Archives du mot-clé Yusaku Matsuda

Quand Osaka fait mal aux yeux

Nick Conklin, un flic gentiment ripoux de New-York, est chargé d’escorter avec son pote Charlie un dangereux yakuza, Sato, à Osaka. Pas de bol, dès son arrivée il se fait rouler dans la farine par des complices se faisant passer pour des policiers et qui lui subtilisent le criminel. Obligés de réparer leur bourde, Nick et Charlie partent à sa recherche…

Black Rain
Ridley Scott – 1989

Je craignais un peu de le découvrir celui-là. Je m’étonne d’ailleurs de ne pas l’avoir vu plus tôt. En 1989, je vivais à Nantes et j’allais régulièrement voir du blockbuster avec des potes. Et depuis, j’ai largement eu le temps de m’offrir une séance de rattrapage car j’ai toujours été bienveillant (sans doute trop) envers la filmographie du réalisateur d’Alien, des Duellistes et de Blade Runner.

Après voilà, on est en 1989, pas vraiment la meilleure période de Ridley Scott et surtout, surtout, on y trouve cet homme :

Michael, fils de. Argh.

Douglas fait en effet partie de ces acteurs que j’abomine. Comme pour Nicolas Cage, rien que de le voir apparaître à l’écran, il y a immédiatement souffrance (quand je suis de mauvaise humeur) ou pouffements (que je suis de bonne). Au moment donc de lancer le film, je faisais le dos rond, espérant que l’affiche annonçait autre chose qu’un nanar. Mais en fait, non, il n’y a pas eu de miracle, Black Rain m’est apparu du début à la fin comme une sombre bouse que seule une vague nostalgie 80’s permettra d’apprécier. Or, comme je n’ai pas vu le film au moment de sa sortie ou peu après, c’était plus dur pour moi.

Dès le début j’ai senti que c’était mal embarqué avec cette course de motos entre Douglas et un autre pilote. Comme on est chez les Ricains et que le personnage de Douglas est du genre à être sévèrement burné, Scott imagine un duel Harley Davidson (les motos gentilles) VS Suzuki (les motos méchantes). Evidemment, on devine que Nick Conklin (quel patronyme mes aïeux !) a l’honneur de poser ses glaouis velus sur le cuir confortable d’une Harley. Et évidemment, il gagnera la course, victoire lui permettant au passage de montrer à qui l’on a affaire, à savoir un connard effroyablement arrogant.

Hin hin ! Je vous nique la gueule, moi, bande de tocards! Tous.

Ça empire dans les scènes suivantes puisque l’on découvre que non content d’être arrogant, le gus est aussi un flic ripoux. Et plutôt que de faire profil bas quand ses supérieurs le convoquent pour lui dire ses quatre vérités, le type la ramène, rugit et gueule tout son soûl. Personne ne me fait chier, macho man quoi !

C’est dire s’il est mûr pour débarquer sur un sol nippon où tout doit être fait dans les règles et avec humilité. Je ne doute pas que pour un spectateur américain c’était rigolo de voir un cow-boy malpoli débarquer dans un commissariat d’Osaka et mener son monde par le bout du nez en ne disant même pas « s’il vous plaît ». J’ai rapidement trouvé cela abrutissant à entendre et douloureux à voir. Conklin a tout du connard qui débarque en terrain conquis, qui estime que tout lui est dû et qui, surtout, n’est jamais remis à sa place. A un moment, j’y ai pourtant cru, lorsque Masahiro, le flic joué par Ken Takakura, accompagne le duo de flics ricains (ah ! le deuxième est joué par Andy Garcia. Pas une catastrophe mais un peu pénible lui aussi, on est content qu’il crève à la moitié du film, mais passons). Surtout lors de cette scène :

Takakura, après avoir suivi servilement les bouffeurs de burgers, allait-il enfin se rebiffer pour devenir le Takakura que l’on connait, à savoir un homo japonicus, un vrai, un viril, un tatoué, prompt à tirer l’oreille aux clampins qui le font chier ? Sur le coup, comme Conklin tient à ce moment un sabre de kendo, et comme il est tout bouffi d’arrogance, je me suis imaginé que le con allait tenter de combattre Masahiro sur son propre terrain, expérience qui promettait pour lui d’être aussi douloureuse que celle du personnage de Tom Cruise dans une certaine scène du Dernier Samouraï. Mais en fait, non, ce qui suit est un petit coup de pute de Conklin suivi d’un quolibet pour avoir le dernier mot. La leçon n’arrivera pas, Scott a décidé de faire de son personnage un héros qui a raison dans toutes ses décisions et qui à aucun moment ne subira la moindre humiliation. Pourtant, avoir laissé s’échapper le yakuza dès son arrivée sur le tarmac n’était pas particulièrement glorieux. Mais même cela il le balaye d’un revers de main puisque lors d’une scène il prétexte qu’il s’agissait avant tout de la faute de la police japonaise.

