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Wet Woman in the Wind (Akihiko Shiota – 2016)

Kosuke Takasuke est un théâtreux qui a décidé de quitter la ville pour aller s’enterrer dans une cabane, loin du bruit et des femmes. Pas de chance : il croise un jour une étrange jeune femme, Shiori, qui semble bien décidée à faire exploser ce subit vœu de chasteté…

Wet Woman in the Wind (風に濡れた女)

Akihiko Shiota, c’est un peu comme Nakata : voilà un réalisateur qui a commencé sa carrière avec des films véritablement personnels (Gips, Harmful Insect, Moonlight Whispers) avant de se commettre dans des productions plus mainstream (Dororo, I just wanna hug you). Le voir participer au projet Roman Porno Reboot éveillait donc la curiosité, avec l’espérance de le voir revenir à quelque chose de plus intéressant. En ce qui me concerne, il y avait aussi la curiosité de voir un autre film de la série du Reboot afin de pouvoir comparer avec le White Lily de Nakata, présenté comme le plus sage et respectueux des codes du roman porno.

Sur ce dernier point, je n’ai pas été déçu. Dès les premières scènes, on pense à un Kyoshi Kurosawa qui aurait décidé de revenir à ses premiers amours en faisant de nouveau un pinku eiga. Le spectateur est plongé dans un univers d’où l’absurde peut jaillir à tout moment. Ainsi la première rencontre entre Kosuke et Shiori, cette dernière sur un vélo et fonçant à pleine vitesse dans un fleuve.  Elle en sort évidemment trempée comme une nouille de soba et entreprend d’essorer sans façons son t-shirt, exhibant ses seins sous les yeux de Kosuke.

Et le visage n’est pas non plus des plus vilains.

Quand on apprend plus tard que ce dernier a décidé de ne plus frayer avec le beau sexe, on se dit que cette scène inaugurale résonne comme le programme de ce qui se joue en réalité dans l’esprit de Kosuke. En apparence serein et indifférent aux sirènes du beau sexe, en réalité ne pensant qu’à « ça ». Et la sécheresse foutraque de sa pauvre baraque aura bien du mal à contrer les assauts d’humidité cyprinesque que les différents protagonistes féminins entreprendront. Shiroi donc, mais aussi une collègue de sa troupe de théâtre venue avec ses étudiants pour profiter de ses conseils et l’inciter à revenir, enfin une étudiante à poitrine plate mais qui saura titiller la libido du metteur en scène.

Le tiercé gagnant du film.

Intrigue minimaliste donc, qui donnera lieu à des situations incongrues et à une densité accrue des scènes de fesses au fur et à mesure que la fermeté de Kousuke se fissurera. Cela culminera avec un final de dix minutes assez réjouissant et émoustillant pour les yeux.

Mais que diable peut-il bien se passer dans cette minable cabane ? Chut !

Après, difficile, une fois le film achevé, de ne pas se poser des questions sur ce que l’on vient de voir. Wet Woman in the Wind est-il finalement un roman porno ? Il n’y avait aucun doute à cette question après avoir vu White Lily. Mais là, avec cette ambiance à la Kiyoshi Kurosawa, cette absurdité qui détonne avec les productions antérieures, on se dit que l’on est plus face à un de ces pinkus sortant des sentiers battus ayant été réalisés depuis les années 2000, qu’à un film érotique supposé rendre hommage au roman porno. Le film est plaisant à suivre mais doit-on se réjouir du fait qu’il bouscule plus les codes du genre que n’a pu le faire Nakata avec son White Lily ? Pour ce point ce sera à chacun de se faire son opinion. Après, il ne faut pas non plus oublier que le roman porno a été un terrain fertile dans lequel des touche-à-tout ont pu composer avec une multitude de thème, de pratiques sexuelles, le tout sur un mode dramatique, tragique ou comique. A la base il y avait déjà ce genre très codifié qui en même temps permettait toutes les libertés et du coup, il n’est pas incohérent non plus de se retrouver avec un Wet Woman in the Wind décallé, donnant même parfois l’impression de mettre en abyme le roman porno lui-même. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu lors du final durant lequel les trois donzelles sont plongées chacune de leur côté dans une séance endiablée de galipettes. La frénésie de ces scènes ainsi que leur imagination, profitant du moindre élément de décor pour relancer l’attention du spectateur alors que ce dernier aurait pu très vite se lasser (sentiment, il faut hélas bien le dire, souvent ressenti lors du visionnage d’un roman porno), peuvent en effet évoquer la frénésie du tournage d’un roman porno devant souvent se tourner en moins d’une semaine. Le tout avec des personnages masculins pas forcément inexistants mais faisant la part belle à leurs homologues féminines, les principaux personnages des histoires du genre. Dans Wet Woman, cette distinction est marquée par l’insignifiance des quatre étudiants, copies conformes (même pantalon, même chemise blanche et même coupe de cheveux) de Kousuke, tandis que les trois personnages féminins incarnent trois degrés du désir érotique (le plus volcanique étant celui incarné par Shiori), tous singularisé par une plastique et une apparence – disons graphique – particulière.

