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Autumnal Mystery Tour in Japan

Allez, c’est le moment de reprendre les rênes de ce site, après une absence de plus de trois semaines, because voyage au Japon. Remarquez que j’aurais pu me fendre de quelques articles durant le voyage, comme je l’avais fait lors du précédent, mais je ne sais trop pourquoi, il m’a cette fois-ci été impossible d’achever là-bas un quelconque article. Sans doute parce que le séjour durait bien moins longtemps que les précédents (quinze jours au lieu de quarante) et qu’il m’importait de faire autre chose que d’être devant un écran à empiler des lignes. Et puis, tout bêtement, il y avait aussi une question de plaisir. Autant la dernière fois il y avait eu plaisir à raconter au plus près des choses vécues, autant là, j’ai senti qu’il serait plus vif en décalant la rédaction.

Bref, une semaine après un retour qui a été bien moins cauchemardesque que le précédent, me revoici devant mon écran pour tenter de relater ce huitième voyage au Japon, voyage sous couleurs (presque) automnales, une première pour moi.

Mon beau-père est un génie du mal

Prévu depuis cinq mois, aidé financièrement par des beaux-parents qui se languissaient à l’idée de devoir attendre une année de plus avant de voir leurs petits-enfants et qui étaient prêts à raquer les billets d’avion pour raccourcir notre retour, ce séjour devait se faire durant la Toussaint, avec un aller se faisant un deux fois. D’abord, dès le mardi avant les vacances, Madame partait flanquée des enfants, histoire de gratter quelques journées en plus avant les vacances, puis moi en solo dès le vendredi.

Le voyage ne fut pas totalement sans histoire pour Madame Olrik puisque son avion, accusant au départ de Roissy un retard de quatre heures, arriva à Tokyo avec autant de retard, la condamnant à se rendre à un hôtel avec les enfants pour prendre le lendemain matin le premier avion pour Miyazaki. Mais les merveilles de la technologie étant ce qu’elles sont maintenant, je pus suivre via Skype le déroulement des opérations et être rassuré.

Moins rassurant en revanche était la capacité de mon beau-père à entreprendre des trucs en mon absence. Pour faire simple, adorant ses petits-fils, il a déjà cette capacité à faire sortir comme Garcimore des billets de dix mille yens de ses poches pour ensuite les filer à Olrik jr et Olrik the 3rd, public forcément tout acquis à ce type de spectacle. D’un côté, ça leur fait plaisir, de l’autre, merde ! s’il s’agit de les pourrir pour les transformer en Abdallah comme dans Tintin, moi je dis stop !

Du coup, avec l’arrivée de l’anniversaire d’Olrik jr, je me méfiais. Méfiance légitime car c’est le jeudi que j’appris via Skype que le beau-père, en discutant avec Olrik jr afin de connaître quel serait son souhait de cadeau, lui proposa le choix entre… la Nintendo Switch ou la PS4 !

A gauche, la peste, à droite, le choléra.

Il faut vous dire ici un truc : je n’ai rien contre les jeux vidéo. Ce serait d’ailleurs bien hypocrite de ma part  puisque ayant eu ma première console à l’âge de sept ans (un Atari 2600), j’ai toujours eu jusqu’à ma post-adolescence un joujou de ce type (un Amstrad CPC 464, une Mégadrive puis un PC) me permettant de cocooner avec délices dans des bulles de temps devant un écran. Est-ce que je le regrette ? Je ne sais pas trop à vrai dire. Ce qui est sûr, c’est que j’ai pris mes distances avec les jeux vidéo, jugeant qu’en termes d’enrichissement et de plaisir, rien ne remplace un bon livre ou un bon film. Du coup, j’ai à cœur de contrôler le temps que passent les enfants devant des jeux. Je puis même aller jusqu’à dire que j’ai parfois des allures de Kapo lorsque je patrouille dans la maison pour surprendre les kids en train d’essayer de jouer en cachette, alors qu’ils ont épuisé leur temps de jeu quotidien. Cela donne alors lieu à des scènes bien hypocrites, je le reconnais, scènes ressemblant parfaitement à ça :

Connaissez-vous le blog de Morgan Navarro ?

Bref, en plus d’une tablette (là aussi, offerte par mon beau-père – le démon ! – lors du voyage 2017), d’une PS2 (la dernière console que j’ai achetée pour moi-même, j’avoue, machine acquise après mon deuxième voyage afin de pouvoir jouer à Taiko no Tatsujin – puisque j’avais récupéré à Tokyo deux « tatacons » – le taiko miniature pour pouvoir y jouer), d’une Nintendo DS light et d’une 3DS, on allait devoir se coltiner une nouvelle console. Un espoir cependant : il n’y avait rien d’encore acheté puisque Madame, ne sachant pas trop si une Switch japonaise (apparemment Olrik jr avait jeté son dévolu sur cette console) pouvait fonctionner en France avec des cartouches françaises, avait conseillé à son père d’attendre mon arrivée pour voir cela avec lui. Je me faisais fort alors de le baratiner pour l’enjoindre à abandonner ce projet et acheter quelque chose de plus utile (par exemple un beau vêtement, une belle paire de chaussures, un beau plumier, etc.). Las ! Une heure plus tard je reçois sur Skype un autre message : profitant que ma douce était occupée à prendre son bain, et sans doute aussi un peu ivre de plusieurs verres de shochu (je le connais, hein !) et d’avoir ses petits-fils à proximité, le beau-dab s’était empressé d’aller sur Amazon pour commander en loucedé la Souitche. Moi qui comptais lire là-bas tranquillement A l’Ombre des jeunes filles en fleurs dans le salon baigné par la douce lumière automnale, j’en allais être pour mes frais…

Hakuho me souhaite la bienvenue !

Le lendemain, direction Roissy. Une amie vint nous prendre le matin, moi et mes valises, avec son mini-van vert pour me déposer à la gare de ma bourgade. Un TER et un TGV plus tard j’arrivai à l’aéroport avec quelques heures à tuer avant le départ prévu à 20H30. Pas de retard cette fois-ci, je ne risquai pas de connaître la même déconvenue que Madame à Tokyo. Dans l’avion j’inspectai la liste des films que le serveur vidéo-ludique proposait. Quoique assez peu friand du sieur Tatsuya Fujiwara, je tentai ceci :

Memoirs of a murderer

Remake d’un film coréen, le film raconte l’histoire d’un serial killer qui attend sagement la période de prescription de ses crimes pour sortir en librairie le récit de ses exploits sanglants. N’étant pas toujours particulièrement attentif lorsqu’il s’agit de suivre un film avec des sous-titres anglais, alors que je suis occupé à gérer devant moi un plateau repas japonais avec plein de petits plats, Il m’a semblé que le film n’étais pas trop mauvais et qu’il mériterait plus tard un autre visionnage.

Arrivé à Haneda je retrouvai les premiers contacts sensoriels avec le Japon. Ceux des corridors moquettés de l’aéroport. Baignés par la lumière permise par les grandes parois vitrées donnant à voir l’activité du tarmac, ils me permettent à chaque fois de sortir en douceur de l’avion, de retrouver mes forces et de sourire en apercevant ces premiers signes d’un Japon retrouvé. Ici une affiche publicitaire avec Hiroshi Abe, là le visage renfrogné d’un agent de sécurité. Et une ambiance cotonneuse faite d’une discipline toute japonaise (les gens ne parlent pas, ils marchent et c’est tout) annonçant plus tard une tout autre ambiance, celle des rues, des magasins aux incessants jingles, des restaurants aux serveurs parfois braillards. En attendant de les retrouver pour de bon, il fallait enchaîner avec mon avion pour Miyazaki. Là aussi, RAS. Attendant dans la porte d’embarquement, j’insérai ma première pièce de cent yens dans une machine à canettes pour déguster mon premier café BOSS du séjour, un peu groggy par mon voyage de presque vingt heures (avec le train) mais aussi perplexe par ce ciel chargé qui annonçait un voyage automnale sans couleurs. Deux heures plus tard, c’est un ciel nocturne et légèrement pluvieux qui m’accueillit à l’aéroport de Miyazaki. De quoi faire la grimace néanmoins, alors que j’attendais mes bagages, la vision d’un visage bien connu me redonna le sourire :

Oui, voir le visage de Hakuho faisant la promo d’une marque de shochu me parut subitement des meilleures auspices pour les deux semaines à venir, et voir juste après celui de ma femme venue me chercher acheva de me regaillardir. Le retour à la maison des beaux-parents se fit dans la petite voiture que nous utilisons à chaque séjour. Madame était venue du coup seule, le véhicule étant un peu juste pour caser ma grosse valise dans le coffre sans plier les sièges arrière. Curieuse arrivée : il était 19H30, il faisait déjà nuit noire et il pleuvouillait donc, manifestation d’un typhon passant bien au large de Miyazaki mais qui promettait d’après la météo un lendemain très pluvieux et un peu agité.

Arrivé devant la maison, j’aperçois une bouille bien connue qui, au bruit du moteur de la voiture, s’était précipitée sur le seuil pour me voir arriver et me souhaiter le bonjour : c’est Olrik the 3rd, tout sourire et apparemment épanoui d’avoir retrouvé ses marques au Japon, suivi d’Olrik jr puis des beaux-parents. On se salue puis, comme il est vingt heures et que l’on m’attendait pour manger, on ne tarde pas à se mettre à table. Je n’ai pas forcément grand faim après le trajet en avion mais enfin, devant les mets préparés par la belle-mère, je sens poindre dans mon estomac un deuxième souffle. Et comme le beau-père décapsule une bière japonaise pour m’en remplir un verre afin de trinquer, je sens que les morceaux de poisson au curry n’auront qu’à bien se tenir.

Une heure plus tard, après avoir bien mangé, bien bu, bien discuté, alors que Madame est en train de parler à son père, je dodeline, je peine à maintenir les paupières ouvertes, très pilier de comptoir après cinq bocks dans le buffet. Me voilà tout à coup rattrapé par la fatigue du jet lag et je sens qu’une bonne nuit après une bonne douche s’impose. Un peu dans le cirage, ma perception du Japon est encore incrédule. En retrouvant cette salle de bain et ses tabourets en plastique pour se doucher au niveau du sol, j’ai un violent sentiment de familiarité, de proximité temporelle. Cela fait vraiment quatorze mois que l’on a quitté le Japon ? J’ai l’impression que c’était la semaine dernière. Et c’est le même sentiment quand je vois les futons disposés dans la chambre du haut dans laquelle moi, Madame et éventuellement les kids quand ils n’ont pas décidé de dormir en bas avec leur grand-père, passons nos nuits. Me glissant dans celui disposé au milieu, je ferme les paupières et m’endors instantanément. Quelques heures plus tard, à exactement quatre heures du matin, je les rouvre, conscient qu’il me sera absolument inutile de tenter de prolonger la nuit. Me saisissant de ma tablette, je passe adroitement par-dessus Olrik jr en train de pioncer puis me rend à la chambre d’à côté. Je passe le temps à regarder des épisodes d’une série et à lire. La fatigue se fait de nouveau sentir, j’ai limite envie de retourner au futon. Et puis, vers sept heures, j’entends les premiers bruits d’activité en bas. C’est ba-chan qui s’active. Habituellement c’est à 6H30 mais comme on est dimanche, il y a eu un extra au lit. Dehors le ciel commence à s’éclairer, chose qu’il aurait faite depuis belle lurette en été. J’ouvre la porte fenêtre pour aller humer l’air tout en regardant ces toits bien connus de ce quartier populaire :

Tout cela était encore un peu gris, un peu humide mais peu importe, le Japon était là. C’était parti pour quatorze jours d’habitudes familières dans l’atmosphère de l’automne…

Attention passages de jeunes mariés fréquents !