Bref, impossible à mes yeux de s’attacher au sieur Conklin, qui plus est incarné par Michael Douglas. Sur quoi jeter son dévolu alors ? Sur Osaka ? N’imaginez pas que Scott se soit creusé la tête à faire découvrir des facettes insoupçonnées de la ville. Ce sera surtout Dotonbori et son ambiance à la Blade Runner, et c’est tout. Allez, on a quand même en prime des gros trucks customisés pour en jeter à l’écran mais à part ça, pas grand-chose à se mettre sous la dent finalement.

Faut-il alors se concentrer sur le flic joué par Takakura ? J’ai pu lire que l’acteur volait la vedette et sauvait le film. On n’a pas dû voir le même film alors. Quand son chef le présente comme un flic parmi les plus durs de son service, on se frotte les mains, on se dit qu’on aura sans doute un personnage comme celui que l’acteur avait incarné en 1974 dans le Yakuza de Sidney Pollack. C’est malheureusement tout sauf ça. D’emblée, son personnage est dépassé par la fougue de Conklin. Il aurait pu être la touche de zen qui complète, voire qui dompte l’énergie. Il est juste une chiffe molle qui regarde ce qui se passe la bouche ouverte et l’air ahuri, se faisant même ridiculiser dans un bar à hôtesses lorsqu’il monte sur scène avec Andy Garcia pour chanter du Ray Charles.

La scène gênante du film.

On voit ce que Scott a voulu faire, montrer qu’il se passe entre les ricains et le Japonais, à savoir un début de déconnade qui va déboucher sur une amitié virile. J’ai trouvé la scène effroyable tant le personnage de Takakura y apparaît grotesque. Là aussi, on arguera peut-être que c’était voulu et que cela témoigne de la capacité de Takakura à casser son image. Il n’empêche, dans cette scène c’est le Japonais qui est ridiculisé, pas l’Américain. C’est finalement tout le malaise que j’ai pu ressentir dans un film comme Lost in Translation. Bref, ce n’est pas auprès de Takakura que l’on pourra trouver une consolation. Dans la deuxième partie du film, après la mort du personnage de Garcia, on est plus dans le film d’action et le buddy movie. Comme Conklin a perdu son pote, il la ramène un peu moins et se concentre sur son objectif : mettre le grappin sur Sato et sans doute lui faire la peau. Masahiro, moins ridiculisé, est tout de suite plus classieux, désireux d’aider son nouvel ami américain. Il y aura donc moult scènes d’action mais franchement, quand on s’aperçoit que ce film est coincé entre Akira (1988) et Terminator II (1991), il n’y a vraiment pas de quoi sauter au plafond, d’autant que le méchant du film est trop maniéré, loin d’être impressionnant. On suit donc poliment le dernier quart d’heure duquel nulle surprise scénaristique n’est à attendre.

Stupide et stéréotypé à outrance, avec un Ken Takakura ahuri et un Michael Douglas tout pétri d’arrogance américaine, Black Rain s’impose donc comme la purge ringarde absolue de la fin des 90’s. Et je n’ai pas tout dit puisque je ne me suis pas attardé sur le score pourri de Hans Zimmer et le traitement foireux de la relation entre Conklin et Joyce, une gaijin jouée par Kate Capshaw en mode « il y a du monde au balcon » :

Scott a dû lire dans son guide du polar qu’il fallait forcément dans son film un personnage de blonde sophistiquée. Du coup n’attendez pas de personnages de bijins, y’en a pas.

Dans le genre film yankee qui en a une grosse paire, je préfère encore me remater Commando avec Schwarzie. Et quitte à voir un film US présentant une intrigue policière au Japon, avec un souci d’opposer deux cultures, on préférera donc largement le Yakuza de Pollack. Un Robert Mitchum vieillissant vaudra toujours mieux que tous les Michael Douglas du monde. Et on y trouve de surcroît un Takakura au sommet de sa virilité, et cette fois-ci sans qu’il soit affublé d’expressions d’ahuri.

