Archives du mot-clé Tokyo

Attention passages de jeunes mariés fréquents !

2 août :

Comme deux année auparavant, j’utilise les dernières journées de mon Japan Rail Pass pour me rendre à la capitale afin d’y passer deux journées en solo. Peut-être une des dernières fois que ce type d’excursion me sera permise car pour les prochains séjours l’intérêt sera tout de même d’embarquer Olrik jr et Olrik the 3rd afin de leur en mettre plein les mirettes.

En attendant cela, je savoure le voyage en shinkansen et réfléchis à ce que sera le programme du jour : Minami Senju pour déposer mes maigres bagages, puis Ueno, Jimbocho, Shibuya et Shinjuku. Du réchauffé mais peu importe, seul compte le plaisir de marcher avec l’appareil photo à la main. Pas de restaurant qui tue au programme : je me contenterai de rapides haltes à des Yoshinoya. En revanche, réessayer La Jetée, après un échec lors d’un précédent séjour, me tente assez.

Je l’ai déjà écrit maintes fois sur ce blog, le quartier de Minami Senju n’a rien pour lui. J’y retourne uniquement pour essayer d’y retrouver le plaisir qui avait été le mien treize ans auparavant, lorsque lors de mon premier séjour au Japon, les pas que je fis dans ce quartier furent les premiers effectués dans ce pays que j’allais retrouver par la suite six fois. Il y a encore un petit charme nostalgique à traverser le pont suspendu au-dessus des voix ferrées et à gagner la longue avenue menant à l’hôtel. Avec en prime la vue au loin du Tokyo Sky Tree qui entre-temps s’est imposé au paysage.

Ueno était relativement tranquille. Après quelques photos à Ameyoko et une halte au grand magasin de jouets Yamashiroya, je retourne à la gare du coin pour me rendre à Jimbocho. Là, je vois un bonze juste devant moi qui s’y rend aussi sans doute pour gagner un autre point pour y quêter. Je l’ai discrètement suivi jusqu’à la billetterie automatique afin de glaner quelques photos peut-être intéressantes.

Je ne te lâcherai pas d’une geta !

Là, une vieille femme habillée de manière voyante, vraisemblablement pour cacher une misère que l’on pouvait deviner à certains détails, s’approche et lui demande quelque chose. Sans sourciller, le moine se retourne et lui file un bifton de 5000 yens ! Ainsi sont les moines bouddhistes. Le cœur et l’oseille à la main.

A Jimbocho, je me rends à mes librairies préférées afin de faire une petite provision de photobooks et d’affiches de films. L’heure passe vite et il est temps de retrouver Shibuya et son essaim de Tokyoïtes et de touristes. Au carrefour, un couple de jeunes mariés s’escriment avec un photographe professionnel venu avec ses deux employés à prendre des photos au milieu du passage, durant le temps  autorisé pour les piétons.

Vous vous demandez si la mariée est belle ? Jetez un œil à la vidéo en bas de l’article.

Autant dire que c’est du sport, d’autant que les badauds curieux qui les mitraillent autour d’eux (dont je fais partie) ne leur facilitent pas la tâche. Quelques instants plus tard je tombe sur une autre créature, cette fois-ci toute de rouge vêtue :

Là aussi, ça sentait la tenue préparée pour un shooting au milieu du carrefour et effectivement, je vis à proximité deux personnes chargées de l’opération.

Après vingt minutes passée à flâner sur le carrefour, il n’y avait plus qu’à pénétrer dans le quartier. Après une halte au Book-Off et au Mandarake où je chargeai un peu plus mon sac à dos de livres…

Je n’allai cependant pas jusqu’à acquérir celui-ci, trop cher !

… je fis une halte au Yoshinoya avant de me rendre à Shinjuku. Le temps de prendre au passage quelques ultimes photos…

… je rejoignis donc la Yamanote et quelques minutes plus tard arrivai à Shinjuku, bien décidé à retourner à la Golden Gai pour tenter ma chance à la Jetée.

