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Corps boueux et grosses pastèques au onsen !

Dans lequel on découvre le bon usage de la boue et de certains fruits opulents au onsen…

Petit retour en arrière. Le week-end précédant la pêche infernale avait eu lieu un des moments clés de notre séjour, une petite tradition au sein de la famille : la réservation d’une chambre à un onsen afin d’y passer une journée. Comme d’habitude, c’est Madame qui fut missionnée par son père de trouver sur internet un bel établissement du côté de Kagoshima et de faire la réservation. Pendant qu’elle y était, elle pouvait aussi réserver une grosse voiture pour nous transporter tous les six et éviter de s’y rendre à deux véhicules. Compte tenu du fait que l’établissement se trouvait à une heure et demie de route et que le véhicule qui allait être loué pour deux journées douillait un peu, j’avoue que ça ne m’aurait pas dérangé de faire l’aller retour à deux caisses. Mais dans la famille de Madame, c’est comme ça. Quand le beau-dabe décide de casquer pour le confort, il n’y a rien à redire. Il n’y a qu’à fermer les yeux, appuyer sur le bouton « clim » et apprécier.

Nous sommes partis vers midi. Dans quel véhicule ? Celui-ci : 

Une Nissan Serena !

Le genre de véhicule que je ne pouvais jusqu’alors conduire qu’en rêve. Quand j’en aurai fini de rembourser la maison et de foutre tout mon fric dans ma collection de Pléiades, peut-être que ce rêve sera accessible mais pour l’instant, je dois me contenter de mon monospace familial de chez Renault, ce qui est déjà un gain par rapport à ma 205 rouge de mes années d’étudiant. Mais comparé à un Serena, ça n’a rien à voir, le Scenic ayant en comparaison tout de suite des allures de voiture à Gaston. Je ne vais pas transformer l’article en article de banc d’essai façon « Auto-moto magazine », j’évoquerai juste l’incroyable impression de glisser sur le bitume plutôt que de rouler. C’est bien simple : si j’avais mis durant le trajet la B.O. de Space Adventure Cobra, je crois bien que j’aurais immédiatement eu la sensation d’être un pirate de l’espace partant vers une autre planète pour quelque obscure mission. Avec Madame Olrik dans le rôle de Dominique, l’Aventure sexy avec un grand A quoi ! Bref ce genre d’engin, ce n’est certes pas complètement un avion, mais c’est davantage qu’une voiture. C’est quelque chose entre les deux qui pourrait vous faire parcourir 500 bornes sans sourciller, comme s’il ne s’agissait que d’une petite centaine. Tout cela pour dire qu’après une heure de route effectuée, nous fîmes une petite pause déjeuner vers 13H30, et c’est bien jouasse que je pris le volant pour la deuxième partie du voyage.

Le check-in étant à 15H30, nous fîmes une petite halte à Kirishima qui était tout prêt du onsen. Ah ! Kirishima ! Souvenirs, souvenirs, comme disait l’autre. C’était lors de mon deuxième séjour au Japon, en 2005. Mon séjour le plus court (une petite quinzaine de jours), mais pas le plus anodin puisqu’il s’agissait rien moins que de m’y rendre pour assister à une cérémonie de mariage : celui de Madame Olrik et de votre serviteur ! Le lendemain de la cérémonie, nous eûmes droit à une mini lune de miel à un onsen à quelques bornes de Kirishima. C’était en février, et je me souviens des manteaux chauds que nous portions (sensation peu connue puisque je rappelle que je connais surtout le Japon l’été), de l’immense tori arborant l’avenue montant vers le temple principal, du bon restaurant où nous déjeunâmes avant de prendre le taxi de l’établissement qui devait nous accueillir, ou encore du petit bassin situé à côté où les passants pouvaient se décontracter en y faisant un bain de pieds bienfaisant.

Bons souvenirs et il fut plaisant de retrouver cela, même si la chaleur contribua à transformer la montée à pieds jusqu’au temple en petite épreuve. Ce n’était d’ailleurs pas bien grave puisque dans une heure nous serions au onsen et aurions tout loisir de nous remettre de la suée de la petite promenade. Les beaux-parents n’en déclarèrent pas moins forfait assez vite, laissant volontiers cette montée un peu physique aux jeunes générations. Je crois qu’ils nous attendirent dans le Serena toute clim allumée, japanese way.

Les retrouvailles avec le temple furent décevantes et frustrantes. Décevantes car l’endroit était défigurée par des structures métalliques faites pour accueillir des stands pour un matsuri. Frustrantes car je me dis qu’assister le soir à un matsuri dans ce lieu devait être sacrément sympa. Après, avec les bains, le dîner fixé à une certaine heure qui promettait d’être un peu long, et surtout le fait que je ne connaissais pas non plus le coin comme ma poche, ça paraissait délicat d’entreprendre une sortie nocturne au matsuri. Et puis bon, nous allions être à un onsen first classe, autant en profiter au maximum.

Vers 15H30 donc, nous y arrivâmes. Il s’agissait du…

Sakura Sakura Onsen

Onsen choisi par Madame donc, et pour ce genre de chose on peut lui faire confiance, pas de risque que le séjour se transforme en cauchemar. Après le check in, on nous engagea à attendre devant l’entrée de l’établissement pour qu’un chauffeur nous amène à notre chambre. Ici, je sourcillai quelque peu. Hein ? Il fallait faire de la route pour accéder à notre chambre ? Ça allait être pratique pour accéder au bassin ! Cela je me contentai de le penser pour ne pas gonfler Madame. Mais je fus rapidement rassuré. Oui, il fallait faire de la route si on pouvait appeler cela « faire de la route » : une minute en voiture, soit cinq minutes de marche à pieds. Du reste, on n’avait qu’à appeler l’accueil au téléphone qu’on désirait que le chauffeur vienne nous cherche et ce dernier se pointait manu militari deux-trois minutes plus tard. Donc l’ « éloignement de la chambre » par rapport au bâtiment principal n’était pas forcément un problème. Et il ne le fut plus du tout quand je constatai que cette « chambre » était en fait une maison :

Je sais, l’ambiance est un brin hivernale. Comme j’ai oublié de prendre en photo l’extérieur de la maison, j’ai pioché dans Google map.

Y’a pas, on allait s’y sentir bien. Et une fois à l’intérieur la bonne impression ne changea pas :

Déposant nos quelques valises nous inspectâmes les lieux. Jouxtant la salle de bain se trouvait un onsen individuel, comprenez une baignoire en pierre dont l’alimentation en eau venait directement de la maison mère. Une vraie eau d’onsen quoi ! une eau avec cette odeur caractéristique émanant du soufre. Sympa mais rien ne valait justement cette dernière et ses bassins de compétition. Quittant mes vêtements pour utiliser un des beaux yukatas à disposition des clients, je ne perdis pas de temps et m’y rendis à pinces, flanqués d’Olrik jr et Olrik the 3rd, eux aussi impatients de se baigner.  C’était parti pour cinq minutes de marche :

Oh hisse ! Il fallait monter et fatalement, au bout de trois minutes, j’entendis l’un des deux lancer un « finalement on aurait mieux fait d’appeler la voiture ». Je ne répondis pas et doublai la cadence en guise de réponse, écrasant de mépris. Génération de chiffes molles va ! Arrivés à l’entrée, nous passâmes par un passage abrité qui longeait un jardin…

… puis nous nous engouffrâmes dans le vestiaire des hommes. A noter qu’il y a dans ce onsen un roulement entre les bassins. La partie réservées aux femmes devient accessible pour les hommes à partir d’une certaine heure et vice versa, cela pour que chacun ait la possibilité d’apprécier les deux endroits. Les femmes sont cependant privilégiées, la partie comprenant le plus grand nombre de bassins leur est allouée pour l’essentiel de la journée. Mais comme il s’agissait de se relaxer pour mieux faire rayonner leur beauté, je me garderai bien de maugréer. 

Après s’être intégralement désapés, passage obligé évidemment au coin douche. Là il y avait deux possibilités. Ou bien le faire à l’intérieur, à proximité de ce bassin :

Là aussi, photo made in Google map. Toujours un peu chaud de se trimbaler avec un appareil photo dans un onsen. J’ai cependant une technique : vérifier que les vestiaires sont dotés de casiers avec serrure. Y déposer alors la matos et s’en saisir dès que les bassins sont vidés du moindre quidam. 

Ou bien le faire directement à l’extérieur :

Google too.

