une félonne, certes. Mais comment accabler définitivement une bijin avec un tel regard ?

Jean-Michel y a en tout cas succombé. C’est ça le Bijin Power.