Ajoutons à cela que l’extrême simplicité du scénario peut aussi être vue comme une manière de souligner malicieusement cette caractéristique des roman porno de proposer une intrigue rudimenatire et que le fait que le harceleur du film soit une harceleuse permette là aussi de jouer avec un lieu commun déjà vu maintes fois dans le genre.

Bref, tout cela constitue un sel qui pourra faire plaisir au spectateur, même si ce dernier pourra parfois avoir aussi l’impression d’un film légèrement poussif. Je ne pense pas qu’il sera mon roman porno préféré de cette fournée reboot, mais enfin, il est probable que je le revoie un jour, ne serait-ce que pour apprécier sa belle photographie mettant en valeur le corps de Yuki Mamiya (à noter que les actrices sont toutes séduisantes et convaincantes dans leur rôle) :

Pour ceux qui hésiterait encore à voir le film, un petit coup de pouce : un page du magazine FLASH montrant Yuki sortant du bain. Rincez-vous bien l’oeil, c’est cadeau.

La voir juchée sur son vélo dévaler une pente, barboter dans l’eau avant de l’admirer poitrine au vent essorer son t-shirt a de quoi parler à l’esprit du spectateur mâle. Rien de plus universel car souvenez-vous, comme le chantait Elton :

♫ Like a wet woman in the wind ♫

En attendant de voir un troisième film de l’opération Reboot, j’ai en tout cas très envie de voir la môme Yuki dans The Torture Club et Crawler in the Attic. Affaire à suivre pour un prochain article.

 

 

Sweet Whip (Takashi Ishii – 2013)

sweet-whip

Takashi Ishii ou un petit dernier pour la route. Point d’alcool ici, je veux bien sûr parler d’un pinku avant d’aller œuvrer du côté des yakuza eiga (avec une suite à l’excellent Gonin). On ne va pas s’en plaindre, surtout lorsqu’on est assuré d’avoir dans le rôle principal la sculpturale Dan Mitsu. Après, il faut malheureusement bien reconnaître que le problème est que l’on est assuré aussi d’avoir un cocktail sexe et bottes de cuir qui sent le réchauffé et pouvant sans problème se vautrer dans la complaisance et le ridicule. Ça ne rate pas, on a droit à toutes la panoplie, des menottes au shibari en passant par le fouet, la cravache, la cire de bougie et l’élégant écarte-bouche. Ajoutez à cela du foursome, du client pervers dégénéré et de la dominatrix de pacotille très « Ilsa monte une boite SM à Kabukicho », et vous aurez compris que Sweet Whip est peut-être à éviter d’urgence.

Toute cette imagerie cheap de bondage est en effet le principal point négatif du film. Et c’est bien regrettable car le temps de quelques scènes, Ishii parvient à donner à son érotisme une certaine originalité. Ainsi cette scène où le personnage de Dan Mitsu, une femme chirurgienne œuvrant au service gynécologie de son hôpital, se dévêt et s’affuble de vêtements SM… dans la chambre de sa propre mère  qui est en phase terminale.

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J’ai apprécié aussi ce court moment où l’on voit la Mitsu, nue et un verre de vin rouge à la main, quitter son douillet appartement de femme au-dessus de tout soupçon pour aller contempler de son balcon la ville dans les ténèbres où se jouent de bien étranges pulsions. Ishii est parfaitement capable de magnifier le corps de ses actrices, de susciter le malaise sans avoir recours à la grosse cavalerie.

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Mais voilà, son péché mignon, et ce depuis l’époque où il était mangaka, c’est la complaisance. Le spectateur est donc quasi assuré de voir infligé de looongues scènes de débauches et de tortures. Pas non plus de quoi tomber dans les pommes, on n’est pas dans la série des Guinea Pig mais enfin, ça lasse tout ça, ça lasse, et l’on regrette que les moyens techniques ne soient pas davantage au service d’une épaisseur psychologique.