2 août :

Comme deux année auparavant, j’utilise les dernières journées de mon Japan Rail Pass pour me rendre à la capitale afin d’y passer deux journées en solo. Peut-être une des dernières fois que ce type d’excursion me sera permise car pour les prochains séjours l’intérêt sera tout de même d’embarquer Olrik jr et Olrik the 3rd afin de leur en mettre plein les mirettes.

En attendant cela, je savoure le voyage en shinkansen et réfléchis à ce que sera le programme du jour : Minami Senju pour déposer mes maigres bagages, puis Ueno, Jimbocho, Shibuya et Shinjuku. Du réchauffé mais peu importe, seul compte le plaisir de marcher avec l’appareil photo à la main. Pas de restaurant qui tue au programme : je me contenterai de rapides haltes à des Yoshinoya. En revanche, réessayer La Jetée, après un échec lors d’un précédent séjour, me tente assez.

Je l’ai déjà écrit maintes fois sur ce blog, le quartier de Minami Senju n’a rien pour lui. J’y retourne uniquement pour essayer d’y retrouver le plaisir qui avait été le mien treize ans auparavant, lorsque lors de mon premier séjour au Japon, les pas que je fis dans ce quartier furent les premiers effectués dans ce pays que j’allais retrouver par la suite six fois. Il y a encore un petit charme nostalgique à traverser le pont suspendu au-dessus des voix ferrées et à gagner la longue avenue menant à l’hôtel. Avec en prime la vue au loin du Tokyo Sky Tree qui entre-temps s’est imposé au paysage.

Ueno était relativement tranquille. Après quelques photos à Ameyoko et une halte au grand magasin de jouets Yamashiroya, je retourne à la gare du coin pour me rendre à Jimbocho. Là, je vois un bonze juste devant moi qui s’y rend aussi sans doute pour gagner un autre point pour y quêter. Je l’ai discrètement suivi jusqu’à la billetterie automatique afin de glaner quelques photos peut-être intéressantes.

Je ne te lâcherai pas d’une geta !

Là, une vieille femme habillée de manière voyante, vraisemblablement pour cacher une misère que l’on pouvait deviner à certains détails, s’approche et lui demande quelque chose. Sans sourciller, le moine se retourne et lui file un bifton de 5000 yens ! Ainsi sont les moines bouddhistes. Le cœur et l’oseille à la main.

A Jimbocho, je me rends à mes librairies préférées afin de faire une petite provision de photobooks et d’affiches de films. L’heure passe vite et il est temps de retrouver Shibuya et son essaim de Tokyoïtes et de touristes. Au carrefour, un couple de jeunes mariés s’escriment avec un photographe professionnel venu avec ses deux employés à prendre des photos au milieu du passage, durant le temps  autorisé pour les piétons.

Vous vous demandez si la mariée est belle ? Jetez un œil à la vidéo en bas de l’article.

Autant dire que c’est du sport, d’autant que les badauds curieux qui les mitraillent autour d’eux (dont je fais partie) ne leur facilitent pas la tâche. Quelques instants plus tard je tombe sur une autre créature, cette fois-ci toute de rouge vêtue :

Là aussi, ça sentait la tenue préparée pour un shooting au milieu du carrefour et effectivement, je vis à proximité deux personnes chargées de l’opération.

Après vingt minutes passée à flâner sur le carrefour, il n’y avait plus qu’à pénétrer dans le quartier. Après une halte au Book-Off et au Mandarake où je chargeai un peu plus mon sac à dos de livres…

Je n’allai cependant pas jusqu’à acquérir celui-ci, trop cher !

… je fis une halte au Yoshinoya avant de me rendre à Shinjuku. Le temps de prendre au passage quelques ultimes photos…

… je rejoignis donc la Yamanote et quelques minutes plus tard arrivai à Shinjuku, bien décidé à retourner à la Golden Gai pour tenter ma chance à la Jetée.

Une fois dans les petites ruelles au mille bars, je m’aperçois que cette fois-ci, il n’y a pas à la porte du bar de mot accroché indiquant que la patronne est en vacances. Je prends donc mon courage à deux mains et gravis l’escalier très étroit permettant d’accéder au bar. J’ouvre la porte et là, surprise ! en plus d’être minuscule (je m’en doutais un peu mais pas à ce point), le bar est déjà occupé par pas mal de clients (que des étrangers). Un peu mal à l’aise par cette arrivée qui forcément dans un tel lieu attire tous les regards, je me vois cependant invité par la patronne à entrer et à prendre place sur un tabouret. Bon, cela n’allait pas être particulièrement confortable mais au moins je ne me cassais pas les dents une seconde fois.

J’y passai une heure, profitant de la décoration, de l’éclairage jaune, de la musique choisie par la patronne et essayant tout de même de discuter avec cette dernière puisqu’elle a la réputation de très bien parler français. Inévitablement j’évoquai Chris Marker mais je me souviens que nous parlâmes aussi cinéma et que Proust s’immisca aussi dans la conversation. Pour ce dernier, il s’agissait peut-être de mots échangés avec une cliente présente qui s’avérait être la traductrice de Chris Marker. Bref ce fut un moment plaisant, même si la forte présence de clients étrangers (des étudiants anglophones, un producteur de série pour Canal +) atténua le dépays-ement que j’attendais en venant poser mes fesses dans ce bar.

A la fois satisfait et maussade, je demandai à la patronne la permission de lui tirer le portrait puis je mis les adjas. En traînant une dernière fois dans les ruelles de la Golden Gai, je tombai sur cette porte engageante :

La bar avait-il été le bar de prédilection de Tetsuya Chiba ? Ceci appellera bien une vérification pour un voyage ultérieur.

Résumé de la journée en image et en musique (morceau : Asha, de Pantha du Prince) :

Back to Ithaque (3) : le bus de l’angoisse

Résumé de l’épisode précédent : après un voyage sans encombre quoique pollué par les bruits d’une famille espagnole à la Séraphin Lampion, la Olrik Family arrive enfin à Roissy. Arriveront-ils à prendre de justesse leur TGV (prévu à 18H09) ou bien les Dieux décideront-ils de leur faire subir une nouvelle avanie ?

17H17 : l’avion se pose sur la piste. Sept minutes de retard in ze babe. Je croise les doigts pour qu’il se gare rapidos.

17H27 : le rapidos, je l’ai dans les gencives puisque l’avion vient juste d’arrêter les moteurs. On se tient debout, prêts à évacuer l’avion avec nos bagages de cabine.  Il va falloir être terriblement chanceux.

17H30 : nous découvrons que, comme de bien entendu, l’avion ne s’est pas garé le plus près de la gare ferroviaire mais à l’autre bout. Nous devons prendre la navette pour rejoindre le terminal principal. Je suis de plus en plus crispé.

17H37 : arrivée à la douane. Je précise : la douane française. Il faudra que je songe la prochaine fois à prendre des photos pour faire le comparatif entre la japonaise et la française. Au Japon, ç’a été à peine cinq minutes d’attente, presque autant de voyageurs que de flics dans leurs cabines en plexiglas. En France, eh bien… trois à quatre cents personnes massées devant les cabines. À vue de nez, on en avait pour vingt minutes d’attente. Je mis le grappin cependant sur une brave dame qui s’occupait de gérer le flux, lui expliquai le problème. Compréhensive (après le service conciliant à la japonaise, je redoutais une autre réaction), elle nous fit passer devant tout le monde. Derrière moi, j’entendis un ou deux vieux, excédés par l’attente, émettre de ces rouspétages bien de chez nous. La peste étouffait ces deux barbons ! Ils n’avaient pas une valise bourrée de photobooks à se trimballer, eux !

17H46 : sortie de la douane, direction les tapis roulants pour récupérer nos bagages. A cet instant-là, je me dis que s’ils sortent parmi les premiers, on peut y arriver et choper le TGV de 17H09.

17H48 : arrivée à l’espace pour récupérer les bagages. Je jette un œil à l’écran pour le planning des récupération et là, coup de tonnerre ! je lis que les bagages de notre vol seront disponibles à partir de 18H20 ! Grinçant des dents, je me poste malgré tout juste en face de l’endroit où vont arriver les bagages.

17H52 : Surprise ! Des bagages arrivent déjà ! Le problème est que je ne sais pas s’il s’agit de ceux de notre vol ou d’un autre. Autre souci : personne ne vient les récupérer. Au bout de quelques minutes ils occupent l’ensemble du tapis roulant qui circule en boucle et ne laissent plus d’espace pour permettre aux nouveaux bagages d’arriver (cela se fait avec un système de détection, s’il n’y a pas d’espace libre, les bagages attendent). Au Japon, il y a souvent du personnel pour s’occuper justement du problème en brassant les bagages pour faire de la place. Mais voilà, nous sommes en France, à Paris où l’art du osef style n’a pas de limites. Enervé, je m’approchai des bagages et fis alors le job de ces deux employés japonais que j’avais vus à Narita, aidé par un autre voyageur qui devait lui aussi avoir un train à prendre.

17H55 : Deuxième coup de tonnerre ! Positif celui-là ! La première de nos quatre valises vient d’arriver ! Par quel coup du sort ? Aucune idée. Je me contentai de saisir les 23 kilos et les plaçai sur mon charriot.

17H57 : la deuxième arrive, suivi aussitôt de la troisième !  La chance était revenue ! Si le quatrième radinait dans la foulée, ça pouvait le faire !

18H00 : J’avais parlé trop vite. La dernière valise mit un peu de temps à arriver et, bien évidemment, resta un moment bloqué à cause du tapis qui était bourré de bagages que personne ne choppait. La cause n’était pas à chercher bien loin : leurs propriétaires étaient très probablement toutes ces bonnes gens que j’avais grattés à la douane. En bloquant certaines valises pour libérer un espace, je parvins cependant à la récupérer. Mes 70 kilos de valises installées sur le charriot, je bandai mes muscles avant le suprême effort. Direction : la gare TGV, et au pas de course !

Ici, petite description de la scène :

Madame : occupée à trainer la petite valise embarquée en cabine ainsi qu’un sac à moyen de taille moyenne mais surtout devant courir avec des chaussures pas vraiment conçues pour faire un sprint  dans un aéroport.

Olrik jr : lui aussi une valise de la même taille que celle de sa mère à se trimballer ainsi qu’un petit sac à dos. Pour info, Olrik jr n’a que dix ans et dans sa classe avec ses copains, il évoque encore plus une crevette qu’Olivier Merle.

Olrik the 3rd : Une petite valise un sac Babar sur les épaules. C’était peu mais en même temps ça promettait d’être trop.

Enfin votre serviteur : un charriot bourré de bagages devant moi, trois sacs en bandoulière sur les épaules. Autant dire que si je me faisais mettre le grappin par un démarcheur comme dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ? c’était le bourre-pif direct. Si par hasard vous vous trouviez là à ce moment, vous avez peut-être vu un gros blaireau qui faisait un sprint dangereux avec un charriot très lourdement chargé ? Ne cherchez pas, c’était moi ! Totalement déraisonnable, je sais, mais à cet instant je dois dire qu’il y avait presque un certain plaisir à s’identifier mentalement à ceci :

Oui, j’étais plus proche alors de Steve Austin que d’Ulysse. D’ailleurs, Ulysse a le souci de ses compagnons, tandis que moi, je ne visais qu’une seule chose : arriver le premier sur le quai du TGC afin de l’empêcher de partir. Benoît Brisefer l’avait fait, je pouvais le faire ! Un coup d’œil cependant derrière moi : triste spectacle ! Entre Madame empêtrée dans ses chaussures et les kids déjà à l’agonie après trente seconde de course, le spectacle était presque aussi saisissant que les 50 km marche des derniers J.O.

18H10 : j’arrive à la gare, puis à l’esplanade qui permet d’atteindre les quais par les escalators. Intérieurement, je croise les doigts. Si le TGV a un peu de retard, il doit encore être là. Merde quoi ! On n’est plus au Japon, normalement la SNCF se doit d’avoir toujours des trains à la bourre. Cependant je jette un œil  sur les quais : rien ! Tout juste s’il n’y pas une ou deux de ces tumbleweeds de western qui passent sous mon nez pour me narguer. Je reviens en arrière et jette un œil à l’écran des départs : le TGV de 18H09 n’apparaît pas. C’est fini. Mort. Rapano. Et j’ai écrasé avec mon charriot deux vieillards et trois enfants en bas âge pour des clopinettes.