Une fois dans les petites ruelles au mille bars, je m’aperçois que cette fois-ci, il n’y a pas à la porte du bar de mot accroché indiquant que la patronne est en vacances. Je prends donc mon courage à deux mains et gravis l’escalier très étroit permettant d’accéder au bar. J’ouvre la porte et là, surprise ! en plus d’être minuscule (je m’en doutais un peu mais pas à ce point), le bar est déjà occupé par pas mal de clients (que des étrangers). Un peu mal à l’aise par cette arrivée qui forcément dans un tel lieu attire tous les regards, je me vois cependant invité par la patronne à entrer et à prendre place sur un tabouret. Bon, cela n’allait pas être particulièrement confortable mais au moins je ne me cassais pas les dents une seconde fois.

J’y passai une heure, profitant de la décoration, de l’éclairage jaune, de la musique choisie par la patronne et essayant tout de même de discuter avec cette dernière puisqu’elle a la réputation de très bien parler français. Inévitablement j’évoquai Chris Marker mais je me souviens que nous parlâmes aussi cinéma et que Proust s’immisca aussi dans la conversation. Pour ce dernier, il s’agissait peut-être de mots échangés avec une cliente présente qui s’avérait être la traductrice de Chris Marker. Bref ce fut un moment plaisant, même si la forte présence de clients étrangers (des étudiants anglophones, un producteur de série pour Canal +) atténua le dépays-ement que j’attendais en venant poser mes fesses dans ce bar.

A la fois satisfait et maussade, je demandai à la patronne la permission de lui tirer le portrait puis je mis les adjas. En traînant une dernière fois dans les ruelles de la Golden Gai, je tombai sur cette porte engageante :

La bar avait-il été le bar de prédilection de Tetsuya Chiba ? Ceci appellera bien une vérification pour un voyage ultérieur.

Résumé de la journée en image et en musique (morceau : Asha, de Pantha du Prince) :

Tenue ascétique exigée

Journées du 6,7 et 8 août

Certains ont la permission de minuit, moi j’ai eu la permission de Tokyo : Madame a accepté que je passe trois jours dans la capitale, seul, mais ce qui s’appelle être vraiment seul : c’est-à-dire sans avoir des clampins dans les jambes qui, quoique bien gentils, ont un gros impact sur l’emploi du temps quotidien, et sans Madame qui, là aussi, malgré toute les qualités dont elle fait montre est une bien piètre marcheuse et a souvent pollué mes marches de pauses excessives.

A moi la liberté donc, et c’est tout fébrile d’excitation que je descendis du Shinkansen pour retrouver, dix ans plus tard, les délicieuses sensations qui m’avaient assailli lors de mon premier voyage au Japon. Ce ne fut pas aussi intense, la familiarité ayant remplacé la surprise, mais extrêmement agréable quand même. Je n’entre pas dans les détails de ces trois journées, certains épisodes ayant ayant été évoqués (Jimbocho et la Golden Gai). Disons juste que les kilomètres à pied ont été dignement enquillés, l’œil à l’objectif, le sourire aux lèvres et fatalement avec un goût de reviens-y.

Le 8 je repris le Shinkansen pour rejoindre la tribu à Takatsuki. Finie la tranquillité mais revoir certaines bouilles m’allait bien aussi. Fini aussi le beau temps, un typhon étant de passage dans la région d’Osaka. De quoi pourrir le programme du lendemain et me faire regretter amèrement l’asphalte tokyoïte et pourtant, c’était mal connaître Olrik, cet homme décidément plein de ressources qui sut parfaitement deviner quel pouvait être la meilleure sortie à faire avec un temps de gogue et flanqué de deux lardons…

clochard shibuya

Clochard à Shibuya (qui chercha à me taxer un coca cola)

affiches harajuku

Panneaux publicitaires à Harajuku.

moine ueno

Bonze à Ueno

maître vitalis

Mandarake : le seul endroit au monde où l’on peut acheter une figurine de maître Vitalis.

Jimbocho, le quartier qui fait transpirer le bibliophile

jimbocho

Quand on aime le Japon, quand on aime Tokyo et quand on aime les livres, difficile de ne pas aller à Jimbocho. Jusqu’à présent je ne m’y suis jamais rendu, d’abord parce que lors de mes premiers séjours je ne connaissais pas, ensuite parce que avec femme et enfants ce n’était pas forcément la priorité. Mais avec le dernier séjour, libre de m’enquiller à volonté un nombre de bornes considérables à pinces, libre d’aller descendre plein de verres alcoolisés du côté de la Golden Gai (un échec, on s’en souvient), libre de passer le temps souhaité dans des zones pour prendre des photos, je me promettais bien de me rendre dans ce quartier que Café Lumière, le beau film de Hou Hsiaou Hien, m’avait fait connaître :