Car l’histoire et les personnages ne sont pas sans intérêt, jugez plutôt :

Naoko, jeune femme médecin sans histoires a deux secrets. Le premier renvoie à son adolescence. Alors qu’elle revenait un soir du lycée, elle a été kidnappée et séquestrée par un homme qui l’a violée et torturée un mois durant, tout en lui vouant un amour inconditionnel. Elle s’en est sortie par miracle après l’avoir assassiné mais son retour à la maison n’a pas été celui escompté car sa mère lui a montré plus de distance que de chaleur après sa terrible épreuve. En revanche, touchée par la gentillesse de la femme médecin qui l’a auscultée pour le rapport de police (scène assez glaçante), elle se décide elle aussi à devenir médecin pour apporter du réconfort aux gens.

Tout va bien sauf que Naoko a un deuxième secret connecté au premier. Quoique sans affection pour son tortionnaire (elle insiste sur le fait qu’il n’y a eu pour elle nul syndrome de Stockholm), elle a une petite madeleine qu’elle aimerait bien retrouver : le subtil plaisir qu’elle ressentait lorsqu’elle se faisait fouetter. Aussi, lorsque la nuit tombe, Naoko se transforme en Serika et rejoint un club SM pour essayer de retrouver ces sensations. Le problème est qu’un soir, alors que sa vieille mère est sur le point de décéder dans une chambre d’hôpital, elle se retrouve coincée avec un client sadique à souhait qui semble décidé à la tuer…

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Le 2ème client du film, joué par Naoto Takenaka, un habitué de la filmo d’ishii.

La structure n’est pas inintéressante. On commence par la vie sans histoire de Naoko comme femme médecin avec en parallèle des flash-backs sur son traumatisme originel, le tout avec une voix off féminine qui raconte à la troisième personne avant de reconnaître qu’elle est cette jeune femme qui s’est fait violer. Globalement, le spectateur échappe à une tentation de faire dans du crapoteux de performance avec des scènes longues à souhait. Le spectateur sait qu’elle reviendra chez elle couverte de sang après avoir tué son ravisseur, mais il ne saura pas comment. Ce sera le premier effet d’attente…

Arrive la deuxième partie avec la révélation de la vie nocturne de Naoko/Serika. Et là, ça se gâte un peu. Si certaines compositions d’images peuvent susciter un plaisir d’esthète, il faut bien reconnaître que l’on est souvent dans un érotisme qui tache et qui peine à refréner l’envie du spectateur à appuyer sur la touche fast forward de sa télécommande. Après, lorsqu’arrive le troisième client (un ridicule quinquagénaire réputé être un « vrai » sadique – wow ! on a peur) et que l’histoire semble se répéter (échapper à un fou pour retrouver môman), le récit retrouve un intérêt et le spectateur se demande si Naoko, en poussant au maximum ses expériences et avec son désir de retrouver sa mère, va finir le film plus apaisée qu’elle ne l’a commencé. Las, le film se terminer sur une pirouette aussi inexpliquée qu’imbuvable…

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By the way, qu’en est-il des talents d’actrice de Dan Mitsu ? Difficile de juger. Quand elle ne parle pas, Ishii arrive à lui donner une présence indéniable. Quand elle parle, on reste sur sa faim puisque c’est un personnage déréglé qui plaque sur sa personnalité une manière d’être, une manière de parler qui sonne faux. Du coup on se retrouve avec une actrice qui joue mal, même s’il semblerait que cela ait été le but. Il faudra attendre d’autres films pour se faire une opinion.

Je peux comprendre l’argument qui consisterait à dire « Ishii, c’est pour tout cela qu’on l’aime ». La fesse facile, le coup de cravache appuyé, les miches violemment palpées et tout le toutim. Pousser le corps d’une gravure idol dans ses derniers retranchements érotiques, le tout avec des moyens techniques évidents, n’est en soi pas critiquable. Mais l’on peu regretter aussi que cela soit aussi synonyme de logorrhée esthétique alors que le film présente ici et là une volonté de davantage jouer sur la psychologie des personnages. A tout prendre, plutôt que la cire sur les tétons de Mitsu, je préfère le moment d’hésitation de sa cerbère dominatrix, alors que son client lui demande avec insistance d’échanger les rôles avec Naoko/Serika. La tentation du gouffre, l’hésitation avant de s’y engouffrer plutôt que le claquement artificiel, boosté par le DTS, de la cravache de pacotille sur l’épiderme rebondi d’une bijin à la Dan Mitsu. Les affres plus que le foutre.

5/10