18H15 : Tous un peu groggy par la course et l’échec à l’arrivée, nous nous asseyons pour boire et faire le point. En tant que capitaine de l’expédition, je me dois de rassurer et de montrer que je suis plein de ressources. Je ne veux pas non plus que tout cela se termine comme dans Aguirre. Intérieurement je suis excédé, mais hors de question de me laisser aller comme Klaus :

Permière chose à faire : savoir quel est le prochain TGV pour Angoulême. Direction : la billeterie.

18H45 : J’en sors avec les infos une demi-heure plus tard. Non qu’elle fût bondée mais, one more time, c’était juste un service à la française, à des années lumières du service japonais. Sachant que Tokyo va s’occuper des prochains J.O., j’avoue que l’idée que certains s’accrochent pour obtenir à tout prix l’organisation des J.O. à Paris me fait sourire. Ça promet d’être un beau bordel. Bref, après avoir pris mon ticket comme à la boucherie, j’attendis, attendis, et attendis encore. Quand mon tour arriva, l’employée – très serviable, je ne peux lui enlever ça – enterra assez rapidement mes derniers espoirs de prendre un dernier train la fin de la journée. Il n’y en avait plus à partir de Roissy. Quant à celui au départ de la gare Montparnasse, elle me le déconseilla : trop tard pour se farcir le RER, le métro, et espérer partir à temps. Il fallait donc prendre un TGV aux aurores le lendemain. Après avoir raqué pour plus de 200 euros de nouveaux billets (je ne précise pas, vous vous en doutez, mais au cas où : les anciens billets étaient évidemment non remboursables), je sortis déconfis de la billetterie mais en même temps apaisé, faisant contre mauvaise fortune bon cœur. Et puis, Ulysse doit savoir comment s’y prendre pour gonfler le cœur de ses compagnons de courage et de certitude. Mes compagnons, je les retrouvais sur un banc à boire des sodas et à grignoter des pickles et de petits sandwichs ramenés du Japon. Tant qu’ils ne faisaient pas l’erreur de sacrifier les bœufs sacrés de Phébus en plein aéroport, ça allait.

Ça allait mais il fallait maintenant trouver un hôtel pour la nuit. Comme mon portable n’avait plus de batterie (je puis penser à charger la batterie de mon appareil photo, beaucoup moins celle de mon téléphone), je pris celui de ma douce. Ah ! Il me fallait aussi la liste des hôtels à proximité de l’aéroport. Le jeune homme au point information me la remit et je commençai à étudier le papelard. Evidemment, après avoir raqué de nouveaux billets à cause de deux putains de minutes de retard, hors de question de dépenser une grosse somme pour une nuit, surtout que nous allions arriver à l’hôtel pour prendre une douche et dormir aussitôt. On allait donc taper dans le fonctionnel cheap genre Formule 1. J’allais faire le numéro lorsque derrière moi une voix mâle retentit :

« SORTEZ IMMEDIATEMENT ! C’EST LE PÉRIMÈTRE DE SÉCURITÉ ! TOUT LE BÂTIMENT EST BOUCLÉ ! »

L’homme qui parlait ainsi n’était pas un balayeur mais bien un policier. Et il ne plaisantait pas.  Là, pour le coup, je me dis confusément que j’avais peut-être fait une erreur en perdant mon temps à prendre de nouveaux billets pour le train et que j’aurais dû en fait prendre des billets d’avion pour retourner au Japon. Qu’était-ce encore ? des terroristes armés de kalachnikovs ? une alerte à la bombe ? un bagage suspect ? Un brin désabusé par cette île dangeureuse, j’allai avec mes compagnons rejoindre ses côtes pour nous éloigner du danger. Sur l’esplanade surplombant les quais, je pus réserver assez rapidement deux chambres pour deux personnes. Il n’y avait plus qu’à prendre le bus navette pour s’y rendre, quand les keufs nous le permettraient. A priori, à voir les autres voyageurs qui attendaient, il n’y avait pas grand-chose à craindre. Ça ne sentait pas vraiment la panique qui serait venue d’une bande armée arrosant tout sur leur passage. Décidant tout de même d’aller à la pêche aux informations, je m’approchai de l’entrée du hall de la gare et là, un policier me dit que c’était effectivement juste un colis suspect qui avait été trouvé. A l’intérieur, évidemment point de bombe, juste des vieilles fripes et des vieux journaux. Ah ! Les no life et leurs bonnes blagues ! Deux minutes plus tard, la zone de sécurité était levée et nous pûmes rejoindre le cinquième étage pour prendre la navette.

19H25 : Toujours le même truc par rapport aux J.O. qui pourraient avoir lieu à Paris. Si on les a, il va falloir méchamment se bouger le cul pour améliorer les infrastructures car cette mini-gare au cinquième étage de Roissy, c’est juste ridicule. D’abord très peu d’espace : une vingtaine de voyages armés de leurs bagages sur les quais suffisent à les encombrer. On est les uns sur les autres, dans la chaleur (après la chaleur japonaise, nous étions étonnés par la française qui la valait bien niveau température), et dans les pots d’échappement des bus. Exténué, Olrik the 3rd s’allongea en chien de fusil contre sa valise. Il faisait tellement pitié à voir que je crois que si j’avais mis à côté une pancarte avec indiqué dessus « A votre bon cœur ! », j’aurais peut-être récupéré un quasi remboursement des billets de train. Cinq minutes plus tard le bus arriva. Nous entrâmes, nous assîmes sans savoir à cet instant que nous montions dans le bus de l’angoisse !

19H35 : Je me trouvais assis avec à côté de moi Olrik Jr. Devant nous : un jeune couple qui avait l’air aussi passablement crevé, la demoiselle en particulier, qui arborait teint cireux franchement inquiétant. Comme mon regard croisa celui du jeune homme et qu’une connivence instinctive se fit entre nos mésaventures respectives, nous engageâmes la conversation. Eux venaient de Thaïlande et avaient aussi raté le train. Sa compagne était d’autant plus fatiguée qu’elle était tombée malade le matin. Enorme fatigue donc, et le choc culturel n’arrangeait rien. Ecœurés par le contraste entre un séjour idyllique en Asie et un retour au pays avec les mines renfrognés des Parisiens, ils n’avaient qu’une envie : prendre une douche, dormir et regagner leurs pénates, à Nantes. Ce nom me fit tout de suite réagir : y ayant passé beaucoup d’années lors de mon enfance et mon adolescence, j’engageai la conversation sur cette belle ville pour savoir ce qu’elle devenait en dehors des manifestations et des voitures brulées. Cette petite discussion impromptue nous fit du bien à tous les deux car le voyage dans ce bus n’était pas des plus plaisants. Déjà, pas de clim. Après le Japon où elle est omniprésente, ça faisait tout drôle. Il y faisait chaud donc, et cette impression de chaleur était accentuée par un soleil dans sa phase descendante qui nous cramait souvent la frime. Surtout, avec la multitude de virages que prenait le bus pour s’extirper de la zone de l’aéroport, ça tanguait méchamment et me donnait une vague idée de ce qu’avait pu ressentir Ulysse et ses compagnons en passant devant Charybde. J’espérais in petto qu’on n’allait pas tomber dans la foulée sur une Scylla. Enfin, il y avait derrière nous, debout et le portable à l’oreille, un sympathique jeune homme qui avait avec son interlocuteur une discussion bien particulière. En voici un morceau choisi :

« Ouaiche, j’te jure, si c’bâtard de fils de pute se prend dix ans, ben putain j’m’en bas les couilles, bien fait pour sa gueule ! Hin Hin ! », le tout accompagné de force chuintantes agressives.

Ces paroles navrèrent fort le jeune Nantais, de plus en plus marri par ses premiers pas sur le sol français. Après, comme la conversation nous permettait de faire abstraction de l’imbécile derrière, nous poursuivîmes. Mais alors que je m’apprêtais à dire que j’habitais autrefois à Nantes du côté du quartier du Vieux Doulon, sa compagne se mit à être prise de spasmes et à se transformer en Scylla ! Enfin, pas totalement non plus. En fait elle se raidit subitement, se retourna et se mit à expulser de son corps des cataractes innommables de vomito ! Le tout en pleurant à chaudes larmes, dévastée par une journée qui avait dû être pour elle une journée de merde dans les grandes largeurs, et sans doute honteuse de subir une telle avarie en public. Ce triste spectacle eut au moins deux mérites : faire taire définitivement le crétin au portable derrière et… me redonner la banane ! Oui, je sais, ce n’est pas très charitable de se moquer du bonheur d’autrui mais enfin, comprenez moi bien : il y avait pire que nous dans le malheur et franchement, après toutes les avaries subies, c’en était trop, tout se passait comme si nous étions les personnages d’un film, ou d’un épisode de la quatrième dimension. Quand donc tout cela allait-il s’arrêter ? C’est était presque grisant, voire franchement excitant. Je scrutai le bus, cherchant à débusquer une caméra cachée. A tout moment je m’attendais à voir surgir Marcel Béliveau avant de me rappeler qu’il avait cassé sa pipe il y a quelques années.

« Euh… vous voulez que je m’arrête ? demanda le conducteur.

–  Oui, s’il vous plaît, je crois que c’est préférable », répondit le Nantais.

Scylla la Nantaise sortit pour expulser du gosier quelques restes de mauvaise bile et surtout être consolée par son compagnon. Elle en avait bien besoin la pauvrette ! En regardant le vomi au sol (plus de la bile et de l’eau que du gros vomi dégueulasse. Excusez d’entrer dans les détails sordides, mais la précision avant tout) qui faisait des dessins étranges (et s’approchait dangereusement de nos valises), je me dis que nous avions eu de la chance : la jeune femme avait eu le réflexe de se retourner plutôt que d’inonder Olrik jr qui se trouvait en face d’elle !

Cependant le jeune couple remonta et le bus repartit. Inutile de dire que la discussion sur Nantes fut mise entre parenthèses et que nous parlâmes uniquement du pouvoir balsamique de la douche et de la literie qui nous attendaient.

20H00 : Enfin, nous étions au Formule 1. Y a-t-il eu de nouveaux coups fourrés ? oui et non. Ceux qui connaissent ce type d’hôtel savent bien combien le confort est relatif et peut receler de petites surprises. Les prises de courant mal disposées, l’absence de climatisation obligeant à ouvrir les fenêtres mais il faut alors composer avec un environnement bruyant. Les douches mal foutues et leur station FM qui se déclenche dès qu’on y entre (est-ce bien raisonnable ? je pose la question au génie qui a conçu ces douches), tout cela me fit un peu penser à Martin Sheen au début d’Apocalypse Now :

https://vimeo.com/116336220

Partageant la chambre avec Olrik the 3rd qui s’était précipité pour occuper la couchette supérieure (comme son grand frère à la maison), je m’approchai de la fenêtre, torse nu, un verre à la maison, et regardait le sombre paysage bétonné en marmonnant :

« Paris… merde ! »

Mais nous étions sains et saufs et le gros de la tempête était probablement passé. Le lendemain, nous prendrions un petit déjeuner, monterions dans le TGV cette fois-ci sans encombre, puis le TER, puis le taxi, et enfin nous aurions le plaisir particulier de retrouver la maison après un séjour de quarante jours à l’autre bout de la planète. Je bus une dernière gorgée de ceci :

bouteille-cobra

L’eau Cobra, eau magique capable aussi bien de vous stimuler que de vous apaiser.

… puis allai me coucher. Le sommeil ne fut pas extra mais suffisant pour recharger les batteries.