Je me trouvais alors à Akihabara. Un coup de métro plus tard, je débarque à Jimbocho station. D’habitude j’ai plutôt un bon sens de l’orientation mais il m’arrive comme tout le monde de bugger, de rester stupide devant un plan qui vous indique la gueule du quartier dans lequel vous avez décidé de vous rendre. Ça n’a pas raté avec le plan de la station intégralement en jap’. Essayant désespérément de choper le kanji (livre), je m’apprêtais à prendre la première sortie pour tenter ma chance en déambulant lorsqu’un bon monsieur en uniforme bleu, voyant mon embarras, vint me tirer d’affaire. Un « honya wa doko desu ka ? » (yeah !) et le tour était joué : la bonne sortie se trouvait… cinq mètres derrière moi. Je gravis l’escalier, tourne à droite, et tombe sur la Yasukuni dori, lieu de tous les dangers pour le portefeuille :

A peine quelques pas plus loin, je tombe sur ça :

jimbocho 1

Jacques et son maître dans un vieux Garnier-Flammarion ! La promenade commençait sous les meilleures auspices. Encore quelques mètres et j’aperçois ceci :

jimbocho 2

Au moment de prendre la photo, le vieil homme qui farfouillait dans le bac se mit aussitôt à tourner les talons et à s’éloigner. Sans doute devait-il croire que j’étais porteur du Radjaïdjah, le poison qui rend fou. N’importe, tomber coup sur coup sur Diderot et Hergé m’amusait et je sentis que ce Jimbochô était un quartier lui aussi atteint d’une folie douce. Pas Shibuya ni Shinjuku, encore moins Akihabara, mais un quartier fait pour vous faire passer les heures aussi vite qu’un livre qui vous passionne. Tellement grisant que je m’aperçois que j’ai finalement pris assez peu de photos, tout charmé par ces alignements de librairie et tout occupé à faire de savants calculs du type « combien de livres je peux me permettre d’acheter ? Qu’est-ce que j’ai vu d’intéressant et que j’aimerais bien me procurer ? Est-ce qu’il est raisonnable de se trimballer cinq kilos en plus de bouquins sur le dos alors que je suis déjà bien crevé ? », questions essentielles et sempiternelles que les bibliophiles connaissent bien. Mais questions qui hélas se posent avec force au quidam de passage. Lors de mon article sur Golden Gai j’évoquais tout le plaisir que l’on devait avoir pour explorer petit à petit cette galaxie de bars lorsque l’on a la chance d’être sur Tokyo. C’est la même chose avec Jimbochô. Habiter à la capitale change évidemment radicalement la donne. Limité en terme de temps, d’argent et de volume pour transporter les livres, c’est mi-enthousiaste, mi-frustré que je contemplais ce genre de chose :

jimbocho 3

À gauche, pas à droite.

Par endroits, les librairies dégueulent leurs livres jusqu’à l’extérieur. Passant devant une librairie consacrée au cinéma :

jimbocho 4

J’y entrai pour tomber sur ceci :

jimbocho 5

OMG !

jimbocho 6

Seigneur, Marie, Joseph, priez pour nous !

J’aurais pu y passer deux heures, je n’y restai qu’une vingtaine de minutes. Livres, dossiers de presse, posters, photos d’exploitation, le tout par milliers, c’en était trop pour ma santé mentale, mieux valait se la jouer prudent et sortir, sagement mais un peu K.O., de cette antre de damnation pour tout cinéphile qui se respecte. Avant de partir, je regardai une dernière fois une belle affiche qui semblait me faire du gringue…

jimbocho 7

1000 yens, mais me la trimbaler ne me disait pas du tout.

… et repris ma route pour explorer de nouvelles échoppes, toujours avec le même sentiment mêlé d’enthousiasme et de frustration.

jimbocho 10

Bon, euh, je commence par quoi ?