Ce que je fis. Là se trouvaient trois adultes et deux enfants. L’ambiance était au calme, la chaleur estivale ardait moins, laissant même la place à une légère fraîcheur. Il allait faire bon de se glisser dans un bain de 47°C. En me rinçant, je vis que mon voisin de gauche avait le dos un peu maculé de boue. Je me rappelai alors que Madame m’avait dit que c’était un onsen où il y avait la possibilité de faire des bains de boue. Cette dernière devait certainement se trouver dans le bassin principal qui était opaque et devait avoir au fond une pellicule boueuse. En m’y rendant, je sentis effectivement sous mes pieds une texture gluante. Mais pas de quoi non plus expliquer toutes les traces sur le dos du voisin. C’est alors que je vis à côté du bassin un gros pot cubique en bois autour duquel on voyait plein de traces de boue fraîche. Je m’approchai :

Photo cette fois-ci made in BdJ. Image prise le lendemain matin dans les bassins occupés la veille par les bijins, alors qu’il n’y avait pas d’autres clients à part les kids et moi. Pas exactement la même configuration mais c’est grosso merdo la même chose que pour les bassins pour nous, les hommes. 

 

Bingo ! En fait de bain de boue, il fallait d’abord s’en enduire le corps, attendre quelques minutes avant de se rendre au bain. Pas exactement le bain promis mais peu importe, se transformer en abominable mud man des onsens allait être sympa. Appelant les kids, je mis les pognes dans le pot sans leur donner la moindre explication puis m’appliquai vigoureusement une bonne couche sur les joues. Je n’oublierai jamais leur expression à cet instant. A la fois interloqués et en même temps très « mince ! on a perdu papa, il est devenu cinglé ! ». Je les rassurai cependant, leur expliquant de quoi il s’agissait. Je joignis les gestes à la parole en me couvrant méthodiquement le corps. D’abord les bras :

Oui, comme il n’y a pas de vidéos de moi procédant à l’opération, j’illustre avec un autre modèle pour vous donner une idée. Et puis bon, quand bien même il y aurait une vidéo, c’est tout de même plus ragoûtant que de voir ma pilosté se faire tartiner.

Puis le torse :

Là aussi, imaginez si ça vous intéresse moins de rondeurs et plus de poils (et de muscles, beaucoup plus de muscles).

Enfin tout le corps. Du haut du crâne aux orteils en passant par le bout du zob, je n’avais plus la moindre parcelle de peu de visible. Seul le blanc de mes orbites était à l’air libre, de quoi me donner l’apparence d’un super vilain façon Marvel. Olrik jr était un brin dégoûté de me voir ainsi, confortablement assis sur une chaise en plastique, humant le bon air du soir et attendant que la boue sèche sur mon épiderme. Quant à Olrik the 3rd, il vit tout de suite le côté ludique de la situation. On n’avait pas tous les jours le droit de se couvrir de boue. Sans aller non plus aussi loin que son père, il entreprit donc de se mettre plein de boue sur la couenne.

Après avoir attendu un bon quart d’heure, il était largement temps de se rincer. J’ôtai le gros avec une des douches (qui ne se trouvaient du coup pas à l’extérieur par hasard) et me glissai de nouveau dans le bassin chaud pour enlever le reste. Après quoi, il n’y avait plus qu’à se finir dans l’habituel bassin d’eau froide. Moins glacée que celle au onsen de centre-ville de Miyazaki, elle permettait de prolonger la décontraction tout en regardant paisiblement la verdure que l’on voyait derrière les bassins. Chose amusante, on entendait coasser une grenouille juste derrière ce bassin, détail qui dégoûta Olrik the 3rd et lui enleva toute envie de se risquer dans ce bassin. Pour moi, pas de problème, les grenouilles sont mes amies depuis toujours.

Bref, vous l’aurez compris, cette première incursion se passa bien. Dans le vestiaire, en remettant mon yukata je tâtai mon épiderme : indéniablement la boue avait eu un effet. Ma peau était devenue très douce, Nivéa et Oréal n’avaient plus qu’à me proposer un contrat !

On retourna à la maison de nouveau à pinces. C’était moins fatiguant car la côte à l’aller était devenue une pente. Ce qui n’empêcha pas un des employés de l’établissement de nous rattraper avec sa fourgonnette pour nous inviter à monter jusqu’à destination. Bon, comme il n’y avait plus qu’une centaine de mètres à faire j’aurais bien refusé, mais comme l’homme était très aimable et soucieux du bien être de ses clients, je ne l’ai pas chagriné et j’ai donc accepté l’offre, à la grande satisfaction des deux limaces qui m’accompagnaient.

Dans la maison, l’ambiance était au calme. Madame et ses parents profitaient de la tranquillité du lieu. Une théière de macha était à disposition, j’en bus une tasse pour achever de me détendre. Pas trop longtemps non plus car dans une heure, j’avais bien l’intention de retourner aux bassins juste avant le dîner. Avec la luminosité déclinante, cette deuxième incursion fut d’ailleurs encore plus appréciable. Très peu de personnes là aussi. A part moi et les kids, il y avait deux japonais dont un qui me proposa, alors que j’étais occupé à m’enduire de boue, de s’occuper de mon dos ! Que diable était-ce donc cette demande ? Comment Monsieur ? Mais je n’en suis pas ! Mais comme le bonhomme avait expliqué quelques minutes auparavant à Olrik jr comment bien utiliser les petites serviettes dans un onsen (avec un geste assuré, il s’en était saisi, l’avait rigoureusement essorée puis pliée en huit avant de la poser méticuleusement sur le haut du crâne d’Olrik jr en lui expliquant qu’il fallait faire ainsi), je compris – et Olrik jr fut d’accord avec moi – que ce type était un pro des onsens, pour sûr ! et qu’il n’y avait dans son offre nul sous-entendu de la manchette. J’acceptai donc et lui offris de la rendre la pareille, chose qu’il accepta bien volontiers. Voilà, c’est comme cela que doivent se conduire de vrais honnêtes hommes dans un onsen. On se salue poliment, on se frotte le dos de boue et on apprécie l’instant collectivement sans en rajouter.

A droite, Olrik jr qui se la joue pro des onsens avec sa serviette pliée sur la cafetière.

Après la baignade, le dîner donc. Dans un récent article, j’ai évoqué le bon repas dégusté lors d’une halte à un onsen. Le dîner proposé par le Sakura Sakura fut du même acabit. Une multitude de mets servis dans un nombre dantesque de plats de toutes les formes et de toutes les couleurs. J’accompagnai le tout d’une bière pour trinquer avec le beau-dabe, puis d’un saké.

Au début puis à la fin. Burp !

En sortant je me demandai, bien blindé que j’étais,  si j’allais vraiment me rendre une troisième fois aux bassins. Mais le onsen proposait à partir de vingt heures un suikawari pour les enfants des clients. Comme il était 19H15 à la fin du dîner, ça donnait le temps de digérer tranquillement. Enfin « tranquillement », pas totalement. Comme il est d’usage que les onsens au Japon aient souvent dans un coin une table de ping pong, et comme Madame nous avait dit qu’elle avait vu sur leur site qu’il y en avait effectivement une, les enfants voulurent aussitôt savoir où elle se trouvait. Renseignement pris auprès d’un employé, elle était dans un bâtiment juste à côté du jardin où allait avoir lieu le suikawari. Dans la salle dédiée se trouvait une boite avec à l’intérieur quatre raquettes et quelques balles de mauvaise qualité. Pas grave, il s’agissait de s’amuser. Pas vraiment climatisée, la salle nous fit rapidement transpirer. Pas trop maladroit à ce sport, je fis vite comprendre à Olrik jr, qui se vantait de n’être « pas mauvais », que ça allait être compliqué pour lui de le prouver. Flanqué du caporal Olrik the 3rd, je ne fis qu’une bouchée de la paire Olrik jr – Jichan. Au bout d’un quart d’heure un incident se produisit : Olrik the 3rd, agacé de ne pouvoir frapper autant de balles qui le souhaitait à cause de son Djokovic de père, s’approcha à un peu trop de moi au moment où je déclenchai un fulgurant coup droit. Se prenant ma raquette en pleine frime, Olrik the 3rd n’eut pas le temps de retenir ses lunettes qui effectuèrent une belle parabole avant de s’écraser au sol, intactes. Etonnamment, il ne pleura pas. Il se tint bien le visage quelques secondes mais la surexcitation du jeu aidant, il trouva bon de s’esclaffer comme son frangin. Rassuré de voir qu’il n’avait rien, je participai aussi à l’hilarité générale, ne me doutant que le meilleur serait à venir.

En effet, à 19H55, il était temps de laisser les raquettes pour le suikawari. Pour cela il fallait traverser le hall d’entrée et passer par une baie vitrée. Très bien astiquée la baie vitrée, l’employée avait dû y passer du temps. A tel point que le beau-père, fatigué par le ping-pong, rincé par le shochu, les nombreuses rasades de bière, et exténué par tant de bonheur, crut que de baie vitrée, il n’y en avait point. Un vrai petit passe-muraille le beau-dabe ! Mais les lois de la physique le ramenèrent aussitôt à la réalité. Le bruit du choc de son corps sur la vitre et le recul d’un bon mètre en arrière, ainsi que les réaction hilares de la famille qui suivait derrière – quelle chose impitoyable que la famille ! me font encore pouffer rien que d’y penser. Du comique de gestes à son meilleur, Harold Lloyd et Buster Keaton n’avaient plus qu’à se rhabiller. Là aussi, comme pour Olrik the 3rd, rien de cassé mais il était temps pour Jichan de s’installer quelque part et de se tenir sage.