Le lendemain : tout se passa comme prévu. Les Dieux s’étaient levés d’un meilleur pied ou avaient estimé que c’en était assez, que nous pouvions rentrer à Ithaque sans encombre. Environ quatre heures après avoir quitté l’hôtel, nous nous trouvions devant la porte d’entrée de la maison. Ranger le contenu des valises promettait de nous occuper un certain temps mais qu’importe ! Le plaisir de reprendre le contrôle de sa vie ordinaire était là et la tristesse d’avoir quitté le Japon oubliée. Il allait falloir ranger tous les souvenirs remplissant les valises et surtout ceux occupant les cartes mémoires de mes appareils photo. Je gardai cela pour les froides soirées d’hiver à me remémorer de bons moments ou à concocter de nouveaux articles. En attendant, la farniente s’imposait : après tant d’émotions, il nous fallait suivre la voie d’Ulysse et de Pénélope en allant retrouver notre lit pour un somme réparateur. Oubliés les derniers tracas. Ne restaient plus que des images mentales de matsuris, d’onsens ou de nourriture, images qui allaient atténuer de manière douce le regret de ne plus y être avant d’alimenter l’excitation d’y retourner… lors d’un huitième voyage. « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage… ». Certes. Mais encore plus heureux celui qui ressentira le besoin irrépressible de retrouver le marbre dur et le Tibre latin. Pour moi, pas d’inquiétude : je sais que les sons joyeux des matsuris et les odeurs des yakinikus dans le jardin d’une certaine maison à Miyazaki seront retrouvées avec le même plaisir intact dans deux ans. En attendant, regardons des films, lisons, et écrivons ce qui permet de continuer à vivre par procuration le Japon à travers les modestes colonnes de ce site. La saison 2016-2017 de Bulles de Japon est ouverte.

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Ça va buller !

Back to Ithaque (2) : Terraformons les touristes sans-gênes !

Les valises cette fois-ci définitivement fermées avant l’ultime voyage, il n’y avait plus qu’à quitter l’hôtel pour rejoindre Narita.  Première étape : rejoindre la station de cars à la gare de Tokyo. Madame, toujours soucieuse d’avoir le moins à marcher lorsque nous nous trouvons à la capitale avec force bagages, avait réservé un hôtel non loin de la station de métro Suitengu mae, elle-même toute proche de la gare de Tokyo :

Je me souviens qu’on m’avait reproché une année d’avoir fort mal choisi l’hôtel à Tokyo, d’avoir pris un truc miteux (le Juyoh hotel, en réalité vieux souvenir de mon tout premier séjour que j’avais eu cette fois-là envie de refréquenter) situé à dix minutes de marche de la première station (Minami senju). Bref, il fallait pour cette fois un hôtel situé tout près d’une station pour éviter au maximum la fatigue de se trimbaler à pince les nombreux kilos de valises.

Evidemment, elle avait entièrement raison. Mais en dépit de toutes ses qualités, il en est une dont ma douce est entièrement dénuée : l’estimation des distances. Entre voir un trajet sur Google map et imaginer ce que ça peut représenter dans la réalité, il y a une marge qu’elle a toujours eu du mal à saisir. Ainsi, en jetant tout de même un œil au trajet qu’il allait nous falloir faire pour rejoindre la gare, je trouvai étrange qu’elle comptait descendre à la gare d’Otemachi pour faire ensuite le reste à pied (la ligne Hanzomon dans laquelle se trouve la station Suitengu mae passe juste à côté de la gare mais ne s’y arrête pas) alors que l’on pouvait choper la ligne Marunouchi pour arriver à la gare juste une station après. C’est que, selon elle, il fallait compter aussi avec la marche que l’on ne manque pas de faire lorsque l’on change de ligne dans une station. Entre marcher dans la station ou en plein air, mieux valait la première solution.

Sortie de la station au carrefour en haut à gauche, à côté du Palace Hotel Tokyo. Arrivée en bas à droite. Sur le papier, c’est facile.

Quoique sceptique (et un brin inquiet) je ne mouftai pas. Je n’aurai pas l’outrecuidance de clamer haut et fort que c’est moi qui avais raison, je me contenterai juste de décrire notre arrivée à la gare vingt minutes plus tard : fourbus, éreintés, couverts de sueur, essoufflés, limite à l’agonie. Olrik the 3rd marchait en gémissant, Olrik jr gémissait en marchant et moi, je grinçais des dents mais je sus me contenir.

L’Eldorado, enfin !

Mon visage sut garder durant dix minutes, le temps de prendre le car qui allait nous mener à Narita, la même expression qu’un mur de briques. Aucun risque qu’il se fissure pour exploser en récriminations. Avant de tourner la page, un conseil aux lecteurs voyageurs qui entreprendraient un prochain voyage au Japon pour la première fois : si vous devez vous trimbaler un max de bagages, privilégiez toujours la solution du métro, même pour une station. Dans notre cas, une mauvaise sortie de la station parmi la dizaine qui étaient proposées nous a rallongés et, avec une jolie température dès 9 heures du mat et la masse de bagage, le « un petit peu à pied », pour reprendre l’expression de Madame, s’est rapidement transformé en épreuve à la Ulysse (une de plus). Bref, nous arrivâmes malgré tout juste à l’heure et pûmes monter dans le car pour profiter de la clim qui nous refit un peu la cerise.

Ça allait mieux mais je restai inquiet sur la suite du voyage. Il faut vous dire que d’expérience, si les retours effectués en France se sont plutôt bien passés, ils nous ont toujours paru plus ardus que les allers. Cela vient sans doute de l’un d’entre eux qui m’avait fait revenir à la maison dans un état de santé préoccupant (que je ne développerai pas ici). Ce voyage, pour le coup épique, a laissé inconsciemment une trace si bien que chaque retour semble maintenant plus ou moins marqués du sceau de l’incertitude. Je me souviens aussi de mon deuxième voyage personnel, celui de mon mariage. Sans doute étourdi par mon bonheur, j’étais arrivé en retard à Narita, avais raté mon avion, avais dû prendre le suivant moyennant une somme en sus et bien évidemment avait dû raquer un autre retour en TGV une fois en France. J’avais passé la nuit sur un banc de l’aéroport, SDF style, me remémorant les bons moments du séjour et planifiant toutes les choses que nous aurions à faire une fois qu’Elle me rejoindrait, après la fin de ses préparatifs au Japon pour organiser sa nouvelle vie en France.

En gros, sur sept voyages Tokyo-Paris, deux ne se sont pas très bien passés. Et encore, pour celui qui suivait notre mariage, il a été vu sur le coup comme une petite mésaventure qui concluait de manière cocasse sept journées passées sur un nuage. On le voit, le ratio était à notre avantage. Ça allait bien se passer. Ça devait bien se passer. Et pourtant…

A Narita, nous ne perdîmes pas de temps. Direction l’enregistrement des bagages. Avec ZE question : pouvaient-ils faire en sorte que nos bagages à l’arrivée sortent parmi les premiers ? Il faut dire ici que si Madame avait commis une légère boulette avec sa mauvaise perception des distances, j’en avais peut-être commis une en réservant un TGC arrivant en gare de Roissy juste une heure après l’arrivée de notre avion. Mauvais estimation de l’espace pour elle, mauvais estimation du temps pour moi, vous voyez que l’on était faits pour s’entendre ! En tout cas l’arrivée à Roissy promettait d’être super chaude avec ces soixante petites minutes pour atterrir, garer l’avion (étape qui prend parfois du temps), en sortir, passer à la douane, récupérer les bagages et se dépêcher jusqu’à la gare. Pour cela il fallait un peu compter sur la chance ou faire en sorte qu’elle nous sourie. Ainsi, plutôt d’attendre une plombe que nos bagages apparaissent enfin sur le tapis roulant, il fallait essayer de faire en sorte qu’ils arrivent dans le premiers, avec ceux des voyageurs de première classe. Nous demandâmes à l’hôtesse au guichet si cela était possible et, après un bref pourparler avec sa supérieure, celle-ci nous expliqua que, ben non, évidemment ça n’était pas possible. Dans l’os Olrik !

Délestés de nos bagages, il n’y avait plus qu’à faire un peu de shopping en attendant de le départ et, pour ma part, en oubliant cette déconvenue qui ne laissa pas de me laisser un goût amer et surtout une inquiétude sur l’arrivée à Roissy. Confusément, je songeai à Ulysse, fil conducteur de ces derniers articles. Décidément le parallèle était judicieux, le retour à mon Ithaque semblant cacher encore bien des surprises. Comme pour le fils de Laërte, je sentais que j’allais devoir encore lutter avant de retrouver enfin la couche nuptiale avec ma bien-aimée.

Quelques magasins WTF…

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… et quelques achats dispensables plus tard…

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Magnifique T-shirt mais sachant que la taille maximum était L et que j’endosse habituellement du XL, je me demande ce qui m’a pris de l’acheter.

… nous nous engouffrâmes dans notre avion. Nous nous trouvions au milieu, la deuxième rangée après cette cloison qui permet de fixer des berceaux pour les enfants en bas âge. Hou la bonne place ! Inquiet, je regardai un des couples qui allaient se trouver devant nous : un couple franco-japonais, leur petit garçon avait l’air cool… bon ! on verrait bien. Par contre, pour le deuxième, c’était moins gagné. j’ai dit un peu de mal récemment sur les touristes chinois. Je ne me risquerais pas à faire une généralité sur la manière de pratiquer le tourisme d’une autre nationalité. Je ne me contenterais juste de dire que parmi tous les touristes que j’ai pu croiser durant le voyage, ce couple d’Espagnols flanqués de leur progéniture ont été les plus casse-couilles. Présentons-les en quelques coups de pinceau :

Le bébé : RAS. En fait une bonne pâte. Tête rigolote, sourires à foison, je ne l’ai pas entendu pleurer une seule fois.

La gamine : 3-4 ans, yeux bleus, boucles d’or et déjà une capacité hors du commun à faire ce qui lui plaît. Des caprices en veux-tu en voilà. L’avion n’avait pas encore décollé que déjà elle se mettait à brailler tout son soûl pour je ne sais quelle obscure raison. Ça promettait.

La mère : assez menue, mince, avec un je ne sais quoi d’effacé dans le regard qui laissait supposer que ce séjour au Japon avait été du sport pour elle. Allait-elle savoir coacher la petite peste à côté d’elle ? Suspense…

Le père : grand, châtain, légèrement bouclé, une barbe savamment mal entretenue. Pour lui, pas de problème, le voyage allait être cool puisqu’il se trouvait coupé de sa tribu. Placé au côté droit de l’appareil, il taillait tranquillement une bavette avec un steward et sa voisine asiatique, consultant négligemment de temps en temps son smartphone. Allait-il se montrer autoritaire, y aller d’une fessée si jamais sa peste de gamine se mettait à emmerder le monde ? Instinctivement, j’en doutais.

Dès la première demi-heure, la gamine s’amusa à nous regarder par-dessus son siège. Une fois, puis deux, puis trois. Au bout d’un moment, voyant qu’Olrik jr et Olrik the 3rd étaient absorbés dans un jeu sur leur écran fixé au fauteuil devant eux, il lui vient l’idée de se pencher afin de voir à quoi ils jouaient, une tignasse blonde s’offrant alors à mon champ de vision. Allait-elle oser tapoter l’écran tactile d’Olrik jr ? Elle osa. Mais ce qu’elle ne savait pas – la folle ! – c’est que juste à côté se trouvait le père Olrik, grand admirateur des merveilleuses méthodes éducatives de Takeshi Kitano et de Hiroshi Hirata. Ni une, ni deux, je saisis sa main et l’écartai de l’écran avec autorité, le tout accompagné de mon regard venimeux n°47 (celui qui est injecté de sang). Nul besoin de parler, elle prit instantanément peur et regagna sa place non sans parler à sa mère en me montrant du doigt. Elle pouvait raconter ce qu’elle voulait, je n’en avais rien à foutre, j’étais au moins assuré qu’elle ne chercherait plus à se retourner. P’tite conne, va !