J’étais cependant prêt à dépenser quelques billets et à supporter un poids supplémenaire dans mon sac à dos (note pour le prochain voyage : revendre toute une partie de mon barda photographique et me contenter d’un simple appareil hybride en bandoulière). Ce fut chose faite lorsque je vis cette librairie :

La librairie Komimaya est consacrée à l’art, de la photographie à la peinture en passant par le dessin, la sculpture et la musique. Quatre ou cinq étages, je ne sais plus tant j’étais encore dans un état second face à l’avalanche de bouquins qui me tombaient sur le coin de la gueule. Je me concentrai surtout sur le rez-de-chaussée où se trouvaient de sympathiques pancartes avec dessus les noms d’Araki, Shinoyama et Moriyama. Là aussi, en comparaison avec les tarifs pratiqués sur le net pour des ventes à l’international, il était tentant de casser sa tirelire pour se procurer un max d’ouvrages. Je me contentai malgré tout de ces trois.

tokyo-nude

D’abord Tokyo Nude de Shinoyama, livre en grand format ayant pour particularité d’avoir des photos extra larges à déplier, selon le principe du shinorama mis au point par le photographe. Ainsi cette vue aérienne :

tokyo-nude1

Et alors ? me direz-vous, la belle affaire que voilà ! Oui, sauf que le petit avion se rapproche très près de la surface de Tokyo pour permettre au photographe de capter des scènes d’un tout autre intérêt :

tokyo-nude2

 

Tokyo Nude, c’est le royaume d’un érotisme ultra sophistiqué de bon goût. Acheté 1100 yens (oui, ami lecteur, tu peux commencer à pleurer).

Puis arrive le deuxième achat :

zenshu araki

Un exemplaire du volume 3 de la série des Shashin Zenshu d’Araki. Sur le marché de l’occasion au Japon, ce sont des livres que l’on peut bien souvent trouver à moins de 1000 yens. Ce fut le cas ici, 800 je crois (pleure ! pleure !).

Enfin, attention les yeux, cette merveille :

haruko-wanibuchi-first-&-last

First & Last de Tad Wakamatsu avec la sculpturale Haruko Wanibuchi évoquée ici il y a quelque temps. Là aussi, 1000 yens (oui, tu peux pleurer mais pas la peine non plus de te passer la corde autour du cou).

Après avoir réglé la somme auprès de l’avenante vendeuse au rez-de-chaussée (et polie : assez curieusement, quatre fois sur cinq je n’ai pas eu droit aux tartines de politesse propres aux commerces japonais), je poursuivis ma route avec le sentiment du devoir accompli et me disant que mieux valait s’extirper de ce dangereux endroit. Je remontai donc en direction de la station d’Ochinamizu, croisant au passage une autre spécialité de Jimbocho :

jimbocho 8b

La bijin !

Euh… enfin non, je veux parler plutôt de ce qu’il y a sur la droite…

jimbocho 9

Le magasin de guitares ! (d’ailleurs, quand je tombe sur ce genre de photo, je regrette aujourd’hui de ne pas y être entré)

Arrivé à la station, il ne me restait plus qu’à photographier la deuxième raison pour laquelle j’étais venu dans ce quartier. Me poster sur le pont Hijiri et enfin voir de mes propres yeux la vue d’une sorte de ville jouet, vue admirée dans maints films, notamment dans Café Lumière.

ochinamizu-hijiri-bashi 2

Plaisir de découvrir un nouveau quartier, des avalanches de livres, de bonnes affaires et pour finir une jolie vue pas polluée par les touristes. Il faut parfois peu de chose pour qu’une journée à Tokyo soit réussie.

La sœur du bouquiniste pervers aime les gashapons

kabukicho2

24, 25 et 26 juillet.

Après Osaka et Kobe, direction Kyoto pour la journée du 24. Après là aussi, comme pour Osaka, un petit quart d’heure de train pour s’y rendre à partir de Takatsuki, on file vers le musée du manga puis vers le centre en début d’après-midi. Là, miséricorde ! il se met à tomber des hallebardes comme seul le Japon est capable d’en balancer l’été. Fort opportunément, une arcade commerciale s’offre à nous pour nous abriter le temps que le déluge passe (une bonne heure quand même) :


C’est là que je vis ce petit bouquiniste :

bouquiniste Kyoto

Heureux hasard, je cherchais les éditions originales de Lettrines 1 et 2 de Gracq ! J’entrai plein d’espoir et, après quelques explications hésitantes en japonais, le gus me conseilla d’aller plutôt voir du côté de Kabukichô, à Shinjuku. Là, pas de doute, je trouverais les deux volumes tant convoités. Cela tombait bien car le lendemain, nous étions à Tokyo. Après un dîner justement du côté de Shinjuku avec des amis de Madame, je les laissai discuter en fin de repas pour prendre la température de Shinjuku avec mon réflex et essayer de trouver mes Gracq. Malheureusement, à défaut de paires de livres je tombai plutôt sur ce genres de paires :

kabukicho

Pas de doute, je trouvai bien deux beaux volumes. Et à chaque devanture d’échoppe même ! Mais je n’osais trop m’y aventurer pour les palper, on a sa conscience hein ! Joli galopin que ce libraire en tout cas. Un amateur des potacheries des Torakku Yarô sans doute.