Dans le jardin, je reconnus le chauffeur qui nous avait recueillis dans sa camionnette. C’est lui qui organisait le suikawari en compagnie d’un homme –en fait le cuisinier de l’hôtel, il terminait sa journée avec quelque chose de moins compliqué que de préparer sa pléthore de plats). D’ailleurs, au passage, pour ceux qui ne saurait pas ce qu’est un suikawari, il s’agit de ce jeu japonais qui consiste à bander les jeux d’un joueur armé d’un ustensile contondant (un bout de bois, une batte de base-ball) et à lui donner des indications afin de fracasser, posée à quelques mètres de lui…

une pastèque ! Comme vous pouvez le voir, en palper une vous met tout de suite en joie.

En gros, cela donne ça :

« Hidari !… Hidari !… Hidari j’ai dit !… Mais putain tu vas écouter ce qu’on te dit bordel à queue ? »

Un grand classique des jeux d’été au Japon que nous n’avions encore jamais pratiqué. C’est un tort lorsque l’on connaît le grand intérêt que nous portons à ce fruit particulièrement savoureux et rafraîchissant au Japon. Je lui voue d’ailleurs une telle passion que je me verrais bien volontiers tout plaquer pour aller en cultiver sur un petit lopin de terre. Ah ! Bêcher la terre sous les rayons ardents du soleil d’été pour en faire jaillir ces gros fruits, quoi de plus beau ?

Mikie chan, j’ai dit que les fruits devaient jaillir du sol et seulement du sol… 

Outre son goût sucré et ses vertus désaltérantes, le fruit est connu pour son apparence décorative. Il peut aussi être utilisé comme accessoire de massage. A Myanmar, les autochtones l’utilisent couramment pour se masser la nuque en position latérale. Démonstration Mikie !

Et hop ! +10% de visiteurs pour BdJ !

 Les musiciens le savent : sa forme et l’élasticité de sa peau en font un tam-tam qui n’a rien à envier aux ennuyeux djembé que les jeunes de nos contrées aiment à utiliser pour faire leurs intéressants :

+20%

Et quand il n’y a plus qu’à l’ouvrir avant qu’il ne dépérisse, ceux qui ont goûté aux pastèques japonaises le savent, quelle ambrosie !

Là, ça aurait dû être +40% mais Ken a décidé d’intervenir pour cacher une partie de l’image. Il n’a pas tort, cela permet de conserver un aspect familial intact à cet article. A lire en famille les longues soirées d’hiver. Bref tu as raison Ken. Pardon, je ne le ferai plus.

Bref, la pastèque au Japon, c’est le bien. Dans le jardin où nous nous trouvions, des bancs composaient au arc de cercle autour de la zone où allait avoir lieu le jeu. Evidemment que des familles avec des bambins. Après l’attribution de tickets numérotés, le G.O. piocha dans une urne un ticket pour savoir qui serait le premier à tenter sa chance. Ce ne fut pas Olrik the 3rd mais un autre gamin. Pas grave, il y aurait d’autres chances et cela permettait de bien voir comment se déroulait la partie. Arriva son tour. Avec son bâton, son bandeau sur les yeux et son yukata, il était difficile de garder son sérieux. Néanmoins, lui, il n’était clairement pas là pour s’amuser, la gagne avant tout. Après, entre son frère qui lui criait « à droite ! à gauche ! » et sa mère qui indiquait « migi ! hidari ! », l’approche de la pastèque fut un peu laborieuse. Néanmoins il parvint à proximité, leva son arme et… rata de quelques centimètres. L’amertume ne dura pas longtemps car comme à l’Ecole des fans il put passer au stand pour chopper un cadeau. 

Mesdames et Messieurs, Olrik the 3rd, sous vos applaudissements !

Tous les bambins eurent finalement leur tour sauf un : Olrik jr. Bon, Olrik jr n’est techniquement plus un bambin, il est dans son début d’adolescence mais enfin, comme il est joueur et qu’il n’avait jamais connu auparavant les joies du suikawari, il voulut lui aussi connaître cette expérience. Avec sa silhouette yukataisée et sa taille plus grande que celle des mioches ayant participé juste avant, il avait tout du Miyamoto Musashi de matsuri. La pastèque ne pouvait qu’en prendre pour son grade et elle mangea chère effectivement. Il ôta son bandeau, regarda avec satisfaction l’étendue des dégâts et regagna notre banc. Ou plutôt tenta de le regagner car le G.O. l’invita à se rendre au stand pour prendre son lot, à sa plus grande confusion. Je crois bien que j’y allai à cet instant  d’un petit quolibet du genre « Vas-y Olrik jr ! Choisis le pistolet à bulles ! MOUAHAHA ! ». Il revint avec je ne sais quel objet qu’il donna à son frangin, bien content d’avoir un deuxième cadeau.

Après un si bon repas, une si belle victoire, une si belle soirée, il n’y avait plus qu’à conclure dignement en retournant aux bassins pour une baignade nocturne :

Je passai un certain temps dans le bassin à l’ombre sur la gauche, celui rempli d’eau froide. J’y passai un délicieux moment à me relaxer tout en taillant une bavette avec mon amie la grenouille. Après trois passages au onsen en quelques heures, il n’y avait plus qu’à gagner le lit au retour à la maison. De quoi faire de beaux rêves rempli d’eau et de boue balsamiques, de mets délicats, de raquettes de ping pong et, surtout, de merveilleuses pastèques (+30%).

L’art de la finition (2/2) : La Pêche infernale

Résumé de l’épisode précédent : Après une première partie de pêche réussie en compagnie d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Beau-papa a décidé d’en faire une deuxième au petit port de Miyazaki…

L’idée était excellente mais voilà, de nouveau le beau-père avait repoussé cette deuxième excursion pêchistique et à quelques jours de notre départ de Miyazaki (pour un périple Okayama-Takatsuki-Hakone-Tokyo avant de retourner en France) il fallait trouver un créneau d’urgence. Il y eut d’abord le vendredi matin. Les enfants et leur grand-père étaient partis dès six heures et l’on devait les rejoindre vers huit. Nous n’en eûmes pas l’occasion, je les vis revenir un quart d’heure plus tard because grosse pluie à cause d’un typhon passant plus au nord. Les jours suivants le beau-père choisit prudemment de ne pas y aller, pensant qu’avec le typhon on en avait pour plusieurs jours. Mauvais choix car le temps fut finalement clément avec peu voire pas de pluie du tout dans la journée. Le dimanche, jour de congé (relatif car les beaux-parents bossent tout de même jusqu’à 14 heures cette journée), devait normalement offrir une possibilité. Naïvement, j’imaginais une belle partie de pêche sur les coups de 15 heures jusqu’à 17. Mais c’était mal connaître le beau-dabe. Bien trop simple ! D’abord parce que lorsqu’il rentre, il prend sa douche, met la clim’, allume la télé et prend une bière pour se rafraîchir. Décontraction time quoi ! Et à bientôt 70 ans, c’est bien respectable et compréhensible, surtout après des journées de travail toute la semaine en plein cagnard (pas de clim’ là où il travaille). Il y avait sinon le créneau de 17 à 19 heures mais il était réservé à la bouffe. En effet, habituellement, durant ce créneau on se rend à un resto en famille pour s’y gaver de bonnes choses. Rien d’étonnant à cela, il est courant de voir des hordes de familles occuper des restos dès 17 heures. Pratique à laquelle Madame et votre serviteur ont d’ailleurs de plus en plus de mal à se plier. J’ai du coup souvent la consigne de la part de Madame, lorsque je vais me balader en solitaire et en vélo le dimanche après-midi, de rentrer le plus tard possible pour manger à un horaire plus raisonnable. Ce soir-là j’étais revenu à la base à 18 heures. Le temps de trouver un resto, on pouvait manger vers 18H30, ça me paraissait raisonnable. Mais en fait j’aurais pu revenir plus tard car comme nous étions un dimanche de week-end d’obon, cela promettait de la foule dans n’importe quel resto. Du coup on a dîné à domicile, avec un somptueux plateau bento commandé à un magasin à cinq minutes en voiture. Fort bien. Mais du coup cela semblait repousser la partie de pêche pour la matinée du lendemain.

Je case ici la photo de bijin sur sable chaud que j’ai pris l’habitude d’utiliser pour chacun de mes articles estivaux. Après, vous allez voir que c’est plus difficile de la placer.

