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Bijin de la semaine (25) : Nami Asada dans APPLE (Yoichi Aoyagi, 1972-1977)

Avec la mort de Steve Jobs, on parle pas mal d’Apple ces temps-ci. Laissez-moi vous dire une bonne chose : on s’en fout. Car c’est une pomme bien autrement plus gironde que je vous invite à croquer aujourd’hui. Une grosse jolie pomme même. Avec de vrais quartiers de bijin dedans comme on n’en voit plus. Vous ne jurez que par les top models sans un poil de graisse ? Un peu de cellulite est pour vous une disgrâce absolue ? Je peux comprendre cela mais je ne saurais trop vous conseiller de lire ce qui suit, vous verrez qu’un peu de flaccidité dans les chairs peut finalement avoir du bon. Pour cette 25ème bijin de la semaine, voici donc un des photobooks de nu les plus emblématiques des 70’s…

Une Ève qui me donnerait presque envie d’aller à la messe.

Oui, APPLE et son non pas sculptural modèle mais sa bijin potelée, sa Boule de Suif d’amour, son Groomit sur papier glacé, Nami Asada. Certes, elle n’en a pas l’air, comme ça, sur la couverture, mais lorsque l’on tombe sur une vieille photo d’elle prise par Kishin Shinoyama (la photo, pas elle) :

… pas de doute, on est face à une bijin avec une pincée de Bottéro à l’intérieur. Et c’est tant mieux car c’est cette plastique si particulière qui contribuera à son succès et fera d’APPLE un bestseller des nûdo photobooks.

Tout commence en 1972, date à laquelle Nami rencontre le photographe Yoichi Aoyagi qui lui permet de faire ses débuts dans Heibon Punch :

Dans la foulée, Kishin Shinoyama la remarque et décide de faire deux shootings avec elle pour la revue GORO :

Heibon Punch, Shinoyama, on peut trouver plus médiocres comme débuts. Il faut dire que la plastique atypique de Nami, malgré son 85-60-58 et son mètre 54, fait son petit effet sur papier glacé. Imparfait, sans doute, mais c’est justement ça qui en fait le prix : on se trouve face à une jeune femme qui face à une concurrence fine et arrondie, prend le parti d’étaler uniquement des rondeurs, et rien que cela. La photo qui ouvre APPLE n’annonce pourtant rien de tel :

Visage fin, jambes croisées, auriculaire relevé et robe blanche et ample s’efforçant de camoufler la moindre rondeur. Joli mais comme un air de déjà vu. Cependant quelques pages plus loin, on tombe sur ça :

Envolée la robe. La surface est toujours « ample », mais cette fois-ci comme rembourrée, prête à exploser ce jean « Big-John » sans doute pas assez big pour contenir autant de voluptueuse bidoche. Et tout le long du photobook, cela empirera (ou plutôt s’améliorera) ! On commence en 1972, la belle est alors âgée de 19 ans. Aoyagi la suivra jusqu’en 1977, un an avant qu’Asada ne décide de prendre sa retraite. Durant ce lap de temps, on assistera à la métamorphose d’une bijin qui deviendra toujours plus grasse, toujours plus ronde et toujours plus belle. Ainsi en 1976 :

Puis en 1977 :

Point de vue en contre-plongée qui fait gicler la massivité arrondie du corps de Nami, à tel point que celui-ci semble impossible à cadrer convenablement. N’importe, la beauté de la fille est bien là, bien réelle, aussi épanouie que cette fleur qui fait écho à la pomme rouge et appétissante du début du livre.

« Épanouie »… c’est bien l’adjectif qui convient le mieux à Nami Asada. A priori rien d’original à cela, des quantités de gravure idols ont fait de cette qualité leur fond de commerce. Mais ce qui rend le style d’Asada unique, extrêmement plaisant à mater regarder, est cette retenue qu’elle met à livrer son corps sans complexe. Point d’expressions forcées, de sourires exagérées, de poses provocantes, on est dans sensualité magnifique, éclatante, à la fois discrète et sûre d’elle.

On salue ici le soin d’Aoyagi à varier ses compositions. Soyons honnêtes : l’ennui peut facilement poindre dans n’importe quel photobook de nu, quand bien même le modèle serait une drôlesse incroyablement belle et bien foutue. Eh bien pas ici. Impossible de trouver la moindre répétition dans la centaine de photos qui composent l’ouvrage. Quelques exemples : dans un putain de champ de coquelicots :

Devant une chute d’eau :

Sous un beau ciel bleu, en contre-plongée et avec une focale courte :

Sous la neige à -20°C :

En vadrouille au Mexique :

Ou à la plage :

Yoichi, arrête un peu avec ces contre-plongées bordel !

Bref (je m’arrête car sinon j’ai pas fini), le lecteur n’en finit pas de voyager, aussi bien spatialement avec ces mises en scène à travers le monde, mais aussi temporellement avec l’écclosion progressive de cette fleur joliment rondelette, le tout constamment servi par un indéniable sens de la luminosité et de la couleur.

Qu’on se le dise : APPLE est véritablement un must have pour tout esthète gentiment érotomane, amateur de belles photos de nu ou encore, avec en couverture sa somptueuse et légendaire photo à la pomme (1), collectionneur d’objets cultes. Je ne dis pas que si vous deviez posséder un photobook de bijin à oilpé ce serait forcément celui-ci, mais c’est pas loin. Et le meilleur dans tout ça, devinez quoi ? c’est qu’Aoyagi remis plus tard le couvert avec… APPLE2 ! Le recueil n’apporte rien par rapport au premier (il s’agit de photos inédites prises lors des shootings ayant servi pour le premier opus) mais enfin, il est certains fruits défendus dont on a du mal à se rassasier. Comme dirait l’autre, mangez des pommes !

(1) Image tellement connue que Victor Entertainment l’a reprise pour une série de compilations de vieux hits folk des 70’s :