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Thomas Magnum à Nagoya

Mr. Baseball
Fred Schepisi – 1992

Jack Eliott est un vieux cheval de Major League. Alors que ses performances sont très loin de sa gloire passée, son agent lui apprend qu’il va être momentanément transféré, le temps qu’il revienne plus fort qu’au jamais, chez les Dragons de Nagoya. Horreur ! Le vieux briscard moustachu voit d’un très mauvais œil cette traversée du Pacifique pour atterrir dans un pays aux coutumes bizarres et au baseball qui la joue un peu trop petite bite à son goût. Pour couronner le tout, il va être cadré par coach Uchiyama, vieille gloire locale passablement rigide. Ça va être gai…

 

Un ricain grossier qui débarque sur le sol japonais pour une mission et qui va devoir se coltiner un personnage à l’opposé de sa personnalité et interprété par Ken Takakura, tout de suite on tient le pitch de Black Rain. A la différence qu’on est ici dans une comédie sportive et non un polar, et que l’on troque le faciès de Michael Douglas avec les sympathiques moustaches de Tom « Magnum » Selleck.

Pour les plus jeunes, vous ne savez pas ce que vous avez raté.

C’est tout con mais rien que ça, déjà, m’incitait à une certaine bienveillance. Bienveillance rapidement récompensée puisque le débarquement yankee sur le sol nippon provoque inévitablement un choc des cultures rugueux et en même temps bon enfant. Il y a un certain trivial (les bruits de succion quand on aspire le soba, le crachat sur le terrain pour énerver le coach ainsi que des gros mots, beaucoup de gros mots) mais cela reste dans les limites d’un film qui a une approche familiale. Jack Elliott est un bourrin mais sans cette rébellion hystérique et systématique qui m’avait rapidement fatigué chez le personnage de Michael Douglas. Quant à la grossièreté, c’est celle d’un sportif velu mais qui ne va pas aussi loin que la série Eastbound and Down, avec Danny R. McBride. On n’aura pas donc ce genre de scène :



(Juste pour le plaisir)

Mais plutôt ce style :

Avec quasiment à chaque fois une confrontation avec la réalité des habitudes japonaises avec lesquelles Elliott va devoir composer… et essayer de s’améliorer. Car contrairement au héros de Black Rain, il n’y a pas un autisme l’empêchant de prendre en compte son environnement. Puisqu’il risque de rester au Japon un petit bout de temps, Elliott va bien devoir s’accomoder tant bien que mal des coutumes locales, même si cela ne doit pas pour autant signifier oublier qui il est, à savoir un putain de rustre américain. Mélange qui donne lieu d’un côté à de savoureuses oppositions avec coach Uchiyama, de l’autre à la découverte pataude mais touchante du Japon sous la houlette de Hiroko, la fille d’Uchiyama :

On note au passage l’habituelle fascination de la bijin pour la pilosité pectorale du mâle gaijin.

L’autochtone est donc pris dans sa diversité. On a les gérants du club, obsédés par l’image que ce gaijin grossier donne du club, l’entraîneur martial droit dans ses bottes, et la bijin amoureuse qui n’est pas une simple groupie qui en pince pour les moustaches de Magnum, mais plutôt une career woman qui ressent quelque chose pour son mastard d’américain, qui désire ardemment ses poils, qui aimerait bien que ce dernier lui passe la bague au doigt sans que cela l’empêche de poursuivre sa carrière.

Bref, pour simples qu’ils soient, on a des personnages de Japonais avec un minimum de consistance et qui permettent de construire une opposition à l’américain de service débarquant avec toute son arrogance de vainqueur, et de montrer son pays d’accueil sous un jour positif. Cela infusera dans l’esprit d’Elliott qui deviendra plus moelleux tout en gardant sa niaque sur le terrain.

A l’inverse, le personnage de Takakura, tout en gardant sa droiture, sera lui aussi un peu contaminé par la fougue d’Elliott, arborant au fur et à mesure du film quatre visages : celui de l’employé japonais qui a des responsabilités et qui ne peut se permettre de rigoler. Celui de l’entraîneur ombrageux prompt à taper sur le clou qui dépasse et à donner des coups de lattes dans des lourdes quand ça ne va pas. Celui du père de famille qui aime à être respecté par sa progéniture. Enfin celui de l’entraîneur qui sait lâcher du lest en se laissant atteindre par la fougue joviale et communicative de son joueur n°1. Astucieusement, la parfaite harmonie entre les deux personnages se fera lors du dernier tour de batte lors du match au sommet contre les Giants de Tokyo. Alors qu’Elliott est le dernier batteur à entrer en piste, il lui faut choisir entre jouer le coup pour tenter le home run (jouable mais difficile), ou bien jouer le bunt, c’est-à-dire l’amorti (plus tactique, plus facile mais moins glorieux, d’une approche plus japonaise qui répugne à Elliott). Je n’en dirai pas plus…

Film sans prétention, Mr. Baseball rejoint la liste des films américains dans lesquels on assiste à la conversion d’un esprit américain devant les aspects positifs du Japon ainsi que les qualités plastiques des bijins locales. Pour que cela soit parfait, on aurait aimé que le film pousse un peu la critique du Japon en y pointant gentiment les petites absurdités. Mais tel quel, Mr. Baseball offre déjà un amusement 90’s tout ce qu’il y a de plus recommandable.

7/10