Le lendemain, pendant que Madame se préparait à l’hôtel, direction Ueno avec Olrik Jr pour lui montrer au parc la statue de Saigo Takamori. Après celle à Kagoshima qu’il avait vue lors du précédent voyage, il fallait bien qu’il voit celle-ci :

Puis impossible d’y couper, je veux parler du magasin de jouets en face de la station de Ueno et qu’Olrik Jr avait bien évidemment aperçu sur le chemin du parc :

Comme de bien entendu, une hordes de machines à gashapons protégeait le magasin frontalement et lattéralement. On aurait bien tort de croire qu’elles ne tentent que les gamins. Tandis qu’Olrik Jr butinait d’une machine à l’autre avec quelques piécettes, j’y vis une jeune femme qui y reste bien cinq minutes à observer la bouche ouverte les différents trésors que proposait les machines. Loin de moi l’idée de lui jeter la pierre. J’avoue avoir cédé plus d’une fois devant ces petits bouts de machin en plastique à la finition parfois étonnante.

gashapon

Asakusa’s Lollipop

La dernière fois que j’ai chialé ma mère ne remonte pas à l’école primaire mais à 2006, lorsque mon disque dur externe rendit l’âme et emporta avec lui – la raclure – un nombre non négligeable de photos prises lors de mon 3ème voyage au Japon ainsi que plein de photos d’Olrik Jr époque couches et bourrelets.

Fort opportunément j’avais conservé les cd gravés au Japon (ouais, j’avais pas encore de mini disque dur externe) sur lesquels figuraient 90% de mes fichiers RAW. Restaient les 10% et là, force me fut d’admettre que je l’avais un peu dans l’os. Un peu car j’avais posté un certain nombre de ces photos perdues sur un site de photographie et c’est ainsi que je retrouve cette suceuse de sucette rencontrée au Senso Ji. Le bâtonnet n’est pas RAW mais malgré tout bien raide entre ces doigts graciles.

Une histoire de jambes

 

À ma gauche, des jambes athlétiques, puissantes, tannées et surmontées d’un fessier musclé, sans la moindre trace de graisse du fait de dizaines de kilomètres à trimballer un pousse pousse sur l’asphalte de Tokyo.

A ma droite, des jambes graciles, immaculées et surmontées de ce que l’observateur masculin appellerait volontiers « petit cul » plutôt que « fessier ». Sans doute assez peu de graisse aussi. Mais peu de puissance non plus, entre s’acharner sur un rickshaw et tenir un keitai qui voltige élégamment au niveau d’un volant assez court pour laisser voir un popotin moulé comme il faut dans un short, il y a un monde.

J’aurais bien aimé voulu connaître les pensées de la jeune pousseuse qui regardait ces gambettes. Sans doute y avait-il un peu d’aigreur mais qu’elle se console : plus tard, elle et son alter ego sur talons aiguilles seront sur un parfait pied d’égalité. Il ne sera plus question de tirer un rickshaw ou un petit ami sur le bitume, mais de se faire tirer par un fiston agacé de se coltiner une vieille obasan toute flageolante.

 

Suivre sa maman

Oui, suis ta maman petit Nobita, éloigne-toi des viles tentations des Yodabashi dont les devantures joliment galbées emplissent même de confusion le grand gamin que je suis.

Heureusement, ta maman veille au grain, elle saura te détourner d’objets encore un peu trop  sophistiqués pour ton âge. En guise de déesse tu n’as pour l’instant droit qu’à un modèle en particulier :  celle que tu viens d’acheter au magasin et que tu tiens dans ta poche droite.

