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Urasawa en mission chez Ikegami

Histoire de prolonger le précédent article sur Yuko de Ryoichi Ikegami, évoquons aujourd’hui l’excellente émission de la NHK, Urasawa Naoki no manben. Le principe est simple : durant quarante-cinq minutes, le spectateur suit l’auteur de 20 Century Boys qui va rencontrer l’un de ses confrères et discuter avec lui de son art. En septembre dernier commençait la troisième saison, saison qui devait proposer un épisode consacré à Ikegami.

Âgé de 72 ans, l’homme, qui apparemment refuse de montrer son visage (chose qui semble avoir toujours été, je ne me souviens pas d’avoir vu sa frime sur les rabats des jaquettes de ses mangas), est toujours en pleine possession de ses moyens. Je ne sais pas si l’on peut dire qu’il est au sommet de son art mais une chose est sûre à voir les dessins qu’il réalise sous l’œil de la caméra, c’est que le bonhomme a encore une sacrée technique. Le morceau de bravoure de l’épisode est ce dessin pleine page qu’il réalise et qui lui prendra trois heures  (crayonné + encrage). La maîtrise des proportions, la méticulosité du détail réaliste, l’art de la hachure, tout cela contribue à donner cette force à ses personnages lorsqu’ils apparaissent subitement en pleine page pour souligner un temps fort de l’histoire.

Ikegami travaille actuellement sur BEGIN, manga scénarisé par Buronson et dont la trame axée sur deux personnages essayant d’atteindre le sommet dans leur milieu respectif rappelle très fortement Sanctuary. Même s’il y a un air de déjà-lu, on ne peut que regretter que ce titre n’apparaisse pas dans des bacs français où le tout-venant médiocre a de plus en plus tendance à pulluler. D’ailleurs, heureusement que Tonkam a publié Yuko car depuis la liquidation judiciaire des éditions Kabuto, des titres comme Crying Freeman et Sanctuary ont subitement disparu de la circulation, faisant d’Ikegami un mangaka quasi confidentiel, chose surprenante compte tenu de son importance et d’une oeuvre plutôt prolifique.

Shinoyama t’explique pourquoi tes photos sont merdiques !

En ce moment, entre deux journées du sumo (magnifique Hatsu basho, j’en reparle la semaine prochaine), je zappe pour essayer de dégoter de nouveaux dramas prometteurs. Seulement, il y a quelques jours, c’est sur tout autre chose que je suis tombé. En arrêt devant des frisouilles qu’il me semblait connaître :

Quoiqu’un peu plus blanches qu’auparavant.

… je ne tardai pas à piger qu’il s’agissait d’un programme consacré à Kishin Shinoyama, un des vieux maîtres de la photo japonaise, l’homme qui a photographié Mishima ou John et Yoko pour la pochette de Double Fantasy et que j’ai déjà maintes fois évoqué dans nombre d’articles, notamment pour ses qualités de photographe de nu.

Il s’agissait de l’émission 世界一受けたい授業, « l’école la plus utile du monde ». Des invités retournent à l’école et vont apprendre des choses que l’on a pas forcément l’habitude d’apprendre dans la scolarité ordinaire. Ici, il s’agissait rien moins que de profiter des conseils de Shinoyama en soumettant humblement à son jugement des photos personnelles. L’idée est toute simple mais amusante, et j’avoue qu’un programme uniquement consacré à la photographie, avec des maîtres qui passeraient pour distribuer des conseils aurait de la gueule et n’aurait surtout rien d’impensable dans un pays vouant un culte au huitième art. Peut-être existe-t-il un programme de ce genre qui aurait échappé à mes radars, et si un lecteur en a connaissance, qu’il n’hésite pas…

Pour revenir à Shinoyama, l’homme est affable et volontiers volubile. Et pas le genre à prendre des gants, n’hésitant pas à balancer un « ダメ! » face à une photo médiocre, provoquant évidemment l’hilarité générale. Il n’est pas allé jusqu’à expliquer comment faire une bonne photo de nu en joignant le geste à la parole, par exemple à demandant à l’une des bijin sur le plateau de se désaper et de prendre la pose mais enfin, le vieux photographe (76 ans tout de même) s’est montré à l’aise dans l’exercice et on se prend à rêver de ce qu’aurait pu donner un Araki à sa place. Le passage est hélas relativement court, il n’occupe que les vingt premières minutes de l’émission (et avec deux arrêts sur image à déplorer dans cette version dailymotion) :

http://www.dailymotion.com/video/x58igz1