4/10

The Most Dangerous Game (Toru Murakawa – 1978)

most-dangerous-game2

Shohei Narumi est chargé de délivrer un homme d’affaires impliqué dans une sombre histoire politique. Il est sur le point d’y parvenir lorsqu’une balle perdue abat malheureusement l’homme en question. Malgré tout, la personne qui l’a enrôlé dans cette mission décide de lui en confier une autre : abattre celui qui est derrière le kidnapping de l’homme d’affaires. Sa route sera semée d’embûches et croisera aussi bien des mafieux que des flics véreux ou des bijins dénudées…

most-dangerous-game-1

最も危険な遊戯 (Mottomo kiken na yuugi)

1er volet d’une trilogie centrée sur un personnage de mercenaire nommé Shohei Narumi, The Most Dangerous Game pose les bases de la collaboration entre Toru Murakawa et son acteur fétiche Yusaku Matsuda. Et si le film peut apparaître imparfait, il faut lui reconnaître que ces bases sont déjà bien solides et attrayantes pour l’amateur de polar, avec un héros hard boiled qui va devoir frayer contre la pègre, des hommes d’affaires véreux et des flics ripoux.

most-dangerous-game-2

Avec un tel programme, il y aura beaucoup à dézinguer.

Les dix premières minutes donnent le ton : Shohei Narumi livre deux facettes de son personnage, l’une en faisant un loser un peu bouffon, pitoyable lors d’une partie de Mah-Jong (ou plus tard lorsqu’il s’endort entre les cuisses d’une strip-teaseuse qui lui sort le grand jeu), l’autre laissant deviner que ce gars-là, en fait il est terrible. Musculature bien dessinée, voix grave, lunettes noires, attitude toute en poses recherchées, Matsuda a su donner à son personnage une aura comme Delon a pu le faire avec ses incarnations melvillesques. On peut le trouver insupportable, il n’empêche que sa silhouette bondissant dans les moindres recoins de son terrain de jeu du moment marque l’esprit et permet, tout le long des 90 minutes, d’accrocher à une histoire pas forcément très palpitante.

most-dangerous-game-5 most-dangerous-game-6

Il en va de même pour les sonorités jazzy dont le film use et abuse et qui, loin d’être répétitives et agaçantes (cela dépendra toutefois de l’humeur du moment du spectateur), donnent une agréable impression de familiarité ainsi que celle d’assister à un épisode en live (et en plus adulte) de Lupin the 3rd. Pas étonnant puisque le compositeur n’est autre que  l’excellent Yuji Ohno (Lupin mais aussi Captain Future alias Captain Flam). Musique très ancrée fin 70’s mais qui ne vieillit pas trop mal et qui donne un moelleux et une atmosphère manga à l’ensemble plutôt réussie.

Exemple de sonorités que l’on retrouve dans Execution Game.

Homme d’action à la silhouette féline et athlétique, musique de dessin animé emblématique, il ne manquait plus qu’un personnage de femme fatale pour que le film achève de se rendre intéressant. C’est Keiko Tasaka et sa petite poitrine qui s’y colle :

most-dangerous-game-7

Petite mais pas du tout méprisable.

… avec un personnage qui va tomber amoureux de son tueur à grosses lunettes et qui va tout accepter, y compris de se faire sauteur par lui (et y prendre évidemment un plaisir monstre) dès leur première rencontre ou bien de se prendre ici et là quelques mornifles lorsqu’elle se montrera trop pressante. Dans les films de Murakawa, on est viril ou on ne l’est pas et quand on l’est, on montre tout de suite aux mousmés qui c’est qui commande, non mais (ce qui ne doit pas non plus empêcher le le héros de montrer qu’il en pince pour sa bêcheuse à petits seins) !

most-dangerous-game-9

Siroter une bière tout en zyeutant négligemment la plastique de sa prisonnière attachée : ce type a la classe.

Si le héros et sa copine sont bien sexy dans leur genre, peut-être faut-il reconnaître que c’est moins le cas avec les scènes d’action qui peuvent laisser sur sa faim. Reste que Murakawa utilise une photographie très correcte pour mettre en valeur son héros plongé dans l’action, et si celle-ci paraît un peu mollassonne voire ridicule, certains plans sont là pour y remédier, ce qui compte étant moins l’originalité de l’action que ce corps glamour qui va jaillir et accaparer les regards par son aura terriblement photogénique.

most-dangerous-game-10 most-dangerous-game-11 most-dangerous-game-12

A conseiller donc pour celui qui aimerait fait une incursion dans le polar hard-boiled de la fin des seventies. La présentation des autres opus suivra dans quelques jours.

7/10