Pour ce qui est des autres modèles, j’espère pour toi que ce sera, plus tard, aussi dans la poche…

Bouddha curatif

Photo prise à Asakusa, à un moment où la santé n’allait pas fort. Tellement pas fort d’ailleurs que j’ai bien cru que le Japon, après m’avoir tout donné, allait tout me reprendre en moins de dix jours. Eh oui, après m’avoir fait passer les plus beaux moments de ma vie, ce pays peut se targuer de m’avoir fait connaître le pire. Notez que je ne lui en tiens pas rigueur, le mauvais moment est passé et je suis plus que jamais gonflé à bloc, prêt à y retourner pour prendre ma revanche.

Mais c’est ça de s’engouffrer spirituellement et sensoriellement dans un pays sans en calculer les conséquences. On se tue la gueule à nager dans le bonheur, à enchaîner ou plutôt à absorber le plus grand nombre d’expériences visuelles, gustatives (etc, etc.) possibles, mais lorsqu’arrive un clou inattendu, l’esprit et le corps se dégonflent à une vitesse qui vous fait vous demander si vous allez retrouver sain et sauf la France.

Je cherche encore quel a pu être ce clou puisque la médecine a été incapable de m’apporter une réponse. En guise de signes peut-être annonciateurs, je me souviens d’une sorte de lassitude inhabituelle, presque un dégoût teinté d’effroi vis-à-vis de ce pays survitaminé et donnant parfois l’impression de ne jamais s’arrêter. Moi, en tout cas, je me suis arrêté et les dernières journées passées à Tokyo ont été un mélange assez croquignole d’enthousiasme et d’inquiétude.

Je n’ai pas moins essayé de prendre des photos et je suis surpris de voir aujourd’hui, malgré le handicap qui me pourrissait mes journées, combien certaines photos tiennent assez bien la route. Peut-être pas le cas de cette photo mais ce bidouillage avec mon objectif, testé sur la personne de Bouddha, résume assez bien ces journées qui avaient du plomb dans l’aile.

Bouddha ne m’a pas guéri illico, malheureusement, mais, le temps d’une ou deux minutes pour faire mes essais, il m’a au moins permis d’oublier ce que j’avais. Précieux moment qui, multiplié par les centaines de fois où j’ai appuyé sur le déclencheur durant ce court séjour tokyoïte, en a finalement fait un semi-cauchemar au lieu d’un cauchemar. C’était déjà pas si mal.

Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint

Le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul.

Ne vous y trompez par à la lecture du titre et de cette phrase. Faire l’amour de Jean-Philippe Toussaint n’est pas un roman pornographique. Plutôt qu’une histoire d’amour, il s’agirait d’une histoire de rupture, encore que l’un n’empêche pas l’autre. « Nous nous aimions, mais nous ne nous supportions plus », explique le narrateur à propos de sa relation avec Marie. Aussi ce séjour à Tokyo, dans un « grand hôtel de Shinjuku », a-t-il des allures de scellement de cette rupture. Le premier acte sexuel dans leur chambre d’hôtel se transforme en un grotesque fiasco. À d’épisodiques moments de tendresse succèdent des bouffées de violence, verbales (« Tu me dégoûtes », « [je] lui avais dit de fermer sa gueule ») et potentiellement violentes. Le narrateur raconte qu’il est en effet venu au Japon en camouflant dans sa valise une bouteille d’acide chlorhydrique, avec peut-être pour but de finir « dans sa gueule à elle ». Cette petite bouteille, le narrateur la garde dans sa poche, petite voix qui semble lui susurrer qu’il devient urgent que la séparation arrive. Lire la suite Faire l’amour, de Jean-Philippe Toussaint

Tokyo (Nobuyoshi Araki)

Araki a coutume de dire que ses photographies tournent toujours autour de trois thèmes majeurs : l’amour, la mort, et Tokyo. Pour les deux premiers, on pense bien sûr immédiatement à ses photos de type « bondage ».  Car c’est malheureusement, à mon avis, ce à quoi on l’associe aussitôt. Certes, dans ce domaine Araki fait preuve d’originalité et d’un certain esthétisme. Mais d’un autre côté, si voir des femmes plus ou moins dénudées, ficelées comme des saucisson, n’est pas votre truc, il n’y aura rien à faire, vous risquez de vibrer à ses peu à ses photos. Lire la suite Tokyo (Nobuyoshi Araki)