Néanmoins, mes soucis avec la famille ibère ne s’arrêtèrent pas là. Quand l’extinction des feux arriva, invitation pour les voyageurs à dormir un peu avant le prochain encas, la mère dégaina l’ipad pour essayer de canaliser sa gamine en lui montrant un Pixar. Excellente idée ! Mais c’était sans compter sans un sans-gêne très particulier consistant à lui montrer un film… sans les écouteurs. Nous voici donc à profiter malgré nous d’une bande son en espagnol que nous n’avions pas demandée. Par deux fois une hôtesse demanda à la mère de couper le son, ce qu’elle fit à chaque fois. Mais par deux fois, la fillette le rétablit dès que sa mère, décidément aux abonnées absente en matière d’éducation, reprenait sa position pour dormir. Quant au père, il sirotait tranquillou une roteuse tout en regardant the Revenant. Il demandait bien de temps en temps de mettre moins fort, mais c’était purement pour la forme. Qu’allais-je faire ? Réveiller la mère ? Saisir l’ipad, le jeter au sol et le piétiner rageusement ? Las, je soupirai et mis mes écouteurs pour regarder la fin d’un film commencé au début du voyage :

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Terraformars, de Takashi Miike.

Petite parenthèse cinéma ici pour tous les aficionados de l’auteur d’Audition et qui trépigneraient d’impatience à l’idée de voir son dernier métrage. Le film est une sorte de mélange de Starship Troopers et de Dragon Ball Z, avec des humains qui n’en finissent pas de se transformer pour latter des insectes extra-terrestres ultra balèzes et rapides. Il faudrait que je le revoie (je suis rarement très attentif lorsque je regarde un film en avion) mais le film m’a paru être un simple divertissement bourrin qui livre de manière parfois réussie des denrées basiques : de la baston et du fun. Si on aime le cocktail, on aimera Terraformars.

Seul film vu durant le voyage. J’entamais le dernier film de Takehisa Zeze, grand réal’ de pinku devant l’téernel mais occupé depuis quelques années à réaliser des œuvres dramatiques plus sérieuses :

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Il s’agissait de 64 : part I.  Malheureusement, pas trop in ze mood pour suivre une intrigue où ça causait beaucoup trop, je l’abandonnai au bout d’une demi-heure. J’ajouterai pour finir cette parenthèse qu’à l’aller j’avais visionné I am a Hero, récente adaptation de l’excellent manga de Kengo Hanazawa. Le film n’est pas du même niveau mais m’a paru être une honnête version, avec quelques scènes d’action franchement réussies. J’ai aimé la scène terrifiante de la découverte par le héros de la transformations de sa petite-amie en zombie ainsi que le plan séquence montrant une scène de panique dans la rue. On pourra reprocher certaines longueurs mais qui ne sont pas si gênantes lorsqu’on connait le manga et toutes ces planches dans lesquelles il ne se passe pas grand-chose. Plutôt cohérent donc, et finalement, pour moi qui goûte assez peu les histoires de zombies lorsqu’elle traîne en longueur (je fais partie de ceux qui ont abandonné the Walking Dead dès la deuxième saison) plutôt efficace en terme de narration. L’histoire s’arrête au bout de quelques tomes du manga après un bouquet final de zombies explosés.

Après Terraformars, je piquai un petit roupillon. Les bouchons dans les oreilles, Pixar n’était plus qu’un mauvais souvenir.

Soudain, un hurlement dans la nuit !

J’ouvre illico les yeux, je regarde alentours et que vois-je ? Le père espagnol jouant sans façon sans façon au sol avec sa progéniture, dans l’allée entre les places centrales et celles de droites, non sans avoir oublié d’avoir installé au sol un tapis de jeu. Le cri provenait évidemment de Boucles d’or qui se moquait bien de savoir que des certains voyageurs à côté avaient envie de dormir ou si les hôtesses auraient aimé circuler sans slalomer dans son bordel de jouets. Le papounet semblait épanoui à l’idée de montrer à sa dame (et sans doute au public à proximité) qu’il participait à l’effort de voyage pour occuper les lardons. Il s’était racheté une conscience de papa gâteau en carton et devait penser que ouais, il était un big daddy de première. Après le cri qui me réveilla, il lança tout de même un chut ! à son horrible gamine, tout en me regardant, à la fois gêné et amusé, cherchant un lien de complicité avec cet autre père. Je me contentai de lui lancer mon regard dédaigneux n°17, celui qui signifie sans aucune ambiguïté possible : « pauvre cloche, va ! ». Puis je me rendormis (du moins j’essayai).

Peu après, la lumière revint, il fallait s’occuper maintenant du déjeuner. Il y a deux ans, on avait eu droit à un repas Kumamon très original. Cette fois-ci, il s’agissait d’un menu Mosburger. Sympa aussi : on vous fournissait les pains et le steak haché, à vous de vous occuper d’y mettre la garniture qui était fournie dans des petits pots. Madame Olrik, grande mangeuse de légumes devant l’éternel, se rua instantanément sur les pots, s’apercevant un peu tard qu’il s’agissait de la garniture ! Son hamburger a dû être un peu sec à avaler. Pour ma part, je me pliai avec application à l’épreuve de travaux pratiques et parvint à un résultat appréciable :

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Concernant les kids, le menu enfant était 100% kawai :

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L’hamburger était goûtu, la chance revenait un peu et j’allais en avoir besoin car, alors que nous passions non loin de Moscou, le compte à rebours était engagé. Allions-nous arriver un peu en avance ou avec un retard qui promettrait d’être fatal pour choper le TGV ? Durant les deux dernières heures je n’arrêtai pas de consulter fiévreusement la carte GPS de mon écran : a priori nous arriverions avec un retard de trois minutes. Dieux de l’Olympe tout puissants ! Alliez-vous donc laisser votre Ulysse frenchy dans l’embarras avec ses cent kilos de valises ?

Suite et fin au prochain numéro : Le bus de l’angoisse !

 

Sept pour la quarantaine

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Etrange sensation que de se connecter pour voir les infos en France, alors que l’on se trouve à des milliers de kilomètres, et de tomber sur un macabre rodéo exécuté par un demeuré avec un quinze tonnes. Forcément, il y a de quoi interpeller l’esprit et d’être tenté de pousser un peu plus lon la pêche aux infos et puis, alors qu’il est ici, à Miyazaki, sept heures du matin et que j’entends les enfants descendre pour prendre leur bol de chocolat et se préparer à vivre une nouvelle journée au Japon faite de petits plaisirs simples (shopping, plage, glaces, sento, batting center du coin…), la lassitude me gagne et je crois que non, décidément je ne vais pas m’enliser dans cette horreur, et que je vais moi aussi me préparer à vivre cette journée avec l’esprit infusé dans le quotidien japonais et ses sollicitations sensorielles de tous les instants (un corbeau, qui vient à l’instant de passer à côté de ma fenêtre en croassant, vient de me les rappeler) plutôt que projeté sur ce qui se passe en France. Que les victimes reposent en paix, que leur meurtrier pourrisse dans quelque recoin du septième cercle de l’Enfer et voilà, on n’en dira pas plus. Exit le feu d’artifice sanglant de ma mémoire (je n’en ai que trop vu), place au perpétuel hana bi de ce voyage au Japon, septième du nom.

Pour cette fois, j’ai dû voyager flanqué de mes deux clampins sans madame, restée en France pour une douzaine de jours à cause de son travail. Du coup me voilà transformé en G.O. de tous les instants, devant mettre en veille mes velléités de promenades en solitaire pour prendre un max de photos. Mais comme Olrik jr et Olrik the 3rd sont de le même eau que leur créateur (c’est-à-dire plutôt cool), les journées à venir promettent de ne pas se transformer en corvée. Et quand bien même, je sais qu’un bon dîner m’attendre la soir à la maison des beaux-parents et que tous mes soucis s’envoleront après force rasades houblonnées. Bref, ça sent quand même pas mal la clim’ et ma carcasse de quasi quarantenaire (plus qu’une question d’heures) devrait assez bien supporter les six semaines à venir.

Pour le moment, il faut surtout essayer de dérouiller le clavier. Quand je suis au Japon, l’écriture d’articles passe au second plan mais comme je sens que les réveils vont être cette année très matinaux (réveil au champ du coq, littéralement, puisque des voisins possèdent un poulailler), il est possible que je me fende de quelques articles en complément avec les bidules postée sur la page Facebook du site. En tout cas il y a une envie de faire vivre un minimum ce site, habituellement laissé en veille lorsqu’il y a voyage au japon. N’attendez rien d’extraordinaire non plus, ce sera pas le dépays II, le retour, juste un journal informe de ce séjour où, vous vous en doutez, mon activité n’aura qu’un seul objectif : buller du Japon.

 

l’Eiga Mura

L’Eiga Mura (le village du cinéma) est un de ces attrapes-touristes qu’a priori l’on se fait fort d’éviter mais qui malgré tout vous attire. Sans doute par curiosité mais aussi parce que l’on sait combien les Japonais ont le truc pour rendre sexy et sympa un piège à gogos avant tout destiné à la faune familiale. Bon, tout n’est pas non plus pure réussite, comme me l’a montré récemment un « kodomo no kuni » (le pays des enfants) de sinistre mémoire et qui qui a propulsé l’expression « foutage de gueule » dans une toute autre dimension. Mais enfin, d’abord dubitatif devant la description peu engageante que faisait le Lonely Planet de cet Eiga Mura, je finis par céder aux sirènes du cinéma japonais d’antan. Au programme : reconstitution de décors de films de samurais, geishas d’opérette et du bon vieux sentai des familles (cherchez l’intrus).

J’étais alors à Takatsuki, chez la famille de la cousine de ma femme. Entourés de quatre lardons et n’ayant rien de prévu pour la journée, nous avions donc décidé de faire ce fameux Eiga Mura. Après une heure de route, on arrive à l’endroit. Et d’emblée, la collection de cars sur le parkings me fait comprendre que ce ne sera effectivement peut-être pas aussi cool. En fait, typiquement le truc qui dépend de l’humeur du moment. Si l’on est bien disposé, une bonne dose d’artificialité made in Japan peut toujours faire passer un bon moment. Les quelques virées à Odaiba que j’ai pu faire ont toujours été plaisantes. Mais là, force est de reconnaître que ça a été un demi plaisir que de vaquer d’une attraction à l’autre. La faute d’abord à la chaleur. Jamais simple l’été au Japon comme chacun sait, mais rendue plus pénible par la réverbération du soleil sur ce sol sableux et poussiéreux, utilisé dans un souci d’authenticité. Par moments, j’avais plus l’impression de me promener dans le décor d’un film de Sergio Leone que d’un chambara, je m’attendais à voir surgir à tout instant un Tuco poussiéreux, liquéfie et exténué par une longue marche dans le désert. Surtout, les prémisses d’un petit incident technique que connut votre serviteur furent sans aucun doute le facteur qui contribua à me pourrir insidieusement cette journée. Mais même sans cela, je ne suis pas sûr que j’aurais été renversé par l’Eiga Mura. Ou alors au printemps, avec cinq fois moins de visiteurs et des enfants contrôlant leur soudaine hyperactivité devant les attractions et les monstres bariolés. Mais là, comme dirait le capitaine Haddock, autant jouer du cornet à piston devant la tour Eiffel en s’imaginant qu’elle va danser la samba !