En fait je me fourrai le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Car après avoir bien mangé, après avoir dégusté sa bière et ses deux verres de shochu glacé, beau-papa eut une lumineuse idée : se rendre au magasin de pêche pour acheter le matériel qui lui manquait (habituellement c’est le bon Kuma san qui le fournissait) puis se rendre au port pour une session en nocturne ! Je sirotais alors mon verre de shochu un peu perplexe. En nocturne ? Bon, après tout, pourquoi pas ? J’imaginais qu’il devait y avoir des points pour la pêche avec moult éclairages pour permettre de pêcher jusqu’à une certaine heure. Et quand Madame Olrik, après un échange avec son père, me confirma que l’on pouvait y pêcher jusqu’à 22 heures, mon cerveau acheva en effet d’imaginer une zone de pêche tout confort avec éclairage suffisant pour pratiquer la nuit. Une nouvelle fois je fus bien naïf et sans le savoir, j’allais pénétrer dans une zone cyclonique qui n’avait rien à envier à ces typhons estivaux qui ponctuent le quotidien des Japonais. Voici la chronologie des événements :

19 heures : Jichan se rend avec les enfants et moi-même au magasin de pêche. Comme on est un peu sous l’emprise de l’alcool, c’est Bachan qui conduit. A l’intérieur du magasin, c’est n’importe quoi : le beau-père achète une tonne de matériel alors qu’il me semble qu’il a déjà l’essentiel. Les enfants sont néanmoins contents : comme il a raqué une somme considérable, le caissier lui explique qu’il a droit de prendre une bouteille de ramune (limonade) pour ses petits-enfants. Super ! ça valait trop le coup de casquer un billet de 10000 !

19H30 : retour à la maison pour préparer le matériel. Le taux d’alcoolémie ayant baissé, je commence à reprendre mes esprits et à m’inquiéter de cette sortie. Etait-ce bien raisonnable ? Qui nous disait que ça allait être bien éclairé ? Réserves émises en pure perte car Madame Olrik, d’habitude pleine de bon sens, me fit vite comprendre qu’elle était du côté de cette sortie familiale insolite. Je rengainai mes critiques et me contentai de préparer mon appareil photo tandis que le beau-père préparait son matériel en arborant un visage satisfait de connaisseur.

20H : départ de la maison pour le Marina Beach. Normalement, il y en avait pour cinq minutes. Cela devait donner quelque chose comme ça :

Mais sous les directives contradictoires de beau-papa, cela donna ceci :

?!

Bref, un quart d’heure plus tard on arrive au fameux point pour pêcher. En plein jour, l’endroit ressemble à ça :

Sympa, il y a même les distributeurs de boissons fraîches pour tromper les moments d’ennui. Sympa, oui, sauf qu’à 20H15, ça avait cette apparence :

?!

Pas le moindre lampadaire. Enfin si, il y en avait bien un mais à plus de trente mètres sur la droite. Pour le reste, il fallait compter sur la lueur de la lune, de Mars qui était alors très visible, de celle de la machine à canettes et surtout des feux de nos véhicules. D’humeur déjà maussade, me refusant à faire tourner un moteur de voiture juste pour éclairer, je laissai bien volontiers les beaux-parents allumer les phares de leur petite camionnette (je précise que nous nous rendîmes au port à deux véhicules, ce point a son importance pour plus tard).

Avec la lumière, Jichan sort aussitôt les cannes et commence à les préparer. Je me rends quant à moi face à la mer pour voir ce que l’on va y distinguer avec les feux de la camionnette située 20 mètre derrière nous. Comme prévu ça va être chaud d’y voir quoi que ce soit. Cela allait impliquer des soucis de visibilité que même même Stanley Kubrick et ses lentilles Zeiss pour filmer à la lueur des bougies n’aurait pu résoudre.

20H30 : Jichan continue de s’escrimer avec ses cannes à pêche. Forcément, il a beau être éclairé par des feux de bagnole, c’est tout de même moins pratique que de le faire en plein jour. Il transpire. Il transpire même beaucoup, stressant sans doute du fait que ça ne se passe pas aussi bien que prévu. Dans son dos, je vois se former une aréole de sueur se former. Elle fait déjà trente bons centimètres de diamètre.

Je pourrais l’aider mais comme je n’y connais rien en pêche et surtout que je n’approuve pas cette sortie, je m’abstiens. Fort opportunément, j’ai amené avec moi ma tablette. J’en profite pour continuer à déguster les œuvres de Moebius lors de son passage à Métal Hurlant.

20H45 : La première canne à pêche est enfin prête ! L’aréole de transpiration est passé de trente à soixante centimètres. Soupirant, je vais à la machine à canettes pour prendre un machin quelconque puis me rend là où se trouvent Madame, Olrik jr et Olrik the 3rd, malgré tout contents de pouvoir commencer cette partie de pêche. Je regarde l’endroit où Olrik jr a lancé sa ligne :

Bon courage garçon !

21H : Cri de Madame qui m’appelle : Olrik jr vient de pêcher un premier poisson ! Je m’approche et regarde la bête qui a été ramené sur le bitume, l’hameçon coincé dans le gosier. C’est un machin tout fin et de dix centimètres de long. Pas sûr du tout que ça se mange. J’essaye de retirer l’hameçon mais comme je n’y arrive pas et que j’ai peur de tout arracher, on se rend en tenant la ligne et le poisson auprès de Jichan, toujours en train de s’escrimer avec la deuxième ligne et ayant atteint ses 90 centimètres de sueur. C’est en fait un poisson insignifiant que l’on peut relâcher. Mais comme il s’est passé cinq bonnes minutes, la bestiole a déjà eu largement le temps de clamser. Retirée de l’hameçon, elle gît à même l’asphalte, joliment éclairée par les feux de la camionnette, un filet sanglant s’échappant de la bouche.

21H15 : Je suis dans la voiture occupé à poursuivre ma lecture de Moebius quand belle-maman me demande alors d’allumer les phares. Je ne me souviens plus pour quelle raison. Mais je m’exécute, sans pour autant allumer le moteur. Moins de dix minutes plus tard je les éteins.

21H25 : Il commence à y avoir du vent. Il y en a même tellement qu’à un moment, une malicieuse bourrasque  s’engouffre dans la robe de Madame pour la soulever, laissant apparaître le galbe de ses mollets, le moelleux de ses cuisses et un adorable bout de tissus. Admirez le spectacle les amis.

21H30 : Le vent s’est calmé. Jichan, dorénavant intégralement trempé de sueur, est maintenant occupé à démêler les deux lignes que les kids ont malencontreusement emmêlées. Il va continuer à transpirer, pour sûr !

21H35 : ça pétarade à une centaine de mètres de nous. Des motards font une halte. Des bosozokus, sans doute. Manquait plus que ça.

21H50 : Et… c’est fini ! Aucun poisson comestible pêché, que des emmerdements, il est temps de rentrer car à 22 heures, les keufs mettent une barrière, à travers les routes accédant au port, empêchant les véhicules se trouvant prisonniers de rentrer à la maison. Je prends le volant de notre petite voiture, je mets le contact…

clic clic clic !

Oui, « clic clic clic » ! Je réessaye, derechef nous entendons le bruit sinistre. Quant aux feux, je n’en parle même pas, pas la moindre lueur. La batterie, sans doute pas de la première fraîcheur, n’a manifestement pas apprécié les dix petites minutes d’éclairage tout à l’heure. Avec Jichan on débranche tous les accessoires consommant de l’électricité et on ressaye : le miracle ne vient pas. La batterie est bel et bien morte et il va falloir laisser le véhicule ici pour la nuit.

21H55 : le temps presse. Il convient au moins de sortir la camionnette des mailles du filet de la maréchaussée. Bachan est au volant avec derrière les enfants et son mari à côté. Elle enclenche direct la deuxième et attaque pied au plancher. Diable de femme ! La situation a tout pour me rappeler cette musique :

On les voit filer dare-dare en direction de la sortie. « On » c’est évidemment Madame Olrik et votre serviteur qui vont devoir faire un bout de trajet à pinces avant d’être recueillis plus tard par la camionnette. Il fait un peu frais, nous sommes plongés dans une nuit d’encre avec non loin toujours les bosozokus en train de faire du bruit. On a connu mieux comme balade romantique.

22H05 : On arrive à l’endroit où se trouve une barrière qu’un policier est justement en train de déplier pour barrer la route. La vue dans la journée :

Madame s’approche du policier pour lui expliquer que sur un parking se trouve notre voiture avec une batterie à plat. C’est alors qu’arrive, enfin ! un petit miracle : le brave homme nous dit qu’il n’y a pas de problème, qu’il a dans le coffre de sa caisse de quoi dépanner et qu’il n’y a qu’à s’y rendre. Avec Madame on est tout jouasses et on décide illico de l’accompagner. Seulement, il y a un problème : lors de sa dernière tentative pour essayer de faire démarrer la voiture, beau-papa a ensuite mis la clé de la voiture dans sa poche. Or, de beau-papa dans les environs, il n’y en a pas. A moins que…

22H10 : On voit alors surgir la camionnette d’Hannibal, pardon de Bachan, filant à tout allure à notre rencontre. Halleluia ! On va pouvoir choper les clés ! Problème : plus de Jichan dans la camionnette, celui-ci ayant décidé de poursuivre à pieds afin de laisser une place pour sa fille. Cette dernière explique rapidement le topo à sa mère qui fait rugir le moteur et se lance à la poursuite de son mari pour récupérer la précieuse clé. Pendant ce temps, le policier attend poliment…

Le meilleure musique pour accompagner les événements qui vont suivre.