Les Corbeaux de Tokyo

vlcsnap-818181

Parmi les mille et une surprises qui assaillent le touriste lorsqu’il débarque pour la première fois à la capitale japonaise, il y en a qui ne sont pas particulièrement spectaculaires mais qui participent efficacement à construire cette impression que vous êtes bien arrivé dans un monde hors norme. Qui a été réveillé par des corbeaux croassant à sa fenêtre ou qui a vu des hordes de ces mêmes volatiles éventrer des sacs poubelles pour se nourrir voit de quoi je parle. Animal rural chez nous, le corbeau est au Japon un indécrottable citadin. Et évidemment, pour le français habitué des gentils pigeons, ça ne lasse pas de surprendre. Lire la suite Les Corbeaux de Tokyo

Raw Japan

     dead-men

     Depuis plusieurs années maintenant, on le sait, le Japon est à la mode. Et le touriste français ne craint pas de faire un voyage de plus de dix heures pour visiter le pays de ses rêves. Il en revient souvent aux anges. Cela a été mon cas. Le Japon, pour reprendre une expression d’un vieux reportage que j’avais vu à la TV, « c’est de l’exotisme plein la gueule ». Profusion d’images, de sons, de saveurs, de situations, on en sort profondément changé. Lire la suite Raw Japan

L’art d’être regardé(e)

     lart-detre-regardee

     Harajuku est le quartier de Tokyo bien connu pour ses modes vestimentaires exubérantes. S’y rendre un dimanche après-midi est un des trucs à faire au moins une fois lorsque l’on se rend à la capitale. Ce moment de la semaine est en effet celui où des hordes de jeunes gens fagottés dans des styles indescriptibles (il faudrait que j’y consacre un article entier avec moult exemples) se rassemblent sur le fameux pont menant au parc Yoyogi. Citons aussi la Takeshita street (竹下通り), petite rue très fréquentée et saturée de magasins de fringues.
On le devine, ces jeunes gens, en s’habillant ainsi (allez, je donne tout de même un exemple) : Lire la suite L’art d’être regardé(e)

Virtual Trip Tokyo : Illumination Night

     Il existe au Japon une catégorie particulière de DVD : les « voyages virtuels ». Il s’agit de DVD, sans paroles, uniquement composés d’images et de sons, et qui se propose de faire découvrir au spectateur, confortablement assis dans son fauteuil, un aspect du Japon qu’il n’aura peut-être jamais la possibilité de découvrir dans sa vie. Par exemple, je possède un DVD qui permet d’être dans la cabine de pilotage du Shinkansen. Pendant trente minutes, on voit seulement le paysage défiler et on entend le pilote pousser ou tirer la manette de vitesse. Cerise sur le gateau, la touche « angle » de la télécommande permet de choisir l’angle de vue : de face, vue vers la droite, vue vers la gauche. Lire la suite Virtual Trip Tokyo : Illumination Night

Tintin à Tokyo

tintin-au-japon

     En résonance avec le précédent article sur Ryû ga gotoku. Je me suis souvenu de cette photo prise dans une des rues de Shibuya. J’ai accentué volontairement le contraste de l’image afin de faire ressortir les couleurs des enseignes lumineuses et donner l’impression d’un certain flottement. Car marcher au milieu de ces rues, surtout pour le touriste moins habitué que les Tokyoïtes, a de quoi vous envoyer sur un petit nuage. Même si j’aime pas beaucoup ce film, je trouve que le début de Lost in Translation, avec l’arrivée de Bill Muray en taxi à son hôtel, montre bien l’ébahissement que peut être celui d’un étranger arrivant dans ce type d’endroit. La scène se passe de nuit, le personnage a l’air un peu endormi, sans doute un peu abruti de son voyage lorsque les lumières de Shinjuku (il me semble qu’il s’agit de ce quartier) arrivent. On entend une musique (« Girls » de Death in Vegas, chanson éthérée sans paroles assez bien choisie en l’occurrence) qui arrive elle aussi comme un chuchotement puis qui est peu à peu amplifiée, coïncidant alors avec le défilement des lumières sous les yeux ébahis de l’américain. Ce spectacle agit comme un coup de fouet, le secoue de sa torpeur. Il se repositionne sur son siège et se rapproche de la fenêtre pour bien observer, pour ne pas en perdre une miette. Les yeux grand ouverts, il contemple un décor que tout un chacun a déjà vu dans des films ou des reportages sur le Japon, mais qu’il est toujours édifiant de voir en vrai. Imparable.

Dans un style sensiblement identique, voir mon article sur Dotonbori.