Point de photos pour aujourd’hui, mais une vidéo perso, ça faisait longtemps :

Dotonbori : A Light Odyssey

Peu de temps avant que quelque chose ne se détraque, je me trouvais à Osaka pour aller traîner mes guêtres du côté de Dotonbori. Était-ce une bonne idée ? Je l’ignore. On peut aimer livrer son corps à ces bains de foule dantesques que des villes comme Tokyo ou Osaka peuvent offrir, on peut faire ses délices à soumettre ses sens à un maelström de couleurs et de sons, mais se claquer l’esprit, le réflex dans la main droite, la caméra numérique dans l’autre, à essayer de ne faire qu’un avec le décor et de capter tout ce qui bouge dans un état de surexcitation quasi extatique non, c’était décidément décidément pas une bonne idée, surtout lorsque le détraquement en question touchait à la vue…

Bref, après un séjour de trente jours à Miyazaki, à faire les couleuvres chez la belle-famille ou à se distraire aux matsuris d’été, nous devions remonter tranquillement vers Tokyo par le train pour y prendre l’avion. Durant les dix jours qui nous restaient, différentes étapes étaient au programme pour que ma femme puisse revoir quelques uns de ses amis : Fukuoka, Hiroshima puis Osaka qui allait nous permettre de revoir plusieurs connaissances qui avaient assisté à notre cérémonie de mariage. Pour le choix du resto, j’y étais allé de ma petite insistance : il fallait qu’il se trouve dans le quartier de Dotonbori, histoire de profiter pour la première fois de son ambiance nocturne « à la Blade Runner » (dixit le Lonely Planet).

Dotonbori est le pendant osakesque de Shibuya. Le jour, c’est magnifique. La nuit, c’est époustouflant. Et peut-être un peu écrasant aussi. On y trouve la même impression grisante qu’à Shibuya, celle de se laisser porter par des bruits et des lumières. On est un peu abruti mais aussi un peu sur un nuage, subjugué par ce royaume de la consommation et du divertissement. Et subjugué par la déferlante d’images qui vous tombent dessus. Inutile de sortir votre planche pour essayer de surfer dessus, vous êtes sûr de boire la tasse et c’est finalement ça qui est bon.

Spatialement, c’est plus basique que Shibuya : deux artères perpendiculaires qui se rejoignent par un pont. Les connaisseurs crieront sans doute à la simplification extrême et ils n’auraient pas tort car je suis sûr que Dotonbori recèle une multitude de ruelles sans prétention tout à fait aptes à procurer de délicieuses promenades.  Et pourtant, c’est bien cette géographie rudimentaire qui s’impose et qui reste à l’esprit de celui qui arpente le quartier pour la première fois. Shibuya est différent : on y pénètre comme dans un entonnoir à partir de la place de la gare et après, à vous de voir quelles veines ou quels vaissaux capillaires vous allez vous emprunter pour vous perdre dans ce quartier où la vie semble pulser dans la moindre parcelle d’asphalte. Pourtant doté d’un très correct sens de l’orientation, je ne m’y suis jamais fait et plus d’une fois je me suis surpris à repasser pour la troisième fois dans la même rue en moins d’un quart d’heure alors que je voulais seulement regagner la gare. Avec Dotonbori, aucun risque : il suffit de marcher droit dans un sens ou dans l’autre, on finit toujours par retrouver le pont. Ça peut paraître plus monotone mais si pour vous photographie et grouillement de vie font bon ménage, ça ne l’est pas. Un peu comme un chasseur de papillons sur lequel foncerait un nuage de lépidoptères. Les bestioles passées, il y aura sûrement des pertes, le chasseur n’ayant évidemment pu toutes les capturer. Mais s’il a su élever au maximum son adresse et la perception du mouvement, il peut prétendre à une jolie moisson. Autant dire qu’à ce petit jeu, Dotonbori apparaît comme l’acmé du genre. Foule bigarrée, touristes sidérés, habitués indifférents, coquettes aux longues jambes ou jeunes machomen qui viennent chasser, on en vient rapidement à oublier le temps qui passe, on pourrait y passer des heures bien que l’esprit en alerte ait une parfaite conscience de la moindre seconde tant les yeux analysent, décortiquent le décor, à l’affut d’une scène fugitive, d’une silhouette en mouvement qui, pour peu qu’elle passe devant l’objectif et qu’elle ne soit pas empêchée par le passage inopportun d’un autre papillon, donnera cette satisfaction particulière du bruit du déclencheur.

Clic !

Enivrant mais fatigant. Dès le début Osaka nous avait donné l’impression que ça allait être différent de Tokyo. Du monde, de l’effervescence, d’accord. Mais un je ne sais quoi de turbulent, de brouillon, d’encore plus chaotique par rapport à l’ambiance tokyoïte. Et l’environnement urbain n’était pas sans corroborer cette impression avec des bâtiments WTF? en diable :

Aperçu du quai de la station de Shinimamiya, il s’agit du Festival Gate, un parc de loisirs (détruit depuis peu je crois) avec ses montagnes russes qui serpentent entre les bâtiments et au-dessus des magasins. Tellement à l’image de cette ville et de ses innombrables blocs de bétons à travers lesquels allait se faufiler le train que j’attendais. Il se dégage de ce fatras architectural une certaine laideur. Une certaine précipitation. Comme si la ville avait voulu en remontrer à sa grande soeur de Tokyo en lui prouvant qu’elle aussi avait de beaux atouts en matière de grandiloquence urbaine. Mais tout cela est désordonné, quasiment rasée par les bombardements durant la guerre, Osaka semble avoir voulu se relever de manière irréfléchie. Les bâtiments ont alors poussé comme des champignons et se sont répandus comme une gangrène. Vue de ma fenêtre alors que je me trouvais dans le train de la « Loop Line » (ligne circulaire à l’exemple de la Yamanote de Tokyo. Très pratique) qui allait me rapprocher de Dotonbori, je me rappelle de m’être demandé quel plaisir j’allais bien y trouver. Pour un ancien quartier des plairs, c’eût été le comble de n’y éprouver aucun.

Une demi heure plus tard, arrivée à la station de Namba. Au détour d’ubn corridor, on tombe sur un mur ondoyant d’une quarantaine de mètres tapissé de petits carreaux à travers lesquels un jeu de lumières fait défiler un continuel dégradé de couleurs :

Tout simplement beau. Et étrange : fallait-il donc être sous terre pour avoir sous les yeux autre chose que de la laideur en béton cellulaire ? Le retour à l’air libre allait me fixer sur ce point puisque la sortie débouchait sur une petite place où de jeunes danseurs de rue esquissaient des chorégraphies tandis que des semi-ganguros palabraient sur les détails d’une prochaine danse :

L’ambiance était au calme, portée par ces jeunes gens appliqués, pas rebelles pour deux yens ainsi que par ce gros miroir en forme de boule planté au milieu de la place et entouré de plusieurs arc-de-cercles métalliques et colorés. Deuxième fois en moins de cinq minutes que je voyais des lignes courbes apaisantes. Allons, la ballade à Dotonbori partait sous de bons auspices.

Quelques rues plus loin on arrive à l’entrée de l’antre :

L’entrée de l’entrée précisément puisque pour gagner le fameux pont Ebisu, le centre névralgique du quartier, il faut d’abord suivre sur trois cents mètres une rue avec une ribambelle de magasins fermés. Ici des statues incongrues…

là un couple à vélo bienheureux …

… achèvent de me faire oublier la sinistrose de tous ces cubes de béton aperçus depuis le train. Après avoir traversé l’avenue Mido-suji et sa bordée de buildings assez spectaculaires, on reprend un tronçon de la rue menant à Dotonbori. Cette fois-ci, c’est la bonne, on croise de plus en plus de gens provenant d’un croisement un peu plus loin. Les enseignes des magasins sont plus tape-à-l’oeil et la densité de bijins au mètre carré monte d’un cran. On tourne à gauche et là, on comprend qu’il n’y a plus qu’une seule chose à faire :

… risquer le torticolis à regarder en l’air. Regarder quoi ? Ceci :

Vue du pont Yebisu. En couleurs ou en noir et blanc, ça claque de même.

Un bordel de gigantesques enseignes publicitaires. Devant, derrière, à droite et à gauche. On se sent comme au musée à part que l’on n’est pas dans un lieu clos à regarder des Rembrandt mais à ciel ouvert à contempler des publicités. Dotonbori ou l’ultime démonstration que la pub peut être un art urbain. Infailliblement ce patchwork monumental de kanjis, de katakanas et de romajis vous procure un frisson de plaisir et l’on se dit vivement le soir que l’on assiste à l’acte II afin de voir à l’œuvre les milliers de lumières connectées aux panneaux. D’ici là, la ballade continue avec l’arcade commerciale de Shinsaibashi-suji. On dit y faire du 2 km/h tant il y a du monde. Largement assez pour qu’aucune des devantures de magasins ne passent inaperçues, encore moins les plus virils :

On va malgré tout jusqu’au bout pour la gloire (500 mètres) mais au retour, on en a plein la tête et les guibolles, surtout madame qui émet le souhait de se reposer en sirotant quelque chose au premier café venu. La laissant avec une tisane et un Olrik jr devant une tasse de chocolat, je retournai dare-dare du côté de pont yebisu pour une séance de street shooting en solo, occupation bien plus tonique qu’une tisane. Plus corsée surtout, Dotonbori donnant comme je l’ai dit peu de répit au photographe. Très vite on a la tête qui tourne, ivre d’images, de mouvements, de superpositions d’intéressants specimens du Japon sur un fond de publicité dantesque. Ici je vais m’économiser en m’abstenant de retoucher une fournée de photos supplémentaires pour vous en donner une idée. La vidéo que vous trouverez plus bas vous fera aisément comprendre combien peut être un fabuleux terrain de jeu.

18H30 arrive, c’est le moment de retrouver ma tisanière et mon lardon. J’arrive au café et là qu’est-ce que je vois ? Olrik Jr en train de faire de l’oeil à deux créatures :

Brave Olrik Jr ! Dans mes bras mon petit ! Que voilà le digne fils de son père !  Je l’aurais volontiers félicité en casquant une deuxième tasse de choco pour sa fraise mais l’heure tournait et le rendez-vous au restaurant approchait à grands pas. Direction le sud à pleine voile vers l’autre arcade commerciale, Sennichi-mae. Je n’ai absolument aucun souvenir de ce que l’on y a mangé. Peu importe en fait : les seuls plats qui me sont restés précieusement en mémoire sont des amis chaleureux, de jolies, filles, un Olrik Jr faisant fureur, des éclats de rire et de l’alcool, beaucoup d’alcool.

Choisir le bon ISO sous alcool, tout un art.

La journée à Dotonbori se terminait bien. Restait à l’achever en apothéose avec l’orgie de lumières à l’Ebisu bashi. Avant même d’y être, on ne pouvait nier aux rues de Dotonbori d’avoir bien effectué leur métamorphose pendant que nous étions au restaurant. Le Lonely Planet n’avait pas tout à fait tort lorsqu’il évoquait Blade Runner même si, pour ma part, les effets des bières ingurgitées me firent penser à une autre référence…

Dotonbori : A Space Odyssey

Les yeux revenus en face des trous, je suivis émerveillé le jeu de piste que me proposaient les enseignes :

Sortant d’une légère ivresse houbloneuse, je tombai alors dans une réelle ivresse à me promener submergé par des signes dont je ne connaissais pas la signification. Étrange utilité de ces panneaux censés attirer le chaland mais qui finalement n’arrivent qu’à retenir le promeneur sans but dehors, dans une transe contemplative devant un spectacle où le signifiant n’a d’autre utilité que d’en foutre plein la gueule. J’aurais certainement pu rester des heures à sillonner les moindres ruelles pour collectionner sur mes rétines la moindre enseigne, même la plus insignifiante…

n’eussent été d’autres signifiants qui me ramenèrent à un monde plus terre-à-terre quoique tout aussi contemplatif – et admiratif.