22H15 : retour de Bachan en trombe. Elle a bien retrouvé Jichan mais ce dernier lui a dit… qu’il n’avait pas la clé sur lui, que c’était soit moi soit Madame qui l’avait ! Dénégations amusées et un poil exaspérées de cette dernière. En revanche un que cela n’amuse plus, c’est le flic qui dit qu’en ce qui le concernait c’était bon pour ce soir et que l’on verrait cela le lendemain.

A cet instant, un homme marchant à pied vient vers nous. Ce bleu de travail, ce corps couvert de sueur, oui, c’est bien jichan ! Il tient à la main un objet qu’il agite vers nous. Je regarde intensément. Oui, pas de doute possible, c’est bien la clé qu’il vient de retrouver dans l’une de ses poches ! Exclamations vénères de Bachan tandis que Madame et moi nous nous esclaffons. On met tout de même au parfum le beau-père des derniers événements. Il essaye bien aussitôt de discuter avec le policier déjà en train de mettre le contact à sa caisse mais Madame Olrik, toujours soucieuse des convenances et de la politesse, le retient en lui disant que c’est trop tard.

22H18 : Y’a plus qu’à rentrer à la maison. Dans la camionnette : Bachan, Madame, les enfants et bibi. Le beau-dabe ouvre la lourde pour s’installer mais voilà : il n’y a plus de place. Le temps que mon cerveau s’agite et décide si je dois ou non lui laisser ma place et rentrer à pieds, il referme la portière et file seul, dans la nuit, tel un ronin dans un film de Misumi.

22H19 : Dans la camionnette, l’ambiance est chaude. Pas vraiment de cohésion, on est loin de la fine équipe de l’Agence tous risques dans sa camionnette noire. D’abord, les kids sont muets, livides. Avec tous ces événements, je les avais un peu oubliés. Ils ont eu de la chance, cette soirée ç’a été deux expériences pour le prix d’une : d’abord un partie de pêche foireuse en nocturne, ensuite un rallye en camionnette avec au volant une Bachan excédée comme c’est pas permis par les circonstances. Il y a de quoi voir venir la mort plus d’une dizaine de fois croyez-moi, et Olrik jr me confie d’ailleurs en français que plus d’une fois il avait cru qu’allait avoir lieu un accident. Du reste il a largement sa dose pour la soirée, il ne veut qu’une chose : se pieuter. Chez Bachan aussi il y a des récriminations. Mais tournées vers son mari à qui les oreilles ont dû alors furieusement tinter. Madame a d’abord laissé dire mais au bout d’une minute, quand elle a senti que ça tournait au règlement de compte conjugal qui ne nous regardait pas forcément, une tempête verbale s’est subitement abattue sur Bachan. Elle n’en a pas l’air comme ça, Madame Olrik, mais ce petit bout de bijin, quand il se met en renaud, est capable de faire plier par la force de la parole les plus vigoureux des adversaires. Moi-même, je l’avoue, j’ai dû essuyer de genre d’épreuve. Criblé d’impacts par une mitraillette verbale, j’essaye non pas d’en placer une mais de garder une contenance, le genre je fronce les sourcils et je barre mon visage d’un sourire qui se veut sarcastique. Mais intérieurement, j’ai clairement les foies et je prie pour que le déluge s’arrête au plus vite. Dans la camionnette, même s’il ne m’était pas destiné, je n’en menais pas large, tout cela me rappelant de bien mauvais souvenirs. Cela conjugué à la conduite aussi bourrine que hasardeuse de Bachan, c’est tout juste si je n’ai pas demandé à cette dernière de s’arrêter pour que je puisse aller vomir sur le bas-côté. Mais enfin, nous arrivâmes malgré tout à bon tour. Belle-maman venait de s’être fait laver les oreilles par sa propre fille. Les enfants, aussi cireux que des zombies dans un mauvais DTV japonais, n’avaient plus qu’à se laver les dents et aller au futon pour se reposer de cette soirée.

Après nous avoir déposés, Bachan repartit pour choper sur la route son ronin pêcheur de mari. Le retour en camionnette promettait à bord d’être explosif.

22H35 : alors que nous commençons à nous inquiéter de leur retard, la camionnette finit malgré tout par rappliquer devant la maison. Intacte. Et les occupants en sortent finalement calmes. Mais je sens que derrière la façade apaisée qu’arbore le beau-père qui décide de regarder la TV plutôt que d’aller se coucher, il y a tempête sous un crâne. C’est qu’il n’aura pas ses deux petits-enfants ce soir à occuper avec lui les futons disposés disposés dans le salon. Il y a bien le fidèle Olrik the 3rd mais Olrik jr, lui, exténué et écœuré par la soirée, a préféré filer fissa à notre chambre à l’étage pour s’endormir sans être dérangé. Rude coup pour beau-papa qui est toujours satisfait d’avoir au réveil à côté de lui ses deux petits-enfants en train de dormir. Coup d’autant plus pénible qu’il s’agissait de notre avant-dernière soirée à Miyazaki et que cela donnait à cette fin de séjour des allures de fête gâchée.

Mais pas de panique, il restait encore une journée.

Le lendemain, 7H00 : Je me lève, je jette un coup d’œil à la fenêtre : la voiture est déjà là ! Je descends et tombe sur Bachan qui m’explique que Jichan s’est d’abord rendu à son lieu de travail (à dix bornes) pour récupérer des outils nécessaire eu remplacement de la batterie, puis qu’ils se sont rendus à un magasin (qui ouvrait aux aurores apparemment) pour acheter une batterie neuve. Ils se sont alors rendus au port pour la remplacer avec l’ancienne, et voilà !

Allons ! si on pouvait craindre une drôle d’ambiance pour la dernière journée, ce tour de force effectué dès le lever du soleil avait de quoi rassurer. Le soleil brillait, les beaux-parents avaient toujours cette énergie destinée à ce que tout passe au mieux (bon, pour la pêche, c’est autre chose), cet art de la finition pour installer leurs enfants et petits-enfants dans un fauteuil moelleux tout le long de leur séjour. Et quand en plus la belle-mère ajouta ceci : « on aurait dû aller au magasin de batterie avec les enfants. Quand on fait l’ouverture et que l’on achète une batterie neuve, ils offrent des melonpans. », une bouffée de bonne humeur  me saisit et acheva de me rendre confiant. Ouais, la dernière journée qui allait s’achever sur un yakiniku et un hana bi dans le jardin allait être plaisante. Elle le fut.

L’art de la finition (1/2)

On le sait, les Japonais sont maîtres dans l’art de fournir un produit fini, alléchant dans sa forme, dans sa présentation, donnant immédiatement envie d’être possédé. Même chose pour la nourriture. Du simple emballage d’une confiserie au dîner sophistiqué proposé à un onsen, le Japon culinaire sait vous faire saliver en vous faisant en même temps hésiter sur ce que vous avez à faire :

Et encore le cadrage ne permet pas de voir d’autres mets délicats se trouvant à doite et à gauche. À noter que le plaisir est décuplé quand vous avez en plus la chance de manger avec devant vous une bijin vêtue d’un yukata coloré et venant d’attendrir son épiderme soyeux dans l’eau pure du bassin d’un onsen.

Faut-il manger ? Toucher à ce spectacle de couleurs quitte à en rompre la perfection ? On finit bien par choisir la première option mais cela se fait toujours après une phase de contemplation devant quelque chose qui apparaît parfaitement fini dans son élaboration et dans ses moindres détails.

On pourrait multiplier les exemples de cette maîtrise dans plein de domaines. Les figurines par exemple. Tenez, je me suis ainsi procuré via Mandarake une belle figurine porte-crayons Fujiko Mine :

Tout de suite, sur un burlingue, ça vous met du baume au cœur pour la journée et vous donne plus d’entrain à travailler.

Perfection de la pose, satinée de la peau, joli dégradé de couleurs, pas mal pour un simple bout de plastique. Même chose pour les artbooks :

D’où me vient l’impression que cet article devient subitement prétexte à déballer ce que j’ai acheté pour faire saliver le lecteur ? Sinon les connaisseurs auront compris qu’il s’agit d’un artbook sur Masamune Shirow (Intron Depot 2 en l’occurence).

Qualité de l’impression, beau papier, rendu des couleurs, là aussi, ça tue. Et que dire des photobooks ?

?!

Poitrines opulentes, buissons d’amour bien fournis, croupes génér… euh faites excuse, je m’emballe, je voulais dire en fait papier glacé de qualité, belle jaquette et restitution parfaite des noirs pour être au plus près de la vision de l’artiste.

Bref, c’est tout le paradoxe du Japon qui vous fait bien souvent balader dans des rues présentant un chaos d’enseignes, de câbles électriques et de distributeurs de cannettes,  le tout baignant dans un bordel sonore épuisant, et qui en même temps est capable de faire soit dans une épure ou une sophistication imparables.