Restait à voir, donc, la vue sur le fameux pont. L’enseigne Glico avec le sprinter aux bras levés notamment, ou encore la façade invraisemblable du Don Quixote. Arrivé sur place, je me posai. Effectivement, ce n’était pas dégueulasse. C’était même très beau. Mais je ne sais pas, j’ai alors eu l’impression que cette surenchère atteignait ses limites et qu’elle n’était pas si loin de me donner de cet effroi ressenti peu auparavant devant le chaos de cubes en béton. On se sent un peu frêle devant ces panneaux gigantesques plantés à quelques mètres de soi. La place principale de Shibuya donne-t-elle au moins un peu de recul au passant qui n’est alors qu’un simple spectateur émerveillé. A Dotonbori, on est pas loin de songer que l’on est une sorte d’acteur magnétisé, un figurant dans le délire cyberpunk d’un Cécile B. de Mille sous acide. On reste sur ce pont une minute, puis deux, puis trois. On aimerait partir, après tout on a fait son travail, on a bien admiré, on a pris des photos. Mais d’un autre côté on se dit merde ! c’est quand même le Ebisu bashi la nuit, c’est énorme, c’est sublime, c’est époustouflant, on ne voit pas ça tous les jours quoi ! Et l’on regarde encore, comme prisonnier du plateau en attendant que le metteur en scène donne l’ordre de lever le camp. Finalement l’ordre est venu de ma femme. Il était un peu tard et il aurait été malséant d’arriver trop en retard chez sa cousine de Takatsuki qui avait la gentillesse de nous héberger. The longest day must have an end…

Dans le train de la Kyoto Line, je regarde les photos prises sur l’écran de mon Nikon. La moisson a été très correcte. Et j’ai une photo souvenir du Glico Man illuminé. Bonne chose ça, voilà de quoi me rappeler plus tard que j’y étais et que c’était franchement énorme. Pour l’heure, la torpeur du wagon peuplé de passagers exténués et le roulis de cette ligne magique qui joint à 70 kms de distance deux putains de villes me plongèrent dans un semi sommeil où je songeai confusément à la chaleureuse famille qui nous attendait à Takatsuki. Exit Osaka. Prochaine étape : Tokyo. Entre ces deux, l’ombre lénifiante de Miyazaki nous couvrait le temps de deux journées. Ce n’était pas plus mal.

**

*

Je termine avec une nouvelle vidéo qui résume le contenu de l’article. Comme toujours, compte tenu de mon noviciat en la matière, j’ai essayé de faire au mieux. Il me manque encore des connaissances pour parer à certains défauts, notamment la stabilisation mais enfin, le truc donnera une idée relativement correcte du lieu, ce qui est l’essentiel :

YOU ! ME ! DANCING !

Prendre des vidéos souvenirs, c’est sympa. Sur le coup en tout cas, car lorsqu’il s’agit par la suite à regarder des dizaines et des dizaines de petits fichiers très imparfaits, ça devient vite fastidieux. Ainsi l’Erekocha matsuri de Miyazaki que j’ai souvent évoqué en ces pages. Rappelons juste rapidement que c’est un festival assez récent (il fête cette année son dixième anniversaire) consacré aux danses de toutes provenances : hip hop, traditionnel, traditionnel/moderne, de type girls band, burlesque, etc. Programmée sur deux jours à la fin de juillet (ou début août), ce festival, qui draine plusieurs centaines de milliers de visiteurs et des centaines de participants, est un plaisir pour les sens, un véritable bol de vie.

Les différentes scènes sont réparties sur différents points du centre ville et il est enivrant de passer d’une à une autre, les yeux flattés de ces couleurs chamarrées oprtés le temps de deux journées, de ces prestations scéniques imaginatives et parfois étonnantes pour de simples amateurs, et de ces jolies filles dont la beauté semble irradiée par la bonne humeur communicative qui règne lors de ce festival.


Agrandir le plan

Certes, on peut regretter que certains groupes de danseurs n’aient pas toujours beaucoup de goût lorsqu’il s’agit de choisir une musique pour les accompagner, les oreilles saignent parfois (surtout lors des prestations exécutées par des midinettes de danseuses). Mais ce n’est pas grave, il sont là pour danser et les spectateurs sont là pour dans le meilleur des cas les admirer, dans le pire se divertir et profiter de l’ambiance gentiment électrique.

Autant dire qu’avec mon Nikon dans la main droite et ma petite caméra dans la gauche, je n’en ai pas perdu une miette. Reste à faire quelque chose de tout ce fatras de vidéos plus ou moins boiteuses. J’aurais pu faire un montage didactique de plusieurs dizaines de minutes avec force sous-titres mais à quoi bon ? La scène se passe dans le centre de Miyazaki, avec plein de gens de tout âge qui se trémoussent, que faut-il dire de plus ? Du coup, j’ai sorti mon katana et n’ai pas hésité à trancher dans le lard. Le résultat, juste  6 minutes 40 qui, je l’espère, vous donneront une bonne idée de ce qu’est le festival.

Vous pardonnerez les petites maladresses, étant loin d’être un pro du montage, je suppose qu’il y en a, on a fait ce qu’on a pu hein ! Quant à la musique qui accompagne, oui, je n’ai pas choisi de chanson japonaise mais une du groupe Los Campesinos qui, malgré son nom, est un groupe tout ce qu’il y a de plus anglais. Le titre ? YOU ! ME ! DANCING ! Tout un programme…

(visionnage en 720p conseillé, les pixels y sont moins baveux)

« Excuse me, do you want a blowjob ? »

« Excuse me, do you want a blowjob?… »

Telle est l’offre généreuse, bien franche du collier, que me fit un soir une jeune femme à lunettes au détour d’une rue de Shibuya. Eh non mademoiselle, je ne voulais pas vraiment à cet instant me faire blowjober. Dans d’autres circonstances, je vous aurais éconduite avec un regard amusé et pas écrasant de mépris comme ce fut le cas. Je m’en excuse mais voilà, je sortais d’un séjour à Sapporo pour assister au Yuki matsuri, d’une chaleureuse première rencontre bellefamiliale, d’une cérémonie de mariage – la mienne – et de deux journées enchanteresses passées dans un onsen aux abords de Kagoshima. Je m’apprêtais le lendemain à retourner en France, la tête pleine de ces doux moments pour me faire patienter le retour de ma femme. Dans ces circonstances, vous comprendrez que je n’ai pas vraiment daigné donner suite à votre proposition. J’ai préféré poursuivre mon chemin afin de continuer à m’en mettre plein les sens, en tout bien tout honneur, bien sûr.

Ainsi sont ces quartiers : au grand déballage kaleidoscopique des néons s’ajoutent une orgie de sons, le tout recouvert d’une nappe d’odeurs de bouffe que l’on devine pas forcément sophistiquée mais apte à bien vous caler l’estomac. Et comme si cette synesthésie de tous les instants ne suffisait pas, on s’aperçoit rapidement qu’il faut compter avec un autre ingrédient : le sexe. Il est partout, plus ou moins montré, mais toujours prêt à proposer un service à celui qui viendrait pour privilégier le toucher plutôt que les autres sens.

Ici un couple regardant attentivement devant un love hotel quelle chambre bigarrée il va bien pouvoir choisir pour passer agréablement une heure apéritive (ou digestive, c’est selon) avant le dîner. Là une fille qui, malgré une température avoisinant 0°C, distribue en bikini des tracts dont on devine le contenu. Là encore une femme qui vous arrête dans votre déambulation pour vous montrer entre deux magasins une sombre ouverture descendant quelque part, obscur trou du cul dans le béton qui amène le client à se vautrer dans de la chair faite exprès.

Et donc des jeunes femmes qui vous alpaguent pour faire sans discrétion aucune des phrases avec le mot blowjob dedans. « Job », effectivement. Quand vous allez sur les bords de mer, vous avez toujours dans les parages les vendeurs de chichis et de glaces. Eh bien là, c’est pareil. Conins pour fins gourmets ou cornets de churos, même combat. Et s’il doit bien y avoir des marchandises un peu rassies, on ne peut nier à l’emballage, toutes ces illustrations, ces enseignes qui bombardent les rues jusqu’aux cabines téléphoniques, de donner une image sucrée qui ne peut que mettre l’eau à la bouche.

Curieuse sensation que d’être observé par ces augustes donzelles en bikini alors que vous êtes dans une cabine en train de parler à votre douce.

Ce ne sont certes pas des quartiers pour les tartuffes, les bazins et autres vierges en herbe facilement effarouchées.  Mais pour les autres, sans doute rien de bien choquant là-dedans :

Je pense que les hommes sont universellement  des pervers ; seulement, au Japon, nous faisons quelque chose pour ça.

dixit M. Taniguchi, 65 ans (citation extraite  de Pink Box de Joan Sinclair)

Cette bonne bouille au vice épanoui et pleinement assumé résume assez bien les choses. Les « en manque de la chose » et autres « furtifs » et « affectueux du dimanche »…

dixit cette fois-ci madame Mado, que Dieu l’ait en Sa sainte protection.

… pourront, en se baladant dans ces matrices et sans chercher bien longtemps, purger facilement la soupape et repartir tout guilleret afin d’affronter une fin de semaine difficile.

Au-delà de la maladresse de ma fellatrice à lunettes, l’ambiance de ces quartiers où il faut soit ingurgiter quelque chose dans son corps, soit faire pénétrer ce dernier dans un orifice, me fascine. J’aime à voir et essayer de saisir le vif, la nuit tombée, cette sexualité bourgeonnante à chaque coin de rue. Pas besoin de tester, je capte, ça suffit à mon imaginaire de nikoniste :

Stairway to AV (boutique d’Akihabara)

Shibuya (qui est loin d’être le quartier le plus gratiné en la matière) m’a souvent donné l’impression d’être un peu l’île aux grands enfants, une couille de Tokyo aussi indispensable à son fonctionnement que l’est Shinjuku et son quartier cérébro-administratif. Elle se soulage frénétiquement chaque nuit en un maelström barnumesque de perversions en tous genres. Au petit matin, vidée, elle semble bien morose, peu capable de disputer aux autres artères de la ville l’énergie des habitants. Post coitum, quartier triste. Mais ça ne dure pas, elle reprend assez vite des couleurs, remet ses néons à clignoter plein pot, se gonfle petit à petit de passants et se lâche une nouvelle fois la nuit tombée.

Pros and cons of being an AV star

Ce défilé carnavelesque de pulsions me plaît… jusqu’à un certain point. Infailliblement je finis par ressentir de la lassitude, une mélancolie devant cette vie sexuelle qui, par son caractère effréné, systématique, à force de se déverser partout,  finit par avoir autant d’importance qu’un bol de miso soupe lors d’un repas. Ça occupe. Mais est-ce suffisant ? Pour des clients, ça doit bien l’être. Mais ce sexe bariolé qui s’affiche me donne souvent l’impression d’être un acte jetable désespéré pour fuir un quotidien terne et dépressif. On y trouve son compte ? Ou feint-on d’y trouver son compte ? Rigole-t-on ou chiale-t-on en y faisant l’amour ? Avec de telles couleurs ce serait dommage :

J’aperçois une bombasse en robe rose bonbon moulante en diable. Elle est fraîche, le visage souriant. Elle n’a l’air d’être ni terne ni dépressive. N’étant pas un habitué du quartier, je la remarque aussitôt. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Elle est belle pourtant. Vraiment… ou peut-être juste un peu plus sexy que les fils électriques ou la bagnole qui passe devant elle. Ce doit être ça.

Ce que c’est de divaguer. Je devais juste faire un paragraphe d’introduction pour présenter un livre, et voilà que ce paragraphe s’est transformé en ce truc. Bon, en cette période où écrire est un chouïa douloureux, je ne vais pas trop me plaindre (mais vivement le WE bordel ! ). Et la critique n’est que partie remise.

Coming soon : Tokyo Blue, de Romain Slocombe.

Et le récit d’une étonnante rencontre…

Bouddha curatif

Photo prise à Asakusa, à un moment où la santé n’allait pas fort. Tellement pas fort d’ailleurs que j’ai bien cru que le Japon, après m’avoir tout donné, allait tout me reprendre en moins de dix jours. Eh oui, après m’avoir fait passer les plus beaux moments de ma vie, ce pays peut se targuer de m’avoir fait connaître le pire. Notez que je ne lui en tiens pas rigueur, le mauvais moment est passé et je suis plus que jamais gonflé à bloc, prêt à y retourner pour prendre ma revanche.