Tenez, dernier exemple. S’il y en a une qui a le sens de cet art de la finition, c’est bien Madame Olrik. Quand elle revient au pays mère, c’est à chaque fois le même topo. Déjà, en France, il y a toujours le souci d’être présentable, de soigner la mise et le maquillage et croyez-moi, ça en impose. Mais au Japon, on monte encore d’un cran, on sent la volonté de montrer aux compatriotes bijins qu’attention ! she’s back. En apparence, sur sa coiffeuse, c’est le bordel et ça ne laisse augurer de rien de bon :

Mais au final, lorsqu’elle sort de sa chambre après avoir choisi avec soin sa toilette et s’être poudré le nez pendant une heure, j’en suis souvent resté le souffle court, impressionné que j’étais, et bien fier de me promener à côté d’elle, moi qui me contentais de sandales, d’un short, d’un t-shirt Jump crasseux et d’une gueule mal rasée.

En revanche, un qui possède beaucoup moins cet art de la finition, c’est le beau-dabe. Témoin son projet de pêcher. En effet, avant même notre arrivée il s’était mis en tête de faire des parties de pêche avec Olrik jr et Olrik the 3rd. Touchante idée que celle du grand-père qui décide d’aller taquiner le goujon en compagnie de ses petits-enfants.

Moi, pendant ce temps, j’essayai en loucedé de dégoter un stage de pêche « ama » (les fameuses pêcheuses de perles) , en vain. 

Après, ce noble projet nécessitait un peu de préparation. Il fallait un peu de matériel, notamment une canne à pêche supplémentaire pour les kids. Comme nous devions rester cinq semaines, beau-papa s’était sûrement dit que ça allait le faire, qu’il avait tout le temps de voir venir pour se rendre au magasin…

Dantesque par ailleurs le magasin, imaginez une sorte de supermarché uniquement consacré à la pêche.

… pour acheter un peu de matériel et faire la première partie de pêche. Et puis, les journées ont commencé à défiler. Puis les semaines. Il y avait toujours une excuse. Tantôt un typhon, tantôt le fait que nous ne trouvions pas à la maison alors qu’il était rentré plus tôt du travail justement pour aller acheter une canne à pêche. A la fin de la troisième semaine, il a tout de même dû se dire qu’il fallait passer à l’action. Surtout qu’il avait fait mariner les enfants en évoquant sans cesse son pote qui l’avait initié à l’art de la pêche, le légendaire Kuma san. Pourquoi ce surnom (en jap’, kuma=ours) ? Les imitations mystérieuses mais assez cocasses que le beau-père faisait de son ami devant nous ne m’ont pas parues toujours explicites. J’étais intrigué, j’avoue, mais pas au point de me lever à cinq heures du matin pour les accompagner afin de voir à quoi ressemblait le fameux Kuma san. Car la première sortie pour pêcher finit bien par avoir lieu. Soleil au zenith, deux cannes à pêche supplémentaires adaptées aux tailles respectives d’Olrik jr et d’Olrik the 3rd, Kuma san dispo pour accompagner et dispenser ses bons conseils, toutes les conditions étaient réunis pour passer une bonne matinée et ce fut le cas. La petite bande, moins Kuma san rentré chez lui, revint à la maison sur les coups de midi, ravie de l’expérience et surtout d’avoir ramené de la poiscaille :

Yatta !

Joie d’autant plus grande que les quelques spécimens avaient été pêchés uniquement par les enfants. Ils étaient même parvenus à pêcher un petit fugu (poisson hors de prix au Japon) mais bon, comme nos mains n’étaient pas assez expertes pour le préparer (rappelons que son organisme comporte du poison) et que l’on n’avait pas forcément envie de finir le séjour sur une intoxication alimentaire mortelle, il avait été renvoyé à la mer.

Après un tel succès, il fallait confirmer, enchaîner avec une deuxième sortie pour pêcher, cette fois-ci en famille et pas trop loin. Lors de la première tentative, ils étaient allés du côté d’Aoshima. Sympa mais nécessitant 45 minutes de route, un peu la barbe. Plus simple : se rendre au port de Miyazaki, le « Marina beach » où se trouvaient des endroits où la pêche était autorisée. Cinq minutes en voiture, cela n’était pas contraignant, tout comme y rester une heure ou deux. C’est du moins ce que je croyais alors…

To be continued…

Recharger les batteries

 

Quand je vois les beaux-parents trimer dès le matin par cette chaleur, je les admire et me demande comment ils font pour tenir. Sans doute tiennent-ils parce qu’ils ont tout simplement un travail à effectuer, ligne directrice qui ne leur laisse pas le temps de se plaindre, contrairement à nous qui sommes ici pour passer notre temps à buller. Et de fait, j’ai beau avoir créé un site appellé « Bulles de Japon », j’aurais peut-être intérêt à mieux gérer certains moments stratégiques de la journée. Le plus dur n’est pas le petit matin qui me voit levé dès six heures pour faire un footing appréciable, alors que la température n’est que de 25 degrés. Non, le plus insupportable est la tranche 11 heures – 15 heures où là, il y a clairement souffrance. J’ai beau me trouver à 11 heures baignant dans la climatisation de l’Aeon du coin, je sens déjà que les jambe commencent à se faire lourdes, tout comme les paupières d’ailleurs. L’autre fois, tandis que les enfants jouaient à l’espace jeu à Dragon Ball Heroes ou à ces jeux de pêche qui utilisent un système de médailles, j’étais allé me lover dans l’un des fauteuils moelleux en face de la librairie pour lire un peu sur ma liseuse. Je n’avais pas lu trois pages que je me suis mis à sombrer, la tête renversée et la bouche ouverte, un filet de bave coulant sur mon t-shirt et une bulle de morve se formant à la narine droite, pire qu’un épisode de Docteur Slump !
Au retour à la maison, vers midi, il fallait préparer le déjeuner. Oh ! Il n’y avait pas grand-chose à faire ! Un curry instantané, un yakisoba UFO, une mini pizza à mettre au four, de la nourriture saine et pas trop compliquée quoi ! Mais alors que la maison avait alors franchi les 30°C, même cette tâche prenait des allures de travail de titan. Une fois assis, mon curry Lee en face de moi et surtout le verre rempli de glaçons et la bouteille d’eau fraîche à portée de main, je me sentis mieux. J’avais l’impression de recharger les batteries mais ce n’était qu’une impression, j’allais m’en rendre compte. Après le déjeuner, il n’y avait rien à faire jusqu’à trois heures. Rien à part se ressourcer dans la chambre à l’étage, la clim’ enclenchée et les rideaux tirés pour lire un peu et faire une sieste réparatrice. Sauf que la sieste n’eut rien d’apaisant. Allongé sur le futon, je devins une sorte de poids mort qui s’abandonnait dans un gouffre duquel il aurait bien du mal à en sortir. Vers deux heures et demie les paupières se levèrent un peu, terriblement lourdes, je me dis qu’allez ! il fallait y aller pour profiter un peu du Japon mais rien n’y fit, il fallut attendre une bonne demi-heure pour enfin sortir de la chambre, hagard et me demandant si j’allais avoir de l’énergie pour faire autre chose que d’avoir le cul posé dans un fauteuil. Oui, c’est aussi cela la magie du Japon l’été !
Le café que je sirotai au salon me fit néanmoins du bien et jusqu’à la fin de la journée le corps fonctionna bien. Mais il était clair qu’il allait falloir que je change mes plans pour mieux négocier le créneau 11H/15H.
Un qui a du mal à le négocier, c’est sûrement Tornado. Tornado, souvenez-vous, le fidèle compagnon de mes escapades à deux roues dans Miyazaki :

Une fois n’est pas coutume, ce fidèle compagnon a fait la fête à son maître revenu d’Europe. Et je le mène encore parfois faire des ballades aux alentours mais plus très loin désormais. Car voyez-vous, Tornado se fait vieux et n’a plus le même allant d’antan. Quand nous nous promenons au milieu des rizières non loin de la maison, je lui flatte doucement l’encolure de la main. Le vieux drôle couine de joie (à moins que les couinement proviennent de la chaîne totalement rouillée, c’est possible aussi) mais peine à cacher que ces sorties, pourtant bien courtes, lui sont désormais pénibles. Les roues sont lourdes et j’ai bien compris que les beaux-parents acceptent de le garder uniquement par respect pour les nombrreux services rendus lors de ses jeunes années.
Bref, Tornado n’est plus que l’ombre de lui-même et… (pardonnez ce silence mais tant d’émotion… voilà, ça va mieux, je reprends 🙂 il ne peut plus espérer me mener au centre ville.
Pour cela, j’ai désormais une autre solution. Après Tornado, laissez-moi vous présenter :

Typhon !

Typhon est le dernier étalon né des écuries Panasonic. Quoique d’un poids assez conséquent, il est doté d’une batterie qui lui permet au démarrage de faire parler la foudre et surtout d’économiser les canes de son maître. J’ai testé, c’est étonnant et surtout très pratique dans un pays où l’on ne connaît pas les ronds points et où les feux rouges sont légion, vous obligeant à vous arrêter tous les vingt mètres et à reprendre votre course. Ça va une fois ou deux. Mais à la trentième, on y laisse de l’énergie, surtout à 35°C. Là, c’est presque un bonheur de s’arrêter car on sait que les premiers coups de pédales seront quasi insensibles, le mode « pawa » du petit boitier qui règle l’utilisation de la batterie permettant de mettre le paquet dans les démarrages mais aussi dès que l’on emprunte une côte. Ami lecteur, tu veux connaître ce que ressent un coureur Sky sous salbutamol ? Achète un vélo électrique, c’est le bien ! Moi, en tout cas, j’ai essayé et j’ai adopté. J’en use et abuse, en vaillant bien à garder un oeil sur le niveau de recharge car à 0%, il faut bien avouer que trimballer ce type de vélo serait un peu l’enfer, sans sa batterie, Typhon est un peu lourd du cul voyez-vous. Bref, au-delà de mes virées en centre ville, empruntant un peu hasard une succession de rues minuscules, un autre de mes plaisirs est tout simplement faire une ballade sur les coups de 18 heures dans la zone où se trouvent les rizières. Là aussi, inutile d’avoir un plan sur soi. Je chevauche au petit bonheur en fonction de la position du soleil. Des maisons délabrées, d’autres parfaitement entretenues, se succèdent ici et là avant de laisser la place à des serres, des champs sablonneux ou des terrains vagues. Et puis arrivent les rizières, avec leur odeur caractéristique, leur calme et leur faune particulière : on y aperçoit souvent des grues ainsi qu’une variété de petits crabes.

Au passage mes excuses à ces derniers. Alors que je chevauchais hier nuitamment (ce type de zone ne dispose d’aucun lampadaire, sensations garanties la nuit), Typhon, en passant par un chemin a quelque peu écrabouillé sous ses pneus quelques uns de ces crustacés. En plus de ceux des grillons que l’on aperçoit au sol tous les dix mètres, cela fera quelques cadavres de plus dont les fourmis se régaleront. Elles sont partout, à l’affût de la moindre denrée, d’une minuscule miette de pain sur la pain ou d’une aile de grillon au sol :

Au Japon, la fourmi ne chôme pas, elle est forcément elle aussi industrieuse (Edith Cresson approved). Tout le contraire de moi dont l’emploi du temps est étiré au maximum. Il risque de l’être d’ailleurs encore en plus car sentant qu’un début de tendinite va m’obliger à faire une croix sur les footings, ça promet des matinées moins spartiates, plus sur les futons et sous la clim.
Rues journées que les nôtres ! Heureusement qu’il y a la plage de l’après-midi…

Parce qu’un article estival sans une photo de bijin sur le sable chaud n’est pas un vrai article estival.

… les ballades avec Typhon et la bière du soir (très lourde à soulever, cela demande de l’effort) pour me remettre d’aplomb. Sans cela ce neuvième séjour ne serait qu’un long supplice pour un corps ballotté entre la rudesse des températures à l’extérieur et la fraîcheur lénifiante de ma chambre climatisée.

Attaques de méduses psychotiques et de serpents félons !

J’ai vu qu’en France, certains articles évoquaient la chaleur actuelle au Japon. On ne vous ment pas : depuis notre arrivée le thermomètre monte très vite dans la matinée (30°C dès huit heures) pour ensuite zoner autour de 40°C. Le W-E dernier a été plus doux, avec de gros nuages qui ont bien arrosé la ville et fait descendre de quelques degrés la température. Certes, cela a eu pour effet l’annulation d’un petit matsuri de quartier auquel je comptais me rendre, mais d’un autre côté cela a permis de respirer un peu.
Bien sûr, il y a la clim’ mais bon, l’utiliser du matin au soir serait un peu onéreux. En gros, quand on est à la maison, jusqu’à 18H30 c’est ventilateurs à donf’ puis, quand on sait que le beau-dab’ va radiner de son travail tout transpirant et bien fatigué, on enclenche la clim’ pour lui faire bon accueil. Ça, ses petits-enfants, son gendre idéal et l’appel de la bière fraîche, je peux vous assurer que ça vous requinque un homme.
En tout cas, il faut bien composer avec cette chaleur. Si la matin on reste tranquille avec juste une excursion ici et là dans tel ou tel magasin, l’après-midi propose sa halte de rigueur à la petite plage de Miyazaki, Sun Beach.


Sun Beach, ses secouristes cool et athlétiques, ses nageuses recouvertes de vêtements (je ne comprendrai jamais ça, montrez votre bikini bordel !), son eau tiède et ses méduses. Il y a quatre ans, j’avais été piqué au bras par l’une d’elle. Une morsure brûlante pas insurmontable mais suffisamment pénible pour sortir de l’eau et aller au poste de secouristes pour se faire pommader par les doigts graciles d’une auguste bijin :

De mémoire elle ressemblait à ça.

Cette fois-ci, c’est Olrik the 3rd qui a fait l’expérience de ce genre de mésaventure. Et plutôt deux fois qu’une. Alors que j’avais bien pigé qu’on se trouvait dans une zone avec quelques uns de ces spécimens, j’entrepris avec les kids de faire une vingtaine de pas à bâbord pour être plus tranquilles. Tout à coup, Olrik the 3rd se met à pousser des « Aïe ! », des « Ouilles ! » et autres « ça pique ! ». Voyant qu’il ne faisait pas semblant (il en avait les larmes aux yeux), je le pris vite fait par la main pour le mener à l’infirmerie de la plage. Déjà, le long des deux cents mètres qui nous y menaient, toute une collection de cloques commençait à apparaître sur le bide et même l’avant-bras. A l’infirmerie, la secouriste fut toute surprise de voir qu’Olrik the 3rd avait fait péter le high score avec ses cloques. Habituellement, nous expliqua-t-elle, les gens qui venaient la voir avaient une misère de cloques. Là, c’était plutôt du beau boulot de la part de la méduse. Ces paroles amusées et à visée consolatrice n’eurent guère d’effet sur Olrik the 3rd qui tirait sa tronche des mauvais jours et pour lequel il allait falloir éviter de parler parties de plage pendant quelque temps. Il se laissa néanmoins manipuler, l’infirmière lui appliquant une pommade anti piqûre de méduse. Après cela, il n’y avait plus qu’à ranger les affaires et quitter la plage. Avec un Olrik the 3rd à l’agonie, me suppliant de rentrer à la maison pour demander à Bachan de la pommade anti-méduse (genre toutes les grands-mères ont forcément dans un fond de tiroir une pommade de ce type), je ne vis qu’une solution : s’arrêter au Aeon pour y prendre un goûter. Après un melonpan fourré à la crème et un gros Fanta au melon, je ne dis pas qu’il ne pensait plus à sa malheurs mais il y pensait en tout cas moins. Le soir, ça allait mieux et il pu exhiber fièrement ses blessures de guerre à ses grands-parents.

Un épisode de Saint Seiya ? Non, juste une baignade à la plage qui a tourné court. Moins sexy que la secouriste, je reconnais.

Finalement, l’épisode de pluie permit à Olrik the 3rd d’oublier pour un temps la plage et de surmonter le petit traumatisme. Nous y sommes retournés hier et tout va bien : il est plus que jamais enragé à jouer avec son frangin sur leur grosse bouée orange. Mais un traumatisme en chasse parfois un autre. J’ai plus d’une fois eu l’occasion de constater combien la faune locale pouvait présenter des échantillons parfois surprenants. Ainsi les serpents. De mémoire, les rares occasions où j’ai pu en voir en France remonte à mon enfance. Une fois notamment où je me promenais avec un cousin dans une forêt tandis que son père pêchait à une rivière. Nous la vîmes juste à deux mètres de nous se mettre à se mouvoir rapidement pour gagner les fourrés. De nous trois, cette couleuvre était sans doute celle qui avait eu le plus peur. Mais je me souviens que la vision de cette forme au sol n’avait eu sous le coup rien d’agréable. Eh bien il s’est passé récemment la même chose au petit parc où il y a quatre ans j’avais l’habitude de me rendre pour un footing matinal (j’y vais moins maintenant, lui préférant celui du côté de Heiwadai). Histoire de varier les sorties, il s’agissait d’y faire une petite marche d’une heure avant de nous rendre au Aeon pour acheter notre déjeuner. Marche agréable, ponctuée de « konnichiwa » lancés par d’aimables vieilles gens (les générations plus jeunes étant moins enclines à dire bonjour à des inconnus). A la fin de notre marche nous arrivâmes à cette petite mare. Ayant eu la bonne idée de vérifier la présence de tortues ou de grenouilles parmi les nénuphars, nous allâmes sur l’herbe pour faire tranquillement le tour de la mare. On regardait plus les nénuphars que devant nous. Nous fîmes mal car cela aurait permis de distinguer une longue forme noire tapie dans les herbes. Je fus le premier à l’apercevoir. A deux mètres de nous, elle se mit non pas à attaquer Olrik the 3rd qui venait de prendre son petit-déjeuner mais à déguerpir vers la mare où elle plongea pour s’y cacher. Je sais que ce blog est parfois le lieu de toutes les exagérations néanmoins, je crois être près de la réalité en affirmant qu’il s’agissait d’un serpent faisant approximativement deux mètres de long. J’ajoute aussi que j’eus juste le temps d’apercevoir une lueur d’intense méchanceté dans son regard. Et sa couleur noire avait tout pour impressionner davantage les rétines des enfants (et les miennes aussi, soyons juste). Nous terminâmes la promenade avec un Olrik the 3rd tenant ma main de toutes ses forces et scrutant dans toutes les directions pour voir si le serpent n’avait pas changé d’avis pour décider de lui faire sa fête.
Je parlai le soir de notre mésaventure au beau-père. Il se fit rassurant. Pour lui, pas lieu de s’inquiéter. Des serpents comme cela n’avait rien de dangereux, on n’était pas à Okinawa quoi ! Point de habu, juste du serpent certes un peu long mais parfaitement inoffensif. Il se souvenait même en avoir attrapé plus d’un quand il était gamin pour les faire tournoyer au-dessus de sa tête comme un lasso afin de faire crier les filles. La bonne blague tiens ! J’essaierai cela la prochaine fois pour faire rire Olrik the 3rd. Il va adorer, je le sens…