Mais c’est ça de s’engouffrer spirituellement et sensoriellement dans un pays sans en calculer les conséquences. On se tue la gueule à nager dans le bonheur, à enchaîner ou plutôt à absorber le plus grand nombre d’expériences visuelles, gustatives (etc, etc.) possibles, mais lorsqu’arrive un clou inattendu, l’esprit et le corps se dégonflent à une vitesse qui vous fait vous demander si vous allez retrouver sain et sauf la France.

Je cherche encore quel a pu être ce clou puisque la médecine a été incapable de m’apporter une réponse. En guise de signes peut-être annonciateurs, je me souviens d’une sorte de lassitude inhabituelle, presque un dégoût teinté d’effroi vis-à-vis de ce pays survitaminé et donnant parfois l’impression de ne jamais s’arrêter. Moi, en tout cas, je me suis arrêté et les dernières journées passées à Tokyo ont été un mélange assez croquignole d’enthousiasme et d’inquiétude.

Je n’ai pas moins essayé de prendre des photos et je suis surpris de voir aujourd’hui, malgré le handicap qui me pourrissait mes journées, combien certaines photos tiennent assez bien la route. Peut-être pas le cas de cette photo mais ce bidouillage avec mon objectif, testé sur la personne de Bouddha, résume assez bien ces journées qui avaient du plomb dans l’aile.

Bouddha ne m’a pas guéri illico, malheureusement, mais, le temps d’une ou deux minutes pour faire mes essais, il m’a au moins permis d’oublier ce que j’avais. Précieux moment qui, multiplié par les centaines de fois où j’ai appuyé sur le déclencheur durant ce court séjour tokyoïte, en a finalement fait un semi-cauchemar au lieu d’un cauchemar. C’était déjà pas si mal.

Shimbashi=>Daiba Virtual Tour

En février 2005, lors de mon second voyage au Japon, je m’étais promis que je ne retournerais pas une seconde fois à Odaiba.

Durant l’été 2006, après y être finalement retourné, je me jurai que ce serait la dernière fois.

À l’été 2009, j’y allai une 3ème fois mais cette fois-ci, c’était sûr, c’était la der des ders.

Bon, en attendant donc que j’y retourne, selon toute logique, une 4ème fois, je crois qu’il va bien me falloir un jour écrire un article sur cet endroit de Tokyo à la fois dispensable et magnétique. Qu’y a-t-il donc de spécial ? des magasins, des loisirs, et une foule monstre. Je n’ai jamais compris pourquoi j’y suis allé trois fois pour voir et faire à peu près les mêmes choses. En fait, je crois qu’inconsciemment je me fais avoir par son aura mystérieuse. Construit sur une île artificielle, cet endroit n’est accessible que par un pont gigantesque qui répond au nom ozien de « Rainbow bridge ». Pas de doute, l’endroit qui se trouve à l’autre bout d’un pont avec un tel nom ne peut être que magique, on se doit d’y aller.

Ça commence avec la ligne Yurikamome que l’on peut emprunter à Shimbashi. Début prometteur : on entre dans une navette aérienne dont on s’aperçoit très vite qu’elle fonctionne sans conducteur. Avec de la chance, on peut s’installer en tête du wagon et admirer le défilement du paysage. Ce n’est pas que celui-ci soit particulièrement beau. C’est juste que, voilà, c’est Tokyo. Comme une impression de lui parcourir un peu l’échine avant de la remonter par les flans afin d’accéder l’à une de ses extensions via ce Rainbow bridge. C’est un bordel de buildings et d’infrastructures qui défile sous vos yeux alors que vous vous trouvez peinards dans le cocon d’un engin futuriste. Voyage de seulement dix minutes mais voyage qui vous fait oublier la vacuité de la destination. On n’y sera pas raisonnable, on consommera, on ne verra rien d’authentique, et c’est justement cela qui sera bon. Finalement, on se sent un peu comme ces sales gosses s’apprêtant à rejoindre l’île des plaisirs dans Pinocchio. Le temps de quelques heures on sera des ânes, mais des ânes heureux de l’être.

Allez, entrez, prenez place à bord du train 784 à destination d’Odaiba. Il desservira les stations de Shiodome, Takeshiba, Hinode, Shibaura- futô, Odaiba kaihinkôen et Daiba. Exceptionnellement, ce train sera conduit par Olrik. Nous espérons que vous apprécierez la musique du groupe Byul et que vous ferez un agréable voyage.

Kokusai dori ou à la recherche (vaine) d’une certaine faune

Quand on a l’esprit pollué par les films et que l’on cherche à voir si la réalité montrée dans telle ou telle œuvre est représentative de la « vraie » réalité, on peut s’attendre à des déceptions. Ceux qui ont vu Guerre des gangs à Okinawa (Bakuto gaijin butai) de Kinji Fukasaku se souviennent peut-être de cette formidable scène dans laquelle on voit des malfrats de Tokyo débarquer à Naha, terra incognita qu’ils comptent bien violer de leurs magouilles. Mais la découverte de la ville se fait par leur promenade le long de Kokusai dori, longue avenue jonchée de petits commerces, de bars et d’individus louches. Les plans saccadés nous montrent alors une faune faite de GI désoeuvrés, de petites frappes qui regardent amusés ces yakuzas en costard qui manifestement, « ne sont pas d’ici ». La musique jazzy, minimaliste, hystérique, qui accompagne la scène donne un je ne sais quoi de fascinant, mais aussi d’inquiétant car on devine alors que partir à la conquête d’Okinawa ne va pas être une partie de plaisir. Nous sommes au Japon, mais un Japon avec des codes radicalement différents du reste de l’archipel, et les gangsters vont passer tout le reste du film à essayer, en vain, de les comprendre pour réussir. Lire la suite Kokusai dori ou à la recherche (vaine) d’une certaine faune

Le Yuki Matsuri de Sapporo (fin) : la nuit

     Il est 17H30 et déjà la lumière du jour commence à tomber. Dans moins d’une heure il fera complétement nuit. Vous venez de finir le tour de l’avenue Odori, et vous vous dites qu’un petit tour dans les rues commerçantes du centre avant d’aller manger serait une bonne idée. Seulement voilà : au fur et à mesure que l’obscurité arrive, vous avez l’impression que peu à peu un nouveau festival prend place. Cette impression est bien normale : car si le jour le festival est merveilleux, il est le soir proprement stupéfiant. Je ne vais pas éditer à nouveau la photo de l’avenue prise du haut de la tour de télé. En voici quelques une qui vous feront sentir le plaisir des yeux que peut faire ressentir le festival la nuit : Lire la suite Le Yuki Matsuri de Sapporo (fin) : la nuit

Le Yuki Matsuri de Sapporo (suite) : Les sculptures et l’ambiance

     Poursuivons l’article sur le Yuki Matsuri en entrant maintenant dans les détails du festival. Commençons par le moins spectaculaire : les statues de glace alignées sur l’avenue Susukino. Moins spectaculaire mais une bonne claque quand même. En fait, pour un souci de progression dans le grandiose, je ne saurais que trop conseiller de commencer par ces statues avant de se rendre sur l’avenue Odori. C’est une sorte de mise en bouche avant le feu d’artifice des monstrueuses sculptures de neige. Sur cette petite avenue, toute une collection de statues de glace est donc alignée. Leur taille est raisonnable (environ deux à trois mètres de haut) et leur nombre est de quelques dizaines. Les sujets sont variés : des personnages, des animaux, des créatures mythologiques pour l’essentiel. Certaines sont vraiment impressionnantes par le souci de finition.

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Le Yuki Matsuri de Sapporo (suite) : les « à côtés »

     Le Yuki Matsuri est beau. Mais quand j’y pense, il est la conclusion triomphant d’un long cheminement de Tokyo vers Sapporo. Ce périple fut rempli d’ « a côtés » qui ont, tout autant que les somptueuses sculptures de glace, largement contribué à rendre ce séjour unique. Ainsi le voyage en avion qui vous fait survoler des plaines et des petites montagnes enneigées ponctuées ici et là de minuscules maisons qui semblent mener leur vie hors du temps. Spectacle qui met positivement en condition. Et ce n’est pas fini. Vous arrivez à l’aéroport, vous prenez le train jusqu’à la gare de Sapporo, puis le métro (Sapporo dispose d’un réseau de lignes de métro moins développé bien sûr que celui de Tokyo mais largement suffisant) jusqu’à une station située non loin de votre hôtel. Vous sortez de celle-ci pour enfin faire votre premier contact en plein air avec la ville, et vous vous rendez compte que l’enchantement promis par les paysages vus de l’avion continue. Le bitume est là, mais la neige aussi : devant, derrière, à droite et à gauche. L’urbanisme japonais, son architecture, ses hideux bâtiments, ses temples, ses panneaux de signalisation prennent tout à coup une autre valeur, comme si la neige les avait extrait de leur banalité :

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Et quand en plus, après quelques pas au sortir de la station de métro, vous tombez sur ce type de bâtiment :

De jour...
De jour…
... et de nuit !
… et de nuit !

… vous vous dites que vous avez définitivement bien fait d’inscrire ce voyage à votre planning. Oui, bien au chaud dans votre chambre d’hôtel, vous regardez par la fenêtre :

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     Et vous vous dites qu’il va être doux d’errer dans les rues de cette ville rendue calme par la neige omniprésente mais avec derrirèe un je ne sais quoi d’électrique pourvoyeur de surprises. Je me souviens d’un adjectif la qualifiant, qui figurait dans mon « Lonely Planet » en anglais : « vibrant ». Sapporo est une ville qui vibre, elle est active, dynamique, riche en divertissements. Une sorte de déclinaison nordique de Tokyo.  Mais un Tokyo cotonneux, qui exalte et apaise à la fois. Je n’y suis resté que deux jours, mais je crois que j’aurais pu y rester plusieurs semaines à alterner le froid des rues et la chaleur des gargotes à y manger les fameuses ramens de Sapporo. Pour la vie nocturne, je ne peux pas dire, accompagné de celle qui allait devenir ma femme (à J-3), je me suis contenté de promenades et de restaurants. Au reste, nous étions tellement crevés en fin de journée que faire les bars n’était pas vraiment notre préoccupation. Mais certains néons criards, certains hommes sandwichs beuglant sur les trottoirs, certains salary men titubant accompagnés de gloussements montés sur de longues gambette me donnent à penser que oui, la vie nocturne à Sapporo est sûrement sympa.

     Des sites sont évidemment à visiter mais je ne vais pas faire la cartographie touristique de la ville, je ne m’en sortirai pas. J’évoquerai juste une promenade plaisante dans le grand parc enneigé (dois-je le préciser?) de l’université de Sapporo, construite si je me souviens bien par un américain au XIXè siècle.

Petit aperçu du parc de l'université
Petit aperçu du parc de l’université

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Le Yuki Matsuri de Sapporo

     J’écris cet article avec un peu d’avance sur la date de ce fameux festival qui se tient courant février. Mais période de Noël oblige, ce choix de sujet pour un nouvel article s’imposait de lui-même.

     Il m’est toujours difficile de déterminer quel est le moment passé au Japon qui m’a donné le plus de plaisir. J’ai toujours l’impression que chaque expérience a fait partie d’un tout et qu’il est un peu idiot de faire un classement des « meilleurs moments ». Cependant, je dois avouer que les deux jours passés à Sapporo ont constitué un séjour très particulier. Unique en fait, et peut-être, hélas, pour toujours. Cela le rend encore plus précieux à mes yeux. Car se rendre à Hokkaido en plein mois de février n’a, pour certaines raisons, que fort peu de chances de se reproduire. Heureusement, j’ai une bonne mémoire et je garde un souvenir très vivace de mes longues promenades nocturnes sur l’avenue Odori. Essayons de le restituer. Lire la suite Le Yuki Matsuri de Sapporo