I got les Bleus

Voilà, on y est. Séjour au Japon, neuvième édition. Suivant de quelques mois seulement la huitième, autant dire que le dépaysement est très relatif tant j’ai l’impression de n’avoir quitté le pays seulement hier. Mais enfin, c’est tout de même bien bon d’être ici, même si la chaleur a une curieuse manière de souhaiter la bienvenue. 30°C dès huit heures du mat’, autant dire que je ne tarde pas trop pour aller faire mon footing matinal. Lever à 6H30, je rencontre les premiers lézards à 7 et je rentre tout ruisselant à 7H30 pour souhaiter le bonjour à la ribambelle de gosses du quartier qui se rendent en groupe à l’école d’à côté.
L’après-midi, la sieste est de rigueur. Avec les enfants on monte dans la chambre à l’étage et on enclenche la clim’. Ils jouent avec leur Switch tandis que je sillonne Mandarake pour quelques achats à base de photobooks et d’art books. Et puis, après une demi-heure de ce régime, le corps se met à latter l’esprit. On résiste encore cinq minutes mais rien n’y fait : instinctivement, on sent une chaleur tellement épouvantable dehors que la mise en veille de l’organisme avant d’aller l’affronter se fait d’elle-même. Et à 15 heures, on est fin prêts pour aller faire une partie de plage d’une heure à « Sun Beach », la petite plage non loin du port de Miyazaki. Tout le monde y trouve son compte. Les enfants bien sûr, contents de barboter et de s’exciter dans une eau tiède qui ne risque pas de susciter une hydrocution, et moi aussi qui, sans être un inconditionnel de la plage, suis tout de même satisfait de rafraîchir et nettoyer l’épiderme qui a déjà eu le temps dans la journée d’accumuler de la sueur séchée, malgré la douche matinale post footing.
La soirée est plus gérable, entre le dîner, les boissons fraîches et la climatisation remise en marche, ça va, on survit.


Bref l’entrée en matière de ce neuvième séjour s’est bien passée. Il a fallu défriper le corps et l’esprit après un voyage un peu longuet (voyage en TGV + nuit à l’hôtel + voyage Roissy- Helsinki + 5 heures de transit à Helsinki + voyage Helsinki-Fukuoka + trois heures de transit à Fukuoka + voyage Fukuoka-Miyazaki) mais après deux journées, le rythme a été définitivement pris. De quoi être d’attaque pour suivre la finale dans la nuit de dimanche à lundi. C’est l’apanage de ces vacances d’été au Japon prises tous les deux ans. Cela coïncide avec les années pairs et c’est à chaque fois l’assurance de suivre une compétition sportive : Euro, Jeux Olympiques, cette fois-ci Coupe du monde. Il y a quatre ans j’avais été accueilli par l’horrible finale entre l’Argentine et l’Allemagne. Là, après avoir suivi le parcours de la France et de la Croatie, j’espérais bien ne pas regrette ma veillée footballistique. Et puis merde quoi ! A la clé un possible deuxième titre ! Il y eu donc une petite excitation tout le long de la journée, un climat d’attente certes amoindri du fait d’être enveloppé par les activités au Japon, mais attente gentiment fiévreuse tout de même.

Faire du shopping était un moyen de tromper l’ennui. Allez ! dans l’escarcelle cette belle écharpes Samurai Blue !

Avant de me poster devant le petit écran, j’allai au onsen du centre ville. Mal m’en a pris : on était dimanche la veille d’un jour férié, du coup on était un peu les uns sur les autres. Pire : le bassin à l’extérieur était recouvert de canards jaunes en plastique, sans doute en l’honneur des lardons qui ne manquaient pas d’accompagner le dimanche leur paternel. J’allai tout de même à l’habituel sauna, celui qui décalque la couenne et vous fait suer un litre d’eau toutes les deux minutes, puis m’imergeai juste après dans le bassin d’eau froide. J’y restai cinq minutes, le temps de créer une bienfaisante sensation puis sortis pour m’allonger sur un des transats. Difficile de faire autre chose, après le combo sauna/eau froide, la tête me tournait gentiment. Allongé, le décor tout autour valsait, il n’y avait qu’à fermer les yeux en attendant que ça se calme. En les rouvrant je contemplai le ciel de Miyazaki pollué par les lumières de la ville. Je distinguai malgré tout quelques étoiles. Ici Aldébaran de la constellation de la loutre. Là Seiya de la constellation du Pégase et Raoh du Krakken. Vision bienfaisante qui fit aussitôt glisser en moi quelques méditations poétiques du genre « Bordel ! On va l’avoir cette putain de deuxième étoile, pour sûr ! ».
Vers minuit moins le quart je revins à la base. Tout le monde dormait, j’allais vivre cette finale seul dans la petite pièce où belle-maman avant l’habitude de regarder ses dramas le soir :

Remarquez ici la présence d’un piano, vestige des débuts pianistiques de Madame Olrik quand elle pratiquait chez ses parents. En attendant son retour, c’est Olrik the 3rd (deuxième année de piano) qui l’utilise. Moi, je me promettait bien à la mi-temps de me jouer quelques Nocturnes de Chopin afin d’évacuer un éventuel stress.

Allez ! Écoeurez-moi ce Croate encore plus que pour cette pleureuse mauvaise perdante de 

Thibaut Courtois !

Mais en fait, le stress, il n’y en eut guère. Comme pour les précédents matchs depuis l’Argentine, ces Bleus-là semblaient dominer leur sujet d’une étrange manière. Pas flamboyants, mais pas inquiétants non plus. Limite rassurants même. Une sorte de monstre à sang froid certain de sa force. Il se faisait bien chiquer les mollets par le molosse en face de lui mais pas d’inquiétude, il n’aurait à un moment qu’à lever la patte le moment venu pour lui infliger une rouste. Ce qui arriva. Le coup de sifflet final donné, je regardai incrédule les remplaçants français envahir la pelouse alors que le commentateur japonais exultait. Intérieurement, j’étais content, mais tout se passait comme si une sorte de filtre s’immisçait entre ma joie et ce que je voyais. A deux heures et demie du matin, le quartier était aussi calme que dans une ville belge après le coup de sifflet final du match entre la France et la Belgique. Point de coups de klaxons, de voix éméchées en train de brailler ou de commentaires chauvins à la TV qui annonçaient une hystérie médiatique prévisible dans les prochains jours. Etonnant, déroutant, et en même temps, finalement, satisfaisant.
J’attendis jusqu’à la remise de la coupe, me demandant si Macron n’avait pas une trique réelle à faire ainsi son show devant les caméras du monde entier et à se faire tripoter pour un oui ou pour un non par la présidente croate. Avant que la pluie ne le mouille à l’extérieur, je gage que l’intérieur à un certain endroit était tout suintant. Bref la pluie et avec elle la coupe arrivèrent, et ce sans les commentaires des journalistes de TF1 et ça, c’était plaisant. Et ça allait l’être tout autant le lendemain. Les Bleus dans le car sur les Champs Elysées, les Bleus à l’Elysée, les Bleus dans leur petit village, le fierté de la tata d’un des Bleus, un Bleu va aux gogues, tout cela j’y échappai et c’était tant mieux. Le petit lien qui me rattachait encore à la France était achevé (je mets à part la présence de Madame Olrik là-bas, ma chère et tendre ne devant nous rejoindre qu’à partir du 25), il n’y avait plus qu’à se laisser bercer par le chant des grillons, le goût du shochu on the rocks et l’odeur du yakiniku quand la chaleur devient plus douce, sans avoir à l’esprit un certain ballon rond.